vendredi 6 mars 2020

Le génocide des Arméniens par les Turcs à Adana (1909)


Des malheureux par milliers étaient traqués à coups de fusils, de haches, de bâtons, si bien que dans certaines rues, il y avait des murailles de corps entassés et des fleuves de sang, écrit dans une lettre d'Adana, en date du 8 nov., M. Léopold Favre, le philanthrope genevois qui a visité le théâtre du sinistre pour y faire une enquête et distribuer aux survivants les secours du comité philarmène helvétique.
Le Journal de Genève, 20 décembre 1909


Un Jésuite, qui eut le courage de sortir pendant l'émeute, me montre un ruisseau où littéralement le sang coulait «comme l'eau après une pluie d'orage».

Au pays des massacres,
par Jean d'Annezay, Blond & Cie, éditeurs, Paris.

Beaucoup de témoins racontent que des Arméniens furent attachés par les deux jambes, la tête en bas, et fendus à coups de hache, comme bêtes de boucherie. D'autres furent liés avec des cordes et étendus sur un lit de bois auquel on mit le feu ; d'autres encore furent cloués vivants sur les planchers, sur des portes, sur des tables.
Il y a aussi des jeux atroces, des farces sinistres. On prend des Arméniens, on les ligote, et sur leurs genoux immobilisés on découpe en tranches ou on scie leurs enfants. Le Père Benoît, de la mission française, rapporte un autre trait :
Les bourreaux jonglaient avec des têtes fraîchement coupées et même, sous les yeux des parents, ils lançaient en l'air des petits enfants qu'ils recevaient à la pointe de leurs coutelas.
Les supplices sont tour à tour grossiers ou savamment raffinés. On soumet certaines victimes à une série de tortures appliquées avec un art consommé, de manière à prolonger la vie dans la chair du martyr afin de faire durer la fête : on les mutile lentement, méthodiquement, en leur arrachant les ongles, en leur écrasant les doigts, en leur tatouant le corps au moyen de fers incandescents, puis on leur scalpe le crâne, enfin on les réduit en bouillie que l'on jette en pâture aux chiens.
À d'autres, on brise petit à petit les os, on les crucifie ou on les fait flamber comme des torches. Tout autour des patients, des groupes se forment qui se récréent à ces spectacles et applaudissent chaque geste des tortionnaires.
Parfois ce sont des abominations infernales, des orgies sadiques. On découpe à un Arménien les extrémités du corps, puis on l'oblige à mâcher ces morceaux de sa propre chair. On étouffe des mères en leur bourrant la bouche de la chair de leur propre enfant. À d'autres, on ouvre le ventre et, dans la plaie béante, on enfonce, après l'avoir écartelé, le petit que tout à l'heure elles portaient dans leurs bras.
En 1895 des supplices analogues furent infligés aux Arméniens. C'est ainsi qu'à Malatia et ailleurs, on a détaillé sur la place publique de la chair d'Arménien en découpant le patient encore vivant. Les tortionnaires d'Adana ont cependant surpassé ceux des précédents massacres.
M. Antonio Scarfoglio, envoyé spécial du Matin à Adana, a publié dans ce journal (numéro du 5 juin 1909 et numéro du 7 juin 1909) deux récits détaillés des horreurs qui y ont été perpétrées. Voici un extrait du récit en question. "... On passait aux femmes après les hommes, après les maris. On les déshabillait, on leur coupait les pointes des seins qu'on obligeait les enfants à mâcher. Des fois, ils leur promettaient la vie sauve pourvu qu'elles baisassent le canon du fusil, et alors ils leur déchargeaient l'arme dans la bouche ; d'autres fois encore, ils les violaient seulement, puis les chassaient nues à travers les rues à coups de crosse.
Dans une ferme, ils avaient surpris toute la famille Burdikian composée du mari, de la femme, de deux enfants mâles et d'une fillette de six ans. La femme, âgée de vingt-huit ans, s'était jetée à leurs pieds en criant pitié. Ils avaient souri et lui avait répondu : "Nous aurons pitié, nous aurons pitié, tu vas voir." Eux, ils dansaient et chantaient, autour du bûcher humain, des hymnes chrétiens.
Puis, ayant lié le mari au pied du lit, ils avaient pris la femme, l'avaient mise complètement nue et, avec trois gros clous, l'avaient clouée au mur, un clou pour chaque main, un pour les pieds.
Avec la pointe d'un yatagan ils avaient tatoué sur son ventre un des symboles chrétiens ; puis tandis que, folle d'épouvante, elle se taisait et regardait de ses yeux écarquillés, ils avaient conduit le mari devant elle au milieu de la chambre, l'avait déshabillé, l'avaient enduit de pétrole et l'avaient allumé comme une torche.
Le corps avait pris feu gaiement en grésillant, les cheveux avaient fait une flambée, la chair était calcinée et détachée avant qu'il ne mourût... Eux, ils dansaient et chantaient, autour du bûcher humain, des hymnes chrétiens. Les enfants pleuraient dans un coin, la femme regardait du haut de son mur, les bras ouverts, tout son jeune corps offert, avec son ventre sanglant, devenu tabernacle. Puis on lui avait coupé les seins et forcé les enfants à sucer cette chair saignante, on lui arracha les ongles, on lui coupa les doigts, lui trancha le nez, lui brûla les cheveux. Enfin, sous ses yeux d'agonisante, on scia la tête aux enfants mâles, on violenta la fillette, puis on leur enleva le foie et le cœur, que l'on mit dans la bouche de la mère en criant : «Sainte Vierge Marie, sauve-les ! Viens, descends. Ne vois-tu pas qu'ils meurent ? C'est le cœur, tu sais, que tu manges, le cœur de tes fils, tes fils chers, que tu aimais tant, de tes fils, si jolis, si blonds ! ...» 
On l'acheva à coups de hache.
Et encore et encore.
Adossidès A., Arméniens et Jeunes Turcs, P.V. Stock Editeur, Paris, 1910
PS :
Aujourd'hui encore, le gouvernement turc nie les faits et a fait récemment assassiner en 2007 Hrant Dink, un journaliste turc qui exigeait une repentance de son pays à propos de ces abominations. À Istanbul et Ankara, des rues portent encore le nom des politiciens et militaires Turcs qui ont ordonné le génocide.
Imaginez une rue Adolf Eichmann à Berlin ou à Francfort...
Propos réunis par Elise Wack.

I Lundi ~7 Juin i909
MftSSftCRE
SCÈNES
Une église qm ouvre ses portes,
des prêtres et des soeurs qui
prient: voilà la seule
résistance que
rencontra le
bourreau
turc
[Par LETTRE DE NOTRE ENVOYÉ spécial]
Adana, mai.
Je vais, leçieucs, je vais pour vous
continuer le récit ,terrible que m'a fait
ume femme d'Adana. Je vais le conti-
nuer, sans y rien changer, sans y rien
À six heures et demie, le premiers
Jour, tout était fini. Satisfaite d'avoir
̃ bFi}lé le quartier Yeni-Mallé de fond en
comble, détruit Pambouck bazar et tué
quatre mille Arméniens, la rage fu-
rieuse des massacreurs s'était calmée
avec la tombée de la nuit.'
Du haut de nos maisons intactes en-
core, au milieu du quartier de Tospoe'
galessi, nous voyions la campagne em-
brasée de feux tout autour de la ville
et les flammes qui montaient, hautes et
pourpres, de Yeni-Mallé. Les coups de
fusil- avaient cessé presque complète-,
ment et les bruits de pas aussi. On n'en-
tendait plus que les gémissements des
blessés, modulés sur cent notes diver-
ses, qui montaient de toute la ville dans
une odeur de brûlé.
Toute la nuit se passa de cette façon,
anxieuse, fiévreuse, sans sommeil,
comme la première, mais aussi calme
et aussi tranquille.
Dès que les premiers rayons du bo-
leil dorèrent les sommets des mina-
rets, des sons de clairons éclatèrent à
travers la ville et avec eux la fusillade.
naurrie, acharnée, plus violente encore
de tout le long silence auquel l'obscu-
rité l'avait obligée, dirigée sans but pré-
cis contre les maisons de Tospoegalessi.
Tout l'effort musulman était dirigé
évidemment contre cette ville au milieu
d'une ville, contre ce fortin où étaient
enfermés notre vie, nos espoirs, nos en-
fants, contre ce morceau d'Arménie qui
résistait bravement.
Et, dans le quaTtier de Tospoegalessi,
c'est surtout à l'église qu'en voulaient
les massacreurs.
SUR LES DALLES SAINTES
Des les premières heures du carnage,
elle avait ouvert ses portes toutes gran-
des et une foule de. blessés qui avaient
réussi à échapper au martyre gisaient,
étendus sur les dalles pêle-mêle, en un
fouillis inextricable de ventres ouverts,
de bras cassés, de visages en bouillie,
et se plaignaient horriblement.
Moi aussi et mon mari, à un moment
donné, nous nous étions réfugiés là.
On circulait péniblement parmi les
corps entassés et geignants, dont les
blessures épouvantables, nues, sanglan-
tes, faisaient frémir.
Il y avait une vieille de quatre-vingts
ans, je crois, une vieille femme paraly-
tique que des Turcs avaient surprise au
fond d'une petite maison de Yeni-Mallé
où elle était restée, clouée à son fauteuil,
quand tous les membres de sa famille
étaient partis chercher un salut incer-
tain ou une mort hideuse. Quinze bri-
gands étaient entrés dans la maison par
force, l'avaient parcoure en trombe,
étaient arrivés à la dernière chambre où
ta vieille, seule et immobile, les regar-
dait venir. Un instant, ils s'étaient arrê-
tés, saisis, devant ce cadavre vivant qui
les attendait, puis, sous la poussée des
derniers, les premiers s'étaient rués.
Apès avoir jeté la vieille à bas de son
fauteuil, ils l'avaient déshabillée, mise
toute nue et de sa pauvre chair flé-
trie par l'âge ils s'étaient fait un jouet.
Puis la torture avait commencé. Des
pieds, lentement, avec un sabre rougi
au feu, ils étaient montés au visage. En
riant, ils demandaient
Est-ce que Jésus existe ?
Non, répondait la vieille tren>-
blanle.
Eh bien biffons son nom de ton
corps et de ton âme.
Et ils enfonçaient le sabre rougi dans
là chair grésillante..
Est-ce que Marie existe SI
Non.
Eh bien effaçons son image.
Quarante-huit blessures, monsieur,
horribles, hideuses, et un visage qui
n'était plus qu'une plaie striée d'affreu-
ses et profondes Brûlures. Le nez, brûlé,
montrait les os. Les yeux étaient cer-
elés de deux sillons profonds, la bouche
élargie jusqu'aux oreilles. De tout son
corps se dégageait une odeur de chai''
brûlée, carbonisée, comme si le feu ron-
geait encore ses chairs. Un de ses tor-
tionnaires avait voulu la tuer après,
mais les autres s'y étaient opposés.
Non, non, il faut qu'elle vive
comme ça, d'autant plus qu'elle a chassé
de son corps, par le fer et par le feu,
toute la bande de voleurs de ses saints.
Quoi encore ? Un homme auquel on
avait brisé tous les os des bras, des jam-
bes, des doigts, de la poitrine, de la tête,
du bassin, avec lenteur et méthode, sans
jamais toucher, une partie vitale un
enfant de sept-ans qui, en voyant son
père attaqué par une bande d'une di-
zaine d'égorgeurs, s'était jeté à son cou,
l'avait embrassé étroitement, lui avait
ceint les flancs et les reins de ses peti-
tes jambes serrées en couvrant de son
corps la poitrine paternelle, et qui était
blessé de quatre coups de poignard. Les
assassins avaient cherché à lui faire lâ-
cher prise, mais, n'y réussissant pas,
(Clichés de l'Illustration)
Un cadavre rejeté par la mer. Une rue d'Adana après le massacre.
ils avaient frappé de toutes leurs forces
deux, trois, quatre coups, en pesant sur
le manche et en tuant le père à travers
l'enfant.
Une horreur qu'on ne peut décrire
nous saisit, mon mari et moi, telle que
nous ne pûmes la supporter et que nous
dûmes nous y soustraire immédiate-
ment. A peine étions-nous sortis de
l'église que la fusillade éclata, violente
et nourrie, tout près de nous. La terreur
nous saisit alors, une terreur folle et ir-
raisonnée qui nous fit fuir à toutes
jambes dans une direction opposée.
Nous nous engouffrâmes dans la pre-
mière porte ouverte qui se trouva de-
vant nous. la maison de
pères jésuites français, où déjà presque
sept mille Arméniens s'étaient réfugiés.
Le père supérieur n'était pas là. Se
trouvant à Mersine le mardi, veille du
massacre, il n'avait évidemment encore
pu rentrer en ville malgré ses efforts. Il
y avait là seulement le père Sabathier
et le père Rigal.
Les pères, dès le commencement du
massacre, n'avaient pas hésité une seule
minute. Défiant le danger terrible qui
planait sur eux, et comme chrétiens, et
comme receleurs de chrétiens, ils
avaient ouvert toute grande leur mai-
son et n'avaient pas même attendu qu'on
frappât à leur porte.
A tous ces misérables, ils avaient ou-
vert leurs bras. Ils étaient près de sept
mille, comme je vous disais: Trois mille
autres étaient chez les sœurs de la même
congrégation, réfugiés aussi, dans une
maison un peu plus loin.
Les pères étaient affreusement angois-
sés, car ils se rendaient compte que, si
leur maison à eux pouvait soutenir un
siège, celle des sœurs était à la merci du
plus petit assaut. Tellement qu'enfin le
père Sabathier, n'y tenant plus, se dé-
cida sans plus de réflexion à partir, à
aller à la maison des soeurs. Il mit une
vieille casquette de cycliste, retroussa
sa tunique jusqu'aux flancs, embrassa
le père Rigal et partit. Il arriva, c'est
vrai, mais avec une balle de fusil dams
le flanc droit, à temps pourtant pour
pouvoir voir qu'après un feu acharné et
violent contre la maison qui était der-
rière celle des sœurs les Turcs commen-
çaient à brûler les maisons autour de
celle des soeurs et que les flammes la
baisaient déjà de leurs lèvres voraces.
PRÊTRES ET HÉROS
Deux heures après, le père Rigal par-
tait à,son tour. C'était lui qui avait le
gouvernement en l'absence du père su-
périeur et c'était sur lui que pesaient
toutes les responsabilités. Il arriva sain
et sauf, lui, après avoir échappé 'à la
mort par, un vrai miracle, étant donné
qu'il traversa le quartier à l'heure juste-
ment où l'assaut était le plus violent et
où une grêle de balles pleuvait dans les
rues. Il arriva pour diriger l'exode.
Tandis que les murs de la maison, du
côté du jardin, commençaient à se noir-
cir, les réfugiés, pleurants ettrembla;nts,
se massèrent. Les vingt-cinq sœurs et
les deux pères, les bras en croix sur la
poitrine, les lèvres marmonnantes de
prières, formèrent alors autour d'eux
un rempart vivant de leurs corps, et
c'est ainsi que cette foule d'hommes ,et
de femmes, protégée par vingt-cinq fem-
mes priant, a parcouru la petite dis-
tance qui sépare la maison des pères
de celle des sœurs. Le trajet .prit une
heure, une heure pendant laquelle plus
de quinze fois elle dut s'arrêtep sous le
feu devenu plus acharné encore.
La masse, ronde au départ, des réfu-
giés s'allongeait, s'allongeait dans les
rues, s'effilochait en route, laissant à
chaque coin de rue des lambeaux et des
restes. Et il fallait courir, revenir, les
reformer en colonne de nouveau, repar-
Quelques-uns tombaient de temps en
temps, avec un petit cri, couchés par
une balle, et les gens qui suivaient pié-
tinaient le cadavre, dans l'affolement,
avant de s'éparpiller comme une bande
de moineaux effarouchés par une voi-:
ture! Et de nouveau les sœurs couraient,
les appelaient, les réunissaient, repar-
taient. Sur la route restaient'les cade.-
vres, le front ou la poitrine troués, si-
nistres jalons de cette marche.
A six heures juste, le feu cessait des
minarets et les sœurs entraient dans la
maison désires avec tous leurs réfu-
giés, sauf neuf qui étaient restés, les
yeux ouverts, les bras étendus, face au
ciel, sur le pavé.
DERNIÈRE BOUCHERIE
Nous, mon mari, moi, mes deux gar-
çons et ma fille, nous partîmes dès le
vendredi pour une petite ferme que nous
possédions dans les environs. Nous:
nous enfuyions de la ville un peu par
peur que les jours horribles que. nous.
venions de vivre n'eussent un lendemain,
un peu aussi par dégoût de ce tombeau
où nous étions enfermés. Et puis nous
voulions voir, à tout prix.
La désolation régnait autour d'Adana.
Toutes les fermes étaient brûlées, les
champs arméniens dévastés des théo-
ries interminables de cadavres étaient
allongées le long du rail du chemin de
fer. Etdes fuyards partout, campés sous
les arbres, au milieu des jardins, fure-
tant parmi les cendres des maisons une
procession de femmes émaciées et noi-
res, aux grands pantalons bleus, aux vi-
sages enfermés dans des coiffes blan-
ches serrées aux tempes par un mou-
choir noir, marchant les mains vïdes et
les yeux vagues le long des fossés, des
enfants demandant l'aumône. Nous
trouvâmes notre ferme intacte et calmes
nos paysans. Ils nous accueillirent en
triomphe presque, comme des maîtres
désirés et aimés, nous dirent leur joie
en nous sachant saufs, nous offrirent du
lait, du yourl, un mouton, tirèrent des
coups de fusil en notre honneur, nous
chantèrent des chants. Trois jours
nous vécûmes ainsi, tranquilles, ras-
sures, joyeux, puis. le dimanche
soir, un paysan vint'nous dire que les
soldats rouméliotes étaient arrivés.
qu'ils avaient cerné le quartier de Tos-
poegalessi, qu'ils avaient mis le feu en
même temps sur huit points différents,
aidés par les pompiers qui avaient rem-
pli leurs pompes de pétrole, au Budai-
bazar, à l'église, à l'école, au Bon Mar-
ché qu'ils tiraient sur tous ceux qui
sortaient et que, seudement dans l'école
arménienne, seize cents personnes
avaient été,brùlées vivantes.
A minuit, on frappait à notre porte et,
comme personne ne descendait ouvrir,
on la jetait bas à coups de hache: Serrés
tous autour d'un fauteuil où mon mari
était assis, nous attendions. Des pas fié- j
vreux montèrent les escaliers, s'arrêtè-
rent un instant contre la porte entre-
bâillée, puis d'un coup trois visages en
sueur, grimaçants, se montrèrent.
D'autres apparaissaient derrière. Ils s'é-
lancèrent sur mon mari, str mes deux
fils, les ensevelirent sous une masse
grouillante d'hommes en se roulant par
terre l'un d'eux me prit par le poignet,
me traîna près du balcon ouvert, me lia
aux barreaux. J'étais comme une auto-
mate, sans vie, sans force. Attendez,
attendrez, je me rappelle. L'homme avait
un grand visage maigre, noir, des mous-
taches tombantes et des dents extrême-
ment blanches entre les lèvres ouver-
tes. Et puis on prit mon fils par les che-
veux.
Antonio Scarfoglio.

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