jeudi 9 août 2018

Quelle sorte de Français sont-ils ? (Finkielkraut sur les émeutes musulmanes anti-françaises de 2005)


  Par Dror Mishani et Aurelia Smotriez Ha'aretz
le 17 novembre 2005
https://www.haaretz.com/1.4882406 
Alain Finkielkraut. "Lorsqu'un Arabe met le feu à une école, on dit que c'est de la rébellion. Lorsqu'un Blanc le fait, on appelle cela du fascisme. Je suis 'daltonien'. Le mal est le mal, quelle que soit sa couleur. Et ce mal, pour le Juif que je suis, est complètement intolérable". (Hannah/Opale)
PARIS — Lorsque nous avons rencontré Alain Finkielkraut, un soir, à l'élégant café parisien Le Rostand, dont l'intérieur est décoré par représentations orientales et dont la terrasse fait face aux Jardins du Luxembourg, la première chose que le philosophe Juif-Français nous a dite fut : "J'ai entendu dire que Haaretz a publié un article s'identifiant aux émeutes".


Cette remarque, prononcée avec quelque véhémence, résume assez bien les sentiments qu'éprouve Finkielkraut — l'un des philosophes les plus en vue en France de ces 30 dernières années — depuis les violentes émeutes qui ont éclaté le 27 octobre dans les banlieues pauvres de Paris et qui se sont répandues aux banlieues similaires de tout le pays à une vitesse surprenante. Il a suivi les événements dans les médias ; il s'est tenu informé de tous les reportages et commentaires, et il a été scandalisé par tous les articles montrant de la compréhension ou s'identifiant aux "les rebelles" (et dans la presse française, il y en a plein). Alain Finkielkraut a beaucoup de choses à dire, mais il semble que la France n'est pas prête à entendre — que sa France a déjà cédé au discours aveugle, "erroné", qui cache la vérité crue de cette situation. Les choses qu'il nous a dites lors de notre conversation, et il a insisté sur ce point à plusieurs reprises, ne sont pas les choses qu'il peut encore dire en France. Il est impossible aujourd'hui, voire même dangereux, de dire ces choses en France.

C'est vrai, dans le débat intellectuel vif qui s'est tenu dans les pages des quotidiens français depuis le début des émeutes — un débat auquel les esprits les plus distingués ont participé, Finkielkraut est une voix déviante, voire très déviante. Tout d'abord, parce que cette voix n'est pas celle d'un membre du Front National de Le Pen, mais celle d'un philosophe autrefois considéré comme l'un des porte-parole les plus éminents de la Gauche française — de cette génération de philosophes qui ont vu le jour à l'époque de la révolte estudiantine de mai 68.

Dans la presse française, les émeutes des banlieues sont principalement perçues comme le résultat d'un problème économique, une réaction violente à la détresse et à la discrimination économiques. En Israël, en comparaison, il y a parfois une tendance à considérer les émeutes comme une violence d'origine religieuse ou du moins ethnique — c'est à dire comme faisant partie de la lutte islamique. Où vous situeriez-vous par rapport à ces positions ?

Finkielkraut : "En France, on aimerait bien réduire ces émeutes à leur dimension sociale, les voir comme une révolte des jeunes des banlieues contre leur situation, contre la discrimination dont ils souffrent, contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont des Noirs ou des Arabes avec une identité musulmane. Regardez ! En France il y a aussi des immigrés dont la situation est difficile — des Chinois, des Vietnamiens, des Portugais — et ils ne prennent pas part aux émeutes. C'est pourquoi il est clair que cette révolte a un caractère ethnique et religieux.

"Quelle en est l'origine ? S'agit-il de la réponse des Arabes et des Noirs au racisme dont ils sont les victimes ? Je ne le crois pas, parce que cette violence avait des signes avant-coureurs très troublants qui ne peuvent pas être réduits à une pure réaction au racisme français.

"Par exemple, prenons les incidents lors du match de foot qui a eu lieu entre la France et l'Algérie il y a quelques années. Ce match se déroulait à Paris, au Stade de France. Les gens disent que l'équipe nationale française est admirée par tous parce qu'elle est black-blanc-beur. En fait, l'équipe de France est aujourd'hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l'Europe. Si vous faites remarquer cela en France, on vous jète en prison, mais il est toutefois intéressant de noter que l'équipe nationale de football est composée presque exclusivement de joueurs noirs.

"De toute façon, cette équipe est perçue comme le symbole d'une société ouverte, multiethnique, etc. La foule dans le stade, des jeunes gens d'origine algérienne, ont hué cette équipe pendant tout le match ! Ils ont aussi sifflé l'hymne national, la 'Marseillaise', et le match a été arrêté lorsque des jeunes sont entrés sur le terrain avec des drapeaux algériens.

"Et ensuite il y a les paroles des chansons de rap. Des paroles très troublantes. Un véritable appel à la révolte. Il y en a un qui s'appelle 'Dr R.', je crois, qui chante : 'Je pisse sur la France, je pisse sur De Gaulle', etc. Il y a des déclarations de haine très violentes contre la France. Toute cette haine et cette violence se font à présent jour dans les émeutes. Les considérer comme une réponse au racisme français est être aveugle à une haine plus vaste : la haine de l'Occident, occident considéré comme responsable de tous les crimes. À présent, la France est exposée à cela".

En d'autres termes, pour vous, les émeutes ne s'adressent pas directement à la France mais à tout l'Occident ?

F. :"Non, elles s'adressent à la France en tant qu'ancienne puissance coloniale, à la France en tant que pays européen. À la France, avec sa tradition chrétienne ou judéo-chrétienne".

'Pogrom anti-républicain'

Alain Finkielkraut, 56 ans, a parcouru un long chemin depuis les événements de mai 68 jusqu'aux émeutes d'octobre 2005. Diplômé de l'une des principales institutions des intellectuels français, l'Ecole Normale Supérieure, Finkielkraut était identifié, au début des années 70, à un groupe connu sous le nom des 'nouveaux philosophes' (avec Bernard Henri-Lévy, André Glucksman, Pascal Bruckner et d'autres) — de jeunes philosophes, dont beaucoup sont juifs, qui ont opéré une rupture décisive avec l'idéologie marxiste de mai 68 et avec le Parti Communiste Français, et dénoncé son impact sur la culture et la société françaises.

En 1987, il a publié son livre "La Défaite de la Pensée", dans lequel il décrit son opposition à la philosophie post-moderniste, avec son gommage des frontières entre les cultures nobles et mineures et son relativisme culturel. Ainsi, il a commencé à être taxé de philosophe "conservateur" et de critique virulent des courants multiculturels et post-coloniaux, comme quelqu'un qui prêchait le retour aux valeurs républicaines de la France. Finkielkraut a été l'un des défenseurs les plus acharnés de la loi controversée interdisant le voile à l'école, loi qui a fait beaucoup de bruit en France ces dernières années.

A la longue, il est aussi devenu le symbole de "l'intellectuel engagé", comme Jean-Paul Sartre en était l'illustration après la guerre — un philosophe qui ne s'abstient pas de participer à la vie politique, mais qui, au contraire, écrit dans les journaux, donne des interviews et se dédie aux causes humanitaires, comme celles de mettre fin au nettoyage ethnique en Bosnie ou au massacre du Ruanda. Le danger auquel il espère barrer la route, à la lumière des récentes émeutes, est la haine grandissante contre l'Occident et sa pénétration dans le système éducatif français.

Pensez-vous que la source de cette haine de l'Occident, parmi les Français qui ont pris part aux émeutes, se trouve dans la religion, dans l'Islam ?

F. :"Nous devons être clairs là-dessus. Il s'agit d'une question très difficile et nous devons nous efforcer de garder un langage de vérité. Nous avons tendance à avoir peur de la vérité, pour des raisons 'nobles'. Nous préférons dire 'les jeunes' que 'les Noirs' ou 'les Arabes'. Mais la vérité ne peut pas être sacrifiée, aussi nobles qu'en soient les raisons. Et bien sûr, nous devons aussi éviter de généraliser : Il ne s'agit pas des Noirs ou des Arabes dans leur ensemble, mais de certains Noirs et de certains Arabes. Et, bien sûr, la religion — pas la religion en tant que telle, mais en tant que point d'ancrage identitaire, si vous voulez — y joue un rôle. La religion, telle qu'on la voit sur Internet, sur les chaînes de télévision arabes, sert de point d'ancrage identitaire pour certains de ces jeunes. "Contrairement à d'autres, je n'ai pas parlé d'une 'Intifada' des banlieues, et je ne pense pas que ce vocable doive être employé. Mais j'ai découvert qu'ils envoient les plus jeunes en première ligne dans la lutte. Vous avez observé cela en Israël — on envoie les plus jeunes en première ligne parce qu'il est impossible de les mettre en prison lorsqu'ils sont arrêtés. Pourtant, ici, il n'y a pas d'attentats à la bombe et nous en sommes à un stade différent : Je pense que nous en sommes au stade du pogrom antirépublicain. Il y a des gens en France qui haïssent la France en tant que république."

Mais pourquoi ? Pour quelle raison ?

F. :"Pourquoi des parties du monde arabo-musulman ont-elles déclaré la guerre à l'Occident ? La république est la version française de l'Europe. Ils, et ceux qui la justifient, disent que cela provient de la fin du colonialisme. Ok, mais on ne doit pas oublier que durant l'ère de la loi coloniale l'intégration des travailleurs arabes en France était plus facile. En d'autres termes, il s'agit de haine à retardement.

"Nous sommes les témoins d'une radicalisation islamique qui doit être expliquée dans son ensemble avant d'en venir au cas de la France. [Nous avons affaire] à une culture qui, au lieu de s'occuper de ses problèmes, cherche un coupable extérieur. C'est plus facile de rechercher un coupable extérieur. Il est tentant de vous dire qu'en France on vous néglige, et de dire, 'Donnez-moi ! Donnez-moi !' Cela n'a marché pour personne. Cela ne peut pas marcher".

Etat d'esprit post-colonial

Mais ce qui semble déranger Finkielkraut, encore plus que cette "haine de l'Occident", est ce qu'il voit comme étant son internalisation dans le système éducatif français, ainsi que son identification de la part d'intellectuels français. De son point de vue, cette identification et cette internalisation — qui s'expriment par des démonstrations de compréhension des sources de violence et par l'état d'esprit post-colonial que le système éducatif permet — menacent non seulement la France dans son ensemble, mais aussi le pays des Juifs, parce qu'ils créent une infrastructure pour ce nouvel antisémitisme.

F. : "Aux Etats-Unis, aussi, on est témoin de l'islamisation des Noirs. Ce fut Louis Farrakhan, en Amérique, qui affirma pour la première fois que les Juifs ont joué un rôle central dans la création de l'esclavage. Et le principal porte-parole de cette théologie en France est Dieudonné [l'artiste noir de one-man show, qui a soulevé l'indignation pour ses déclarations antisémites — D.M.]. Aujourd'hui, c'est lui le vrai chef de file de l'antisémitisme en France, pas le Front National de Le Pen.

"Mais en France, au lieu de combattre ce genre de propos, on fait en réalité ce qu'il demande : changer l'enseignement de l'histoire coloniale et de l'histoire de l'esclavage dans les écoles. À présent, on enseigne l'histoire coloniale comme une histoire exclusivement négative. Nous n'enseignons plus que le projet colonial cherchait aussi à éduquer, à apporter la civilisation aux sauvages. On n'en parle plus que comme une tentative d'exploitation, de domination et de pillage.

"Mais que veut réellement Dieudonné ? Il veut que l'on parle aussi 'd'Holocauste' pour les Arabes et pour les Noirs. Mais si vous voulez mettre l'Holocauste et l'esclavage sur le même plan, alors il faut mentir. Parce que [l'esclavage] n'était pas un Holocauste. Et [l'Holocauste] n'était pas un crime contre l'humanité, parce que ce n'était pas seulement un crime. Il s'agissait de quelque chose d'ambivalent. La même chose est vraie pour l'esclavage. Il a commencé bien longtemps avant l'Occident. En fait, ce qui place l'Occident à part lorsque l'on parle d'esclavage est que c'est lui qui l'a éliminé. L'élimination de l'esclavage est le fait des Européens et des Américains. Mais cette vérité à propos de l'esclavage ne peut pas être enseignée dans les écoles.

"C'est pourquoi ces événements m'attristent si profondément ; pas tant parce qu'ils se sont produits. Après tout, il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas voir que ça allait se produire. Mais à cause des interprétations qui les ont accompagnés. Ils ont porté un coup décisif à la France que j'aimais. Et j'ai toujours dit que la vie deviendrait impossible pour les Juifs en France lorsque la francophobie triomphera. Et c'est ce qui va arriver. Les Juifs comprennent ce que je viens juste de dire. Soudainement, on regarde autour de soi ; et on voit tous ces 'bobos' [bourgeois-bohèmes] chanter des chansons louant les nouveaux 'damnés de la terre' [Finkielkraut fait allusion ici au livre de Franz Fanon, philosophe anticolonialiste né à la Martinique — D.M.] et se demandent : Quel est ce pays ? Que lui est-il arrivé ?".

Puisque vous considérez cela comme un assaut islamique, comment expliquez-vous le fait que les Juifs n'aient pas été attaqués lors de ces derniers événements ?

F. : "Tout d'abord, on dit qu'une synagogue a été attaquée. Mais je pense que ce dont nous venons de faire l'expérience est un pogrom anti-républicain. On nous dit que ces banlieues sont négligées et que les gens sont dans la détresse. Quel lien y a-t-il entre la pauvreté et le désespoir et infliger des destructions et mettre le feu aux écoles ? Je ne pense pas qu'aucun Juif aurait jamais fait une chose pareille".

Actes terrifiants

Finkielkraut poursuit : "Ce qui unit les Juifs — les laïques, les religieux, les militants de la Paix Maintenant, les militants du Grand Israël — est le mot 'shul' (synagogue ; utilisée ici dans le sens d'école religieuse). C'est ce qui nous unit tous en tant que Juifs. Et j'ai tout simplement été horrifié par ces actes qui n'ont fait que se répéter. Et j'ai été encore plus horrifié par la compréhension qu'ils ont reçue en France. Ces personnes ont été traitées comme des rebelles, comme des révolutionnaires. C'est la pire chose qui pouvait arriver à mon pays. Et je suis très triste à cause de cela. Pourquoi ? Parce que la seule façon de surmonter ce problème est qu'ils éprouvent de la honte. La honte est le point de départ de l'éthique. Mais au lieu de leur faire honte, nous leur avons offert la légitimité. Ils sont 'intéressants'. Ils sont 'les damnés de la terre'.

"Imaginez un instant qu'ils aient été blancs, comme à Rostock en Allemagne. Immédiatement, tout le monde aurait dit : 'le fascisme ne sera pas toléré'. Lorsqu'un Arabe met le feu à une école, c'est de la rébellion. Lorsqu'un Blanc le fait, c'est du fascisme. Je suis 'daltonien'. Le mal est le mal, quelle que soit sa couleur. Et le mal, pour le Juif que je suis, est absolument intolérable.

"De plus, il y a ici une contradiction. Parce que si ces banlieues étaient vraiment dans un état de négligence totale, il n'y aurait pas de gymnases à brûler, il n'y aurait pas d'écoles et d'autobus. S'il y a des gymnases et des écoles et des bus, c'est parce que quelqu'un a fait un effort. Peut être pas un effort assez grand, mais un effort".

Pourtant, le taux de chômage dans les banlieues est extrême : presque 40% des jeunes de 15-25 ans n'ont aucune chance de trouver un emploi.

F. : "Revenons pour l'instant au 'shul'. Lorsque vos parents vous envoient à l'école, c'est pour que vous puissiez trouver un travail ? J'ai été envoyé à l'école pour apprendre. La culture et l'éducation ont une justification en soi. Vous allez à l'école pour apprendre. C'est le but de l'école. Et ces personnes qui détruisent des écoles — que disent-ils en fait ? Leur message n'est pas un appel au secours ou une demande pour obtenir plus d'écoles ou des meilleures. C'est le désir d'éliminer les intermédiaires qui se trouvent entre eux et les objets de leur désir. Et quels sont les objets de leur désir ? C'est simple : l'argent, les marques, et quelques fois, les filles. Et c'est quelque chose pour laquelle notre société porte sûrement la responsabilité. Parce qu'ils veulent tout, immédiatement, et que ce qu'ils veulent n'est que l'idéal de la société de consommation. C'est ce qu'ils voient à la télévision."

Déclaration de guerre

Finkielkraut, comme son nom l'indique, est lui-même l'enfant d'une famille immigrée : Ses parents sont venus en France de Pologne ; ses parents ont péri à Auschwitz. Ces dernières années, son judaïsme est aussi devenu le thème central de ses écrits, surtout depuis le début de deuxième Intifada et la montée de l'antisémitisme en France. Il est l'un des chefs de file de la lutte contre l'antisémitisme en France, et aussi l'un des supporters les plus en vue d'Israël et de sa politique, affrontant de nombreux critiques d'Israël en France. Sa position au sein de la communauté juive en France, en tant que porte-parole clé, s'est élargie, surtout depuis qu'il a commencé à animer un talk show hebdomadaire sur JCR, l'une des cinq stations de radio juives en France. Dans son programme, Finkielkraut discute des événements courants ; ces deux dernières semaines, les émeutes dans les banlieues furent naturellement le sujet principal. Parce qu'il est l'un des intellectuels juifs les plus écoutés par la communauté juive française, son point de vue sur les événements aura certainement une influence sur la façon dont ces derniers sont perçus et compris parmi les Juifs français — et peut-être aussi une influence sur l'avenir des relations entre communautés juives et musulmanes. Mais ce philosophe juif, et combattant tenace de l'antisémitisme, utilise ces derniers événements pour déclarer la guerre — à la "guerre contre le racisme".

F. : "Je suis né à Paris, mais je suis fils d'immigrés polonais. Mon père a été déporté de France. Ses parents ont été déportés et ont été assassinés à Auschwitz. Mon père est retourné en France après Auschwitz. Ce pays mérite notre haine : Ce qu'il a fait à mes parents était beaucoup plus violent que ce qu'il a fait aux Africains. Qu'a-t-il fait pour les Africains ? Il n'a fait que le bien. Il a jeté mon père dans l'enfer pendant cinq ans. On ne m'a jamais élevé dans la haine. Et aujourd'hui, cette haine qu'éprouvent les Noirs est même plus grande que celle qu'éprouvent les Arabes".

Mais de toutes les personnes qui se battent contre le racisme anti-juif, maintenez-vous que la discrimination et le racisme dont ces jeunes parlent n'existent pas vraiment ?

F. : "Bien sûr qu'il y a de la discrimination. Et il y a assurément des Français racistes. Des Français qui n'aiment pas les Arabes et les Noirs. Et à présent ils les aimeront encore moins, maintenant qu'ils savent à quel point ces derniers les haïssent. Donc, cette discrimination ne fera que croître aussi en matière de logement et d'emploi.

"Imaginez simplement que vous tenez un restaurant et que vous êtes antiraciste. Vous pensez que toutes les personnes sont égales et aussi que vous êtes Juif. En d'autres termes, parler d'inégalité entre les races est un problème pour vous. Et disons qu'un jeune homme de banlieue vient vous voir pour un emploi de serveur. Il parle la langue de la banlieue. Vous ne l'embauchez pas pour le job. C'est très simple. Vous ne l'embaucherez pas parce que c'est impossible. Son travail est de vous représenter et cela requière de la discipline et de bonnes manières, ainsi qu'une certaine façon de parler. Et je peux vous dire que les Français blancs qui imitent le code de comportement des banlieues — et une telle chose existe — rencontreront exactement le même problème. La seule façon de lutter contre la discrimination est de rétablir les exigences, le sérieux de l'éducation. C'est la seule façon. Mais vous n'êtes pas autorisé à dire cela, non plus. Je ne le peux pas. Cela tombe sous le sens, mais ils préfèrent propager le mythe du 'racisme français'. Cela n'est pas juste.

"Nous vivons aujourd'hui dans un environnement de 'guerre perpétuelle contre le racisme' et il faut aussi examiner la nature de cet antiracisme. Un peu plus tôt, j'entendais quelqu'un à la radio qui s'opposait à la décision du ministre de l'intérieur, Sarkozy, d'expulser quiconque n'a pas la nationalité française et a pris part aux émeutes et qui est arrêté. Et qu'a-t-il dit ? Qu'il s'agissait de 'nettoyage ethnique'. Pendant la guerre de Yougoslavie j'ai combattu le nettoyage ethnique des Musulmans de Bosnie. Pas une seule organisation musulmane française ne s'est tenue à nos côtés. Elles se sont agitées seulement pour soutenir les Palestiniens. Alors, parler à présent de 'nettoyage ethnique' ? Il n'y a eu qu'une seule personne qui soit morte pendant les émeutes. En réalité, il y a en a eu deux [de plus], mais il s'agissait d'un accident. Ils n'étaient pas poursuivis, mais ils se sont cachés dans un transformateur électrique malgré d'immenses panneaux les avertissant du danger.

"Mais je pense que l'idée généreuse d'une guerre contre le racisme se transforme petit à petit en une idéologie monstrueusement mensongère. Et cet antiracisme sera au vingt et unième siècle ce que fut le communisme au vingtième. Une source de violence. Aujourd'hui, les Juifs sont attaqués au nom du discours antiraciste : le mur de séparation, 'sionisme égale racisme'. "C'est la même chose en France. On doit faire très attention à l'idéologie 'antiraciste'. Bien sûr, il y a un problème de discrimination. Il y a un réflexe xénophobe, c'est vrai, mais l'interprétation de ces événements comme réponse au racisme français est complètement erronée. Complètement erronée."

Et que pensez-vous des mesures qu'a prises le gouvernement français pour mettre fin à la violence ? L'état d'urgence, le couvre feu ?

F. : "Mais c'est tout à fait normal ! Ce que nous venons de vivre est terrible. Il faut comprendre que ceux qui ont le moins de pouvoir dans la société sont les autorités, les gouvernants. C'est vrai, ils sont responsables du maintien de l'ordre. Et c'est important parce que sans eux il y aurait eu une sorte d'autodéfense et les gens auraient tiré. Alors ils maintiennent l'ordre et ils font cela avec une prudence extraordinaire. Il faut les saluer pour cela.

"En mai 68, il y avait un mouvement tout à fait innocent comparé à celui d'aujourd'hui et il y a eu de la violence policière. Aujourd'hui, on jette des cocktails Molotov et on tire à balles réelles. Et il n'y a eu aucun cas de violence policière. [Depuis cette interview, plusieurs policiers suspectés de violence ont été arrêtés]. Il n'y a aucun précédent. Comment maintenir l'ordre ? Par des moyens dictés par le bon sens que, selon une enquête du journal le Parisien ,soit dit en passant, 73% des français soutiennent.

"Mais il semble qu'il soit déjà trop tard pour provoquer chez eux de la honte, parce qu'à la télévision, à la radio et dans les journaux, ou du moins dans la plupart d'entre eux, on présente des émeutiers un miroir embellissant. Ce sont des gens 'intéressants', on entretient leur souffrance et on comprend leur désespoir. En plus, il y a la grande perversion du spectacle : Ils brûlent des voitures pour qu'on puisse le voir à la télévision. Cela leur permet de se sentir 'importants' — qu'ils vivent dans un 'quartier important'. Cette course au spectacle doit être analysée. Elle produit des effets totalement pervers. Et la perversion du spectacle est accompagnée de commentaires tout à fait pervers."

Des modèles qui ont échoué

Depuis le début des émeutes des banlieues, la presse a abordé, dans toute l'Europe, la question du multiculturalisme, de ses perspectives et de ses coûts. Lorsqu'il est venu défendre le modèle républicain et son symbole, l'école républicaine, contre les courants intellectuels qui cherchaient à ouvrir la société française et son système éducatif à la variété culturelle amenée par les immigrés, Finkielkraut a exprimé son opinion, qui occupe aussi la pensée de nombreux écrivains en Israël. Alors que de nombreux intellectuels ont perçu ces derniers événements comme la conséquence d'une ouverture insuffisante à "l'autre", Finkielkraut y voit vraiment la preuve que l'ouverture culturelle est vouée à finir dans un désastre.

F. : "On dit que le modèle républicain s'est effondré avec ces émeutes. Mais le modèle multiculturel ne va guère mieux. Ni en Hollande, ni en Angleterre. À Bradford et à Birmingham il y a eu aussi des émeutes sur fond ethnique. Et deuxièmement, l'école républicaine, le symbole du modèle républicain, n'existe pas depuis longtemps. Je connais l'école républicaine ; j'y ai étudié. C'était une institution avec des exigences strictes, un endroit austère, désagréable, qui avait érigé de hauts murs pour se protéger du bruit extérieur. Trente années de réformes stupides ont changé notre paysage. L'école républicaine a été remplacée par une 'communauté éducative' qui est horizontale et non verticale. On a abaissé le niveau des programmes scolaires, le bruit extérieur est entré, la société est rentrée dans l'école.

"Cela signifie que ce que nous voyons aujourd'hui est en fait l'échec du modèle post-républicain 'sympa'. Mais le problème avec ce modèle est qu'il se nourrit de ses propres échecs : chaque fiasco constitue une raison pour radicaliser encore plus ce modèle. L'école sera encore plus 'sympa'. En fait, face à ce que nous voyons, le minimum que nous devons exiger est une plus grande sévérité et des standards plus astreignants. Sinon, on assistera bientôt à des 'cours de délinquance'.

"Ceci est une évolution caractéristique de la démocratie. Ainsi que l'a montré Tocqueville, la démocratie, en tant que processus, ne supporte pas l'égoïsme. En démocratie, il est difficile de supporter des espaces non démocratiques. Dans une démocratie, tout doit se dérouler démocratiquement, mais l'école ne peut pas être ainsi. Elle ne le peut tout simplement pas. L'asymétrie saute pourtant aux yeux : entre celui qui sait et celui qui ne sait pas, entre celui qui apporte avec lui un monde, et celui qui est nouveau dans ce monde. "Le processus démocratique délégitime cette asymétrie. C'est un phénomène général que l'on observe dans le monde occidental, mais en France il prend une forme plus pathétique, parce que l'une des caractéristiques de la France est son éducation formelle. La France a été construite autour de son école."

Beaucoup de jeunes disent que le problème vient de ce qu'ils ne se sentent pas Français, que la France ne les considère pas vraiment comme des Français.

F. : "Le problème est qu'il faut qu'ils se considèrent eux même comme Français. Si les immigrés disent 'les Français' quand ils parlent des blancs, alors nous sommes perdus. Si leur identité se trouve ailleurs et s'ils sont en France uniquement par intérêt, alors nous sommes perdus. Je dois reconnaître que les Juifs aussi commencent à utiliser cette expression. Je les entends dire 'les Français' et je ne peux pas le supporter. Je leur dis : 'si la France n'est pour vous qu'une question utilitaire et que votre identité est le judaïsme alors soyez cohérents avec vous-même : Vous avez Israël !'. Il s'agit effectivement d'un problème plus vaste : Nous vivons dans une société post-nationale dans laquelle, pour tous, l'Etat n'est qu'une question utilitaire : une grosse compagnie d'assurance. Il s'agit là d'une évolution très grave.

"Mais s'ils ont une carte d'identité française, alors ils sont Français. Et s'ils n'en ont pas, ils ont le droit de partir. Ils disent : 'Je ne suis pas Français. Je vis en France et en plus ma situation économique est difficile'. Personne ne les retient de force ici. Et c'est précisément là que commence le mensonge. Parce que s'ils étaient victimes de l'exclusion et de la pauvreté, ils iraient ailleurs. Mais ils savent très bien que partout ailleurs, et en particulier dans les pays d'où ils viennent, leur situation serait pire en ce qui concerne leurs droits et leurs chances."

Mais le problème, aujourd'hui, est l'intégration dans la société française de jeunes gens et de jeunes filles de la troisième génération. Il ne s'agit pas d'une nouvelle vague d'immigrés. Ils sont nés en France. Ils n'ont nulle part où aller.

F. : "Ce sentiment — qu'ils ne sont pas Français — ce n'est pas l'école qui le leur a donné. En France, comme vous le savez peut-être, même les enfants qui se trouvent illégalement dans le pays sont quand même inscrits à l'école. Il y a ici quelque chose de surprenant et de paradoxal : L'école pourrait très bien appeler la police, puisque l'enfant se trouve illégalement en France. Pourtant, l'école ne prend pas en considération leur illégalité. Il y a aussi des écoles et des ordinateurs partout. Mais ensuite, vient le moment où il faut faire des efforts. Et ceux qui créent les émeutes ne sont pas prêts à faire cet effort. Jamais.

"Prenez la langue, par exemple. Vous dites qu'ils sont de la troisième génération. Alors pourquoi parlent-ils le français comme ils le font ? C'est du français de boucher, l'accent, les mots, la grammaire. Est-ce à cause de l'école ? À cause des profs.?"

Puisque les Arabes et les Noirs n'ont apparemment aucune intention de quitter la France, comment suggérez-vous que l'on traite ce problème ?

F. : "Ce problème est le problème de tous les pays européens. En Hollande, ils ont été confrontés à ce problème depuis l'assassinat de Théo Van Gogh. La question n'est pas de savoir quel est le meilleur modèle d'intégration, mais seulement quelle sorte d'intégration peut être réalisée avec des gens qui vous haïssent."

Et que va-t-il se passer en France ?

F. : "Je ne sais pas. Je me désespère. À cause des émeutes et à cause de leur accompagnement médiatique. Les émeutes vont s'apaiser, mais qu'est ce que cela veut dire ? Ce ne sera pas le retour au calme. Nous assisterons au retour de la violence habituelle. Alors, ils vont s'arrêter parce qu'aujourd'hui il y a le couvre-feu, et les étrangers ont peur, et les dealers veulent aussi que l'ordre habituel soit rétabli. Mais ils bénéficieront d'un soutien et d'un encouragement pour leur violence antirépublicaine, par le biais du discours repoussant de l'autocritique à propos de leur esclavage et du colonialisme. Voilà ! C'est tout : Il n'y aura pas de retour au calme, mais un retour à la violence habituelle".

Alors votre conception du monde n'a plus aucune chance ?

F. : "Non, j'ai perdu. Sur tout ce qui concerne le combat pour l'école, j'ai perdu. C'est intéressant, parce que quand je parle comme je parle en ce moment, beaucoup de gens sont d'accord avec moi. Vraiment beaucoup. Mais il y a quelque chose en France — une espèce de déni qui provient des "bobos", des sociologues et des travailleurs sociaux — et personne n'a le courage de dire autre chose. Ce combat est perdu. On m'a laissé derrière."

Traduit de l'anglais par Jean-François Goulon

What Sort of Frenchmen Are They?

Jewish philosopher Alain Finkielkraut, one of France's leading intellectuals and a key proponent of the war on anti-Semitism, doesn't want to hear about French racism, or poverty and oppression. To him it's clear: Even though France has done a lot for them, the descendants of Muslim immigrants still hate it. And the country is going to hell.
This remark, uttered with some vehemence, pretty much sums up the feelings of Finkielkraut - one of the most prominent philosophers in France in the past 30 years - ever since the violent riots began on October 27 in the impoverished neighborhoods that surround Paris and spread with surprising speed to similar suburbs throughout the country. He has been following the events through the media, keeping up with all the news reports and commentary, and has been appalled at every article that shows understanding for or identification with "the rebels" (and in the French press, there are plenty). He has a lot to say, but it appears that France isn't ready to listen - that his France has already surrendered to a blinding, "false discourse" that conceals the stark truth of its situation. The things he is saying to us in the course of our conversation, he repeatedly emphasizes, are not things he can say in France anymore. It's impossible, perhaps even dangerous, to say these things in France now.
Indeed, in the lively intellectual debate that has been taking place on the pages of the French newspapers ever since the rioting started, a debate in which France's most illustrious minds are taking part, Finkielkraut's is a deviant, even very deviant, voice. Primarily because it is not emanating from the throat of a member of Jean Marie Le Pen's National Front, but from that of a philosopher formerly considered to be one of the most eminent spokesmen of the French left - one of the generation of philosophers who emerged at the time of the May 1968 student revolt.
In the French press, the riots in the suburbs are perceived mainly as an economic problem, as a violent reaction to severe economic hardship and discrimination. In Israel, by comparison, there is sometimes a tendency to view them as violence whose origins are religious or at least ethnic - that is, to see them as part of an Islamic struggle. Where would you situate yourself in respect to these positions?
Finkielkraut: "In France, they would like very much to reduce these riots to their social dimension, to see them as a revolt of youths from the suburbs against their situation, against the discrimination they suffer from, against the unemployment. The problem is that most of these youths are blacks or Arabs, with a Muslim identity. Look, in France there are also other immigrants whose situation is difficult - Chinese, Vietnamese, Portuguese - and they're not taking part in the riots. Therefore, it is clear that this is a revolt with an ethno-religious character.
"What is its origin? Is this the response of the Arabs and blacks to the racism of which they are victims? I don't believe so, because this violence had very troubling precursors, which cannot be reduced to an unalloyed reaction to French racism.
"Let's take, for example, the incidents at the soccer match between France and Algeria that was held a few years ago. The match took place in Paris, at the Stade de France. People say the French national team is admired by all because it is black-blanc-beur ["black-white-Arab" - a reference to the colors on France's tricolor flag and a symbol of the multiculturalism of French society - D.M.]. Actually, the national team today is black-black-black, which arouses ridicule throughout Europe. If you point this out in France, they'll put you in jail, but it's interesting nevertheless that the French national soccer team is composed almost exclusively of black players.
"Anyway, this team is perceived as a symbol of an open, multiethnic society and so on. The crowd in the stadium, young people of Algerian descent, booed this team throughout the whole game! They also booed during the playing of the national anthem, the `Marseillaise,' and the match was halted when the youths broke onto the field with Algerian flags.
"And then there are the lyrics of the rap songs. Very troubling lyrics. A real call to revolt. There's one called Dr. R., I think, who sings: `I piss on France, I piss on De Gaulle' and so on. These are very violent declarations of hatred for France. All of this hatred and violence is now coming out in the riots. To see them as a response to French racism is to be blind to a broader hatred: the hatred for the West, which is deemed guilty of all crimes. France is being exposed to this now."
In other words, as you see it, the riots aren't directed at France, but at the entire West?
"No, they are directed against France as a former colonial power, against France as a European country. Against France, with its Christian or Judeo-Christian tradition."
`Anti-republicanpogrom'
Alain Finkielkraut, 56, has come a long way from the events of May 1968 to the riots of October 2005. A graduate of one of the chief breeding grounds for French intellectuals, the Ecole Normal Superieure, in the early 1970s, Finkielkraut was identified with a group known as "the new philosophers" (Bernard Henri-Levy, Andre Glucksman, Pascal Bruckner and others) - young philosophers, many of them Jewish, who made a critical break with the Marxist ideology of May 1968 and with the French Communist Party, and denounced its impact on French culture and society.
In 1987, he published his book "The Defeat of the Mind," in which he outlined his opposition to post- modernist philosophy, with its erasure of the boundaries between high and low culture and its cultural relativism. And thus he began to earn a name as a "conservative" philosopher and scathing critic of the multicultural and post-colonial intellectual currents, as someone who preached a return to France's republican values. Finkielkraut was one of the staunchest defenders of the controversial law prohibiting head-coverings in schools, which has roiled France in recent years.
Over time, he also became a symbol of the "involved intellectual," as exemplified by the postwar Jean-Paul Sartre - a philosopher who doesn't abstain from participation in political life, but instead writes in the newspapers, gives interviews and devotes himself to humanitarian causes such as halting the ethnic cleansing in Bosnia or the slaughter in Rwanda. The danger he wishes to stand up to today, in light of the riots, is the growing hatred for the West and its penetration into the French education system.
Do you think that the source of the hatred for the West among the French who are taking part in the riots lies in religion, in Islam?
"We need to be clear on this. This is a very difficult question and we must strive to maintain the language of truth. We tend to fear the language of truth, for `noble' reasons. We prefer to say the `youths' instead of `blacks' or `Arabs.' But the truth cannot be sacrificed, no matter how noble the reasons. And, of course, we also must avoid generalizations: This isn't about blacks and Arabs as a whole, but about some blacks and Arabs. And, of course, religion - not as religion, but as an anchor of identity, if you will - plays a part. Religion as it appears on the Internet, on the Arab television stations, serves as an anchor of identity for some of these youths.
"Unlike others, I have not spoken about an `intifada' of the suburbs, and I don't think this lexicon ought to be used. But I have found that they are also sending the youngest people to the front lines of the struggle. You've seen this in Israel - they send the youngest ones to the front because it's impossible to put them in jail when they're arrested. But still, here there are no bombings and we're in a different stage: I think it's the stage of the anti-republican pogrom. There are people in France who hate France as a republic."
But why? For what reason?
"Why have parts of the Muslim-Arab world declared war on the West? The republic is the French version of Europe. They, and those who justify them, say that it derives from the colonial breakdown. Okay, but one mustn't forget that the integration of the Arab workers in France during the time of colonial rule was much easier. In other words, this is belated hatred. Retrospective hatred.
"We are witness to an Islamic radicalization that must be explained in its entirety before we get to the French case, to a culture that, instead of dealing with its problems, searches for an external guilty party. It's easier to find an external guilty party. It's tempting to tell yourself that in France you're neglected, and to say, `Gimme, gimme.' It hasn't worked like that for anyone. It can't work."
Post-colonialmindset
But what appears to disturb Finkielkraut even more than this "hatred for the West," is what he sees as its internalization in the French education system, and the identification with it by French intellectuals. In his view, this identification and internalization - which are expressed in shows of understanding for the sources of the violence and in the post-colonial mindset that is permeating the education system - are threatening not only France as a whole, but the country's Jews, too, because they are creating an infrastructure for the new anti-Semitism.
"In the United States, too, we're witnessing an Islamization of the blacks. It was Louis Farrakhan, in America, who asserted for the first time that the Jews played a central role in creating slavery. And the main spokesman for this theology in France today is Dieudonne [a black stand-up artist, who caused an uproar with his anti-Semitic statements - D.M.]. Today he is the true patron of anti-Semitism in France, and not Le Pen's National Front.
"But in France, instead of fighting his kind of talk, they're actually doing what he asks: changing the teaching of colonial history and the history of slavery in the schools. Now they teach colonial history as an exclusively negative history. We don't teach anymore that the colonial project also sought to educate, to bring civilization to the savages. They only talk about it as an attempt at exploitation, domination and plunder.
"But what does Dieudonne really want? He wants a `Holocaust' for Arabs and blacks, too. But if you want to put the Holocaust and slavery on the same plane, then you have to lie. Because [slavery] wasn't a Holocaust. And [the Holocaust] wasn't `a crime against humanity,' because it wasn't just a crime. It was something ambivalent. The same is true of slavery. It began long before the West. In fact, what sets the West apart when it comes to slavery is that it was the one to eliminate it. The elimination of slavery is a European and American thing. But this truth about slavery cannot be taught in schools.
"That's why these events sadden me so greatly; not so much because they happened. After all, you'd have to be deaf and blind not to see that they would happen. But because of the interpretations that have accompanied them. These dealt a decisive blow to the France I loved. And I've always said that life will become impossible for Jews in France when Francophobia triumphs. And that's what will happen. The Jews understand what I've said just now. Suddenly, they look around, and they see all the `bobo' (French slang for bourgeois-bohemians) singing songs of praise to the new `wretched of the earth' [Finkielkraut is alluding here to the book by the Martinique-born, anti-colonialist philosopher Franz Fanon - D.M.] and asking themselves: What is this country? What's happened to it?"
Since you view this as an Islamic assault, how do you explain the fact that Jews have not been attacked in the recent events?
"First of all, they say that one synagogue has been attacked. But I think that what we've experienced is an anti-republican pogrom. They tell us that these neighborhoods are neglected and the people are in distress. What connection is there between poverty and despair, and wreaking destruction and setting fire to schools? I don't think any Jew would ever do a thing like this."
Horrifyingacts
Finkielkraut continues: "What unites the Jews - the secular, the religious, the Peace Now crowd, the Greater Land of Israel crowd - is one word: shul (synagogue; used here as religious study hall). That's what holds us all together as Jews. And I have been just horrified by these acts, which kept repeating themselves, and horrified even more by the understanding with which they were received in France. These people were treated like rebels, like revolutionaries. This is the worst thing that could happen to my country. And I'm very miserable because of it. Why? Because the only way to overcome it is to make them feel ashamed. Shame is the starting point of ethics. But instead of making them feel ashamed, we gave them legitimacy. They're `interesting.' They're `the wretched of the earth.'
"Imagine for a moment that they were whites, like in Rostock in Germany. Right away, everyone would have said: `Fascism won't be tolerated.' When an Arab torches a school, it's rebellion. When a white guy does it, it's fascism. I'm `color blind.' Evil is evil, no matter what color it is. And this evil, for the Jew that I am, is completely intolerable.
"Moreover, there's a contradiction here. Because if these suburbs were truly in a state of total neglect, there wouldn't be any gymnasiums to torch, there wouldn't be schools and buses. If there are gymnasiums and schools and buses, it's because someone made an effort. Maybe not enough of one, but an effort."
Still, the unemployment rate in the suburbs is very extreme: Almost 40 percent of young people aged 15-25 have no chance of finding a job.
"Let's return to the shul for a moment. When parents send you to school, is it in order for you to find a job? I was sent to school in order to learn. Culture and education have a justification per se. You go to school to learn. That is the purpose of school. And these people who are destroying schools - what are they really saying? Their message is not a cry for help or a demand for more schools or better schools. It's a desire to eliminate the intermediaries that stand between them and their objects of desire. And what are their objects of desire? Simple: money, designer labels, sometimes girls. And this is something for which our society surely bears responsibility. Because they want everything immediately, and what they want is only the consumer-society ideal. It's what they see on television."
Declarationofwar
Finkielkraut, as his name indicates, is himself the child of an immigrant family: His parents came to France from Poland; their parents perished at Auschwitz. In recent years, his Judaism has become a central theme in his writing, too, especially since the start of the second intifada and the rise in anti-Semitism in France. He is one of the leaders of the struggle against anti-Semitism in France, and also one of the most prominent supporters of Israel and its policies, in the face of Israel's many critics in France.
His standing as a key spokesperson within the Jewish community in France has grown, particularly since he began hosting a weekly talk show on the JCR Jewish radio station, one of four Jewish stations in the country. On this program, Finkielkraut discusses current events; for the past two weeks, the riots in the suburbs were naturally the main topic. Because of his standing as one of the most widely heard Jewish intellectuals within France's Jewish community, his perspective on the events will certainly have an influence on the way in which they are perceived and understood among French Jewry - and perhaps also on the future of the relationship between the Jewish and Muslim communities. But this Jewish philosopher and tenacious fighter of anti-Semitism is using these latest events to declare war - on the "war on racism."
"I was born in Paris, but I'm the son of Polish immigrants. My father was deported from France. His parents were deported and murdered in Auschwitz. My father returned from Auschwitz to France. This country deserves our hatred: What it did to my parents was much more violent than what it did to Africans. What did it do to Africans? It did only good. It put my father in hell for five years. And I was never brought up to hate. And today, this hatred that the blacks have is even greater than that of the Arabs."
But do you, of all people, who fight against anti-Jewish racism, maintain that the discrimination and racism these youths are talking about doesn't actually exist?
"Of course discrimination exists. And certainly there are French racists. French people who don't like Arabs and blacks. And they'll like them even less now, when they know how much they're hated by them. So this discrimination will only increase, in terms of housing and work, too.
"But imagine that you're running a restaurant, and you're anti-racist, and you think that all people are equal, and you're also Jewish. In other words, talking about inequality between the races is a problem for you. And let's say that a young man from the suburbs comes in who wants to be a waiter. He talks the talk of the suburbs. You won't hire him for the job. It's very simple. You won't hire him because it's impossible. He has to represent you and that requires discipline and manners, and a certain way of speaking. And I can tell you that French whites who are imitating the code of behavior of the suburbs - and there is such a thing - will run into the same exact problem. The only way to fight discrimination is to restore the requirements, the educational seriousness. This is the only way. But you're not allowed to say that, either. I can't. It's common sense, but they prefer to propound the myth of `French racism.' It's not right.
"We live today in an environment of a `perpetual war on racism' and the nature of this anti-racism also needs to be examined. Earlier, I heard someone on the radio who was opposed to Interior Minister Sarkozy's decision to expel anyone who doesn't have French citizenship and takes part in the riots and is arrested. And what did he say? That this was `ethnic cleansing.' During the war in Yugoslavia I fought against the ethnic cleansing of Muslims in Bosnia. Not a single French Muslim organization stood by our side. They bestirred themselves solely to support the Palestinians. And to talk about `ethnic cleansing' now? There was a single person killed in the riots. Actually, there were two [more], but it was an accident. They weren't being chased, but they fled to an electrical transformer even though the warning signs on it were huge.
"But I think that the lofty idea of `the war on racism' is gradually turning into a hideously false ideology. And this anti-racism will be for the 21st century what communism was for the 20th century. A source of violence. Today, Jews are attacked in the name of anti-racist discourse: the separation fence, `Zionism is racism.'
"It's the same thing in France. One must be wary of the `anti-racist' ideology. Of course, there is a problem of discrimination. There's a xenophobic reflex, that's true, but the portrayal of events as a response to French racism is totally false. Totally false."
And what do you think about the steps the French government has taken to quell the violence? The state of emergency, the curfew?
"This is so normal. What we have experienced is terrible. You have to understand that the ones who have the least power in a society are the authorities, the rulers. Yes, they are responsible for maintaining order. And this is important because without them, some sort of self-defense would be organized and people would shoot. So they're maintaining order, and doing it with extraordinary caution. They should be saluted.
"In May 1968 there was a totally innocent movement compared to the one we're seeing now, and there was violence on the part of the police. Here they're tossing Molotov cocktails, firing live bullets. And there hasn't been a single incident of police violence. [Since this interview, several police officers have been arrested on suspicion of using violence - D.M.] There's no precedent for this. How to impose order? By using `common sense' methods, which by the way, according to a poll by La Parisienne newspaper, 73 percent of the French support.
"But apparently it's already too late to make them feel ashamed, since on the radio, on television and in the newspapers, or in most of them, they're holding a prettifying mirror up to the rioters. They're `interesting' people, they're nurturing their suffering and they understand their despair. In addition, there's the great perversion of the spectacle: They're burning cars in order to see it on television. It makes them feel `important' - that they live in an `important neighborhood.' The pursuit of this spectacle ought to be analyzed. It's creating totally perverted effects. And the perversion of the spectacle is accompanied by totally perverted analyses."
Failedmodels
Since the start of the riots in the suburbs, the press throughout Europe has been addressing the issue of multiculturalism, its possibilities and its costs. Finkielkraut expressed his opinion on this question, which is also occupying the minds of many writers in Israel, many years ago when he came to the defense of the republican model and its symbol, the republican school, against the intellectual currents that sought to open French society and its education system to the cultural variety brought in by the immigrants. While many intellectuals perceive the latest events as deriving from insufficient openness to the "other," Finkielkraut actually sees them as proof that cultural openness is doomed to end in disaster.
"They're saying that the republican model has collapsed in these riots. But the multicultural model isn't in any better shape. Not in Holland or in England. In Bradford and Birmingham there were riots with an ethnic background, too. And, secondly, the republican school, the symbol of the republican model, hasn't existed for a long time already. I know the republican school; I studied in it. It was an institution with strict demands, a bleak, unpleasant place that built high walls to keep out the noise from outside. Thirty years of foolish reforms have altered our landscape. The republican school has been replaced by an `educational community' that is horizontal rather than vertical. The curricula have been made easier, the noise from outside has come in, society has come inside the school.
"This means that what we're seeing today is actually the failure of the `nice' post-republican model. But the problem with this model is that it is fueled by its own failures: Every fiasco is a reason to become even more extreme. The school will become even `nicer.' When really, given what we're seeing, greater strictness and more exacting standards are the minimum that we need to ask for. If not, before long we'll have `courses in crime.'
"This is an evolution that characterizes democracy. Democracy, as a process, and Tocqueville showed this, does not abide selfishness. Within democracy, it's hard to tolerate non-democratic spaces. Everything has to be done democratically in a democracy, but school cannot be this way. It just can't. The asymmetry is glaring: between he who knows and he who doesn't know, between he who brings a world with him and he who is new in this world.
"The democratic process delegitimizes this asymmetry. It's a general process in the Western world, but in France it takes a more pathetic form, because one of the things that characterizes France is its strict education. France was built around its schools."
Many of the youths say the problem is that they don't feel French, that France doesn't really regard them as French.
"The problem is that they need to regard themselves as French. If the immigrants say `the French' when they're referring to the whites, then we're lost. If their identity is located somewhere else and they're only in France for utilitarian reasons, then we're lost. I have to admit that the Jews are also starting to use this phrase. I hear them saying `the French' and I can't stand it. I say to them, `If for you France is a utilitarian matter, but your identity is Judaism, then be honest with yourselves: You have Israel.' This is really a bigger problem: We're living in a post-national society in which for everyone the state is just utilitarian, a big insurance company. This is an extremely serious development.
"But if they have a French identity card, then they're French. And if not, they have the right to go. They say, `I'm not French. I live in France and I'm also in a bad economic state.' No one's holding them here. And this is precisely where the lie begins. Because if it were the neglect and poverty, then they would go somewhere else. But they know very well that anywhere else, and especially in the countries from whence they came, their situation would be worse, as far as rights and opportunities go."
But the problem today is the integration into French society of young men and women who are from the third generation. This isn't a wave of new immigrants. They were born in France. They have nowhere to go.
"This feeling, that they are not French, isn't something they get from school. In France, as you perhaps know, even children who are in the country illegally are still registered for school. There's something surprising, something paradoxical, here: The school could call the police, since the child is in France illegally. Yet the illegality isn't taken into account by the school. So there are schools and computers everywhere, too. But then the moment comes when an effort must be made. And the people that are fomenting the riots aren't prepared to make this effort. Ever.
"Take the language, for example. You say they are third generation. So why do they speak French the way they do? It's butchered French - the accent, the words, the syntax. Is it the school's fault? The teachers' fault?"
Since the Arabs and blacks apparently have no intention of leaving France, how do you suggest that the problem be dealt with?
"This problem is the problem of all the countries of Europe. In Holland, they've been confronting it since the murder of Theo van Gogh. The question isn't what is the best model of integration, but just what sort of integration can be achieved with people who hate you."
And what will happen in France?
"I don't know. I'm despairing. Because of the riots and because of their accompaniment by the media. The riots will subside, but what does this mean? There won't be a return to quiet. It will be a return to regular violence. So they'll stop because there is a curfew now, and the foreigners are afraid and the drug dealers also want the usual order restored. But they'll gain support and encouragement for their anti-republican violence from the repulsive discourse of self-criticism over their slavery and colonization. So that's it: There won't be a return to quiet, but a return to routine violence."
So your worldview doesn't stand a chance anymore?
"No, I've lost. As far as anything relating to the struggle over school is concerned, I've lost. It's interesting, because when I speak the way I'm speaking now, a lot of people agree with me. Very many. But there's something in France - a kind of denial whose origin lies in the bobo, in the sociologists and social workers - and no one dares say anything else. This struggle is lost. I've been left behind." 

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