samedi 18 novembre 2017

Islamisme et politique 16.11.2017

Deux musulmans arrêtés après leur intrusion au carmel (17.11.2017)

Mis à jour le 17/11/2017 à 19h32 | Publié le 17/11/2017 à 19h29


À Verdun, ils se sont invités aux vêpres pour chanter en arabe à voix haute et appeler les sœurs à se convertir à l'islam.

Les sœurs du carmel de Verdun doivent dorénavant être vigilantes et surveiller les entrées de ceux qui viennent assister librement à leur messe dans la chapelle, jouxtant leur monastère. Telles sont les consignes passées par l'évêque de la ville, Mgr Gusching, après un épisode qui a semé le trouble au sein la communauté la semaine dernière.

Le 10 novembre dernier, comme l'a révélé L'Est républicain, deux hommes d'une trentaine d'années, vêtus normalement, ont perturbé les vêpres en faisant leurs prières en arabe à haute voix, de sorte à couvrir celles des carmélites. «Si vous ne vous convertissez pas, vous irez en enfer», leur a lâché l'un d'eux. Puis, avant de quitter les lieux, l'un des deux hommes a rédigé sur le livre d'or de l'église un long texte en arabe s'achevant par «Allah Akbar».


Curieux tandem
«Ce sont des actes troublants et ces deux individus ont eu un double comportement», relève Mgr Gusching. En effet, avant ces provocations menaçantes, leur intrusion s'était pourtant faite avec courtoisie, tout comme leur départ. Inconnus des occupantes du carmel, les deux visiteurs avaient en effet engagé la conversation avec amabilité avec l'une des sœurs. Aussi de les inviter, comme ils en avaient émis le désir, à assister à l'office religieux. Puis, après leurs méfaits et juste avant de disparaître, ils ont remercié l'une des religieuses pour son accueil. De manière aussi déroutante, les deux hommes s'étaient déjà distingués la veille au sein de la mosquée de la ville, située dans le même quartier, et en avaient d'ailleurs été chassés. «L'un d'eux avait voulu diriger les prières», rapporte un témoin.
«Ce sont des actes troublants et ces deux individus ont eu un double comportement»
Mgr Gusching
Retrouvés sans difficulté et arrêtés le 11 novembre, les deux auteurs seront jugés le 28 avril prochain pour violences volontaires aggravées. Des faits pour lesquels ils encourent trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. Cette audience permettra sans doute d'en savoir un peu plus sur leur personnalité et leurs liens. «L'un d'eux, qui habite la ville, s'est converti depuis peu et fréquentait la mosquée depuis trois mois. Il ne posait pas de difficulté», relate encore le même témoin avant de poursuivre: «Par Internet, il a rencontré une personne qui l'a rejoint à Verdun. C'est cette dernière qui est l'auteur principal de ces agissements.» Pour l'heure, ce curieux tandem a été laissé libre et placé sous contrôle judiciaire. Dans son bref communiqué relatif à cette affaire, le procureur de Verdun ne fait aucunement mention de radicalisme. Au carmel, tout en tenant compte des consignes de sécurité de l'évêque, on indique vivre comme avant. Dans la paix.
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Syrie: 26 morts dans un attentat de l'EI (17.11.2017)
Mis à jour le 18/11/2017 à 11h59 | Publié le 17/11/2017 à 19h12

Au moins 26 personnes ont été tuées aujourd'hui dans l'est de la Syrie dans un attentat à la voiture piégée visant des déplacés, perpétré par le groupe Etat islamique (EI) qui cherche à prouver sa force de frappe malgré l'effondrement de son califat.
12 enfants figurent parmi les victimes de cet attentat, qui a frappé un rassemblement de déplacés dans la province de Deir ez-Zor, où les djihadistes perdent du terrain face à deux offensives qui cherchent à les chasser de Syrie, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
«Des dizaines de personnes ont été blessées, et le bilan des victimes pourrait être revu à la hausse, des blessés étant dans un état grave», a précisé son directeur Rami Abdel Rahmane. Fuyant les combats, les déplacés étaient en route pour la province voisine de Hassaké, dans le nord-est syrien, où des camps ont été installés pour les accueillir en territoire kurde, a précisé M. Abdel Rahmane.
L'agence officielle Sana a également fait état d'un «attentat à la voiture piégée» perpétré par l'EI contre «un rassemblement de familles déplacées» de Deir ez-Zor, mais a fourni un bilan légèrement moins élevé: 20 morts et 30 blessés.
Après une montée en puissance en 2014 et la conquête de vastes territoires en Irak et en Syrie, l'EI est aujourd'hui acculé dans ses derniers réduits à la frontière entre ces deux pays. 
Dans la province de Deir ez-Zor, frontalière de l'Irak, deux offensives distinctes cherchent à reprendre à l'EI les derniers territoires sous son contrôle. D'un côté, les forces du régime sont soutenues par l'aviation russe, de l'autre, les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyés par Washington.
L'attentat a frappé les déplacés à un point de contrôle des FDS, selon l'OSDH, alors que l'EI semble vouloir prouver que malgré les défaites territoriales, il conserve sa capacité de nuisance. 
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L'Iran demande à la France de ne pas s'ingérer dans son programme balistique (18.11.2017)
Mis à jour le 18/11/2017 à 11h33 | Publié le 18/11/2017 à 09h42

La France ne doit pas s'ingérer dans le programme balistique iranien, a déclaré samedi Ali Akbar Velayati, principal conseiller de l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution.
Emmanuel Macron avait invité la veille Téhéran à adopter une position "moins agressive" au Proche-Orient et à clarifier sa stratégie balistique qui lui semble "non maîtrisée".
"Il n'est pas dans l'intérêt de M. Macron ni de la France de s'ingérer dans les affaires de la République islamique, ce à quoi nous sommes très sensibles", a déclaré Ali Akbar Velayati, cité par la presse publique. "Sur les questions de défense et du programme balistique, nous ne demandons la permission à personne (...) En quoi cela regarde Macron? Qui est-il pour s'ingérer dans ces affaires?" a déclaré Ali Akbar Velayati.

Guinée Équatoriale: une élection à presque 100% (18.11.2017)
Mis à jour le 18/11/2017 à 11h27 | Publié le 18/11/2017 à 10h57

Le parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), au pouvoir depuis près de quarante ans dans le pays, a remporté une nouvelle fois, sans surprise et avec des scores à la soviétique, les élections législatives, sénatoriales et municipales du 12 novembre, selon les résultats officiels rendus publics vendredi soir.
Le PDGE et ses 14 partis alliés obtiennent la totalité des 75 sièges de sénateurs et ont été élus à la tête de toutes les mairies du pays, a annoncé le président de la Commission électorale nationale, Clemente Engonga Nguema Onguene.
Ils remportent également 99 des 100 sièges de la Chambre des députés, où un unique député de l'opposition, membre du parti Citoyens pour l'innovation (CI) a été élu, dans la circonscription de la capitale Malabo.
Le CI, dont c'était la première participation à une élection et qui espérait faire une entrée remarquée au parlement, obtient par ailleurs un unique conseiller municipal, également à Malabo.
Quelque 300.000 électeurs équato-guinéens étaient appelés à voter dans ce pays où le multipartisme a été introduit en 1991, mais dirigé sans partage depuis 1979 par le président Teodoro Obiang Nguema, 74 ans, recordman de longévité pour un président en Afrique.
La victoire du PDGE, qui détient depuis des décennies tous les rouages du pouvoir, ne faisait aucun doute. Il était opposé à une coalition d'opposition regroupant l'Union du centre droit (UCD) et la Convergence pour la démocratie sociale (CPDS), et au parti CI, dont le leader Gabriel Nse Obiang, ex-lieutenant de l'armée revenu de 13 années d'exil en Espagne, a été interdit de participer aux scrutins par la justice locale, après s'être déjà vu interdit de prendre part à la présidentielle de 2016.
Des responsables de ces formations d'opposition ont dénoncé de multiples «fraudes» et «irrégularités» le jour du vote le 12 novembre, alors que l'accès à internet a été coupé le jour même et est resté très restreint jusqu'à l'annonce des résultats vendredi soir.
La participation aux scrutins a été de 84% pour un total de 273.502 votants, a affirmé le président de la Commission électorale, également ministre de l'Intérieur.
«Je remercie le peuple de Guinée Équatoriale pour sa maturité politique et l'ordre qui a régné durant le vote. Il n'y a pas eu d'incidents pendant le vote, le processus électoral s'est déroulé dans la transparence», a déclaré M. Nguema Onguene lors de la lecture des résultats.
«Aucune protestation des résultats ni revendication n'a été enregistrée», a-t-il affirmé.

L'Arabie saoudite rappelle son ambassadeur à Berlin (18.11.2017)
Mis à jour le 18/11/2017 à 13h46 | Publié le 18/11/2017 à 12h41

L'Arabie saoudite va rappeler son ambassadeur à Berlin pour protester contre des déclarations du ministre allemand des Affaires étrangères laissant entendre que le premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri était retenu contre son gré à Ryad, a annoncé samedi l'agence officielle saoudienne SPA.
«L'Arabie saoudite a décidé de rappeler son ambassadeur en Allemagne pour consultations et va remettre une lettre à l'ambassadeur d'Allemagne auprès du royaume protestant contre ces déclarations malencontreuses et injustifiées», a indiqué la SPA en citant un porte-parole du ministère saoudien des Affaires étrangères.
Peu avant de quitter Ryad pour Paris, M. Hariri a affirmé, dans un tweet adressé au ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, qu'il ne lui était pas interdit de quitter l'Arabie saoudite.
«Dire que je suis retenu en Arabie saoudite et (qu'il m'est) interdit de quitter le pays est un mensonge. Je suis en route pour l'aéroport», a-t-il écrit.
M. Hariri a quitté samedi l'Arabie saoudite pour se rendre en France deux semaines après sa démission et d'intenses spéculations sur sa liberté de mouvement.
Dans un communiqué diffusé samedi, le ministère allemand des Affaires étrangères a «expressément salué (...) le voyage de M. Hariri à Paris et son retour imminent au Liban».
Jeudi, M. Gabriel a déclaré lors d'une conférence de presse à Berlin avec son homologue libanais Gebran Bassil que «le Liban risque de retomber dans de graves confrontations politiques et peut-être militaires».
«Afin de prévenir ceci, nous avons en particulier besoin du retour du premier ministre actuel», a-t-il souligné, en estimant que le Liban «ne doit pas devenir un jouet de (...) la Syrie, de l'Arabie saoudite ou d'autres».
«Le signal commun doit venir d'Europe que nous ne sommes plus prêts à accepter en silence cet aventurisme qui s'est propagé ici ces derniers mois», avait également déclaré M. Gabriel.
«Cet aventurisme a maintenant atteint son apogée avec cette façon de procéder (...) avec le Liban», avait ajouté le ministre.
«Ces déclarations sont hasardeuses, basées sur des informations erronées et ne servent pas la stabilité dans la région», a commenté le porte-parole du ministère saoudien des Affaires étrangères, cité par l'agence SPA.
«Elles ont provoqué l'étonnement de l'Arabie saoudite (...) qui considère qu'elles ne représentent pas la position du gouvernement allemand ami, qui est un partenaire sûr dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme et dans l'action pour établir la sécurité dans la région», a ajouté le porte-parole.
«Nous avons en raison de la situation actuelle (au Moyen-Orient) de grandes inquiétudes quant à la stabilité de la région et appelons toutes les parties à réduire les tensions», a indiqué un porte-parole du ministère, cité dans le communiqué.
«Parler de cela de façon ouverte est possible et naturel entre partenaires internationaux proches», a-t-il ajouté.

Compiègne: pompiers et policiers caillassés (18.11.2017)
Mis à jour le 18/11/2017 à 13h45 | Publié le 18/11/2017 à 13h05

Des pompiers, venus éteindre un incendie dans une concession automobile, et des policiers qui les accompagnaient, ont été la cible de jets de pierres et de canettes vendredi soir à Compiègne (Oise), ont indiqué plusieurs sources concordantes qui précisent qu'il n'y a pas eu de blessés.
Peu après 21H00, au Clos-des-Roses, un quartier sensible de Compiègne, "d'importants moyens ont été déployés suite à un feu qui concernait 15 véhicules, dans l'enceinte du garage Peugeot" situé à proximité de la caserne de pompiers de Compiègne, a indiqué le président du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Oise Eric de Valroger sur le compte Facebook du Sdis 60.
Une plainte va être déposée
Lors de leur intervention, "les sapeurs-pompiers ont été pris à partie" par une vingtaine de personnes "qui les ont caillassés avant de lancer des canettes dans leur direction ainsi que sur les véhicules", a-t-il ajouté,précisant qu'une plainte allait être déposée samedi.
"Les sapeurs-pompiers étaient sous couvert des forces de police et aussi bien policiers que pompiers ont été visés par ces jets de pierres et de canettes", a précisé le Centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (Codis) de l'Oise à l'AFP.
Des attaques contre les pompiers en hausse
Selon la préfecture de l'Oise, il n'y a pas eu de blessés, ni dégâts sur les véhicules et les tensions se sont arrêtées "rapidement" après l'intervention des forces de l'ordre. "L'enquête est en cours pour déterminer l'origine de l'incendie, à ce stade, on n'a pas d'éléments qui nous laisseraient penser qu'il puisse s'agir d'une piste criminelle", a affirmé à l'AFP le parquet de Compiègne.
Le quartier "du Clos-des-Roses", connu pour son trafic de stupéfiants, a déjà été le théâtre d'épisodes de tensions entre certains habitants et les forces de l'ordre. Selon une note de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) et des responsables de la profession, le nombre d'agressions contre les pompiers a augmenté de 17,6% en 2016 comparé à 2015, avec des violences qui ne se concentrent plus seulement dans les quartiers sensibles.

Le Louvre-Lens, des effets bénéfiques pour le tourisme (17.11.2017)
Par Claire Bommelaer et Eric Biétry-RivierreMis à jour le 17/11/2017 à 17h42 | Publié le 17/11/2017 à 17h36
Ouvert au public en décembre 2012 dans le bassin minier du Pas-de-Calais, le Louvre-Lens est en passe de réussir le pari de la démocratisation culturelle et du développement local.
Ils sont entrepreneurs, professeurs et Lensois avant tout. Depuis cinq ans, ils ressentent les effets du Louvre-Lens. Une aubaine pour le tourisme mais aussi pour l'ouverture culturelle qui profite à tous.
• Sabine Heintze, professeur des écoles de la maternelle Curie
Depuis son école, quelques mètres suffisent pour apercevoir le Louvre-Lens, dont elle est une fervente défenseure. «Mon but est d'éveiller les enfants à des choses qu'ils ne connaissent pas. Et de leur faire fréquenter des lieux d'art et de culture», a-t-elle expliqué, à l'hebdomadaire L'Avenir de l'Artois. La première fois, nous restons dans le jardin du musée. Quand nous revenons pour la seconde fois, nous franchissons la porte, nous regardons où est la billetterie, en essayant de comprendre comment on prend son billet.» Dans la Galerie du Temps, l'enseignante demande aux enfants ce que leur évoquent les œuvres. Viennent ensuite, en classe, des séances de sculpture ou de peinture. Puis, à la fin de l'année, chaque enfant invite un de ses parents ou grands-parents au musée. Pour ces derniers, c'est d'ailleurs souvent une première.
 «Les œuvres de la galerie sont changées tous les ans, et leur accès est gratuit. Du coup, on n'hésite pas à retourner »
• Anthony Romon, supporteur du RC Lens
Il a beaucoup attendu l'ouverture de ce musée, qui s'est fait attendre. Au moment de l'exposition «RC Louvre», il a prêté un drapeau de foot «qui lui était cher» et a témoigné dans une vidéo. «C'était une idée formidable de faire entrer le football au Louvre, se souvient-il. Les Panini et les écharpes de supporteurs ont attiré des gens qui n'étaient jamais venus dans les salles.» Certains sont revenus par la suite, en groupe ou en famille, voir la Galerie du Temps. «Les œuvres de la galerie sont changées tous les ans, et leur accès est gratuit. Du coup, on n'hésite pas à retourner.» Certains Lensois ont du mal à pousser leurs pas jusqu'à Lille, surtout s'il s'agit d'aller visiter un musée. «Le mot fait un peu peur. Mais pas à Lens, où les choses sont accessibles», juge-t-il.
«J'avais, au moment de la Coupe du monde, créé un gâteau spécial, Le mondial. Il m'a permis de doubler mes effectifs »
• Jean-Claude Jeanson, patron de la pâtisserie Jeanson
La pâtisserie est une institution de Lens, installée depuis 1939 sur la place de la mairie. «Mes parents et moi-même, comme tous les Lensois, avons connu l'arrêt des mines, les deux chocs pétroliers, le départ des industries. Mais la ville a su attirer la Coupe du monde de foot en 1998, et, depuis, les bonnes nouvelles n'ont jamais cessé» , raconte Jean-Claude Jeanson, son patron. Pour lui, le Louvre-Lens en est une: il fait partie de ceux qui ont tiré leur épingle du jeu. «J'avais, au moment de la Coupe du monde, créé un gâteau spécial, Le mondial. Il m'a permis de doubler mes effectifs», poursuit-il. Dans le sillage du musée, il refait des propositions de création, dont des coffrets prestige de chocolats. Ils se vendent bien, y compris dans la boutique du musée.
En cinq ans, la pâtisserie a vu arriver une nouvelle clientèle, étrangère et initiée à l'art. Le tourisme de mémoire a lui aussi beaucoup progressé. «J'ai triplé mes surfaces commerciales grâce à cela, et je me suis même diversifié en rachetant le Derby, un PMU situé en face du Louvre», conclut Jean-Claude Jeanson.

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Arabie saoudite : les entreprises françaises face à la concurrence américaine (17.11.2017)

Mis à jour le 17/11/2017 à 19h13 | Publié le 17/11/2017 à 19h03

L'Hexagone est présent dans l'armement et l'aviation civile, mais aussi dans les secteurs clés du pays comme l'énergie et la chimie, sans oublier le transport avec la RATP qui a remporté l'exploitation du réseau de bus de Riyad en 2016.
L'Arabie, un eldorado négligé par les entreprises françaises? Le royaume prévoit de gigantesques investissements d'ici à 2030. Mais la France ne s'y précipite pas. «Une poignée seulement de patrons du CAC 40 étaient présents au Davos du désert, le forum économique organisé fin octobre à Riyad», regrette un diplomate français.
La France bénéficie d'une image positive dans le pays et le fils préféré du roi reçoit parfois les conseils de Jacques Attali. Mais «les entreprises françaises sont sans doute attentistes», pointe Sébastien Hénin, directeur général d'Alienor Capital, qui connaît bien la région. Avec la chute des prix du pétrole, les budgets et une partie des investissements ont été revus à la baisse dans le pays. Et y faire des affaires peut s'avérer délicat, indépendamment de la vaste purge anticorruption lancée début novembre. Le premier ministre libanais, Saad Hariri, qui a été retenu à Riyad pour des raisons d'ordre politique, en sait quelque chose. Il est propriétaire du deuxième groupe de BTP du pays, Saudi Oger, mis en faillite il y a quelques mois car l'État avait décidé de ne plus recourir à ses services, explique une source anonyme.
Trump très apprécié des Saoudiens
Par ailleurs, «beaucoup de grandes entreprises françaises se sont focalisées sur leur développement en Iran depuis quelques mois, ce qui les détourne un peu de l'Arabie», souligne Sébastien Hénin. Une attitude à l'opposé des entreprises américaines, «qui jouent sur du velours à Riyad, avec le positionnement anti-Iran de Donald Trump, ce qui ravit les Saoudiens et est à l'opposé des positions européennes», ajoute ce connaisseur du Moyen-Orient.
L'arrivée au pouvoir du nouveau président, beaucoup plus apprécié des Saoudiens que Barack Obama, donne un coup de fouet aux relations commerciales avec les États-Unis
L'arrivée au pouvoir du nouveau président, beaucoup plus apprécié des Saoudiens que Barack Obama, donne un coup de fouet aux relations commerciales avec les États-Unis. D'autant plus que Mohammed Ben Salman est proche de son gendre et qu'il est fasciné par ce pays.
Les Français sont pourtant bien là. Dans l'eau, notamment. Après avoir été en charge de l'approvisionnement de La Mecque, Saur, numéro trois français, gère les sites de refroidissement et de dessalement de Jubail. Veolia et Suez sont depuis des décennies en Arabie et Suez vient de s'y renforcer avec l'achat de GE Water.
L'Hexagone, qui a remporté près de 2 milliards de dollars de contrats lors de la visite de François Hollande en 2015, est aussi présent dans l'armement ou l'aviation civile, avec Airbus. Dans les secteurs clés du pays, l'énergie et la chimie, Air Liquide fournit de nombreux clients en gaz tandis que Total a installé sa plus grande raffinerie à Jubail. Le plan Vision 2030 ouvre des perspectives pour d'autres secteurs, comme le transport. La RATP, qui a remporté l'exploitation du réseau de bus de Riyad en 2016, espère gagner le contrat du métro de la capitale.
Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 18/11/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici
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Le royaume saoudien veut mettre sa population au travail (17.11.2017)

Mis à jour le 17/11/2017 à 19h36 | Publié le 17/11/2017 à 19h34

Face au déclin de sa rente pétrolière, le royaume parie sur des méga-projets futuristes et coûteux qui pourraient renforcer la « saoudisation » de l'emploi.
Les sites de dessalement d'eau et de refroidissement gérés par Saur à Jubail, sur la côte est de l'Arabie, emploient «62 % de Saoudiens. Il y en avait moins de 30 % lorsque nous en avons pris la gestion, en 2011», explique Pascal Grante, conseiller à la direction du numéro trois français de l'eau. Saur est déjà au-dessus des objectifs fixés par le gouvernement saoudien. Il limitera même sans doute ses effectifs étrangers à un quart du personnel d'ici quelques années.
La «saoudisation» est le mantra de ce pays, qui compte 31 millions d'habitants dont un tiers d'étrangers. Et pour cause. Plus de 30 % des jeunes de 16 à 30 ans sont chômeurs et 1,9 million de personnes arriveront sur le marché du travail dans la prochaine décennie. Le royaume s'est donc lancé, depuis le début des années 2000, dans un vaste chantier de mise au travail des Saoudiens.
Ces derniers, pour 90 % d'entre eux, sont fonctionnaires. Le chantier de la saoudisation vise le secteur privé, où les entreprises emploient en moyenne deux étrangers pour un autochtone.
«Il s'agit, en effet, de remplacer une main-d'œuvre étrangère qualifiée et bon marché par des travailleurs locaux, moins productifs et plus chers»
Sébastien ­Hénin, directeur général d'Alienor capital
Le gouvernement fixe des quotas aux entreprises, difficiles à respecter. «Il s'agit, en effet, de remplacer une main-d'œuvre étrangère qualifiée et bon marché par des travailleurs locaux, moins productifs et plus chers», résume Sébastien Hénin, directeur général d'Alienor capital, familier du pays.
Et pas toujours motivés. Les Saoudiens, mal formés pour les postes à responsabilité, rechignent à occuper les emplois manuels. Du coup, certaines entreprises emploient des équipes en double, composées de Saoudiens et d'étrangers venant d'Asie du Sud-Est (Philippines…) ou des États arabes voisins.
Un tiers des cours consacrés à la religion
Mais le gouvernement veut afficher un recul du taux de chômage et réduire les sorties de fonds du pays. Les entreprises ont donc intérêt à jouer le jeu. Elles risquent sinon d'être évincées des contrats publics ou de ne pas obtenir le renouvellement des permis de travail.
Faire travailler les Saoudiens est une nécessité. La croissance démographique est forte et l'État-providence a vu ses revenus chuter avec la baisse du prix du pétrole. Mais cela passe par une transformation sociale. Le coût de la vie a tellement augmenté ces dernières années que les ménages moyens ne subviennent plus à leurs besoins avec un seul salaire. Fait inimaginable il y a dix ans, les femmes sont donc de plus en plus nombreuses à travailler.
L'objectif de 30 % des femmes au travail sera atteint «bien avant l'horizon 2030», expliquait en septembre au Figaro Abdulaziz Alrasheed, vice-ministre des Affaires économiques. L'autorisation de conduire, qui leur sera accordée en juin 2018, devrait accélérer le mouvement.
Elles sont d'autant plus attendues que si elles comptent encore pour moins de 15 % de la population active, elles représentent 60 % des diplômés du supérieur. Or, la formation est un enjeu clé. L'éducation bénéficie de l'un des plus gros budgets de l'État. Mais il y a là aussi une révolution à mener. Au collège et à l'université, un tiers des cours sont consacrés à l'étude de la religion, essentiellement dans sa forme intégriste, le wahhabisme. Autant dire que cela ne prépare pas les jeunes Saoudiens au management ni aux métiers d'ingénieur ou de médecin.
Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 18/11/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici
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L'Arabie saoudite veut faire jaillir des sables une économie nouvelle (17.11.2017)

Mis à jour le 17/11/2017 à 18h48 | Publié le 17/11/2017 à 18h41

INFOGRAPHIES - Face au déclin de sa rente pétrolière, le royaume parie sur des mégaprojets futuristes et coûteux.
À Riyad, Jubail
D'innombrables feux blancs, jaunes ou orange scintillent dans la nuit, de longues flammes sortent de hautes cheminées… Voici Jubail, dans le désert, au bord du golfe Persique. Un site dix fois grand comme Paris où raffineries, usines pétrochimiques et hauts-fourneaux se côtoient dans le plus grand complexe pétrochimique au monde.
Mais, pour le royaume d'Arabie, cela ne suffit pas. La cité de fer, d'eau et de pétrole, sortie du sable dans les années 1980, d'un petit port de pêche, doit doubler de taille. Plus de 18 milliards de dollars sont investis dans de nouvelles infrastructures, soit quelque 20.000 km de tuyaux, une université, des dizaines d'usines et de raffineries, 50.000 logements et 55.000 emplois.
«L'économie saoudienne sera très probablement en récession en 2017»
Pascal Devaux, économiste chez BNP Paribas
Un peu plus au nord, une autre ville, jumelle, Ras al-Khair, dédiée au phosphate, zinc et autres minerais, grandit aussi. Aramco, le gigantesque pétrolier saoudien, vient d'y lancer le plus grand chantier naval du Golfe, capable de produire plus de 40 navires et superpétroliers par an.

Les chantiers pharaoniques, c'est en Arabie saoudite qu'on les trouve aujourd'hui. Parcs éoliens géants, centrales solaires, TGV, sites touristiques ou cité futuriste… Le royaume d'Arabie, poussé par le prince héritier, Mohammed Ben Salman, impatient de voir évoluer le pays qu'il dirigera bientôt, est lancé dans une nouvelle dynamique. Il y a urgence. La rente pétrolière, abondante pendant des années, fond aujourd'hui. Alors que les trois quarts des recettes d'exportation et des revenus publics proviennent de l'or noir, l'effondrement de moitié du cours du brut depuis l'été 2014 met le pays en difficulté. Avec un déficit de 17,3 % du PIB en 2016, il a dû faire face à des problèmes de trésorerie, au point de différer certains paiements. «L'économie saoudienne sera très probablement en récession en 2017», prévoit Pascal Devaux, économiste chez BNP Paribas. Autant dire que l'État-providence, dans ce pays de 30 millions d'habitants, grand comme quatre fois la France et membre du G20, est menacé.
Sophia, le robot non voilé
Les dirigeants arabes en sont bien conscients. En particulier, Mohammed Ben Salman, dit MBS et fils favori du vieux roi Salman Ben Abdelaziz al-Saoud, âgé de 81 ans. Doté déjà de nombreux pouvoirs (il est notamment vice-premier ministre et ministre de la Défense), qu'il vient de renforcer avec une purge qui a écarté début novembre une partie des ministres et de la famille royale, MBS a lancé en avril 2016 le plan Vision 2030 pour diversifier l'économie. Au menu, une exploitation accrue des produits dérivés du pétrole, mais aussi des autres ressources du royaume: minerais, énergie solaire et éolienne, tourisme. Et l'ouverture à des activités jusqu'ici ignorées ou réprouvées. L'objectif est de réduire dès 2020 la dépendance aux hydrocarbures en portant la contribution du secteur manufacturier au PIB à 20 %, contre 10 % en 2012.
Mais, la révolution n'est pas qu'industrielle. Elle est aussi sociale. Et elle mise sur l'innovation. Le pays où les femmes, qui sortent intégralement couvertes de noir, n'auront le droit de conduire qu'en 2018 et où elles sont soumises à la tutelle d'un homme, est le premier au monde à avoir accordé, fin octobre, la citoyenneté à un robot féminin, Sophia, non voilée!

Le prince Mohammed Ben Salman. - Crédits photo : FAYEZ NURELDINE/AFP
MBS, du haut de ses 32 ans, a compris que la nouvelle Arabie, où 70 % de la population a moins de 30 ans, devait se construire avec sa jeunesse,- la plus grande utilisatrice de Twitter au monde - et avec ses femmes. Lors d'un forum international à Riyad, le mois dernier, MBS a promis de «retourner à un islam modéré, tolérant, ouvert sur le monde». Il envisage l'ouverture de cinémas dans le pays. L'un de ses projets pharaoniques est la création d'une gigantesque cité du divertissement qui comprendra un parcours de safari, des courses automobiles, et sera 17 fois plus vaste que le parc d'attractions Disneyland près de Paris.
«L'Arabie saoudite va revenir à ce que nous étions avant 1979: un pays à l'islam modéré, ouvert à toutes les religions et au monde»
Mohammed Ben Salman
Avec la fin du pactole de l'or noir, l'argent n'est plus à portée de main comme avant. Le royaume va privatiser en partie son économie. À commencer par son navire amiral, le géant pétrolier Aramco, dont le chiffre d'affaires est estimé à 250 milliards de dollars, soit un tiers du PIB, et dont il devrait céder 5 % du capital en 2018. L'opération pourrait rapporter jusqu'à 100 milliards de dollars, qui seront placés dans un fonds souverain, le Public Investment Fund (PIF). Celui-ci, qui détient déjà 230 milliards, investit en Arabie ou à l'étranger, dans des projets parfois tout aussi pharaoniques. Il va ainsi miser 1,5 milliard de dollars dans les activités spatiales de la société Virgin.
Riyad reçoit l'équivalent de «moins de 2 % de son PIB de la part des investisseurs étrangers, soit cinq fois moins que certains pays émergents», souligne Pascal Devaux. Le royaume tente donc de les séduire, en organisant un «Davos du désert» ou des tournées des capitales pour ses ministres. Mais, du projet à la réalisation, il y a un fossé. D'autres villes nouvelles, imaginées il y a quinze ans en Arabie, n'ont jamais vu le jour.

Vue d'artiste de Neom. - Crédits photo : Neom
Cela n'empêche pas MBS de bâtir des plans sur la comète. Son dernier projet, le plus démesuré, est Neom, ville du futur sur les bords de la mer Rouge. Trois fois plus étendu que la Corse, ce paradis high-tech utilisera le soleil, le vent et misera sur les nouvelles technologies. Les robots y seront rois, les taxis voleront, les livraisons seront effectuées par des drones, l'agriculture sera verticale… Ce futur paradis concernera des secteurs aussi divers que l'énergie, l'eau, les biotechnologies, l'alimentation, le numérique, les médias et les divertissements. Pour le construire, Riyad a besoin de la modique somme de 500 milliards de dollars…

Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 18/11/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici
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Birmanie : l'armée accusée de viols contre des femmes et filles Rohingyas (17.11.2017)
Mis à jour le 18/11/2017 à 13h55 | Publié le 17/11/2017 à 19h00

Un rapport de Human Rights Watch révèle que des soldats birmans ont pratiqué des viols systématiques, souvent collectifs, depuis le mois d'août mais aussi d'octobre à décembre 2016. Assurant qu'il s'agit de crimes contre l'humanité, l'ONG demande des sanctions internationales contre la Birmanie.
Les forces de sécurité birmanes ont violé des centaines de femmes et filles rohingyas, selon un rapport de Human Rights Watch publié ce jeudi. Depuis août 2017, l'armée birmane a poussé plus de 600.000 personnesde cette minorité musulmane à fuir l'État de Rakhine vers le Bangladesh voisin. «Le viol a été un outil important et dévastateur dans la campagne de nettoyage ethnique de l'armée birmane contre les Rohingyas», a dénoncé Skye Wheeler, auteur du rapport.
Les auteurs du rapport intitulé «Mon corps n'était plus que douleur»: Violences sexuelles systématiques contre les femmes et filles rohingyas en Birmanie», se sont entretenus avec plus de 200 personnes (survivants, témoins et humanitaires). Ils ont documenté deux vagues d'attaques des forces birmanes contre des Rohingyas entre le 9 octobre et le mois de décembre 2016, et à partir du 25 août 2017. Les organisations humanitaires qui travaillent sur place ont fait état de centaines de victimes de viol par des soldats et policiers birmans.
Mais elles seraient bien plus nombreuses. Une part des victimes qui ont parlé «ont ensuite été tuées». Pour les autres, un «sentiment de honte», des «salles d'urgences de cliniques surpeuplées et offrant très peu d'intimité», les empêche de se livrer. «Les deux tiers des victimes de viol interrogées n'avaient pas informé les autorités ou les organisations humanitaires de leur viol», précise le rapport.
À une seule exception près, tous les viols qui ont été signalés à Human Rights Watch étaient collectifs. Les victimes affirment qu'elles ont été réparties en plusieurs groupes, puis violées. Certaines ont même décrit avoir assisté aux meurtres de leurs enfants, époux ou parents par des militaires, avant de subir un viol.

Des réfugiés Rohingyas, après leur traversée du Naf pour rejoindre le Bangladesh, le 12 novembre. - Crédits photo : Mohammad Ponir Hossain/X03850

Une Rohingya prépare à manger dans un camp insalubre où s'entasseraient 900.000 réfugiés. - Crédits photo : Navesh Chitrakar/X02814

Des femmes et enfants dans un camp au Bangladesh, le 16 novembre 2017. - Crédits photo : Mohammad Ponir Hossain/X03850
Les conséquences sont dévastatrices pour ces femmes qui «souffrent de profonds traumatismes psychiques et psychologiques», affirme Skye Wheeler, chercheuse sur les situations d'urgence auprès de la division Droits des femmes à Human Rights Watch, et auteure du rapport.
Violée par dix militaires, une mineure de 15 ans raconte que, quand ils l'ont retrouvé, son frère et sa soeur ont cru qu'elle était morte. Les victimes «ne reçoivent pas les soins médicaux dont elles ont besoin», pointe le rapport. En conséquence, elles souffrent notamment d'infections vaginales très graves qui pourraient même conduire à leur mort.
«Regardez-les ces femmes qui portent ces accusations, est-ce que quiconque aurait envie de les violer ?»
Le ministre de la sécurité des frontières de l'État de Rakhine
Les autorités birmanes ont déjà rejeté les accusations de viols. En septembre, le ministre de la sécurité des frontières de l'État de Rakhine avait démenti ces informations: «Où sont les preuves? Regardez-les ces femmes qui portent ces accusations - est-ce que quiconque aurait envie de les violer?». Fin 2016 déjà, le gouvernement birman avait rejeté les preuves de viols généralisés fournis par Human Rights Watch, assurant qu'il s'agissait de «faux viols». Par ailleurs, «de nombreuses enquêtes partiales et mal conduites dans l'État de Rakhine leur ont permis de rejeter dans une large mesure les allégations concernant ces abus», précise le rapport.
Une «campagne de nettoyage ethnique»
Fin septembre, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, réuni pour évoquer la situation dans l'ouest de la Birmanie, le secrétaire général, Antonio Guterres, avait qualifié l'exode des Rohingyas de «cauchemar humanitaire». Depuis, la situation ne s'est pas améliorée. Le Bangladesh réfléchit même à une campagne de stérilisations volontaires pour limiter l'explosion démographique dans les camps, où s'entassent près d'un million de régugiés. Quelque 20.000 femmes rohingyas seraient actuellement enceintes et 600 auraient accouché depuis leur arrivée au Bangladesh, selon un décompte des autorités. Par ailleurs, les Rohingyas sont également devenus les proies de trafiquants et certaines femmes sont droguées et vendues comme prostituées, selon l'Organisation internationale pour les migrations.
Human Rights Watch a constaté que les meurtres, viols, arrestations arbitraires et destructions d'habitations équivalaient à des crimes contre l'humanité au regard du droit international. Par ailleurs, les preuves que ces actes représentent un «génocide contre la population rohingya ne cessent de s'accumuler», est-il écrit dans le rapport, qui fait notamment état de victimes égorgées ou brûlées vivantes. Human Rights Watch demande au Conseil de sécurité de l'ONU, et aux gouvernements que cette situation préoccupe, d'imposer un «embargo total sur les armes à destination de la Birmanie». Elle réclame également que soit saisie la Cour pénale internationale.
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Zeev Elkin, le glaive de Jérusalem (17.11.2017)
Publié le 17/11/2017 à 09h00

PORTRAIT - A 46 ans, ce membre du Likoud, originaire d'Ukraine, incarne la ligne dure de la droite israélienne. Ministre de Jérusalem depuis 2015, il se bat pour que la capitale auto-proclamée de l'Etat hébreu maintienne son hégémonie face à la croissance de la population palestinienne.
De notre correspondant à Jérusalem
C'est une règle d'or de la vie politique israélienne. Face aux partisans d'un compromis territorial avec les Palestiniens, la droite nationale et religieuse se présente comme la seule force capable de «défendre» Jérusalem - c'est-à-dire de rendre irréversible l'unification imposée durant la guerre de juin 1967. Le portefeuille de ministre de Jérusalem, aux attributions mal définies mais à l'intitulé flatteur, a même été créé dans ce but à la fin des années 1980. Son titulaire, Zeev Elkin, s'est tout récemment illustré en présentant un projet de loi qui vise à garantir la supériorité numérique de la population juive dans la ville.
Ce texte controversé, qui doit encore être approuvé par Benyamin Netanyahou, propose de modifier le statut de deux quartiers palestiniens isolés du reste de Jérusalem par le mur de séparation édifié en 2004. L'intention affichée est de placer ces faubourgs pauvres et surpeuplés sous la coupe d'un conseil municipal distinct afin de développer les services fournis à leur population. Mais chacun comprend, sous couvert d'une mesure en apparence purement technique, qu'il s'agit d'ouvrir la voie au redécoupage des limites administratives tracées il y a cinquante ans. En l'absence de recensement, on estime qu'environ 140.000 Palestiniens vivent entre le quartier de Kufr Aqab et le camp de réfugiés de Chouaffat. Un grand nombre d'entre eux ont le statut de résident et bénéficient en théorie du droit de vote aux élections locales ainsi que de l'assurance-maladie israélienne. Caractérisée par une forte croissance démographique, cette population menace, aux yeux d'une partie de la droite, la «majorité juive» que l'Etat d'Israël entend préserver dans sa capitale autoproclamée.
Un homme de confiance pour Netanyahou
Né en 1971 à Kharkov (Ukraine), Zeev Elkin est arrivé en Israël peu après la chute de l'Union soviétique et s'est lancé en politique il y a une dizaine d'années. Son fort accent russe et son relatif manque de charisme ne l'ont pas empêché de s'imposer comme une voix écoutée au sein du Likoud. Incarnant une ligne «dure», il rejette la création d'un Etat palestinien. Sa loyauté et son profil d'apparatchik efficace lui ont permis de s'imposer peu à peu comme un homme de confiance auprès de Benyamin Netanyahou, qui l'a récompensé en le nommant ministre de Jérusalem en juin 2015.
Le plan d'Elkin répond à une préoccupation ancienne des dirigeants israéliens. Confrontés à la croissance rapide de la population palestinienne de Jérusalem-Est, ceux-ci redoutent que l'actuelle majorité juive ne soit à terme remise en cause. Mais ils se divisent sur la solution à apporter à ce problème. Certains, à gauche, appellent le gouvernement à se «décharger» de plusieurs quartiers situés à la périphérie de la ville au «profit» de l'Autorité palestinienne. D'autres, majoritairement à droite, refusent toute concession territoriale. Entre les deux, Elkin propose d'«exfiltrer» Kufr Aqab et le camp de Chouaffat hors de Jérusalem - sans pour autant les affranchir de la tutelle israélienne. «Ce plan déplorable, s'il venait à être adopté, reviendrait à repousser de force des milliers de Palestiniens indigènes hors des limites de Jérusalem afin de falsifier les caractéristiques démographiques, culturelles, religieuses et politiques de la ville», dénonce Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Le projet de loi n'est qu'une des pistes explorées par la droite israélienne dans l'espoir de remporter la bataille démographique. Fin octobre, un député du Likoud a simultanément proposé d'étendre les limites de Jérusalem afin d'incorporer plusieurs blocs de colonies où réside une nombreuse population juive. Cette piste a depuis lors été gelée sous forte pression de l'Administration américaine, mais les dirigeants israéliens ne reculent pas sur le fond. Vingt-quatre ans après la signature des accords d'Oslo, ils rejettent plus que jamais un partage qui ferait de Jérusalem-Est la capitale d'un futur Etat palestinien.
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En Amérique, la plupart des États autorisent toujours le mariage des enfants (17.11.2017)
Mis à jour le 17/11/2017 à 18h28 | Publié le 17/11/2017 à 17h06

INFOGRAPHIE - Quelque 248.000 enfants et adolescents ont été mariés entre 2000 et 2010 aux États-Unis, où la moitié des États n'a toujours pas appliqué d'âge minimum pour le mariage.
Lorsqu'elle s'est mariée, Sherry Yvonne Johnson n'avait pas tout à fait 12 ans. «Je suis aujourd'hui une survivante, une auteure, une avocate à cause de cette histoire», confie-t-elle au Figaro. «Ma mère avait l'habitude de se rendre dans une église chrétienne évangélique appelée ‘La maison de la prière'. J'ai été violée la première fois à huit ans par l'évêque de la paroisse. Puis par mon beau-père. Et enfin par le diacre
Sherry Johnson a épousé son violeur à 12 ans. «J'ai divorcé à l'âge de 17 ans. Pendant notre relation, j'ai donné naissance à six enfants.
Sherry Y. Johnson
de cette même église. Je suis tombée enceinte de ce dernier à l'âge de neuf ans et j'ai accouché à dix. Je croyais pouvoir cacher le viol.» La mère de Sherry, à l'époque très croyante, la force à épouser son violeur âgé de 20 ans, pour sauver l'honneur et pour des raisons religieuses. Les autorités de sa ville ont refusé le mariage, mais la commune voisine a accepté. «J'ai divorcé à l'âge de 17 ans. Pendant notre relation, j'ai donné naissance à six enfants.» L'histoire de Sherry est connue et a été relayée dans de nombreux médias anglosaxons. Son mariage a eu lieu en 1971 à Tempa en Floride. Difficile d'imaginer que marier une enfant de 11 ans puisse encore être possible. Pourtant, 46 années plus tard, la législation de cet État n'a aucunement été modifiée. 
Aujourd'hui Sherry a 58 ans et attend toujours que sa mère reconnaisse les faits. «Maman n'en parle jamais, c'est un sujet tabou. Mais elle m'a appelée la semaine dernière. Cinquante ans après, elle s'est excusée pour ‘ce qu'elle a fait' sans pour autant me donner d'explications», raconte-t-elle.

Tout comme Sherry, 248.000 enfants et adolescents ont été mariés aux États-Unis entre 2000 et 2010, selon l'association Unchained at last. Ces chiffres ne différencient pas les mariages forcés après un viol ou dus à l'emprise d'une religion. Alors que des pays comme le Zimbabwe, le Malawi ou El Salvador ont récemment banni le mariage des enfants, les États-Unis gardent une législation particulière à ce sujet. Certains, comme le New-Hampshire et la Caroline du Nord, permettent le mariage à partir de 13 et 14 ans. Dans 25 États, la loi ne prévoit aucun âge minimum. Des enfants peuvent se marier à condition d'avoir la bénédiction de leurs parents et le consentement d'un juge. L'âge minimum instauré dans la loi est d'ailleurs rarement définitif: la totalité des États accordent des exceptions.

Toutes les classes sociales concernées
Une étude de 2016 du cabinet Pew Research a révélé que les mariages de mineurs entre 15 et 18 ans étaient plus fréquents dans les États du Sud, particulièrement en Virginie-Occidentale et au Texas. Heather Barr, chercheuse auprès de la division Droits des femmes de l'association Human Rights Watch, lutte pour convaincre ces États de modifier la législation. Actuellement, son travail se concentre sur la Floride où un mineur de moins de 16 ans se marie tous les deux jours, selon le New York Times
«Être membre d'une communauté isolée peut parfois renforcer le risque d'un mariage forcé. Mais les unions d'enfants ne se déroulent pas exclusivement dans les communautés marginalisées».
Heather Barr
Contactée par Le Figaro, elle explique que ce phénomène touche toutes les classes sociales, aussi bien dans les États plus pauvres que les États riches. En revanche, son équipe a constaté de façon anecdotique qu'«être membre d'une communauté isolée à cause de la religion, de l'immigration ou de la langue peut parfois renforcer le risque d'un mariage forcé. Mais les unions d'enfants ne se déroulent pas exclusivement dans les communautés marginalisées».
Esther, une jeune fille issue de la communauté juive hassidique de New York, n'a eu d'autre choix que d'épouser un homme à l'âge de 17 ans. À travers le site web de l'association Unchained at last, elle s'insurge : «Je ne l'ai rencontré que pendant une demi-heure. Nous avons été fiancés pendant quatre mois et nous n'avons pas eu le droit de nous voir. Lors de notre nuit de noce, il m'a dit ‘si tu penses que tu es la première, tu te trompes. J'ai déjà fréquenté des prostituées'». Il a abusé d'elle et l'a obligée à avoir des rapports sexuels avec d'autres hommes. Après neuf années d'une relation forcée, «j'ai su qu'il était temps de fuir». Un soir de Shabbat, Esther est retournée chez ses parents. «Je leur ai tout raconté, ils étaient anéantis. Dire «oui» a quelqu'un lorsqu'on est aussi jeune c'est comme signer un contrat dans une langue que l'on ne comprend pas.»
Un abandon de l'éducation
Aux États-Unis, la volonté des parents de marier leur enfant est souvent due à la grossesse précoce de leur fille. Pour «sauver l'honneur» de la famille, certaines jeunes filles, comme Sherry, sont même contraintes d'épouser leur violeur. Dans 77% des cas, ces jeunes victimes sont unies à des hommes adultes. Parmi les enfants mariés de force, les jeunes garçons représentent 15% tandis que les filles 85%. «Certains juges conservateurs peuvent être en accord avec la volonté des parents de marier leur fille enceinte car ils estiment que c'est dans son intérêt. Mais ils n'ont sans doute pas connaissance des données qui prouvent à quel point le mariage des enfants est nocif», déplore Heather Barr.

En effet, dans une tribune pour leWashington Post, Fraidy Reiss, fondatrice de l'association Unchained at Last, a insisté sur les troubles que peuvent causer ces mariages précoces: «Les femmes qui se marient avant 18 ans ont plus de chances de développer divers troubles psychologiques, quel que soit leur milieu socio-démographique d'origine. Et, selon une étude internationale, les femmes qui s'unissent avant 18 ans ont aussi trois fois plus de chances d'être battues par leur époux que celles qui se marient après 21 ans». Ces mariages peuvent également mettre fin à leur cursus scolaire. «Les Américaines qui se marient avant 19 ans ont 50 % plus de chances d'abandonner l'école, et sont quatre fois moins susceptibles d'aller à l'université que leurs conjoints.»
Quelques avancées ces dernières années
Au Texas, État le plus touché avec 34.793 enfants mariés entre 2000 et 2010, selon Unchained at Last, l'âge légal a également progressé de 14 à 18 ans pendant l'été 2017. Il reste néanmoins possible de se marier dès 16 ans avec le consentement d'un juge.
Le premier octobre, une nouvelle loi a pris effet dans le Connecticut bannissant le mariage en dessous de 16 ans. Auparavant, l'âge minimum était de 13 ans.
De légers progrès qui ont du mal à être diffusés à travers tous les États. En mai 2017, Chris Christie, le gouverneur républicain du New Jersey, a refusé de signer la loi proposant d'abolir le mariage des enfants et de fermer la porte à toute exception. Cette loi aurait pourtant fait de l'État du New Jersey le premier du pays à interdire le mariage en dessous de 18 ans. Selon lui, cette décision aurait été contraire au respect des coutumes religieuses. Actuellement dans l'Ohio, le sénateur Kenny Yuko tente, non sans mal, de faire accepter sa proposition de loi dans laquelle il souhaite instaurer un âge minimum de 16 ans.
En France, l'âge légal pour le mariage est de 18 ans. Seuls les adolescents émancipés de l'autorité parentale peuvent se marier à partir de 16 ans. Les pays membres des Nations unies ont promis, dans le «Sustainable development goals», de bannir le mariage des enfants avant 2030. Mais pour l'heure, dans le monde, 28 filles sont mariées chaque minute.
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Prières de rue : les musulmans maintiennent la pression à Clichy (17.11.2017)

Publié le 17/11/2017 à 19h23

L'interdiction de prier dans la rue a été respectée vendredi à Clichy-la-Garenne. Mais un appel a déjà été lancé pour reprendre les prières dès vendredi prochain, en dépit d'une nouvelle médiation qui doit se tenir lundi.
Ce vendredi, une petite vingtaine de fourgonnettes de CRS est postée aux abords de la mairie de Clichy-la-Garenne. Les forces de l'ordre veillent au respect de l'interdiction de prier dans la rue, édictée la veille par le préfet des Hauts-de-Seine. Sur la place piétonne face à la mairie, les quelques fidèles qui n'étaient pas au courant de la décision préfectorale sont renvoyés chez eux par le président de l'association cultuelle qui appelle à ces prières sur la voie publique. «On s'est engagé à ce qu'il n'y ait pas de prière aujourd'hui, il faut respecter notre parole», leur répète Hamid Kazed, de l'Union des associations musulmanes de Clichy (UAMC).
Les quelques fidèles présents jouent aussi l'apaisement. «L'interdiction est légitime, reconnaît Samia Khies, une Clichoise musulmane qui n'a jamais participé à ces prières de rue. C'est une place commerçante, les gens doivent pouvoir circuler», ajoute-t-elle. Aïssa Berrada, un vieil homme à la barbe blanche, approuve: «La France est un pays de droit, c'est normal que la loi soit respectée», dit-il. Pourtant, il a participé à toutes les prières de rue de ces huit derniers mois. «Le maire précédent nous a promis une mosquée, il doit tenir parole», se justifie-t-il.
Trêve
Si les meneurs acceptent de renoncer à la prière de rue cette semaine, leur posture ressemble moins à une reddition qu'à une simple trêve. L'avocat de l'UAMC a déjà fait savoir que l'association avait l'intention d'en organiser une nouvelle vendredi 24 novembre. «On ne lâchera pas», clame Me Arié Alimi. Dans ce contexte, la réunion de conciliation qui doit se tenir lundi a déjà du plomb dans l'aile. Mais le maire LR de Clichy-la-Garenne ne boude pas sa victoire du jour. «J'ai enfin été entendu par la préfecture et le ministre de l'Intérieur, se félicite Rémi Muzeau. L'ordre public a été respecté et les Clichois peuvent enfin bénéficier d'un retour à la tranquillité».
Pourtant, le fond du différend demeure. Les activistes ne veulent toujours pas entendre parler du nouveau centre culturel et cultuel de la rue des Trois pavillons, fonctionnel depuis 2013. «Ce local est indigne», persiste Rabah Heyoun, le vice-président de l'UAMC. Il serait «trop petit», «amianté» et «trop excentré». Situé à 1,5 kilomètre du centre-ville, ce nouveau lieu est certes beaucoup moins central que leur ancienne salle de prière de la rue d'Estienne d'Orves. Mais Bahri Noureddine, le vice-président de l'association gestionnaire de cet ancien gymnase, réfute en bloc tous les autres griefs. «On se réjouit de cette salle, assure-t-il. Nous l'avons totalement rénovée, et elle est bien évidemment conforme aux règles de sécurité en vigueur».
En creux, le conflit est aussi alimenté par une concurrence pour le partage de la direction de la salle, entre l'association gestionnaire actuelle et l'UAMC. «En réalité, ce n'est pas une question de capacité, c'est une question de pouvoir, estime le maire Rémi Muzeau. Mais ce n'est pas à nous de trouver une solution à ce conflit qu'ils doivent régler entre eux».
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Les auteurs bientôt privés de «nègres»? (17.11.2017)

Mis à jour le 17/11/2017 à 19h06 | Publié le 17/11/2017 à 19h01

Une association antiraciste veut bannir ce terme. Le ministère de la Culture étudie la question.
Est-ce à la langue française d'assurer l'égalité dans notre société? Pour les thuriféraires de l'écriture inclusive, c'est évident. Mais faut-il aller plus loin? Et faire le tri dans nos écrits, gommer des mots devenus interdits? Le 16 novembre, le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran)a affirmé avoir obtenu gain de cause auprès du ministère de la Culture pour remplacer le terme «nègre littéraire», qu'il juge «inapproprié», par celui de «prête-plume».
«Le mot ne peut pas être interdit. Il ne s'agit pas ici de judiciariser la langue mais de sensibiliser l'opinion»
Louis-Georges Tin, président du Cran
Dans un communiqué, le Cran déclare avoir reçu, le 13 novembre dernier, une lettre de Loïc Depecker, le délégué général à la langue française, lui indiquant que «la ministre de la Culture avait accepté sa proposition». Il s'agit seulement d'une «recommandation» nuance cependant Louis-Georges Tin, le président du Cran, interrogé par Le Figaro. «Le mot ne peut pas être interdit. Il ne s'agit pas ici de judiciariser la langue mais de sensibiliser l'opinion.» Contacté, le ministère ne confirme pas mais dit étudier la question.
Commencée en mars 2017, à l'initiative de Nelly Buffon, fondatrice du site Enviedecrire.com, cette croisade linguistique n'est pas neuve. En 2014, le Cran faisait débaptiser les pâtisseries «négro» et «bamboula» et plus récemment obtenait le changement de nom du Bal nègre, salle de spectacles parisienne, et du bar lyonnais la Première Plantation.
«Éradiquer le racisme»
L'association ne s'arrête pas là et «milite pour faire interdire des dictionnaires le mot nègre», souligne Pierrette Crouzet-Daurat, chef de la mission du développement et de l'enrichissement de la langue française. Avec cette nouvelle annonce, le Cran reprend son bâton de pèlerin rappelant «qu'il faut éradiquer le racisme dont le langage est malgré nous le vecteur».
«Il n'y a pas en soi de langue raciste, mais des termes qui ont un sens raciste»
L'académicien Frédéric Vitoux
Une analyse que ne partage pas Frédéric Vitoux. Pour l'académicien, «il n'y a pas en soi de langue raciste, mais des termes qui ont un sens raciste». S'il ne s'oppose pas à l'emploi du mot «prête-plume», il rappelle que le «nègre littéraire fait partie de notre passé» et qu'il serait peut-être excessif de «s'effrayer d'un mot dans les usages depuis plus de deux siècles». Comment ferions-nous alors pour parler du Nègre du Narcissede Conrad ou encore des Dix petits nègres d'Agatha Christie?
Emprunté à l'espagnol negro, «personne de race noire», le «nègre» puise dès le XVIIe siècle ses origines dans le passé esclavagiste et colonial de la France. Il désigne un siècle plus tard, selon le site France Terme, «la personne chargée d'écrire un texte publié sous la signature d'une autre personne». L'usage le conservera dans ce sens, le remplaçant parfois par son équivalent anglais ghost writer. Un anglicisme qui risque là de faire bondir les ardents défenseurs de la langue française.

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Le marché de la drogue, prospère, pèse entre 3 et 4 milliards d'euros en France (17.11.2017)
Mis à jour le 17/11/2017 à 20h43 | Publié le 17/11/2017 à 20h21

La Direction centrale de la police judiciaire estime qu'«il faut 300 à 400 tonnes de haschisch pour satisfaire la consommation nationale».
Entre 3 et 4 milliards d'euros! Cette somme colossale équivaudrait au marché de la drogue en France. L'estimation a été révélée vendredi par les analystes du Service d'information de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée (Sirasco). «Le trafic de stupéfiants, le plus rentable, est une infraction “irradiante” car elle irrigue l'ensemble du territoire et structure toute l'activité criminelle», observe le commissaire divisionnaire Thierry Ourgaud, adjoint à la sous-direction de la lutte contre le crime organisé et la délinquance financière (Sdcof). Précisant qu'Europol estime le marché global à 24 milliards à l'échelle de l'Union, les experts du renseignement criminel de la police nationale notent que le cannabis, à lui seul, fait la moitié du chiffre d'affaires.
Porté par des circuits intégrés depuis le Maroc jusqu'à sa diffusion et des stratégies commerciales agressives mêlant promotions et opérations marketing, le commerce du haschisch gangrène la moitié des quartiers de Marseille mais aussi de la région parisienne
Porté par des circuits intégrés depuis le Maroc jusqu'à sa diffusion et des stratégies commerciales agressives mêlant promotions sur les points de deal et opérations marketing, le commerce du haschisch gangrène désormais la moitié des quartiers de Marseille mais aussi de la région parisienne. Il est stimulé par la demande de 700.000 usagers quotidiens. «Il faut 300 à 400 tonnes de produits pour satisfaire la consommation nationale», estime-t-on à la Direction centrale de la police judiciaire, sachant que 70 tonnes ont été saisies en 2016: 52 tonnes de résine et quelque 18 tonnes d'herbe, dont le marché a explosé de 600 % depuis 2010. Minant la vie des riverains et à l'origine de 160 morts sur fond de règlement de comptes, les trafics sont vecteurs de graves problèmes sanitaires liés à l'évolution du taux de THC de la résine, qui a plus que doublé en cinq ans en passant de 11 % en 2011 à 23 % l'année dernière.
Sur le front de la cocaïne, dont le prix se stabilise aux alentours de 34.000 euros le kilo et qui concerne environ 450.000 usagers par an, les Antilles françaises et en particulier la Guyane sont désignées comme «zones majeures d'envoi», principalement par voie aérienne. L'année dernière, les services ont saisi 8,5 tonnes de produits et intercepté aux aéroports pas moins 592 passeurs, certains prenant le risque de transporter jusqu'à un kilo de poudre in corpore après ingestion. La DCPJ estime qu'entre 12 et 20 tonnes sont «nécessaires pour satisfaire le marché français». Soit une «cuillerée» au regard des 1.500 à 2.000 tonnes produites au Pérou, en Colombie et en Bolivie.
Garanti par un niveau bas en transaction de rue s'établissant depuis cinq ans autour de 35 euros le gramme, le négoce d'héroïne est quant à lui vivace et morcelé. Entre 10 et 15 tonnes sont acheminées quasi exclusivement d'Afghanistan pour arroser chaque année en particulier l'est de la France et ses zones rurales, où elle fait des ravages.

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Rédacteur en chef adjoint, spécialiste sécurité et renseignement
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Vols de fret, «jackpotting»... la dernière mue du grand banditisme (17.11.2017)

Publié le 17/11/2017 à 20h08

Le dernier rapport du Sirasco, le service de renseignement sur la criminalité organisée de la police nationale, montre des malfaiteurs toujours aussi actifs.
● Le vol de voiture en un clic
Les voleurs de voitures nouvelle génération n'agressent plus les automobilistes. Adeptes de «modes opératoires de plus en plus sophistiqués face aux évolutions technologiques mises en place par les constructeurs», ils préfèrent le stratagème du «mouse jacking» dans trois vols d'automobiles sur quatre.
«Exploitant la faiblesse informatique de certains véhicules haut de gamme (comme le Range Rover Evoque), il nécessite un matériel spécifique et l'acquisition de données constructeurs aisément accessibles sur Internet afin de reprogrammer une clef de démarrage», précise le rapport qui rajoute: «L'utilisation récemment constatée de brouilleurs électroniques facilite encore plus l'accès à l'intérieur du véhicule en empêchant la fermeture à distance.» En 2016, 168.515 véhicules ont été dérobés en France, pour un préjudice estimé à 1,5 milliard d'euros pour les assurances.
● Les bandits ciblent le fret
L'époque des attaques de banques, à présent ultraprotégées et ne disposant plus de numéraires en caisse, est révolue. Les hold-up, au nombre de 300 en 2009, ont chuté à 52 l'année dernière. Cette dégringolade ne signifie pas que les braqueurs ont jeté l'éponge. L'Office central de lutte contre le crime organisé (Oclco) démantèle deux ou trois grosses équipes par an.
Les malfaiteurs, opportunistes, ont reporté leur dévolu sur les transports de fret à forte valeur ajoutée. Tout comme ils le faisaient avec les fourgons blindés, ces professionnels passent à l'action après repérage, des «tuyaux» obtenus auprès d'employés complices et avec des voitures volées. Lourdement armés, ils ciblent les cargaisons de téléphones mobiles, de tablettes numériques, de cosmétiques, de tabac ou de transports d'or comme récemment en région lyonnaise. Avec des butins qui dépassent le million d'euros.
● Braquage 3.0 des distributeurs
Aujourd'hui, les braqueurs ne s'attaquent plus aux distributeurs automatiques de billets à grand renfort d'explosifs. Moldaves ou Roumains, ils leur préfèrent une clé USB et un ordinateur pour se livrer au «jackpotting». «C'est le braquage 3.0», résume François-Xavier Masson, patron de l'Office de lutte contre la cybercriminalité.
Ayant repéré une «faille» sur un modèle, le voleur dévisse le DAB et s'attaque à l'unité centrale à l'aide d'une clé USB. Il lui suffit ensuite de connecter son ordinateur, et le distributeur lui rend autant de billets qu'il le souhaite. «Ils font bien attention de ne pas vider le DAB pour ne pas déclencher d'alarme», souligne le commissaire Masson. La manœuvre prend une vingtaine de minutes et peut rapporter jusqu'à 50.000 euros. Au total, 56 attaques ont été menées en Europe.
● La mafia rouge se diversifie
La France reste un terrain de chasse pour les bandes russophones et les «Vor y zakone», «voleurs dans la loi» reconnaissables aux coupoles, corbeaux et poignards qu'ils ont tatoués. Organisant des cambriolages et les vols en série à l'étalage lors de raids nocturnes, ces mafieux venus du froid disposent d'une armée de petits «soldats» qui multiplient, sous les ordres de lieutenants, des délits de «basse intensité» pour passer sous les radars des services. Suivant leur propre code d'honneur, ils se diversifient dans les escroqueries, extorsions et trafics de cigarettes.
Trente-cinq suspects ont été interpellés lundi en région parisienne par l'Office central de lutte contre le crime organisé. Deux ans d'enquête ont été nécessaires avant de mener le coup de filet qui a permis de saisir 70.000 euros, des armes de poing, des véhicules et 200.000 euros d'avoirs criminels. La partie émergée du butin.
Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 18/11/2017. Accédez à sa version PDF en cliquant ici
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Rédacteur en chef adjoint, spécialiste sécurité et renseignement
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Christophe de Voogd : «Ricœur ou Machiavel, Macron doit choisir» (17.11.2017)
Publié le 17/11/2017 à 18h46

TRIBUNE - Le président entend-il promouvoir une «mémoire équitable» ou une mémoire triée sur le volet qui ne serait pour lui qu'une arme politique, s'interroge l'historien.
La forte teneur commémorative de l'actualité, entre 11 et 13 novembre, invite à un examen du rapport au passé de celui qui, par sa fonction, est le grand officiant de notre mémoire collective. Monarchie républicaine oblige, le président de la Ve République, quel qu'il soit, doit donner sens aux dates cruciales de notre histoire, douloureusement anciennes (1914-1918) ou cruellement récentes (2015-2016). Et l'on sait comment, d'anniversaires des deux guerres mondiales en hommages aux victimes du terrorisme, François Hollande est tombé dans une forme de «commémorationnite» aiguë.
Mais, dans le cas d'Emmanuel Macron, le sujet prend un tour nouveau et, pour tout dire, captivant. D'abord parce que le candidat a fait un grand usage dans sa campagne électorale, d'Alger à Oradour, des enjeux mémoriaux. Ensuite parce que, dès son arrivée à l'Élysée, il a nommé un proche, Sylvain Fort, comme conseiller «discours et mémoire»: rapprochement qui semble indiquer le désir présidentiel d'écrire son propre récit du passé - et sans doute aussi de son quinquennat. Mais surtout parce que Macron est un véritable spécialiste des relations entre histoire et mémoire.
Macron président suit-il la leçon de Ricœur philosophe… et de Macron, spécialiste de la mémoire ? Il se pourrait bien que, derrière cette question apparemment mineure, se joue une part substantielle du succès de l'agenda présidentiel
L'on a à juste titre rappelé sa proximité biographique et intellectuelle avec le philosophe Paul Ricœur dont il fut l'assistant. Or cette collaboration a surtout eu pour objet le livre de Ricœur consacré à La Mémoire, l'histoire, l'oubli ; et c'est à l'occasion de la publication de cet ouvrage en 2000 que le jeune Macron (il n'avait pas 23 ans) en donna, pour la revue Esprit, une longue et savante lecture, sous le beau titre de «La lumière blanche du passé».
C'est donc très légitimement à cette aune théorique que l'on peut et doit mesurer sa pratique politique dans ce domaine. Macron président suit-il la leçon de Ricœur philosophe… et de Macron, spécialiste de la mémoire? Il se pourrait bien que, derrière cette question apparemment mineure, se joue une part substantielle du succès de l'agenda présidentiel.
Car qu'est-ce, idéologiquement, que le «macronisme» sinon la volonté de dépasser les clivages entre droite et gauche, entre groupes sociaux, entre pays, entre cultures, qui sont autant de facteurs d'antagonisme ou d'immobilisme? Et qui puisent leur énergie dans d'intenses guerres de mémoire.
L'exercice est plus aisé dans le cas franco-allemand après soixante-dix ans d'efforts continus que sur le plan intérieur, notamment lorsque les enjeux mémoriels se colorent de religion
D'où le grand projet d'une «réconciliation des mémoires» d'une «mémoire apaisée», voire «partagée», qui a trouvé son aboutissement dans le récent discours du Hartmannswillerkopf. À cette occasion, le président a fait droit aux souvenirs de l'autre en évoquant l'humiliation allemande après le traité de Versailles. Parfaite application d'une recommandation de Ricœur: pratiquer la «culture de la considération», prendre en compte les «récits de vie qui sont ceux de l'autre», seul moyen de remédier aux «haines héréditaires».
Mais voilà: l'exercice est plus aisé dans le cas franco-allemand après soixante-dix ans d'efforts continus que sur le plan intérieur, notamment lorsque les enjeux mémoriels se colorent de religion, comme on le mesure à la fracassante collision identitaire de la croix de Ploërmel et des prières de rue à Clichy.
Or force est de constater que le président reste bien discret sur ces sujets. Force est aussi de relever son attachement contradictoire au «roman national» à la Lavisse et à L'Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron ; mais plus encore de noter la confusion systématique dans ses discours entre «histoire» et «mémoire». Certes, et contre la conception d'un Pierre Nora, «la mémoire est la matrice de l'histoire», affirme Ricœur ; il n'en revient pas moins à cette dernière, précise-t-il, d'accord sur ce point avec Nora, «de corriger, de critiquer, voire de démentir la mémoire d'une communauté, lorsqu'elle se replie sur ses souffrances propres au point de se rendre aveugle et sourde aux souffrances des autres communautés».
Non pas «devoir de mémoire» (expression «lourde d'équivoque» estime Ricœur, et pourtant usuelle chez Macron), mais «devoir de justice»: car «que serait une mémoire heureuse qui ne serait pas une mémoire équitable?» Voilà le sens profond, ricœurien, du fameux «en même temps» qui ne saurait se comprendre comme un balancement rhétorique (et technocratique) sans conclusion claire, et encore moins comme un désir de ménager la chèvre et le chou.
Il faudra évoquer «en même temps», lors de la commémoration de l'esclavage, les deux grandes traites négrières : l'occidentale et l'orientale ; et «en même temps» encore, l'esclavage des Africains et des Européens dans l'Empire ottoman
Perspective philosophique qui a des conséquences très pratiques. Même si l'expression de «crime contre l'humanité» à propos de la colonisation a probablement échappé au candidat Macron, il était mal venu de conforter à Alger le discours victimaire de la dictature en place. À Alger, c'était «en même temps» du FLN, des harkis et des pieds-noirs qu'il fallait parler. Comme il faudra évoquer «en même temps», lors de la commémoration de l'esclavage, les deux grandes traites négrières: l'occidentale et l'orientale ; et «en même temps» encore, l'esclavage des Africains et des Européens dans l'Empire ottoman. Telles sont les exigences d'une «mémoire équitable».
À moins que Machiavel, autre grand inspirateur de Macron, qui y a consacré son mémoire de maîtrise, ne vienne corriger les leçons de Ricœur? Que la mémoire - sélective et orientée - ne soit pour lui, comme pour tant de princes, des pharaons à Napoléon, qu'un instrument du pouvoir?
Ce serait regrettable car notre nouveau président a toutes les armes, politiques et intellectuelles, mais aussi de caractère, pour s'opposer aux redoutables guerres de mémoires qui hantent la France et ravagent le monde.
Normalien et docteur en histoire, Christophe de Voogd enseigne à Sciences Po les idées politiques et les guerres de mémoires.

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Éric Zemmour : «Cette France qui a rendu les armes alors que reviennent les soldats de Daech…» (17.11.2017)
Par Eric Zemmour 
Publié le 17/11/2017 à 08h00

CHRONIQUE - Face aux djihadistes, en respectant avec scrupules nos règles juridiques, prévues pour des délinquants de droit commun, nous montrons à nos ennemis que nous sommes incapables d'un sursaut.
Ils reviennent. Les hommes, mais aussi les femmes et les enfants. Les soldats de Daech rentrent en France dans leur prétendue patrie. Désillusionnés mais pas repentis. On les craint et on les surveille. Leur retour tombe mal. Ou bien. En pleine commémoration du massacre du Bataclan. Il y a deux ans déjà. Témoignages, chansons douces, lâchers de ballons.
Comment se reconstruire? interrogent les journaux. Pas comment défendre et reconstruire la France. Non, se reconstruire personnellement en tant que victime. Chacun veut bien être une victime mais personne ne veut être un bourreau. La guerre, que proclamaient alors nos dirigeants fiers-à-bras, est bien oubliée. Il n'y a plus de guerre par manque de guerriers. Tout le monde est victime, même les criminels, même la mère du criminel, même le frère du criminel.
C'est ce que nous a asséné, avec une emphase indécente, l'avocat Dupont-Moretti. Abdelkader Merah, le mentor de l'homme qui a assassiné des enfants parce qu'ils étaient juifs, et des soldats français parce qu'ils étaient musulmans, et donc «apostats», méritait donc la protection du droit. C'est notre honneur, nous a ressassé l'avocat. C'est la meilleure manière de ne pas tomber dans le piège que nous tendent les djihadistes, nous rassurent tous les défenseurs de la justice et de l'Etat de droit.
Drôle de dialectique: les djihadistes nous tueraient seulement pour montrer la face noire de notre démocratie ; sa face hideuse, répressive, totalitaire. Vieille dialectique qui rappelle celle des terroristes d'extrême gauche des années 1970. Dialectique marxiste qui avait en commun avec nous un fondement philosophique occidental et démocratique. Rien à voir avec les djihadistes qui tuent pour tuer, terrorisent pour terroriser, massacrent pour effrayer, affaiblir, montrer leur force. Et montrer la faiblesse de leurs ennemis.
En respectant avec scrupules nos règles juridiques, prévues pour des délinquants de droit commun ; en croyant naïvement que chaque djihadiste est un malade qu'il faut soigner, «déradicaliser», qu'il n'est qu'un individu pris dans «une mauvaise passe» ; en refusant une remise en cause de l'islam, qui n'est pas seulement une religion, mais aussi un système juridico-politique, nous cultivons nos démons qui s'appellent un culte fétichiste du droit et un psychologisme obsessionnel. Nous montrons à nos ennemis que nous sommes incapables d'un sursaut, incapables de renoncer à la douceur féminine mais émolliente de nos valeurs pacifiques. Ils ne nous en admirent nullement, contrairement à ce que nous laisse croire un complexe de supériorité désuet ; ils nous en méprisent encore davantage.
«Pas de liberté pour les ennemis de la liberté», avait clamé Saint-Just, alors que «la patrie (était) en danger». Nous préférons proclamer à la face de nos ennemis: «Vous n'aurez pas ma haine.»
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Journaliste, chroniqueur
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Natacha Polony: «Islamisme, le débat confisqué» (17.11.2017)

Mis à jour le 17/11/2017 à 16h54 | Publié le 17/11/2017 à 16h49

CHRONIQUE - Les récentes invectives entre Mediapart et Charlie Hebdo sur l'islamisme ne doivent pas occulter la responsabilité des citoyens, de quelque confession ou origine que ce soit, de prendre part à ce débat démocratique.
Après les enfants d'Ozar Hatorah, le massacre deCharlie Hebdo, l'Hyper Cacher, le Bataclan, Nice, après le père Hamel ou le couple de policiers égorgés sous les yeux de leur petit garçon, rien ne serait pire que de voir le débat sur l'islamisme se résumer à des invectives de personnages en majesté, mâchoire de fer ou moustache crispée. C'est pourtant bien l'exploit d'Edwy Plenel, en accolant le nom de Manuel Valls à celui de Charlie Hebdo dans une réponse ahurissante à la une ironique qui l'égratignait, que d'avoir détourné cette confrontation nécessaire pour en faire un combat de coqs dont désormais les citoyens risquent de se détourner avec dégoût et lassitude.
L'influence que Tariq Ramadan a acquise sur les jeunes musulmans en France, leur affirmant qu'ils sont victimes d'un racisme d'État, a des conséquences tragiques, et que nous payons tous
Et pourtant, qu'y a-t-il pour nous de plus essentiel que de tenter de comprendre comment le milieu médiatico-politique a pu, pendant des années, offrir une tribune à un homme dont tout le discours consistait à inciter les musulmans, non pas à investir leur rôle de citoyen, mais à s'imposer en tant que musulmans, en contradiction absolue avec l'universalisme laïque de la République française?
La justice décidera de la culpabilité ou de l'innocence de Tariq Ramadan pour les accusations de viol, mais la preuve est faite, à tout le moins, qu'il est un Tartuffe. Or l'influence qu'il a acquise sur les jeunes musulmans en France, leur affirmant qu'ils sont victimes d'un racisme d'État, leur expliquant qu'ils n'ont pas à s'intégrer, leur présentant Mohamed Merah comme la «victime d'un système qui l'avait déjà condamné», a des conséquences tragiques, et que nous payons tous.
Ceux, donc, qui l'ont présenté comme un modéré, qui ont accepté de discuter avec lui devant un public séparant hommes et femmes, qui ont osé fustiger avec lui les dessinateurs de Charlie, avant même qu'ils ne fussent en terre, sur le thème «L'humour ne justifie pas la haine», ceux-là ont contribué à fracturer un peu plus la société française, à faire croire que l'on ne saurait être musulman et accepter la tradition française de l'humour anticlérical, que l'on ne saurait être musulman et accepter que ceux qui ne le sont pas ne se plient pas aux dogmes et aux interdits touchant au Prophète, que l'on ne saurait être musulman et ne pas l'afficher dans l'espace public, le brandir comme un étendard.
Un tel naufrage nous appelle à la responsabilité. Responsabilité de rappeler qui meurt aujourd'hui, en France, pour ses idées ou pour ce qu'il est. Responsabilité de ne jamais essentialiser des individus en les assignant à leurs origines et leurs croyances
Edwy Plenel porte une responsabilité immense. Et il saisit l'occasion d'un dessin grinçant, d'une mauvaise foi assumée, pour se parer de l'aura des résistants, pour enrôler 150 personnalités qui n'avaient rien de mieux à faire, la semaine où des menaces de mort contre Charlie Hebdo et des délires antisémites et complotistes couvrent la Toile en défense du Tartuffe démasqué, que de dénoncer une «campagne de délation», «diffamatoire», «haineuse», contre «le journal symbole d'une presse libre, indépendante du pouvoir» (Mediapart, donc, et non Charlie Hebdo, qui a payé le prix de la liberté), pour affirmer, enfin, que Charlie participerait à une «guerre» contre «tous les musulmans». Guerre menée par Valls et l'extrême droite.
Et voilà bien la perversité de cette réponse, qui permet de ne jamais répondre sur le fond, sur la formidable manipulation qui consiste à instrumentaliser les «musulmans» pour dire sa détestation du modèle républicain français, quitte à gommer toute différence entre «musulmans» et «islamiste». Mais, ce faisant, Plenel dit bien queCharlie Hebdo mènerait une guerre. Les frères Kouachi, finalement, n'auraient fait que répondre. Que Riss, au nom de la rédaction de Charlie, écrive: «Cette phrase, nous ne la pardonnerons jamais» est plus que compréhensible, c'est légitime.
Mais la ruse fonctionne. Valls est nommé, il répond. Sur le fond, sur sa défense de la laïcité, il est irréprochable, mais peut-on réduire l'homme qui a incarné le «tournant libéral» trahissant les promesses de campagne de François Hollande, l'homme qui a trahi sa propre promesse de respecter le résultat de la primaire de gauche, à sa seule défense de la laïcité? Et, dans ce contexte tragique, un homme politique peut-il répondre par des mots - «je veux qu'ils rendent gorge» - qui intensifient encore la violence et personnalisent ce qui relève de la défense du bien commun?
Un tel naufrage nous appelle à la responsabilité. Responsabilité de rappeler qui meurt aujourd'hui, en France, pour ses idées ou pour ce qu'il est. Responsabilité de ne jamais essentialiser des individus en les assignant à leurs origines et leurs croyances. Responsabilité de donner la parole aux penseurs d'un islam réformé, défenseurs d'une séparation entre théologique et politique. Responsabilité, de la part des représentants du culte musulman, de dire si oui ou non ils estiment qu'il y aurait en France une guerre contre les musulmans. Responsabilité, de la part des politiques, de parler calmement mais clairement. Responsabilité, de la part des citoyens, de quelque confession ou origine que ce soit, de prendre part à ce débat démocratique pour définir ce qui nous unit, nos valeurs, notre identité, et ce qui n'est pas négociable pour nous.

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Paul Thibaud: «L'islam face à la culture franco-républicaine» (17.11.2017)

Par Paul Thibaud 
Mis à jour le 17/11/2017 à 16h45 | Publié le 17/11/2017 à 16h34

FIGAROVOX/TRIBUNE - L'exécutif ne traite pas les problèmes sérieux que pose l'islam dans notre pays, argumente le philosophe*.
Emmanuel Macron a livré à Abu Dhabi une vision de l'islam surprenante: «Ceux qui veulent faire croire, où que ce soit dans le monde, que l'islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent.» Pour accorder une telle caution à la seconde religion de France et se porter garant de sa nature pacifique, il faut oublier la geste militaire musulmane commencée à Médine au temps même du Prophète.
Ce bricolage flatteur est destiné à plusieurs publics: les habitants de la péninsule arabique invités à se détourner de l'intégrisme ; les intolérants, éventuellement terroristes, qui sévissent ailleurs ; et enfin les Européens que nous sommes, enclins à des préjugés qui les trompent, selon Emmanuel Macron. Dans ces trois directions, notre président a adressé une injonction de tolérance, qui malheureusement est aussi une dénégation, donc l'indice d'un désarroi: si on remplace une réalité gênante par une image complaisante, c'est parce qu'on ne sait pas comment faire face à la réalité.
S'il en est ainsi, c'est parce que nos responsables ne sont pas conscients des ressources d'une laïcité dont ils se réclament et dont ils ont la charge. La laïcité française, avant d'être un principe (la «séparation» à quoi on la réduit couramment), est le règlement d'un conflit à épisodes qui, ouvert depuis 1789, avait des racines dans le régime de chrétienté antérieur. Parce qu'elle est enracinée dans l'histoire nationale et qu'elle est elle-même historique, notre laïcité s'est montrée à la fois stable au fond et évolutive quant à ses modalités. C'est dans les années 1920 qu'on a donné aux évêques autorité sur l'usage des lieux de culte devenus propriété publique. C'est depuis 1959 que la loi Debré permet, sous contrôle et grâce à des subventions, aux établissements religieux de contribuer au service public de l'éducation.
Pour faire entrer l'islam dans la laïcité, mieux vaut faire fond sur les musulmans eux-mêmes
Quant à la stabilité de notre laïcité, elle a tenu à des traits socioculturels plus ou moins explicites. L'explicite, c'est le ralliement progressif du catholicisme aux principes essentiels de la démocratie: l'égalité des sexes (hors de son régime interne), la liberté de conscience, la légitimité éminente de l'État démocratique et la valeur spirituelle non pas du nationalisme, mais du dévouement à la patrie. Ce qui est moins explicite, c'est l'enracinement de cet accord dans les mœurs, dans une manière de faire société qui rend sensible la concorde nationale: les catholiques et les laïcs ne font pas sociétés à part, les manifestations du religieux sont cantonnées dans l'espace et dans le temps. Réciproquement, la participation des hommes de religion à certains débats publics est admise, elle le serait sans doute plus naturellement si notre laïcité était plus «mature».
L'islam peut-il trouver sa place dans ce schéma, donc avoir ses lieux de culte, participer à une socialité ouverte et aux grands débats, accepter et même défendre les principes essentiels de la démocratie nationale? Puisque les lieux de culte chrétiens sont un héritage historique entretenu avec l'argent public, il est légitime que les musulmans soient aidés à aménager les leurs (baux à long terme, subventions à leurs associations culturelles). Mais, de la part des musulmans, le comportement «participatif» inhérent à la laïcité n'est pas assuré. Ce qu'indique la présence accrue du voile féminin et des tenues musulmanes intégrales. Ces vêtures sont contraires à la laïcité non pas parce qu'elles sont imposées (comment savoir?) ou contraires à la dignité des femmes (comment juger?), mais parce qu'elles participent d'un désir de se mettre à part, qu'on peut soupçonner d'exprimer une extériorité quant aux valeurs «de référence». Les lois sur le voile à l'école et la burqa dans les rues sont donc légitimes, mais, les débats sur le «burkini» l'ont montré, la légalisation des comportements bute sur des limites, en particulier juridiques. Pour faire entrer l'islam dans la laïcité, mieux vaut faire fond sur les musulmans eux-mêmes.
L'islam de France n'existera jamais si on ne lui donne pas le moyen de s'identifier différemment de l'islam en France
Pour faire entrer l'ensemble du catholicisme dans la culture franco-républicaine, il a fallu de nombreux conflits où le rôle de ceux qui s'identifiaient comme catholiques tout en participant du libéralisme ambiant et en récusant les comportements de guerre civile a été essentiel, surtout dans les élections. L'équivalent de cette force intermédiaire serait «l'islam de France» souvent invoqué, mais qui n'existe pas, et qu'on ne sait pas comment faire advenir, puisque cela supposerait ce qui fait largement défaut, l'intrication de l'islam dans la culture nationale.
On dit parfois que, de nombreux musulmans souhaitant s'intégrer, le problème disparaîtra peu à peu. Cette insouciance est mauvaise conseillère, surtout parce qu'elle conduit à instituer l'islam comme un bloc. Dans ces conditions, au Conseil français du culte musulman (CFCM), par exemple, les musulmans en passe de s'intégrer seront considérés comme inauthentiques, réduits au silence et marginalisés. L'islam de France n'existera jamais si on ne lui donne pas le moyen de s'identifier différemment de l'islam en France. Il faut pour cela que, faute d'une interpénétration spontanée, l'État républicain prenne l'initiative, qu'il réserve les nombreuses aides nationales ou locales dont le culte musulman bénéficie aux communautés qui ne se contentent pas de réclamer d'être reconnues, mais refusent le séparatisme musulman. On n'imagine pas que des imams excluent ceux qui tiennent au voile et à la viande hallal, mais certains pourraient désapprouver le «séparatisme» dont ces conduites participent, identifiant ainsi un islam de France effectif, qui serait aidé alors que les autres bénéficieraient simplement des libertés communes.
Ajoutons que l'islam devrait pouvoir participer, comme les autres confessions, aux débats de société (sur la bioéthique, la filiation, la famille…). Cette voie d'intégration délibérative bute souvent non sur la tradition laïque et républicaine, mais sur un dogmatisme nouveau, individualiste, qui récuse au fond l'existence même d'institutions et ne veut connaître qu'un «vivre ensemble» sans autres règles que le jeu des désirs et des volontés actuels. On voit donc que la difficulté d'intégrer l'islam tient aussi aux faiblesses et aux doutes de la société française et, sur les questions culturelles, à sa crainte d'ouvrir la délibération.
Ancien directeur de la revue «Esprit», Paul Thibaud a été président de l'Amitié judéo-chrétienne.

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Comment la France parraine une sortie de crise dans l'affaire Hariri (16.11.2017)

Mis à jour le 18/11/2017 à 10h27 | Publié le 16/11/2017 à 18h55

INFOGRAPHIE - L'Arabie saoudite va laisser partir son allié Saad Hariri. Le premier ministre libanais, qui a déclaré sa démission le 4 novembre dernier, est attendu à Paris samedi pour établir une feuille de route afin de consolider une sortie de crise, avant de s'envoler pour le Liban.
Envoyé spécial à Riyad

La crise a été contenue, mais il reste à traiter les racines. Saad Hariri, le premier ministre libanais démissionnaire, confiné à Riyad depuis dix jours, a accepté l'invitation qu'Emmanuel Macron lui a transmise à venir en France. C'est Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, en visite à Riyad pour finaliser l'affaire avec les autorités saoudiennes, qui l'a annoncé jeudi matin. «Il peut partir quand il veut», a assuré peu après son homologue saoudien, Adel al-Joubeir.
Saad Hariri devrait arriver samedi à Paris pour y séjourner quelques jours avec sa famille avant de regagner Beyrouth, a déclaré le président libanais, Michel Aoun. L'intéressé a été moins précis: «je vous le dirai plus tard», a répondu Hariri depuis sa résidence où il venait de recevoir Jean-Yves Le Drian.
«Soit Hariri maintient sa démission, ce qui est probable, soit il estime qu'il peut corriger les dérives qu'il a dénoncées»
Un diplomate français
Depuis près de deux semaines, son sort faisait l'objet d'informations contradictoires. Le président Aoun accusait l'Arabie de le «détenir» à Riyad, où il aurait été gardé, toujours selon Michel Aoun, par des mercenaires privés. Ce que dément Riyad, d'où le chef du gouvernement libanais avait annoncé sa démission fracassante le 4 novembre, un an après être parvenu à former un gouvernement avec le Hezbollah dans un pays où Saoudiens et Iraniens s'affrontent par relais interposés.
Finalement, la détermination française a payé. Emmanuel Macron a eu deux entretiens téléphoniques mardi et mercredi avec le prince héritier Mohammed Ben Salman, nouvel homme fort de l'Arabie. «Le président et MBS ont aussi échangé par SMS», confie une source informée. De son côté, Jean-Yves Le Drian a eu une heure d'entretien en tête-à-tête mercredi soir avec MBS, tandis que François Gouyette, l'ambassadeur de France à Riyad, a vu deux fois Saad Hariri. «Il pourrait aller mieux», glisse un autre de ses visiteurs.
Que fera Hariri maintenant qu'il est libre? «C'est lui qui décide, souligne un diplomate français. Soit il maintient sa démission, ce qui est probable, soit il estime qu'il peut corriger les dérives qu'il a dénoncées.» Celles-ci portent sur la mainmise du Hezbollah et de son parrain iranien sur la gestion du Liban. Les prochains jours de Saad Hariri en Arabie puis à Paris seront mis à profit pour établir «une feuille de route» afin de consolider une sortie de crise.
Si on veut contrer le Hezbollah, nous devons renforcer les institutions étatiques libanaises, c'est-à-dire l'armée et les forces de sécurité intérieure, proches du camp Hariri»
Une source diplomatique française
Saoudiens et Français resteront à la manœuvre. En invitant Hariri à Paris, Macron a offert une porte de sortie au prince héritier. Mais Riyad campe sur une position très dure contre le Hezbollah et l'Iran. Pour éviter que la tension croissante au Liban ne se traduise par des dérapages, Paris compte transmettre des messages aux Iraniens, aux Saoudiens mais aussi aux différents responsables libanais. «Si on veut contrer le Hezbollah et son appareil militaire, souligne-t-on de source diplomatique française, nous devons renforcer les institutions étatiques libanaises, c'est-à-dire l'armée, les forces de sécurité intérieure, proches du camp Hariri, et plus largement les groupes politiques qui veulent rééquilibrer la situation.» Mais Paris ne veut pas de déstabilisation du Liban, donc pas d'attaque frontale ou d'actions saoudiennes qui pourraient envenimer la situation, comme l'expulsion des expatriés libanais vivant dans le Golfe.
La France compte ramener son allié saoudien à une «vision moins négative». Mais Riyad estime avoir été «trompé» au Liban. «Lorsqu'il y a un an Michel Aoun a été accepté par tout le monde comme président de la République, les Saoudiens nous avaient dit OK, mais on n'y croit pas, confie un diplomate français. Aujourd'hui, ils trouvent que Hariri a été une couverture plus qu'un rempart contre l'expansionnisme du Hezbollah.» Au fil des mois, la rancœur a grossi. Proche du pouvoir, le journaliste Adwan al-Ahmari en fait une description cinglante. «Saad Hariri a été une marionnette entre les mains du Hezbollah», qui l'a forcé par exemple à accepter l'envoi d'un nouvel ambassadeur chez le président syrien Bachar el-Assad, l'ennemi de l'Arabie.
«Si les Saoudiens ont laissé partir Hariri à Paris, c'est qu'il a signé une reconnaissance de dette envers l'Arabie, comme les princes devront s'y résoudre s'ils veulent retrouver la liberté»
Un homme d'affaires installé à Riyad
Mais au-delà du Liban et de la Syrie, le royaume a d'autres griefs. «Il y a huit mois environ, ajoute Adwan al-Ahmari, les Saoudiens ont convoqué Hariri pour lui montrer des preuves des actions de déstabilisation du Hezbollah au Yémen, à Bahreïn et au Koweït». Le message était clair: «On vous aide au Liban, alors agissez chez vous contre le Hezbollah!» Et puis le 4 novembre encore est survenu un tir de missile, intercepté au-dessus de l'aéroport de Riyad, à partir du territoire yéménite, «un acte de guerre», selon l'Arabie. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, estiment plusieurs sources françaises et saoudiennes. Riyad et Paris sont convaincus qu'il s'agit d'un missile iranien, opéré par les houthistes, grâce à la coopération d'experts du Hezbollah.
Si l'Arabie a donné l'impression de maltraiter son allié Saad Hariri, c'est aussi que le prince héritier a des reproches à lui adresser. «Hariri a la nationalité saoudienne, il a donc été traité comme les princes saoudiens corrompus», relève un homme d'affaires à Riyad, allusion à l'arrestation de nombreux membres de la famille royale, ainsi que des hommes d'affaires fortunés, ce même 4 novembre.
Le comité anticorruption accuse le premier ministre libanais de s'être copieusement engraissé en Arabie. Saad Hariri était lié en affaires avec le prince Abdel Aziz Ben Fahd, fils de l'ancien roi Fahd, et le magnat Bakr Ben Laden, tous deux mis aux arrêts au Ritz Carlton de Riyad. «Si les Saoudiens ont laissé partir Saad à Paris, c'est qu'il a signé une reconnaissance de dette envers l'Arabie, comme les princes devront s'y résoudre s'ils veulent retrouver la liberté», croit savoir l'homme d'affaires. Pour financer ses réformes, MBS souhaite faire revenir dans les caisses de l'État les milliards de la corruption. Mais sur ce volet de la crise, Paris est beaucoup plus silencieux. Rafic Hariri, père de Saad et premier ministre assassiné en 2005 à Beyrouth, était très proche de l'ancien président de la République Jacques Chirac. Bref, une crise aux multiples ramifications.

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Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient
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Général Pierre de Villiers : «Nous ne sommes pas dans la comédie humaine, nous tirons à balles réelles» (17.11.2017)
Mis à jour le 17/11/2017 à 14h31 | Publié le 17/11/2017 à 07h00

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - À la suite d'un grave désaccord avec le président de la République sur la question budgétaire, il avait démissionné de son poste de chef d'état-major des armées, provoquant la première crise du quinquennat Macron. Dans Servir (Fayard), Pierre de Villiers explique les raisons profondes de cette rupture. Il y dit aux Français la vérité sur l'état de nos forces armées et sur l'ampleur des menaces qui pèsent sur notre pays.
«Poète revendicatif», c'est ainsi que l'avait qualifié Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, après sa démission fracassante du poste de chef d'état-major des armées cet été. S'il aime citer Vigny («L'honneur, c'est la poésie du devoir»), Pierre de Villiers ne revendique rien. Celui qui a officié au Kosovo et en Afghanistan apparaît comme un serviteur de l'Etat d'une extraordinaire humilité. Le 17 juillet 2017, deux jours avant d'annoncer sa décision au président de la République, il a rangé son casoar, ces plumes blanches et rouges comme le sang, dans sa boîte. Comme le veut la tradition, ce symbole saint-cyrien lui avait été remis quarante ans plus tôt, à son entrée dans la célèbre école militaire. Il le gardait précieusement sur son bureau. «Quel gâchis d'en être arrivés là, alors que nous aurions pu faire autrement!», se dit-il. Pour autant, il n'en conçoit aucune amertume. Son livre n'est pas un règlement de comptes. «Trop jeune pour écrire [ses] Mémoires», il veut se tourner vers l'avant. Alors que la situation géopolitique mondiale est plus complexe et tendue que jamais, que la menace islamiste continue de peser sur notre pays, il souhaite montrer que la France a encore un rôle à jouer. A condition de savoir conserver et rénover notre modèle d'armée avant qu'il ne soit trop tard.
LE FIGARO MAGAZINE .- Au début du livre, vous expliquez que vos relations avec le président Macron ont toujours été des relations de confiance. Pourquoi avoir démissionné?
Général Pierre DE VILLIERS .- J'ai toujours veillé à la notion de franchise et de vérité que tout subordonné doit à son chef. Le vrai courage, c'est de lui dire la vérité. Le 19 juillet, deux raisons m'ont conduit à démissionner. La première: une divergence de fond sur les arbitrages budgétaires en ce qui concerne l'effort de défense en 2017 et 2018. L'annulation de crédits de 850 millions d'euros a des conséquences immédiates sur la vie des soldats, en termes d'équipement notamment. J'ai alors considéré en responsabilité ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je croyais pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd'hui et demain. La deuxième raison tient aux propos tenus par le président de la République le 13 juillet à l'hôtel de Brienne, qui ont dégradé le lien de confiance qui doit unir le président de la République et le chef d'état-major des armées. Lien qui est fondamental compte tenu de la période que nous vivons, alors que nous sommes sous pression double avec le retour des Etats puissances et le terrorisme islamiste qui nous a frappés sur notre sol et que nous combattons en «défense de l'avant» à l'extérieur.
«La problématique budgétaire est fondamentale, mais il s'agit d'un livre qui la dépasse: c'est un livre de stratégie tourné vers l'avenir»
Pourtant, je n'ai pas écrit ce livre en réaction à ma démission. Je le porte dans mes tripes depuis longtemps. Je l'aurais écrit si j'étais parti à l'été 2018 comme prévu, suite à ma prolongation en juin dernier. J'estime qu'à l'aune de mon expérience - sept ans et demi à la tête des armées, dont quatre ans comme numéro deux et trois ans et demi comme numéro un -, j'ai une expérience et une vision à faire valoir. La problématique budgétaire est fondamentale, mais il s'agit d'un livre qui la dépasse: c'est un livre de stratégie tourné vers l'avenir. Je n'ai pas encore l'âge d'écrire mes Mémoires.
Revenons à la question budgétaire. Vous écrivez que depuis 2007 et la révision générale des politiques publiques, l'armée a tout donné…
Le costume est au plus juste, nous sommes à l'os. Pour vous donner quelques chiffres, nous avons perdu en effectifs 40.000 militaires entre 2008 et 2014. Sur cette même période, nous avons supprimé 50 formations de l'armée de terre, 17 bases aériennes et désarmé 20 bateaux. Bien sûr, il y a des chantiers à terminer, à repenser: la coopération européenne, l'amélioration du système d'acquisition de nos équipements, aller plus loin en termes d'externalisation. Mais il est difficile d'imaginer qu'il soit possible de faire des gains substantiels, par la rationalisation et la transformation, au-delà de ce que nous sommes en train d'effectuer. L'Allemagne va passer de 1,2 à 1,5 % du PIB en quatre ans. Demain, nous serons peut-être derrière l'Allemagne (qui n'a pas le même PIB que nous) en termes de budget. Cela donne à réfléchir. Quand on fait des efforts, il faut qu'il y ait un retour sur efficacité. Nous avons le sentiment que les armées se sont transformées en profondeur et de manière exemplaire depuis vingt ans, alors que les menaces n'ont cessé d'augmenter. C'est cet effet ciseaux qui a conduit à ma divergence avec le président de la République sur les budgets 2017 et 2018.
La vie quotidienne des soldats s'est-elle dégradée?
«La condition première pour gagner au combat, ce sont les forces morales»
La condition première pour gagner au combat, ce sont les forces morales. Les forces morales dépendent de la vie quotidienne: l'alimentation, l'habillement, les conditions de vie. Mais surtout, j'aurais dû commencer par là, la qualité de l'arrière. Je pense à l'échec du logiciel Louvois qui a fait que, pendant de longs mois, de nombreux hommes ont été privés de solde correcte ; ce problème n'est pas totalement réglé. Les familles ont été fragilisées par l'absence, environ deux cents jours par an, par l'imprévisibilité de l'emploi du temps, par le célibat géographique qui s'est banalisé. Il faut veiller à ne pas perdre le soutien des familles. Quand la famille tient, le moral tient.
Vous déplorez que les «diplômés financiers» ne comprennent rien à la chose militaire…
L'opposition systématique à Bercy ne m'intéresse pas. Les militaires n'ont pas le monopole du service. La souveraineté économique est fondamentale, autant que la souveraineté de défense. Mais, alors qu'ils n'ont pas connu le service militaire, nos élites, nos dirigeants, en tout cas les plus jeunes, doivent faire l'effort de connaître la réalité de nos armées. Je veux faire comprendre les enjeux de défense et de stratégie. Lorsque j'étais chef d'état-major des armées, j'ai voulu donner la parole aux militaires qui sont confrontés à la violence de la guerre. Dans l'histoire de France, lorsque les militaires ne se sont pas exprimés sur les questions stratégiques, les conséquences ont souvent été tragiques. Il faut penser l'action dans la durée.
J'ai été, juste avant de quitter mon poste, invité à m'exprimer devant la dernière promotion de l'ENA dans le cadre d'une journée consacrée à la défense. Cela a été un exercice extrêmement intéressant. J'ai senti que j'ai répondu à une attente profonde des jeunes énarques: les tripes, le cœur. Pour emmener des gens au combat, il faut se poser la question de ce qui fait le sens d'une armée aujourd'hui: quelles sont les valeurs de la France? Comment peut-on mourir pour la France? L'aspect trop souvent sacrifié aux enjeux de l'économie et de la finance, c'est l'humain. Le pilier central de ma carrière militaire a été la valeur d'humanité. Nous ne sommes pas dans la comédie humaine. Nous tirons à balles bien réelles.
Le monde d'aujourd'hui est-il de plus en plus dangereux?
«L'islamisme radical ne s'arrêtera pas avec la défaite de Daech au Levant»
Je ne sais pas s'il est plus dangereux, je sais simplement qu'il est dangereux et plus imprévisible. La guerre a changé de visage. Les délais de résolution des crises se sont allongés. Ils sont, non plus de six mois ou un an, mais d'une quinzaine d'années en moyenne. Nous devons également faire face à la dissémination des conflits: le terrorisme est partout, cela nécessite une approche transrégionale. Quand on étudie les grandes défaites dans l'histoire de France, on constate qu'il y a trois facteurs simultanés: une myopie collective, sur fond de difficultés économiques et sociales, avec la complicité des chefs militaires. Je veux dire la vérité. L'islamisme radical ne s'arrêtera pas avec la défaite de Daech au Levant. Lorsque j'étais chef d'état-major des armées, tous les matins à 8 heures on me présentait le point sur la situation ; il y avait en moyenne quatre ou cinq attentats quotidiens dans le monde entier, avec toujours la même origine: l'islamisme radical. La chute de Mossoul et de Raqqa ne marque pas la fin de l'islamisme radical. Celui-ci a deux types de vecteurs: les réseaux, parfois commandés depuis cette zone - c'était le cas des attaques du Bataclan dont nous avons commémoré le deuxième anniversaire - mais aussi des individus fanatisés, en particulier sur le net, qui agissent à titre plus individuel. Pour ceux-ci, il y a trois zones de fragilité et de prosélytisme: la prison, les mosquées radicales, les réseaux sociaux. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas.
Des attentats de l'ampleur de ceux du 13 novembre peuvent-ils se reproduire?
Dans ce livre, j'insiste sur le fait que la protection des Français doit être globale. Elle ne se limite pas à l'opération Sentinelle. La France est une puissance maritime. Nous avons des dispositifs pour défendre nos côtes. Nous avons aussi un dispositif de protection aérienne extrêmement performant. Quand j'étais chef d'état-major des armées, il n'y avait pas une semaine au cours de laquelle ces dispositifs n'étaient pas activés. Enfin, nous sommes à la pointe de la cyberdéfense. Nous avons pris cette orientation en 2008 et cela se poursuit à travers les différents quinquennats. Cette guerre a aussi un coût en hommes et en équipements, et nous devons la mener parce qu'en face de nous, nous avons des Etats puissances qui ont cette capacité et des terroristes islamistes tout à fait performants. Nous sommes aussi opérationnels dans l'espace, avec nos satellites. Dans la protection à terre, il y a la protection de nos emprises militaires, c'est pour cela que j'ai soutenu avec force la nécessité de crédits supplémentaires dès 2017 et 2018, car oui, nous pouvons toujours être attaqués, a fortiori au moment de la défaite de Daech en Irak ou en Syrie. Que vont faire les terroristes qui ne sont pas morts? Où vont-ils aller? Vont-ils rentrer en France? Vont-ils rejoindre d'autres terrains d'engagement? En Libye, au Sinaï, au Yémen, en Asie? Plus que jamais, notre territoire national doit être protégé. On ne pourra pas éradiquer dans le monde entier une idéologie en quelques semaines ou mois. Les dispositifs de protection doivent résolument s'inscrire dans la durée car cette menace est et sera durable. Nous avons gagné une bataille, pas encore la guerre.
«Les États réarment. Certains pays tels que la Russie ou la Chine augmentent depuis dix ans leur budget de la défense de 5 à 10 %»
L'autre danger est le retour des «Etats puissances»…
Oui, les Etats réarment. Certains pays tels que la Russie ou la Chine augmentent depuis dix ans leur budget de la défense de 5 à 10 %. En 2017, les Etats-Unis vont terminer en budget exécuté probablement près de 700 milliards de dollars. En France, nous étions à plus de 5 % du PIB en 1964, aujourd'hui nous en sommes à 1,5 %. Depuis 2015, nous avons arrêté de descendre la pente, nous nous sommes stabilisés et commençons à imaginer la remonter. Les grandes puissances s'affrontent, de manière indirecte, dans tous les champs. Toutes ces tensions interétatiques avec les stratégies des différents Etats, mettent en fusion certaines zones géographiques. Il y a encore quelques mois, en Syrie, sur une zone de 20 kilomètres, il y avait des Américains, des Russes, des Turcs, des pays présents au titre de leur stratégie.
Il y a un troisième facteur de danger, souvent la conséquence des deux précédents: les migrations incontrôlées. Les phénomènes migratoires ne simplifient pas la situation stratégique mondiale. Il faut les prendre en compte, avec les drames humanitaires que cela peut causer.
Macron croit en la souveraineté européenne et encourage la création d'une armée européenne.
«Quand on est en France, on a tendance à dénigrer notre pays. Or elle est perçue comme un grand pays à l'international»
Quand on est en France, on a tendance à dénigrer notre pays. Or elle est perçue comme un grand pays à l'international. Je crois au concept d'indépendance nationale et à l'autonomie stratégique. Cependant, dans mon livre, je consacre effectivement un chapitre à ce que j'appelle «le partage du fardeau». La défense de la France passe aussi par la coopération internationale, seule solution au mal mondial qu'est le terrorisme. Nous les militaires, l'Europe, nous la pratiquons de manière concrète. C'est une coopération, qui n'est pas une coopération-fusion. La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne représentent 60 % du budget total des 28 pays. J'ai beaucoup œuvré pour rassembler ces trois nations dans des coopérations en opérations, en équipements, en matière de formation, de logistique, de santé. Soyons pragmatiques, peut-être moins idéologues: ce que nous avons déjà bâti est une base solide.
Votre livre s'achève par un chapitre consacré à la jeunesse.

Servir, du général d'armée Pierre de Villiers, Fayard, 256 p., 20,90 €. - Crédits photo : ,
Le sentiment d'appartenance nationale, en particulier chez les jeunes, est réapparu ces dernières années. Comme chef d'état-major des armées, j'allais voir les jeunes sur le terrain, pas pour faire des cocktails mondains, mais pour les regarder les yeux dans les yeux. J'allais courir avec eux. Au premier kilomètre, il y a une certaine réserve. Au deuxième, ils commencent à parler. Au troisième, ils s'essoufflent et, au quatrième, la vérité sort de leurs tripes. Nous incorporons 50.000 jeunes par an, représentatifs de toute la jeunesse de la nation. Ils viennent chercher dans l'armée un sens à leur vie, des valeurs qu'ils ne trouvent plus dans la société, notamment les valeurs collectives: la fraternité, la famille. L'autorité, la discipline, l'exigence également. Nous sommes une institution qui a conservé le principe d'ascension sociale. Ils viennent chercher l'effort, la valeur travail, pas les 35 heures et les loisirs. Les valeurs de la République sont aussi fondamentales dans l'armée. La liberté, liberté chérie, qu'on ne mesure que quand on la perd, on se bat pour elle chaque jour. L'égalité qui est représentée par l'uniforme. Chez nous, il n'y a pas de vedette, pas de discrimination positive non plus. La balle au combat peut atteindre n'importe qui. Enfin, il y a la fraternité, parce qu'on n'arrive jamais à rien seul. Nous faisons de ces jeunes parfois déstructurés des héros, des héros parce qu'ils se battent pour leur chef, pour leur drapeau, pour leur pays. La jeunesse est l'avenir de la France et nous avons une belle jeunesse. Le dernier chapitre, je l'intitule «Aimons notre jeunesse, elle nous le rendra». Oui, aimons notre jeunesse, elle nous le rendra.
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Journaliste au Figaro et responsable du FigaroVox. Me suivre sur Twitter : @AlexDevecchio
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Deux ans après l'assaut de Saint-Denis, des habitants sont à la rue (18.11.2017)
Publié le 18/11/2017 à 14h07

Si une partie des sinistrés de l'assaut du Raid ont fini par obtenir un logement durable, une vingtaine de foyers restent dans une situation précaire. Certains ont même été priés de quitter leur logement et sont aujourd'hui sans domicile.
C'était il y a deux ans jour pour jour. Le 18 novembre 2015, le Raid prenait d'assaut l'immeuble du 48 rue de la République à Saint-Denis, dans lequel logeaient le terroriste Abdelhamid Abaaoud et deux de ses complices. Réveillés par les tirs, les habitants de cet immeuble avaient attendu pendant plusieurs heures avant de pouvoir être évacués au petit matin. Dans la foulée, ils avaient été mis à l'abri pendant dix jours dans un gymnase avant d'être relogés temporairement dans des hôtels ou des résidences sociales.
Depuis, 27 familles sur les 47 concernées ont été relogées durablement, selonFrance Bleu. L'association Droit au logement, elle, met en avant d'autres chiffres: seuls 17 ménages auraient été relogés de manière pérenne sur les 46, avance Marie Hiban, militante au Dal. La situation ne serait pas stabilisée pour une bonne partie des sinistrés. Certains auraient même vu leur quotidien se dégrader. Depuis septembre, cinq habitants - des hommes célibataires - ont été priés de quitter leurs logements provisoires. «Je dors dans une voiture», raconte à France Bleu Norredine Borgane, Marocain d'une trentaine d'années. «Cela fait quinze jours maintenant, il fait froid, je demande juste un logement pour dormir».
L'État promet de réexaminer la situation des sinistrés
Même chose pour Laïd, 62 ans, qui dort aussi dans sa voiture depuis deux mois. La ville et la préfète pour l'égalité des chances de Seine-Saint-Denis Fadela Benrabia lui avaient annoncé la mauvaise nouvelle dans un courrier cosigné au début de l'été. Motif invoqué: le sexagénaire n'a pas fait le nécessaire pour retrouver un emploi. Il attend aussi d'être régularisé. «Je suis un réfugié antiterroriste. Et nous, on nous jette», se plaint-il au Parisien . Kahina, 32 ans, devra pour sa part quitter son logement situé dans une résidence près de la gare de Saint-Denis avant le 15 décembre. Sans ressources, cette Algérienne qui a perdu son travail après l'assaut ne paie plus son loyer depuis mars dernier, confie-t-elle dans Le Parisien, ajoutant que sa régularisation est également au point mort.
Dans un communiqué, la Ville de Saint-Denis a expliqué que ces anciens habitants du 48 n'avaient pas respecté leurs engagements: «absence de contacts avec les services de la Ville ou de l'État, non-présentation pendant plusieurs semaines à l'hôtel financé par l'Etat». Toutefois, la ville a demandé à l'État de «tenir ses engagements en relogeant de façon digne et adaptée toutes les familles». Comme depuis le début sur ce dossier, la ville et l'État ne cesse de se renvoyer les responsabilités pour savoir qui doit prendre en charge les sinistrés. Interrogée par France Bleu ce vendredi, Fadela Benrabia s'est engagée à «réexaminer», «avec la ville», «chacune des situations».
«Les habitants semblent avoir été oubliés»
«Deux ans après, les habitants semblent avoir été oubliés», dénonce le DAL dans un communiqué. Tous demandent «un relogement, la régularisation des sans-papiers, la reconnaissance de leur statut de victimes (du terrorisme) et réparation». Les sinistrés dénoncent aussi une quasi-absence de suivi psychologique alors même que la préfète s'y était engagée. Dans l'espoir de se faire entendre, d'anciens habitants se sont réunis vendredi soir devant l'immeuble et ont installé plusieurs toiles de tentes pour y passer la nuit. Ce samedi matin, ils poursuivaient leur mobilisation avec un nouveau rassemblement au pied du batiment, aujourd'hui laissé à l'abandon et fermé.
Malgré le traumatisme, les autorités considèrent ces sinistrés comme des «victimes collatérales d'une intervention policière» et non comme des victimes du terrorisme. Dans ces cas précis, seuls les préjudices corporels (blessures) et matériels sont pris en compte. Les autorités avaient tout de même fait un geste il y a un an en promettant que le préjudice moral serait indemnisé . Aujourd'hui, l'Etat assure que les «indemnisations pour préjudice moral et matériel ont été versées» aux habitants et que «les expertises psychiatrie ont toutes été réalisées». Zoublir, installé avec sa famille depuis février dernier dans un logement social, dit avoir reçu 7000 euros pour le préjudice matériel mais attend toujours de savoir si le préjudice moral de ses enfants sera reconnu.
Volonté d'être parties civiles au procès de Jawad, «le logeur de Daech»
Mais tous n'ont pas été indemnisés si on en croit le Dal. «Certains habitants n'ont encore rien reçu», nous assure un de ses militants, Simon Le Her. «On attend par ailleurs les résultats des expertises psychologiques», reprend Simon Le Her. Le militant craint que le suivi ne soit pas à la hauteur. «Si l'expertise considère que le préjudice n'est pas encore consolidé (autrement dit que la situation psychologique de la victime n'est pas encore stable), des provisions seront versées. Mais, s'interroge-t-il, y aura-t-il un suivi sur le long terme pour évaluer leur état psychologique afin de conclure les dossiers un jour?»
De son côté, Me Méhana Mouhou, qui dit défendre une vingtaine d'habitants regroupés en collectif, abonde: aucun de ses clients n'a reçu «la moindre particule de centime d'indemnisation». Il annonce qu'il veut se constituer parties civiles lors du procès de Jawad Bendaoud, poursuivi pour avoir hébergé Abdelhamid Abbaoud. Le cas du «logeur de Daech» a été disjoint de l'enquête principale, toujours en cours, sur les attentats de Paris. Il sera jugé en correctionnelle début 2018 avec deux autres protagonistes pendant trois semaines. Une période relativement longue, prévue pour entendre les dizaines de parties civiles dans l'enquête sur les attentats qui pourraient se présenter, et leurs avocats. «Le but», assure Me Mouhou, «c'est que mes clients soient reconnus comme victimes de terrorisme».
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Une lettre dévoile l'état psychologique d'Abdeslam (17.11.2017)

Par Le Figaro.fr 
Mis à jour le 17/11/2017 à 08h52 | Publié le 17/11/2017 à 08h21

Selon les informations de L'ExpressSalah Abdeslam n'a pas souhaité répondre au nombreuses questions posées par le juge d'instruction mercredi dernier. Depuis sa mise en examen il y a un an et demi, le terroriste se mue dans le silence. Le logisticien présumé des attentats du 13 novembre 2015dévoile pourtant un côté de sa psychologie au travers certains courriers qu'il aurait adressé à ses proches. 
Dans une lettre envoyée à son cousin et consultée par nos confrères de L'Express, Salah Abdeslam met en lumière un homme totalement obsédé par sa vision extrêmiste de l'islam. Il mentionne ainsi «Allah» à 17 reprises en 31 lignes.  «J'espère que ce nouveau départ [...] te permettra de délaisser les désobéissances envers Allah et de t'accrocher à ce qu'il nous a ordonné», félicitant son cousin pour son mariage.  Il poursuit ensuite en évoquant son rapport serein vis-à-vis de la mort.  «La vie terrestre n'est qu'un passage dans ce monde» écrit-t-il. 
Abdeslam termine sa lettre par une injonction répétée trois fois de suite à son cousin: «La prière. La prière. La prière!!!». Ces mots sont accompagnés de panneaux danger, pour souligner l'obligation impérative de s'y soumettre. 

Affaire Ramadan : une conversation avec une des plaignantes transmise au parquet (16.11.2017)
Mis à jour le 16/11/2017 à 17h40 | Publié le 16/11/2017 à 17h27

Une conversation privée entre l'islamologue Tariq Ramadan et une des deux femmes qui a porté plainte pour viol contre lui, ayant eu lieu plus d'un an après les faits présumés, a été transmise au parquet hier, a-t-on appris aujourd'hui de source proche du dossier. Cet échange sur le réseau social Facebook, au cours duquel l'accusation de viol n'est pas évoquée, se tient à l'initiative de Henda Ayari, une ancienne salafiste devenue militante féministe et laïque qui a déposé une plainte contre Tariq Ramadan en octobre. Il a lieu le 5 juin 2013, alors que, selon Mme Ayari, le viol dont elle dit avoir été victime dans un hôtel parisien s'est produit au printemps 2012.
Lors d'une conférence de presse fin octobre, ses avocats, Me Jonas Haddad et Grégoire Leclerc, avaient déclaré que leur cliente était restée en contact avec Tariq Ramadan, notamment via messagerie, jusqu'à la mi-2013. Une seconde plainte avait été déposée fin octobre et jointe à l'enquête préliminaire ouverte à Paris pour "viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort".
"Des personnes qui te haïssent m'ont monté la tête"
Dans la conversation envoyée au parquet, et dont l'AFP a eu connaissance, Henda Ayari écrit à T. Ramadan qu'elle souhaite "avoir de (ses) nouvelles". "Des personnes qui te haïssent m'ont monté la tête contre toi en te faisant passer pour un monstre pervers et sans coeur", ajoute-t-elle, en réponse à T. Ramadan qui lui demande pouquoi elle le recontacte. "Une certaine personne m'a vraiment montée contre toi et m'a dit des choses très graves sur toi, je l'ai crue et je le regrette car par la suite j'ai constaté que c'était une folle et une hystérique", poursuit-elle plus tard, sans nommer cette personne.
Le lendemain, elle envoie d'autres messages, restés sans réponse, à l'islamologue, notamment pour lui demander de ne pas la bloquer sur Facebook. "Ne me prive pas de ta page et laisse-moi juste lire tes beaux écrits que j'ai toujours aimé tant lire pour méditer dessus", lui réclame-t-elle.
"Dans de nombreuses affaires de viol, il est très fréquent que la victime et la personne qui est accusée continuent à correspondre. S'il n'y a que ça, c'est léger comme argument. Vu le contenu des messages dévoilés, cela ne fait que confirmer le phénomène d'emprise que nous avions évoqué dès le départ", a réagi auprès de l'AFP Me Haddad, ajoutant que la conversation était "complètement sortie de son contexte". Les avocats de Tariq Ramadan n'ont pas souhaité commenter cette conversation.
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L'histoire de l'immigration sur la bonne voie (16.11.2017)

Mis à jour le 16/11/2017 à 16h12 | Publié le 16/11/2017 à 15h53

Dix ans après des débuts difficiles, le musée parisien affiche une fréquentation en hausse. Ses salles seront refaites d'ici à 2019.
Le Musée de l'histoire de l'immigration vient de fêter son dixième anniversaire, sans tambour ni trompette. Est-ce le signe de la maturité pour cet établissement? Après des débuts difficiles - il aura fallu attendre sept ans pour qu'il soit inauguré officiellement par François Hollande -, le Palais de la porte Dorée affiche une satisfaction tranquille. «Nous avançons et nous sommes bien dans ce que nous faisons», indique Hélène Orain, sa directrice. En dix ans, la fréquentation du musée a quadruplé, à 200.000 visiteurs. Et sa dernière exposition, «Ciao Italia!», qui racontait l'épopée de l'immigration italienne entre 1860 et 1960, avec ses drames et ses réussites, a séduit 91.700 visiteurs. C'est un record pour la maison.

«Nous ne sommes pas là pour prendre position dans des débats d'actualité, même si nous voulons changer le regard que la société porte sur l'immigration»
Hélène Orain, directrice du musée de l'histoire de l'immigration

Lancé avec la volonté de prendre acte que la France s'est aussi bâtie grâce à son immigration, le musée a ouvert ses portes, en octobre 2007, dans un climat passionnel. Le Parlement envisageait alors d'instaurer des tests ADN lors des regroupements familiaux, avec l'assentiment du ministère de l'Immigration. Ce dernier exerçant la tutelle conjointe du musée, deux membres du conseil scientifique avaient démissionné. Trois ans plus tard, le musée sera à nouveau instrumentalisé par l'actualité. Poussés par la CGT, 500 sans-papiers vont occuper le rez-de-chaussée pendant plusieurs semaines. Devant les grandes banderoles affichées sur la façade, le grand public a fini par prendre ses distances. Et on a vu pendant de longs mois les couloirs de ce splendide bâtiment des années 1930 à moitié désertés.
Un premier tournant est opéré avec la nomination à la tête du conseil d'administration de Mercedes Erra, présidente exécutive de Havas Worldwide. Femme d'affaires et de communication, elle-même fille d'immigrés espagnols, Mme Erra va s'attacher à attirer des mécènes. Et à porter une parole positive sur l'établissement. Inspirée par la présentation d'Ellis Island, le formidable musée de l'immigration américaine à New York, une nouvelle «galerie des dons» est ouverte, en 2014.

Mémoires individuelles et histoire nationale
À travers des objets personnels, dont les bottes du poilu Lazare Ponticelli, l'immigration d'un pays donné est racontée. Ce mode d'accès simple et efficace, qui croise mémoires individuelles et histoire nationale, fait un tabac chez les écoliers. La galerie, une réussite évitant toutes polémiques, complète le parcours permanent, centré sur l'histoire des grandes vagues migratoires (économiques, postcoloniales, pour faits de guerres…). À partir des collections, de témoignages, d'archives, il décline des grands thèmes communs à tous, le voyage, la langue, l'obtention ou non des papiers. On voit que tous les secteurs économiques (automobile, mines, services…) et toutes les régions françaises ont été touchés par l'immigration. Ici où là, des artistes contemporains, comme Kader Attia ou Barthélémy Toguo, se chargent d'aborder les rives de la complexité - celles de l'intégration des populations étrangères ou du déchirement ressenti par tout migrant. «Nous ne sommes pas là pour prendre position dans des débats d'actualité, même si nous voulons changer le regard que notre société porte sur l'immigration et agir sur ses représentations», explique la directrice.
Ce regard sur l'immigration et sur les immigrés est par essence mouvant dans le temps. Qui se souvient du rejet massif des Italiens ou des Polonais, au début du XXe  siècle? Aujourd'hui, les bateaux de migrants et la question des réfugiés de guerre syriens font la une et soulèvent d'autres questionnements. Benjamin Stora, à la tête du conseil d'orientation du musée, veut en tenir compte. Il vient de charger l'historien Patrick Boucheron de refaire les salles du musée, à l'horizon 2019. Professeur au collège de France, ce dernier a notamment corédigé une Histoire mondiale de la France controversée, à rebours d'un certain roman national. On ne connaît pas encore son projet, qui sera soumis à un vaste comité d'experts. Mais on parierait bien sur le retour des discussions passionnelles dans les murs du Palais de la porte Dorée.

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«Les islamistes ne sont pas les musulmans, et Edwy Plenel n'est pas leur prophète» (15.11.2017)


Mis à jour le 16/11/2017 à 11h24 | Publié le 15/11/2017 à 13h21

FIGAROVOX / TRIBUNE - «L'islamisme n'est pas en soi une chose grave», a déclaré la journaliste de Mediapart, Jade Lindgaard, dans l'émission «C à vous» du samedi 11 novembre 2017. Fatiha Boudjahlat dénonce l'amalgame entre musulmans et islamistes.

Fatiha Boudjahlat est enseignante, cofondatrice avec Céline Pina du mouvement Viv(r)e la République.


Jade Lindgaard, co-présidente de la Société des journalistes de Mediapart était reçue dans l'émission «C dans l'air» du dimanche 11 novembre 2017. On a retenu d'elle cette sortie «L'islamisme n'est pas en soi une chose grave». Pourtant, la même journaliste expliquait, dans la même émission, que le travail de journalisme ne consistait pas à dire que telle chose était grave et telle autre, non. C'est toute l'incohérence dogmatique de Mediapart: donner des leçons de journalisme, d'éthique, de justice, du beau, du bon, du vrai, et se dispenser de les respecter quand ses journalistes le décident.


Mediapart est un média d'opinion et un média d'investigation, qui se revendique comme antisystème, qui a réalisé de belles enquêtes courageuses, qui a mis au jour tant de scandales et de malversations. On ne peut qu'être attristé de la voir enrôler dans la croisade lancée par son co-fondateur, qui a brouillé l'image et la crédibilité de ce média par son militantisme idéologique effréné. Les journalistes pouvaient-ils se dissocier de Plenel?

En France, les morts sont du côté des laïques et du côté de Charlie Hebdo. Les tueurs sont du côté des islamistes

Cela aurait été plus courageux que de s'en prendre aux fraudeurs fiscaux. Le courage n'est pas du côté de celui qui soutient les islamistes. En France, les morts sont du côté des laïques et du côté de Charlie Hebdo. Les tueurs sont du côté des islamistes. Il aurait fallu défendre la liberté de la presse et la liberté d'expression tout le temps, et Plenel, seulement quand il a raison.

Mediapart précise avoir interviewé deux fois Tariq Ramadan, et lui avoir consacré une longue enquête fouillée et objective. Mais comme le CSA recense les interventions des politiques, nous devrions comptabiliser les heures que Plenel a consacré à défendre Tariq Ramadan, le nombre de tribunes partagées avec lui lors de conférences autant politiques que religieuses. Le nombre de tweets en sa faveur, dont celui parlant de sa beauté qui expliquerait la jalousie dont il serait la victime. Les tribunes des journalistes de Mediapart, dont une classant Valls comme recours social-national (histoire de juste suggérer le national-socialisme...) et l'hyperpersonnalisation de Plenel justifient que l'on s'interroge sur Mediapart dans son ensemble.

Jade Lindgaard dénonce dans cette émission «l'aura maléfique construite» autour de la figure de Ramadan. Mais nous dénonçons leur construction méthodique de son aura angélique, l'apposition par Plenel d'une auréole sur celui qu'il présente encore maintenant comme «un intellectuel spirituel». Comment ne pas nous étonner que la puissance d'analyse de Mediapart soit à ce point à éclipse? Tariq Ramadan n'est pas islamologue. Il est islamiste. Il ne produit pas du sens. Il produit du religieux. De la norme. De l'ultra-orthodoxie. Plenel, donc Mediapart, dans un mélange des genres dont il est comptable, ont consacré à la défense et à la normalisation de l'islamisme une surface médiatique, un temps, un réseau intellectuel disproportionné avec ce que pèse en France ce courant politico-religieux d'extrême-droite.

En s'engageant dans le combat contre cette islamophobie d'islamistes, Mediapart concourt à façonner à son goût la figure du musulman selon ses critères

C'est que Mediapart s'engage dans la lutte contre l'islamophobie. Sans vouloir comprendre que l'islamophobie vise d'abord à coaliser les musulmans autour de leurs leaders les plus radicaux. Parce que comme l'explique le philosophe américain Michael Walzer, dans une société démocratique, les groupes religieux ne peuvent assurer leur existence qu'en tant qu'associations volontaires. Les leaders de ces groupes ont plus à craindre de l'indifférence de leurs membres que de l'intolérance des gens de l'extérieur. Indifférence que les leaders doivent briser par une intolérance qu'il s'agit de créer, d'exagérer, de provoquer parce qu'elle a pour effet, même fantasmée, de conserver ces groupes sous leur férule. En s'engageant dans le combat contre cette islamophobie d'islamistes, Mediapart concourt à façonner à son goût la figure du musulman selon ses critères. On se rappelle de la photographie de leur rédaction, étonnamment monochromatique. Eux savent pourtant ce qu'est un authentique musulman et un bon arabe: c'est un islamiste. Ils sont dans l'orientalisme religieux.

Plenel surcompense son rendez-vous raté avec l'histoire. Il se rêvait Jean Moulin, Zola, Schindler... aussi longtemps qu'Israël n'existait pas. Il a décidé de se consacrer aux nouveaux «juifs des années trente», les musulmans. Les juifs de maintenant ne l'intéressent guère, l'antisémitisme qu'ils subissent ne le mobilise guère, pas plus que la rédaction de Mediapart. Y a t -il seulement dans notre pays une Sarah Halimi du côté des musulmans? Ou un Ilan Halimi? Ah si, le CCIF a rapporté le vol d'un câble de cuivre dans une mosquée. Un jet de lardons sur une autre aussi. Pour combien de tags antisémites? Combien d'agressions anti musulmanes? Pour combien d'agressions anti-juives? Mediapart ne devrait pas être économe de sa capacité d'indignation et de condamnation: Tous les crimes haineux devraient nous mobiliser. Ces musulmans, Plenel les veut et ne les reconnaît que comme islamistes, dans la radicalité religieuse et politique.

Plenel fait l'amalgame entre des personnes pratiquant un culte honorable, beau, exigeant, avec une métastase politique prétendant conquérir et éliminer tout ce qui n'est pas elle

Dans l'hostilité et l'étanchéité vis-à-vis de la France et de la République. Plenel fait l'amalgame entre des personnes pratiquant un culte honorable, beau, exigeant, avec une métastase politique prétendant conquérir et éliminer tout ce qui n'est pas elle. Ce ne sont pas les musulmans qui ont assassiné tant de nos compatriotes. Ce sont les islamistes. Et on ne doit plus distinguer ceux qui portent les armes de ceux qui arment en mots ceux qui s'arment tout court. Plenel le bourgeois blanc pénitent s'est livré à une bien coupable appropriation culturelle quand il a expliqué que l'excellente Une de Charlie le caricaturant, ce qui est un peu leur cœur de métier, visait les musulmans à travers lui. Il a épousé les codes de communication des islamistes, puisqu'il a lancé une fatwa contre Charlie en portant une telle accusation à leur encontre. Edwy Plenel n'est pas l'islam. Edwy Plenel n'est pas les musulmans. Edwy Plenel n'est pas Zola. Edwy Plenel n'est pas Jean Moulin. Edwy Plenel est celui que l'antisémite et homophobe Mehdi Meklat a qualifié de «petit papa». Il est un bourgeois militant de l'indigénisme et de l'islamisme. L'islamisme est une chose grave en elle-même. L'islamisme a tué en France. Des enfants. Des jeunes. Des juifs. Des musulmans. Des chrétiens. Des athées. Des laïques. Des indifférents. Des fonctionnaires, des journalistes. Des Français et des non-Français.
Jade Lindgaard déclarait aussi qu'il fallait comprendre et expliquer l'islamisme. Mais avec quelle distance et quelle crédibilité Mediapart peut-il le faire quand il fait l'amalgame entre les islamistes et les musulmans? Ce n'est pas une différence de degré dans la piété qui distingue l'islam de l'islamisme. C'est une différence de nature. L'islamisme n'est pas l'islam. Les islamistes ne sont pas Les Musulmans. Et Edwy PLenel n'est pas leur prophète. Et s'ils me critiquent, je la jouerai comme Edwy: Ce seront les musulmans, les femmes, les «racisés», les Franc-comtois, les enseignants, les fonctionnaires, les frisés, les gauchers que j'accuserai Edwy de viser au travers moi.

À VOIR AUSSI - Mediapart contre Charlie Hebdo: un débat médiatique et politique

Fatiha Boudjahlat
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Chantal Delsol: «Une Europe qui n'ait pas honte d'elle-même» (16.11.2017)
Publié le 16/11/2017 à 16h33

FIGAROVOX/TRIBUNE - La philosophe appelle à signer la Déclaration de Paris, un manifeste d'intellectuels néoconservateurs qui plaident pour donner de la chair à l'idée européenne.
Faire changer l'Europe: c'est peut-être un projet insurmontable et chimérique: mais c'est sans doute la seule opportunité qui s'offre à nous si nous voulons que l'Union européenne survive. Aujourd'hui cette institution oppressive et arrogante, aussi peu démocratique que possible, fait fuir les peuples qu'elle avait tant fait rêver, il y a peu d'années. Il est étrange que ses dignitaires ne tirent pas leçon des échecs récents que l'institution a essuyés. On a répondu au Brexit par des injures et des propos véhéments sur la pauvreté d'esprit d'une moitié de la population britannique. C'est court, et même assez minable. Mais la répétition inéluctable de ce genre de scénario ne fera qu'enfoncer davantage l'institution, et anticiper davantage son effondrement - que pourtant personne ne veut.
Un certain nombre d'intellectuels européens, appartenant à l'ensemble de nos pays, signent une déclaration qui s'intitule «Une Europe en laquelle nous pouvons croire». Issue d'un colloque qui s'est tenu à Paris en juin dernier, elle est dite Déclaration de Paris. Sur le site dédié, thetrueeurope.eu, la déclaration figure pour l'instant en onze langues. Il faut comprendre que l'Europe «en laquelle nous pouvons croire» n'est pas celle que nous avons devant les yeux. Mais l'affirmation marque en tout premier lieu que les signataires ne sont pas des antieuropéens. Ils aiment l'Europe et l'affirment dans le prologue, mais non pas d'un amour administratif: par le cœur et par les tripes, en raison de la culture commune et de l'histoire commune, même parfois éprouvante.
L'Europe n'est pas définissable seulement par un Maudit Passé, une mémoire sombre, des crimes impardonnables
C'est affaire de vérité et de mensonge: l'institution européenne nous décrit une «fausse Europe» - sans histoire, sans racine, sans réalité: une sorte de fantôme idéologique. Le but des signataires est de donner de la chair à l'idée européenne, afin de la rendre pour ainsi dire humaine, et en même temps de lui restituer sa réalité. L'Europe n'est pas née de rien. Elle a des racines qu'il faut nommer sans honte. Elle n'est pas seulement ancrée dans l'avenir nébuleux d'un monde sans frontières ni appartenances, comme on voudrait nous le faire croire. Elle n'est pas définissable seulement par un Maudit Passé, une mémoire sombre, des crimes impardonnables. Elle a des fondements qui lui sont propres, et constituent sa fierté: l'idée d'universalité qui provient des Grecs et des chrétiens, l'invention de l'État de droit et de la démocratie, la création des universités comme espaces de la pensée critique, l'abolition de l'esclavage et l'émancipation des femmes.
L'universalisme abstrait de cette «fausse Europe», illustré entre autres exemples par les monuments stylisés et imaginaires de notre monnaie, est donné pour une nouvelle religion. Et c'est bien le cas: il nous faudrait oublier tout ce que nous sommes pour ne nous identifier qu'à une sorte de religion de l'avenir, épargnée par la diversité des cultures, définie par la totale liberté individuelle dans un monde sans frontières. Mais les frontières racontent les existences comme les définitions nous identifient - un fleuve sans berges n'est plus fleuve et devient marécage. Aucune communauté humaine ne se sent une vocation de marécage. Les frontières décrivent les appartenances dont nous avons besoin pour vivre, parce que nous sommes des humains limités, et non des anges lâchés dans l'éther.
Les signataires de la Déclaration de Paris sont néoconservateurs. Ils récusent l'engagement systématique des instances européennes pour un libéralisme libertaire, sans que les peuples aient voix au chapitre
Les signataires de la Déclaration de Paris sont néoconservateurs. Ils récusent l'engagement systématique des instances européennes pour un libéralisme libertaire, sans que les peuples aient voix au chapitre. Ils regrettent cette fausse liberté qui engendre l'isolement des individus, désormais reliés par les seuls réseaux sociaux et tenus en laisse par l'État. Ils sont libéraux au sens de l'économie de marché, mais récusent une société de marché, où tout est à vendre y compris l'invendable. Ils demandent de faire la part à une forme de souci patriotique que l'universalisme européen récuse absolument. Il est naturel qu'un gouvernement se préoccupe de l'intérêt de la société qu'il a en charge. Ouvrir les portes à l'immigration s'impose au nom de cette hospitalité universelle dont parlait Kant - mais à condition et de telle sorte que l'accueilli s'adapte à la maison d'accueil et ne la détruise pas.
Les signataires de la Déclaration de Paris en appellent à une Europe démocratique, face à la technocratie résumée dans la phrase bien connue, Tina (There is no alternative) - il n'y a pas d'alternative… Ils ne croient pas au monopole de la connaissance technique, mais bien davantage à la sagesse pratique et à la décision responsable. Ils en appellent à une Europe plus spirituelle, et non plus engluée dans le divertissement et la consommation -seules des aspirations plus élevées nous permettrons de sortir du matérialisme.
La Déclaration de Paris sera publiée par les Éditions du Cerf en janvier prochain. Le think tank Thomas More en organisera la communication et l'exploitation en vue des prochaines élections européennes. Les signatures seront ouvertes. On ne sauvera pas l'Europe sans sa profonde mise en cause.

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Comment l'âge du consentement sexuel est revenu au centre du débat (16.11.2017)
Publié le 16/11/2017 à 13h54

En moins de trois mois, trois affaires de relations sexuelles entre une mineure et un adulte ont replacé l'âge du consentement sexuel au premier plan. Le gouvernement a annoncé qu'un projet de loi est en préparation. S'il est accepté par le Parlement, il entrera dans la loi en 2018.
Alors que l'affaire Weinstein a aidé à libérer la parole des personnes victimes de harcèlement sexuel dans le monde entier, en France, l'âge du consentement sexuel des mineurs fait l'objet d'un débat houleux. Relancée après trois affaires de relation sexuelles entre des mineurs et des adultes, dont deux où le «viol» n'a pas été retenu, la question est remontée jusqu'au gouvernement qui s'est engagé à modifier la législation. Le Figaro fait le point.
• 27 septembre: une relation sexuelle entre une fillette de 11 ans et un homme de 28 ans non considérée comme un «viol»
Les faits datent du 24 avril 2017 à Montmagny, dans le Val-d'Oise. Un homme de 28 ans aborde à deux reprises Sarah, une fillette de 11 ans. Elle le suit jusqu'à son immeuble. Dans l'ascenseur, l'homme embrasse l'enfant et arrivés au neuvième étage, ils ont plusieurs relations sexuelles.
La famille de la jeune fille, qui la retrouve, selon leurs mots, «désespérée» et «tétanisée», décide de porter plainte. Cependant, selon les enquêteurs, ces actes sexuels ne sont pas des viols car l'enfant n'a pas été contrainte physiquement. Le 27 septembre, le ministère public, qui s'appuie sur l'article 227-25 du Code pénal, estime «qu'il n'y a eu ni violence, ni contrainte, ni menace, ni surprise». En conséquence, le parquet décide de ne pas retenir le viol et poursuit l'homme pour «atteinte sexuelle sur mineur de moins de 15 ans». Ce père de deux enfants est par ailleurs placé sous contrôle judiciaire depuis mai.
Pourtant, pour l'avocate de la plaignante, Me Carine Diebolt, «tous les critères qui fondent l'agression sexuelle» peuvent être retenus dans ce dossier. «Aujourd'hui, on ne devrait même pas avoir ce débat-là quand il s'agit d'un enfant», a-t-elle poursuivi, demandant une évolution de la loi.
Le procès qui devait se tenir le 27 septembre a été renvoyé au 13 févrierprochain, le temps d'examiner la demande de requalification en «viol» soulevée par la défense.
• 11 novembre: un homme accusé de viol sur une mineure de 11 ans acquitté
Jugé devant la Cour d'assises de Seine-et-Marne, un homme de 30 ans, accusé du viol d'une fillette de 11 ans en août 2009, a été acquitté. Selon les jurés, il n'y a pas eu de contraintes. Les éléments constitutifs du viol, «la contrainte, la menace, la violence et la surprise, n'étaient pas établis», a rapporté, le 11 novembre dernier, la procureure de Meaux, Dominique Laurens. À l'époque, la jeune fille de 11 ans se rend dans un parc avec l'accusé de 11 ans son aîné. Ce dernier explique qu'ils ont eu une relation sexuelle consentie, et affirme que la jeune fille lui a menti sur son âge, explique son avocat Me Samir Mbarki. Les faits ne sont découverts qu'en 2010, alors que la fillette est tombée enceinte.
Cet acquittement a été un «second traumatisme» pour la jeune femme, âgée aujourd'hui de 20 ans, selon son avocate, Me Laure Habeneck. Pourtant selon Me Mbarki, il n'a fait que plaider le droit. «À charge pour le législateur de changer la loi. Ce n'est ni à l'avocat, ni à l'accusé de porter la responsabilité de cette défaillance légale».
• 15 novembre: un professeur accusé d'entretenir une relation avec une élève de 14 ans
Un professeur de mathématiques de 31 ans sera jugé le 27 novembre à Fontainebleau, en Seine-et-Marne, pour avoir eu pendant plusieurs mois une relation avec une collégienne de 14 ans, a indiqué mercredi le procureur.
Le 5 novembre, c'est le beau-père de l'adolescente qui a emmené de force l'enseignant au commissariat après avoir appris leur histoire, présentée comme une «relation amoureuse» par la jeune fille. Le professeur se trouvait dans sa voiture, stationnée à proximité du domicile familial, a relaté Guillaume Lescaux, le procureur de Fontainebleau. Les deux hommes ont été placés en garde à vue et sont poursuivis: l'enseignant pour corruption de mineur de moins de 15 ans et atteinte sexuelle sur mineur de moins de 15 ans par personne abusant de l'autorité de ses fonctions, et le beau-père pour violences et séquestration.
Selon Le Parisien, le professeur et son élève se seraient rapprochés en février dernier, en dialoguant via Instagram, et auraient entamé une relation en juin. «Même quand il y a consentement, un adulte ne peut pas avoir de relations sexuelles avec un mineur de moins de 15 ans. Et, quand on est en position d'autorité, le consentement n'est possible qu'à partir de 18 ans», rappelle le magistrat.
• Qu'en dit le gouvernement?
Le débat est sur la table. Et le gouvernement affiche la volonté de faire changer les choses. «Nous réfléchissons à une chose nouvelle, qui est une présomption de non-consentement à l'acte sexuel en deçà d'un certain âge. Nous avons une réflexion à conduire très rapidement sur l'âge, qui peut être 15, 14, 13 ans», a affirmé la garde des Sceaux Nicole Belloubet, sur CNews, mercredi.
Une déclaration qui s'inscrit dans la continuité de ce qu'avait annoncé Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes, après l'affaire de Champs-sur-Marne. Elle avait déclaré qu'un «projet de loi est en cours d'élaboration, notamment sur la présomption irréfragable de non-consentement des enfants».
Si l'âge de la majorité sexuelle devrait rester 15 ans, comme l'a affirmé Nicole Belloubet, le gouvernement planche sur la question du non-consentement. «Nous cherchons quelle est la meilleure des solutions du point de vue du seuil d'âge», a précisé la ministre qui estime que 13 ans semble être l'âge le plus adapté. S'il est retenu, cela suivrait les préconisations le Haut-commissariat à l'Égalité entre les femmes et les hommes.
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Le 25 décembre devient un jour férié en Ukraine (16.11.2017)
Par Pierre Avril 
Mis à jour le 16/11/2017 à 17h51 | Publié le 16/11/2017 à 15h51

Pour le Parlement, décréter le Noël catholique comme jour férié lui permet de prendre ses distances avec Moscou. Le Noël orthodoxe, le 7 janvier, était jusqu'à présent férié et le restera.
De notre correspondant à Moscou
Pour la première fois dans l'histoire de l'Ukraine contemporaine, le 25 décembre sera jour férié dans le pays. Jeudi matin, la Rada (le Parlement) a voté un texte reconnaissant officiellement cette date comme la fête de Noël, à côté de celle, plus traditionnelle, du 7 janvier, qui marque le Noël orthodoxe. Une initiative destinée à minimiser l'empreinte de l'héritage soviétique dans cette république en conflit ouvert avec son voisin russe et à renforcer les liens avec l'Occident romain.
Aujourd'hui, près de 11.000 communautés catholiques et protestantes ukrainiennes célèbrent Noël en vertu de notre propre calendrier grégorien (25 décembre), contre les 23.000 communautés orthodoxes obéissant au calendrier julien imposé par Moscou. Les communautés catholiques représentent 30 % de l'ensemble des chrétiens du pays. «Il s'agit d'une part significative des croyants ukrainiens», relèvent les députés en leur accordant le privilège d'un jour non travaillé. La loi pourrait être effective dès la fin de l'année.
«Cette décision historique nous permettra de nous détacher du calendrier de Moscou et des standards impériaux russes»
Olexandre Tourtchinnov, secrétaire du Conseil de sécurité et de défense
«Nous ne disons pas aux églises quand et comment fêter leurs fêtes religieuses, mais le fait de passer au calendrier grégorien est un signe d'européanisation», s'est félicitée Irina Podoliak, député du parti nationaliste Autodéfense. «Cette décision historique nous permettra de nous détacher du calendrier de Moscou et des standards impériaux russes», s'est réjoui, pour sa part, le secrétaire du Conseil de sécurité et de défense, Olexandre Tourtchinnov. Au risque de creuser le conflit confessionnel historiquement vivace au sein de la société ukrainienne.
Un conflit qui remonte à l'URSS
Historiquement divisée entre sa partie occidentale, plus proche du monde latin, et sa partie orientale, influencée par les valeurs orthodoxes russes, l'Ukraine est aujourd'hui en guerre larvée avec son grand voisin de l'Est. Les églises ukrainiennes ont toujours été traversées par ce conflit. Lors de la révolution de Maïdan, en 2014, il s'est exacerbé. D'un côté, l'Église orthodoxe, rattachée au patriarcat de Kiev, ainsi que l'Église gréco-catholique s'étaient rapprochées des manifestants pro-européens, tandis que l'Église orthodoxe, liée au patriarcat de Moscou, soutenait naturellement les idées de ses parrains russes. Aujourd'hui, seule la date du 7 janvier réunit ces multiples courants confessionnels, à l'exception de l'Église romaine ukrainienne.
L'origine du conflit calendaire remonte, quant à elle, à la période communiste. En 1923, alors qu'elle était durement réprimée et placée sous l'éteignoir du pouvoir bolchevique, l'Église russe avait refusé de suivre la recommandation du Concile orthodoxe mondial fixant au 25 décembre, plutôt qu'au 7 janvier (calendrier julien), la fête de la naissance du Christ. «Seuls les pays qui étaient sous influence de l'URSS ont suivi le pas et aujourd'hui c'est justement la Fédération russe, héritière de l'Union soviétique, qui a annexé notre Crimée et occupe une grande part du Donbass ukrainien. Celle-ci n'a jamais reconnu les aspirations européennes de l'Ukraine indépendante et l'une de ces aspirations est justement de revenir aux valeurs chrétiennes sur laquelle est basée la civilisation européenne», a déclaré à la tribune de la Rada, le député Evguenni Rybtchinsky.
Un patriarcat de Kiev silencieux
L'historien russe des religions, Roman Lounkine, critique une vision trop politisée de l'histoire. «En 1923, l'Église orthodoxe n'était pas encore totalement soumise au parti communiste et a pris sa décision d'une manière autonome. En son sein même, il y avait des religieux qui ne voulaient pas épouser le calendrier grégorien, et l'Église a donc préféré s'en tenir au statut quo pour ne pas fragiliser davantage l'institution à une période critique de son histoire», explique cet expert.
«Jésus-Christ est né une seule fois et si l'on célèbre l'événement en de multiples occasions, ce dernier va se transformer en farce qui perdra tout sens religieux
L'archevêque Kliment, porte-parole de l'Église orthodoxe attachée au patriarcat de Moscou
Engagés dans une entreprise de révisionnisme historique, les députés ukrainiens songent également à commémorer le 8 mai la capitulation du pouvoir nazi - et non plus le 9 mai comme à Moscou. L'initiative religieuse a suscité la colère des églises orthodoxes. «Les sondages montrent que la majorité des Ukrainiens continuent à fêter Noël le 7 janvier contre seulement 2% des organisations religieuses attachées au 25 décembre. Jésus-Christ est né une seule fois et si l'on célèbre l'événement en de multiples occasions, ce dernier va se transformer en farce qui perdra tout sens religieux. Les députés, dont la cote politique est très basse, cherchent simplement à ruiner l'influence de l'Église dans la société», dénonce l'archevêque Kliment, porte-parole de l'Église orthodoxe attachée au patriarcat de Moscou.
L'Église orthodoxe rattachée au patriarcat de Kiev s'est refusée à tout commentaire: «En tant qu'Ukrainien, je ne vois pas de problèmes au fait d'avoir un jour férié supplémentaire. Mais pour la majorité des Ukrainiens qui sont orthodoxes, le Noël reste le 7 janvier», explique une source, sous couvert d'anonymat.
Seule l'Église romaine ukrainienne, qui revendique un peu moins d'un million de fidèles, se réjouit ouvertement. «Même si les motivations des députés sont autres, je peux vous assurer que tous nos paroissiens sans exception sont contents. Ils ne seront plus obligés de demander un congé spécial à leur employeur pour fêter Noël», a déclaré le porte-parole du diocèse de Lviv (ouest), Alexandre Khoutsy.
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Correspondant à Moscou
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Zimbabwe : la chute de Mugabe, héros de l'indépendance devenu vieux despote (15.11.2017)
Mis à jour le 15/11/2017 à 19h49 | Publié le 15/11/2017 à 19h15

VIDÉO - Le chef de l'État, sénile et fatigué, a perdu son dernier combat politique en écartant son vice-président Emmerson Mnangagwa.
Une chose semblait certaine. Robert Mugabe, inusable président du Zimbabwe depuis trente-sept ans, allait mourir sur scène. À 93 ans, les jours du despote semblaient certes comptés. Le chef de l'État, sénile et fatigué, ne ressemblait plus au «Camarade Bob», le héros de la guerre d'indépendance. La seule question pour tous était finalement celle de sa succession, quand Dieu se serait décidé à agir. Les vieux amis, lassés de ses frasques, n'auront finalement pas attendu la volonté divine, en chassant de son trône le dictateur décrépit. Derrière cette révolution de palais, se dresse Emmerson Mnangagwa, vice-président déchu il y a une semaine, fidèle des années de lutte armée et homme des basses œuvres des décennies de pouvoir.
«Les présidents qui s'accrochent font tous les mêmes fautes. Ils veulent survivre à la mort, ils se croient rois et veulent s'imposer pour toujours, via un héritier, et écoutent les mauvais génies»
Ahmedou Ould Abdallah, ancien ministre des Affaires étrangères mauritanien
Robert Mugabe a perdu son dernier combat politique pour avoir oublié ce qui avait fait sa force: sa capacité à unir les siens et à faire peur aux autres. Sous son joug, la Zanu-PF, son parti, s'était approprié tout le riche Zimbabwe, ne laissant que des miettes aux contestataires. Autocrate de la vieille école, Mugabe savait cependant partager avec ses alliés. Mais, le temps passant, le «vieux» s'est replié de plus en plus, pour ne plus voir que sa famille. «Les présidents qui s'accrochent font tous les mêmes fautes. Ils veulent survivre à la mort, ils se croient rois et veulent s'imposer pour toujours, via un héritier, et écoutent les mauvais génies», explique l'ancien ministre des Affaires étrangères mauritanien Ahmedou Ould Abdallah. Pour le Zimbabwéen, ce mauvais génie fut son épouse, Grace. Cette ancienne dactylo, de quarante ans sa cadette, longtemps perçue comme une simple arriviste très dépensière, s'est piquée de politique. Appuyée sur un époux qui lui cède tout, elle se rêve présidente au point d'obtenir la chute en 2014 de Joice Mujuru, la vice-présidente et rivale. Dès lors un combat à mort s'engage avec l'autre grand prétendant à l'héritage, Emmerson Mnangagwa. On pense que Mugabe, dont l'œil reste étonnamment vif dans son visage ridé, arbitre intelligemment ce duel, divisant une fois de plus pour régner tranquille. Il n'en était rien. Mnangagwa est sèchement limogé. La puissante association des anciens combattants est choquée ; effarée par la peur de perdre ses privilèges, elle se range derrière Mnangagwa. Robert Mugabe vient lui-même de miner le pilier de son pouvoir, et d'entraîner sa perte.
Robert Mugabe a beau être tombé comme un vulgaire tyran africain, il n'en est pas un. Mercredi, les putschistes, qui refusent l'idée du coup d'État, assuraient d'ailleurs, contre toute évidence, que «son Excellence» était toujours maître à bord. Des précautions qui montrent que Robert Mugabe, dernier «père de la Nation» encore en vie, a toujours une sorte d'aura, certes délavée, mais réelle. Bien des Zimbabwéens, comme ses pairs, lui savent gré de ses années de lutte contre le régime raciste de Ian Smith. Cette guerre juste fait pardonner les dérives du régime et réduit à peu de chose les critiques occidentales. Robert Mugabe ne manquait jamais de souligner, sous les applaudissements, le manque de discernement des «impérialistes», prompts à le vilipender, mais oublieux des temps de l'apartheid.
La Zanu, plus menacée que menaçant
En 2000, la réforme (agraire), pourtant rejetée par référendum, est imposée de force. (…) L'économie du pays, grenier de la région, ne s'en remettra jamais.
Le verbe a de toute façon toujours été la force du président. Avec sa froide détermination. Le petit Shona, né dans une famille catholique pauvre de la Rhodésie d'alors, est bon élève. Cela le conduit à des études supérieures en Afrique du Sud, puis dans des universités de plusieurs pays d'Afrique. Il finit, en 1960, par s'installer au Ghana, tout juste indépendant, dont il rentre marié et léniniste. Le parti qu'il fonde, la future Zanu (Union nationale africaine du Zimbabwe), est vite interdit. En 1964, Robert Mugabe est arrêté, puis incarcéré, tout comme Joshua Nkomo, le leader ndébélé. Il est libéré dix ans plus tard et fuit au Mozambique pour se lancer dans la lutte armée.
Les guerres et les pressions diplomatiques conduisent Ian Smith à négocier et à accepter, après bien des soubresauts, des élections libres pour 1980. Robert Mugabe, débarrassé, par des «accidents» étranges, de ses rivaux au sein de la Zanu, les gagne haut la main grâce au vote shona. Nommé premier ministre, il ne lâchera plus les rênes, s'attachant à les tenir toujours plus courtes.
Les Ndébélés, une ethnie qui se pose en contrepoids aux Shonas, seront vite des cibles. Dans les années 1980, une répression militaire sauvage s'abat sur le sud du pays. La 5e division, formée en Corée du Nord, cause plusieurs dizaines de milliers de morts, arrachant toutes traces d'opposition politique. Emmerson Mnangagwa, alors ministre de la Sécurité nationale, est dans l'ombre de ce massacre. La minorité blanche, qui contrôle encore très largement l'économie, devient ensuite le problème le plus immédiat. Un projet de réforme agraire va lentement faire monter la tension entre la présidence et les fermiers blancs qui font la fortune du Zimbabwe. En 2000, la réforme, pourtant rejetée par référendum, est imposée de force. Mugabe jette «ses» vétérans à l'assaut des terres, tandis que les barons du régime s'emparent des plus belles propriétés. L'économie du pays, grenier de la région, ne s'en remettra jamais. Des milliers de fermiers et d'hommes d'affaires partent en exil, bientôt suivis par 3 millions de miséreux. L'hyperinflation, 165.000 % en 2007, va conduire à la ruine et à la paupérisation les campagnes, avec un taux de chômage de plus de 80 %.
Largement battu au premier tour, il lance ses sbires contre ses détracteurs, terrorisant les électeurs jusqu'à l'emporter avec 90 % des voix
Le régime se coupe ainsi de sa base, affamée et dégouttée par les promesses non tenues. Le mariage en grande pompe du président en 1996 avec la jeune Grace, sa maîtresse de longue date, avait déjà laissé des traces. La première femme, «Maman Sally», très estimée, était tout juste disparue. Les saillies du président contre les Blancs «racistes», contre les Américains et les Européens qui l'ont placé sous sanction, font encore sourire, mais les errements du vieux combattant dérangent de plus en plus. Les élections de 2008, contre Morgan Tsvangirai, vont enlever à Mugabe ce qui lui reste de respect. Largement battu au premier tour, il lance ses sbires contre ses détracteurs, terrorisant les électeurs jusqu'à l'emporter avec 90 % des voix. Son opposant a préféré abandonner pour mettre fin aux violences. À la manœuvre, on trouve Emmerson Mnangagwa.
Isolé et autiste, le pouvoir s'enferme dans une fuite en avant, tandis que le Camarade Bob se tasse sous le poids des ans. La chronique politique se limite depuis, mais uniquement hors d'un Zimbabwe, où la presse est muselée, à une suite de scandales où des généraux se trouvent impliqués dans des trafics divers, des ministres dans des contrats léonins, et aux photos d'un Mugabe endormi dans des réunions ou des meetings. Cette dérive aura fini par transformer la Zanu en zombie, plus menacée que menaçant. Pour ne pas être emportés, les barons du parti n'avaient d'autre choix que de tuer le père.Au moins symboliquement. Ils viennent de le faire.

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Polémique Charlie Hebdo-Mediapart : «Edwy Plenel a tort sur toute la ligne» (15.11.2017)
Mis à jour le 15/11/2017 à 21h27 | Publié le 15/11/2017 à 17h22

INTERVIEW - Le nouveau président de la Licra, Mario Stasi, prend position dans l'affrontement entre les deux médias. Et demande à Emmanuel Macron de s'exprimer.
L'avocat vient de prendre la tête de la Licra (Ligue internationale de lutte contre le racisme et l'antisémitisme) qui célèbre ses quatre-vingt-dix ans, compte 6000 adhérents et élargit son audience via les réseaux sociaux. Il veut mettre l'accent sur l'éducation à l'antiracisme en multipliant les interventions auprès des écoliers et collégiens.
LE FIGARO. - Une intense polémique oppose Charlie Hebdo au directeur du site Mediapart, Edwy Plenel. L'hebdomadaire satirique accuse Plenel de «condamner à mort une deuxième fois» sa rédaction en affirmant que celle-ci a déclaré «la guerre aux musulmans». Querelle médiatique à gauche ou débat de fond sur l'islam et la laïcité?
Mario STASI. - C'est une question de fond. Charlie Hebdo ne mène aucune guerre contre les musulmans mais condamne les extrémismes religieux d'où qu'ils viennent. Edwy Plenel, avec sa rhétorique habituelle, fait semblant de confondre musulmans et intégristes musulmans. Lui et ceux qui le soutiennent sont dans un combat idéologique. A minima, c'est irresponsable dans une société où des drames humains, comme l'attentat contre Charlie Hebdo, ont été la conséquence d'écrits et de dessins. Mais je crois plus sûrement que c'est volontaire. Edwy Plenel a tort, sur toute la ligne.
Riss, le directeur de Charlie Hebdo, dénonce un «appel au meurtre», Manuel Valls accuse Edwy Plenel de «complicité intellectuelle» avec le terrorisme. Ont-ils raison?
Oui, dans les deux cas.
Après les menaces de mort contre Charlie Hebdo, Laurent Wauquiez, le candidat à la présidence LR, a estimé qu'Emmanuel Macron devait s'exprimer sur le sujet. Êtes-vous d'accord?
«La Licra regrette que le président n'ait pas encore prononcé un discours fondateur sur les valeurs de la République»
Mario Stasi
Une parole forte, et aussi claire que celle de Manuel Valls, est en effet attendue pour défendre la liberté d'expression, le droit au blasphème, la République laïque. Et pour condamner le communautarisme totalement opposé à l'idéal républicain. La Licra regrette qu'un tel discours n'ait pas encore été prononcé. Mais ce discours fondateur sur les valeurs de la République, le chef de l'État l'aura certainement. C'est le moment.
Est-ce trop tard? Emmanuel Macron est souvent décrit comme «mal à l'aise» avec ce débat.
Quelle est la finalité du combat antiraciste, tel que le conçoit la Licra? Ne pas rester dans l'incantation mais obtenir des résultats. Quand le président, avec sa culture économique, se préoccupe des banlieues, ne veut plus de l'assistanat mais des résultats, comme sur l'emploi, c'est le même objectif: faire cesser la fragmentation, le repli identitaire.
Dès votre arrivée à la tête de la Licra, la semaine dernière, vous avez écrit à Jean-Luc Mélenchon pour lui demander de clarifier ses positions à l'égard du Parti des indigènes de la République, que vous qualifiez de «groupuscule extrémiste dont la doctrine (est) exclusivement vertébrée par le racisme et l'obsession des Juifs». Une députée La France insoumise, Danièle Obono, avait en effet pris la défense de ce mouvement et de sa porte-parole. Quel est le sens de votre démarche?
Arrêter de mettre la poussière sous le tapis. Quand une députée se dit «camarade» d'une responsable d'un mouvement identitaire, raciste, antisémite et homophobe, qui prône la communautarisation de la société pour fracasser le socle républicain, elle engage son parti. La réponse de Jean-Luc Mélenchon est enfin une clarification.
Jean-Luc Mélenchon condamne le Parti des indigènes de la République mais il ne désavoue pas pour autant «sa» députée Danièle Obono?
Il a fait la moitié du chemin. Au sein de La France insoumise, les tensions sont fortes sur ces sujets.
«Quand il n'y a plus un enfant juif dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c'est la conséquence de l'islamo-gauchisme»
Mario Stasi
«Islamo-gauchisme»: le terme vous convient-il?
Quand on se sert des musulmans pour les transformer en nouveaux damnés de la terre, quand on mène un combat qui dessert la République en mélangeant habilement la guerre contre les extrémistes et la pseudo-guerre contre les musulmans, c'est ce qu'on fait. C'est ce qu'Edwy Plenel défend. Et quand il n'y a plus un enfant juif dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c'est la conséquence de l'islamo-gauchisme.
La Licra a été très critiquée pour avoir été partie civile, au côté du sulfureux Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), dans le procès contre l'historien Georges Bensoussan qui avait déclaré «dans les familles arabes en France (…) l'antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère». C'était une erreur?
Cette affaire appartient au passé et nous vaut encore des menaces de mort… Il est criminel de dire que nous entretenons une quelconque connivence avec le CCIF! La Licra combat l'antisémitisme et le racisme sous toutes leurs formes quand bien même elle risque de se retrouver sur le banc des parties civiles au côté du CCIF ou d'autres associations dont elle ne partage aucune valeur. Avec Georges Bensoussan, nous avons eu un différend. Avec le CCIF, nous sommes en totale opposition. Nous n'avons pas interjeté appel de la relaxe de Georges Bensoussan.
En 2014, vous avez obtenu une condamnation pour racisme «anti-Blanc». C'était une première.
Si le racisme «anti-Blanc» est de toute évidence moins discriminant que le racisme anti-Noir ou anti-musulman, il existe bien
Si le racisme «anti-Blanc» est de toute évidence moins discriminant que le racisme anti-Noir ou anti-musulman, il existe bien. Il représente 2 à 3 % des plaintes dont nous sommes saisis.
Le retour des djihadistes en France inquiète. Quel traitement doivent-ils recevoir?
Ce sont des adultes responsables qui doivent être traités sur un plan judiciaire au cas par cas. Pour
les hommes qui ont combattu, c'est de l'intelligence avec l'ennemi. Pour les femmes, il faudra apprécier le degré de contrainte, contrainte qui reste à prouver…

La ministre des Armées avait dit: «Si des djihadistes périssent à Raqqa, c'est tant mieux». Êtes-vous d'accord?
Sont-ils des soldats? Des soldats de la terreur, sans aucun doute. Je ne vais pas pleurer.

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Comment sauver nos cathédrales ? (15.11.2017)
Mis à jour le 15/11/2017 à 19h44 | Publié le 15/11/2017 à 15h24

ENQUÊTE - Faire payer l'entrée dans les édifices religieux en France reste une question complexe. Pourtant, en Europe, certains l'ont fait.
C'est une des conséquences de la sécularisation et du tourisme de masse. De plus en plus de personnes visitent les cathédrales comme autant de musées - d'autant que leur accès est gratuit, du moins en France. Tandis que l'État peine à entretenir les 87 cathédrales dont il a la charge, des voix, à commencer par celle de Stéphane Bern, s'élèvent pour faire du flux de visiteurs - près de 14 millions chaque année à Notre-Dame, à Paris, 800.000 à la cathédrale de Reims, un million à celle de Strasbourg - une source de revenus. L'idée, qui met le doigt sur le manque criant d'argent pour l'entretien du patrimoine religieux, séduit autant qu'elle rebute: selon le sondage du Figaro du 14 novembre, 50 % des sondés sont pour, et autant contre. Le débat devrait, en toute logique, être abordé vendredi 17 novembre par Françoise Nyssen, lors de la présentation de son plan en faveur du patrimoine.
L'affaire est plus compliquée qu'elle n'en a l'air. La loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État a fait de la première l'affectataire des lieux, et du second, le propriétaire des murs. L'Église anime les lieux, l'État les entretient. Or, précise la loi, l'affectation doit être «gratuite, exclusive et permanente».
«Les cathédrales, alors même qu'elles font partie du patrimoine culturel de la France, sont avant tout des lieux de prière et de culte dont l'accès doit être libre, rappelle la Conférence des évêques de France. En notre époque de bruit et de tribulations, les cathédrales constituent des lieux de paix et d'intériorité, proposés à tous. Rendre leur accès payant entamerait la dimension de gratuité que comporte la proposition de la foi, la rencontre avec Dieu.»
Fermez le ban? Pas tout à fait. Parce qu'elles ont parfois plus de mille ans, les cathédrales sont des gouffres financiers pour la puissance publique. L'État consacre déjà 40 millions d'euros par an à leur entretien, soit la majeure partie des crédits consacrés aux monuments historiques. Il sait que la tâche est infinie et que personne ne pourra jamais réparer définitivement des façades et des vitraux agressés par le temps.
 «Les cathédrales, alors même qu'elles font partie du patrimoine culturel de la France, sont avant tout des lieux de prière et de culte dont l'accès doit être libre»
La Conférence des évêques de France
Petit à petit, et avec l'assentiment tacite de l'Église, il a rendu payant l'accès aux trésors des cathédrales (entre 4 et 5 euros). Il faut dépenser 10 euros pour l'accès aux tours de Notre-Dame de Paris (elles aussi gérées par l'État), 8 euros pour celles de Reims. Au Puy-en-Velay, tant le musée que le cloître sont payants. Ici où là, plusieurs cathédrales organisent même des visites spécifiques, à raison de 6 ou 8 euros.
Sujet tabou il y a une dizaine d'années, l'organisation de concerts, y compris profanes, a également permis d'arrondir les fins de mois des grands édifices catholiques. L'argent récolté sert en général à payer le personnel d'accueil ou à régler les factures de chauffage. Ce système arrange tout le monde. D'autant qu'en Europe les églises sont allées bien plus loin dans l'introduction de l'argent privé. En Italie, en Espagne ou au Portugal, l'entrée de la plupart des églises est devenue payante, au nom de l'endettement colossal des trois pays et de l'incapacité de l'Église à faire face aux nécessaires restaurations. L'entrée pour la cathédrale de Séville ou la mosquée-cathédrale de Cordoue est fixée à 8 euros. En Allemagne, les grands édifices comparables aux cathédrales, dont le Dom à Berlin, se visitent également moyennant finances. Si on peut entrer librement à la Basilique Saint-Pierre de Rome, pour la montée des marches il en coûte 5 euros.
«Tout est une question d'organisation et d'harmonie»
En Angleterre, pays où le clergé est propriétaire des murs et qui est majoritairement protestant, les tarifs sont même très élevés. Il faut compter 18 livres pour pénétrer dans l'abbaye de Westminster - laquelle ne reçoit aucune subvention publique - et 22 livres pour la cathédrale Saint-Paul - tickets que l'on peut d'ailleurs acheter en ligne, avec des créneaux horaires dédiés. En principe, les visites de Saint-Paul se font tard le dimanche, afin d'éviter les allers et venues touristiques lors de la grand-messe. Mais la plupart du temps, tout le monde doit cohabiter. «Tout est une question d'organisation et d'harmonie, souligne Édouard de Lamaze, président de l'Observatoire du patrimoine religieux. On peut instaurer un ticket d'entrée pour Notre-Dame de Paris ou pour les grandes églises dites touristiques, mais à certains moments de la journée ou de la semaine. Il faut trouver un terrain d'entente, et pas seulement pour les cathédrales.»
Il y a plus de 50.000 édifices catholiques en France, dont 90 % se situent dans des zones rurales ou dans de très petites communes. «C'est sans doute là, bien plus que dans les grands monuments, qu'il faut inventer un système, poursuit Édouard de Lamaze. Les maires, à qui appartiennent les murs, n'ont plus d'argent, et les églises rurales se dégradent à grande vitesse.» Selon lui, des visites organisées et payantes, certains jours de la semaine, permettraient non seulement de faire face au coût d'entretien mais aussi de valoriser les lieux. Dans ce cercle vertueux, fidèles et touristes n'auraient plus à être opposés, ni même maires et curés, qui ont, depuis 1905, largement enterré la hache de guerre.

De quoi vit Notre-Dame de Paris?
Bien que son entrée soit libre, Notre-Dame de Paris peut compter sur plusieurs sources de revenus. L'État consacre 2 millions d'euros par an à l'entretien des murs. Il mène actuellement plusieurs grandes campagnes de restauration, dont une autour de la flèche.
S'ajoutent les offrandes, les quêtes, le denier du culte, l'achat des cierges ou de cartes postales, à raison de 6 millions d'euros par an. Ils sont consacrés à la rémunération des 67 salariés, au ménage, au chauffage ou à l'électricité ( 800 € par jour).
Par ailleurs, la visite du trésor de la cathédrale - en dehors de la couronne du Christ, considérée comme un objet de culte - est payante (4€), ainsi que l'accès aux tours (10€). Mais c'est le Centre des monuments nationaux qui perçoit les recettes des tours (407.000 visiteurs, en 2016), et non pas Notre-Dame.
Il faudrait infiniment plus d'argent pour entretenir la cathédrale, qui vient de fêter ses 850 ans et dont certains arcs-boutants sont très fragilisés.

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Ivan Rioufol : «La parole se libère contre les idées fausses» (16.11.2017)
Par Ivan Rioufol 
Mis à jour le 16/11/2017 à 16h41 | Publié le 16/11/2017 à 16h33

CHRONIQUE - L'indignation des élus de Clichy face aux prières de rue ou la levée de boucliers contre Edwy Plenel sont, dans le rejet des dénis et le retour au bon sens, les premiers pas vers une émancipation des esprits.
Le vent tournerait-il? Le déconomètre, qui s'emballe depuis près de quarante ans, a du plomb dans l'aile. Vendredi dernier, une centaine d'élus de Clichy (Hauts-de-Seine) ont manifesté leur indignation devant les prières de rue. Elles y sont organisées illégalement depuis huit mois par des fidèles qui se plaignent de l'éloignement de leur mosquée. La suite dira si, après ce premier face-à-face tendu, le ministre de l'Intérieur sortira de sa torpeur. Tout aussi réjouissante est l'avoinée qui s'abat sur le journaliste Edwy Plenel, patron de Mediapart. L'ami de Tariq Ramadan, accusé de viols, était le symbole sacralisé du journalisme moralisateur. Même à gauche, les outrances du faux curé commencent à être comprises pour ce qu'elles ont toujours été: des complaisances avec le totalitarisme coranique. Manuel Valls mène l'assaut contre ce drôle d'«antiraciste». Mercredi, l'ex-premier ministre a accusé Plenel de «complicité intellectuelle» avec le terrorisme. La «parole libérée» est une glasnost à la française qui déborde des rangs des seules néoféministes.
Les résistants de la 25e heure découvrent la lune. Hier encore, beaucoup étaient avec la meute quand il s'agissait de marginaliser les premiers lanceurs d'alerte, forcément réactionnaires et infréquentables. Votre serviteur se souvient des inepties des procureurs d'alors. Mais Schopenhauer avait prévenu: «Toute vérité franchit trois étapes: d'abord elle est ridiculisée. Ensuite elle subit une forte pression. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence.» Reste la satisfaction d'être moins seul, et celle de ne s'être pas trompé sur cette presse militante qui nie les faits, sur cette gauche perdue qui croit retrouver les vertus du communisme, Allah en plus, dans l'islamisme en guerre contre l'Occident. Cependant, les persistantes réticences à regarder en face les faux gentils, la fracture identitaire, la guerre civile qui vient, la grande mascarade du macronisme, sont des encouragements pour continuer d'enfoncer les clous…
Ce qui survient, dans ce rejet des dénis et ce retour au bon sens, sont les premiers pas vers une émancipation des esprits. Les mobilisations populaires contre le maintien d'une croix à Ploërmel ou d'une crèche à Béziers sont d'autres expressions d'une même exaspération contre des institutions trop brutales. La démission du général d'armée Pierre de Villiers, en juillet, n'a pas été une «tempête dans un verre d'eau», comme l'a dit le chef de l'État avec dédain. Le soldat a fait comprendre qu'il y avait une limite à ne pas franchir par le pouvoir, quand la survie de la nation était en jeu. C'est la logique technocratique et financière, qui a rempilé en mai, que l'ex-chef d'État-major des armées a dénoncé après l'annonce d'une coupe claire de 850 millions d'euros dans un budget de la Défense déjà sacrifié. «Quels Français accepteraient de voler dans des avions Caravelle ou de rouler sur l'autoroute en 2 CV?»,questionne Villiers (1). Il rappelle aux oublieux que la France est en guerre.
Pour commémorer les attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts, 683 blessés), Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, a allumé, lundi soir, une bougie sur le rebord de sa fenêtre ; il a posté l'image sur Twitter. Un peu plus tôt sur les lieux des tragédies, Macron, les yeux mouillés, avait participé à un lancé de ballons biodégradables et multicolores. Mais ce n'est pas avec de tels signes puérils que la nation impressionnera l'ennemi. Il n'est pas seulement disséminé en Irak et en Syrie. Il est à l'intérieur du pays ; il veut tuer au nom du Prophète. «La menace est endogène», confirme le patron de la Sécurité intérieure (DGSI), Laurent Munez. Cette insécurité, nombreux sont les citoyens qui la comprennent comme un choc des cultures entre le monde libre et l'islam des interdits. Cependant, cette lecture conflictuelle est refusée par le chef de l'État, empli d'idées fausses et dangereuses. Les sonneurs de tocsin ont encore du pain sur la planche.
Fuite en avant
Le chef de l'État, qui feint l'autoritarisme, ne se confronte pas aux sources du djihadisme. Il voit ce phénomène, plus commodément, comme la conséquence de difficultés économiques et sociales surmontables par l'argent, voire comme le résultat du réchauffement climatique. L'autre jour, à Abu Dhabi, Macron a déclaré, s'adressant aux musulmans: «Ceux qui veulent faire croire que l'islam se construit en détruisant d'autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent.» Pourtant, c'est l'islam conquérant qui éradique les chrétiens d'Orient ou les juifs des terres d'islam. C'est le même suprématisme salafiste qui a déclaré la guerre à la France et recrute dans les cités. Quand Macron, mardi, excuse la radicalisation en accusant la République d'avoir «démissionné» dans «nombre de nos territoires en difficulté», il condamne les Français à payer leur tribut à une idéologie qui réclame et obtient leur soumission. Comment accepter cette humiliation?
La «politique de la ville», relancée mardi par le président, est construite, comme depuis plus de trente ans, sur l'achat de la paix civile
La «politique de la ville», relancée mardi par le président, est construite, comme depuis plus de trente ans, sur l'achat de la paix civile: une fuite en avant qui a englouti 100 milliards d'euros, déversés sur des «quartiers sensibles» qui réclament toujours plus. Leur nombre ne cesse d'ailleurs d'augmenter, sous le flot d'une immigration ininterrompue. 1514 «quartiers prioritaires» sont recensés. C'est vers eux qu'iront encore les attentions du gouvernement. Macron assume une discrimination positive en faveur de cette «France de demain». Il la préfère au «monde ancien» dont il veut se défaire. Dans cette politique si peu équitable, la France rurale et périphérique est plus invisible que jamais. Il est peu probable qu'elle se laissera mépriser encore longtemps.
Société civile: l'arnaque
La révolte gagne même la macronie. Mardi, une centaine d'adhérents de la République en marche ont annoncé leur départ du mouvement, coupable d'«arrogance», de «mépris», de «déni de la démocratie». De fait, l'appel à la société civile lancé par le candidat Macron se révèle être une arnaque. La rupture des élites avec le peuple, que le macronisme était censé résorber, s'est perpétuée et accentuée.
La grande mascarade
Macron, la grande mascarade: sous ce titre, argumenté par une longue introduction, sont rassemblés les blocs-notes qui vont de janvier 2016 au 13 octobre 2017. En vente depuis mercredi dans les bonnes librairies (L'Artilleur).
(1) «Servir», Fayard
Cet article est publié dans l'édition du Figaro du 17/11/2017.
Éditorialiste au Figaro
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Notre Père : les fidèles ne seront plus «soumis» à la tentation (15.11.2017)
Mis à jour le 16/11/2017 à 13h01 | Publié le 15/11/2017 à 20h21

INFOGRAPHIES - Après des années de discussions sur la bonne traduction, la nouvelle version de la prière entrera en vigueur au début du mois prochain.
À partir du samedi 2 décembre 2017, à la tombée de la nuit, Dieu ne «soumettra» plus l'homme à la tentation. Ce qu'Il était censé faire depuis le 29 décembre 1965! Ce jour-là, l'Église de France avait décidé de traduire la phrase latine du Notre Père alors en usage «ne nos inducas in tentationem» par «ne nous soumets pas à la tentation». Une formule qui a pu laisser croire à des générations de chrétiens que Dieu tendait une sorte de chausse-trape à l'homme: tout en lui commandant d'accomplir le bien, il le «soumettait» à la tentation du mal...
Cette contradiction a fini par devenir un vrai malentendu dans la tête de bon nombre de fidèles. Au point que l'Église catholique a décidé - un demi-siècle plus tard - de changer à nouveau la traduction du Notre Père. C'est ainsi que le 3 décembre 2017, premier dimanche de la nouvelle année liturgique et premier dimanche du temps de l'Avent (il commence la veille, le samedi, à la fin du jour), les catholiques francophones devront prononcer le Notre Père avec cette formule: «Ne nous laisse pas entrer en tentation.»


«Cette modification est attendue parce que la phrase actuelle était mal comprise. Elle laissait supposer que Dieu tente l'être humain alors que Dieu veut que l'homme soit un être libre»
Mgr Guy de Kerimel, 'évêque de Grenoble-Vienne



- Crédits photo : Infographie Le Figaro

Pour aider à la mémorisation de cette phrase, des dizaines de milliers de petites images avec la dernière version du Notre Père seront distribuées dans les églises. Et la Conférence des évêques de France, qui présentait cette nouveauté mercredi matin à Paris, a aussi édité un petit livre: La prière du Notre Père, un regard renouvelé (Bayard, Cerf, Mame), préfacé par Mgr Guy de Kerimel. L'évêque de Grenoble-Vienne reconnaissait, mercredi à Paris: «Au début, il y a aura sans doute des cafouillages dans les assemblées, mais cette modification est attendue parce que la phrase actuelle “ne nous soumets pas à la tentation” était mal comprise. Elle laissait supposer que Dieu tente l'être humain alors que Dieu veut que l'homme soit un être libre.»
Mais ce prélat, président de la commission épiscopale pour la liturgie et la pastorale sacramentelle, et donc en charge de ce dossier pour l'épiscopat, tenait aussitôt à préciser: «Dieu ne tente pas», mais «Dieu ne nous retire pas toujours de la tentation ou de l'épreuve» car «Il peut se servir de la tentation pour exercer et fortifier la liberté de l'homme». Mais ce travail de libération, «Dieu ne le fait pas à notre place» parce qu'«Il respecte la liberté de l'être humain». En revanche, «Il soutient ceux qui s'appuient sur Lui».
Piège grammatical

- Crédits photo : Ce tableau de correspondance entre le Notre Père et ses sources juives dans l'Ancien Testament a été établi pour La Bible des Familles de Marie-Noëlle Thabut que vient de publier Artège Le Sénevé
Précisément par la prière... du Notre Père. Le Christ, selon la tradition des Évangiles, l'a directement enseignée aux apôtres qui lui demandaient «comment» prier. L'évangéliste Luc écrit: «Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui es aux cieux...» Mais c'est alors que commença le problème de la traduction car «la seule source écrite dont nous disposons est en langue grecque, explique le père Édouard Cothenet, exégète, alors que pour être comprise du peuple, cette prière a probablement été prononcée en araméen. L'hébreu, à l'époque, étant plutôt d'usage à la synagogue». Et même si certaines églises orientales prononcent aujourd'hui encore cette prière en araméen, la langue du Christ, elles le récitent sur la base du texte canonique grec.

- Crédits photo : Ce tableau de correspondance entre le Notre Père et ses sources juives dans l'Ancien Testament a été établi pour La Bible des Familles de Marie-Noëlle Thabut que vient de publier Artège Le Sénevé
Pour «rendre le texte grec», les spécialistes se heurtent donc à une vraie «complexité», note Mgr de Kerimel. D'autant que «le verbe grec, eispherein, est bien traduit par le latin “ne nos inducas in tentationem” que l'on peut traduire “ne nous conduis pas en tentation”. De ce point de vue, «la traduction œcuménique qui prévalait jusqu'à présent, “ne nous soumets pas à la tentation”, n'est donc pas une erreur». Sauf qu'il existe un piège grammatical dans l'interprétation du verbe «soumettre». Cette subtilité grecque remonte à l'araméen et à l'hébreu. Selon le contexte, ce même verbe peut revêtir trois sens: «soumettre», «mettre à l'épreuve» ou «tenter».
Conclusion de Mgr de Kerimel: «Pour sortir de l'ambiguïté, les traducteurs de la traduction officielle liturgique de la Bible - publiée en 2013 par Mame - ont finalement préféré proposer “ne nous laisse pas entrer en tentation”. Même l'Église protestante unie de France a elle aussi adopté, en 2016, cette nouvelle façon de prier le Notre Père.

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Israël ne tolérera pas un axe chiite en Syrie (16.11.2017)
Mis à jour le 16/11/2017 à 17h57 | Publié le 16/11/2017 à 17h52

L'État hébreu accuse l'Iran de profiter de la guerre et des nouveaux rapports de forces militaires pour déployer ses forces et celles du Hezbollah dans le sud du pays.
Depuis le début de la guerre en Syrie, Israël voit son «problème iranien» grossir de mois en mois. La paix qui s'annonce à l'horizon après la chute de Daech et la «victoire» de Bachar el-Assad n'est pourtant pas de nature à le réduire. «Nous sommes très nerveux. L'armée iranienne s'est installée en Syrie. Le Hezbollah, bras armé de Téhéran, y agit ouvertement. Quant aux milices chiites qui ont participé à la guerre, nous craignons qu'elles soient intégrées à l'armée syrienne.» La consolidation de l'influence iranienne au Levant est considérée comme un «game changer», un changement de donne, par Sima Shine, ancienne responsable du Mossad. «En cas de nouvelle guerre avec le Hezbollah, Israël devra affronter deux fronts iraniens», résume l'ex-officier de renseignement, qui travaille aujourd'hui dans le très réputé Institut pour les études de sécurité nationale (INSS).
Israël accuse son grand ennemi iranien de tirer profit de la guerre et des nouveaux rapports de forces militaires pour déployer dans le sud de la Syrie ses forces et celles du Hezbollah, qui s'est aguerri et a acquis de nouvelles capacités offensives. Mais depuis la crise déclenchée par la démission du premier ministre libanais, Saad Hariri, probablement orchestrée par l'Arabie saoudite sunnite pour contrer l'Iran et le Hezbollah chiites, la question est d'une actualité brûlante.
«Les Israéliens se sont faits à l'idée d'une implantation du Hezbollah au Liban. Mais ils ne toléreront pas une présence militaire près du plateau du Golan» 
Frédéric Encel, géopolitologue
Pendant toute la guerre, Israël avait édicté deux lignes rouges en Syrie: le transfert d'armes au Hezbollah et la création de «cellules terroristes» à la frontière. Tsahal a mené à plusieurs reprises des frappes contre des convois destinés au bras armé de l'Iran dans la région. Mais aujourd'hui, le danger se rapproche. «Les Israéliens se sont faits à l'idée d'une implantation du Hezbollah au Liban, où le soutien des populations chiites lui donne une certaine légitimité. Mais ils ne toléreront pas une présence militaire près du plateau du Golan. Car tout le nord du pays serait alors menacé par des attaques et des infiltrations», explique Frédéric Encel, qui vient de publier Mon dictionnaire géopolitique (PUF).
Les Iraniens, poursuit le spécialiste, ont visiblement décidé de s'installer en Syrie, où «des officiers et des milices chiites établissent des bases pérennes dans la région de Damas, à 30 kilomètres de la frontière israélienne». Le premier ministre Benyamin Nétanyahou a réaffirmé qu'il se réservait le droit de frapper dans le sud de la Syrie pour faire respecter les intérêts israéliens. «Nous ne permettrons pas la consolidation d'un axe chiite en Syrie comme base avancée pour des opérations», a prévenu son ministre de la Défense, Avigdor Lieberman. Tel-Aviv réclame la création d'une zone tampon de 50 kilomètres de large dans laquelle les forces iraniennes et leurs alliés n'auront pas le droit de pénétrer.
«Entre l'Iran et la Russie, ce n'est plus seulement un mariage de raison mais une relation stratégique»
Sima Shine, ancienne responsable du Mossad
Le renforcement de l'influence iranienne n'est pas le seul sujet d'inquiétude pour les dirigeants israéliens. La consolidation de l'axe russo-iranien en est un autre. «Ce n'est plus seulement un mariage de raison mais une relation stratégique. L'Iran s'installe dans la région. Ses liens avec la Russie ne sont plus seulement militaires mais aussi économiques», explique Sima Shine.
Dans cette nouvelle configuration régionale, Israël se cherche des alliés. «On ne va pas faire le sale travail pour tout le monde, mais toute pression supplémentaire contre l'Iran est la bienvenue», commente un diplomate israélien. Celle qui vient d'Arabie saoudite. Et celle qui vient de Washington, où Donald Trump a fait de l'Iran son principal ennemi dans la région et menacé de «déchirer» l'accord sur le nucléaire. Les responsables israéliens n'ont jamais digéré le compromis passé en juillet 2015 entre l'Iran et la communauté internationale, qui n'a fait que mettre entre parenthèses pendant une dizaine d'années le programme atomique iranien. «Briser cet accord n'est pas possible. Mais on pourrait ouvrir deux nouveaux chapitres, sur le programme balistique et les menaces de l'hégémonie iranienne dans la région», commente Sima Shine.
«Macron comble de manière intelligente la place vacante laissée par les Américains. C'est le bon moment pour faire de la France un arbitre dans la guerre froide qui oppose l'axe sunnite à l'axe chiite»
Frédéric Encel
Au sein de l'Union européenne, Emmanuel Macron a été le seul dirigeant à évoquer publiquement la nécessité d'ouvrir des discussions avec les Iraniens sur ces deux sujets. Mais les Israéliens doutent qu'il ait les moyens de l'imposer à ses partenaires européens. La proposition a été accueillie très froidement par Federica Mogherini, la chef de la diplomatie de l'UE. Depuis, Benyamin Nétanyahou aurait, selon certaines sources, refusé de la recevoir. Forte de ses liens culturels et historiques avec les acteurs de la région, la France multiplie les initiatives pour tenter d'apaiser les tensions entre l'Iran et l'Arabie saoudite et se poser en médiateur dans la crise libanaise. Mais sa capacité d'exercer des pressions sur Téhéran est limitée.
Sensible aux dangers que représente l'influence iranienne au Levant, aux avant-postes de la lutte contre la prolifération nucléaire, elle veut aussi sauver un accord qu'elle a contribué à durcir et dont elle s'estime aujourd'hui garante. Elle aimerait aussi se placer sur un futur marché très lucratif. Paris aurait ainsi refusé de faire pression, comme le demandait Israël, sur les empreintes bancaires contrôlées par l'Iran au Liban. «Emmanuel Macron ne veut pas lâcher la proie pour l'ombre. Mais il comble de manière intelligente la place vacante laissée par les Américains. C'est le bon moment pour faire de la France une puissance de recours, un arbitre dans la guerre froide qui oppose l'axe sunnite à l'axe chiite», estime Frédéric Encel.

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Paris : l'ancienne librairie La Hune ravagée par un incendie (16.11.2017)
Par AFP agence 
Mis à jour le 16/11/2017 à 18h15 | Publié le 16/11/2017 à 17h57

VIDÉO - Un important incendie s'est déclaré jeudi dans l'ancienne librairie La Hune dans le quartier de Saint-Germain-des-Près à Paris faisant sept blessés légers.
Un spectaculaire incendie a ravagé jeudi après-midi une librairie d'arts et de tirages photographiques au 16, rue de l'Abbaye, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, en plein cœur historique et artistique de Paris, selon les pompiers.
Vers 17 heures, alors que l'incendie était «en passe d'être circonscrit», un porte-parole des pompiers faisait état d'un bilan «provisoire» de sept blessés légers, dont un pompier.
Le feu s'est déclaré peu avant 16 heures dans cette librairie renommée, La Hune, située à proximité de l'église Saint-Germain, non loin des célèbres cafés Les Deux Magots et le Café de Flore, dégageant un épais panache de fumée noire visible dans une grande partie de la capitale.
Le feu a touché deux niveaux, «avec propagation à des habitations», a précisé le porte-parole des pompiers. Une cinquantaine de pompiers et une dizaine d'engins ont été déployés, a-t-il ajouté.
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Entre le Liban et l'Arabie, cinq points pour comprendre l'affaire Hariri (16.11.2017)

Mis à jour le 16/11/2017 à 15h09 | Publié le 16/11/2017 à 14h36


VIDÉO - Près de deux semaines après l'annonce de sa démission, le premier ministre libanais a accepté l'invitation d'Emmanuel Macron de venir en France. Les autorités libanaises estiment qu'il est retenu captif à Riyad. En toile de fond, la rivalité entre Téhéran et le royaume des Saoud.
Saad Hariri, le premier ministre libanais démissionnaire, retenu depuis douze jours à Riyad en Arabie saoudite, a accepté l'invitation d'Emmanuel Macron de venir en France. Le président français a ajouté que ce n'était pas un exil politique, mais «un acte d'amitié».

Hariri avait annoncé sa démission le 4 novembre, refusée par le président libanais, Michel Aoun. Cet événement fait l'effet d'un séisme dans un petit pays dont le fonctionnement politique complexe est pris dans la tourmente de l'affrontement entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Le Figaro fait le point.

● À la surprise générale, Saad Hariri démissionne depuis l'Arabie Saoudite
Quand les Libanais ont découvert l'intervention télévisée en Arabie saoudite de leur premier ministre, beaucoup ne l'ont pas reconnu. Généralement calme, souriant et modéré, Saad Hariri, qui dispose aussi de la nationalité saoudienne, apparaissait nerveux tout en tenant un discours virulent contre la «mainmise» sur le Liban de l'Iran et de son allié historique, le parti chiite Hezbollah, qu'il accuse d'avoir «créé un État dans l'État». Le fils de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, assassiné au Liban en 2005, annonce aussi craindre pour sa vie.

● Les autorités libanaises demandent son retour et refusent sa démission
À Beyrouth, le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a, dès le lendemain, accusé l'Arabie Saoudite d'avoir contraint Saad Hariri à démissionner, puis de le retenir de force à Riyad. Le président du Liban, Michel Aoun, et celui du Parlement, Nabih Merri - respectivement chrétien et chiite comme l'exige la constitution libanaise - ont quant à eux refusé cette démission, estimant qu'elle était inconstitutionnelle, puisque prononcée de l'étranger. «Nous le considérons comme en captivité et détenu», a lâché Michel Aoun le 15 novembre.
La communauté sunnite, à laquelle doit appartenir le premier ministre, réclame aussi dans sa majorité le retour de Saad Hariri. «Il s'est formé une très large unité au sein de la population libanaise et notamment autour du parti de la famille Hariri, dont seules quelques voix dissidentes ont nié la situation du premier ministre», explique au Figaro Gérard Corm, professeur à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth et ancien ministre libanais des Finances. Pour Raphaël Gourrada, membre du Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO), la «troïka présidentielle» [l'équilibre confessionnel des pouvoirs entre le président, le premier ministre et le parlement, NDLR] a résisté et, même s'il existe «une cacophonie entre les alliés d'Hariri, les élites ne sont pas tombées dans le panneau».

● Pourquoi le pouvoir saoudien fait pression sur Beyrouth
Depuis sa création en 1982, le Hezbollah chiite est la bête noire de Riyad puisque le «Parti de Dieu», en arabe, est l'allié indéfectible de l'Iran. Mais, «depuis deux ans, l'Arabie saoudite avait lâché du lest au Liban, acceptant même l'alliance entre Michel Aoun, partisan d'un rapprochement avec le Hezbollah, et Saad Hariri, qui acceptait de devenir son premier ministre», explique Raphaël Gourrada. Cette page se tourne avec «MBS» qui, devenu en juin dernier le nouveau prince héritier saoudien, soutient une diplomatie beaucoup plus offensive dans la région. «Quoi de mieux pour celui qui se veut l'homme fort de Riyad que de brandir la menace de l'Iran?», commente le chercheur.
Après la guerre saoudienne au Yémen contre les rebelles Houthissoutenus par Téhéran et le blocus saoudien contre le Qatar, accusé par Riyad de se rapprocher de l'Iran, Mohammed ben Salmane chercherait en forçant la démission de Saad Hariri à faire tomber le gouvernement libanais d'union nationale, qui comprend des représentants du Hezbollah. La manœuvre est risquée. Pour Pierre Berthelot, chercheur à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), «BMS est coincé car les sunnites ne sont pas en mesure de rivaliser par les armes avec le Hezbollah». Depuis la fin de la Guerre civile, tous les groupes armés ont été désarmés au Liban, sauf la puissante organisation chiite qui fait l'objet d'«une vénération dans le Sud pour sa lutte contre Israël» et qui a «l'appui de beaucoup de chrétiens depuis son accord avec le président Aoun l'année dernière», ajoute Raphaël Gourrada. «L'affaire Hariri se retourne en fait contre l'Arabie saoudite qui l'a manigancée et apporte indirectement de l'eau au moulin du Hezbollah», lâche l'ancien ministre Gérard Corm.

● Quelle issue à la crise?
Dans une seconde intervention télévisée le 12 novembre, Saad Hariri a nuancé ses propos et a déclaré qu'il allait «très bientôt rentrer dans son pays». Le dirigeant sunnite a même pu laisser croire qu'il pourrait revenir sur sa démission. «Si Hariri revenait, sera-t-il complètement libre de reprendre ses fonctions?», se demande Pierre Berthelot. Saad Hariri est aussi un homme d'affaires. Son groupe Saudi Oger connaît des difficultés financières. «On peut imaginer une forme de chantage des Saoudiens», ajoute le chercheur.
«Riyad a réussi à diviser les sunnites. Ceux qui exigent un dirigeant plus dur vis-à-vis du Hezbollah, comme l'ancien ministre de la Justice, Achraf Rifi, sont en position de force», commente Pierre Berthelot. «Mais au Liban, il faut toujours un compromis: si les sunnites choisissent un profil moins modéré que Saad Hariri, les chiites et beaucoup de chrétiens s'y opposeront», ajoute le chercheur qui estime qu'un premier ministre intérimaire pourrait être nommé, en attendant les élections législatives de juin prochain.

● Quelle place pour la France dans la résolution de la crise?
Emmanuel Macron, qui a rencontré le prince héritier saoudien dès le 9 novembre après un voyage aux Émirats Arabes Unis, a été très actif depuis le début de l'affaire Hariri. Par un mandat de la Société des Nations reçu en 1920, la France a administré le Liban jusqu'à son indépendance en 1943. «Par ses liens historiques et culturels, la France jouit d'une place privilégiée au Liban et joue traditionnellement un rôle de médiateur dans les négociations politiques», note Raphaël Gourrada, qui qualifie de «victoire diplomatique» la proposition d'Emmanuel Macron d'accueillir quelques jours Saad Hariri à Paris.
«Paris contribue à la désescalade, mais ce sera vraiment une victoire diplomatique quand la crise sera résolue, ce qui est encore loin d'être le cas», modère Pierre Berthelot qui note que «Mohammed ben Salmane a sans doute voulu adresser un signe de bonne volonté». «Paris a tout intérêt à calmer les ardeurs du prince héritier saoudien, car plus la crise s'envenime, plus elle sera pressée par Riyad de choisir son camp», ajoute-t-il. Pour le chercheur de l'IPSE, la France dispose à l'échelle locale libanaise d'une indéniable influence, mais connaît aussi ses limites à l'échelle de tout le Moyen-Orient. «Paris pourrait privilégier une action concertée avec d'autres pays», conclut Pierre Berthelot, évoquant la Russie et les États-Unis. «La Russie, peut-être plus que les États-Unis», abonde Raphaël Gourrada car «Washington a réduit mécaniquement son influence en se mettant à dos l'Iran».

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Marrakech, plaisirs augmentés au Royal Mansour (14.11.2017)
Mis à jour le 15/11/2017 à 08h00 | Publié le 14/11/2017 à 16h50

L'hôtel du roi s'agrandit et propose des visites exclusives dans la médina.
De notre envoyée spéciale à Marrakech
Véritable mirage au cœur de Marrakech, le «jardin» réenchante l'environnement du Royal Mansour. D'inspiration arabo-andalouse, l'espace verdoyant fait écho aux traditionnels grands jardins de la ville et aux paysages agricoles du Maroc. Luis Vallejo a réaménagé ce 1,5 ha à l'ombre du palais, en le livrant au tintement des cours d'eau et aux fragrances de jasmin, de daturas et de fleurs d'oranger. Une trame d'oliviers borde la muraille et ponctue les chemins. Çà et là, palmiers, grenadiers, dattiers donnent à l'ensemble une force vertigineuse. La nouvelle piscine, de 600 m2, occupe le cœur de cette oasis. Elle est entourée de sept pavillons de 45 à 80 m2, réservables à la journée pour ceux qui souhaitent profiter de soins et se restaurer de façon plus intime. Les murs sont recouverts d'un effet pisé: on croirait l'ensemble surgi des sables. De confortables sofas semés de coussins multicolores s'offrent autant à l'ombre des arbres qu'aux rayons du soleil. Dans une ambiance musicale élégamment balnéaire créée par Béatrice Ardisson, le visiteur nage autour d'une île imaginaire dont chaque rivage l'appelle. De l'autre côté du jardin, le nouveau restaurant propose une carte bucolique en harmonie avec le cadre: ceviche parfumé, salades bio et légumes cuits en croûte de paille, fondants et sucrés à souhait.
À quelques minutes à pied de la place Djema'a el-Fna et à l'ombre de la magnifique mosquée Kutubiyya, l'hôtel est infiniment silencieux
Avant les tentations de ce jardin, tout juste éclos, certains auraient pu se sentir enfermés dans cette bulle dorée qu'est le Royal Mansour. Pour autant, la médina miniature couleur ocre que le roi du Maroc a fait édifier il y a maintenant sept ans garde intact son pouvoir mystérieux. Sans poussière ni klaxons, à quelques minutes à pied de la place Djema'a el-Fna et à l'ombre de la magnifique mosquée Kutubiyya, l'hôtel est infiniment silencieux. Un labyrinthe de galeries souterraines permet au personnel de circuler et d'apparaître comme par magie dans chacun des cinquante-trois riads. Ces bâtisses construites sur trois niveaux se referment sur le visiteur comme l'écrin sur le diamant: organisés autour d'un patio central, pourvues de terrasses qu'agrémentent bassins et cheminées extérieures, elles surplombent un salon richement meublé et des chambres capitonnées dont on ne voudrait jamais sortir. Les zelliges, ces carreaux d'argile émaillés, recouvrent les murs, les luminaires ajourés du décorateur Yahya tamisent les espaces. Heureusement, l'attrait de La Grande Table Marocaine, sur laquelle Yannick Alléno explore magistralement la richesse du terroir, est certain. On goûte avec délectation à l'épaule d'agneau fondante.
Plus loin, le spa d'un blanc pérenne se déploie autour d'une vasque remplie de roses odorantes. Rkia, l'une des onze thérapeutes qui masse pieds nus pour étendre ses racines, a le don d'évacuer les énergies négatives.

Dans la bulle dorée du Royal Mansour. - Crédits photo : Royal Mansour Marrakech
Difficile de se soustraire à un tel sortilège. Pourtant, le Royal Mansour propose une escapade qui mérite d'être vécue. Départ en side-car, à travers la médina. Destination: l'atelier-résidence de Serge Lutens. Cette maison inhabitée, dont la visite est ouverte aux seuls clients de l'hôtel, est le secret le mieux gardé de la ville. Le fameux parfumeur, âgé de 76 ans aujourd'hui, a bâti ici au cours des quarante dernières années un édifice baroque et profond qui semble enfoui dans la terre de la médina. On y respire autant qu'on y regarde les parois de brique enduite, les plafonds en nid d'abeille or et marron, les patios labyrinthiques et les couloirs exigus dont la dentelle semble s'étendre sur plusieurs hectares. Au premier étage se découvre, comme le cœur de cet organisme vivant, la pièce où le maître parfumeur conserve ses fragrances. Dans des armoires profondes, de simples Tupperware abritent les essences de bois de cèdre, de cendre, de fleurs multiples et des centaines d'autres parfums, prêts à être assemblés. Cette maison est enivrante comme l'art de Genet et celui des peintres orientalistes auquel elle donne asile.

Royal Mansour, à partir de 1 000 € la nuit, à deux avec le petit déjeuner. Visite de l'atelier Serge Lutens, à partir de 622 €. Spécial Leading Hotels of the World (LHW), séjour«Mon Marrakech by Yves Saint Laurent»: 2 nuits avec petits déjeuners, accès au nouveau Musée Yves Saint Laurent, au Musée berbère et au Jardin Majorelle, dîner à La Grande Table Marocaine, accueil et transferts VIP, à partir de 2350 € pour deux. Tél.: 00 212 529 80 80 80 et royalmansour.secretbox.fr

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Une planète de la taille de la Terre découverte à 11 années-lumière (16.11.2017)
Publié le 16/11/2017 à 19h00

Un télescope européen installé au Chili a découvert une planète comparable à la Terre, autour d'une des étoiles les plus proches du Soleil.
Un télescope de l'observatoire austral européen (ESO) au Chili a fait une bien belle découverte: une planète rocheuse d'une taille comparable à celle de la Terre tournant autour de l'étoile Ross 128, extrêmement proche de notre Soleil, à seulement 11 années lumière. Et en plus, cette nouvelle terre orbite dans la zone dite habitable autour de son étoile, à une distance où la température est assez tempérée pour permettre l'existence d'eau sous forme liquide, un prérequis à l'apparition de la vie telle qu'on la connaît sur Terre.
C'est la deuxième planète de type «terrestre» la plus proche de nous, derrière Proxima b, découverte autour de Proxima du Centaure, à seulement 4 années lumières.
«C'est une très belle cible pour la recherche de traces de vie ailleurs dans l'univers, et la prochaine génération de télescope géant comme l'ELT européen en construction au Chili devrait être capable de l'observer directement et nous donner des informations sur la composition de son atmosphère», s'enthousiasme Xavier Bonfils, chargé de recherche à l'Institut de Planétologie et d'Astrophysique de Grenoble (Université Grenoble-Alpes/CNRS) et premier auteur de la publication qui décrit la découverte dans la revue Astronomy & Astrophysics.
La nouvelle planète au nom de code Ross 128b est un peu plus lourde que la Terre: sa masse est au moins 35% plus grande, ce qui fait qu'elle est très probablement rocheuse. La quantité de lumière qu'elle reçoit de son étoile fait qu'elle doit avoir une température de surface «tempérée», proche de ce qu'on connaît sur Terre, entre -60°C et 20°C.
Malgré les similarité avec notre Terre, l'étoile autour de laquelle tourne Ross 128b est tout de même très différente de notre Soleil. C'est en effet un tout petit astre, une naine rouge, qui est très peu lumineuse et peu chaude. C'est pour cette raison que la planète peut avoir une température «tempérée» alors qu'elle est 20 fois plus proche de son étoile que ne l'est la Terre du Soleil, et en fait le tour en seulement 9,9 jours. Point positif pour les chances d'y trouver de la vie, la petite étoile est très stable, sans éruptions visibles qui pourraient disperser son atmosphère, contrairement à Proxima b, plus proche mais dont l'étoile est moins «calme».
«Nous ciblons spécifiquement ces petites étoiles, qui sont très nombreuses et nous donnent les meilleures chances, avec la technique de détection que nous utilisons, de trouver des exoplanètes de la taille de la Terre,» explique Xavier Bonfils. Et malgré cela, la détection n'a pas été évidente. «Cela fait 15 ans qu'on observe cette étoile avec le spectrographe HARPS monté sur le télescope de 3,60 m de la Silla au Chili. Et il a fallu cumuler de nombreuses observations et améliorer notre technique de traitement des données» rapporte l'astrophysicien français.

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Journaliste au Figaro - Rubriques Sciences, Santé et Environnement
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