mercredi 15 novembre 2017

Islamisme et politique (12.11.2017)

Le patron de la DGSI au Figaro : «La volonté de Daech de nous attaquer est intacte» (12.11.2017)
Schiappa : l'âge minimal du consentement sexuel à "13 ou 15 ans" (12.11.2017)
Nîmes: un homme soupçonné d'avoir incendié 60 véhicules (13.11.2017)
La DGSI se métamorphose et monte en puissance (12.11.2017)
Hollande défend le secrétariat d'État à l'aide aux victimes supprimé par Macron (13.11.2017)
Les conditions de détention de Salah Abdeslam ont été légèrement assouplies (13.11.2017)
Attentats du 13 novembre : les victimes hantées par leur mémoire (11.11.2017)
Un paysan sauve ses cultures d'un virus dévastateur… grâce à la musique ! (13.11.2017)
Trump se rapproche de Duterte (12.11.2017)
Le Liban fragilisé par le jeu de Riyad (12.11.2017)
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Californie: fusillade dans une école, 5 morts (14.11.2017)
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Prières de rue à Clichy : bataille judiciaire avant la médiation de jeudi (14.11.2017)


Le patron de la DGSI au Figaro : «La volonté de Daech de nous attaquer est intacte» (12.11.2017)
Par Jean Chichizola et Christophe CornevinMis à jour le 13/11/2017 à 09h23 | Publié le 12/11/2017 à 18h01
EXCLUSIF - Laurent Nuñez, nommé en juin 2017, livre son premier grand entretien. Il souligne que la propagande de l'État islamique fait toujours de la France un objectif majeur.
Le 13 novembre 2015, des commandos terroristes envoyés par l'État islamique tuaient 130 personnes et en blessaient des centaines d'autres, à Paris et à Saint-Denis. Ce lundi, le chef de l'État, Emmanuel Macron, se rend sur les lieux des attentats. Son prédécesseur, François Hollande, sera également présent. À l'heure où la France se souvient, le directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), Laurent Nuñez, nommé en juin 2017, livre son premier grand entretien en exclusivité pour Le Figaro. Chef de file de la lutte antiterroriste en France, il s'inquiète notamment d'une menace interne à l'Hexagone utilisant des moyens de plus en plus sophistiqués. Sans écarter le risque d'un commando aguerri projeté depuis la zone syro-irakienne.
LE FIGARO. - Au printemps 2016, votre prédécesseur, Patrick Calvar, avait considéré devant la commission de la défense de l'Assemblée nationale que «la France est aujourd'hui, clairement, le pays le plus menacé». Est-ce toujours le cas aujourd'hui?
Laurent NUÑEZ. - La menace visant la France reste en effet très forte, comme en témoigne la propagande de Daech. Le bruit de fond de cette menace est permanent. Ce qui nous préoccupe, ce sont toujours des projets d'attaques terroristes préparées par des équipes encore implantées dans les zones de combats, en Syrie et en Irak. Cette menace exogène, sur laquelle nous consacrons beaucoup de moyens, reste à nos yeux très sérieuse. Au cœur de nos préoccupations, elle se trouve liée à la capacité qu'a encore l'État islamique - mais aussi al-Qaida, qu'il ne s'agit pas d'oublier - de projeter un commando sur le territoire français pour commettre un attentat.
Nous savons que la volonté des djihadistes de passer à l'action est intacte. Toute la question est de savoir s'ils ont encore la capacité de le faire. Daech est en train de se déliter et nombre de ses combattants ont été tués sur zone, parmi lesquels figurent 281 Français répertoriés comme «présumés morts». Selon un dernier état des lieux, 686 hommes et femmes de nationalité française ou ayant résidé sur le territoire sont recensés sur zone, à laquelle il convient d'ajouter 500 enfants.
Plus récemment, le 18 octobre dernier, dans son discours sur la sécurité intérieure, Emmanuel Macron déclarait que le niveau de la menace terroriste est «durablement élevé», «de plus en plus endogène». Les attaques de type «low-cost» vont-elles continuer à se multiplier?
Le risque d'un passage à l'acte endogène est effectivement notre deuxième sujet de préoccupation. Il demeure élevé. Comme il n'y a quasiment plus de départs sur zone, la tentation est en effet forte chez certains qui adhèrent à l'idéologie de Daech, voire qui prêtent allégeance, de passer à l'acte avec des moyens rudimentaires, une arme blanche avec un effet très traumatisant comme à Marseille ou une voiture bélier pour faire le maximum de victimes, comme à Nice. La propagande de Daech est très active pour inciter ces individus à frapper là où ils vivent. Cette montée en puissance est constatée à travers toute l'Europe. Par rapport à 2015, nous assistons en outre à une certaine forme de professionnalisation de cette mouvance.
C'est-à-dire?
«Tout ce qui se passe sur les théâtres d'opérations est transposable sur notre territoire»
Laurent Nuñez
Au cours de l'année écoulée, nous avons mis au jour des tentatives d'attentats avec du TATP (explosif très utilisé par les terroristes islamistes, NDLR). Ces méthodes ont été employées lors de l'attentat de Manchester en mai dernier ou lors des attaques de Barcelone, où les terroristes voulaient confectionner plusieurs centaines de kilos d'explosifs. À l'occasion des démantèlements de laboratoires à Marseille ou encore à Villejuif, nous avons par ailleurs découvert des tutoriels téléchargés sur des sites de l'État islamique.
Désormais, les engins découverts sont assez sophistiqués, à l'image de la bombe artisanale reliée à des téléphones portables et retrouvée au pied d'un immeuble de la rue Chanez, à Paris. À ce stade, l'hypothèse d'une attaque à la voiture piégée ou d'un attentat kamikaze ne peut être exclue, même si nous n'avons pas encore détecté de tels projets. Tout ce qui se passe sur les théâtres d'opérations est transposable sur notre territoire. Nous pouvons enfin craindre l'envoi de tutoriels très aboutis permettant à des «novices» de suivre une formation accélérée à la fabrication et l'usage d'explosif. Ce type de mode opératoire, exportable n'importe où, suscite toute notre attention.
Avec les déboires que rencontre Daech dans les zones de combat, doit-on toujours craindre un retour de «revenants»?
«Actuellement, le scénario privilégié n'est pas celui d'un retour massif»
Laurent Nuñez
À ce jour, 244 hommes et femmes sont revenus, ainsi que 58 enfants. Les adultes, pour la plupart placés sous main de justice, sont tous suivis par la Direction générale de la sécurité intérieure. Les mineurs sont pris en charge par un dispositif d'assistance éducative mis en place après bilan psychologique. Actuellement, le scénario privilégié n'est pas celui d'un retour massif. Le robinet s'est tari: depuis janvier, 9 cas de retour ont été répertoriés, dont les deux tiers sont des femmes accompagnées d'un ou plusieurs enfants. Nous sommes désormais face à des combattants assez déterminés à rester sur les zones de repli de l'État islamique, dans l'hypothèse d'être projetés en Malaisie, en Indonésie ou en Afghanistan.
Mais il faut pour autant échanger en permanence entre les services pour éviter tout angle mort. C'est tout l'intérêt de la cellule Allat, spécialisée dans la lutte antiterroriste, qui réunit à la DGSI l'ensemble des représentants des services du premier cercle (Direction générale de la sécurité extérieure, Direction du renseignement militaire, Direction du renseignement et de la sécurité de la défense, Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, Tracfin) mais aussi du deuxième cercle tel que le Renseignement territorial ou pénitentiaire. Chacun a accès à ses bases de données et les informations sont croisées en temps réel. Nous nous coordonnons aussi avec tous les services de renseignement intérieur des pays étrangers. La DGSI compte près de 160 liaisons qui permettent notamment de «tracer» les passages des «returnees» de chaque pays. Nous ciblons des Français et des étrangers pouvant être projetés chez nous.
Les femmes et les enfants, volontiers comparés à des «bombes humaines», représentent-ils une menace?
Un certain nombre de Françaises ont épousé l'idéologie de l'État islamique. Certaines femmes ont participé aux combats ou à des actions suicides sur zone. Une propagande assez récente de Daech invite les femmes à participer aux actions. Sur notre territoire, nous avons déjoué des attentats conçus, voire mis en œuvre par des jeunes femmes, comme aux abords de Notre-Dame de Paris en septembre 2016. Pour les mineurs, nous savons que des adolescents ont participé aux combats tandis que les plus jeunes présentent d'inquiétants traumatismes qu'il sera impératif de traiter pour éviter tout passage à l'acte ultérieur. Des dispositifs interministériels sont mis en place en ce sens.
«Le risque zéro n'existe pas. Si on ne pourra jamais écarter l'hypothèse d'un attentat, par exemple celle d'un individu isolé répondant à la propagande de Daech et passant à l'action avec des moyens rudimentaires, nous faisons tout pour réduire la menace»
Laurent Nuñez
Les attentats du 13 novembre 2015 ont montré que les terroristes se jouaient des frontières européennes. Qu'est-ce qui a changé depuis?
Ce qui a changé, c'est une coopération très renforcée des services de renseignement intérieur dans un cadre intergouvernemental, bilatéral et multilatéral. Au sein du «groupe antiterroriste» (réunissant les services des pays de l'UE, la Suisse et la Norvège), nous échangeons des renseignements en permanence. Ce groupe dispose d'une plate-forme opérationnelle à La Haye depuis 2016 et il a une base de données avec tous les individus suspects. C'est informel et cela fonctionne très bien. C'est la même chose avec les autres grands partenaires étrangers. Il y a quinze jours, nous avons échangé avec un État du nord de l'Afrique des informations sur des objectifs communs, ce qui a permis d'interpeller des individus ayant des projets terroristes dans ce pays et dont l'un voulait venir en France pour commettre un attentat.
En juillet dernier, la DGSI suivait environ 2000 suspects liés au contentieux syrien. Le nombre et la nature des «cibles» ont-ils depuis lors évolué?
Il s'agit des «velléitaires», qui voulaient ou veulent partir, et des individus présents dans la zone syro-irakienne. Les 4 000 objectifs que nous suivons et qui sont intégrés dans le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, incluent bien sûr ceux-là. Quant aux profils, ils vont de l'enfant de 13 ans voulant commettre un attentat à des quinquagénaires, «vétérans» déjà condamnés par la justice française…
Treize attentats ont été déjoués depuis janvier, certains avec beaucoup de chance. Peut-on garantir une sanctuarisation du pays?
Le risque zéro n'existe pas. Si on ne pourra jamais écarter l'hypothèse d'un attentat, par exemple celle d'un individu isolé répondant à la propagande de Daech et passant à l'action avec des moyens rudimentaires, nous faisons tout pour réduire la menace.
Quel est le bilan opérationnel de la DGSI?
Depuis le début des filières syro-irakiennes, en 2013, 46 attentats ont été déjoués, 17 ont échoué et 10 ont eu lieu. La DGSI a procédé à 798 gardes à vue dans 581 dossiers judiciaires. 357 personnes ont été écrouées et 115 placées sous contrôle judiciaire.
Comment relever les défis technologiques, en particulier ceux du chiffrement et du big data?
«La sécurité des Français ne supportera aucune guerre d'ego»
Laurent Nuñez
Le premier défi, pensé par mon prédécesseur Patrick Calvar et que je reprends à mon compte, est de créer un outil d'exploitation unique des données au sein de la DGSI, qui nous permettra de les croiser totalement et beaucoup plus rapidement. Savoir, par exemple, très vite; à partir d'un numéro de téléphone, dans quel dossier il apparaît et le relationnel de son possesseur. Deuxième défi: maintenir une capacité pour aller chercher le renseignement, développer nos techniques autorisées par la loi de juillet 2015 (la sonorisation, la captation de données informatiques, les Imsi-catchers…). Nous y travaillons avec les autres services français sous l'égide de la coordination nationale du renseignement.
Le président de la République a voulu cette coordination totale et confiante entre nous tous. C'est aujourd'hui une réalité. Au-delà des contacts quotidiens avec le ministre de l'Intérieur et son cabinet, je m'entretiens plusieurs fois par jour avec le directeur de la DGSE, Bernard Émié, ou avec le coordonnateur national, Pierre de Bousquet de Florian. Ils sont devenus des partenaires quotidiens et, au-delà, des amis. La sécurité des Français ne supportera aucune guerre d'ego. Le troisième défi, c'est l'action impulsée par le chef de l'État et le gouvernement auprès des grands opérateurs pour obtenir leur totale coopération, dans des conditions juridiques bien précises et dans un cadre judiciaire. Il nous faut mieux travailler avec les opérateurs.
Êtes-vous inquiet de la radicalisation des extrémistes de gauche et de droite?
Dans le contexte de montée en puissance de l'islam radical, des groupuscules d'extrême droite peuvent se structurer pour constituer des milices, passer à l'action, notamment contre des musulmans. Un groupe récemment démantelé dans le Sud-Est ciblait des mosquées ou des lieux festifs. Ces mouvances sont divisées et éclatées, mais il faut les suivre et se garder de «loups solitaires» comme le Norvégien Breivik. Pour l'ultragauche, on constate une montée en puissance s'appuyant sur les mouvements de rue.
Diverses mouvances - anarcho-autonomes, antifas… - se sont structurées et commettent des exactions, s'en prennent aux policiers de manière systématique et théorisée (rejet des institutions, volonté d'en découdre avec l'État). Il y a aussi des incendies de véhicules, de gendarmeries, ou visant de grands groupes publics et parapublics. Sans oublier les connexions avec des groupes étrangers, comme on l'a vu pendant le G20 à Hambourg, où des Français ont été interpellés lors des attaques de Black Blocs. Comme sur tous les autres sujets, mes collaborateurs veillent. Je veux saluer leur engagement, leur dévouement sans faille pour la sécurité de nos concitoyens qui fait ma fierté d'être leur chef.

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Schiappa : l'âge minimal du consentement sexuel à "13 ou 15 ans" (12.11.2017)
  • Par  Le Figaro.fr avec AFP 
  • Mis à jour le 13/11/2017 à 12:29 
  • Publié le 12/11/2017 à 18:48
L'âge de présomption de non-consentement des mineurs, seuil en dessous duquel un enfant ne pourrait être considéré comme sexuellement consentant, est "en train d'être débattu" et se situera entre "13 et 15 ans", a indiqué dimanche la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.
Interrogée sur BFMTV sur l'acquittement récent par une cour d'assises d'un homme jugé pour le viol d'une jeune fille de 11 ans, Marlène Schiappa a répondu qu'"en tant que membre du gouvernement", elle ne pouvait "pas réagir à des décisions de justice".
"Néanmoins dans la loi contre les violences sexistes et sexuelles (que le gouvernement veut proposer en 2018, ndlr), nous avons identifié trois volets, dont celui de la création d'un seuil de présomption de non-consentement irréfragable", a-t-elle ajouté.
Cela consistera à inscrire dans la loi le fait "qu'en dessous d'un certain âge, on considèrerait qu'il ne peut pas y avoir débat, jamais, sur le consentement sexuel d'un enfant, et que tout enfant en dessous d'un certain âge serait d'office considéré comme violé ou agressé sexuellement". "L'âge est un sujet qu'on est en train de débattre. Le Haut conseil à l'égalité préconise 13 ans, des parlementaires 15 ans, des experts aussi. Il faut regarder l'âge médian européen, l'âge de la maturité affective. Cela se jouera entre 13 et 15 ans", a-t-elle précisé.
Interrogée sur la question sur RTL ce lundi, la ministre de la Justice Nicole Belloubet a aussi jugé "envisageable" d'établir à 13 ans l'âge en deçà duquel le consentement du mineur n'est pas censé exister. "Il me semble que l'âge de 13 ans est quelque chose que l'on pourrait tout à fait retenir", a-t-elle dit.
Un rassemblement prévu mardi
Plusieurs décisions de justice récentes ont rouvert le sujet de la mise en place d'un âge en dessous duquel le consentement d'un enfant ne peut être présumé, ce qui n'existe pas en France contrairement à d'autres pays européens. Des parlementaires ont également déposé des propositions de loi en ce sens.
Dans un communiqué, l'association féministe Les Effronté-e-s regrette dimanche que "la justice (ait) tranché qu'une enfant de 11 ans a pu consentir à un rapport sexuel désiré avec un inconnu qui l'a abordée et entrainée vers un parc" et demande la fixation d'"un âge minimal à 15 ans". Avec d'autres associations, elle appelle à un rassemblement "mardi à 18H30 devant le ministère de la Justice".
Les deux autres volets du projet de loi annoncé par le gouvernement comprendront un allongement du délai de prescription des crimes sexuels sur les mineurs, qui pourraient déposer plainte jusqu'à 30 ans après leur majorité contre 20 ans actuellement, et une verbalisation du harcèlement de rue. Une concertation a été lancée auprès des acteurs du secteur (policiers, magistrats...) et des citoyens.
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Nîmes: un homme soupçonné d'avoir incendié 60 véhicules (13.11.2017)
  • Par  Le Figaro.fr avec AFP 
  • Mis à jour le 13/11/2017 à 16:52 
  • Publié le 13/11/2017 à 16:38
Un homme a été interpellé hier et placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte après la dégradation d'une soixantaine de véhicules, incendiés ou endommagés, au cours de la nuit précédente, a-t-on appris de source policière.
Au total, 34 véhicules ont été incendiés et 26 autres ont eu, soit des vitres brisées, soit des pneus crevés dans la nuit de samedi à dimanche dans le quartier nîmois de Gambetta, a précisé la direction départementale de la sécurité publique du Gard.
Un homme a été arrêté et placé en garde à vue dimanche après-midi, a-t-on indiqué de même source, sans plus de précision. Sa garde à vue était toujours en cours lundi.

La DGSI se métamorphose et monte en puissance (12.11.2017)
Par Jean Chichizola et Christophe CornevinMis à jour le 12/11/2017 à 19h54 | Publié le 12/11/2017 à 19h24
Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, accorde une importance toute particulière au développement des moyens humains et matériels de cette structure stratégique.
Depuis sa création en 2014, la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure), installée sur un site ultrasécurisé à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, est montée en puissance en recrutant près de 1200 personnes pour atteindre un effectif total de 4368 agents à la fin 2018. Soit un bond remarquable de + 36% en cinq ans! L'effort, qui devrait se poursuivre à compter de 2019, montre toute l'importance accordée au sommet de l'exécutif et en particulier par le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, à cette structure stratégique.
Une population de plus en plus diverse
Face à la complexité des problèmes et des menaces traités, un subtil rééquilibrage a été amorcé en son sein pour renforcer le contingent des contractuels non issus de la police nationale. Aux côtés de 70% des policiers qui ont vocation à rester majoritaires, les contractuels constituent désormais 14 % des effectifs tandis que le personnel administratif et technique forme les 16 % restant notamment pour muscler les fonctions «supports».
«Diplômés des facultés, d'écoles scientifiques ou encore de Sciences Po, les impétrants montrent un fort attrait pour les outils parfois peu ordinaires mis à la disposition du service»
La DGSI
Pour gérer cette crise de croissance, la DGSI entend développer des extensions immobilières et veiller à la cohésion d'une population de plus en plus diverse où se mêlent des enquêteurs chevronnés, des techniciens et informaticiens triés sur le volet, des analystes, des jeunes «geeks» ou encore des linguistes. Confrontée à certaines difficultés d'habilitations, notamment pour les «arabisants» très recherchés, la DGSI applique des protocoles de sécurités très stricts. Objectif? Détecter d'éventuelles vulnérabilités et s'assurer de la parfaite loyauté de ses collaborateurs.
Si la sélection est forte, les candidats ne manquent pas. «Diplômés des facultés, d'écoles scientifiques ou encore de Sciences Po, les impétrants montrent un fort attrait pour les outils parfois peu ordinaires mis à la disposition du service. Ils sont aussi motivés par l'idée de participer à la protection de l'intérêt général en luttant contre tout ce qui nuit aux intérêts fondamentaux de la nation», précise-t-on à la DGSI dont le logo - le symbole de la France entourée par des cercles protecteurs - résume à lui seul son essence et ses desseins. Enfin, les parcours de carrières permettent d'évoluer au sein de la communauté du renseignement, où des passerelles sont notamment tendues avec la DGSE. Enfin, la DGSI a formé plusieurs centaines d'agents en interne pour répondre au défi juridique lié à l'instauration de la loi renseignement qui légalise l'emploi d'indispensables outils intrusifs, notamment pour piéger les domiciles et capter des données. La métamorphose du renseignement intérieur ne fait que commencer.

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Hollande défend le secrétariat d'État à l'aide aux victimes supprimé par Macron (13.11.2017)
LE SCAN POLITIQUE - L'ancien président de la République a vanté la création du secrétariat d'État chargé de l'aide aux victimes mis en place après les attentats de 2015. Sa suppression annoncée par Emmanuel Macron l'été dernier suscite toujours des critiques.
La création d'un secrétariat d'État chargé de l'aide aux victimes moins de trois mois après les attentats de Paris du 13 novembre 2015 avait été perçue comme un geste fort de François Hollande. Finalement, le dispositif aura eu une courte vie. Arrivé à l'Elysée, Emmanuel Macron a fait le choix de ne pas le reconduire. Invité sur France 2 dimanche, l'ancien chef d'État a tenu à défendre la création de ce portefeuille gouvernemental. «Il fallait qu'on puisse coordonner, accueillir, informer et puis aussi faire changer un certain nombre de procédures», a-t-il affirmé dans l'émission Vivement Dimanche où il était invité pour promouvoir le livre de la journaliste et rescapée du Bataclan, Caroline Langlade, dont il a signé la préface.
Pour François Hollande, le secrétariat d'État chargé de l'aide aux victimes a aussi permis de mettre en place «des soins physiques quand c'était nécessaire et des soins psychologiques. Même quand on n'a pas été blessé dans sa chair, on l'est dans son cerveau, dans son esprit. Il était donc légitime que l'on puisse accompagner ces personnes et assez longtemps.» Sa suppression moins de deux ans plus tard par Emmanuel Macron arrive-t-elle donc trop vite? «Dans les compositions du gouvernement, ça peut changer, moi je voulais traiter l'urgence», a balayé François Hollande, prenant le soin d'éviter toute polémique.
Une déléguée interministérielle a remplacé la secrétaire d'État
En revanche, la disparition du secrétariat d'État passe mal du côté des victimes. Beaucoup regrettent désormais un manque d'accompagnement de l'État. «On avait au moins un interlocuteur avec le secrétariat d'État aux victimes. Là, on n'en a plus. (...) Deux ans après, si on ne relance pas, on est oubliés», regrettait amer un rescapé du Bataclan lundi sur France Info. Présent lundi matin devant la salle de spectacle parisienne pour un moment de recueillement en présence d'Emmanuel Macron, il a expliqué ne pas vouloir saluer le chef de l'État: 0«Je n'ai pas envie de lui serrer la main».
En actant la suppression du secrétariat d'État lors de la cérémonie d'hommage aux victimes de l'attentat de Nice le 14 juillet dernier, Emmanuel Macron avait toutefois assuré que «tout serait maintenu» dans l'aide aux victimes. Le chef de l'État avait alors nommé Élisabeth Pelsez, ancienne conseillère au ministère de la justice, comme déléguée interministérielle en charge de ces questions. Pas suffisant à en croire les victimes du 13 novembre.
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Les conditions de détention de Salah Abdeslam ont été légèrement assouplies (13.11.2017)
INFOGRAPHIE - Le dernier membre encore en vie du commando djihadiste du 13 novembre 2015 est incarcéré à Fleury-Mérogis depuis plus d'un an. Détenu le plus surveillé de France, il ne parle pas.
Salah Abdeslam est incarcéré à Fleury-Mérogis depuis le 27 avril 2016. Le seul membre encore en vie du commando du 13 novembre 2015 est surveillé vingt-quatre heures sur vingt-quatre et maintenu à l'isolement. Depuis le début de son incarcération, Salah Abdeslam est muré dans le silence. À tel point que ses avocats, le Français Frank Berton et le Belge Sven Mary, avaient finalement renoncé à le défendre, convaincus «qu'il ne s'exprimerait pas». Selon nos informations, le terroriste de 28 ans reste prostré pendant des heures et ne parle plus à personne. Il passe ses journées à récurer sa cellule et à nettoyer ses aliments. Il serait en train de se forger un personnage de «héros noir», selon un avocat des parties civiles. Au point de recevoir en prison des courriers de la part d'anonymes, certains louant ses actions, auxquels il lui est arrivé de répondre.
Les conditions de détention de Salah Abdeslam ont été légèrement assouplies en raison de la dégradation de son état psychologique. La crainte d'un suicide est grande. «Notre obsession, c'est qu'il puisse être présenté à son procès», avait expliqué sur LCI le 8 novembre Nicole Belloubet, ministre de la Justice. Aucune date n'est pour l'heure connue, mais vraisemblablement pas avant fin 2019 ou 2020.
Auparavant, Salah Abdeslam était placé dans un isolement strict, sans aucun contact sonore ou visuel avec l'extérieur. Depuis, le plexiglas qui obstruait l'unique fenêtre de sa cellule de 10m2 a été ôté. La vitre qui le séparait de ses visiteurs au parloir a également été retirée avec, en contrepartie, une fouille systématique avant son retour en cellule.
Aucun contact avec les autres détenus
Les mesures de surveillance sont restées inchangées. Jour et nuit, Salah Abdeslam est filmé par des caméras de surveillance et six agents de l'administration pénitentiaire. Il est le seul prisonnier de France à faire l'objet d'une telle mesure. En tout, quatre cellules lui sont consacrées. La sienne, une de rechange en cas de dégradations, une avec un rameur pour faire de l'exercice et un poste de surveillance. Au sein de la plus grande prison d'Europe, le terroriste n'a toujours aucun contact avec les autres détenus. Un espace a même été aménagé pour ses promenades solitaires. Comme tous les autres prisonniers, il peut pratiquer sa religion et dispose d'un tapis de prière ainsi que d'un exemplaire du Coran.
Salah Abdeslam sera jugé à partir du 18 décembre à Bruxelles pour des tirs sur des policiers en mars 2016. Cette fusillade avait précipité la fin des quatre mois de cavale du terroristeLe détenu français a souhaité assister à son procès en Belgique, Bruxelles ayant officiellement demandé à la France qu'il lui soit remis pour être jugé. La réponse de la cour d'appel de Paris est attendue sous peu et il faudra ensuite, le cas échéant, fixer les conditions et les modalités exactes de ce transfèrement. Il pourrait être transporté tous les jours de Fleury-Mérogis à Bruxelles par hélicoptère.
Rien ne dit cependant que Salah Abdeslam coopèrera davantage en Belgique
Salah Abdeslam est l'un des rouages essentiels de la logistique des attentats de Paris. «Il y a toujours des zones d'ombre dans les dossiers. (...) On peut toujours espérer que l'arrestation de certaines personnes, si elles acceptent de coopérer et de parler, puisse apporter des éléments positifs et des clés de lecture supplémentaires pour comprendre tout ce qu'il s'est passé», a déclaré vendredi sur France info François Molins, à la tête du parquet antiterroriste.
L'homme de 28 ans est mis en examen (inculpé) notamment pour assassinats terroristes.
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Attentats du 13 novembre : les victimes hantées par leur mémoire (11.11.2017)
  • Par   Alexis Feertchak 
  • Mis à jour le 13/11/2017 à 11:16 
  • Publié le 11/11/2017 à 05:00
VIDÉO - Deux ans après les attentats qui ont ensanglanté la capitale, de nombreuses victimes souffrent encore d'une mémoire traumatique qui transforme leur vie quotidienne en enfer. Des thérapies existent pour que les rescapés puissent se reconstruire.
Sophie Parra est l'une des 413 personnes blessées lors des attentats du 13 novembre 2015 à Saint-Denis et Paris. Il y a deux ans, cette jeune femme de 33 ans se trouvait dans la fosse du Bataclan. Elle a reçu deux balles dans le corps après que le commando djihadiste a ouvert le feu. Un traumatisme dont elle souffre encore aujourd'hui dans son quotidien. «J'ai eu un parcours chaotique. J'en suis à mon huitième psy», annonce-t-elle. «Les deux premiers psychiatres m'ont mise sous calmants et sous antidépresseurs, mais cela n'aide pas pour la reconstruction», poursuit la jeune femme.
«Je subis ma mémoire»
«Il faut vivre avec ce qu'on a vu. J'ai encore des flashs. Deux ans après, ce sont davantage des détails qui ressortent. C'est une douleur et un cri. Ou l'odeur du sang et la voix des djihadistes quand ils nous ont dit qu'ils faisaient ça pour l'Irak et la Syrie. Leurs visages sont plus flous. Ce sont des ombres», raconte-t-elle, avant de conclure: «Je subis ma mémoire».
Ces résurgences des attentats vécues au quotidien par de nombreuses victimes sont le signe d'une mémoire que les scientifiques nomment «traumatique». Le stress post-traumatique est un calvaire pour ceux qui en souffrent, obligés de trouver des conduites d'évitement pour ne pas subir cette mémoire infernale. «Je ne peux pas prendre le métro ou le RER, je ne vais plus au cinéma ou dans des salles de spectacle. Je me place en fonction des sorties de secours. Je suis aux aguets tout le temps. J'envisage en permanence une attaque», énumère la jeune femme.
«Un passé qui vous envahit»
«Le stress post-traumatique, c'est comme une présence permanente du passé, qui vous envahit», décrypte l'historien Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS, qui a lancé avec le neuropsychologue Francis Eustache, le «programme 13 Novembre» au sein de l'Observatoire B2V des Mémoires. Grâce à cette enquête pluridisciplinaire, qui va durer douze ans, ces chercheurs vont étudier à l'aide de témoignages la manière dont la mémoire se construit après des événements historiques marquants. «Nous avons déjà mené 934 captations vidéos, ce qui représente 1450 heures d'entretiens», précise l'historien.
Un projet scientifique de grande ampleur pour mieux comprendre un trouble qui trouve son explication dans le fonctionnement cérébral. «Normalement, dans notre cerveau, la zone de la rationalité contrôle celle de l'émotion située dans l'amygdale [à ne pas confondre avec les amygdales, dans la gorge, ndlr] et entourée par les deux hippocampes, qui sont les zones de la mémoire», explique Denis Peschanski. «Mais chez les personnes qui souffrent d'un choc traumatique, ce contrôle est inexistant, comme si l'amygdale pédalait sur elle-même et que la zone de l'émotion nous dominait», ajoute-t-il.
«L'idée n'est pas d'oublier l'événement, mais de lui retirer son excès de charge émotionnelle»
Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS
C'est précisément ce qui se passe lorsque les victimes des attentats sont confrontées à des lieux ou des sensations qui leur rappellent le drame vécu. Leur mémoire est alors insoutenable. «Si je pouvais prendre cette partie-là de ma vie et l'effacer, je le ferais», explique Sophie Parra. «L'idée n'est pas d'oublier l'événement, mais de lui retirer son excès de charge émotionnelle», précise Denis Peschanski, qui ajoute: «Il faut pouvoir regarder l'événement, réussir à le renvoyer dans le passé au lieu de l'avoir dans le présent».
Sortir d'une torture sans fin
Les psychotraumatologues mettent en œuvre des thérapies à cet effet. «Au début, nous essayons de canaliser la mémoire traumatique», explique la psychiatre Muriel Salmona, présidente de l'association «Mémoire traumatique et Victimologie». La personne traumatisée doit arriver à comprendre le fonctionnement de sa «mémoire infernale», qui agit «comme une torture sans fin» pour «prendre le pouvoir sur elle». Un effort qui permet aussi de déculpabiliser la victime. Ce qui lui arrive n'est pas de sa faute, le traumatisme n'est pas une punition, mais découle directement du fonctionnement de son cerveau. Un effort qui permet aussi de comprendre que ce dysfonctionnement peut se traiter. «Quand on comprend que l'enfer ne va pas durer toute la vie, on a déjà beaucoup plus de forces», raconte Muriel Salmona.
En pratique, le psychologue accompagne son patient pour décrypter chaque situation où «sa mémoire traumatique s'allume». Quand l'attentat revient à sa mémoire, celui-ci peut alors ne plus le subir. «Un psychologue nous aide à trouver des petits trucs dans la vie quotidienne pour continuer à avancer», confirme Sophie Parra. Pour ceux qui ne parviennent pas à mettre en œuvre ces «dispositifs d'évitement», les conduites addictives comme l'alcool ou la drogue sont souvent un dangereux palliatif, met en garde Muriel Salmona.
Reconstruire une mémoire
La personne traumatisée peut ensuite aborder avec son thérapeute la seconde étape qui s'approche davantage d'une véritable guérison. «Nous essayons de transformer la mémoire traumatique en mémoire autobiographique», explique la psychiatre, qui aide ses patients à «recontextualiser» leur traumatisme. «Les personnes traumatisées ont leur histoire, mais c'est un vécu extrêmement partiel par rapport à l'ensemble de l'événement. Vous êtes sur une terrasse, on vient vous tirer dessus. Ça a duré deux minutes, il y a des morts partout, mais vous n'avez aucune clé d'analyse. Vous en avez pourtant besoin pour que votre histoire ait un sens», ajoute l'historien Denis Peschanski.
Pour le chercheur du CNRS, la mémoire collective est essentielle pour apporter du sens aux différentes mémoires individuelles. «Un aspect essentiel de notre enquête concerne l'interaction entre ces deux niveaux de la mémoire, qui permet justement aux victimes de construire ce sens dont elles ont besoin».
Cette tâche n'est pas évidente car la reconstruction est lente et ne suit pas le rythme politique ou médiatique. Les victimes sont certes écoutées au moment de l'événement et lors des commémorations, mais au-delà, elles se sentent souvent démunies, confrontées parfois à une actualité qui ravive leur douleur. «Je suis en colère quand les médias évoquent celui qui est en prison [Salah Abdeslam, seul suspect des attaques arrêté], qui se plaint de ses conditions de détention», lance Sophie Parra qui ajoute: «Le psychologue nous permet de déverser ce qu'on a à dire en nous écoutant, de façon neutre». «C'est une vraie difficulté. Il faut que la mémoire collective aille au jour le jour dans le sens d'une meilleure reconnaissance de ce que les victimes ont vécu. Il ne faut pas qu'elles tombent dans l'oubli», conclut la psychiatre Muriel Salmona.
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Un paysan sauve ses cultures d'un virus dévastateur… grâce à la musique ! (13.11.2017)
  • Par   Mathilde Golla 
  • Mis à jour le 13/11/2017 à 16:48 
  • Publié le 13/11/2017 à 07:00
FIGARO DEMAIN - Contaminées par une maladie incurable, les courgettes d'un agriculteur des Bouches-du-Rhône ont été sauvées par des mélodies diffusées tous les soirs. Cette technique qui permet d'éviter les pesticides a fait ses preuves pour d'autres cultures.
La musique adoucit les mœurs et peut aussi soigner les plantes! Certaines mélodies méticuleusement sélectionnées ont en effet la capacité d'inhiber virus et champignons ou de stimuler la pousse des plantes. C'est en tout cas le constat fait par Gilles Josuan, agriculteur dans les Bouches-du-Rhône.
Le producteur fait de la monoculture de courgette. Il y a dix ans, toutes ses cucurbitacées sont contaminées par le virus de la Mosaïque. «Aucune méthode de lutte contre ce fléau n'existe», indique l'agriculteur qui dit avoir tout essayé. Ce dernier ne se résignait pas à arracher tous ses plants, seule solution préconisée par l'agriculture conventionnelle. «Je suis tombé sur le site de l'entreprise Genodics qui proposait de soigner les plantes avec les protéines de musique! Je n'avais rien à perdre, j'ai donc voulu essayer», confie le paysan qui cultive 40 hectares sous serre et 50 en plein champs. «Dès que j'ai commencé à diffuser la musique dans mes serres, j'ai vu la différence. Mais le plus difficile était de propager de la musique dans une serre avec un taux d'hygrométrie élevé», précise le producteur. Pour cela, la société Genodics conçoit alors des appareils autoalimentés par des panneaux solaires et adaptés aux conditions des tunnels. «Après quelques ajustements de départ, nous sommes parvenus à sauver mes plants de courgettes. Aujourd'hui, le virus est toujours présent mais il est inhibé par la musique et mes légumes n'en portent aucune trace. Je peux donc de nouveau les commercialiser», se réjouit l'agriculteur.
Pour atteindre ce résultat spectaculaire, le producteur applique à la lettre le protocole établi par la société. Il diffuse toutes les nuits entre 5 et 7 minutes d'une musique ciblée, «mais pas plus, sinon cela fatigue les plantes», précise l'agriculteur qui récolte 600 à 700 tonnes de légumes par an. Des rendements qui font des envieux. Si ses voisins étaient, au départ, amusés par la méthode de Gilles Josuan, ils s'y intéressent désormais de très près. «Certains voisins me posent des questions sur mes méthodes de production et réfléchissent à faire de même», indique l'agriculteur convaincu. À condition toutefois de trouver la musique adaptée à leurs cultures.
De fait, Genodics explique qu'il faut trouver des mélodies adaptées à chaque pathologie. «Concernant le problème de Gilles Josuan, au départ, nous avions identifié un seul virus alors qu'il y en avait un deuxième. Après cette découverte, nous avons adapté la mélodie et avons pu inhiber les deux virus, qui fatiguaient la plante mais restent inoffensifs pour l'homme», indique Pedro Ferrandiz, cofontateur de Genodics qui utilise les vibrations de la musique pour lutter contre les maladies de certaines plantes (champignons, virus, bactéries...), limitant ainsi l'usage des pesticides.
La protéodie serait à l'origine de ces résultats confondants. «Pour faire simple, lors du processus de synthèse des protéines, les acides aminés produisent des notes. Une mélodie spécifique à chaque protéine est ainsi émise», explique l'ingénieur à la tête de Genodics. «Il faut connaître les protéines pertinentes de la pathologie que l'on veut combattre puis l'isoler et trouver le chant de la protéine pour en stimuler ou inhiber sa synthèse», précise celui qui a mis en application les théories de Joël Sternheimer, physicien et mélomane.
130 agriculteurs utilisent cette solution
Le rôle de Genodics est ainsi d'identifier puis de déchiffrer la partition de la protéine. Avec ses techniques, la société a aidé plus de 130 agriculteurs à lutter contre des pathologies qui menaçaient leur production.
Ainsi, un arboriculteur de Saint-Féliu-d'Avall, dans les Pyrénées-Orientales, a pu lutter contre le virus de la sharka, à raison de la diffusion de deux séquences musicales par jour. Les séquences musicales aux vertus thérapeutiques ont permis de réduire la mortalité des pêchers. Le procédé a également soigné des plants de tomates atteintes de botrytis - un champignon responsable de la moisissure grise, ou des pommiers touchés par la tavelure. Les principaux clients de Genodics sont des viticulteurs. Les mélodies thérapeutiques sont parvenues à lutter contre le mildiou, un champignon, ou l'esca, qui décime les vignes notamment en France.
«En moyenne, le taux de réussite est de 70%»
Pedro Ferrandiz, cofondateur de Genodics
Le protocole est le même: diffuser de la musique de manière harmonieuse pour que chaque pied de vigne puisse «entendre» les notes. Les résultats sont à chaque fois au rendez-vous. «Ça marche systématiquement mais avec des taux de réussite variables de 25% à 95%. Par exemple, sur les cépages de Cabernet, les résultats sont spectaculaires et ils le sont un peu moins sur les vins d'Alsace . En moyenne, le taux de réussite est de 70%», se réjouit Pedro Ferrandiz.
De très bons résultats expérimentaux qui forcent l'intérêt de la communauté scientifique. Ainsi, Genodics a noué un partenariat avec l'université de Cergy, en région parisienne, afin de faire des essais et de mieux comprendre le fonctionnement scientifique de ses solutions. De son côté, l'Inra reconnaît que «les plantes sont sensibles aux sons et qu'elles réagissent à certains bruits, comme celui du vent ou le craquement d'une plante voisine qui se dessèche et provoque une réaction. Toutefois, aujourd'hui nous n'avons pas prouvé scientifiquement ces liens», souligne Bruno Moulia, directeur de recherches à l'Inra. Concernant la théorie de Genodics, «je ne peux pas dire que ça ne marche pas, mais nous n'avons pas, non plus, démontré scientifiquement l'efficacité de ces traitements», souligne le membre de l'organisme français de recherche en agronomie. Pour le savoir, il faudrait que l'institut mène des expérimentations, une hypothèse aujourd'hui envisagée par l'Inra. Les résultats de Genodics constituent son meilleur argument!

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Trump se rapproche de Duterte (12.11.2017)
Par Sébastien Falletti
Mis à jour le 13/11/2017 à 14h25 | Publié le 12/11/2017 à 19h19
Le président philippin a tempéré son anti-américanisme mais reste proche de Pékin.
Shanghaï
Donald Trump rencontre son double asiatique. Le volcanique président Rodrigo Duterte, surnommé le «Trump philippin», accueille son homologue américain à Manille, affichant le réchauffement des relations avec Washington, sous l'ombre grandissante de la Chine en Asie du Sud-Est. À l'occasion de l'ultime étape de sa première tournée asiatique, Trump rencontre lundi le dirigeant «populiste» à l'anti-américanisme viscéral qui avait insulté vertement Barack Obama comme le pape François, avec l'espoir de tempérer son tropisme chinois. Dès son arrivée à Manille, le président des États-Unis a loué ses bonnes relations avec son homologue philippin. «Nous avons de très bonnes relations», a-t-il souligné au début de leur premier tête-à-tête. À cette occasion, la question des droits de l'homme, posée par un journaliste, a vertement été eludée.
Duterte qui s'est vanté ce week-end d'avoir «tué» un homme lorsqu'il était adolescent, peut compter sur l'appui tacite de Trump en faveur de sa controversée guerre contre la drogue, qui a déjà tué plus de 6000 personnes dans l'archipel. «Tu sais, tu gères cela très bien» lui a glissé l'hôte de la Maison-Blanche, lors d'une première poignée de mains au sommet de l'Apec, à Da Nang au Vietnam, vendredi, a rapporté le dirigeant philippin. En avril, Trump avait félicité au téléphone son homologue pour sa stratégie musclée ayant recours aux exécutions extrajudiciaires. «Digong», qui a menacé de «gifler» Agnès Callamard, la rapporteure de l'ONU en charge d'une enquête sur ces exécutions illégales s'est dit persuadé que son hôte américain se gardera de toute critique lors de sa visite de deux jours dans la capitale Philippines. «Duterte va bénéficier du cadeau du silence tacite des dirigeants d'Asie de l'Est lors du sommet», a déploré Phelim Kine, directrice adjointe pour l'Asie de Human Rights Watch.
«Les similitudes sont frappantes. Ils utilisent tous les deux les réseaux sociaux à outrance pour mener une guerre contre les médias et les élites en place et désigner des boucs émissaires.»
Richard Hederyan, enseignant à l'Université de La Salle
En dépit de leurs origines sociales et géographiques éloignées, les deux trublions populistes sont faits pour s'entendre. «Les similitudes sont frappantes. Ils utilisent tous les deux les réseaux sociaux à outrance pour mener une guerre contre les médias et les élites en place et désigner des boucs émissaires. Trump pointe du doigt les immigrés illégaux, Duterte, les drogués», analyse Richard Hederyan, enseignant à l'Université de La Salle, à Manille. Avant même le Brexit, la vague populiste qui a ébranlé la planète en 2016, conduisant à l'élection surprise du «Donald», a démarré dans la capitale philippine, en mai. L'élection surprise et haut la main de ce matamore au verbe haut, originaire de l'île méridionale de Mindanao annonce déjà celle du magnat de l'immobilier par ses méthodes. Alors que Trump a su instrumentaliser la colère des «Blancs» déclassés contre les élites de Washington, Duterte mobilise celle des nouvelles classes moyennes jalouses des prébendes de la vieille oligarchie des grandes familles de l'ère coloniale espagnole à Manille. Une révolution qui s'ancre dans le miracle de l'économie philippine, la plus dynamique du monde, quand celle de Trump prospère sur les ratés de la mondialisation.
Trump mise sur cette connivence pour ramener dans l'orbite américaine cet allié ancien, désormais dans le giron chinois. À grand fracas, Duterte avait annoncé en 2016 son «divorce» avec l'Amérique, lors d'une visite à Pékin, aux allures d'allégeance à Xi Jinping. Depuis, la deuxième économie mondiale avance ses pions dans l'archipel, à coups de financement, notamment via la nouvelle route de la soie du leader chinois. Depuis l'élection de Trump, Duterte a mis son antiaméricanisme en sourdine, et n'a pas rompu la coopération militaire avec le Pentagone, qui a soutenu discrètement, mais activement les forces philippines dans leur reconquête face à l'État islamique, à Marawi.
«Il vaut mieux ne pas traiter la mer de Chine du Sud, car personne ne peut se permettre une guerre»
Rodrigo Duterte
Mais sur le dossier brûlant de la mer de Chine du Sud, il a bien basculé dans le camp de Pékin, comme il l'a rappelé à la veille des sommets de l'Asean et de l'Asie de l'Est, qu'il préside. Tous les protagonistes de ce casse-tête territorial, seront présents autour de la table, hormis Taïwan, mais le leader Philippin ne compte pas bousculer son nouvel allié, et sa politique du fait accompli, visant à affirmer ses revendications maritimes à coups de construction d'îles artificielles. «Nous devons être amis, les excités veulent que nous nous confrontions à la Chine», a déclaré le dirigeant de 72 ans. «Il vaut mieux ne pas traiter la mer de Chine du Sud, car personne ne peut se permettre une guerre», a ajouté l'hôte du sommet, entérinant le statu quo favorable à Pékin. Une position qui ne fait pas les affaires de Washington, et de ses alliés, le Vietnam ou Singapour qui dénoncent l'expansion chinoise sur ces eaux par où transitent 40 % du commerce mondial. À Hanoï, les louanges de Trump à l'égard de Xi, sur le dossier nord-coréen, n'ont guère rassuré. «Je suis un très bon arbitre et négociateur. Si vous avez besoin de moi, faites-le-moi savoir», a déclaré Trump sur dossier de la mer de Chine, se démarquant des critiques frontales de son prédécesseur à l'encontre de la stratégie chinoise.

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Le Liban fragilisé par le jeu de Riyad (12.11.2017)
Par Sibylle Rizk
Mis à jour le 13/11/2017 à 12h19 | Publié le 12/11/2017 à 20h27
VIDÉO - Téléguidée par l'Arabie saoudite, la démission de Saad Hariri n'est pas acceptée par le président libanais Michel Aoun.
À Beyrouth
Neuf jours après sa démission surprise à partir de Riyad, Saad Hariri est réapparu dimanche soir à la télévision, dans une interview accordée à une journaliste vedette de sa propre chaîne, invitée à le rencontrer en Arabie saoudite. «Il y a un parti libanais qui cherche à déstabiliser le royaume (une référence au tir d'un missile yéménite contre Riyad, NDLR) et qui expose le Liban à des sanctions non seulement américaines mais aussi arabes. Mon devoir est de protéger le Liban. Je reviendrai lorsque les conditions de sécurité le permettront», a-t-il dit, confortant les craintes des Libanais face à la nouvelle stratégie saoudienne de confrontation avec l'Iran et le Hezbollah, son allié et bras armé libanais. «L'impression générale est que MBS (surnom de Mohammed Ben Salman, le nouvel homme fort du royaume, NDLR) est déterminé à aller jusqu'au bout, mais on ne sait pas jusqu'où exactement», résume un haut responsable libanais sous couvert d'anonymat.
La visite éclair à Riyad d'Emmanuel Macron, qui se pose en ami du Liban, n'a pas dissipé les inquiétudes, le président français ayant préféré ne faire aucune déclaration officielle à l'issue de sa rencontre avec le prince héritier saoudien. Un communiqué de l'Élysée publié plus tard à la suite d'un échange téléphonique avec son homologue libanais a toutefois été bien accueilli à Beyrouth: le président français y réitère son «appel à ce que les dirigeants politiques libanais soient libres de leurs mouvements» et insiste sur la nécessaire «continuité des institutions étatiques» pour préserver la «stabilité» du pays du Cèdre.
Parapluie international
Des mots qui confortent la stratégie adoptée jusque-là par Beyrouth: le chef de l'État refuse d'accepter la démission de Saad Hariri tant qu'il ne revient pas la lui remettre en personne. Michel Aoun a aussi fait savoir qu'il n'accordait pas de crédit à l'interview de Saad Hariri dimanche soir en raison des «circonstances douteuses» dans lesquelles elle a été organisée. Plusieurs chaînes libanaises ont été priées de ne pas retransmettre l'entretien. Son idée est d'une part de faire valoir le droit international - notamment l'immunité d'un premier ministre - ce qui pourrait potentiellement se traduire par un recours au Conseil de sécurité de l'ONU ; et, de l'autre, de jouer sur l'entente tacite prévalant depuis le début de la guerre en Syrie qui consiste à faire de la déstabilisation du Liban une «ligne rouge».
Seule l'Arabie saoudite semble pour l'instant vouloir remettre en cause ce statu quo dont l'Iran est le plus grand bénéficiaire. La seule présence du Hezbollah au sein du gouvernement libanais équivaut à une «déclaration de guerre à l'Arabie saoudite», a martelé le ministre saoudien Thamer al-Sabhan.
«Une revendication bien futile au regard de l'ampleur de la crise dont cette démission est un symptôme plutôt qu'une cause» 
Un observateur anonyme, à propos du marathon de Beyrouth qui s'est transformé dimanche en manifestation géante pour le retour de Saad Hariri.
Le directeur libanais de la Sûreté générale Abbas Ibrahim a entamé une série de contacts internationaux, notamment avec le chef de la DGSE, Bernard Emié, ancien ambassadeur de France au Liban. Et le chef de la diplomate libanaise Gebran Bassil entreprend une tournée européenne - une rencontre est prévue mardi avec Emmanuel Macron - pour compter ses soutiens. Tandis que la position de Washington reste ambiguë: Donald Trump est en apparence sur la même ligne dure contre l'Iran et le Hezbollah que Mohammed Ben Salman, mais son secrétaire d'État Rex Tillerson met en garde contre toute «utilisation du Liban comme un théâtre de conflits par procuration».
C'est à ce parapluie international que se raccrochent les Libanais étonnamment unis dans cette épreuve vécue comme une humiliation nationale, y compris dans les rangs de la communauté sunnite, du parti et de la famille de Saad Hariri. Le marathon de Beyrouth s'est ainsi transformé dimanche en manifestation géante pour le retour de Saad Hariri. «Une revendication bien futile au regard de l'ampleur de la crise dont cette démission est un symptôme plutôt qu'une cause», commente cependant un observateur qui a souhaité l'anonymat.
Pour Sami Atallah, directeur du centre de recherche LCPS, ce moment d'unité dans l'émotion ne peut pas durer. «Nous assistons probablement à la fin du “haririsme” et à un affaiblissement paradoxal de la communauté sunnite sur laquelle l'Arabie saoudite pensait s'appuyer», analyse-t-il. «Mais MBS trouvera certainement de nouveaux alliés pour alimenter sa confrontation ouverte avec le Hezbollah et l'Iran dont la vocation est surtout interne: l'objectif est de resserrer les rangs dans la monarchie face à un ennemi commun, sans préoccupation pour les conséquences sur le Liban lui-même. Or, dans ce jeu, le Liban est très fragile. Tout le monde sait à quel point il est difficile d'affronter le Hezbollah, solidement ancré dans la société et la structure politique du Liban.»

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Journaliste
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Michel Onfray : «Dégageons les Robespierrots et lançons la révolution girondine !» (12.11.2017)
Par Michel Onfray
Mis à jour le 12/11/2017 à 22h39 | Publié le 12/11/2017 à 16h46
TRIBUNE - Le philosophe* réagit à une tribune de Guillaume Peltier parue dans  Le Figaro  et plaide à son tour pour une décentralisation assumée et réelle.
La lecture d'un article de Guillaume Peltier intitulé «Nos provinces, une chance pour la France!» m'a ravi. Je sais que le trajet et la sensibilité politique de son auteur sont à mes antipodes, mais en touchant au mécanisme politique français jacobin, il fait mouche et me réjouit. Il écrit en effet des choses proprement révolutionnaires parce qu'elles vont à rebours de ce qu'affirment tous les partis récemment présents aux présidentielles, dont le sien, et qui sont tous centralisateurs, étatistes, jacobins, pour tout dire: parisiens.
Que dit ce jeune député de Loir-et-Cher? Que «les habitants de la France des provinces» sont regardés de haut par la technocratie parisienne car elle estime que le seul modèle viable est urbain, cosmopolite, individualiste, inculte, consumériste, mondialiste, déraciné, anhistorique. Il précise qu'on ne dit jamais que «la majorité des Français vit aujourd'hui dans une commune de moins de 10.000 habitants». Il ajoute que l'État verse des sommes considérables pour rendre les villes plus tentaculaires encore avec leur cortège de maux: déshumanisation, hyperconcentration, atomisation sociale, anonymisation, à quoi il aurait pu ajouter: pollutions, aussi bien des corps que des âmes. Il renvoie aux paysages façonnés par les hommes depuis des siècles, aux parfums des marchés, au sublime de la nature qu'il oppose aux vies souterraines des usagers du métro. Je souscris.
Il y a en province bien des talents que la technocratie centralisée tient sous son talon.
Je souscris également à son idée selon laquelle une sortie de cette religion des villes doit viser l'invention d'une vie des territoires, avec les enracinements qui, seuls, rendent possible l'universalité.
Le cosmopolitisme est devenu un nationalisme qui méprise les provinces, de la même manière que les Jacobins de 1793 méprisaient les Girondins, qu'ils ont fait raccourcir parce qu'ils souhaitaient, entre autres, que Paris ne pèse que 1/83de la représentation nationale - il y avait alors 83 départements.
Les Robespierrots, pour parler comme Olympe de Gouges, elle aussi raccourcie par le prétendu Incorruptible, ne se trouvent pas que chez les actuels dévots bien connus de Robespierre: ils sont chez tous ceux qui estiment que Paris doit faire la loi aux provinces - d'autant que Paris n'est plus que la chambre d'enregistrement de Bruxelles…
Je partage ce désir de révolution par le retour du pouvoir des provinces. Et, pour ce faire, je cosigne cette idée qu'«il est temps, au nom de l'équilibre et de la justice, que la France des provinces bénéficie en priorité des politiques publiques». Il y a en effet en province bien des talents que la technocratie centralisée tient sous son talon.
De Marine Le Pen à Philippe Poutou en passant par Macron et Mélenchon, Hamon ou Fillon, tous communiaient dans une même religion jacobine.
Il y a peu, dans un livre intitulé Décoloniser les provinces et sous-titré Contribution aux présidentielles, je défendais cette idée que seule une révolution girondine pourrait donner de l'air à cette France jacobine qui a échoué. De Marine Le Pen à Philippe Poutou en passant par Macron et Mélenchon, Hamon ou Fillon, tous communiaient dans une même religion jacobine. C'est ce logiciel qu'il faut jeter à la poubelle. L'ampleur de l'abstentionnisme puis du vote blanc et nul témoigne que ce vieux modèle a fait son temps.
Dans ce livre, je renvoyais aux analyses du penseur anarchiste Pierre-Joseph Proudhon et à son communalisme libertaire, aux parlements provinciaux, aux autogestions départementales, aux fédérations de communautés, aux mandats impératifs, à la nécessité de maisons du peuple comme de forums citoyens qui activeraient une véritable démocratie directe (en rupture avec les actuels dispositifs démocratiques qui singent le modèle jacobin avec féodalités locales, départementales, régionales…), à la restitution du pouvoir aux entités viables, à l'extension de monnaies locales, à la création d'écoles expérimentales, et à de nombreuses autres pistes.
La capitale se décharge de l'intendance sur les provinces sans jamais leur donner de pouvoir authentique.
La plupart du temps, la régionalisation consiste à transférer des pouvoirs secondaires aux régions pendant que les régaliens sont conservés par Paris. La capitale se décharge de l'intendance sur les provinces sans jamais leur donner de pouvoir authentique. La gestion et l'administration des écoles, des déchets, des transports, du patrimoine et de la qualité de l'air, qui relèvent de la région, sont de pitoyables hochets alors que les régions devraient disposer d'une véritable autonomie dont il faut désormais penser la nature.
C'est le seul projet qui puisse mobiliser à nouveau les citoyens lassés par le jeu médiatique et politique, qui a pris le pas sur ce que devrait être la démocratie: le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple. Ce devrait être une évidence, c'est devenu un programme révolutionnaire.
Que pour ce faire soient rédigés d'authentiques cahiers de doléances régionaux et que se tiennent de véritables états généraux des provinces aux fins de création d'une Constituante girondine qui économiserait les professionnels de la politique. C'était tout le sens du projet proudhonien.
Je ne sais si Guillaume Peltier, qui en appelle «à tous les Français de gauche, de droite et d'ailleurs» y souscrirait, mais son appel ouvre d'immenses perspectives pour la France d'en bas qui est bien lasse des frasques de la France d'en haut.
*Auteur de «Décoloniser les provinces. Contribution aux présidentielles»,Éditions de l'Observatoire, 2017.

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Angoulême : vol du trésor de la cathédrale, dont une couronne en or de la Vierge (13.11.2017)

VIDÉO - Après la disparition de huit toiles à Dieppe, le 6 novembre, dans l'église Saint-Jacques, des malfaiteurs ont dérobé des joyaux de Notre-Dame d'Obezine, dans la cathédrale Saint-Pierre. Un forfait qui s'est déroulé dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 novembre.
Plusieurs joyaux, dont une couronne, du Trésor d'art sacré de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême, ont été volés dans la nuit de samedi à dimanche, a indiqué à l'AFP le parquet d'Angoulême, confirmant une information du site de La Charente Libre.
Le vol à la cathédrale Saint-Pierre a été constaté dimanche matin à l'ouverture de la sacristie. Et des enquêteurs de police judiciaire étaient sur place dimanche après-midi pour les constatations et les premières auditions.
Selon les propos de Vincent You, adjoint au maire d'Angoulême, publiés dans Sud Ouest , qui assistait à la messe dimanche, le père Michel Manguy a annoncé le vol aux fidèles. Il a expliqué que le ou les voleurs «sont entrés par le jardin de la cathédrale et ont cassé un vitrail», pour entrer dans la cathédrale puis dans la salle du Trésor. Les voleurs, des professionnels selon lui, ont choisi les pièces, emportant notamment une couronne de la vierge en or sertie de diamants.
«Le préjudice de ce vol s'élèverait dans une fourchette entre 40.000 et 60.000 euros»
Curé de Saint-Pierre d'Angoulême
Le «Trésor»de la cathédrale d'Angoulême est composé d'une collection unique de cent cinquante objets d'art sacré datés de la seconde moitié du XIXe siècle. On y trouve des statues, de l'orfèvrerie, des reliquaires et des ostensoirs. Une nouvelle mise en scène, sur trois niveaux, imaginée par l'artiste Jean-Michel Othoniel, mêlant l'esprit de l'art contemporain et l'art sacré, en verre, en aluminium et en or, avait été inaugurée en septembre 2016.
Selon le parquet, l'estimation du préjudice est encore prématurée. Le curé de la paroisse a lui même confirmé la difficulté d'évaluer le trésor dérobé, tout en déclarant qu'il pourrait se situer dans une fourchette entre «40.000 à 60.000 euros».
Est-ce un hasard? Dans la nuit du 6 au 7 novembre, l'église Saint-Jacques à Dieppe en Seine-Maritime a été elle aussi victime d'un cambriolage «minutieux et professionnel». Huit œuvres d'art de valeur ont été dérobées, pour un préjudice qui avoisinerait les 100.000 euros. La police, prudente, n'a pas voulu établir de lien entre ces deux affaires.
● Les trésors de la cathédrale Saint Pierre d'Angoulême
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Californie: fusillade dans une école, 5 morts (14.11.2017)
  • Par  Le Figaro.fr avec AFP 
  • Mis à jour le 14/11/2017 à 22:41 
  • Publié le 14/11/2017 à 20:05
Au moins cinq personnes ont été tuées, selon l'agence de presse AP, et trois enfants blessés par balle aujourd'hui au cours d'une fusillade dans une école élémentaire du nord de la Californie, ont affirmé les autorités, précisant que le tireur avait été abattu.
Selon le shérif adjoint du comté de Tehama, Phil Johnston, les coups de feu ont éclaté mardi vers 8 heures du matin (16 heures temps universel) dans une maison et se sont poursuivis jusque dans l'école élémentaire Rancho Tehama, avant que l'assaillant ne soit abattu par la police.
"Je sais qu'on a évacué par les airs un certain nombre d'écoliers. Je sais que l'école a été sécurisée, que les enfants qui étaient en classe ont été placés en lieu sûr", a affirmé Phil Johnston sur KCRA, un média local de San Francisco.
Trois armes ont été retrouvées sur la scène du crime, qui a mobilisé cent membres des forces de l'ordre, a-t-il souligné: un fusil semi-automatique et deux armes de poing.
Toujours sur KCRA, Brian Flint, un riverain, a assuré que son colocataire avait été abattu par le tireur, décrit comme un ancien prisonnier. Ce dernier était un voisin "fou" qui les "menaçait", a expliqué le témoin. Il "tirait beaucoup de balles ces derniers temps", a-t-il ajouté.
Casey Burnett, un autre témoin de la fusillade cité par le journaliste local Jim Schultz, a pour sa part affirmé avoir vu le tireur "conduire et tirer au hasard depuis sa voiture".
Ce nouveau drame survient moins de dix jours après qu'un homme eut perpétré la pire tuerie de l'histoire du Texas, en abattant 26 personnes dans une église baptiste de Sutherland Springs.
Les fusillades, y compris dans les établissements scolaires, endeuillent régulièrement les Etats-Unis, un pays où environ 90 personnes meurent par balle chaque jour et où le débat sur la réglementation des armes à feu ne s'éteint jamais vraiment.
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Affaire Hariri : le chef de la diplomatie libanaise en appelle à la France (14.11.2017)
Par Patrick Saint-Paul
Publié le 14/11/2017 à 19h35
INTERVIEW - Dans un entretien au Figaro, Gebran Bassil, le ministre libanais des Affaires étrangères, dénonce l'ingérence de Riyad, où est retenu le premier ministre, Saad Hariri.
Le ministre libanais des Affaires étrangères a entamé à Paris une tournée européenne, pour mobiliser la communauté internationale afin d'obtenir le retour au Liban de Saad Hariri.
LE FIGARO.- Saad Hariri est-il, comme il l'a affirmé, libre de ses mouvements ou est-il retenu contre son gré à Riyad?
Gebran BASSIL. - Seul son retour au Liban peut confirmer s'il est vraiment libre ou non. Dimanche, il a annoncé qu'il y retournerait dans deux à trois jours. Nous l'attendons toujours. Le premier ministre a admis que sa démission n'est pas actée tant qu'il ne rentre pas au Liban pour la remettre au président Aoun. Il doit expliquer les raisons de cette décision, qui restent ambiguës à ce jour.
Le président libanais ou des membres du gouvernement ont-ils été en contact avec le premier ministre depuis le 4 novembre? Étiez-vous informés de son voyage?
«Plus qu'une surprise, cette situation a été un choc»
Gebran Bassil
Plus qu'une surprise, cette situation a été un choc. Nous travaillons ensemble de façon régulière, dans une entente politique exceptionnelle au sein d'un gouvernement d'union nationale. Nous étions en train de réaliser des projets sans précédent au Liban. Ce gouvernement jouit d'une très grande représentativité. Nous avons adopté une loi électorale fondée, pour la première fois, sur la proportionnelle. Nous avons voté le budget, ce qui n'avait pas été fait depuis douze ans. Nous avons lancé de nombreux projets économiques. Quelques jours avant le départ de Saad Hariri, nous avons accordé des contrats pour l'exploitation du gaz et du pétrole dans les eaux territoriales libanaises pour des entreprises étrangères, notamment françaises. Alors oui, c'était une surprise, y compris pour lui-même.
Il nous a quittés pendant une réunion ministérielle, au cours de laquelle il avait exposé ses contacts très positifs avec des responsables saoudiens. Il a été convoqué par le roi d'Arabie saoudite et nous a dit qu'il reviendrait deux jours plus tard, pour poursuivre les nombreux projets en cours. Depuis, nous avons perdu le contact. Ce n'est pas normal alors que nous entretenons des relations politiques et personnelles très étroites. Il a dit qu'il pourrait revenir sur sa démission et a exprimé son besoin de parler au président pour consolider l'accord de gouvernement, qui a amené le général Aoun à la présidence de la République et lui-même au poste de premier ministre. Les ambiguïtés seront levées à son retour.
Quelle est la marge de manœuvre des sunnites au Liban et du pays en général vis-à-vis de Riyad?
«Tous les Libanais veulent avoir des relations fraternelles et privilégiées avec l'Arabie saoudite»
Gebran Bassil
Tous les Libanais veulent avoir des relations fraternelles et privilégiées avec l'Arabie saoudite. Nous sommes tous attachés à préserver et à consolider ces relations. À l'occasion de cette crise se manifeste une unanimité exceptionnelle autour de l'indépendance du Liban, de sa souveraineté et de sa dignité. Ce sont des principes immuables. Les sunnites, comme les chiites, les chrétiens ou les Druzes veulent préserver cette dignité et avoir un premier ministre qui représente toutes les confessions.
Selon certaines rumeurs, Riyad tente de rallier les sunnites autour de Bahaa Hariri, le frère aîné du premier ministre, cela vous semble-t-il acceptable?
Au Liban, le ralliement autour d'une personnalité politique s'exprime lors des élections. C'est la volonté démocratique du peuple qui amène les gens au pouvoir. Nous n'avons pas l'intention de changer de régime. Saad Hariri jouit d'un élan populaire en faveur de son retour. Des élections auront lieu en mai 2018. Nous verrons alors s'il en tire profit.
«Je ne pense pas qu'il puisse y avoir d'assassinat politique au Liban dans le climat actuel»
Gebran Bassil
La vie de Saad Hariri est-elle menacée au Liban?
Les services de renseignement ont déclaré lors de sa démission, après une enquête, que le niveau de sécurité est très élevé et qu'il n'existe pas de menaces sur sa personne. Lui-même se dit prêt à rentrer. Il existe des moyens d'assurer sa sécurité. Sa plus grande protection est le soutien du peuple dont il bénéficie. Le Liban a consolidé sa stabilité en dépit des conflits qui agitent ses voisins. Je ne pense pas qu'il puisse y avoir d'assassinat politique au Liban dans le climat actuel, en raison de la grande entente nationale et des projets économiques qui donnent espoir en l'avenir. Apparemment certains étaient gênés de cette situation.
Le premier ministre a dénoncé l'ingérence du Hezbollah dans un certain nombre de conflits au Moyen-Orient. Redoutez-vous que cette implication finisse par déstabiliser à nouveau le Liban?
La position du gouvernement Hariri est très claire. Il n'a jamais accepté d'ingérences dans les pays arabes voisins et amis. De la même façon, nous sommes opposés aux ingérences dans notre pays. Pour appliquer cela, il faut construire un État fort. C'est ce que nous étions en train de faire: une armée forte, des institutions fortes qui garantissent l'équilibre et l'indépendance du Liban.
«Nous voulons de bonnes relations avec l'Arabie saoudite et l'Iran. C'est possible tant que personne ne cherche à nous imposer une politique extérieure, qui n'est pas indépendante»
Gebran Bassil
Le président Aoun est accusé de faire le jeu de l'axe entre l'Iran et le Hezbollah
Le président est connu pour son indépendance. Le courant qu'il a formé a toujours brandi seul la souveraineté du Liban contre les occupants du pays, quels qu'ils soient. Il a été évincé pour cela et a passé quinze ans en exil en France. Il n'a jamais été affilié à une force extérieure. Nous cherchons une seule chose: préserver l'union nationale et la stabilité de notre pays.
Le Liban est-il le théâtre d'un conflit indirect entre l'Arabie saoudite et l'Iran?
Apparemment, on cherche à mettre le Liban au milieu du conflit entre ces deux pays. Nous le refusons. Nous voulons être libres. Nous voulons de bonnes relations avec l'Arabie saoudite et l'Iran. C'est possible tant que personne ne cherche à nous imposer une politique extérieure, qui n'est pas indépendante. Il est inacceptable de faire primer les intérêts d'une puissance étrangère sur ceux du Liban. Lorsqu'un problème pouvant être fatal à notre unité nationale et à notre stabilité surgit avec l'un de ces pays, nous nous mettons en retrait. Des divergences politiques, que nous sommes en train de régler par le dialogue, existent au Liban. Nous avons des problèmes avec plusieurs pays avec lesquels des partis politiques libanais sont en accord ou en désaccord. La politique du Liban est de se distancier de ces problèmes lorsqu'ils surgissent, pour mettre le pays du Cèdre à l'abri du feu qui le menace.
Vous êtes venu rencontrer le président Macron. Qu'attendez-vous de la France?
«Nous espérons que le président Macron nous aidera à défendre l'indépendance du Liban»
Gebran Bassil
La France est la plus grande amie du Liban. Elle a toujours œuvré pour préserver la stabilité du pays. Nous saluons les efforts du président Macron, qui a pris l'initiative lors de son déplacement à Riyad. Nous espérons qu'il nous aidera à défendre l'indépendance du Liban. Le grand flambeau de la liberté est ici en France. Et je pense que le président Macron est en train de le tenir. Nous sommes des voisins de l'Europe. Un million et demi de Syriens et 500.000 Palestiniens sont réfugiés au Liban. C'est beaucoup pour un petit pays comme le nôtre. Ces gens peuvent devenir les vecteurs d'un chaos à travers des flux migratoires incontrôlés ou en rejoignant des groupes terroristes. Les possibles conséquences de ce chaos peuvent toucher l'Europe à tout moment. Emmanuel Macron est très conscient de cela et cherche à nous aider à faire prévaloir le dialogue sur la confrontation.

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Comment le premier ministre libanais Saad Hariri a été piégé chez les Saoud (13.11.2017)

Par Sibylle Rizk
Mis à jour le 14/11/2017 à 17h13 | Publié le 13/11/2017 à 17h51
RÉCIT - Depuis dix jours, le dirigeant libanais démissionnaire est retenu en Arabie saoudite, par les puissants parrains du monde sunnite.
À Beyrouth
«Une interview télévisée particulièrement étrange»… Ce commentaire sur Twitter, accompagnant l'entretien accordé dimanche soir par Saad Hariri,neuf jours après sa démission surprise, résume le caractère totalement inédit de la crise dans laquelle est plongé le Liban. L'histoire pourrait être tout autant celle d'un épisode de téléréalité que celle d'un film d'espionnage. Dimanche, comme rarement en pareil exercice, le déroulement de l'entrevue était analysé au même titre, si ce n'est davantage, que les propos du premier ministre. Il s'agissait de jauger l'incroyable scénario d'une démission imposée de force à Saad Hariri par le nouvel homme fort de Riyad, Mohammed Ben Salman, alias MBS.
Lorsqu'il apparaît à la télévision saoudienne, il est évident pour ceux qui le connaissent, qu'il n'est pas l'auteur de la déclaration de démission lue d'une voix blanche
Selon divers témoignages recueillis au Liban et diverses sources citées par des médias libanais ou étrangers, il est établi que le premier ministre a brutalement coupé tout contact avec ses conseillers les plus proches et qu'il n'avait averti personne de son intention de démissionner, au moment où il a été convoqué à Riyad, le 2 novembre. Dès son arrivée, Saad Hariri aurait été privé de son téléphone, de sa montre intelligente, et traité sans les égards dus à son rang. Lorsqu'il apparaît à la télévision saoudienne, à 14 heures le 4 novembre, sans sa montre, il est évident pour ceux qui le connaissent, qu'il n'est pas l'auteur de la déclaration de démission lue d'une voix blanche.
Le dirigeant libanais aurait ensuite passé une à deux nuits à l'hôtel Ritz-Carlton, où sont retenus les princes saoudiens accusés de corruption par MBS, avant de revenir dans sa villa, sous haute surveillance, et de donner des «signes de vie» épars, par médias sociaux interposés. Une photo de lui, reçu par le roi, avec sa montre à nouveau au poignet, est alors largement utilisée pour attester l'hypothèse de plus en plus plausible d'un premier ministre contraint dans ses mouvements. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est l'un des premiers à y donner publiquement du crédit. Avant que ne s'y rangent aussi le parti de Saad Hariri et sa famille, révoltés que Riyad leur demande même d'accepter son remplacement au pied levé par son frère aîné, Bahaa.
Étrange moment télévisuel
C'est désormais aussi la version officielle des autorités libanaises. Au point que le président de la République, Michel Aoun, a fait savoir avant même la diffusion de l'entretien, qu'il s'interrogeait par avance sur la fiabilité de propos n'étant pas exprimés, selon lui, en totale liberté. C'est pourquoi Paula Yaacoubian, la journaliste de la Future TV, la chaîne appartenant à la famille Hariri, a, dès le départ, dû s'atteler à prouver l'authenticité du direct. Tout au long de l'entrevue, elle a rendu compte d'informations venues de l'extérieur, comme le séisme qui a secoué l'Irak dimanche soir. «Le climat est tel qu'on me soupçonne de participer moi-même à une mise en scène», a-t-elle dit d'emblée, avant de chercher à confronter son interlocuteur au film des événements.
«Avez-vous écrit vous-même votre lettre de démission ? Portez-vous votre montre aujourd'hui ? Êtes-vous libre de retourner au Liban?» 
Paula Yaacoubian, journaliste de la Future TV
«Avez-vous écrit vous-même votre lettre de démission? Portez-vous votre montre aujourd'hui? Êtes-vous libre de retourner au Liban? Avez-vous été emmené au Ritz-Carlton? Pourquoi avoir coupé tout contact, y compris avec vos proches?»… À toutes ces «interrogations, Saad Hariri a eu des réponses destinées à démentir la thèse d'une contrainte quelconque exercée sur lui. Mais, au-delà de ses mots, tout, dans son attitude, paraissait contredire son propos. De même que l'extrême sollicitude manifestée par Paula Yaacoubian à l'égard de son interlocuteur, à un moment au bord des larmes - «prenez mon verre d'eau je n'y ai pas touché» - totalement abattu, incapable de la moindre esquisse de sourire - «vous êtes fatigué, vous avez envie d'arrêter, donnez-moi encore quelques minutes».
Un épisode résume à lui seul cet étrange moment télévisuel, décrit comme humainement pénible par beaucoup de Libanais, qu'ils approuvent ou pas le personnage politique: la caméra capte, par inadvertance, l'image d'un homme debout derrière l'intervieweuse, un papier blanc entre les mains ; puis le regard noir de Saad Hariri, les yeux tournés vers lui. Des messages diffusés en direct sur Twitter croient lire de la terreur sur son visage et échafaudent toutes sortes de scénarios sur des pressions saoudiennes exercées en direct sur le dirigeant libanais. Après une pause publicitaire, ce dernier s'est senti obligé d'y apporter un démenti.
Saad Hariri a affirmé qu'il rentrerait à Beyrouth «dans les prochains jours». Il n'a, pour autant, pas fixé de date précise. Pas plus qu'il n'a véritablement justifié sa démission
Au final, la prestation télévisée du premier ministre démissionnaire n'a pas contredit le récit des événements tel qu'il s'est progressivement imposé au fil des jours, et son intervention n'a pas, non plus, totalement clarifié la situation sur le plan politique. Saad Hariri a affirmé qu'il rentrerait à Beyrouth «dans les prochains jours». Il n'a, pour autant, pas fixé de date précise. Pas plus qu'il n'a véritablement justifié sa démission, quand il a expliqué avoir voulu créer un «choc positif, dans l'intérêt du Liban».
Le leader sunnite a même évoqué la possibilité de revenir sur sa démission, si le Liban se résout à appliquer une véritable politique de «distanciation», et de neutralité dans les conflits régionaux. Un message qui vise explicitement le Hezbollah, allié et bras armé de l'Iran dans la région, qui intervient ouvertement en Syrie depuis des mois au côté du président Bachar el-Assad et que l'Arabie saoudite rend responsable du tir de missile lancé par les houthistes yéménites contre Riyad le 4 novembre. Un acte de guerre selon les autorités du royaume saoudien.
Volonté de désescalade
Ces propos ont été diversement interprétés à Beyrouth, dans l'attente de nouveaux messages émanant d'Arabie saoudite, où s'est rendu lundi le patriarche maronite, Boutros Raï. Pour les uns, le ton nettement plus modéré de Saad Hariri envers le Hezbollah, comparé à celui qui fut le sien lors de sa déclaration de démission, est le signe d'une volonté saoudienne de désescalade, voire une porte ouverte à des négociations. Pour les autres, même si le ton du premier ministre libanais démissionnaire a changé, sur le fond l'équation qu'il pose reste insoluble, étant donné l'état actuel du rapport de force politique au Liban.

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Prières de rue à Clichy : bataille judiciaire avant la médiation de jeudi (14.11.2017)

  • Mis à jour le 14/11/2017 à 21:52 

  • Publié le 14/11/2017 à 18:35
L'Union des associations musulmanes de Clichy-la-Garenne a déposé deux plaintes mardi : l'une contre X pour «violence aggravée» et l'autre contre le maire, pour «diffamation et incitation à la haine raciale».
«À deux jours d'une réunion de médiation sous l'égide du préfet, ils essaient de faire pression!», assure l'avocat de la mairie de Clichy (Hauts-de-Seine). Après le rassemblement d'élus contre les prières de rue, vendredi dernier, l'Union des associations musulmanes de Clichy-la-Garenne (UAMC) a déposé deux plaintes distinctes, ce mardi, auprès du parquet de Nanterre: l'une contre X pour «violence aggravée», «participation à un groupement formé en vue de la préparation d'actes de violences», «manifestation illicite» et l'autre contre le maire, Rémi Muzeau (LR), pour «diffamation et incitation à la haine raciale». «Il y a une totale sérénité du côté de la ville de Clichy et de ses élus, réplique Me Rémi-Pierre Drai. Toute plainte abusive sera poursuivie comme telle». Si les deux parties viendront bien, jeudi après-midi, à la réunion convoquée par le préfet des Hauts-de-Seine, ce sera accompagnées de leurs avocats.
«Il est patent que les élus (...) ont commis des actes de violence à l'encontre des personnes de confession musulmane»
Me Arié Alimi, conseil de l'UAMC
Si, à l'appel de l'UAMC, des centaines de fidèles prient chaque vendredi depuis huit mois aux abords de l'hôtel de ville, c'est parce qu'ils ont été expulsés de leur ancien lieu de culte. Un autre centre culturel et cultuel leur a été proposé, mais l'UAMC le juge «trop excentré, trop exigu et pas aux normes de sécurité», ce qui est démenti par le maire.
Vendredi dernier, s'avançant derrière une banderole «Stop aux prières de rues illégales», une soixantaine d'élus en écharpe tricolore ont tenté, en reprenant en chœur La Marseillaise, de les empêcher de prier. «Il est patent que les élus (...) ont commis des actes de violence à l'encontre des personnes de confession musulmane, avec pour unique raison leur appartenance vraie ou supposée à cette religion», peut-on lire dans la plainte déposée par Me Arié Alimi, conseil de l'UAMC. «Si les gendarmes mobiles n'étaient pas intervenus, des personnes auraient fini écrasées contre les murs, assure-t-il au Figaro. Nous en avons la preuve sur des vidéos inédites. Sur un des films, il y a une personne au sol; nous essayons de l'identifier». Des accusations de violences balayées par Me Drai: «Cela ne dépassait pas une agitation liée la tension palpable ce jour-là», affirme-t-il.

«La police l'a emmené»
«Ce qui s'est passé n'est pas admissible en République!, s'insurge Me Alimi. Il y a une instrumentalisation de cette revendication normale (d'avoir un nouveau lieu de culte) par la droite et l'extrême droite». L'association musulmane reproche également à Rémi Muzeau d'avoir porté «des accusations graves» à leur encontre. «Il y a eu des prêches en arabe, avec des appels au meurtre», avait-il indiqué à la télévision. «Il y a eu aussi des documents qui ont été mis dans la rue, qu'on a récupérés, avec des phrases terribles où on disait ‘si vous rencontrez un juif, tuez-le'. J'ai les documents», avait-il poursuivi. «Si on en parle comme ça, on insinue que ce sont les gens qui prient qui ont laissé ces documents..., s'émeut Me Alimi. Par ces propos, M. Muzeau a éveillé un sentiment de haine et de crainte envers la communauté musulmane».
La distribution de tracts «crée un trouble à l'ordre public, une incitation à la haine raciale dans un sens ou dans l'autre, et une exacerbation des tensions»
Me Rémi-Pierre Drai, avocat de la mairie de Clichy
Au Figaro, Rémi Muzeau avait précisé, avant la manifestation de vendredi, qu'un «tract» avait été retrouvé, le 13 octobre, sur les lieux où les musulmans venaient de prier. On pouvait y lire notamment, sous le sous-titre «Mécréants»: «vous les mettrez à mort ou vous leur ferez subir le supplice de la croix (...) Vous les chasserez de leur pays».
A l'évocation de ces phrases, Hamid Kazed, président de l'UAMC, se souvient d'un «document assez artisanal de quatre pages» qui avait été distribué pendant la prière par «un sexagénaire portant une barbe blanche». «Il est venu deux fois, dont l'une il y a un mois à peu près: tout le monde l'a vu!, s'exclame Hamid Kazed. Il a donné ses tracts aux gens qui priaient, sans parler. La police l'a emmené». Au commissariat de Clichy, l'adjoint au chef de service n'en pas le souvenir. «A priori, ça ne me dit rien, indique-t-il. Il y a toujours des énergumènes qu'on évince, mais ils ne sont pas forcément conduits au commissariat...».
Un mystérieux correspondant
Joint par Le Figaro, via le mail figurant au bas du tract, un correspondant - anonyme - évoque «une activité militante antifasciste» et indique vouloir «dénoncer le caractère multicriminel du Coran». Mais ne répond plus lorsqu'on lui propose une conversation téléphonique ou une rencontre. «La rédaction et la distribution de ces tracts n'ont jamais été imputées à l'association musulmane!, s'exclame Me Drai. Mais que ce soit un islamiste ou un extrémiste anti-musulman qui les ait distribués, cela crée un trouble à l'ordre public, une incitation à la haine raciale dans un sens ou dans l'autre, et une exacerbation des tensions. Tout cela justifie que le préfet mette un terme à ces prières de rue et trouve une alternative». Quant à la ville de Clichy, conclut-il, elle «saisit sans tarder le parquet de Nanterre de ce tract, pour qu'on en retrouve l'auteur».

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