dimanche 5 novembre 2017

Islamisme et politique 04.11.2017 suite

Nicolas Baverez : «Le califat est mort, pas le djihadisme» (05.11.2017)
Jacques Julliard : «La lecture est un acte de résistance spirituelle» (05.11.2017)
Tabou, le viol conjugal reste difficile à traduire en justice (05.11.2017)
Violences conjugales: une formation et un accueil perfectibles dans les commissariats (05.11.2017)
Impressionnante marche en hommage à Alexia Daval, la joggeuse assassinée (03.11.2017)
Réchauffement climatique : un rapport américain pointe la responsabilité de l'homme (04.11.2017)
De nouvelles accusations visent Tariq Ramadan (04.11.2017)
Andres Serrano expose son Piss Christ à l'air libre à Pékin (05.11.2017)
Plusieurs centaines de manifestants interpellés en Russie (05.11.2017)
Le pape François accélère le rapprochement avec l'islam (23.05.2016)
Pape François: «Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique» (31.07.2016)
Rémi Brague : ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme (01.08.2016)
Éric Zemmour : «Le cercle des patriotes disparus» (03.11.2017)
Donald Trump en froid avec les patrons de la technologie (03.11.2017)
Gafa : l'Europe à la pointe du combat fiscal et concurrentiel (03.11.2017)
Facebook et Google dans le piège des «fake news» (03.11.2017)
La grogne commence à monter contre les géants du Net (03.11.2017)
Liban : ayant peur d'être assassiné, le premier ministre Saad Hariri démissionne (04.11.2017)
Syrie: le Hezbollah inquiète l'État hébreu (21.12.2016)





Nicolas Baverez : «Le califat est mort, pas le djihadisme» (05.11.2017)
Par Nicolas Baverez
Publié le 05/11/2017 à 18h41
CHRONIQUE - La chute de Mossoul et de Raqqa a porté un coup fatal au projet de califat de l'État islamique. Mais, loin de disparaître, il n'en est que plus dangereux car de nombreux djihadistes se dispersent pour exporter la terreur au-delà du Levant.

L'attentat de New York, venant après les tragédies de Nice, Londres, Berlin, Stockholm, Barcelone et Marseille, témoigne de l'intensité persistante de la menace djihadiste au cœur des grandes métropoles occidentales.

Cette nouvelle attaque s'inscrit dans la continuité du tournant engagé par l'État islamique dès 2014, appelant les musulmans à assassiner des infidèles par tous moyens et en toutes circonstances. Le choix de la fête de Halloween a valeur de symbole et visait à faire le maximum de victimes. L'objectif reste l'ascension de la terreur aux extrêmes afin d'enclencher une dynamique de guerre civile.
La chute de Mossoul et de Raqqa a porté un coup fatal au projet de califat porté par l'État islamique. Mais, loin de disparaître, il n'en est que plus dangereux car de nombreux djihadistes se dispersent pour exporter la terreur au-delà du Levant. L'État islamique n'aligne plus une armée capable d'opérer sur plusieurs fronts mais se redéploie selon trois modes opératoires. Les attentats suicides dans le monde arabo-musulman, en Irak, en Syrie en Arabie saoudite, au Yémen ou en Égypte. La guérilla en Asie - des grottes de Tora Bora en Afghanistan à l'île de Mindanao aux Philippines en passant par les camps de réfugiés rohingyas au Bangladesh - comme en Afrique - de la Libye au Nigeria en passant par Madagascar. Le terrorisme de proximité en Occident, faute de pouvoir planifier la projection de commandos comme à Paris en novembre 2015.
Terrorisme de proximité
Ce terrorisme de proximité infiltre les mouvements de migrants et d'exilés et se trouve renforcé par le retour des milliers de combattants et de leurs familles désertant le Levant. Il est particulièrement dangereux pour l'Europe, où résident plus de 50.000 musulmans radicalisés. La France est ciblée pour son histoire, ses valeurs, ses engagements, sa communauté de quelque 6 millions de musulmans. Le risque est plus élevé encore du fait de la sortie de l'état d'urgence, en vigueur depuis le 13 novembre 2015. La décision est légitime et a été accompagnée par le vote d'une loi antiterroriste. Mais nul ne saurait oublier que l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016, intervint précisément au moment de l'annonce par François Hollande - annulée de ce fait - du retour au droit commun.
La nature polymorphe et la capacité d'adaptation de l'État islamique imposent une stratégie globale, agile et innovante pour le défaire.
La nature polymorphe et la capacité d'adaptation de l'État islamique imposent une stratégie globale, agile et innovante pour le défaire. La terreur ne se combat ni par la terreur ni par le déni. La réponse doit coordonner le recours indispensable mais raisonné à la force armée avec les autres instruments de l'action publique: police, justice, éducation, diplomatie, aide au développement. Elle ne peut être seulement militaire et sécuritaire, mais nécessite la mobilisation de la société. Elle ne peut être uniquement nationale et exige une coopération étroite entre les pays européens comme entre les démocraties. Faute de définir une réponse comparable à ce que fut le plan Marshall pour cantonner la poussée soviétique, il reste essentiel de mener à terme l'éradication de l'État islamique au Levant et au Sahel et de s'accorder sur des politiques d'endiguement en Asie et en Afrique. Parallèlement, une réflexion s'impose sur la régulation et la responsabilité des réseaux sociaux.
Le socle d'une Union pour la sécurité
La déstabilisation des États-Unis et du Royaume-Uni par la poussée populiste constitue un risque mais aussi une chance pour l'Europe. Les actions engagées pour la protection des métropoles et la coordination du renseignement ont vocation à devenir le socle d'une Union pour la sécurité. Avec pour missions la lutte contre le terrorisme, le contrôle effectif des frontières extérieures -particulièrement en Méditerranée - et la protection des infrastructures vitales.
La France, plutôt que de renforcer sans fin son arsenal pénal qui ne mérite vraiment d'être modernisé que pour ce qui touche aux technologies de l'information, doit faire évoluer ses principes stratégiques, ses organisations et ses modes d'action opérationnels.
Force est de constater que la communauté musulmane est exposée depuis de très longues années au salafisme et que l'emprise de l'islamisme se renforce sur une partie de la jeunesse. Les dysfonctionnements de nouveau observés lors de l'attentat de Marseille soulignent l'urgence d'une mise en cohérence des politiques publiques en matière de sécurité. Ceci passe par la création d'un conseil de sécurité nationale auprès du président de la République et d'un centre de commandement opérationnel pour la sécurité intérieure, pilotant tous les aspects de la lutte contre le terrorisme sur le territoire national. Un effort de réinvestissement massif est par ailleurs requis en faveur de la défense, de la police et de la justice, financé par des économies sur l'État-providence qui accapare 34 % du PIB.
La manière la plus sûre de perdre une guerre pour une démocratie, c'est de la mener contre ses valeurs. L'islam en tant que religion doit être protégé ; l'islamisme en tant qu'idéologie mortifère doit être annihilé. Sans céder à la haine qui nourrit la violence. Sans sacrifier la liberté à la sécurité.

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Jacques Julliard : «La lecture est un acte de résistance spirituelle» (05.11.2017)

Par Jacques Julliard
Publié le 05/11/2017 à 17h19
CHRONIQUE - Pour l'essayiste, la chute du président dans les sondages traduit le passage du principe de plaisir, qui a dominé la campagne présidentielle, au principe de réalité.
● Du plaisir à la réalité: le cas Macron

Jacques Julliard - Crédits photo : Le Figaro
La confrontation du «principe de plaisir» et du «principe de réalité» est pour Freud une composante essentielle de la vie psychique et affective de chacun de nous. Mais elle est aussi l'une des formes canoniques de la vie politique. Le principe de plaisir consiste dans la priorité donnée par le sujet à la satisfaction de ses pulsions, de ses besoins, de ses désirs. Le principe de réalité, c'est la capacité d'ajourner tout ou partie de cette satisfaction, en fonction des conditions qui la rendent possible.
Qui ne voit que dans le jeu politique l'opposition est tout entière du côté du plaisir, autrement dit du souhaitable, de tout le souhaitable, puisque, empêchée de gouverner, cela ne lui coûte pas cher? Au contraire, le gouvernement est bien obligé, lui, de tenir compte de tous les obstacles extérieurs ; il est condamné à s'en tenir au possible. Nul besoin, pour expliquer ce comportement, de recourir à l'éternelle accusation de «trahison», chère aux trotskistes et aux esprits simples.
En démocratie, les élections générales sont la grande saison du plaisir. Commentant l'affrontement Hamon-Valls lors des dernières primaires socialistes, Henri Weber avait vu dans le programme de l'ancien frondeur l'application intégrale du principe de plaisir, un véritable palais de dame Tartine, depuis le revenu universel, jusqu'à la semaine de 32 heures, en passant par l'annulation unilatérale de la dette, le «49.3 citoyen», les visas humanitaires pour tous les migrants, et j'en passe.
Alors pourquoi son score lilliputien de 6 %, à la limite du dérisoire? Jean-Luc Mélenchon, qui le ridiculisa avec ses 20 %, n'avait rien à lui envier en matière de fantasmagories. La grande différence, c'est que Mélenchon, meilleur orateur, meilleur politique, meilleur psychologue, avait compris que le principe de plaisir ne se limite pas à la jouissance passive: le plaisir, pour l'électeur, c'est aussi celui d'être acteur de son propre destin. Comme Macron, il a mis son électorat «en marche». Vers quoi? Nul ne le savait précisément, pas même lui: révolution, épopée, joyeuse équipée, mais quelque chose enfin.
Appliquons maintenant la dichotomie plaisir-réalité au cas d'Emmanuel Macron. Peu de promesses inconsidérées durant sa campagne, car il n'avait pas exclu d'emblée le risque d'être élu. Mais la mise en mouvement d'un électorat qui n'attendait que cela, un «dégagisme» discret et de bon goût, mais au fond assez mélenchonien. Le reste, les satisfactions matérielles, la politique des résultats, en un mot la République du goulash, ne viendrait qu'ensuite. En somme, la campagne de Macron était une ardente politique du plaisir, mais centrée sur le mouvement plutôt que sur la jouissance et attentive aux réalités.
Nous y voilà. Nous y sommes. Au chapitre économique et social, Emmanuel Macron applique le programme résolument de droite qu'il avait annoncé, et qui déplaît fort à une grande partie de l'électorat de gauche qui s'était porté massivement sur lui. Il n'a trompé personne mais, comme dans les contrats d'assurance, les clauses les plus scabreuses de ce programme étaient imprimées en tout petit. Ses partisans enthousiastes ne s'y attardèrent guère, car il les avait mis en marche, et il n'y a rien de plus entraînant que de marcher en cadence et en chansons avec un groupe de copains.
Et maintenant ? Le problème est simple : les marcheurs ne marchent plus. Il n'y a plus rien ni personne pour les entraîner. C'est pourquoi le parti, pardon, le mouvement, est un organe fantôme privé de son chef.
Et maintenant? Le problème est simple: les marcheurs ne marchent plus. Il n'y a plus rien ni personne pour les entraîner. C'est pourquoi le parti, pardon, le mouvement, est un organe fantôme privé de son chef. Le macronisme sans Macron, c'est la quadrature du cercle, l'eau en poudre, le fusil à tirer dans les coins, les villes à la campagne.
La forte baisse d'Emmanuel Macron dans les sondages d'opinion n'a fait que traduire la fin du principe de plaisir et la retombée dans le principe des réalités rugueuses. Il y a là comme un passage à vide.
Avec une politique de droite, peut-il conserver, ne fût-ce qu'en partie, sa clientèle de gauche? Pour cela, il lui faudrait au moins savoir parler au peuple. Or, pour le moment, il n'y parvient pas mieux que François Hollande. Il oscille entre de grandes envolées un peu éthérées et des discours de premier ministre. Certes, le dialogue entre un peuple et son chef ne peut se dérouler selon les normes de la conversation privée. Mais quand de Gaulle faisait une conférence de presse, les rues se vidaient tout à coup. Dans le péril, il ne disait pas: «Je vous protégerai», mais «aidez-moi!». Malgré les apparences, c'est autrement mobilisateur. Parler au peuple le discours du réel, ah! c'est le grand art. La démocratie d'opinion suppose des leaders exceptionnels ; pour le moment, nous n'en avons pas.
● Lecture d'abord
Il se passe de drôles de choses au collège de Savenay, petite commune dortoir de Loire-Atlantique, située entre Nantes et Saint-Nazaire. Le principal de cet établissement de 400 élèves, Stéphane Parès, a réussi à convaincre l'ensemble de ses administrés de remettre la lecture à l'ordre du jour.
Deux fois par semaine, à 13 h 40, la cloche sonne et tous les habitants du collège, élèves, professeurs, personnels, interrompent leurs activités ; tous s'assoient, et sur place se mettent à lire. Quoi? À chacun de le décider librement. Mais le chuchotis cesse et chacun se plonge dans la lecture de son choix. Rien de plus formateur pour les jeunes que de voir les adultes lire à leurs côtés.
Réflexion de l'un d'entre eux: «Jusqu'ici je n'avais jamais terminé un livre, maintenant, si!» Un autre: «Je n'aime pas beaucoup lire, mais au moins cela me calme pour l'après-midi!» C'est déjà ça.
Cette expérience n'est pas unique. La première du genre semble avoir été inaugurée au printemps dernier à Banon, superbe village des Alpes-de-Haute-Provence, déjà célèbre pour son fromage de chèvre et - tiens donc! - pour sa librairie, Le Bleuet. À l'époque, la presse et la télévision en avaient fait état.
Si elle veut remplir sa mission principale, l'instruction de la nation, tout en contribuant à réduire les inégalités culturelles, l'École ne doit pas se contenter d'apprendre à lire à tous les enfants (ce ne serait déjà pas si mal…) ; elle doit leur faire aimer la lecture.
Si elle veut remplir sa mission principale, l'instruction de la nation, tout en contribuant à réduire les inégalités culturelles, l'École ne doit pas se contenter d'apprendre à lire à tous les enfants (ce ne serait déjà pas si mal…) ; elle doit leur faire aimer la lecture. Sinon, à quoi bon?
Car la lecture est aujourd'hui une priorité culturelle absolue. Tout le monde moderne peut être compris comme un complot permanent pour détacher les gens d'eux-mêmes, les priver de toute concentration, de toute vie intérieure grâce à un flux continu d'informations, d'images, de parleries, de publicités, de musique d'ascenseur. Jadis, un voyage dans la Chine postmaoïste de la «bande des quatre» m'avait convaincu que la règle numéro un du totalitarisme est d'occuper en permanence l'esprit des gens, afin qu'ils ne demeurent jamais seuls avec eux-mêmes. Par définition, un esprit occupé ne saurait être un esprit libre.
La lecture, c'est, comme disait Péguy, «l'opération commune du lisant et du lu», c'est un colloque singulier avec un grand esprit ; c'est par excellence un acte de résistance au totalitarisme culturel ambiant.
Le rôle capital de la littérature française
D'où le rôle capital de la littérature française dans la constitution de la nation française. Dans un univers de plus en plus disparate, cette littérature est un élément fédérateur indispensable, dans le temps et dans l'espace. J'ai déjà écrit quelque part que si j'avais à choisir entre la gauche, qui est mon camp, et la littérature, qui est mon pays, je choisirais sans hésiter la seconde, parce qu'à mes yeux une gauche qui aurait rompu avec notre littérature ne serait plus qu'un ramassis inconsistant de démagogues et de technocrates. Sans vouloir faire parler les morts, j'ai la conviction absolue que Michelet, Péguy, Jaurès, Léon Blum, de Gaulle pensaient de même. En croisant des lectures récentes, j'ai même réalisé que ce dernier avait successivement proposé un ministère culturel à Bernanos, à Claudel, à Malraux. Cela a tout de même une autre gueule, et une autre ambition, ne trouvez-vous pas?
De funestes pédagocrates ont un jour décidé que tout ce qui était un peu «culturel» et «littéraire» devait disparaître de notre enseignement primaire et secondaire, car trop favorable aux classes aisées et cultivées. C'est naturellement le contraire qu'il faut faire. Il n'y a qu'un moyen de combler le handicap du jeune élève qui dispose de deux cents mots par rapport à celui qui en possède déjà deux mille, c'est de le faire lire, non pas les arrêtés municipaux ou les notices pharmaceutiques, mais les grands écrivains, car ils sont, dans notre univers mercantile, la voix du peuple.
Dans un livre émouvant qui paraît ces jours-ci aux éditions du Seuil, Les Passeurs de livres de Daraya, Delphine Minoui, que les lecteurs du Figaro connaissent bien, puisqu'elle y est grand reporter, raconte comment les insurgés du printemps arabe de Daraya, dans la banlieue de Damas, bientôt coincés entre la barbarie d'Assad et celle des islamistes, ont réagi en constituant une bibliothèque clandestine avec des livres récupérés sous les décombres. La même racontait ici même comment un groupe d'activistes syriens d'Idlib, dans le nord de la Syrie, non loin d'Alep, résistent à la pression des islamistes en faisant fonctionner un bibliobus à l'intention de la population. La lecture n'est pas seulement ce «vice impuni» dont parlait en 1936 avec humour Valery Larbaud. C'est aujourd'hui la forme indispensable de la résistance spirituelle d'un peuple à tout ce qui l'opprime, à tout ce qui l'écrase.
● L'antisémitisme en france: assez!
Pour la deuxième fois en deux ans, la stèle à la mémoire d'Ilan Halimi, ce jeune Juif enlevé et torturé à mort en 2000 par ceux qui se nommaient eux-mêmes «le gang des barbares», avec à leur tête Youssouf Fofana, a été profanée à Bagneux.
Au-delà de ces actes ignobles, voici le fait massif qui devrait jeter dans la rue, de dégoût et de colère, les Français de toutes appartenances: soixante-quinze ans après Auschwitz, nos compatriotes juifs ont peur. Ils déménagent, ils désertent les banlieues. Ils quittent la France sur la pointe des pieds! Au pays de l'abbé Grégoire, d'Émile Zola, de Marc Bloch et de Jean Moulin, au pays des droits de l'homme ou qui se croit tel, les Juifs ont peur!
Monsieur le Président de la République, c'est à vous que je m'adresse, ainsi qu'à tous les chefs de l'opposition: n'aurons-nous pas enfin une réaction massive, à la hauteur de la honte que nous ressentons? Qu'attendons-nous?
Il m'est arrivé naguère, du temps où la parole était libre, d'être interrogé par mes étudiants sur l'acceptation silencieuse, résignée, par les Français de l'époque, de l'antisémitisme du régime de Vichy et de ses sbires. Ma réponse, la voici: regardez donc la France de 2017 et vous comprendrez!

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Tabou, le viol conjugal reste difficile à traduire en justice (05.11.2017)
Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 05/11/2017 à 20h36 | Publié le 05/11/2017 à 18h28
Pourtant, dans un cas sur quatre des viols enregistrés en 2015, l'auteur présumé était le conjoint ou l'ex-conjoint de la victime.
C'est un tabou que les magistrats lèvent peu à peu, au cas par cas. Le viol intra-conjugal est l'un des contentieux les plus délicats à traiter par les juridictions. Au point que la Chancellerie assure ne disposer d'aucune statistique sur le sujet, affirmant que «parmi toutes les circonstances aggravantes retenues par le Code pénal, la circonstance aggravante “d'intra-familialité” n'existe pas». «Il est donc impossible d'avoir des statistiques précisément», souligne-t-elle. Si cette qualification précise est en effet absente du droit, les viols ou agressions sexuelles commis par un conjoint ou ex-conjoint, concubin, pacsé ou ex-concubin et ex-pacsé, entraînent bien, au vu du Code pénal, une circonstance aggravante.
«Les faits de violences sexuelles au sein du couple connues des forces de sécurité relèvent quasi systématiquement (95%) de l'infraction la plus grave, à savoir celle de viol»
Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains
Selon la base de données du service statistique ministériel de la Sécurité intérieure (SSMSI), «en 2015, 35.000 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées par les forces de sécurité en France hexagonale et d'outre-mer. Parmi elles, 13.730 ont été victimes de viols (…), 92 % des victimes âgées de plus de 15 ans sont des femmes, 44 % ont été victimes d'un viol dont, dans un cas sur quatre, l'auteur présumé est le conjoint ou l'ex-conjoint de la victime». Selon les données collectées et triées par la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), «les faits de violences sexuelles au sein du couple connues des forces de sécurité relèvent quasi systématiquement (95 %) de l'infraction la plus grave, à savoir celle de viol».
Toujours selon les tableaux des forces de sécurité, on compterait près de 2000 femmes victimes enregistrées, de viols ou agressions sexuelles, dans le cadre conjugal. En revanche, «sur les 701 hommes ayant été condamnés pour viol en 2015, seuls 46, soit 7 %, l'ont été pour un acte commis sur leur compagne ou ex-compagne». Quand elle peut s'appliquer, «la justice sait être répressive», souligne Christine Laï, spécialiste de ce contentieux et premier substitut au parquet de Créteil dans le Val-de-Marne, où les violences conjugales sont légèrement au-dessus de la moyenne française. «Si l'on arrive à monter aux assises avec un dossier bien ficelé, il est possible d'atteindre les vingt ans de peine maximum.»
La présomption de consentement supprimée
Il reste que la «déperdition judiciaire», si l'on peut dire, est importante. «Nous retrouvons la question de la preuve… en plus compliquée, explique Christine Laï. Rassembler les charges suffisantes est difficile. Il faut passer un cran supplémentaire pour montrer que l'autre n'est plus d'accord, que les pratiques sexuelles sont désormais imposées et qu'il y a bien eu un signal de la personne pour dire qu'elle n'était plus d'accord. La plupart des dossiers où nous obtenons une condamnation sont ceux où le viol intervient après une rupture. Ne serait-ce que parce que le joug familial aura été rompu et que les personnes seront allées porter plainte plus rapidement.» Ou bien, comme le souligne Me Nathalie Tomasini, associée du cabinet BT, «parce qu'il y aura eu des violences conjugales précédant l'acte, comme ce fut le cas pour Samia Jaber (auteur de Le jour où j'ai dit non, éditions Michalon, NDLR), ou parce que l'auteur est un violeur en série de compagnes et que l'on retrouvera le même modus operandi. Dans la chambre conjugale, il y a encore moins de témoins que dans un parking», poursuit l'avocate. Elle rappelle que «l'effet de terreur que suscitent certains prédateurs» est tel qu'«il est difficile pour les victimes de manifester leur non-consentement».
«La chosification sous forme d'insulte, la mainmise économique ou les maltraitances domestiques quotidiennes rendent les femmes moins opposantes»
Christine Laï, premier substitut au parquet de Créteil dans le Val-de-Marne
«La chosification sous forme d'insulte, la mainmise économique ou les maltraitances domestiques quotidiennes rendent les femmes moins opposantes, explique Christine Laï. Les constats médicaux sont rares. Nous nous fondons donc sur les failles psychologiques et psychiatriques, sur la cohérence du discours et lorsque l'auteur des faits se coupe lors des auditions.»
C'est pour cela que rares sont les cas de viols intra-conjugaux qui arrivent jusqu'à la cour d'assises, et que beaucoup passent par la case de l'audience correctionnelle. Pourtant, avocats et magistrats sont d'accord pour affirmer l'importance des assises. «Après avoir passé l'épreuve du feu de la confrontation, pendant laquelle j'ai parfois vu les chaises trembler tant les victimes étaient terrifiées, ces dernières ont besoin d'aller jusqu'à la reconnaissance du crime de viol», martèle Me Tomasini. Même si, comme elle le fait remarquer, «l'idée du rapport sexuel au sein du couple relève encore souvent, dans l'esprit des jurés, du devoir conjugal, comme il fut longtemps mentionné dans le Code civil». De même, rappelle-t-elle, «ce n'est que très récemment que la présomption de consentement au sein du couple a été supprimée dans le Code pénal».

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Violences conjugales: une formation et un accueil perfectibles dans les commissariats (05.11.2017)
Par Jean-Marc Leclerc
Mis à jour le 05/11/2017 à 20h42 | Publié le 05/11/2017 à 18h35
Si des agents épaulés par des psychologues sont dédiés aux prises des plaintes, la «Grande maison» a encore des progrès à faire en matière d'accueil des personnes violentées ou harcelées.
Les policiers sont-ils suffisamment sensibilisés à la question délicate des violences conjugales? Les agents spécialement formés à cette problématique sont un peu plus de 1300, épaulés par des psychologues et des référents d'associations. Un chiffre à ne surtout pas comparer au total des 150.000 fonctionnaires de police de France, qui incluent aussi bien les agents des services de renseignement de Beauvau que ceux de la PJ ou de la police aux frontières (PAF). «Seuls les fonctionnaires de la Sécurité publique dédiés aux prises des plaintes et à l'accueil dans les commissariats sont concernés, précise une représentante du syndicat Synergie-Officiers. Ils sont peut-être 20.000, en comptant large. Au reste, il ne faut pas perdre de vue que, de nos jours, un policier sur trois est une femme.»
«On parle souvent de femmes mal accueillies dans les commissariats ou les gendarmeries. Cela peut se produire et doit être corrigé»
Un commissaire de police
Il n'en reste pas moins vrai que la «Grande maison» a encore des progrès à faire en matière d'accueil des femmes violentées ou harcelées, mais aussi des hommes battus. «Car il y en a qui franchissent notre porte», assure un officier de police des Hauts-de-Seine en se souvenant du cas d'un collègue policier, victime de sa propre épouse, elle-même fonctionnaire de police!
C'est sous Nicolas Sarkozy que l'État a développé le premier plan ambitieux pour lutter contre ce fléau. En mars 2006, l'ancien chef de l'État, alors ministre de l'Intérieur, avait fait rentrer des psychologues au sein même des commissariats pour améliorer la prise en compte des victimes. Ils sont plus de 70 aujourd'hui. Il avait aussi signé une convention avec les deux grands réseaux d'associations spécialisées dans la lutte contre les violences au sein du couple pour les intégrer au maillage police-gendarmerie. Aujourd'hui, l'Intérieur peut s'appuyer sur plus de 130 correspondants départementaux aide aux victimes et 163 référents violences conjugales.
Un kit pédagogique
La formation initiale des gardiens de la paix comprend trois jours dédiés à l'«intervention dans une situation de violences intrafamiliales». La formation continue, quant à elle, intègre un module de cinq jours sur les «aspects techniques et psychologiques» des violences conjugales. Un kit pédagogique a été diffusé, composé d'un court-métrage, intitulé Anna, et d'une «fiche réflexe» pour aider à l'audition des victimes. Un dispositif d'urgence «téléphone grave danger» permet également d'octroyer un mobile d'alerte pour les victimes les plus exposées à ces maltraitances. La police nationale forme les directeurs de police municipale à ces questions. La gendarmerie dispose des mêmes protocoles.
Un commissaire de police parisien le dit: «On parle souvent de femmes mal accueillies dans les commissariats ou les gendarmeries. Cela peut se produire et doit être corrigé. Mais il ne faudrait pas oublier non plus toutes les fois où les policiers et militaires ont été exemplaires et se sont impliqués dans ces affaires.»
Quant à l'emballement médiatique, ces dernières semaines, autour du harcèlement, il semble laisser les forces de l'ordre de marbre. Dans ces affaires sensibles, les enquêtes exigent de la sérénité.

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Impressionnante marche en hommage à Alexia Daval, la joggeuse assassinée (03.11.2017)
Par Le figaro.fr et AFP agenceMis à jour le 05/11/2017 à 18h26 | Publié le 03/11/2017 à 10h04
EN IMAGES - Plus de 8000 personnes étaient réunies dimanche matin dans les rues de Gray, en Haute-Saône, pour rendre homage à la jeune femme retrouvée morte.
Plus de 8000 personnes étaient réunies dimanche à Gray, en Haute-Saône, pour participer à une marche silencieuse à la mémoire d'Alexia Daval, la joggeuse retrouvée assassinée lundi près de cette ville. «Selon le comptage de la gendarmerie et de la police municipale, il y a actuellement plus de 8000 personnes à la marche silencieuse», a déclaré en fin de matinée à l'AFP Christophe Laurençot. Avant le début de l'hommage, un premier comptage faisait état de 3000 personnes rassemblées sous le hall de départ. «L'heure est au recueillement», a insisté le maire. «La police, la gendarmerie et les services techniques de la commune ont tout fait pour pouvoir accueillir toutes ces personnes dans les meilleurs conditions et en toute sécurité, a-t-il précisé.

Dimanche dans les rues de Gray en Haute-Saône. - Crédits photo : SEBASTIEN BOZON/AFP
La famille d'Alexia a pris la tête de cette marche silencieuse partie peu après 11h00, a constaté un journaliste de l'AFP. Le mari, le père, la mère et la soeur d'Alexia avançaient en se tenant par la main, et portaient des roses blanche et rouge.
Cette marche blanche avait été annoncée jeudi par la mère de la jeune femme Isabelle Fouillot. Cela fait huit jours que sa fille, Alexia Daval, a disparu lors de son footing avant d'être retrouvée lundi. Son corps calciné avait été dissimulé sous des branchages dans un petit fossé du bois de Velet-Esmoulin, à plusieurs kilomètres du parcours que la jeune femme empruntait pour courir.
Cette marche silencieuse, de 2,5 kilomètres, a lieu entre les deux ponts de Gray. Sans «banderole, ni message, ni revendication», les participants étaient invités «à amener une rose qui pourra être déposée devant notre commerce en fin de marche», a dit la mère de la jeune femme. Les parents d'Alexia tiennent un bar-PMU.
Les obsèques d'Alexia auront lieu mercredi 8 novembre à 14H30 en la basilique de Gray, a annoncé le maire.
«Plein d'indices ont pu être recueillis»
Samedi soir, une source proche du dossier a indiqué à l'AFP que la jeune femme avait été étranglée, et qu'elle n'aurait pas été violée. La procureure de Besançon, Edwige Roux-Morizot, contactée par l'AFP, n'a pas confirmé cette information. La magistrate tiendra une conférence de presse lundi à 11h00. Vendredi, elle avait indiqué connaître «les causes de la mort d'Alexia, mais des examens complémentaires sont encore nécessaires pour en connaître le détail». «Plein d'indices ont pu être recueillis» et «l'autopsie a permis de conclure à un certain nombre d'éléments intéressants pour l'enquête», avait confié la magistrate.
Des rassemblements ont été organisés samedi dans plusieurs villes. Des centaines de personnes ont rendu hommage à la joggeuse en courant à Paris, Beançon, Lille ou Marseille.

Samedi, à Lille, une course en hommage à la jeune femme. - Crédits photo : FRANCOIS LO PRESTI/AFP
A Paris, 200 personnes, pour la plupart des femmes, vêtues de noir avec un détail rose comme un bandana, un T-shirt ou un sac à dos, sont parties à 10h30, après une salve d'applaudissements, de la place de la Bastille pour parcourir quelque 5 km jusqu'à l'Opéra-Garnier.

À Gray, des passants rendent hommage à Alexia Daval, assassinée le week-end du 28 octobre. - Crédits photo : SEBASTIEN BOZON/AFP
Un mouvement de solidarité que le père d'Alexia Daval avait commenté au micro de RTL: «On tient le coup par rapport à toutes les affections qu'on nous porte. (...) On réalise que les gens sont avec nous, qu'il y a une forte mobilisation de soutien, d'amour. On n'est pas seuls». Tout en reconnaissant que pour sa famille, «c'est une tragédie». «C'est l'inacceptable qui est arrivé, le drame le plus complet commis par un ou des monstre(s)».
Le ou les auteurs de ce crime restent encore inconnus.

Réchauffement climatique : un rapport américain pointe la responsabilité de l'homme (04.11.2017)
Par Alexis Feertchak et AFP agenceMis à jour le 04/11/2017 à 16h45 | Publié le 04/11/2017 à 11h36
Alors que la nouvelle conférence sur les changements climatiques s'ouvre ce lundi en Allemagne, le gouvernement américain a autorisé la publication d'un rapport qui conforte la thèse d'un réchauffement climatique causé par l'homme. Des conclusions qui isolent les climatosceptiques de la Maison-Blanche.
Sur le dossier du réchauffement climatique, le président américain Donald Trump est de plus en plus isolé, jusqu'au sein même de son administration, alors que s'ouvre lundi à Bonn en Allemagne la 23e Conférences des parties, ou COP23, régie par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.
Le gouvernement américain a en effet approuvé vendredi la publication d'un important rapport scientifique qui évoque la nature du changement climatique. Ce dernier, bien réel, résulterait très certainement des activités humaines et affecterait déjà la vie des Américains.
Ces conclusions contredisent les déclarations de nombreux membres de l'Administration Trump, y compris celles du président, ambigu sur le sujet. Le «Fourth National Climate Assessment» (quatrième évaluation nationale du climat), mandaté par le Congrès, est publié tous les quatre ans mais ne fait pas de recommandations. Il a été approuvé par l'Académie américaine des sciences et a reçu le feu vert de la Maison-Blanche pour être rendu public.
Durant sa campagne électorale Donald Trump avait qualifié le changement climatique de «canular chinois» visant à pénaliser l'économie américaine avant d'annoncer en juin le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat. «Le climat des États-Unis est fortement imbriqué dans le changement du climat terrestre», écrivent pourtant les auteurs du document final concluant que «la période actuelle est la plus chaude de l'histoire de la civilisation moderne». La température annuelle moyenne de l'air à la surface du globe a augmenté d'un degré Celsius au cours des 115 dernières années (1901-2016).

Une usine de charbon dans l'Utah. En matière énergétique, Donald Trump a promis d'aider ce secteur, que Barack Obama souhaitait limiter. - Crédits photo : GEORGE FREY/AFP
Certitude du rôle de l'homme
Les dernières années ont vu un nombre record de phénomènes météorologiques extrêmes liés au climat -sécheresse, ouragans, fortes précipitations, etc. - tandis que les trois dernières années ont été les plus chaudes sur la planète dans les annales qui remontent à 1880, pointe le rapport. Selon les auteurs «ces tendances devraient persister durablement». Aux États-Unis, les changements les plus importants ont été constatés dans le nord est avec des canicules plus fréquentes depuis les années 1960 alors que des vagues de froids sont plus rares. La température annuelle moyenne sur la partie continentale des États-Unis a progressé d'un degré entre 1901 et 2016. Pour la période 2021-2050, la hausse devrait atteindre 1,4 degré de plus.
Cette évaluation de l'état du climat conclut également que sur «la base de très nombreux indices, il est extrêmement probable que les activités humaines, surtout les émissions de gaz à effet de serre, sont la principale cause du réchauffement observé depuis le milieu du 20e siècle». Ces conclusions contredisent les affirmations de Donald Trump et de membres de son Administration, dont notamment Scott Pruitt, le directeur de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), un climato-sceptique proche du secteur des énergies fossiles. Selon ce dernier, la contribution humaine au changement du climat est «incertaine» et la capacité de prévoir ses effets est de ce fait limitée. Des milliers d'études scientifiques ont pourtant mesuré la montée des températures à la surface du sol, des océans et dans l'atmosphère et constaté la fonte accélérée des glaciers, la diminution de la couverture neigeuse, la réduction de la banquise, la montée du niveau des océans et l'acidification de leurs eaux.

Les îles Fidji après le cyclone Winston en 2016. Le premier ministre de cet archipel, qui va présider la COP23, estime que «le réchauffement climatique a déjà des effets désastreux». - Crédits photo : STEVEN SAPHORE/AFP
Les États-Unis isolés avant l'ouverture de la COP23
Le «Climate Science Special Report» qui fait partie de l'évaluation nationale du climat (National Climate Assessment) «est un examen de la science du changement climatique qui fait autorité et se concentre sur les États-Unis», a souligné David Fahey, directeur de la division des sciences chimiques à la NOAA, un des principaux coordinateurs du rapport. Il s'est également dit «très confiant» en réponse à une question, «sur le fait qu'il n'y a eu aucune interférence politique dans le message scientifique du rapport» précisant avoir eu avec ses collègues «un grand nombre d'échanges avec l'administration actuelle et les treize agences fédérales».
Ce rapport américain tombe à pic pour les partisans de l'accord de Paris alors que la COP23 s'ouvre ce lundi pour préparer la mise en œuvre des engagements pris il y a deux ans par les États signataires, qui se sont donnés pour objectif de limiter à 2°C l'augmentation des températures. Si Donald Trump a remis en cause le 1er juin dernier l'accord signé en 2015 par son prédécesseur Barack Obama, il ne peut pas légalement s'en retirer avant novembre 2020. Le président américain peut en revanche freiner des quatre fers dans les négociations qui auront lieu lors de cette nouvelle conférence, qui s'annonce très technique. Washington pourrait notamment s'opposer, comme par le passé, au principe du pollueur-payeur et au projet d'une taxe sur les hydrocarbures. En matière écologique, les États-Unis seront néanmoins très isolés.
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De nouvelles accusations visent Tariq Ramadan (04.11.2017)

Par Le figaro.fr
Publié le 04/11/2017 à 22h02
Quatre femmes assurent dans La Tribune de Genève avoir été harcelées et même avoir eu des relations sexuelles avec l'islamologue, déjà visé par deux récentes plaintes pour viol, alors qu'elles étaient adolescentes.
Les faits remontent aux années 1980 et 1990. À l'époque, le théologien Tariq Ramadan n'était pas encore un personnage médiatique, il enseignait dans sa ville natale de Genève, au Cycle des Coudriers puis au Collège de Saussure. La Tribune de Genève a recueilli le témoignage de quatre femmes qui assurent avoir été harcelées et même avoir eu des relations sexuelles avec lui, sous son emprise. Ses accusations s'ajoutent à deux récentes plaintes pour viol. Une enquête préliminaire a été ouverte la semaine dernière à Paris pour «viol, agression sexuelle, violences et menaces de mort». Tariq Ramadan, 55 ans, fait également l'objet d'une deuxième plainte, dans laquelle sont dénoncés des faits similaires.
« Avant d'être ce leader musulman, il était un homme tordu, intimidant (...).»
L'une des anciennes élèves de Tariq Ramadan
Les quatre femmes qui ont accepté de témoigner sous couvert d'anonymat pour le quotidien suisse sont toutes d'anciennes élèves, alors âgées de 14 à 18 ans. La plus jeune explique qu'elle a refusé les avances de Tariq Ramadan et s'être ensuite attiré les foudres de son professeur. «Avant d'être ce leader musulman, il était un homme tordu, intimidant, qui usait de stratagèmes relationnels pervers et abusait de la confiance de ses élèves», abonde une autre. Cette dernière affirme avoir des «relations intimes» à trois reprises avec lui. Alors âgée de 15 ans, elle n'avait pas la majorité sexuelle, qui est fixée à 16 ans en Suisse.
Une troisième raconte avoir été abusée et violentée par Tariq Ramadan alors qu'elle avait 18 ans: «Cela s'est passé trois fois, notamment dans sa voiture. C'était consenti mais très violent. J'ai eu des bleus sur tout le corps. Il m'a toujours fait croire que je l'avais cherché. L'histoire s'est sue et il m'a menacée, en exigeant le silence de ma part.» La dernière, qui n'évoque ni menace ni violence, détaille une «relation malsaine». «J'étais fascinée, sous son contrôle. Il me prenait, me jetait, instaurait une relation de dépendance», explique-t-elle. Les faits sont aujourd'hui prescrits.
Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, bénéficie d'une forte popularité dans les milieux musulmans conservateurs. Brillant orateur, le professeur d'Études islamiques contemporaines à Oxford est toutefois accusé par ses détracteurs de tenir un double discours, modéré sur les plateaux télévisés où il excelle, et radical devant des publics plus restreints et acquis à ses propos. Dans une première réaction, le week-end dernier sur Facebook, l'islamologue controversé avait affirmé qu'il était victime d'une «campagne de calomnie», enclenchée par ses «ennemis de toujours».

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Andres Serrano expose son Piss Christ à l'air libre à Pékin (05.11.2017)
Par Valérie Duponchelle
Mis à jour le 05/11/2017 à 18h53 | Publié le 05/11/2017 à 15h42
INFO LE FIGARO - Pour sa première exposition en Chine, l'artiste choc de New York est venu avec ses pièces les plus polémiques. Il les a complétées d'une nouvelle série «Made in China». Visite en avant-première.
En matière d'art, de sens, d'interdits, de symboles, de provocation et de censure, tout est décidément question de contexte. Avignon et Pékin, ce n'est pas du tout le même combat.
Rapport d'échelle: l'affiche de Pékin joue sans hésiter sur le monumental du lieu.
Rapport d'échelle: l'affiche de Pékin joue sans hésiter sur le monumental du lieu. - Crédits photo : Nathalie Obadia
En France, terre judéo-chrétienne sous le régime républicain depuis la loi 1905 qui établit la séparation entre l'Église et l'État, la croix qui couronne la statue de Jean-Paul II par le sculpteur monumentaliste géorgien Zourab Tsereteli à Ploërmel (Morbihan) paraît naturelle sur une paroisse bretonne truffée de croix et de calvaires, mais gêne les rares laïcistes qui s'appuient sur la loi à la lettre et fait encore bouillonner tous les esprits.
En Chine, les prises de position frontales de l'artiste dissident Ai Weiwei contre le pouvoir central l'ont conduit au cachot pendant 81 jours en 2011 et lui valent régulièrement d'être omis in fine dans des expositions officielles sur l'art contemporain chinois.
L'actualité de notre monde globalisée montre que ce débat éternel entre liberté d'expression et terre d'accueil des artistes n'est pas mort: il renaît sans cesse différemment selon son cadre et l'époque.
Traces du sacré à Beaubourg
Au printemps 2011, l'artiste américain Andres Serrano exposait à la Collection Lambert une œuvre ancienne de 1987 bien connue de tous les musées, Immersion, Piss Christ figurant un crucifix en plastique plongé dans l'urine et questionnant le rapport des Body fluids et du sacré.
Elle fut montrée sans encombre au coeur même du Centre Pompidou dans l'exposition savante de Jean de Loisy, Traces du sacré, du 7 mai au 11 août 2008. Mais elle fut soudain jugée blasphématoire lorsqu'elle s'afficha sans plus d'explications dans la rue d'Avignon, en pleine Semaine Sainte en 2011. Les blogs et pétitions des milieux chrétiens militants dénoncèrent alors sa présence dans une exposition soutenue par des fonds municipaux. Cette colère, devenue rage, se solda par la destruction de deux œuvres de Serrano à la Collection Lambert.
L'artiste américain Andres Serrano à la rencontre du public chinois. Derrière lui, sa plus célèbre image qui n'a cessé de créer la polémique depuis 1987. - Crédits photo : Nathalie Obadia
À Pékin en revanche, cette image, a priori radieuse et innocente lorsque l'on ne connaît pas son titre et son propos, est paisiblement affichée en taille XXL en façade du Red Brick Art Museum. Elle annonce la couleur, du haut du bâtiment de 20.000 m2 dans le «No.1 International Art District». C'est le drapeau choisi pour l'exposition événement, Andres Serrano: An American Perspective, qui s'y tient jusqu'au 25 février 2018.
Un public curieux visite l'exposition de Pékin.
Un public curieux visite l'exposition de Pékin. - Crédits photo : Nathalie Obadia
«Ni scandale ni cris, juste beaucoup de curiosité et d'intérêt du public chinois pour cet artiste né à New York à l'été 1950 qui se définit comme chrétien et qui réfute l'idée d'avoir voulu concevoir un blasphème en image», souligne sa galeriste de Paris et Bruxelles, Nathalie Obadia qui l'a suivi dans sa nouvelle aventure extrême-orientale.
Depuis 1987 et cette image qui lui a valu à la fois scandale, insultes et reconnaissance internationale, Andres Serrano s'en est déjà expliqué des dizaines de fois, notamment au Théâtre antique lors des Rencontres d'Arles 2016.
Made In China est la nouvelle série d'Andres Serrano sur le mariage en Chine et la diversité des identités qu'elle révèle.
Made In China est la nouvelle série d'Andres Serrano sur le mariage en Chine et la diversité des identités qu'elle révèle. - Crédits photo : Nathalie Obadia
Piss Christ fait partie des 53 travaux photographiques présentés à Pékin, à côté de 16 œuvres vidéos de l'artiste du choc visuel.
À l'issue de sa résidence d'été au Red Brick Art Museum, Andres Serrano a complété ses séries historiques par une nouvelle série Made In China qui explore le thème du mariage chinois pour sonder la question de la diversité.
Pour la réaliser, comme pour sa série ultra crue The History of Sex, il a lancé des appels à candidatures aux nouveaux mariés, mais aussi aux célibataires, hommes et femmes, et aux divorcés de tous âges et de tous milieux. Les élus apparaissent en habits traditionnels et dans des situations volontairement dramatisés devant l'objectif d'Andres Serrano.
Cette série de portraits est dans le sillage des précédentes, la série Budapest (1994), la série America(2001) vue magistralement au musée de Vence (Ainsi Soit-il, en mai 2015), à Bruxelles en 2016 (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique) et à la MEP à Paris en janvier 2017, et la série Cuba (2012) qui marqua les dernières heures de la Galerie Yvon Lambert dans le Marais.
Donald Trump forever
Andres Serrano, égal à lui-même dans sa tenue néo-gothique de New Yorkais.
Andres Serrano, égal à lui-même dans sa tenue néo-gothique de New Yorkais. - Crédits photo : Nathalie Obadia
Actualité oblige, le portrait du président américain Donald Trump, pris par Andres Serrano en 2004 lorsqu'il n'était qu'un milliardaire américain bronzé, coiffé, satisfait, égal à lui-même, est montré au public chinois pour la première fois.
L'artiste de New York a commencé sa série Americaaprès le drame du 11 septembre: elle comprend 115 personnages, des héros comme les pompiers qui risquèrent leur vie dans les décombres des Twin Towers, des descendants des Native Americans c'est-à-dire des Indiens massacrés par les colons, des petites filles outrancièrement maquillées en reines de beauté, des femmes liftées jusqu'à la caricature, des gloires du showbiz, de Hollywood et du jazz noir... et même un maquereau bijouté.
La réalité lui inspire des rapprochements chocs. Sa série Objects of Desire (1992) fait ainsi des zooms dérangeants sur les armes à feu, calamité de la nation américaine et de ses massacres à répétition. Sa série Torture, présentée en entier à la Collection Lambert à l'été 2016, reprise en partie plus homéopathique au Petit Palais cet automne, est une succession de natures mortes sur les instruments de torture du Moyen-Âge et de bizarres portraits de volontaires cagoulés dans la position des suppliciés. A Avignon, à la Collection Lambert, la mise en scène de tous ces torturés contemporains, musclés, tatoués, trop citadins pour être réalistes, renvoyait parfois à une imagerie théâtrale, voire sado-maso et complaisante.
Au Petit Palais, jusqu'au 14 janvier 2018, par son accrochage toujours juste et mieux dosée, cette même série se mélange parfaitement avec les grandes peintures religieuses où la souffrance est là pour dire la transcendance. La superbe série caravagesque d'Andres Serrano sur les SDF dans les rues de New York y trouve sa place pleine et entière et ne souffre pas de la comparaison avec les maîtres.
Ce diable d'artiste est un passionné de peinture et d'art religieux . Et cela se voit.

Andres Serrano, c'est toute l'Amérique et la rue de New York dans sa liberté d'expression, son goût de l'action et aussi sa décontraction face au public. - Crédits photo : Nathalie Obadia
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Plusieurs centaines de manifestants interpellés en Russie (05.11.2017)
Par Le figaro.fr
Mis à jour le 05/11/2017 à 18h16 | Publié le 05/11/2017 à 17h07
EN IMAGES - Des centaines de personnes s'étaient rassemblées dans plusieurs villes du pays pour manifester contre Vladimir Poutine à l'appel d'un opposant radical jusque-là considéré comme marginal.
Ils avaient répondu à l'appel d'un opposant radical considéré jusque-là comme marginal. La police russe a arrêté dimanche plus de 400 personnes qui s'étaient rassemblées à travers le pays pour manifester contre le président Vladimir Poutine. Ancien candidat aux élections législatives en 2016 et animateur d'une chaîne politique très suivie sur YouTube, Viatcheslav Maltsev, avait appelé sur son site Internet à une «révolution du peuple» via des rassemblements à travers toute la Russie pour renverser le pouvoir de Vladimir Poutine. L'ONG russe OVD-Info, spécialisée dans le suivi des arrestations, faisait état dimanche soir de plus de 412 arrestations, dont 376 à Moscou et 13 dans la deuxième ville du pays, Saint-Pétersbourg. La police a annoncé l'interpellation de 263 personnes dans la capitale.
Selon l'agence de presse TASS, nombre des personnes arrêtées étaient en possession de couteaux, de coups-de-poing américains et d'armes pouvant tirer des balles en caoutchouc. Les manifestants à Moscou ont été interpellés près du Kremlin par les policiers dont certains étaient casqués et portaient des gilets pare-balles. Selon OVD-Info, les manifestants détenus devaient être interrogés par les employés du Comité d'enquête, chargé des principales affaires criminelles en Russie. Également arrêté, un journaliste de la radio d'opposition Écho de Moscou, Andreï Iejov, a posté une vidéo prise de l'intérieur d'un fourgon de police, précisant que la plupart des manifestants arrêtés étaient âgés d'une vingtaine d'années. Il a ensuite été relâché sans poursuites.

Selon l'agence de presse TASS, nombre des personnes arrêtées étaient en possession de couteaux, de coups-de-poing américains et d'armes pouvant tirer des balles en caoutchouc. - Crédits photo : MAXIM ZMEYEV/AFP
L'organisateur des manifestations de dimanche, Viatcheslav Maltsev, a fui la Russie et posté un message depuis Paris après qu'un tribunal de Moscou a émis contre lui un mandat d'arrestation pour appel à des activités extrémistes. Son mouvement, Artpodgotovka, un terme militaire désignant une offensive d'artillerie, a été interdit par la justice en octobre. L'intéressé dit ne pas diriger de mouvement politique concret. Personnalité politique peu médiatisée, Viatcheslav Maltsev a participé aux législatives de 2016 en tant que membre d'une coalition incluant l'ancien premier ministre et opposant Mikhaïl Kassianov. L'opposant barbu de 53 ans se décrit comme un «nationaliste russe». Il appelle dans une vidéo diffusée samedi ses partisans à «dire non au régime de Poutine».

A Moscou. - Crédits photo : MAXIM ZMEYEV/AFP
Les services de sécurité russes, le FSB, avaient indiqué vendredi avoir arrêté à Moscou et dans sa région un groupe de partisans de Viatcheslav Maltsev qui préparait des «actes extrémistes d'ampleur» les 4 et 5 novembre, notamment en mettant le feu à des bâtiments gouvernementaux et en attaquant des policiers. Les forces de l'ordre ont saisi une quinzaine de cocktails Molotov. Selon le FSB, la police a également détenu cinq groupes de partisans de Viatcheslav Maltsev dans d'autres villes russes. Viatcheslav Maltsev a déclaré de son côté à la chaîne d'opposition Dojd que le FSB avait arrêté plus de 100 de ses partisans.

Evacuations dans le centre de Moscou après des alertes à la bombe
Des alertes à la bombe ont entraîné dimanche l'évacuation du théâtre moscovite du Bolchoï, de l'hôtel Metropol et du Goum, le grand magasin qui se trouve sur la place Rouge, rapportent les agences de presse russes.
Selon Ria, 5000 personnes ont été évacuées du Goum et de l'hôtel. Un cordon de sécurité a été déployé autour du grand magasin et du Bolchoï, rapporte un journaliste de Reuters sur place.
Des appels téléphoniques anonymes avaient déjà perturbé les activités de plusieurs centres commerciaux, de gares ferroviaires et d'organismes publics, ces deux derniers mois. Il s'agissait dans tous les cas de fausses alertes. Aucune n'a été revendiquée.
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Le pape François accélère le rapprochement avec l'islam (23.05.2016)
Par Jean-Marie Guénois
Mis à jour le 23/05/2016 à 18h53 | Publié le 23/05/2016 à 15h50
VIDÉO - En recevant, lundi, au Vatican le grand imam de l'université Al-Azhar du Caire, le pape François confirme sa volonté de mener un dialogue actif avec l'islam.
Le pape François sait que les gestes parlent plus que les paroles. Il vient encore de le démontrer, lundi 23 mai, en recevant au Vatican la plus haute autorité intellectuelle de l'islam sunnite, en la personne du Grand Imam de l'université al-Azhar du Caire (Égypte), le professeur Ahmed al-Tayeb.
Plus qu'un long discours que beaucoup attendaient sur les relations entre l'Église catholique et l'islam, François a donné une accolade publique à son hôte avant leur entretien privé dans sa bibliothèque, où il reçoit habituellement les chefs d'État.
Et pour être bien compris dans sa démarche, le Pape est même sorti du protocole pour lancer cette petite phrase en direction des journalistes présents: «Le message, c'est notre rencontre!»
De fait, le communiqué officiel publié par le Vatican est sans surprise. On qualifie de «très cordiale» l'ambiance entre le Pape et l'imam. On soulève un coin du voile sur ces conversations d'une demi-heure à huis clos: «la paix dans le monde», «le refus de la violence et du terrorisme», «la situation des chrétiens»au Moyen-Orient et «leur protection».
Sujets importants mais tellement attendus que la phrase à la volée du Pape est probablement le point clé de ce rendez-vous inédit. Il s'inscrit d'ailleurs dans la logique d'un autre geste spectaculaire posé par François, le 16 avril 2016, quand il ramena de l'île de Lesbos (Grèce) trois familles musulmanes syriennes en Europe.
Le Vatican pouvait donc se féliciter, mardi de la «haute signification» de cette visite d'un dignitaire aussi symbolique du monde musulman, car, en la matière, il revient de loin.
Le cardinal français Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, et à ce titre chargé des relations avec l'islam, en sait quelque chose. Si le pape François exprime une forte volonté de rapprochement avec l'islam, ce cardinal en est l'artisan. Brillant ministre des Affaires étrangères de Jean-Paul II, il fut nommé à ce poste par Benoît XVI en 2007 alors que les relations avec l'islam allaient au plus mal.
Dans cette fonction, ce grand diplomate a d'ailleurs essuyé deux tempêtes mémorables venues toutes deux de… cette prestigieuse université al-Azhar. Sans pouvoir réel sur l'islam sunnite, cette institution en donne toutefois la température. Elle est aussi pour le Vatican l'un des rares interlocuteurs représentatifs, car le Saint-Siège se trouve face à un islam totalement divisé par nations.
Par deux fois, donc, cette université a «suspendu» ses relations avec le Vatican: en 2006, contre l'allusion à la «violence» de l'islam proférée à Ratisbonne par Benoît XVI. En 2011, quand ce même pape osa dénoncer «la stratégie de violence» à la suite de l'attentat du 1er janvier qui tua 21 chrétiens devant une église copte égyptienne. Fâché, l'imam Ahmed al-Tayeb avait condamné l'attentat, mais il avait qualifié «d'ingérence inacceptable» la position de Benoît XVI.
Le cardinal Tauran pouvait ainsi assurer, mardi soir: «Nous n'avons pas parlé du passé mais du présent et du futur. Il y a, chez notre partenaire, un grand désir de reprendre le dialogue. 
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Pape François: «Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique» (31.07.2016)
Par Jean-Marie Guénois
Mis à jour le 01/08/2016 à 14h23 | Publié le 31/07/2016 à 23h04
VIDÉOS - Au retour des JMJ de Pologne, questionné dans l'avion par les journalistes, le pape François a expliqué sa vision des attentats perpétrés au nom de l'islam. Voici le texte intégral de sa réponse.
De notre envoyé spécial à Cracovie
Comme à son habitude au retour de voyage le pape François a répondu, dimanche 31 juillet, aux questions des journalistes qui l'accompagnaient sur le vol, Cracovie-Rome dans un avion de la LOT, la compagnie nationale polonaise.
Le vol était court, le pape était fatigué après cinq journées de voyages intenses en Pologne où il avait présidé les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) sur lesquelles il fait un rapide commentaire: «J'aime parler avec les jeunes et j'aime les écouter. Ils me mettent toujours en difficulté parce qu'ils me disent des choses auxquelles je n'avais pas pensées ou que je pensais vaguement. Les jeunes sont inquiets et créatifs.”
Il a ensuite refusé de se prononcer sur la situation de la Turquie sur laquelle il était aussi questionné et ses arrestations en masse parce qu'il n'était «pas encore sûr des informations reçues à propos de ce qui se passe vraiment». Mais il a fait remarquer deux choses aux journalistes. La première est que: «Quand j'ai dû dire quelque chose qui ne plaisait pas à la Turquie et sur une information certaine, je l'ai dite, avec les conséquences que vous connaissez.» Se justifiant ainsi: «C'est la vertu de prudence, mais vous êtes témoins que quand j'ai dû dire quelque chose qui touchait la Turquie, je l'ai dite». Et la seconde chose: «C'est vrai que l'on doit toujours éviter le mal aux catholiques».
Ce qui a introduit une question sur le fait qu'il se refusait à parler d'islamistes ou de musulmans pour commenter des attentats pourtant commis au nom de l'islam, comme celui du Père Hamel, mais qu'il utilisait toujours le mot «terroristes».
«Je crois qu'il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons»
François a d'abord répondu: «Je n'aime pas parler de violence islamique, parce qu'en feuilletant les journaux je vois tous les jours que des violences, même en Italie: celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre… et ce sont des catholiques baptisés! Ce sont des catholiques violents. Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique. Non, les musulmans ne sont pas tous violents, les catholiques ne sont pas tous violents. C'est comme dans la macédoine, il y a de tout… Il y a des violents de cette religion…»
Puis il a continué sur la question du fondamentalisme: «Une chose est vraie: je crois qu'il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons. Quand le fondamentalisme arrive à tuer… mais on peut tuer avec la langue comme le dit l'apôtre Jacques, ce n'est pas moi qui le dit. On peut aussi tuer avec le couteau, non?»
Pour conclure et redire le fond de sa pensée: «Je crois qu'il n'est pas juste d'identifier l'islam avec la violence, ce n'est pas juste et ce n'est pas vrai. J'ai eu un long dialogue avec le grand iman de l'université Al-Azhar et je sais ce qu'ils pensent. Ils cherchent la paix, la rencontre.»
Il a ensuite évoqué la situation en Afrique noire où «des musulmans veulent faire le Jubilé de la Miséricorde». Sans nommer le pays dont il parlait le pape a assuré, sur la base du récit que lui a fait un nonce que ces musulmans font la queue avec les catholiques pour passer «la porte sainte» [il y dans toutes les basiliques, cathédrales, sanctuaires du monde une porte sainte, comme à Saint-Pierre de Rome, pour permettre aux catholiques de franchir la porte sainte, l'un des actes religieux prévus par le Jubilé de la miséricorde, une année sainte en cours qui se termine en novembre prochain ndlr.] François de raconter «la majorité» de ces musulmans «avance pour prier à l'autel de la Vierge».
Et de conclure: «Ce sont des frères! Quand je suis allé en République Centrafricaine, je suis allé les voir et l'iman est aussi monté sur la papamobile. On peut vivre ensemble bien.»
«Oui, nous pouvons dire que le soi-disant ISIS est un État islamique qui se présente comme violent. Mais on ne peut pas dire, ce n'est pas vrai et ce n'est pas juste, que l'islam soit terroriste»
Il a ensuite complété sa longue réponse sur le sujet par une réflexion sur la cause, selon lui, de l'existence de groupes fondamentalistes: «Il y a des petits groupes fondamentalistes. Et je me demande, c'est une question: combien de jeunes, nous, Européens, avons laissé, vides d'idéal, qui n'ont pas de travail, s'approchent de la drogue, de l'alcool? Ils vont là-bas et ils s'enrôlent dans les groupes fondamentalistes.»
Ce qui l'a conduite à marteler une nouvelle fois sa pensée qui refuse tout amalgame entre violence et islam, ou islam et terrorisme: «Oui, nous pouvons dire que le soi-disant ISIS est un État islamique qui se présente comme violent. Quand ils présentent leur carte d'identité, ils font voir comment ils tuent les Égyptiens sur les côtes libyennes ou autre, mais ceci est un petit groupe fondamentaliste, qui s'appelle ISIS. Mais on ne peut pas dire, ce n'est pas vrai et ce n'est pas juste, que l'islam soit terroriste.»
Relancé par une question sur l'initiative qu'il pourrait lancer de façon à aider l'islam à lutter contre ce phénomène, le pape François a répondu qu'il considérait plutôt «le dieu argent» comme «un terrorisme de base»: «Le terrorisme est partout. Pensez au terrorisme tribal dans certains pays africains. Le terrorisme est aussi… je ne sais pas si je peux le dire car c'est un peu dangereux, mais le terrorisme grandit lorsqu'il n'y a pas d'autre option. Et au centre de l'économie mondiale, il y a le Dieu argent, et non la personne, l'homme et la femme, voilà le premier terrorisme. Il a chassé la merveille de la création, l'homme et la femme, et il a mis là l'argent. Ceci est un terrorisme de base, contre toute l'humanité. Nous devons y réfléchir.»
«Si j'exprimais un jugement en faveur ou contre le cardinal Pell cela ne serait pas bon parce que je jugerais avant la justice»
Le pape enfin, a été questionné sur deux autres sujets, dont la nouvelle mise en cause pour une supposée affaire de pédophilie, en Australie, du cardinal Pell, Australien et actuel ministre de l'économie au Vatican: «Les premières informations qui sont arrivées sont confuses, elles remontent à une quarantaine d'années, et la police, dans un premier temps, n'en avait pas fait état. Aujourd'hui les dénonciations sont dans les mains de la justice. Et il ne faut pas juger avant que la justice ne juge. Si j'exprimais un jugement en faveur ou contre le cardinal Pell cela ne serait pas bon parce que je jugerais avant la justice. Il y a un doute et c'est un principe clair du droit «in dubbio pro reo» [c'est la présomption d'innocence, «le doute profite à l'accusé» ndlr.]. Mais nous devons attendre ce que va dire la justice et ne pas poser un jugement médiatique ou faire des bavardages parce que cela n'aide pas. Une fois que la justice se sera prononcée, moi je parlerai.»
Questionné enfin sur la chute qu'il avait faite lors de la messe, jeudi au sanctuaire de Częstochowa, il a répondu avec beaucoup d'humour qu'il allait «très bien» décrivant ce qui s'était passé: «Je regardais l'image de la Vierge et j'ai oublié qu'il y avait des marches de l'autel! Avec l'encensoir en mains, je me suis donc laissé tomber et cela m'a sauvé car si j'avais essayé de résister, cela aurait eu des conséquences».
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Rémi Brague : ne pas renvoyer dos à dos islam et christianisme (01.08.2016)
Par Rémi Brague
Mis à jour le 01/08/2016 à 11h54 | Publié le 01/08/2016 à 11h48
FIGAROVOX/TRIBUNE - Le pape a déclaré que s'« il devait parler de violence islamique, alors il devait (aussi) parler de violence catholique». Le philosophe Rémi Brague rappelle que les textes sacrés des deux religions ne justifient pas la violence de la même manière.

Le FigaroVox publie de nouveau cette tribune de Rémi Brague, parue le 24 mai dernier. Le philosophe, professeur émérite à la Sorbonne, était alors «perplexe» quand le pape relevait une similitude dans l'esprit de conquête de l'islam et du christianisme. Une perplexité qui fait écho aux propos tenus ce dimanche par le pape Français à propos de la violence islamique et de la violence catholique.
Rémi Brague est un philosophe français, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive. Membre de l'Institut de France, il est professeur émérite de l'Université Panthéon-Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, notamment Europe, la voie romaine (éd. Criterion, 1992, rééd. NRF, 1999), il a dernièrement publié Le Règne de l'homme: Genèse et échec du projet moderne (éd. Gallimard, 2015) et Où va l'histoire? Entretiens avec Giulio Brotti (éd. Salvator, 2016).

Les déclarations publiques du pape François suscitent toujours l'intérêt. L'entretien accordé par le Souverain Pontife à deux journalistes de La Croix, publié dans ledit quotidien le 17 mai, contient ainsi une quantité de choses excellentes, et même réjouissantes. Par exemple, sa conception du rôle que le christianisme pourrait et devrait jouer envers les cultures, dont l'européenne, ou encore ses réflexions sur les causes de la crise migratoire et son traitement possible, enfin son amusante dénonciation du cléricalisme. Il y a là-dedans de quoi provoquer une réflexion approfondie, et l'on souhaite que nos décideurs en prennent de la graine.
D'autres points sont affaire de goût, et le mien ne coïncide pas toujours avec celui du Pape. Ainsi, nommer sur le même plan Maurice Blondel et Jean Guitton, et plus encore les deux jésuites Henri de Lubac et Michel de Certeau, me fait personnellement un peu sourire. Mais rien ne prouve que ce soit mon goût qui soit le bon…
« L'idée de conquête est inhérente à l'âme de l'islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l'Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations »
Pape François
En revanche, un passage suscite en moi une perplexité certaine, et c'est celui sur l'islam. Là aussi, il contient d'ailleurs de très bonnes choses, par exemple sur l'imprudence arrogante avec laquelle l'Occident a essayé d'imposer son régime politique à des régions mal préparées. Il est juste aussi de dire que la coexistence entre chrétiens et musulmans est possible, même si les exemples de l'Argentine, avec son 1,5% de musulmans, et surtout du Liban, doivent être pris avec prudence. Tant qu'il s'agit de faire vivre ensemble des personnes, qu'il est déjà maladroit de réduire à leur seule affiliation religieuse, on a le droit d'espérer et le devoir d'agir en ce sens.
L'entreprise devient plus difficile là où l'on compare non plus des personnes, mais des systèmes religieux considérés dans leurs documents normatifs. De ce point de vue, un passage des propos du pape François attire l'œil: «L'idée de conquête est inhérente à l'âme de l'islam, il est vrai. Mais on pourrait interpréter avec la même idée de conquête la fin de l'Évangile de Matthieu, où Jésus envoie ses disciples dans toutes les nations». Voici le passage évoqué: «Allez donc, faites des disciples (“mathèteuein”, en grec) de toutes les nations, baptisant les gens (…), leur enseignant (“didaskein”) à observer tout ce que je vous ai commandé (Matthieu, 28, 19)».
Le but du christianisme est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir.
On peut appeler «conquête» la tâche de prêcher, d'enseigner et de baptiser. Il s'agit bien d'une mission universelle, proposant la foi à tout homme, à la différence de religions nationales comme le shintô. Le christianisme ressemble par là à l'islam, dont le prophète a été envoyé «aux rouges comme aux noirs». Mais son but est la conversion des cœurs, par enseignement, non la prise du pouvoir. Les tentatives d'imposer la foi par la force, comme Charlemagne avec les Saxons, sont de monstrueuses perversions, moins interprétation que pur et simple contresens.
Le Coran ne contient pas d'équivalent de l'envoi en mission des disciples. Il se peut que les exhortations à tuer qu'on y lit n'aient qu'une portée circonstancielle, et l'on ignore les causes de l'expansion arabe du VIIe siècle. Reste que le mot de conquête n'est plus alors une métaphore et prend un sens plus concret, carrément militaire. Les deux recueils les plus autorisés (sahīh) attribuent à Mahomet cette déclaration (hadith), constamment citée depuis: «J'ai reçu l'ordre de combattre (qātala) les gens (nās) jusqu'à ce qu'ils attestent “Il n'y a de dieu qu'Allah et Muhammad est l'envoyé d'Allah”, accomplissent la prière et versent l'aumône (zakāt). S'ils le font, leur sang et leurs biens sont à l'abri de moi, sauf selon le droit de l'islam (bi-haqqi 'l-islām), et leur compte revient à Allah (hisābu-hum ‘alā ‘Llah) (Bukhari, Foi, 17 (25) ; Muslim, Foi, 8, [124] 32-[129] 36)». J'ai reproduit l'arabe de passages obscurs. Pour le dernier, la récente traduction de Harkat Ahmed explique: «Quant à leur for intérieur, leur compte n'incombera qu'à Dieu (p. 62)».
Un vaste examen de conscience est à l'œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l'État islamique.
Indication précieuse: il s'agit d'obtenir la confession verbale, les gestes de la prière et le versement de l'impôt. Non pas une conversion des cœurs, mais une soumission, sens du mot «islam» dans bien des récits sur la vie de Mahomet. L'adhésion sincère pourra et devra venir, mais elle n'est pas première. Nul ne peut la forcer, car «il n'y a pas de contrainte en religion (Coran, II, 256)». Elle viendra quand la loi islamique sera en vigueur. Il sera alors dans l'intérêt des conquis de passer à la religion des conquérants. On voit que le mot «conquête» a un tout autre sens que pour le verset de Matthieu.
Pourquoi insister sur ces différences? Un vaste examen de conscience est à l'œuvre chez bien des musulmans, en réaction aux horreurs de l'État islamique. Ce n'est pas en entretenant la confusion intellectuelle qu'on les aidera à se mettre au clair sur les sources textuelles et les origines historiques de leur religion.

Éric Zemmour : «Le cercle des patriotes disparus» (03.11.2017)

Par Eric Zemmour
Publié le 03/11/2017 à 10h37
CHRONIQUE - Le décès de Didier Motchane, compagnon de route de Jean-Pierre Chevènement, rappelle à quel point la gauche patriotique a été oubliée, vaincue par l'internationalisme socialiste.
Sa mort ne fera pas la une des journaux. Quelques lignes, quelques mots, quelques hommages. Après Max Gallo, Didier Motchane. C'est la loi des séries. Les vieux amis de Jean-Pierre Chevènement se font rares. C'est le cercle des patriotes disparus. Une espèce en voie de disparition, mais dont les écologistes ne demanderont pas la protection. Une espèce qui fonda pourtant la République et la gauche et le Parti socialiste. Une trilogie royale (!) qui n'empêche pas leurs héritiers ingrats de les rejeter ou pis, de les ignorer.
Motchane, c'est ce club du Ceres qu'il créa avec Chevènement en 1965. C'est la rose et le poing, l'emblème du PS, qu'il inventa. C'est l'alliance avec Mitterrand et Mauroy qui fonda le parti d'Epinay en 1972. Ils étaient des hommes de gauche, à la fois patriotes et tiers-mondistes, marxistes et gaullistes. Ils auraient pu être gaullistes de gauche comme Séguin ; ils sont devenus peu à peu des mitterrandistes de droite avec Chevènement. Mitterrand les brocardait en les traitant de «faux parti communiste avec de vrais petits-bourgeois». Mais il était bien content d'utiliser leurs talents pour écrire ses programmes de campagne où, derrière la logorrhée marxiste, une gauche jacobine renouait avec les vieilles thématiques colbertistes et industrialistes.
Mitterrand avait dit que l'Europe serait socialiste ou ne serait pas. Ce fut l'inverse. L'Europe tua le socialisme français.
Au nom de l'Europe, les socialistes renoncèrent au socialisme. Et même à la social-démocratie. Et même au colbertisme. Et même au jacobinisme. Et même au patriotisme. Et même à la gauche. Et même à la République. A bout de compromis, de boas avalés, Chevènement et ses amis abandonnèrent Mitterrand et le Parti socialiste après la première guerre du Golfe et avant le traité de Maastricht. Séparés, les deux camps moururent chacun de son côté. D'abord, cette gauche patriotique dont les débris de l'armée morte furent recueillis cultuellement par la droite bonapartiste et gaulliste. Mais le Parti socialiste lui-même, ou plutôt le dernier tronçon qui subsistait, libéral et européiste, s'est fondu dans le macronisme.
Cette gauche patriotique de Motchane a été vaincue, noyée par l'internationalisme de la gauche. Ceci a tué cela. La République elle-même, qui était l'horizon ultime de cette gauche depuis Jaurès (pour qui le socialisme n'était que l'aboutissement de la République), a été dénaturée et dévoyée. On a gardé le nom, mais on a jeté la chose. Le mot République sert une marchandise avariée qui est l'inverse de ce qu'elle fut: les droits du citoyen ont été soumis aux droits de l'homme ; l'assimilation a été éradiquée au profit du multiculturalisme ; le colbertisme a été renié pour le libéralisme ; le protectionnisme pour le libre-échange ; le patriotisme pour l'européisme ; l'indépendance nationale pour le «couple franco-allemand» et l'occidentalisme otanien.
C'est la gauche qui a tué ses hommes de gauche. Leur appartenance à la gauche fut leur boulet, leur corset, leur prison.

Donald Trump en froid avec les patrons de la technologie (03.11.2017)
Par Pierre-Yves Dugua
Mis à jour le 03/11/2017 à 17h56 | Publié le 03/11/2017 à 17h17
Le président américain n'a pas digéré les appels au boycott et les nombreuses prises de position des grands patrons de la côté Ouest contre sa politique migratoire.
Depuis des mois Donald Trump ne ménage pas ses critiques à l'égard d'Amazon et Apple. Les tweets outranciers et les déclarations fracassantes du candidat Trump, puis du président Trump finiront-ils par déboucher sur des sanctions ou des initiatives réglementaires? On ne peut l'exclure. Donald Trump est rancunier. Il n'a pas digéré le boycott de ses «groupes de conseil» par les grands patrons de la côte Ouest, ainsi que leurs prises de position contre les barrières à l'immigration en provenance de pays comme le Yémen, la Syrie ou la Somalie.
Guerre ouverte avec Bezos
Au cours de sa campagne, Donald Trump avait appelé à boycotter les produits d'Apple tant que la société ne coopérerait pas avec le FBI pour débloquer les iPhone appartenant à des terroristes. Par ailleurs, le président est en guerre ouverte avec le Washington Post, propriété de Jeff Bezos, patron et fondateur d'Amazon. Les tweets présidentiels attaquent régulièrement Amazon pour «causer de grands dommages aux commerçants qui payent des impôts». Le quotidien de la capitale fédérale se trouve être en pointe parmi les critiques du président, de son style, de sa politique et de son entourage. L'Administration Trump n'a toutefois pas cherché à bloquer le rachat de la chaîne de supermarchés bio Whole Foods par Amazon.
Steve Bannon, ancien stratège de Donald Trump, resté proche du président en dépit de son départ de la Maison-Blanche, demande que Google et Facebook soient réglementés comme des «services publics», à l'image des distributeurs d'électricité ou des compagnies téléphoniques.
L'Administration Trump dispose d'une excellente opportunité de montrer si elle considère qu'Apple est un obstacle à l'innovation.
Ce nationaliste qui fait figure d'agitateur populiste argue que ces firmes sont de fait des quasi-monopoles en raison de «l'effet réseau». Il est effectivement très difficile de concurrencer une plateforme Internet d'échanges de messages, de vidéos ou d'opinions, puisque le nombre même de participants au réseau est un élément clé de son attrait. En d'autres termes, plus Facebook ou YouTube, propriété de Google, rassemblent d'abonnés, plus le réseau devient séduisant pour de nouveaux abonnés. Steve Bannon en appelle donc à une nouvelle interprétation des lois américaines encadrant les monopoles.
Risques importants
L'Administration Trump dispose d'une excellente opportunité de montrer si elle considère qu'Apple est un obstacle à l'innovation. La Cour suprême vient de lui demander sa position dans un litige dont elle pourrait se saisir. Il s'agit d'invalider, ou au contraire de confirmer, le jugement de la cour d'appel de San Francisco datant de janvier dernier. Cette dernière a déclaré recevable la procédure en nom collectif initiée par un groupe d'acheteurs d'applications vendues dans l'App Store d'Apple. Ils arguent que la commission de 30 % perçue par Apple lors de l'achat d'une application est abusive. Ils accusent Apple d'abuser de son monopole sur le marché des applications.
Apple maintient que les consommateurs ne payent pas directement cette commission et qu'ils ne sont donc pas fondés pour attaquer ses pratiques commerciales. On ne sait pas quelle position le département de la Justice va prendre. Mais toute décision serait lourde de conséquences. Si la firme de Cupertino venait in fine à perdre ce procès, les magasins en ligne d'autres acteurs, comme Google Play ou comme Amazon, qui laisse des tiers vendre des produits sur sa plateforme, pourraient brusquement faire l'objet de poursuites.

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Gafa : l'Europe à la pointe du combat fiscal et concurrentiel (03.11.2017)
Par Enguérand Renault
Mis à jour le 03/11/2017 à 21h42 | Publié le 03/11/2017 à 17h23
Les stratégies d'optimisation fiscale des géants du Net privent les pays européens de milliards d'euros d'impôts. Pour Bruno Le Maire, une taxe sur le chiffre d'affaires représenterait «un enjeu symbolique majeur pour l'Union européenne».
Longtemps tétanisée devant la puissance des géants américains du numérique, l'Europe commence à prendre conscience qu'elle doit réagir. Sous l'impulsion de la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, l'offensive commence à prendre forme sur deux fronts. Le premier est celui de la concurrence et le second sur celui de la fiscalité.
Dans le domaine de la concurrence, Bruxelles est allé jusqu'au bout de son enquête et a infligé une amende de 2,4 milliards de dollars à Google pour abus de position dominante dans les moteurs de recherche lui permettant d'imposer son comparateur d'e-commerce au détriment de celui de ses concurrents. Mais c'est sur le plan fiscal que la lutte s'intensifie. Le 4 octobre, celle que l'on surnomme maintenant «la dame de fer de Bruxelles» a infligé un redressement fiscal de 250 millions d'euros à Amazon pour avantages fiscaux «illégaux» obtenus du Luxembourg entre 2006 et 2014.
Le même jour, elle traduisait l'Irlande en justice car ce pays renâcle à récupérer 13 milliards d'euros auprès d'Apple pour un avantage illégal consenti dans le cadre d'une convention fiscale. Cette décision historique prise par Bruxelles en août 2016 a marqué un véritable tournant. Un an plus tard, c'est au tour des politiques de monter au créneau.
Situation urgente
Lors du sommet européen de Tallinn en septembre 2017, Bruno Le Maire, le ministre français de l'Économie, a rallié l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne autour de l'idée de faire payer aux Gafa les impôts correspondant à leur activité réelle au sein de l'Union européenne. Selon une étude, l'optimisation fiscale à grande échelle mise en place par ces derniers aurait privé l'Europe de plus de 5,4 milliards d'impôts entre 2013 et 2015. Cette pratique est tout à fait légale et se nourrit du fait que certains pays européens comme l'Irlande, le Luxembourg ou les Pays-Bas se font concurrence en vue d'attirer la création d'emplois ou la localisation de sociétés sur leur territoire. Si, à terme, la solution passe par une harmonisation des fiscalités au sein de l'Union des 27, cela risque de prendre de très nombreuses années.
Devant l'urgence de la situation, Bruno Le Maire a avancé l'idée de créer une taxe basée sur le chiffre d'affaires réellement réalisé par les Gafa dans les différents pays, à défaut de pouvoir cerner l'assiette de leurs bénéfices qui s'évaporent dans des montages fiscaux compliqués et aboutissent dans des paradis fiscaux comme les îles Caïmans.
Le 14 octobre, Bruno Le Maire a défendu cette initiative auprès de son homologue américain Steven Mnuchin, en arguant du fait que les États-Unis eux-mêmes ne peuvent taxer les bénéfices de leurs champions numériques. Bruno Le Maire a estimé qu'une telle taxe sur le chiffre d'affaires «représentait un enjeu symbolique majeur pour l'Union européenne». «Il faut que d'ici à deux ans il y ait un outil européen de taxation du numérique qui soit mis en place. Deux ans me paraissent un délai raisonnable», a-t-il déclaré.
Mais il a essuyé une fin de non-recevoir de la part du secrétaire américain au Trésor, qui a affirmé: «Je pense qu'une taxe sur le chiffre d'affaires n'est pas logique et que cela ne va pas dans la bonne direction.» Il faut dire que l'Administration Trump lance actuellement une vaste réforme fiscale qui pourrait inciter les Gafa à rapatrier aux États-Unis une partie des bénéfices accumulés dans les paradis fiscaux.

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Facebook et Google dans le piège des «fake news» (03.11.2017)

Par Pierre-Yves Dugua
Mis à jour le 03/11/2017 à 17h54 | Publié le 03/11/2017 à 17h22
Le déferlement de fausses informations pendant la dernière campagne électorale aux États-Unis a montré les limites éditoriales de ces plateformes.
Correspondant à Washington
Au printemps dernier, pendant que Mark Zuckerberg, agé de 33 ans, traversait pour la première fois de sa vie l'intérieur des États-Unis, à la recherche de la réalité de la vie quotidienne de millions d'Américains avec lesquels il a si peu en commun, le FBI et le Congrès découvraient avec stupeur l'ampleur des efforts de la Russie pour manipuler les informations qui circulent sur Facebook. Alors que le patron du tout-puissant réseau social, cinquième homme le plus riche d'Amérique, faisait l'objet de rumeurs d'ambitions politiques, «Zuck» se faisait photographier sur des tracteurs, dans des fermes et des églises.
Des auditions publiques au Congrès ont débuté le 1er novembre. Les responsables de Facebook et de Google ont été mis sur le gril pour expliquer comment ils n'ont pu s'apercevoir qu'après coup que des officines russes payaient leurs entreprises pour diffuser des messages publicitaires inventant des informations dans le but de discréditer Hillary Clinton et polariser un peu plus l'électorat.
Fonctionnement automatique
À l'occasion des investigations du FBI et du Congrès, le grand public est surpris d'apprendre que ces incroyables machines à diffuser les messages publicitaires que sont Facebook et YouTube fonctionnent largement automatiquement, sans intervention humaine. Pour éviter d'être réglementées dans le but de forcer à plus de transparence, les deux géants, ainsi que Twitter, promettent désormais de moderniser leurs filtres. Facebook va embaucher une dizaine de milliers de personnes pour surveiller visuellement ce qui est douteux. Mais les sénateurs démocrates Amy Klobuchar du Minnesota et Mark R. Warner de Virginie, en pointe dans les critiques contre Facebook, ont déposé un projet de loi visant à imposer des normes aux messages politiques sur les réseaux.
«Facebook n'a objectivement aucun intérêt à éliminer les fake news»
Frédéric Filloux, chercheur à l'université de Stanford
Les fake news, ces fausses informations largement disséminées sur la Toile par des millions d'internautes, enrichissent tout autant qu'elles embarassent les géants du net. «Facebook n'a objectivement aucun intérêt à éliminer les fake news, si ce n'est la préservation de son image dans l'opinion et face aux parlementaires américains. Ce réseau tire ses revenus de la publicité, qui sont eux-mêmes conditionnés par la vitesse à laquelle les pages circulent entre les utilisateurs. Introduire toute notion de profondeur éditoriale, de qualité, ou encore éliminer les contenus médiocres mais qui se partagent à toute vitesse, aurait pour effet de ralentir cette mécanique», explique Frédéric Filloux, ancien journaliste, aujourd'hui chercheur à l'université de Stanford.
La ligne de défense de Facebook et de Google est qu'ils ne sont que des plateformes de partage de contenus émanant à la fois des utilisateurs et des médias. En tant qu'hébergeur et non éditeur, ils ne sont juridiquement pas responsables de la véracité de ces contenus. Mais le déferlement de fausses informations pendant la campagne électorale a fait voler en éclats cette ligne de défense.
En février 2017, Facebook et Google ont donc pris des initiatives pour lutter contre la propagation de fake news. Google a créé un service Fact Check en partenariat avec des journaux. Facebook a suivi le même chemin en demandant à des médias partenaires de vérifier pour son compte les informations circulant sur son fil d'actualité.

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La grogne commence à monter contre les géants du Net (03.11.2017)
Par Pierre-Yves Dugua
Mis à jour le 03/11/2017 à 18h15 | Publié le 03/11/2017 à 17h46
INFOGRAPHIE - Aux États-Unis, pourtant si prompts à soutenir leurs champions, beaucoup de voix s'élèvent pour critiquer la toute-puissance des Gafam.
Correspondant à Washington
Aux États-Unis, le climat est en train de changer pour les géants américains de la haute technologie. La période où tout leur était permis semble révolue. La puissance sans précédent accumulée par des empires comme Alphabet (maison mère de Google), Amazon, Facebook, Apple et Microsoft, appelés les Gafam, commence à déranger trop de monde. Ces firmes sont de plus en plus souvent qualifiées de «monopoles numériques». Après des années de traitement de faveur de la part de la presse, des régulateurs et des élus, de plus en plus de voix s'élèvent pour proclamer que ce qui est bon pour la Silicon Valley n'est pas nécessairement bon pour l'Amérique ou le reste du monde.
 «L'idolâtrie grossière dont les grands de la technologie ont fait l'objet de la part du gouvernement et des régulateurs touche à sa fin»
Scott Galloway, professeur à la NYU School of Business
Le monde politique américain commence à s'agacer de l'irresponsabilité des réseaux sociaux, perméables à toutes les manipulations. Mercredi, une commission du Congrès auditionnait le directeur juridique de Facebook sur les agissements des officines russes qui ont utilisé ce réseau social, mais aussi Twitter et Google pour diffuser des publicités et des faux messages à l'endroit des internautes américains pendant la campagne présidentielle. La menace est suffisamment claire pour que Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, reconnaisse immédiatement que «protéger notre communauté est plus important que maximiser nos profits» et lance un vaste programme visant à renforcer la surveillance des contenus qui transitent par la plateforme.
«L'idolâtrie grossière dont les grands de la technologie ont fait l'objet de la part du gouvernement et des régulateurs touche à sa fin… Une tempête de grande envergure se prépare», affirme le professeur Scott Galloway, de la NYU School of Business. Voilà des années que ce critique des géants du high-tech s'alarme de la bienveillance des autorités devant la montée en puissance de sociétés aux moyens financiers et technologiques sans précédent. Depuis quelques mois, ses mises en garde commencent à porter. «Nous fonçons vers la réglementation. Vous remarquerez que le courage d'un grand nombre de sénateurs et d'élus va grandissant», proclame-t-il sur la chaîne financière CNBC.
L'Europe à la pointe du combat
Il faut pourtant constater que les autorités antitrust américaines n'ont, pour l'instant, lancé aucune procédure contre les Gafam. Celle initiée contre Google a même été abandonnée en 2015. C'est en Europe que le combat est mené. Bruxelles a Apple et Google en ligne de mire. La Commission a tapé un grand coup contre l'optimisation fiscale menée à grande échelle et demande à Apple de reverser 13 milliards de dollars à l'Irlande. Par ailleurs, la commissaire Margrethe Vestager a infligé une amende de 2,4 milliards d'euros à Googlepour abus de position dominante dans les moteurs de recherche.

Aux États-Unis, les critiques montent de toutes parts mais en ordre dispersé. En matière de libertés publiques, Apple a par exemple défrayé la chronique fin 2015, en refusant d'aider le FBI à pénétrer dans l'iPhone d'un terroriste avéré, mort dans une attaque sanglante à San Bernardino (Californie). Les conservateurs au Congrès se sont alarmés de la protection qu'Apple accordait à un terroriste au nom de la sacro-sainte nécessité de préserver l'inviolabilité de ses smartphones.
Conditions de travail inhumaines
Le soutien apporté à Apple par Google et Facebook sur cette question est en contradiction avec leur combat en Californie contre un projet de loi visant précisément à protéger les internautes d'une invasion de leur vie privée. Ces deux géants ont en effet pris le parti d'opérateurs comme Verizon ou Comcast, désireux de continuer à vendre librement des informations sur les sites visités par leurs clients, une pratique interdite dans l'Union européenne.
Sur les questions de droit du travail, Amazon est critiqué pour les conditions de travail dans ses centres de traitement de commandes, où les employés n'ont pas de représentant syndical. Le syndicat United Food and Commercial Workers Union, qui représente 800.000 employés de supermarchés, a vainement tenté de bloquer le rachat de la chaîne de grands magasins bio Whole Foods par Amazon.
De la mesure contestée de l'audience réelle des publicités sur les plateformes de Facebook ou Google à l'impact des réseaux sociaux sur le comportement des adolescents, en passant par le manque de femmes et de minorités dans leurs équipes dirigeantes ou par l'ouverture de leurs plateformes aux agents étrangers désireux de peser sur les élections, les géants de la Silicon Valley constatent qu'ils sont critiqués sous de multiples angles.
Position ultradominante
Pourquoi les géants du numérique ne seraient-ils pas jugés comme des sociétés pétrolières, des banques ou des constructeurs automobiles, auxquels on n'épargne rien? «La technologie numérique est devenue critique pour le bien-être personnel et économique de tout le monde sur la planète, mais les décisions sur la manière dont cette technologie est conçue, exploitée et développée n'ont jamais fait l'objet d'un vote par qui que ce soit. Ces décisions sont largement prises par les dirigeants et ingénieurs de Google, Facebook, Amazon et d'autres sociétés de technologie et elles nous sont imposées avec un minimum de surveillance de la part des autorités réglementaires. Il est temps que cela change», résume de son côté Jonathan Taplin, directeur de l'Annenberg Innovation Lab de l'University of Southern California, autre iconoclaste en guerre contre les poids lourds du Net.
Ces iconoclastes redoutent les abus par Google de sa position ultradominante dans la recherche d'information sur Internet et la maîtrise du logiciel au cœur de la majorité des smartphones. Ils dénoncent le pouvoir d'Amazon de dicter ses prix et ses conditions aux plus grandes sociétés de biens de consommation. Ils s'alarment de la prépondérance de Facebook comme moyen de communication et d'information pour toute une nouvelle génération. Ils constatent avec stupeur que Facebook et Google captent pratiquement 100 % de la croissance du marché publicitaire, tandis qu'Amazon fait en gros la même chose avec les ventes de détail. Ils déplorent enfin le pouvoir écrasant d'Apple sur les développeurs d'applications.
Il y a dix ans, Microsoft était la seule société de haute technologie à rivaliser en valeur boursière avec Petrochina, Exxon, General Electric, China Mobile et Industrial Bank of China parmi les six plus grandes capitalisations. Aujourd'hui Apple, Google, Microsoft, Amazon et Facebook occupent les cinq premières places et leur capitalisation boursière cumulée dépasse les 3000 milliards de dollars, soit un peu plus que le PIB de la Grande-Bretagne et un peu moins que celui de l'Allemagne!

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Liban : ayant peur d'être assassiné, le premier ministre Saad Hariri démissionne (04.11.2017)
Par Alexis Feertchak et AFP, Reuters AgencesMis à jour le 04/11/2017 à 20h16 | Publié le 04/11/2017 à 13h45
VIDÉOS - À la surprise générale, le chef du gouvernement Saad Hariri a annoncé ce samedi sa démission, accusant le Hezbollah chiite et son allié iranien de «mainmise» sur le Liban. Son père, Rafic Hariri, qui fut également premier ministre, a été assassiné en 2005.
Le premier ministre libanais, Saad Hariri, a annoncé ce samedi, à la surprise générale, sa démission en accusant le Hezbollah chiite, qui fait partie de son gouvernement, et son allié iranien de «mainmise» sur le Liban et en affirmant avoir peur d'être assassiné. «J'annonce ma démission du poste de premier ministre», a déclaré le chef du gouvernement, qui se trouve actuellement en Arabie saoudite, dans un discours retransmis par la chaîne satellitaire al-Arabiya. Dans sa diatribe, Saad Hariri s'est adressé directement à Téhéran. «Je veux dire à l'Iran et à ses inféodés qu'ils sont perdants dans leur ingérence dans les affaires de la nation arabe». «Notre nation se relèvera (...) et va couper la main qui lui portera préjudice», a-t-il prévenu.
Selon la chaîne de télévision saoudienne al Arabiya al Hadath, qui cite des sources anonymes, une tentative de meurtre contre Saad Hariri a été déjouée il y a deux jours alors qu'il se trouvait encore à Beyrouth. Interrogé à l'antenne d'une chaîne de télévision appartenant au premier ministre libanais, Thamer al Sabhan, ministre saoudien des Affaires du Golfe, a assuré que les agents chargés de sa sécurité disposaient «d'informations confirmées» sur une tentative d'assassinat. Les services de sécurité libanais ont dit tout ignorer de ce complot et nient être la source de l'information. «La répétition des accusations sans fondement contre l'Iran montre que cette démission est un nouveau scénario pour créer des tensions au Liban et dans la région», a de son côté réagi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Le dirigeant sunnite de 47 ans - qui détient également la nationalité saoudienne - était en fonction depuis le mois de janvier dernier et avait déjà été aux affaires de 2009 à 2011, à la tête d'un gouvernement d'«accord national», qui n'avait pas survécu au départ des ministres chiites du Hezbollah. Le système de partage du pouvoir au Liban entre communautés prévoit que le poste de chef de l'État revient à un chrétien maronite, actuellement Michel Aoun, celui de premier ministre à un sunnite et celui de président du Parlement à un chiite.


«J'ai senti ce qui ce tramait dans l'ombre pour viser ma vie», a dit Hariri, affirmant que le Liban vivait une situation similaire à celle qui prévalait avant l'assassinat en 2005 de son père Rafic Hariri, lui aussi ancien premier ministre.

Le Liban encore hanté par l'assassinat de Rafic Hariri

Son père, qui fit fortune en Arabie saoudite et qui dirigea plusieurs gouvernements de 1992 à 2004, fut tué le 14 février 2005 à Beyrouth lors d'un attentat-suicide à la bombe. Chargée de 1800 kg d'explosifs, la camionnette utilisée le tua, ainsi qu'une vingtaine de passants. Hariri père s'opposait à l'influence de la Syrie, notamment à la présence depuis presque trois décennies de l'Armée syrienne au Liban. Quelques mois avant son assassinat, reçu à Damas, Rafic Hariri avait été vivement interpellé par le président syrien Bachar al-Assad, qui avait menacé de «briser le Liban sur [sa] tête». Si aucun jugement n'a encore été rendu, cinq membres du Hezbollah sont mis en cause dans ce meurtre qui a ébranlé le Liban. Les services secrets syriens et iraniens sont aussi soupçonnés.

Les forces armées du régime de Bachar al-Assad ont fini par quitter le Liban le 26 avril 2005. Ce retrait syrien faisait suite à la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée en septembre 2004 à l'initiative de Washington et Paris. Ce texte visait non seulement le départ des soldats syriens, mais également le désarmement de toutes les milices présentes sur le territoire libanais, à commencer par le Hezbollah.

Influence de l'Iran sur fond de guerre en Syrie

Cette dernière exigence n'a pas été appliquée. Seul parti libanais a avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990), le Hezbollah, soutenu par l'Iran, refuse d'abandonner son arsenal, principale pomme de discorde dans le pays.


À partir de 2011 et l'éclatement de la guerre civile en Syrie, le Hezbollah s'est révélé être un soutien militaire de poids du régime de Bachar al-Assad, aux côtés de l'Iran. «L'Iran a une mainmise sur le destin des pays de la région (...) Le Hezbollah est le bras de l'Iran non seulement au Liban mais également dans les autres pays arabes», a lancé ce samedi le premier ministre démissionnaire. Il a accusé Téhéran d'avoir «créé des dissensions parmi les enfants d'un même pays, créé un Etat dans l'Etat (...) jusqu'à avoir le dernier mot dans les affaires du Liban». Et «ces dernières décennies, le Hezbollah a imposé une situation de fait accompli par la force de ses armes», a ajouté Saad Hariri qui, après sa première démission en 2011, avait dû quitter le Liban. En plus de ses déboires financiers - Oger, le géant familial de la construction, est aujourd'hui criblé de dettes - Hariri fait face à une contestation croissante de sa prééminence dans les rangs sunnites au Liban, certains l'accusant de «mollesse» face au Hezbollah.

Pour hâter son retour au pouvoir en juin 2016, Saad Hariri avait provoqué un coup de théâtre en annonçant son soutien à son contempteur, Michel Aoun, élu ensuite à la tête de la présidence de la République. Le président libanais, chrétien maronite comme le veut la Constitution libanaise, tient un discours plus mesuré sur le Hezbollah et la Syrie. «Le Hezbollah a modifié sa ligne politique et a respecté la souveraineté libanaise», déclarait dans un récent entretien au Figaro le président de 82 ans, ancien général qui fut à l'origine de la «guerre de libération» contre l'occupant syrien dans les années 1970, mais qui préfère aujourd'hui parler de «distanciation par rapport aux problèmes politiques internes à la Syrie». A propos du premier ministre démissionnaire, le bureau de presse du président Aoun a annoncé que ce dernier allait attendre le retour de Saad Hariri pour s'informer auprès de lui «des circonstances de la démission afin de décider de la suite».

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Syrie: le Hezbollah inquiète l'État hébreu (21.12.2016)


Mis à jour le 21/12/2016 à 19h21 | Publié le 21/12/2016 à 19h05

L'armement et la possible poussée de la milice chiite vers le Golan sont deux menaces pour Israël.
Les stratèges israéliens, qui ont longtemps eu pour politique de se tenir à l'écart du conflit syrien en se bornant à faire respecter quelques «lignes rouges», pensent désormais au coup d'après. Lors de récents entretiens avec des chefs d'État étrangers, Benyamin Nétanyahou a clairement exprimé son refus de voir l'Iran et le Hezbollah maintenir des troupes en Syrie après la fin de la guerre. «Notre crainte, c'est que l'affaiblissement de l'État islamique place ces deux acteurs hostiles en position de force tandis que les superpuissances se retireront graduellement», a confié mercredi un haut responsable militaire israélien, lors d'une rencontre avec la presse étrangère.

Des systèmes d'armement sophistiqués

L'implantation de la milice chiite libanaise en Syrie, où circulent des systèmes d'armement sophistiqués, inquiète tout particulièrement Israël. Ses avions de chasse sont soupçonnés d'avoir conduit une vingtaine de frappes depuis le début de la guerre afin d'empêcher le Hezbollah de mettre la main sur ces dispositifs. Mais la marge de manœuvre de Tsahal semble avoir été réduite par le déploiement des appareils russes dans le ciel de la Syrie en septembre 2015, ainsi que par la présence de conseillers militaires russes aux abords des systèmes d'armement susceptibles de se trouver dans son viseur. Officiellement, l'État hébreu assure que sa liberté d'action est préservée par l'étroit dialogue noué avec Moscou. «Mais le nombre de frappes attribuées à Israël a clairement chuté depuis le début de l'année, observe Ofer Zalzberg, analyste au centre de réflexion International Crisis Group, et il semble que celles-ci soient désormais conduites depuis l'espace aérien du Liban ou d'Israël plutôt que de la Syrie.»

«Nous avons le sentiment que le Hezbollah a récemment étendu son emprise sur les institutions libanaises»
Un haut gradé israélien

Les coups reçus par le Hezbollah, qui aurait perdu plus de 1700 combattants depuis le début de la guerre, ne l'ont à l'évidence pas incité au repli. «Nous avons plutôt le sentiment qu'il a récemment étendu son emprise sur les institutions libanaises», observe le haut gradé israélien qui, photos récentes à l'appui, accuse la milice chiite d'utiliser sur le théâtre syrien des véhicules de transport de troupes fournis par les États-Unis à l'armée libanaise. «Si j'avais la possibilité de donner un conseil au président Poutine, poursuit le militaire, je lui dirais de bien garder le Hezbollah à l'œil» afin de ne pas ajouter à l'instabilité au Moyen-Orient.

«Vu d'Israël, le pire des scénarios serait que le régime de Bachar el-Assad se lance à la reconquête du sud de la Syrie avec le soutien de conseillers militaires iraniens et du Hezbollah, dont plusieurs centaines de combattants pourraient alors s'établir durablement à la lisière du Golan», remarque Ofer Zalzberg. Pour conjurer cette menace, les dirigeants israéliens aimeraient peser dans les discussions sur l'avenir de la Syrie. «Mais peut-on vraiment atteindre ce but en ayant si peu investi?», interroge Amos Yadlin, directeur de l'Institut israélien d'études pour la sécurité nationale, qui plaide depuis plusieurs mois pour qu'Israël s'implique davantage sur le théâtre syrien, non seulement sur le plan humanitaire mais aussi, dans une certaine mesure, sur le terrain militaire.

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