vendredi 10 novembre 2017

Islamisme et politique 09.11.2017

Arabie: les dessous d'une purge risquée (09.11.2017)
Un milliard d'euros pour les entreprises françaises aux Émirats arabes unis (09.11.2017)
L'ONU réclame à l'Arabie saoudite la levée du blocus au Yémen, menacé de famine (09.11.2017)
L'Arabie saoudite appelle ses ressortissants à quitter le Liban (09.11.2017)
Marcel Campion - Anne Hidalgo: les coulisses d'une foire d'empoigne (09.11.2017)
La mairie de Paris veut chasser définitivement la grande roue de la Concorde (09.11.2017)
Retour de djihadistes : Macron prône le «cas par cas» pour les femmes et les enfants (09.11.2017)
En Syrie, l'armée s'empare de la dernière ville détenue par Daech (09.11.2017)
Emmanuel Macron annonce la fin de Daech «dans les prochains mois» (09.11.2017)
Le commerce extérieur, inquiétant talon d'Achille de l'économie française (08.11.2017)
Depuis 2014, le commerce extérieur est sous la tutelle du Quai d'Orsay (08.11.2017)
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Harcèlement scolaire : «Pour mes profs, c’était des jeux d’enfants» (09.11.2017)
Ivan Rioufol: «Arrêter ces lâchetés qui abîment la France»
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Propos antisémites: 1500€ d'amende pour une enseignante (09.11.2017)
Turquie: Erdogan critique un «quota gay» (09.11.2017)
Purge anticorruption en Arabie: 200 personnes arrêtées (09.11.2017)
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Arabie saoudite : le défi de Mohammed Ben Salman, affaiblir le pilier wahhabite du régime (09.11.2017)
Tractations franco-saoudiennes autour du sort de Saad Hariri (10.11.2017)

Arabie: les dessous d'une purge risquée (09.11.2017)
Par Georges Malbrunot
Mis à jour le 09/11/2017 à 19h02 | Publié le 09/11/2017 à 18h51
Accusés de corruption, plus de 60 princes et dignitaires sont interrogés dans leur prison dorée du Ritz Carlton.
Les princes confinés au Ritz Carlton de Riyad depuis la «Nuit des longs couteaux», samedi à dimanche, devraient être transférés dans un autre lieu de détention. Le roi «Salman quand il était gouverneur de Riyad avait construit une prison pour princes», confie au Figaroun proche de son fils, le nouveau maître de l'Arabie, Mohammed Ben Salman (MBS), l'héritier du trône. Un transfert rendu nécessaire par la tenue, la semaine prochaine dans ce palace, d'une conférence organisée par Misk, la fondation de MBS.

Le prince al-Waleed bin Talal - Crédits photo : FAYEZ NURELDINE/AFP
Ces derniers jours, les arrestations ont continué. Deux autres, dimanche soir, selon un homme d'affaires français, qui scrute ce minitremblement de terre à la cour des Saoud. En cinq jours, 208 personnes ont été interrogées et sept relâchées, a précisé jeudi le procureur général, Cheikh Saud al-Mojed, ce qui a permis de rassembler «une grande quantité de preuves». Au total, plus de 60 princes, ministres, anciens ministres et hommes d'affaires en vue sont aux arrêts. Tous accusés de corruption. Il s'agit de la purge la plus étendue dans l'histoire de l'Arabie moderne, qui viserait jusqu'à plusieurs centaines d'individus. Des dizaines d'autres princes ou dignitaires, liés aux personnes arrêtées, sont en effet frappés d'une interdiction de sortir du royaume. «Adel Fakieh, le ministre de l'Économie, a été arrêté samedi à l'aéroport de Riyad alors qu'il cherchait à s'enfuir», fait valoir le proche de MBS, qui n'a pas de mots assez durs contre ces «criminels qui ont profité de leur statut pour faire beaucoup d'argent».
Trois jours d'enquête ont permis de mettre au jour plus de 100 milliards de dollars d'argent détourné, selon le procureur, qui espère les rapatrier dans les comptes de l'État
La nouvelle agence anticorruption, créée quelques heures seulement avant le coup de filet, a voulu jouer sur l'effet de surprise. Quitte à susciter la perplexité. «Où sont les enquêtes qui ont conduit à ces arrestations?», se demande un militaire français, persuadé que les États-Unis de Donald Trump, qui a applaudi à la purge dans un Tweet, ont contribué à «éliminer ces réseaux d'affaires et de pouvoirs concurrents» de leur allié MBS.
Depuis que ce dernier a fait de la lutte anticorruption une de ses priorités, des «gros bonnets» étaient aux aguets. «J'ai entendu il y a un mois le PDG d'un groupe public dire qu'il ne rentrerait pas à Riyad», confesse un industriel, familier de l'Arabie. Mardi, le nombre de comptes bancaires gelés était de 1.200. Mercredi, il atteignait 1.700. «Les comptes individuels» ont été suspendus et «non les comptes des entreprises» des suspects, ont précisé les autorités. Les entreprises étrangères en lien avec les reclus du Carlton ne sont pas inquiétées, a rassuré la banque centrale. Trois jours d'enquête ont permis de mettre au jour plus de 100 milliards de dollars d'argent détourné, selon le procureur, qui espère les rapatrier dans les comptes de l'État, qui en a bien besoin pour compenser la chute des cours du pétrole. Mais la tâche sera ardue, l'essentiel des comptes étant à l'étranger.

Le prince Miteb bin Abdul Aziz - Crédits photo : Hassan Ammar/AP
Aucune liste n'a encore été publiée officiellement. Parmi les détenus, figurent le prince al-Walid Ben Talal, propriétaire de l'hôtel George V à Paris dont la fortune est estimée à 17 mds de dollars, le prince Mutaïb, fils de l'ancien roi Abdallah et patron de la Garde nationale, Walid al-Ibrahim, propriétaire du réseau de satellites arabe MBC, ainsi que le magnat de la construction Bakr Ben Laden, demi-frère de l'ancien chef d'al-Qaida, et le milliardaire Saleh Kamel, propriétaire de la mosquée al-Medina al-Mounawara près de son palais de Cannes. Les groupes Ben Talal, Ben Laden et Kamel représentent 50 % du PIB saoudien, hors pétrole. «C'est énorme», constate un expert à Bercy. «Avec ses collaborateurs libanais, Ben Talal blanchissait de l'argent», accuse le proche de MBS.
Affaires opaques
Paris suit avec attention ces développements. La purge«peut contrarier nos intérêts», souligne l'économiste de Bercy. «Les investissements du prince Walid en France sont connus, ajoute-t-il, Four Seasons, Disneyland, différents fonds, y compris en Afrique francophone avec Jean-Louis Borloo, et d'autres avec l'homme d'affaires Lionel Zinsou. Ceux du prince Mutaïb le sont moins.» Quant au groupe Ben Laden, «c'est inquiétant, dit-il, car il est partenaire de nombreuses sociétés françaises en Arabie». Mais depuis l'accident de la grande mosquée de La Mecque en 2015, Saudi Binladen Group est dans le collimateur de MBS, qui lui reproche de n'avoir pas exécuté les mirifiques contrats pour l'extension de La Mecque, remportés sous Abdallah.
Ce sont toutes ces années de business opaque sous les règnes de Fahd et d'Abdallah que MBS veut élucider
Bakr Ben Laden était lié à Mutaïb et Khaled al-Twaijri, le chambellan de feu le roi Abdallah, lui aussi reclus au Carlton, qui venait voir François Hollande pour faire avancer certains dossiers. Mutaïb acquit en 2010 l'Hôtel Crillon à Paris pour 252 millions d'euros. «Deux cents ans de son salaire de ministre!», s'étonne un de ses amis français. Mais il faut ajouter les dotations mensuelles que chaque prince, en fonction de son rang, reçoit, jusqu'à 270.000 dollars pour les plus juteuses. Mais depuis l'arrivée de Salman, ces rentes ont subi un coup de rabot. Jusqu'à la mort d'Abdallah en 2015, la diplomatie française avait «vendu» Mutaïb à François Hollande comme le prochain roi d'Arabie. «Nos mauvais choix pourraient déboucher sur une période de vaches maigres avec MBS», redoute un diplomate, qui rappelle que le prince héritier est le seul des grands dirigeants du Golfe qu'Emmanuel Macron n'a pas encore rencontrés.
Ce sont toutes ces années de business opaque sous les règnes de Fahd et d'Abdallah que MBS veut élucider. Parmi les derniers suspects arrêtés beaucoup seraient liés au clan du prince Sultan, demi-frère d'Abdallah et surtout ministre de la Défense - pendant quarante ans - avant de mourir en 2011. Ses enfants ont hérité d'une fortune, estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars. Ses fils, Khaled Ben Sultan, dont le nom apparaît dans les Paradise Papers, ainsi que Bandar, ancien patron des renseignements, font-ils partie de la fournée des détenus du Carlton? Les comptes de l'ancien prince héritier que MBS a écarté en juin, Mohammed Ben Nayef, ont également été gelés, mais il n'est pas enfermé au Carlton. «Il était déjà assigné à résidence», glisse le diplomate. Une rumeur insistante annonce même la mort, dans des affrontements entre ses gardes et les forces de sécurité, du prince Abdul Aziz Ben Fahd, un fils du roi Fahd, partenaire en affaires du premier ministre libanais démissionnaire, Saad Hariri. L'ambassadeur de France, François Gouyette, est allé voir jeudi chez lui à Riyad ce dernier, semblant ainsi faire démentir une possible arrestation.
Le sort de Saad Hariri a été jugé suffisamment flou pour qu'Emmanuel Macron en visite aux Émirats arabes unis voisin fasse un saut de puce jusqu'à Riyad dans la soirée pour s'enquérir de l'allié libanais de la France. «L'Arabie, décrypte un maître espion, ressemble à une pompe à essence de laquelle partent de nombreux tuyaux. Chaque tuyau représente un prince qu'il faut graisser pour que l'essence coule.» MBS veut sectionner la plupart de ses tuyaux. Mais la «graisse» disparaîtra-t-elle pour autant? «Comment a-t-il fait fortune dans l'immobilier?, se demande le militaire précité. Et son père qui percevait une dîme sur chaque sac de sable vendu pour les projets de construction de Riyad?». Bref, un pari audacieux, mais dangereux.
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Un milliard d'euros pour les entreprises françaises aux Émirats arabes unis (09.11.2017)
Par Anne Cheyvialle
Mis à jour le 09/11/2017 à 19h02 | Publié le 09/11/2017 à 18h58
VIDÉO - Le chef de l'État a annoncé la signature d'un accord entre Mubadala, le fonds souverain stratégique basé à Abu Dhabi et le groupe Caisse des dépôts et consi­gnations (CDC) pour une capacité totale d'investissement d'un milliard d'euros.
En matière économique, les visites d'État ne sont pas seulement marquées par l'annonce de contrats commerciaux retentissants au profit des grandes entreprises. La tournée d'Emmanuel Macron dans les Émirats arabes unis scelle une nouvelle forme de partenariat. Elle marque un intérêt renforcé d'Abu Dhabi pour l'innovation et l'entrepreneuriat français.
Le chef de l'État a annoncé la signature d'un accord entre Mubadala, le fonds souverain stratégique basé à Abu Dhabi et le groupe Caisse des dépôts et consignations (CDC) pour une capacité totale d'investissement d'un milliard d'euros. Le président a salué des investissements «structurants» qui vont «permettre de fertiliser les réformes et l'innovation en France», lors d'une conférence de presse qui clôturait cette visite de deux jours dans les Émirats. L'enjeu, pour l'Élysée, est bien de convaincre à l'étranger de l'attractivité française, d'attirer des capitaux pour soutenir les entreprises, doper la croissance et la création d'emplois.
Dans le détail, Mubadala va investir 500 millions d'euros via deux partenariats. Le premier, passé avec CDC International Capital, filiale de la Caisse des dépôts, société d'investissement dédiée aux fonds souverains, s'inscrit dans la continuité d'une première salve de 300 millions, actée en 2014. Le deuxième - là c'est inédit - s'appuie sur Bpifrance qui rentre dans le tour de table. Axé sur la recherche et l'innovation, il ciblera les technologies de l'information et la communication, les biotechnologies et la révolution verte. «Le volet innovation de notre accord aura vocation à accélérer la croissance aussi bien de jeunes pousses que d'entreprises plus matures», a commenté Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. Laurent Vigier, le PDG de CDC International Capital, s'est pour sa part félicité de la montée en puissance du «partenariat franco-émirien qui change véritablement d'échelle, illustrant la relation de confiance établie ces dernières années entre nos deux institutions». L'élan réformateur d'Emmanuel Macron et l'accent mis sur l'innovation, sont aussi très bien perçus dans le Golfe, insiste le dirigeant. «Les premières mesures annoncées et mises en œuvre ont joué un rôle d'amplificateur», ajoute-t-il, citant notamment la «flat tax», nouvel impôt sur le capital à taux unique.
Grand Paris et JO de 2024
Aucun projet concret d'investissement n'est encore avancé mais les engagements du premier fonds de 300 millions d'euros, entièrement réalisés, en donnent une idée. La priorité est donnée aux entreprises françaises à fort potentiel, avec une dimension internationale. Mubadala a entre autres co-investi dans Galileo Studialis, premier groupe d'éducation privée européen, dont 60 % de l'activité en France, propriété notamment du cours Florent et de l'école d'art Penninghen. Le fonds émirien lorgne également les grands projets d'infrastructure et d'immobilier dans la perspective du Grand Paris et des Jeux olympiques de 2024.
Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé l'acquisition par les Émirats de deux corvettes Gowind, construites par le groupe français Naval Group et un accord de coopération d'EDF pour la construction d'une station d'hydroélectricité et le développement de l'énergie solaire dans la région.

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L'ONU réclame à l'Arabie saoudite la levée du blocus au Yémen, menacé de famine (09.11.2017)
Par Alicia Paulet
Publié le 09/11/2017 à 14h07
Plongé dans une guerre depuis plus de trois ans, le pays fait face à la pire situation humanitaire dans le monde. Selon les Nations unies, sept millions de personnes souffrent de la faim et un enfant meurt toutes les dix minutes de maladie.
«Le Yemen risque la pire famine depuis des décennies, il faut agir». C'est l'avertissement lancé mercredi par Mark Lowcock, le chef des opérations humanitaires de l'ONU, à l'Arabie saoudite. Depuis quatre jours, le pays est totalement isolé. Car en représailles d'un tir de missile balistique attribué aux rebelles chiites Houthis qui a visé Riyad, le royaume de Salmane ben Abdelaziz Al Saoud a décrété lundi la fermeture des ports, aéroports et accès routiers vers le Yémen. Un blocus total qui empêche l'approvisionnement en nourriture et autres produits de premières nécessités.
Face à cette nouvelle escalade dans la guerre qui oppose depuis mars 2015 les forces gouvernementales yéménites appuyées par la coalition arabe emmenée par l'Arabie saoudite aux rebelles houthistes, les quinze membres du Conseil de sécurité se sont réunis hier pour des consultations à huis clos. La Suède a alerté les autres pays contre les «immenses conséquences» pour le peuple yéménite si le blocus imposé par Ryad perdurait.
«Le niveau de souffrances est immense. La dévastation est presque totale. 21 millions de personnes ont un besoin d'aide humanitaire urgente», a déclaré le représentant suédois adjoint à l'ONU, Carl Skau. «C'est la pire situation humanitaire dans le monde, sept millions de gens au bord de la famine, un enfant meurt toutes les dix minutes de maladie, il y a presque un million de malades du choléra», a-t-il expliqué.
«Dans le contexte actuel de crise alimentaire aiguë et d'épidémie de choléra, tout retard dans le rétablissement de l'accès humanitaire pourrait coûter la vie à des femmes, des hommes et des enfants»
«La situation est extrêmement grave pour les populations affectées», a renchéri l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre. Il faut «redonner une forte impulsion, un nouvel élan aux négociations politiques sans lesquelles il n'y aura pas de réponse durable à la crise humanitaire», a-t-il estimé, en soulignant la nécessité de rouvrir au plus vite le port de Hodeida (ouest) et l'aéroport de Sanaa.
Mark Lowcock, qui revient d'un séjour au Yémen, a ajouté avoir réclamé la «reprise immédiate» de l'aide humanitaire à la population yéménite et a demandé au Conseil de sécurité de s'assurer qu'il n'y ait plus à l'avenir d'entraves à l'acheminement de l'aide humanitaire. «La famine à laquelle fait face le Yémen n'est pas la même que celle que nous avons connue au Soudan du Sud ou en Somalie», a-t-il souligné en évoquant un drame accru.
Depuis la mise en place du blocus dans le pays, quinze organisations humanitaires se sont mobilisées pour pointer du doigt la situation de détresse dans laquelle sont plongées des millions de personnes. «Dans le contexte actuel de crise alimentaire aiguë et d'épidémie de choléra, tout retard dans le rétablissement de l'accès humanitaire pourrait coûter la vie à des femmes, hommes, filles et garçons à travers le Yémen», ont souligné dans un communiqué ces organisations, parmi lesquelles Action contre la faim, Handicap international, Médecins du monde, Oxfam, le Danish Refugee council et le Norwegian refugee council.
De son côté, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) a dénoncé les attaques perpétrées contre les civils ces dernières semaines et qui ont fait des dizaines de victimes. Selon les chiffres publiés mardi 7 novembre par cette organisation onusienne, en moins de trois ans, 5295 civils ont été tués et 8 873 blessés.
Une guerre qui s'enlise

- Crédits photo : Le Figaro
Le conflit a débuté il y a un peu plus de trois ans. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi, élu en 2012, a été contraint de s'exiler à Ryad en mars 2015 sous la pression des Houthis qui se sont emparés de la capitale, Sanaa. Ces rebelles, majoritairement chiites, soutiennent l'ancien dirigeant Ali Abdallah Saleh, qui a gouverné le pays pendant 33 ans avant d'être chassé du pouvoir par une insurrection populaire.
Depuis, le pays est le théâtre d'un conflit entre la coalition internationale menée par l'Arabie Saoudite, qui affirme soutenir le président élu, et les Houthis, soutenus par l'Iran.
Si le grand port d'Aden a été repris aux rebelles en juillet 2015, et que Mansour Hadi est depuis rentré dans son pays, la capitale Sanaa est toujours aux mains des rebelles. Profitant du chaos ambiant, des milices islamistes et des seigneurs de guerres locaux se sont renforcés, tout comme al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) et la branche locale de l'État islamique (EI). Quant aux négociations de paix menées par l'ONU en 2016 puis en 2017, elles n'ont pour l'instant pas abouti sur un accord entre les deux belligérants.
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L'Arabie saoudite appelle ses ressortissants à quitter le Liban (09.11.2017)
Par Yohan Blavignat et AFP agenceMis à jour le 09/11/2017 à 17h30 | Publié le 09/11/2017 à 16h46
Cinq jours après la démission surprise du premier ministre libanais, Saad Hariri, soutenu par le royaume saoudien, la tension ne cesse de monter entre Riyad et Beyrouth. Emmanuel Macron a annoncé, à la surprise générale, qu'il se rendait ce jeudi soir en Arabie saoudite où il s'entretiendra avec le prince héritier Mohamed ben Salmane.
La tension entre l'Arabie saoudite et le Liban est encore montée d'un cran. Riyad a appelé ce jeudi ses ressortissants à quitter «le plus vite possible» le Liban, quelques jours après l'annonce de la démission surprise depuis le royaume de son protégé, Saad Hariri, du poste de premier ministre libanais. Une source au ministère des Affaires étrangères, citée par l'agence officielle SPA, a également appelé les Saoudiens à ne pas se rendre au Liban, en évoquant sans autre précision «la situation» dans ce pays.
Le 4 novembre, Saad Hariri a annoncé dans une déclaration télévisée faite depuis l'Arabie saoudite sa démission en accusant le Hezbollah libanais et l'Iran de «mainmise» sur son pays et expliquait craindre pour sa vie. Cette démission a pris de court toute la classe politique au Liban et fait craindre que le pays, aux équilibres fragiles, ne plonge dans de nouvelles violences. Depuis sa démission, le chef du gouvernement démissionnaire, qui a également la nationalité saoudienne, a rencontré le roi saoudien Salmane et s'est rendu aux Émirats arabes unis selon les médias des deux pays.
Par ailleurs, le président français, Emmanuel Macron, a annoncé qu'il se rendait ce jeudi soir en Arabie saoudite pour des entretiens avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, considéré comme l'homme fort à Riyad, afin d'évoquer l'Iran, le Yémen et le Liban. Le chef de l'État a fait cette annonce surprise lors d'une conférence de presse à Dubaï où il achevait une visite de 24 heures aux Emirats arabes unis. «J'ai entendu des positions très dures» exprimées par l'Arabie saoudite «vis-à-vis de l'Iran qui ne sont pas conformes à ce que je pense», a-t-il affirmé. «Il est important de parler avec tout le monde», a souligné le chef de l'Etat, ajoutant que la France avait un rôle «pour construire la paix». Le chef de l'État français a également indiqué n'avoir reçu aucune demande de l'ex-premier ministre libanais de venir en France et a saouhaité qu'il puisse vivre librement dans son pays.
Inquiétudes
Le président libanais Michel Aoun a affirmé qu'il attendait le retour de Saad Hariri pour décider s'il acceptait ou non sa démission. Entretemps, des spéculations et rumeurs vont bon train au Liban sur une possible interdiction pour l'ex-premier ministre libanais de quitter l'Arabie saoudite. Ce jeudi, le «Courant du futur», mouvement politique fondé par Rafiq Hariri et dirigé depuis sa mort par son fils, Saad, a estimé que le retour de ce dernier est «une nécessité pour recouvrer la dignité et pour préserver les équilibres internes et externes du Liban».
Le fait d'avoir annoncé sa démission de Riyad a fait dire à des médias et responsables à Beyrouth qu'il avait été contraint à prendre cette décision et qu'il n'était pas libre de ses mouvements, d'autant plus que l'annonce a coïncidé avec l'arrestation de dizaines de princes, de ministres et d'hommes d'affaires dans une purge sans précédent en Arabie saoudite. Dimanche dernier, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé le royaume saoudien d'avoir contraint Saad Hariri à la démission et s'est demandé s'«il est assigné à résidence» et si «on va le laisser retourner» au Liban.
Le risque d'une escalade régionale
Saad Hariri, dont l'épouse et les enfants vivent en Arabie saoudite, n'a, pour l'heure, pas dit s'il reviendrait au Liban. Sa démission est intervenue en pleines tensions entre les deux poids lourds de la région, l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite, au sujet de plusieurs questions et conflits au Moyen-Orient. Le 7 novembre, Riyad avait ainsi accusé le Liban de lui avoir déclaré la guerre en raison de ce que le royaume considère comme des agressions commises par le Hezbollah libanais, soutenu par Téhéran. Dans le même temps, le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohamed ben Salmane, avait également dénoncé le tir d'un missile samedi sur l'aéroport de Riyad en provenance du Yémen voisin, et accusait les miliciens chiites houtis, soutenus par l'Iran, d'en être responsables.
Le président iranien, Hassan Rohani, a répliqué le 8 novembre en conseillant à l'Arabie saoudite de se méfier de «la puissance» de la République islamique. «Comment le peuple yéménite doit-il réagir au bombardement de son pays? Il n'a pas le droit de faire usage de ses propres armes?», s'était-il interrogé dans un communiqué.
Cette crise ramène le Liban au premier plan de la scène moyen-orientale sur laquelle l'Arabie saoudite et l'Iran s'affrontent indirectement dans les conflits en Syrie, en Irak et au Yémen mais aussi à Bahreïn. Depuis mars 2015, Riyad est à la tête d'une coalition de pays sunnites qui aident les forces gouvernementales yéménites dans leur guerre contre les Houthis et leurs alliés, maîtres de la capitale Sanaa depuis septembre 2014. Mohammed ben Salman, qui est également ministre de la Défense, est à l'origine de l'intervention militaire de son pays au Yémen. Le conflit a déjà fait plus de 8.650 morts et quelque 58.600 blessés, dont de nombreux civils. Bahreïn avait appelé dimanche ses ressortissants à éviter de se rendre au Liban et ceux qui s'y trouvent à quitter immédiatement ce pays en raison, selon le royaume, des risques qui pèsent sur leur sécurité.
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Marcel Campion - Anne Hidalgo: les coulisses d'une foire d'empoigne (09.11.2017)
Par Delphine de Mallevoüe
Mis à jour le 09/11/2017 à 18h44 | Publié le 09/11/2017 à 18h16
ENQUÊTE - Suppression du marché de Noël sur les Champs-Élysées, fin de la grande roue place de la Concorde… la Mairie de Paris « sonne l'hallali » des forains dans la capitale, s'écrie leur pater familias, Marcel Campion. La guerre est déclarée, avec une première bataille judiciaire le 14 novembre.
La roue tourne pour le business de Marcel Campion, qui n'est plus en cour auprès de la Dame de Paris, Anne Hidalgo. La vertigineuse attraction de la place de la Concorde pourrait vivre sa dernière édition cet hiver et la maire de la capitale a supprimé le marché de Noël des Champs-Élysées, dont le «roi des forains» s'occupe depuis 2008 et qui s'était institutionnalisé par une convention signée avec la Ville en octobre 2015. En juillet dernier, le Conseil de Paris a décidé à l'unanimité de ne pas reconduire ce contrat d'une durée de six ans, renouvelable tous les deux ans. La colère du patriarche de 77 ans, qui germe depuis des mois et qui s'est matérialisée en septembre par un recours au fond devant le tribunal administratif de Paris pour contester cette «injustice», rage-t-il, a explosé cette semaine après qu'une opération de police a intercepté, la veille de la Toussaint à Vincennes, le convoi des 180 chalets blancs du marché de Noël. Coutumier des actions en force, Campion envisageait de les installer sans autorisation. Chalets saisis et stockés dans le bois de Boulogne.
«Nous allons nous mettre en guerre contre l'État parce qu'il y en a marre. (…) Si on n'est pas entendus, le bordel, on va vous le mettre en France, croyez-moi !»
Marcel Campion
À la hauteur de sa gouaille, la riposte a tonné, lundi et mardi, avec le blocage des routes autour de Paris par des dizaines de camions forains. 450 km de bouchons. «Nous allons nous mettre en guerre contre l'État parce qu'il y en a marre. (…) Si on n'est pas entendus, le bordel, on va vous le mettre en France, croyez-moi!», avait-il prévenu. De crier à l'hérésie économique, avec la Ville qui «se permet le luxe de renoncer» aux 700.000 euros de redevance qu'il lui verse pour les deux mois d'occupation du domaine public, à la perte des «5 millions d'euros investis» de sa poche pour six ans, des 4,5 millions de recettes par édition, à la «suppression de 2000 emplois» et à «la punition» pour les 15 millions de visiteurs des Champs.
Depuis, il met son ire en scène sur les plateaux télé, radios et réseaux sociaux où sa pétition recense 5356 signataires et où son comité de soutien relaie avec abondance parole et photos du héraut des forains. Comme ce cliché où, seul sous un ciel noir, campé comme un gladiateur prêt à se jeter dans la fosse, il regarde droit devant, le chef surplombé par ces mots : «Début du combat». Mais l'intimidation ne prend pas. Lundi, la Mairie de Paris a répété que «dans un État de droit, le chantage n'est pas une méthode». Même son de cloche chez le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, qui a opposé une fin de non-recevoir à Campion: le marché de Noël n'aura pas lieu. «Sauf à ce qu'un juge en décide autrement», lui a-t-il rappelé. Qu'à cela ne tienne. Mardi matin, Campion a déposé un autre recours, en référé cette fois, pour tenter d'obtenir, en urgence, la suspension de la décision municipale. L'audience doit se tenir le 14 novembre.
La maire «gouroutisée»
Mais quels sont les tenants et aboutissants de la disgrâce du «PDG manouche», après un long âge d'or, tour à tour sous les mandats de Jacques Chirac, Jean Tiberi, Bertrand Delanoë, et même Anne Hidalgo à son arrivée? Pour elle, «les forains étaient les plus beaux et les plus sympas quand elle en avait besoin pour les élections, siffle Marcel Campion, et maintenant ce sont les parias de Paris». Le marché de Noël n'est pas le seul à être raboté:l'enlèvement définitif de la grande roue, installée depuis 1993 au cœur de la capitale, doit être soumis au vote du Conseil de Paris à partir du 20 novembre. «Pour des raisons patrimoniales qui ont trait à la beauté et à la perspective des lieux, explique la Mairie de Paris, qui n'exclut pas d'en remettre une, mais ailleurs. La roue lui a rapporté une redevance de 1,2 million d'euros en 2017, sur les quelque 5 millions de recettes que récolte Campion à chaque édition. Marché et roue additionnés, c'est «12 millions de loyer» depuis 2008, calcule le forain. Quant à la Foire du Trône, la Mairie du XIIe a voté lundi la réduction de moitié de son emplacement pour passer de 9 hectares à 4,5 hectares. Enfin, les «Jours de fête» au Grand Palais n'ont plus de date de programmation… «Un véritable jeu de massacre, souffle Campion, en étant sûr d'avoir trouvé l'explication: «Cette dame-là est une dérangée mentale.» Bien loin, le temps des sérénades… où Marcel, à la demande d'Anne, avait fait venir des guitaristes espagnols sur le parvis de l'Hôtel de ville au soir de sa victoire électorale. Aujourd'hui, le tutoiement a plié sous les raideurs du voussoiement, les textos sont écrits au venin, accusant son entourage de l'avoir «gouroutisée», rappelant que «tous ceux qui s'en sont pris aux forains par le passé» n'avaient récolté que «la malédiction».
En tout état de cause, Campion installera bien, cette année encore, du 11 au 17 novembre, sa grande roue place de la Concorde
La raison officielle de la suppression du marché de Noël, invoquée aujourd'hui par la Ville, est «la qualité médiocre des produits et des animations vendus sur le marché de Noël». Pourtant, en huit ans où il s'est tenu, aucun grief de cet ordre n'a jamais été exprimé. Tout le contraire, comme en attestent images et propos d'Anne Hidalgo qui abondaient en émerveillement et chaudes félicitations inauguration après inauguration. Et moins encore depuis deux ans, encadré par la convention, où le comité de sélection du marché - notamment composé de la Mairie de Paris, qui a voix majoritaire - «a chaque fois validé l'ensemble des exposants, en connaissant chaque détail, sans émettre aucune réserve», s'étonne Géraldine Lauret. C'est elle qui, à travers sa société Scope Événements, commercialise les 180 chalets aux côtés de la société Loisirs Associés de Campion. Le plus scandaleux, pour elle, est l'accusation soudaine de produits «made in China». «C'est mensonger, et ils le savent parfaitement, s'écrie la jeune dirigeante. Ils sont à 70 % français et à 85 % européens. Aujourd'hui, ceux qui les produisent, artisans et créateurs de la chambre des métiers sont humiliés.» La qualité est «un argument de façade», éructe Campion. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage.» De qualité, il n'en était pas même question dans le courrier annonçant, le 3 juillet dernier, la fin de la convention. Il indiquait vouloir «varier les modalités d'animations de l'espace public et intégrer, dans l'équilibre économique des prochaines occupations des lieux, les contraintes de sécurité qui s'y imposent». En tout cas, pour Me Marie-Alix Canu-Bernard, avocate de Marcel Campion, la décision de la Mairie n'est pas justifiée par un «motif d'intérêt général suffisant». Ce que l'audience du 14 devra examiner. Et là, sur le plan juridique, Marcel Campion est on ne peut plus «confiant»: «Il y aura un bien un marché de Noël cette année», affirme-t-il.
Mais si la qualité n'est qu'un argument miroir, quelles sont les raisons réelles de la disgrâce? Dans les faits, la Mairie commence à lâcher le patriarche avec ses ennuis face à la justice. En mai dernier, une information judiciaire est ouverte sur l'attribution du marché de la grande roue. Il est mis en examen par le juge Van Ruymbeke, pour recel de favoritisme et abus de bien social à hauteur de 75.000 euros. Une somme trouvée dans son coffre de banque. En revanche, les 300.000 euros saisis lors de la perquisition de son domicile du Val-de-Marne, eux, semblent avoir des justificatifs. Le gyrophare de police, lui, beaucoup moins, grince un flic. «Accuser quelqu'un de recel de favoritisme, ce dont je n'ai pas bénéficié, ça implique bien que quelqu'un a pratiqué du favoritisme, non? Or y a-t-il une procédure contre cette personne? Non», s'étonne-t-il. La Mairie de Paris s'est constituée partie civile. En tout état de cause, Campion installera bien, cette année encore, du 11 au 17 novembre, sa grande roue place de la Concorde. Inauguration en grande pompe, le 17, avec les vieux copains, Belmondo et Delon, parmi bien d'autres célébrités.
«Son monde, c'est le Far West»
Vu de la fenêtre foraine, «la cabale» tient en plusieurs articulations. D'abord, le «sabordage» opéré par l'entourage proche d'Hidalgo pour asseoir «des influences et des intérêts économiques personnels dans le milieu de la fête à Paris». C'est bien connu, ironise la municipalité, «tous les élus du Conseil de Paris qui ont voté non au marché de Noël à l'unanimité sont mariés avec des gens qui tiennent des manèges concurrents de ceux de M. Campion». Un évincement conforté par d'autres «parasitages», dit-il, comme un rapport incriminant de la chambre régionale des comptes ou encore le halo de suspicion engendré par divers services fiscaux et enquêtes financières. «Avec mon fils et ma fille, on totalise neuf redressements!», s'écrie-t-il.
«Je n'ai jamais été condamné, moi »
Marcel Campion
Et puis le soufre… Les ancestrales rumeurs d'amitié avec des figures du grand banditisme, de blanchiment d'argent, de racket de commerçants… cela a dû alimenter «le fantasme» et «agité les peurs» des élus en place, suppute une source de son entourage. Des brumes qui ont pourtant forgé des certitudes dans les services d'enquête, mais jamais de preuves. «Pas de moyens, pas de volonté politique», déplore un policier. Concernant le légendaire «racket», deux mains courantes, selon nos informations, auraient été déposées en 2015 au 1er DPJ par des commerçants. Enfin, selon Campion, son éviction sert à sacrer Bernard Arnault «nouveau roi des forains à Paris», «en catimini». La délégation de service public du très chic Jardin d'acclimatation a été accordée en 2016 au PDG de LVMH pour rénover et réaménager le parc, qui s'étend sur 90 hectares dans le bois de Boulogne.
«À Paris ou ailleurs, il se croit chez lui: Campion pense, parle et agit par décrets, les siens», s'énerve un policier. «Son monde, c'est le Far West, il s'arroge droits et pouvoir et se fait justice seul», dit-il en rappelant le «saucissonnage» de son frère André, à son domicile dans l'Oise en 2008, par un commando encagoulé. Sur la place publique du village, le bouillant Marcel avait alors installé une chaise électrique dénichée dans une «maison de l'horreur» de la Foire du Trône, avec un mannequin se consumant sous les flammes, tenait un revolver à la main et offrait publiquement 100.000 euros à qui lui livrerait les coupables. En juin 2009, lors d'un match à Roland-Garros, il avait stationné sa voiture près du stade avec, à l'intérieur, un .357 Magnum. 36 heures de garde à vue, procès en correctionnelle pour port d'arme illégal, procédure annulée pour vice de forme. «Il n'a pour lui que des bras et de la gueule, persifle un autre enquêteur, et peu de matière grise.» Assez pourtant pour avoir une défense aiguisée, des appuis solides et des réseaux puissants, et pour faire courir le monde policier depuis quarante ans, sans effets. Prompt à la roue, le vieux forain se rengorge tel un paon: «Je n'ai jamais été condamné, moi», sourit-il. Au contraire, il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 2004, sous la présidence Chirac. Une coquetterie, un pied de nez aussi, qu'il arbore sur sa carte de visite. Depuis ce jour, un haut gradé de la gendarmerie, qui le tenait dans le viseur de ses enquêtes, refuse obstinément de porter la sienne.

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La mairie de Paris veut chasser définitivement la grande roue de la Concorde (09.11.2017)
Par Le figaro.fr et AFP agenceMis à jour le 09/11/2017 à 17h22 | Publié le 09/11/2017 à 16h37
La mairie de Paris envisage de chasser, à compter de 2018, la célèbre grande roue de la place de la Concorde, en pleine polémique sur la suppression du marché de Noël, qui a déjà déclenché l'ire des forains.
Le 20 novembre, la mairie proposera aux conseillers de Paris de voter pour la suppression de la concession qu'occupe la grande roue sur la place de la Concorde. Inscrite chaque hiver depuis 2000 dans le paysage parisien, l'attraction s'est attiré beaucoup de critiques, tant sur le lieu de son installation que sur la personnalité controversée de son propriétaire, Marcel Campion, promoteur historique des fêtes foraines parisiennes. «Il y a un an, les conseillers de Paris ont adopté un voeu pour que l'installation de la grande roue sur la place de la Concorde soit remise en débat à l'automne 2017. Nous y sommes. L'exécutif municipal tiendra parole en organisant ce débat lors du Conseil de Paris du 20 novembre», a indiqué jeudi la mairie à l'AFP, confirmant une information de RTL. La maire PS Anne Hidalgo «soumettra à cette occasion un voeu aux conseillers de Paris, qui prévoit de mettre un terme à l'installation de cette grande roue», afin que la place de la Concorde «retrouve pleinement son caractère patrimonial», a précisé la mairie.
Comme chaque année, et comme le veut la convention signée en 2015 avec Marcel Campion, la grande roue sera bien réinstallée ce 17 novembre, pour une durée de six mois, puis retirée au mois de mai. Si les conseillers de Paris votent la non-reconduction, elle ne reviendra donc pas à l'hiver 2018.
«C'est la suite logique des choses. La mairie veut éliminer les forains à Paris»
Marcel Campion
Cette annonce intervient alors qu'en juillet, le Conseil de Paris avait déjà voté à l'unanimité la fin, sous sa forme actuelle, du Marché de Noël des Champs-Elysées, également créé en 2008 par Marcel Campion. Les forains ont d'ailleurs mené plusieurs opérations escargot ces derniers jours autour de la capitale pour dénoncer la suppression de leur marché et tenter de faire plier la mairie. La non-reconduction de la grande roue, «c'est la suite logique des choses. La mairie veut éliminer les forains à Paris», affirme Marcel Campion sur BFMTV, y voyant la «preuve» d'un «règlement de comptes».
«Campagne anti-populaire»
Des organisations de forains regroupées sous le nom de «Forains de France» ont également dénoncé dans un communiqué une «campagne arbitraire et anti-populaire». Selon eux, «la sentence est claire: halte aux loisirs populaires». Pour le premier adjoint d'Anne Hidalgo, Bruno Julliard, «il s'agit d'un pur hasard de calendrier». Il n'y a «aucun acharnement concernant la personnalité de Marcel Campion», a-t-il assuré lors d'un point presse, en se disant toutefois «tout à fait hostile à l'attitude de chantage de certains forains».
«Six mois pendant l'année, la grande roue opère une rupture» dans la «perspective visuelle historique» Louvre-Arc de Triomphe, qui est «probablement l'une des plus belles au monde» et que beaucoup d'associations défendent «à raison», a-t-il expliqué. Il serait également «légitime» que les piétons puissent reconquérir l'espace occupé par la grande roue, qui fait face à l'entrée du «magnifique jardin» des Tuileries, a-t-il plaidé.
Après avoir échangé avec des responsables de tous bords, Bruno Julliard pense que la proposition de l'exécutif sera «largement» votée. «Cela ne veut pas dire que nous sommes sur le principe hostiles à une attraction comme une grande roue. D'autres capitales en ont, comme Londres, même si elle y est nettement plus belle», a aussi dit le premier adjoint à la maire de Paris. S'il n'y a pas, à ce stade, de projet concurrent, la Ville souhaite «avoir une réflexion, dans les années qui viennent, tant sur le concept que sur le lieu d'installation», pour «essayer d'imaginer quelque chose de plus esthétique, de plus exigeant, d'une plus grande qualité». L'éventuelle future Grande roue ne sera donc pas forcément celle de Marcel Campion. «C'est heureux, la loi impose des mises en concurrence, des marchés publics. Les meilleures propositions gagneront, comme toujours», a assuré Bruno Julliard.
De son côté, Marcel Campion exclut pour le moment un nouveau blocage de la capitale: «il n'est pas question d'action. Quand il y aura cette décision, nous irons en justice tout simplement».
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Retour de djihadistes : Macron prône le «cas par cas» pour les femmes et les enfants (09.11.2017)
Par Le figaro.fr et AFP agencePublié le 09/11/2017 à 18h42
VIDÉO - En marge d'un déplacement à Abu Dhabi, le chef de l'État s'est exprimé sur l'épineuse question des «revenants», notamment sur le retour des femmes et des enfants de djihadistes français capturés en Irak et en Syrie.
Après la prise du dernier bastion de l'État islamique en Syrie, la question du retour des djihadistes se fait de plus en plus pressante. Cet épineux problème, auquel l'armée et les forces de police se préparent depuis de nombreux mois, a été évoqué mercredi par le chef de l'État, Emmanuel Macron, dans un entretien à France 2. Pour le président, les conditions d'un retour en France des femmes et enfants de djihadistes français capturés en Irak et Syrie, seront examinées «au cas par cas». Il a également insisté sur la reconnaissance par la France de la justice irakienne.
«Cela dépend à chaque fois des pays et des situations», a déclaré le chef de l'État en marge de l'inauguration du Louvre Abu Dhabi, sur l'épineuse question des «revenants». «Nous avons des échanges permanents avec la justice irakienne, que nous reconnaissons. Et quand des crimes sont identifiés pour des ressortissants français (...), ils doivent être jugés, et nous reconnaissons la justice, il y a un travail qui est fait avec», a-t-il précisé dans cet entretien mis en ligne sur le site de franceinfo. «Pour les femmes et les enfants, ce sera du cas par cas, en fonction des situations», a affirmé le président.
«Lorsqu'ils reviennent en France, les adultes sont soumis à la justice française, sont incarcérés, seront jugés», a-t-il dit. «Et tout ce qui a été commis fera l'objet d'un jugement, parce que c'est aussi la juste protection que nous devons à nos concitoyens». «Et pour ce qui est des enfants, ils font l'objet d'ores et déjà pour ceux qui sont revenus et ceux qui reviendront, d'une procédure toute particulière et d'un suivi très particulier, sur le plan médical et psychiatrique», a-t-il précisé.
1700 Français ont rejoint l'EI
Relancé sur la question du rapatriement des femmes et des enfants, Emmanuel Macron a répété que «c'est au cas par cas». «Il y en a qui peuvent revenir sans qu'ils soient rapatriés, il y en a qui peuvent être rapatriés, et il y en a qui seront jugés avec leurs familles, dans certaines circonstances, dans les pays où ils sont, en particulier l'Irak». Selon le gouvernement français, environ 1700 Français sont partis rejoindre les zones djihadistes irako-syriennes depuis 2014.
Sur ce total, selon des chiffres de fin octobre, 278 sont morts - chiffre que le gouvernement admet sous-évalué - et 302 sont revenus en France: 178 hommes (dont 120 écroués), 66 femmes (dont 14 ont été écrouées) et 58 mineurs, la plupart de moins de 12 ans. Les autres ont été capturés en Syrie ou Irak, tués dans les combats ou ont fui vers les derniers territoires tenus par l'EI ou d'autres foyers jihadistes (en Libye notamment).
Le sort des Français arrêtés dans les zones de conflits dépend du pays, avait précisé fin octobre la ministre des Armées Florence Parly. S'ils se trouvent en Irak, les adultes peuvent être jugés sur place, et le sort des enfants «est étudié au cas par cas», en tenant compte de la volonté des parents, avait-elle indiqué. Plusieurs familles de djihadistes français capturés en Irak et Syrie ont écrit au chef de l'État pour réclamer leur rapatriement.
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En Syrie, l'armée s'empare de la dernière ville détenue par Daech (09.11.2017)
Par Le figaro.fr
Mis à jour le 09/11/2017 à 15h01 | Publié le 09/11/2017 à 12h39
Après avoir reculé dans la province de Deir ez-Zor face à l'offensive du régime et à une autre menée séparément par une coalition arabo-kurde, les djihadistes s'étaient retranchés dans la cité frontalière de Boukamal.
La ville est certes beaucoup moins grande que Deir ez-Zor. Cependant, depuis la chute au début du mois de la capitale provinciale, Boukamal faisait figure de dernier centre urbain aux mains de l'État islamique (EI) en Syrie. L'armée pro-régime a annoncé jeudi avoir repris le contrôle total de la ville. «Les unités de nos forces armées, en coopération avec les forces supplétives et alliées, ont libéré la ville de Boukamal», située dans l'est de la Syrie, selon un communiqué de l'armée repris par les médias officiels. Après avoir reculé dans la province de Deir ez-Zor face à l'offensive du régime et à une autre menée séparément par une coalition arabo-kurde, les djihadistes s'étaient retranchés dans cette cité frontalière.
Ces derniers jours, les forces engagées contre l'EI de part et d'autre de la frontière syro-irakienne avaient coordonné leurs actions. Soutenues par des raids intenses de l'aviation militaire russe, les troupes syriennes ont avancé vers Boukamal à partir du sud et de l'ouest. De l'autre côté de la frontière, les forces irakiennes ont acculé l'État islamique dans une zone frontalière. Selon une source auprès des milices prorégime, des combattants du Hezbollah chiite ont avancé vers Boukamal mercredi. «Une partie de ces combattants ont traversé la frontière en Irak, avec l'aide des unités des forces paramilitaires irakiennes du Hachd al-Chaabi pour contourner Boukamal puis l'encercler du côté nord.» Le Hachd al-Chaabi, dominé par des forces chiites, aide les forces gouvernementales irakiennes dans leur combat contre l'EI.
Quelques villages et petites localités
Daech s'était emparé de la quasi-totalité de Deir ez-Zor et de sa province riche en pétrole en 2014, profitant du chaos engendré par la guerre en Syrie. À présent, l'organisation terroriste ne contrôle plus que quelques villages et petites localités dans la province de Deir ez-Zor, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par les combats dans la province, nombre d'entre eux vivant dans des conditions difficiles dans des camps installés dans le désert. Selon Linda Tom, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) à Damas, quelque 120.00 personnes ont été déplacées ces dernières semaines.
La chute de Boukamal met donc pratiquement fin à l'existence territoriale de l'État islamique. Ailleurs en Syrie, le groupe reste présent dans deux quartiers périphériques de Damas, Yarmouk et Hajar al-Aswad, dans quelques poches de la province centrale de Homs et dans le Sud syrien. En Irak, des combattants de Daech résistent toujours à Rawa, sur l'Euphrate à la frontière syrienne, et dans quelques villages environnants dans une zone appelée Roummana, après avoir été chassés la semaine dernière du district d'al-Qaïm, à une centaine de kilomètres de là. En visite aux Émirats arabes unis, Emmanuel Macron a assuré que la victoire militaire contre l'EI serait totale dans «les prochains mois» en Irak et en Syrie mais qu'elle ne serait pas suffisante pour venir à bout de la menace djihadiste. Par ailleurs, la défaite du groupe djihadiste ne marque cependant la fin du conflit en Syrie, dont le président Bachar el-Assad a promis la reconquête de l'ensemble du territoire.
(Avec agences)
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Emmanuel Macron annonce la fin de Daech «dans les prochains mois» (09.11.2017)
Par François-Xavier Bourmaud
Mis à jour le 09/11/2017 à 12h15 | Publié le 09/11/2017 à 08h37
VIDÉO - Près de deux ans après les attaques du 13 novembre, «nous avons gagné» a assuré le chef de l'État, en visite sur la base militaire française d'Abu Dhabi. Il a reconnu que les «foyers terroristes» restaient «nombreux dans la zone».
De notre envoyé spécial à Abu Dhabi
Mission presque accomplie. En visite sur la base militaire française d'Abu Dhabi, Emmanuel Macron a annoncé jeudi la fin prochaine de l'État islamique. Evoquant la victoire des alliés à Raqqa, le fief de Daech, le président de la République a d'abord rappelé que c'est dans cette ville que les attaques terroristes du 13 novembre 2015 avaient été «planifiées, organisées, commanditées». «Presque deux ans jour pour jour après ces attentats, nous avons gagné», a assuré Emmanuel Macron avant de promettre d'éradiquer l'État islamique de la zone irako-syrienne «dans les prochains mois».
«Mais il n'en sera pas terminé de ce combat», a toutefois mis en garde le chef de l'État devant les militaires. Si l'islamisme radical est en passe de perdre son état, les foyers terroristes demeurent nombreux dans la zone. «Ce qui se joue ici, c'est l'une des contributions françaises essentielles dans la lutte contre le terrorisme», a expliqué le chef de l'Etat. Quelques minutes avant son discours, il venait d'assister à un briefing opérationnel sur la frégate antiaérienne Jean Bart. Dans le Golfe, les militaires français sont engagés dans des opérations maritimes, aériennes et terrestres pour bloquer les sources de financement du terrorisme.
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Grand reporter au service politique du Figaro
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Le commerce extérieur, inquiétant talon d'Achille de l'économie française (08.11.2017)
Par Anne de Guigné
Mis à jour le 08/11/2017 à 22h01 | Publié le 08/11/2017 à 19h29
INFOGRAPHIE - Coût du travail excessif, manque d'innovation, qualité des produits insuffisante... Les faiblesses de l'économie française creusent le déficit commercial.
Le commerce extérieur ne finit pas de s'enfoncer dans le rouge. Et la tendance s'aggraver de mois en mois. En septembre, les importations ont encore très largement dépassé les exportations, si bien que le solde commercial a été négatif de 4,7 milliards d'euros, selon les Douanes. Depuis le début de l'année, le déficit atteint 48,4 milliards d'euros.
Le chiffre apparaît en ligne avec les estimations du gouvernement. Dans les documents annexes au projet de loi de finances, l'exécutif annonçait tabler sur un trou de 63 milliards d'euros cette année (hors négoce international), après 48 milliards en 2016. Pour 2018, aucune amélioration n'est envisagée. «Le solde commercial se stabiliserait en 2018, sous l'hypothèse d'un gel du prix du pétrole», écrivent ainsi les experts de Bercy.
La croissance économique profite essentiellement aux industriels étrangers, qui fabriquent, eux, des smartphones, des voitures haut de gamme, des machines-outils et des ordinateurs
Deux facteurs essentiels plombent actuellement le solde commercial français : la remontée des cours du pétrole, le brent frôlant les 64 dollars le baril et… la reprise économique. La base industrielle française, qui avait résisté dans les années 1980 et 1990 grâce à une politique de désinflation et de maîtrise des salaires, s'est racornie à partir du début des années 2000. Désormais, l'industrie ne représente plus que 12,6 % de la richesse nationale, contre 22,8 % en Allemagne. Résultat, lorsque la consommation des ménages augmente et que l'investissement des entreprises redémarre, les importations grimpent (+ 6,9 % entre septembre 2016 et septembre 2017 selon les Douanes).
Autrement dit, la croissance économique profite essentiellement aux industriels étrangers, qui fabriquent, eux, des smartphones, des voitures haut de gamme, des machines-outils et des ordinateurs. Les sociétés françaises ne parviennent plus à répondre à la demande intérieure. Depuis deux ans, les achats à l'étranger progressent même plus vite que les exportations dans plusieurs secteurs clés pour la France: l'agriculture (hors industrie agroalimentaire), les télécoms ou encore l'aéronautique. Les ventes à l'étranger de biens français se sont redressées, mais pas suffisamment.
Le déficit commercial est donc à la fois conjoncturel et structurel, lié à la désindustrialisation. D'ailleurs, le commerce extérieur pèse sur la croissance française depuis 2002. Les raisons profondes de ce décrochage sont bien connues: faiblesse de la compétitivité de l'industrie, positionnement moyen de gamme des produits et manque d'ouverture à l'international des PME.
«Dans l'industrie, la France a peu à peu perdu son avantage compétitif sur les secteurs technologiques et de haute valeur ajoutée»
Rapport du Fonds monétaire international
À court terme, le gouvernement a identifié des marges d'amélioration sur ce dernier volet. Il souhaite rationaliser l'offre des multiples dispositifs publics actuels afin de clarifier les points d'entrée pour les entreprises. La loi entreprise, qui sera votée au printemps prochain, comprendra ainsi un volet export.
Sur le fond, la politique de l'offre du précédent quinquennat a commencé à répondre au problème de la compétitivité-coût. «Avant les mesures Hollande, la France avait 17 points d'écart coût-compétitivité avec l'Allemagne, note Vincent Aussilloux, économiste chez France stratégie. Après le CICE, il reste encore 6 points d'écart.» Une partie du chemin a été accomplie. Même si les industriels français estiment être pénalisés par les charges sur les hauts salaires, Emmanuel Macron juge le dossier clos. La grande mesure fiscale de son quinquennat pour les entreprises sera une baisse de l'impôt sur les sociétés.
Financer l'innovation
Reste donc le vaste sujet de la compétitivité hors coût qui regroupe la qualité, l'innovation, l'image de marque, les délais de livraison… Un problème ancien en France, encore aggravé depuis la révolution numérique et l'explosion des nouvelles technologies. «Dans l'industrie, la France a peu à peu perdu son avantage compétitif sur les secteurs technologiques et de haute valeur ajoutée», écrivait ainsi le Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport annuel sur la situation économique de la France, publié en septembre. Les économistes de l'institution mettaient en cause la fiscalité française qui avantage, via les mécanismes de déduction fiscale de certaines dettes, le financement par l'endettement plutôt que le capital. Or l'innovation numérique se finance, elle, par du capital.
La numérisation du tissu des PME françaises, qui est un des leviers du redressement de la compétitivité et du commerce extérieur, suppose donc de développer l'apport de fonds propres. C'est le but de la réforme actuelle de l'ISF et de la flat tax. Reste que les résultats ne seront pas immédiats. Et que ce n'est pas le seul problème français. Selon le baromètre Randstad Inhouse Services de la compétitivité de la société de RH Randstad, les industriels allemands ont comme point fort leur capacité à recruter de la main-d'oeuvre qualifiée. Les retards de formation en France sont réels. D'où la réforme en cours. Pour repartir dans la course, l'Hexagone doit même mener de front deux dossiers titanesques: financer le rattrapage des PME tout en créant les conditions pour faire éclore des champions du numérique, concurrençant les anglo-saxons.

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Depuis 2014, le commerce extérieur est sous la tutelle du Quai d'Orsay (08.11.2017)
Par Anne de Guigné
Mis à jour le 08/11/2017 à 19h07 | Publié le 08/11/2017 à 18h46
Abrité au sein du ministère des Affaires Étrangères, le commerce extérieur français bénéficie des réseaux des chambres de commerce, des conseillers du commerce extérieur, des ambassades ou des multiples structures régionales. Elles complètent le dispositif d'aide aux entreprises.
Le commerce extérieur est placé sous la responsabilité du Quai d'Orsay depuis 2014. Le changement de tutelle avait à l'époque secoué le Landerneau parisien: pour la première fois depuis la création de la Ve République, le portefeuille quittait le champ de Bercy. Cette décision fut le résultat d'un bras de fer entre Arnaud Montebourg, ministre de l'Économie de l'époque, et Laurent Fabius, intransigeant chantre de la diplomatie économique. Matignon avait donné raison au second. Il est vrai que les exportations françaises dépendent beaucoup de grands contrats d'aéronautique, d'armement, d'infrastructures, eux-mêmes liés à des questions diplomatiques.
Édouard Philippe a souhaité maintenir le dispositif. Aujourd'hui, Jean-Yves Le Drian est officiellement en charge du Commerce extérieur. Dans le périmètre de Bruno Le Maire reste le volet «financement des exportations». Sous François Hollande, un secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur épaulait le ministre des Affaires étrangères. Jean-Baptiste Lemoyne, «secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères», n'a pas aujourd'hui d'attribution précise mais est, dans les faits, particulièrement présent sur ces dossiers.
Multiples établissements publics
Pour préparer le volet économique des déplacements du ministre à l'étranger, le Quai d'Orsay peut s'appuyer sur sa propre direction des entreprises. À l'exception de cette équipe, l'essentiel des troupes dédiées au commerce extérieur, notamment tout le volet multilatéral et la préparation des grands traités commerciaux, reste hébergé à Bercy, «à disposition» du ministre des Affaires étrangères. Elles sont logées au sein de la Direction du Trésor mais aussi de la Direction générale des entreprises. Les grandes négociations commerciales sont de leur côté souvent traitées en interministériel, a minima avec le ministère de l'Agriculture, les sujets agricoles étant souvent centraux.
Les ministères s'appuient sur plusieurs établissements publics. D'abord, Business France, qui est chargé du soutien des entreprises à l'export et de la promotion de l'attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux. L'agence est issue d'une fusion en 2015 entre Ubifrance et l'Agence française des investissements internationaux. Elle est placée sous la triple tutelle de Bercy, du Quai d'Orsay et du ministère de la Cohésion des territoires. Depuis septembre, l'agence est dirigée par l'ancien ambassadeur en Australie Christophe Lecourtier.
Business France dans la tourmente
Il hérite d'une situation délicate. Depuis juillet, Business France est visé par une information judiciaire pour favoritisme. L'affaire - l'organisation d'une soirée de promotion des start-up françaises en présence d'Emmanuel Macron, alors locataire de Bercy, à Las Vegas en janvier 2016 - fragilise aussi l'actuelle ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui dirigeait l'établissement à l'époque.
Les réseaux des chambres de commerce de France et de l'étranger, des conseillers du commerce extérieur, des ambassades ou des multiples structures régionales complètent le dispositif foisonnant d'aide aux entreprises. Sans compter les différentes actions mises en place par les organisations patronales comme le Medef. Bpifrance a de son côté repris dans son périmètre la gestion des garanties publiques à l'export. L'exécutif s'est fixé l'objectif de simplifier ces multiples dispositifs, parfois concurrents, afin de créer un point d'entrée unique sur le territoire et un point d'entrée unique à l'exportation. Il y a effectivement urgence.

Un député LREM veut simplifier le millefeuille des aides à l'export
Buon Tan, député LREM de Paris, a présenté mercredi, en commission élargie des affaires étrangères à l'Assemblée, un rapport préconisant la simplification des dispositifs de soutien à l'export. «Aujourd'hui, l'organisation des aides à l'export, c'est un millefeuille» a-t-il expliqué, soulignant qu'il existait dans le pays plusieurs centaines d'organismes, publics ou privés. Le parlementaire propose ainsi de créer un «guichet unique» auquel pourront s'adresser les entreprises désireuses de se lancer à l'international. Une idée soutenue par le gouvernement.
Le député appelle aussi tous les acteurs à mettre en place le même logiciel de gestion de la relation client, pour qu'ils partagent leurs informations et permettent un suivi plus efficace des entreprises et de leurs besoins. Autre préconisation: permettre à plus de petites entreprises de bénéficier de l'assurance-crédit, qui garantit les contrats à l'export.

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Journaliste
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À l'école, le poison du cyberharcèlement sexuel (08.11.2017)
Par Caroline Beyer
Mis à jour le 09/11/2017 à 11h06 | Publié le 08/11/2017 à 20h27
Les filles sont davantage insultées en ligne au sujet de leur apparence physique et font plus l'objet de rumeurs et de «sextos».
«Revenge porn», «sexting», «slutshaming» (1). Des mots venus du monde anglo-saxon pour décrire ce harcèlement sexuel et sexiste qui sévit sur Internet, ce grand lieu de sociabilité des ados. Alors que le hashtag #balancetonporc a marqué les esprits, la troisième journée nationale «Non au harcèlement», organisée ce 9 novembre par l'Éducation nationale, tournera largement autour du «cyberharcèlement». Or sur la Toile comme dans la vie réelle, les filles en sont davantage victimes (2).
«Ces harceleurs de 12 ans n'ont aucune maturité sexuelle. Quand on leur explique qu'il est interdit de diffuser des photos ou des vidéos sans l'accord de l'intéressé, ils tombent des nues»
Valérie Piau, avocate spécialisée en droit de l'éducation
«Dans les cas de harcèlement sexiste et sexuel dont je suis saisie, 100 % des victimes sont des jeunes filles», explique Valérie Piau, avocate spécialisée en droit de l'éducation, qui voit se développer dangereusement le phénomène au collège. Sur la dizaine de cas qu'elle a traités cette année, une vidéo, diffusée dans tout l'établissement, d'une élève de sixième d'un «collège parisien chic» faisant une fellation à la suite d'un pari.
«Ça fait froid dans le dos. Ces harceleurs de 12 ans n'ont aucune maturité sexuelle, mais ils ont accès à la pornographie sur Internet. Quand on leur explique qu'il est interdit de diffuser des photos ou des vidéos sans l'accord de l'intéressé, ils tombent des nues», raconte l'avocate, qui évoque à la fois une inconscience et une banalisation des actes sexuels. Gestes déplacés, diffusion de photos dénudées, textos pornographiques…
L'avocate conseille de garder des traces et rappelle que, depuis 2014, le harcèlement scolaire est puni par la loi. Peine encourue? Six mois de prison et 7500 euros d'amende si l'auteur des faits est mineur. Avec circonstance aggravante en cas de cyberharcèlement.
Les stéréotypes ont peu évolué
Dans la vie réelle, les filles sont deux fois plus nombreuses que les garçons à être la cible d'insultes sur leur comportement sexuel ou amoureux: 22 % disent avoir été traitées de «salope» et de «pute», selon une étude menée dans des établissements scolaires et publiée en 2016 par le centre Hubertine Auclert. Cet observatoire francilien des violences faites aux femmes, associé à la région Ile-de-France, qui a fait émerger en France le terme «cybersexisme», vient de lancer une plateforme sur le sujet. Selon la même étude, les filles sont de 1,5 à deux fois plus touchées par ce cybersexisme (17 %) que les garçons. Elles sont davantage insultées en ligne au sujet de leur apparence physique. Elles reçoivent plus de «sextos». Et elles font davantage l'objet de rumeurs…
«Le monde adulte a souvent tendance à conseiller la déconnexion. Mais pour les adolescents, cela équivaut à une mort sociale»
Clémence Pajot, directrice du centre Hubertine Auclert
Il y a vingt ans déjà, il y avait la fille réputée «facile» du collège. Les stéréotypes ont peu évolué. Mais la manière de les faire vivre est aujourd'hui plus codifiée et plus violente. Sur les réseaux sociaux, «les filles doivent être sexy mais pas trop, tandis que les garçons doivent montrer leur virilité. Ils font moins l'objet d'injonctions et d'insultes, sauf lorsqu'ils sont soupçonnés d'homosexualité», résume Clémence Pajot, directrice du centre Hubertine Auclert.
Parmi les adolescentes, 20 % disent avoir renoncé à une tenue vestimentaire, contre 6,9 % des garçons. Un diktat qui rappelle les joggings arborés par certaines jeunes filles dans les quartiers dits difficiles, pour effacer tout signe de féminité, donc toute suspicion de provocation. «Le cyberespace exacerbe les inégalités», estime Clémence Pajot. Dans ce monde virtuel, la violence continuelle ne laisse aucun répit aux victimes. «Face à cela, le monde adulte a souvent tendance à conseiller la déconnexion. Mais pour les adolescents, cela équivaut à une mort sociale», explique la directrice du centre Hubertine Auclert, avant de s'insurger: «Pourquoi les femmes devraient une fois de plus être exclues de l'espace public, sous prétexte qu'il est trop dangereux pour elles?»
1. porno vengeur, textos pornographiques, honte aux salopes.
2. 21 % des filles déclarent avoir connu au moins une cyberviolence, contre 15 % des garçons, Depp, 2014

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Harcèlement scolaire : «Pour mes profs, c’était des jeux d’enfants» (09.11.2017)
Par Merwane Mehadji • Publié le 08/11/2017 à 16:09 • Mis à jour le 09/11/2017 à 09:55
Élodie reproche à la plupart de ses profs d’avoir minimisé les agissements dont elle était victime (photo d’illustration). Crédits photo: Shutterstock/Lopolo
TÉMOIGNAGE AUDIO - Élodie* a été victime de harcèlement au collège et au lycée. Elle accepte de mettre des mots sur cette souffrance qui la suit toujours dans sa vie d’adulte.
«Plutôt que de mourir, j’avais surtout envie que mes harceleurs comprennent la gravité des faits. Par mon acte, je voulais qu’ils aient le poids de ma mort sur la conscience.» Les paroles d’Élodie* sont graves. Malgré le soutien de la famille et des amis, elle a plusieurs fois songé au suicide lorsqu’elle était harcelée «quotidiennement» entre la 6 ème et la seconde. Cinq années de calvaire que la fille de 23 ans, aujourd’hui étudiante en langues étrangères, nous raconte avec recul, justesse et émotion. Plus petite que ses camarades, atteinte d’un strabisme qui lui vaut les pires invectives, naïve et peu sûre d’elle, son quotidien se transformait en cauchemar chaque fois qu’elle passait les grilles de son établissement.
«Un garçon me décrivait en cours d’espagnol comme un monstre»Élodie
Moqueries, paris, humiliations… Élodie se souvient de tout. Des garçons qui venaient lui faire la bise «parce que c’était un pari» que de venir la draguer. De ce garçon qui la décrivait en cours d’espagnol comme «un monstre». De ces filles qu’elle ne connaissait pas qui ont créé un groupe Facebook pour se moquer d’elle en public. Et aussi de la plupart de ses professeurs qui minimisaient ces agissements et les considéraient comme des «jeux d’enfants». Pour Le Figaro Étudiant, Élodie retrace dans un entretien audio ses années de harcèlement.

Ivan Rioufol: «Arrêter ces lâchetés qui abîment la France»
Par Ivan Rioufol
Publié le 09/11/2017 à 16h33
CHRONIQUE - En France, ceux qui alertent sur l'alliance entre l'extrême gauche et le salafisme, sont suspectés d'islamophobie et de racisme.
Cela se passe en France. Depuis 2006, un philosophe, Robert Redeker, vit caché et protégé pour avoir critiqué le Prophète, dans Le FigaroCharlie Hebdo est à nouveau la cible de menaces de mort après avoir caricaturé un Tariq Ramadan priapique déclarant: «Je suis le 6e pilier de l'islam.»Le Monde a consacré un dossier à l'antisémitisme des cités sans oser écrire les mots islamisme, musulman, Coran. La cour d'assises spéciale de Paris, qui jugeait Abdelkader Merah, l'a acquitté de la complicité des crimes commis par son jeune frère, Mohamed, pour ne retenir que l'association de malfaiteurs (20 ans). Les magistrats ont voulu ignorer l'idéologue qu'est Abdelkader, imprégné de sourates ordonnant de tuer des juifs et des mécréants ; le parquet a fait appel. Le 13 novembre, seront commémorés les attentats parisiens de 2015. Cependant, les plaques posées sur les lieux des tragédies ne nomment pas la signature islamiste de la terreur. Ainsi de suite.
Cela se passe en France, et cette lâcheté fait honte. Critiquer l'islam est un interdit accepté par les bêlants. Les meurtriers du jeune Français juif, Ilian Halimi, dont la stèle vient d'être profanée, restent des «jeunes de Bagneux» pour la moutonnerie. Ceux qui alertent sur l'islamo-gauchisme, alliance entre l'extrême gauche et le salafisme, sont suspectés d'islamophobie et de racisme par la pensée obtuse. Quand certains dénoncent l'intégrisme islamique, c'est pour l'associer à l'intégrisme catholique dans un relativisme qui édulcore l'intolérance coranique ; elle a tué dernièrement près de 250 personnes en France. D'autres laissent entendre que les États-Unis de Donald Trump seraient l'ennemi de l'Europe au même titre que le fondamentalisme. Tous ces esprits faux concourent à endormir les vigilances. Tant de veuleries abîment la France.
L'antisionisme est un masque vertueux pour beaucoup d'antisémites et d'anti-occidentaux
L'affaire des Paradise Papers, lancée lundi par un «Consortium international des journalistes d'investigation», permet aux sermonnaires de s'indigner des optimisations fiscales qu'offrent les disparités législatives: ce combat, qui dénonce des pratiques légales mais qui s'autorise le vol de fichiers d'un cabinet d'avocats, est sans danger. En revanche, les moralisateurs s'indiffèrent du totalitarisme qui dit parler au nom d'Allah. Emmanuel Macron demeurera évasif. Les Républicains, qui se «refondent», assurent avoir compris le problème. Mais c'est un faux aveu que concède Bernard Accoyer, secrétaire général, quand il admet (Le Figaro, mardi) que la droite n'a pas assez écouté ni tenu compte des inquiétudes sur la crise d'identité. En fait, Les Républicains, eux aussi, restent tétanisés par la trouille. Marine Le Pen analyse l'islamisme avec davantage de lucidité. Sa persistante diabolisation vient aussi de là.
L'antisémitisme, qui caractérisait l'extrême droite, a envahi la gauche radicale. Jean-Luc Mélenchon conteste la perméabilité de La France insoumise (FI) avec cette judéophobie. Or de tels liens crèvent les yeux, tant son mouvement sollicite l'électorat des cités. La députée FI, Danièle Obono, s'est portée, dimanche, en défense de sa «camarade» Houria Bouteldja. Qualifiée par Obono de «militante antiraciste», Bouteldja, responsable du Parti des indigènes de la République (PIR), exhibe sa détestation des juifs et du sionisme. Mais il est vrai que, dans la dialectique islamique avalisée par les idiots utiles du djihad, rejoints par Mélenchon abrité dans son déni, le sionisme est vu comme un racisme. L'antisionisme est un masque vertueux pour beaucoup d'antisémites et d'anti-occidentaux. Derrière le rejet d'Israël, en guerre contre l'islam radical, c'est le monde libre qui est visé. Tous ces capons et ces collabos aiment la France soumise.
Derrière l'hystérie anti-Trump
La détestation que suscite Donald Trump en France prend prétexte de sa vulgarité, de ses foucades, de ses tweets compulsifs. La vraie raison est inavouable: l'esprit capitulard, qui empoisonne le discours dominant, ne supporte pas d'entendre le président américain désigner le politiquement correct comme une plaie pour la démocratie et le totalitarisme islamique comme l'ennemi à briser. Mettre la force, voire la guerre, au service de la défense de la patrie est compris, par les aquoibonistes, comme une rusticité. L'hystérie anti-Trump légitime l'expression débondée d'un antiaméricanisme partagé par les fondamentalistes. Ce chœur hostile se retrouve sur le dos des États-Unis mais aussi de son allié israélien. Il faut se rendre dans l'État juif, ce que j'ai fait ces jours-ci à l'invitation du KKL (association de soutien au développement environnemental et économique d'Israël), pour constater que Trump n'y est pas l'épouvantail qu'en dressent mécaniquement les médias français, en dévotion devant Macron et son parler creux. Mercredi, les perroquets ont décrété nul le bilan de la première année de l'élection de Trump. Jusqu'alors, seule l'idéologie communiste produisait ces canonnades.
La pensée conforme préfère s'acharner contre Trump, et laisser en paix l'islam politique. En attendant, les États-Unis ont un chômage au plus bas. Wall Street est euphorique, les petits patrons optimistes. Sur le plan international, la doctrine du «hard-power» a fait dire à Trump, mercredi en Corée du Sud, à l'adresse de la dictature de la Corée du Nord: «Le temps de la force est venu.» Mais qu'attendre d'autre d'une démocratie, quand un tyran la menace? Son choix d'inviter les pays musulmans, en mai à Riyad (Arabie saoudite), à faire le ménage et à «chasser» les fondamentalistes liés à l'Iran n'est pas étranger à la révolution lancée en Arabie saoudite. Samedi, le prince hériter Mohammed Ben Salman a donné un coup de balai anticorruption et anti-fondamentaliste dans les rangs les plus proches du pouvoir. «Nous n'allons pas passer trente ans de plus de notre vie à nous accommoder d'idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant», a prévenu Ben Salman. Faudrait-il s'en plaindre?
Crise de la politique
Nicolas Hulot aura-t-il le courage d'affronter la poignée de zadistes qui bloquent le projet d'aéroport de Notre-Dames-des-Landes (Loire-Atlantique), légalisé après 160 recours? Le ministre écologiste n'en donne pas l'impression. Reste qu'il a eu raison, mardi, de reconnaître irréaliste la réduction du nucléaire à 50 % à l'horizon 2025, prévue par une loi de 2015 soutenue par Ségolène Royal. Les sources de substitution d'énergie n'ont, en effet, jamais été planifiées. Cette irresponsabilité illustre la crise de la politique.

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Exportations illégales: la n°2 de l'ONU nie son implication (09.11.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 09/11/2017 à 18h27 | Publié le 09/11/2017 à 18h20
La numéro deux de l'ONU, Amina Mohammed, a démenti aujourd'hui avoir vendu illégalement début 2017 du bois de rose à des hommes d'affaires chinois alors qu'elle achevait son mandat de ministre de l'Environnement du Nigeria, comme l'en accuse une ONG.
Avant de prendre fin février ses fonctions de secrétaire générale adjointe de l'ONU, Amina Mohammed, ministre depuis novembre 2015, a signé des milliers de permis d'exportation illégale de ce bois précieux pour une valeur de 300 millions de dollars, selon l'ONG Environmental Investigation Agency (EIA).
Ces exportations ont été bloquées pendant des mois à la frontière chinoise par les autorités douanières, a précisé l'ONG basée à Washington.
Interrogé sur ces accusations, un porte-parole de l'ONU a indiqué que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, «avait été informé par son adjointe des informations de presse la concernant». Amina Mohammed «rejette catégoriquement toute allégation de fraude» et Antonio Guterres «lui a réaffirmé son plein soutien et sa confiance», a indiqué le porte-parole, Farhan Aziz Haq.
Le bois de rose, une espèce rare, est protégé par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Son huile est utilisée en parfumerie et le bois en ébénisterie.
Selon le magazine Foreign Policy, citant un responsable du Nigeria s'exprimant sous couvert d'anonymat, Amina Mohammed a signé le 16 janvier 2992 certificats d'exportation du bois précieux. Ils sont arrivés «dans des sacs et j'ai signé parce que j'avais à le faire», a déclaré en octobre au magazine l'ancienne ministre, précisant ne pas se rappeler leur nombre. Selon l'EIA, le Nigeria est depuis 2013 le plus grand exportateur de bois de rose.

Propos antisémites: 1500€ d'amende pour une enseignante (09.11.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 09/11/2017 à 17h51 | Publié le 09/11/2017 à 17h34
Une enseignante d'un grand lycée parisien qui avait publié un message révisionniste et antisémite sur son compte Facebook, accessible aux élèves, a été condamnée aujourd'hui à une amende de 1500 euros.
En 2016, cette professeure d'anglais en classe préparatoire littéraire au lycée Janson-de-Sailly (XVIe arrondissement) avait affirmé sur son compte Facebook que «La Shoah a été prévue et organisée par des Juifs». Le tribunal l'a déclarée coupable du délit de contestation de crime contre l'humanité et diffamation raciale.
Elle devra également verser 500 euros de dommages et intérêts à plusieurs associations qui se sont constituées parties civiles, dont la Licra (Ligue internationale de lutte contre le racisme et l'antisémitisme) et SOS Racisme.
L'enseignante, suspendue et en arrêt maladie de longue durée, n'était pas présente à son procès en octobre en raison de son état psychologique. Avant le message qui lui a valu d'être poursuivie, elle avait déjà publié ou relayé d'autres propos complotistes ou antisémites.
Âgée de 53 ans, la professeure invitait en fin d'année ses élèves à rejoindre son large groupe d'amis sur Facebook et plusieurs propos qu'elle a tenus dans ce cadre avaient fuité dans la presse pendant l'été 2016. Elle avait été suspendue en août 2016 et s'était déclarée en arrêt maladie.
La prévenue, irréprochable dans le cadre de son activité professionnelle, «délirait régulièrement» le soir devant son ordinateur, sur fond d'alcool et de troubles psychiatriques, avait raconté son avocat, Me Philippe Meilhac, lors du procès.

Turquie: Erdogan critique un «quota gay» (09.11.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 09/11/2017 à 17h09 | Publié le 09/11/2017 à 17h04
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a critiqué aujourd'hui la mise en place d'un quota pour les homosexuels dans des comités de quartier, estimant qu'une telle mesure était contraire aux valeurs de la nation turque.
Sans préciser le nom de la ville dans laquelle se trouvait le quartier en question, monsieur Erdogan a imputé la mise en place d'un tel quota au Parti républicain du peuple (CHP), principale formation de l'opposition en Turquie.
«Leurs liens avec les valeurs de notre nation ont été coupés au point que dans un district dirigé par le CHP dans une grande ville, un quota d'un cinquième pour les homosexuels a été mis en place pour les élections des comités de quartier», a déclaré monsieur Erdogan.
«Quand un parti se départit de toute modération, personne ne sait où cela peut le mener. Qu'ils continuent ainsi», a-t-il ajouté lors d'un discours à Ankara.
Selon la presse turque, M. Erdogan fait référence aux élections, prévues courant novembre, des comités de quartier dans le district de Nilüfer, dans la ville de Bursa (nord-ouest). La municipalité de Nilüfer est dirigée par un maire CHP.
Sur son site, le comité municipal de Nilüfer indique vouloir atteindre une proportion d'un tiers de femmes, d'un tiers de jeunes, d'un cinquième de personnes en situation de handicap et d'un cinquième de membres issus des communautés LGBTI dans ses comités de quartier.
Recep Tayyip Erdogan est régulièrement accusé par ses opposants d'oeuvrer à l'islamisation de la société. Ses commentaires conservateurs sur les femmes et la famille enflamment régulièrement la critique, mais il se garde généralement d'évoquer publiquement les questions liées à l'homosexualité. L'homosexualité est légale en Turquie, mais l'homophobie y reste largement répandue.
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Purge anticorruption en Arabie: 200 personnes arrêtées (09.11.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 09/11/2017 à 16h30 | Publié le 09/11/2017 à 15h39
Plus de 200 personnes ont été arrêtées en Arabie saoudite dans le cadre d'une purge anticorruption sans précédent menée récemment dans le royaume qui a notamment visé des princes et des ministres, a indiqué aujourd'hui dans un communiqué le procureur général du pays.
«Un total de 208 personnes ont été convoquées pour interrogatoire jusqu'à présent. Sur ces 208 personnes, sept ont été relâchées sans inculpation. L'ampleur potentielle des actes de corruption qui ont été révélés est très grande», a indiqué le ministère de l'Information.
Les sommes concernées par les malversations en Arabie saoudite atteignent 100 milliards de dollars (86,1 milliards d'euros) sur des dizaines d'années, a indiqué aujourd'hui dans un communiqué le procureur général du pays.
Des princes, dont le célèbre milliardaire Al-Walid ben Talal, des ministres ainsi que des hommes d'affaires ont été appréhendés samedi soir lors d'une opération coup de poing qui fait suite à la mise en place d'une nouvelle commission anticorruption présidée par le prince héritier Mohammed ben Salmane.
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Un homme fonce sur des passants près de Toulouse (10.11.2017)
Par Christophe Cornevin
Mis à jour le 10/11/2017 à 18h36 | Publié le 10/11/2017 à 17h51
Une voiture a foncé délibérément sur des passants devant un établissement d'enseignement supérieur de Blagnac en Haute-Garonne. Trois personnes ont été blessées, dont une grièvement.
Un homme a foncé vendredi sur des passants à Blagnac en Haute-Garonne. Selon la police, il y a trois blessés dont un grave mais dont le pronostic vital n'est pas engagé. Une personne a également été choquée par la scène.
Selon nos informations, les faits ont eu lieu vers 16h devant l'établissement Saint-Exupéry de la ville. Le conducteur a délibérément foncé sur un groupe d'étudiants d'origine chinoise lors de leur traversée d'un passage piéton.
Le conducteur, interpellé et qui a reconnu les faits en garde à vue, est né en 1989, selon des sources proches du dossier. Il était connu pour des faits de droit commun et faisait l'objet d'une fiche J. D'origine asiatique, il pourrait souffrir de troubles psychologiques, ce dernier point étant encore à confirmer.
Les victimes sont une jeune fille de 23 ans qui a été la plus grièvement blessée, un jeune homme et une jeune fille, respectivement de 22 et 23 ans, qui ont été plus légèrement atteints.
Le parquet a confié l'enquête au SRPJ de Toulouse du chef de tentative d'assassinats, a-t-on ajouté de même source. L'absence de saisine de la section antiterroriste du parquet de Paris laisse ainsi entendre que ces faits ne sont pour le moment pas considérés comme étant liés à une action terroriste.

Qu'est-ce qu'une fiche J?
Comme la fiche «S», qui regroupe toute les personnes susceptibles d'atteindre à la sûreté de l'État, la fiche «J» fait partie du fichier des personnes recherchées (FPR), créé en 1969. La fiche «J», émise par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), regroupe des personnes recherchées par la justice ou la police. Contrairement à la fiche «S», qui n'entraîne aucune action spécifique de la part des forces de l'ordre, la fiche «J» permet l'interpellation d'un individu par la police judiciaire.
Rédacteur en chef adjoint, spécialiste sécurité et renseignement
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Michael Flynn, l'«agent turc» qui voulait livrer Gülen contre 15 millions de dollars (10.11.2017)
Par Philippe Gélie
Mis à jour le 10/11/2017 à 17h32 | Publié le 10/11/2017 à 17h03
L'ex-conseiller à la sécurité nationale de Trump avait manigancé l'enlèvement du prédicateur turc pour le remettre aux services d'Erdogan à Ankara.
Correspondant à Washington
Le 8 novembre 2016, jour de l'élection présidentielle américaine, Michael Flynn avait publié une surprenante tribune dans le quotidien du Congrès, The Hill. Le général, ancien patron du renseignement militaire (DIA) et bientôt conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, y tressait des couronnes à l'autocrate turc Recep Tayyip Erdogan et s'en prenait à son ennemi intime, Fethullah Gülen, «un religieux louche», à la tête d'un «réseau terroriste dormant» et auquel les États-Unis «ne devraient pas donner asile». Ce qu'on ignorait alors, c'est que Flynn avait touché 530.000 dollars des Turcs pour aider Erdogan à mettre la main sur celui qu'il considère comme le cerveau du coup d'État manqué de juillet 2016.
Un an plus tard, cet aspect des manigances de Flynn s'ajoute à ses contacts secrets avec des représentants russes, qui l'ont obligé à démissionner de la Maison-Blanche après seulement vingt-quatre jours. Le mandat du procureur spécial Robert Mueller, chargé de l'enquête sur les interférences russes, s'étend à toute illégalité croisée en chemin. Avec Flynn, il semble être tombé sur une affaire de corruption qui pourrait mener ses protagonistes tout droit en prison. Selon leWall Street Journal, le général était en discussion avec les autorités turques pour leur livrer Gülen sans passer par les procédures normales d'extradition en échange de 15 millions de dollars.
«Faire disparaître le gars au milieu de la nuit»
Une réunion au 21 Club à New York, en décembre 2016, après sa nomination comme conseiller à la sécurité nationale, aurait évoqué l'enlèvement du septuagénaire résidant de Pennsylvanie et son transport en jet privé jusqu'à l'île-prison turque d'Imrali. Cette discussion prolongeait un rendez-vous du 19 septembre 2016 à l'hôtel Essex House, en présence du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, et du ministre de l'Énergie, Berat Albayrak, gendre d'Erdogan. Selon James Woolsey, ancien patron de la CIA, qui y assistait bénévolement pour le compte du Flynn Intel Group, il était question «de faire disparaître le gars au milieu de la nuit». Woolsey avait alerté le cabinet du vice-président Joe Biden.
En mars, après s'être enregistré rétroactivement comme «agent de l'étranger», Flynn a cherché à obtenir l'immunité contre son témoignage, mais il ne semble pas l'avoir obtenue. Son fils, qui l'assistait dans ses affaires, est également dans le viseur de Mueller. L'enquête du procureur spécial s'accélère avec les auditions de Stephen Miller, conseiller politique de Trump impliqué dans le limogeage de James Comey, et de Keith Schiller, ex-garde du corps du président, qui a témoigné avoir refusé l'offre russe de mettre «cinq jeunes femmes» à la disposition du milliardaire lors d'un voyage à Moscou.

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Correspondant à Washington
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Natacha Polony : «Grammaire, nom féminin et mal en point» (10.11.2017)
Par Natacha Polony
Mis à jour le 10/11/2017 à 17h21 | Publié le 10/11/2017 à 17h02
CHRONIQUE - L'obsession de la grammaire inclusive ne fait que nous renvoyer à cette différence sexuée qui n'est qu'une des dimensions de notre identité et nous prive de toute possibilité de penser l'universel.
Ils ne sont que 314, mais on sent bien qu'ils auraient aimé être 343. Un chiffre devenu le symbole d'une rébellion nécessaire contre l'injustice et la surdité politique. Mais les 314 en question n'ont pas le courage des «343 salopes» qui proclamèrent contre l'hypocrisie propre sur elle qu'elles avaient avorté. Nos 314 sont enseignants. Et le risque qu'ils prennent est moins prégnant.Ils annoncent qu'ils enseigneront désormais à leurs élèves une grammaire «inclusive», autrement dit l'accord de proximité ou de plus grand nombre plutôt que l'accord avec le masculin. L'objet de leur colère? On endoctrinerait les enfants dès l'école primaire en leur serinant que «le masculin l'emporte sur le féminin».
Parmi les 314 signataires, on trouve, certes, des professeurs du secondaire, mais aussi une très grande part d'universitaires qui n'auront jamais à enseigner la moindre règle de grammaire et qui se contenteront, comme beaucoup jusqu'à présent, de ne pas corriger les fautes de grammaire et d'orthographe dans les copies d'étudiants (et d'étudiantes, serait-on tenté d'ajouter pour ne pas laisser croire qu'on oublierait les jeunes filles dans cette évocation de l'éden universitaire contemporain). Des universitaires, mais fort peu d'instituteurs.
Sans doute parce que ceux-ci sont confrontés chaque jour à la difficulté d'enseigner grammaire et conjugaison à des enfants qui arrivent à l'école primaire avec un langage déjà lacunaire. Ils savent que ce sont les plus défavorisés qui paieront le prix fort. Ils savent que l'instabilité des règles décontenance les enfants, et que les conséquences de ce défaut d'apprentissage et d'entrée dans la langue sont bien plus graves que la supposée intégration de règles de domination phallocrate, parce que, filles ou garçons, ils ne pourront jamais être libres s'ils ne maîtrisent pas ce qui doit leur permettre de penser le monde.
Le plus grand service que nous puissions rendre à nos filles est de leur permettre de se rêver Colette autant que Stendhal, ou qu'Alexandre le Grand, plutôt que de se penser avant tout comme des femmes
On ajoutera que, parmi les universitaires signataires, se trouvent peu de grammairiens. L'agrégation de grammaire prédisposerait-elle à la misogynie? Ou l'étude de la grammaire offrirait-elle le recul nécessaire pour comprendre que non, «le masculin» ne «l'emporte» pas «sur le féminin» mais que, en langue française, le masculin se confond avec le genre neutre?
Une langue évolue au gré de ses usages, et si ses usages prennent acte de l'entrée des femmes dans de nombreuses professions et de leur visibilité croissante dans l'espace public, nous nous en réjouirons. L'Académie, au XVIIe siècle, imposa l'accord avec le masculin? Il fallait trouver une cohérence, face à une langue dont les contours n'étaient pas figés. Le choix qui fut fait est contestable? Certainement. Mais l'aléa qui prévalait avant ne garantissait pas aux femmes une liberté plus grande. Si variété du vocabulaire et maîtrise de la grammaire sont les conditions nécessaires pour penser le monde, la langue, pour autant, ne modèle pas le réel. Et ce n'est pas en déstabilisant davantage une école primaire dont les expérimentations avant-gardistes ont permis à des jeunes gens de ne pas savoir identifier le verbe dans une phrase ou de marquer fièrement le pluriel des noms communs en «ent» que l'on évitera les agressions contre les femmes ou qu'on leur permettra d'être payées autant qu'un homme.
Enfermer la langue dans les projets idéologiques de factions militantes, c'est la condamner à ne plus dire le monde
Mais il y a pire. Cette obsession qui consiste à parler des citoyen·ne·s, à s'adresser à «celles et ceux» ne fait qu'éternellement nous renvoyer à cette différence sexuée qui n'est pourtant qu'une des dimensions de notre identité. Cette fracturation de l'espace public aboutit à nous priver de toute possibilité de penser l'universel. Toute la complexité des sociétés humaines vient de cette difficile articulation entre le divers et l'un. Penser l'égalité dans la différence, tel est l'enjeu. La République prétendait résoudre cette équation par la séparation de l'espace public et de l'espace privé, le premier constituant un espace neutre dans lequel les citoyens ne mettaient pas en avant leur identité, ce qui les différencie, mais au contraire ce qui les rassemble en tant qu'êtres humains autonomes et émancipés.
Les hommes ont accaparé cet universel? Reprenons-le. Mais sans y perdre l'universel lui-même. Colette peut être dite «écrivaine», si cela chante (et le mot existait au XIVe siècle). Mais elle fait plus pour le féminisme par la beauté d'une écriture qui traduit l'infinie variété des sensations humaines que par le militantisme de celles qui veulent faire d'elle un étendard et aboutissent à la rendre femme avant qu'artiste. Et le plus grand service que nous puissions rendre à nos filles est de leur permettre de se rêver Colette autant que Stendhal, ou qu'Alexandre le Grand, plutôt que de se penser avant tout comme des femmes.
La langue appartient à ceux qui la manient chaque jour et la modèlent selon leurs usages et leurs besoins. Elle est à la croisée de la poésie et du parler populaire, ces deux manières de prendre des chemins de traverse. L'enfermer dans les projets idéologiques de factions militantes, c'est la condamner à ne plus dire le monde.

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François d'Orcival : «Non, il n'y a pas de terroristes idiots!» (10.11.2017)
Par François d'Orcival
Mis à jour le 10/11/2017 à 10h44 | Publié le 10/11/2017 à 09h00
CHRONIQUE - Les terroristes islamistes ne sont ni fous ni crétins ; ce sont des exécutants. En préméditant leurs crimes, ils ne cherchent pas à en effacer les traces, ils se proclament martyrs. Mais des martyrs aux ordres
A l'heure où, à Paris, Me Eric Dupond-Moretti entrait dans le vif de sa plaidoirie pour Abdelkader Merah devant la cour d'assises spéciale, un jeune Ouzbek louait un pick-up à New York. Entre les deux scènes, il y a un océan, au propre comme au figuré. Elles sont pourtant liées entre elles.
A Paris, le ténor de la défense ironise: si l'on suit l'accusation, Abdelkader Merah serait «le terroriste le plus con de la planète»! Mais que se passe-t-il à New York? L'Ouzbek Sayfullo Saipov fonce, filmé par les caméras de surveillance, sur les piétons et les cyclistes au sud de Manhattan, en tue huit, en blesse douze ; puis il brandit deux armes factices (dans un pays où les vraies sont en vente libre), crie «Allahou Akbar», se fait tirer dessus par un policier, laisse sur place sa revendication, ses papiers et portables (avec 3000 images de propagande et de tueries islamistes)…Un comportement ravissant à Abdelkader Merah la palme de la «connerie»…
Il y a en effet quelque chose d'absurde, d'idiot, dans le comportement de ces ­individus qui se font tuer ou capturer après avoir commis tant de massacres
Il y a en effet quelque chose d'absurde, d'idiot, dans le comportement de ces individus qui se font tuer ou capturer après avoir commis tant de massacres. D'où la tentation de ne voir en eux que des cas isolés ou des déséquilibrés. Et de ramener le terrorisme aux faits divers (type Las VegasTexas, etc.). Donald Trump y cède dans son premier tweet le 31 octobre, en écrivant que c'est l'œuvre «d'un malade, d'un déséquilibré». Il préfère se rassurer. De même, en mars 2012, notre haute hiérarchie policière n'avait vu en Mohamed Merah (le tueur, frère d'Abdelkader) qu'un «loup solitaire». Pour Gilles Kepel, le plus averti de nos experts en terrorisme, «elle n'avait rien compris».
Car il y a une stratégie du «loup solitaire». Le 31 mars 2015, l'une des voix du califat, Abou Hussein, reprend l'expression dans un tweet: «Loups solitaires, debout! Si vous ne pouvez pas nous rejoindre, restez où vous êtes, faites éclater des bombes, égorgez des mécréants, tuez des politiques!» Les terroristes islamistes ne sont ni fous ni crétins ; ce sont des exécutants. En préméditant leurs crimes, ils ne cherchent pas à en effacer les traces, ils se proclament martyrs. Mais des martyrs aux ordres. Ce sont les donneurs d'ordre, les inspirateurs, les recruteurs, qui doivent être combattus avec acharnement. C'est pour cela qu'il y aura un second procès Merah.
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Georges Bensoussan, le procès du réel (10.11.2017)
Par Alexandre Devecchio
Mis à jour le 10/11/2017 à 10h49 | Publié le 10/11/2017 à 09h00
FIGAROVOX/LECTURE - Autopsie d'un déni d'antisémitisme (L'Artilleur) rassemble des textes d'historiens, de journalistes et d'intellectuels qui ont suivi les débats ou témoigné au procès. Un document précieux.
«En France, un antisémitisme du quotidien», c'était le titre du journal Le Monde le jour du verdict du procès Merah et au lendemain de la nouvelle profanation de la stèle d'Ilan Halimi à Bagneux. Une formule vague qui exprime la gêne du journal à dire ce qui reste un tabou. La montée en puissance d'un antisémitisme arabo-musulman en France sur fond d'antennes paraboliques et d'islamisation des banlieues. Un antisémitisme qui a provoqué l'exode massif des juifs de certains quartiers et la désertion des enfants juifs des écoles publiques de Seine-Saint-Denis. Un antisémitisme qui peut même se révéler meurtrier comme ce fut le cas cette année pour Sarah Halimi, battue puis défenestrée par son voisin aux cris de «Allah Akbar» dans un HLM de Belleville. De ce «nouvel» antisémitisme nous n'ignorons rien depuis la parution des Territoires perdus de la République en 2002, livre dirigé par l'historien Georges Bensoussan qui réunissait les témoignages de nombreux professeurs de banlieue.
Le 25 janvier 2017 s'ouvrait pourtant devant la justice de la République le procès de ce même Georges Bensoussan pour «provocation à la discrimination, la haine, la violence…». Son crime? Avoir dit tout haut dans le feu de l'émission «Répliques» animée par Alain Finkielkraut, cette réalité dérangeante. Il avait lancé (en citant de manière approximative le sociologue d'origine algérienne Smaïn Laacher): «C'est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l'antisémitisme on le tète avec le lait de la mère.» Il avait suffi d'un signalement du très controversé Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) pour que le parquet décide de le poursuivre, cinq mois après les faits. Contre toute attente, SOS Racisme, la LDH, le Mrap mais aussi la Licra s'étaient associés aux poursuites.
«Jamais, quand il y a plus de quarante ans j'ai franchi les grilles de ce Palais, je n'aurais imaginé devoir plaider un jour une telle cause»
Michel ­Laval, l'avocat de Georges Bensoussan
Autopsie d'un déni d'antisémitisme (L'Artilleur) rassemble des textes d'historiens, de journalistes et d'intellectuels qui ont suivi les débats ou témoigné au procès ainsi que la plaidoirie de Michel Laval, l'avocat de Georges Bensoussan, et le jugement dans son intégralité. Un document précieux qui sera peut-être étudié en profondeur par les historiens du futur tant ce procès, qui est aussi celui du réel, représente un tournant. Il est emblématique à la fois de la judiciarisation du débat public en France, de la dérive de l'antiracisme militant et des fractures françaises. «Jamais, quand il y a plus de quarante ans j'ai franchi les grilles de ce Palais, je n'aurais imaginé devoir plaider un jour une telle cause, dira Michel Laval devant la présidente de la XVIIe chambre correctionnelle. Jamais, je n'aurais imaginé devoir défendre la liberté d'expression et de pensée contre les forces ténébreuses d'un nouveau fanatisme.»
Outre cette vigoureuse plaidoirie, on retiendra le courageux témoignage de l'écrivain Boualem Sansal. «L'Algérie ne considère pas l'islamophobie comme un délit ou un crime… En Algérie, il n'y a pas, il n'y a jamais eu, et j'espère qu'il en ira de même demain et après-demain, d'affaire Bensoussan.» Ou encore: «Dire que l'antisémitisme fait partie de la culture islamique, c'est simplement répéter ce qui est dit dans le Coran, à la mosquée et sans doute dans beaucoup de familles traditionalistes.»

Autopsie d'un déni d'antisémitisme. Autour du procès fait à Georges Bensoussan, L'Artilleur, 200 p., 17 €. - Crédits photo : L'Artilleur
Les lecteurs ne devront pas non plus passer à côté des articles fondamentaux de Michèle Tribalat et Barbara Lefebvre. Dans «La liberté d'expression en danger», la démographe nous donne un cours de novlangue. Sauf à être un chanteur de rap ou à appartenir à une minorité ethnique ou religieuse, évitez tout ce qui ressemble à une généralisation, une essentialisation, oubliez les métaphores de la langue française, veillez au bon usage des articles. L'article «LES» peut être fatal. Préférez l'article «DES», moins globalisant. Et si votre langue fourche malgré tout, vous êtes prié de vous excuser rapidement et publiquement. Professeur d'histoire, Lefebvre, elle, fait brillamment apparaître les contradictions du nouvel antiracisme.
Cité en défense de Bensoussan, Alain Finkielkraut avait défini avec gravité l'enjeu du procès: «Un antiracisme dévoyé vous enjoint de criminaliser l'inquiétude au lieu de combattre la réalité sur laquelle elle se fonde. Si vous cédez, ce sera une catastrophe intellectuelle et morale.» Les juges de la XVIIe n'ont pas cédé et ont désavoué le parquet, mais la «catastrophe intellectuelle et morale» annoncée a peut-être déjà eu lieu tant il est vrai qu'une forme d'autocensure, sinon de censure, continue de peser sur certains sujets.
La rédaction vous conseille :
Journaliste au Figaro et responsable du FigaroVox. Me suivre sur Twitter : @AlexDevecchio
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Des adhérents et cadres macronistes s'élèvent contre le fonctionnement de LREM (10.11.2017)
Par Mathilde Siraud
Publié le 10/11/2017 à 17h43
Alors que le mouvement a prospéré sur la promesse d'une meilleure prise en compte des militants de base, beaucoup dénoncent aujourd'hui le manque de transparence dans les prises de décisions.
La République en marche à l'épreuve du réel. Depuis l'été, des adhérents et des cadres du mouvement s'inquiètent de la structuration des instances et d'un fonctionnement trop vertical. «Malheureusement, quand on essaye de faire du neuf avec des vieux ténors, les pratiques restent les mêmes», déplore Frédéric Ducrocq, membre du collectif Les Marcheurs en colère . Avec sa femme et sa fille, également adhérentes LREM, il est en train de rédiger une longue lettre de démission qu'il compte envoyer à la direction. La désignation de Christophe Castaner pour piloter le mouvement, décidée à l'Élysée (qui sera entérinée le 18 novembre prochain par un vote à main levée à Lyon, n'a rien arrangé). Même si l'actuel porte-parole du gouvernement a la chance de faire l'unanimité dans les rangs, ce verrouillage fait grincer des dents.
«On comprend qu'il faille passer par des phases autocratiques pour avancer»
Philippe Chadeyron, référent LREM dans la Vienne
«Oui, cela ressemble au fait du prince. On voudrait tous un monde parfait, mais on comprend qu'il faille passer par des phases autocratiques pour avancer, concède Philippe Chadeyron, référent LREM dans la Vienne. Mais sur le terrain, je n'ai rencontré qu'une seule personne qui ne se reconnaissait pas dans ce choix.» Christophe Castaner n'est pas sourd aux critiques. «Il faudra y répondre avec des éléments de méthode. S'il faut changer les règles, on les changera», fait savoir le futur délégué général, qui s'est posé la question de la candidature unique. «On aurait pu pousser une candidature pour faire semblant. Mais cela ne me semblait pas opportun.» En coulisses, une députée recueille des signatures des membres du conseil pour exiger que le bureau exécutif du mouvement soit élu à bulletin secret et non à main levée. «J'ai bon espoir que cette démarche aboutisse, pour que le résultat soit incontestable», confie-t-elle.
Beaucoup de macronistes se plaignent d'un fonctionnement opaque et du manque de transparence dans les prises de décisions
Pour beaucoup, le climat au sein du mouvement a commencé à se dégrader au moment des investitures pour les législatives. «Certains ont alors commencé à se mettre en retrait», souligne un ancien référent qui préfère garder l'anonymat. Alors que LREM a prospéré sur la promesse d'un renouveau démocratique et d'une meilleure prise en compte des militants de base, beaucoup de macronistes se plaignent d'un fonctionnement opaque et du manque de transparence dans les prises de décisions. Si le mouvement met en avant que 25 % du conseil, le parlement du parti, est composé d'adhérents tirés au sort, le doute persiste. «Quand je vois certains noms, des compagnes d'élus et autres qui ont soi-disant été tirées au sort… Je me dis que le hasard fait vraiment bien les choses!», ironise un cadre LREM. Élisabeth Mailloux, ex-référente dans le Calvados de juillet 2016 à octobre 2017, a appris du jour au lendemain et sans raison qu'elle était destituée de ses fonctions. La direction nationale a désigné de nouveaux responsables locaux, quand certains autres partis privilégient la consultation des militants. «J'avais une équipe avec qui tout se passait bien, ça a été un choc , reconnaît Élisabeth Mailloux. Mais le parachutage est peut-être aussi dans l'ADN de LREM», grince-t-elle. La présence sur la liste «En Marche avec Casta»  de cadres et membres historiques de LREM a aussi agacé. «Il n'y a que des députés en vue, des Parisiens… Je ne m'y reconnais pas», regrette une parlementaire. Christophe Castaner aura fort à faire pour serrer les rangs.

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Journaliste politique au Scan politique du Figaro - Twitter: @Mathilde_Sd - mail: msiraud@lefigaro.fr
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Monseigneur Vingt-Trois : «Les chrétiens doivent empêcher le monde de dormir» (10.11.2017)
Par Jean-Marie Guénois
Mis à jour le 10/11/2017 à 18h40 | Publié le 10/11/2017 à 18h28

EXCLUSIF - Dans un entretien au Figaro, l'archevêque de Paris, qui a remis cette semaine sa démission au Pape, fait le bilan de son action.

À 75 ans, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris depuis 2005, vient de remettre, conformément au droit de l'Église, sa lettre de démission au Pape. Affaibli depuis qu'il a été frappé au printemps 2017 par un syndrome de Guillain-Barré, il attend désormais la nomination de son successeur. Une annonce dont la date n'est pas encore connue. Pour Le Figaro, le cardinal tire le bilan de son action.

LE FIGARO. - Avez-vous évoqué la question de votre succession avec le Pape?

Mgr André VINGT-TROIS. -Je suis allé spécialement le rencontrer en septembre dernier pour qu'il voie - de ses yeux - que je n'étais pas capable de durer indéfiniment comme archevêque de Paris. Et pour qu'il réalise qu'il était urgent, pour le bien du diocèse, qu'il y ait un nouvel archevêque. Mais le Pape décidera de ce changement quand il voudra.

Cela ne doit pas être évident d'écrire sa lettre de démission au Pape, le jour de ses 75 ans, après un demi-siècle au service de l'Église, puisque vous êtes entré au séminaire en 1962?

J'ai rédigé cette lettre sans difficulté et sans regret. C'est un grand progrès du concile Vatican II que de permettre aux évêques de se retirer et de ne pas mourir en poste avec les inconvénients d'une fin de vie dégradée.

Vous sentez-vous libéré d'un poids?

L'engagement de ma vie, ce n'est pas d'être archevêque de Paris mais de me mettre à la suite du Christ

Pour sentir une libération, il aurait fallu que je me sente prisonnier! L'engagement de ma vie, ce n'est pas d'être archevêque de Paris mais de me mettre à la suite du Christ… Je vais juste être libéré de beaucoup de tâches liées à cette fonction, mais je continuerai à être disciple du Christ. Cette responsabilité d'archevêque de Paris est évidemment importante. Mais que cela soit moi ou un quelqu'un d'autre qui l'exerce, cela ne change pas grand-chose à la charge. Je n'ai jamais imaginé que je donnais par moi-même un sens à la responsabilité, c'est la responsabilité qui me donnait un sens.

Pourquoi insistez-vous tant sur votre fonction et si peu sur vous-même? Êtes-vous gêné d'être au premier plan?

Je suis arrivé au premier plan sans avoir été fait pour être au premier plan. Je me suis adapté. J'ai dû vivre au premier plan alors que je n'avais jamais imaginé cela.

Que signifie être archevêque de Paris?

Le noyau de la fonction est d'être convaincu - et je le suis - que le chef du diocèse de Paris, c'est Dieu! Je ne suis donc qu'au service de la manière dont Dieu veut gouverner le diocèse de Paris. Je ne suis pas là pour mettre en œuvre des idées personnelles, élaborer des tactiques subtiles… Je suis là pour écouter, pour discerner ce qui me paraît propre à dynamiser la vie de l'Église, à soutenir les chrétiens dans leur effort pour vivre l'Évangile. Paris, c'est aussi la capitale: il y a donc un volume considérable de questions, de situations, de rencontres qui dépasse les forces humaines et personnelles. Ce qui suppose une capacité à réfléchir pour ne pas se laisser emporter par le flux des informations successives. Cela implique de mettre de la distance dans le regard que l'on porte sur la société, de cultiver le sens de la durée et de la continuité. D'avoir enfin un regard bienveillant et positif vis-à-vis des gens qui acceptent de se dévouer pour le bien commun, les politiques. Je trouve malsain qu'on enferme les politiques dans l'image d'hommes et de femmes uniquement préoccupés par leur intérêt personnel. J'ai trop d'estime pour eux, et pour leur engagement, pour croire que c'est le seul moteur de leur activité.

Vous décrivez ici la feuille de route de votre successeur…

La volonté de Dieu sur l'humanité est une aventure dans laquelle il remet l'homme à sa sagesse
Il faut être doué d'une certaine capacité d'endurance et ne pas se laisser complètement consumer par l'événement. Toujours tenir une réserve qui permette de réfléchir à l'événement, indépendamment des affects qu'il suscite en soi. Le responsable n'est pas là pour imposer ses réactions subjectives à tous mais pour aider les autres à surmonter leurs sentiments afin d'accéder à la compréhension des choses.

Vous parliez de «tactiques subtiles». Vous avez la réputation d'être un redoutable tacticien. Cela fait-il partie du poste?

J'ai peut-être la capacité de penser spontanément à toutes les conséquences d'une décision! Mais les bons tacticiens sont ceux dont on ne voit pas la tactique: si tout le monde déchiffre ce que vous voulez faire, il n'y a pas d'effet de surprise…

Dans les moments tellement difficiles et dans le secret de votre prière, vous ne vous êtes jamais révolté, indigné face à Dieu?

Ma relation à Dieu n'est pas dans ce genre… Par éducation et par mon histoire, je n'ai pas tendance à attribuer les événements à Dieu et encore moins les mauvais événements! La volonté de Dieu sur l'humanité est une aventure dans laquelle il remet l'homme à sa sagesse. Dieu intervient parfois mais de manière qui reste mystérieuse. La foi, c'est précisément de croire que Dieu ne nous abandonne pas lorsqu'on ne sait pas comment il prend soin de nous.

De quoi seriez-vous le plus fiersi l'on parlait de bilan?

Je suis assez fier du projet pastoral du diocèse de Paris. Ce n'est pas une intention vague et indéfinie mais un projet avec des objectifs annuels. Il repose sur une conviction: en ce temps, l'Église doit être missionnaire… Et la mission, c'est que chaque baptisé soit le plus directement possible impliqué. Lorsqu'il sort de l'église le dimanche, tout commence! Autour de lui, là où il se trouve.

Passer de la solidarité économique à une solidarité apostolique, c'est plus difficile

Avez-vous raté quelque chose?

Je n'ai pas suffisamment réussi à mettre en œuvre la communion entre les communautés chrétiennes du diocèse, les paroisses. On a progressé sur le plan économique mais passer de la solidarité économique à une solidarité apostolique, c'est plus difficile.

Et quel bilan tirez-voussur le plan politique et social?

Sur le plan politique, je n'ai ni réussite ni échec, car je n'étais pas là pour réformer la société française. Je n'ai pas une stratégie de manipulation du monde politique. Je ne suis pas un homme politique, mais j'ai conscience que je représente un corpus d'idées, de pratiques, de convictions qui ont un sens par rapport à la vie politique de la société. Je dois donc essayer de partager ce corpus évangélique. Je peux le faire par des contacts personnels avec des politiques - mais je n'ai pas alors à publier des communiqués - ou par des consultations institutionnelles. Ce que j'ai fait.

L'Église donne toutefois l'impression d'avoir vraiment décroché du débat public…

Ce n'est pas si simple… Lisez Le Figaro de la fin du XIXe siècle! On faisait les inventaires des églises, on chassait les aumôniers des instituts publics. Le projet explicite était d'éliminer l'Église catholique de la vie publique. Il a été mené à bien ou presque. Ce qui fait la présence publique de l'Église, ce n'est pas une meilleure tactique politique mais que des chrétiens soient réellement des chrétiens et qu'ils empêchent le monde de dormir.

Depuis le mariage pour tous et l'échec de François Fillon à la présidentielle, les chrétiens comme force de propositions politiques en France ont tout de même pris un sérieux coup sur la tête…
L'objectif des chrétiens n'est pas de prendre le pouvoir! Il y a toujours des péripéties, des bannières qu'il faudrait suivre. Mais au bout du compte, les bannières tombent et les catholiques restent. Il faut donc faire avec les chrétiens, à moins qu'ils ne veuillent plus se montrer. Car la tentation, aujourd'hui, est de se résigner à une différence qui serait insurmontable entre la culture commune de la société et une vision évangélique de l'existence. On ne pourrait plus être chrétien en étant comme tout le monde. Or nous vivons une période où les chrétiens doivent plutôt prendre conscience de leur originalité dans la société.

L'Église doit accueillir tous les degrés et toutes les modalités d'appartenance

Mais l'Église, sa hiérarchie doivent aussi s'adapter…

Il est vain d'imaginer que quelqu'un serait capable de mettre au point une tactique pour surmonter cette difficulté. Moi, je n'en ai pas été capable. En effet, l'Église du peuple n'est pas seulement composée de militants et on ne peut pas, non plus, se satisfaire d'une Église à deux vitesses! L'Église doit donc accueillir tous les degrés et toutes les modalités d'appartenance. La personne qui est cachée derrière un pilier participe tout autant à la messe que le chef de chœur estampillé catholique pratiquant. Ce mystère d'intériorité, personne n'est capable de le rationaliser. Mais il nous revient de permettre à chacun, quel qu'il soit, d'accéder à Dieu, quel que soit le degré de sa participation. Mon espérance est donc que nous ayons une Église suffisamment vivante pour accueillir des gens qui ne sont pas nécessairement «conformes».

Vous ne voyez pas une perte d'influence de l'Église en France?
L'Église n'a jamais eu d'influence! Vous croyez qu'un homme d'Église a infléchi la législation ces dernières décennies en demandant de suivre ce qu'il recommandait? L'Église n'a pas empêché la loi sur le divorce ou d'autres lois encore. Elle a toujours dit qu'elle n'était pas d'accord, mais cela n'a pas empêché les choses d'arriver! La réalité de la société ne fonctionne pas comme cela, elle est traversée et travaillée par les poussées idéologiques et de mœurs. L'Église peut exprimer un désaccord, des réserves, elle peut tirer des signaux d'alarme, mais si les chrétiens ne sont pas investis, ce n'est pas l'archevêque de Paris qui va changer le cours des choses… Le mieux que l'archevêque de Paris puisse faire est d'énoncer des questions qui aideront ceux qui sont en responsabilité à comprendre qu'ils font une erreur.

C'est le cas actuel de la PMA pour toutes et de la GPA?
Oui. La question, ce n'est pas de savoir si la loi les autorisera ou non… mais de savoir s'il y a des chrétiens suffisamment motivés pour ne pas y avoir recours!

Certains s'inquiètent du déclin du catholicisme en France et de la croissance de l'islam…
Il y a un déclin d'une certaine image et d'une certaine réalité de l'Église, c'est évident
On ne peut pas parler d'un déclin du christianisme. Il y a en revanche un déclin d'une certaine image et d'une certaine réalité de l'Église, c'est évident… Cela ne veut pas dire que tout disparaît, loin de là! Ce qui m'inquiète, c'est qu'un vide suffisant se forme pour que les discours enflammés trouvent acquéreurs. Je ne suis pas inquiet de voir des gens venir d'autres horizons en France. Ce qui m'inquiéterait serait de voir ceux qui sont ici devenir tellement indifférents que tous les discours pourraient s'imposer.

À ce titre, beaucoup ne comprennent pas les propos du pape François sur l'immigration.
Le Pape ne dit qu'une chose: il faut accueillir les gens qui sont en difficulté. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des mouvements de population dans l'histoire de l'humanité. La question est de savoir si nous avons une vitalité suffisante pour les accueillir et leur proposer un mode de vie différent ou si nous sommes à ce point anesthésiés que l'on n'ait plus qu'à se cacher et leur laisser occuper le terrain…

Avez-vous le sentiment d'avoir accompli ce que vous deviez?
J'ai fait une partie de ce que le Seigneur attendait de moi… Dans le domaine de la sainteté, il me reste encore quelques tâches à accomplir…

Si vous aviez à résumer d'un mot votre action?
La constance…

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«Rive», la déradicalisation hors de la prison (10.11.2017)
Par Caroline Piquet
Mis à jour le 10/11/2017 à 18h25 | Publié le 10/11/2017 à 18h09

Resté longtemps secret, ce programme lancé fin 2016 vient d'être dévoilé par la ministre de la Justice, qui réfléchit à l'étendre à l'ensemble du territoire français. Il concerne actuellement 14 radicalisés.
«Rive» pour «Recherche et intervention sur les violences extrémistes». C'est le nom du nouveau dispositif de déradicalisation testé en toute discrétion par le ministère de la Justice depuis une dizaine de mois en Île-de-France. Actuellement, 14 personnes radicalisées - 8 hommes et 6 femmes âgés de 26 ans en moyenne - sont suivies par une équipe pluridisciplinaire dont l'objectif est de les «désengager» de «la violence extrémiste» et de les réinsérer dans la société.

Si ce programme peut de prime abord ressembler à d'autres projets de déradicalisation, il présente pourtant plusieurs particularités et prend parfois le contre-pied de précédentes expérimentations. D'abord parce que ses participants le suivent sous la contrainte d'un juge. Exit le volontariat comme c'était le cas au centre de déradicalisation de Pontourny, aujourd'hui fermé, faute de candidats. Ensuite, parce que le suivi se fait en milieu ouvert. C'est-à-dire qu'aucun des participants de ce dispositif ne se trouve en prison: ils sont sous contrôle judiciaire, assignés à résidence ou sous bracelet électronique, le plus souvent en attente d'un jugement. Les autres ont été condamnés pour une infraction en lien avec le terrorisme ou pour des faits de droit commun avant d'être repérés pour leur radicalisation. Les faits qui leur sont reprochés sont variés: certains avaient des velléités de départ en Syrie, ont fait un passage en zone irako-syrienne, d'autres étaient poursuivis pour apologie du terrorisme ou consultation de sites djihadistes.

«On va chercher à comprendre leur parcours»

Frédéric Lauféron, le directeur général de l'association APCARS (Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale)

Référents sociaux, psychologue, aumônier musulman, une dizaine de professionnels prennent en charge ces personnes à raison de six heures par semaine et via des prises de rendez-vous. «On se déplace énormément», explique Frédéric Lauféron, le directeur général de l'association APCARS (Association de politique criminelle appliquée et de réinsertion sociale) qui pilote ce projet avec l'Administration pénitentiaire, plus précisément avec les SPIP (Services pénitentiaires insertion et probation). Les rencontres peuvent se faire au restaurant, dans un parc public ou près de leur domicile. Contrairement aux expérimentations, il n'y a pas de centre de déradicalisation à proprement parler et jamais aucun participant ne se croise. L'équipe est aussi joignable par téléphone du lundi au samedi. «On les aide dans leurs démarches administratives mais aussi dans leurs questionnements, qu'ils soient religieux ou identitaires», détaille le responsable associatif. Le suivi se veut «très individualisé»: «on va chercher à comprendre leur parcours, pourquoi ils ont eu affaire à la justice» pour pouvoir in fine, «construire avec eux un projet de vie compatible avec les principes de la République», poursuit Frédéric Lauféron.

Tisser «un lien de confiance»

L'opération s'avère parfois délicate puisqu'il faut à terme tisser «un lien de confiance» avec le participant et le convaincre de l'utilité de ce programme. Si au départ, certains se sont montrés réticents, tous ont fini par coopérer. «La plupart d'entre eux nous appellent spontanément. On est devenu une sorte de point d'ancrage», estime encore Frédéric Lauféron. Et si l'un d'eux arrêtait de collaborer, le juge pourrait tout de suite prendre des sanctions et l'incarcérer.

L'idée de ce programme a émergé en août 2016, juste après l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, dont l'un des auteurs était sous bracelet électronique. «On a compris qu'il fallait aussi prendre en charge les personnes suivies en milieu ouvert car elles étaient tout aussi dangereuses que celles qui sont en prison», explique-t-on à l'Administration pénitentiaire. À l'époque, l'impulsion est donnée par Jean-Jacques Urvoas, alors garde des Sceaux, mais contrairement aux autres expérimentations qui ont souvent tourné au fiasco, le projet est, cette fois-ci, tenu secret, loin des caméras. Ce n'est que jeudi, à un mois de la présentation d'un plan national de lutte contre la radicalisation, que la ministre de la Justice a décidé de révéler son existence. «Nous avons autour de 500 détenus très radicalisés et 1500 personnes en voie de radicalisation. Donc il faut agir», a déclaré Nicole Belloubet, qui dit réfléchir à l'extension de ce projet sur le territoire national.

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Avec les Coptes d'Égypte sur les pas de la Sainte Famille (10.11.2017)
Par Sébastien Deslandes
Mis à jour le 10/11/2017 à 14h26 | Publié le 10/11/2017 à 09h00

REPORTAGE - Tout au long de l'année, ils sont des milliers à partir en pèlerinage le long des lacets du Nil pour rejoindre le monastère du Deir al-Muharraq, où Joseph, Marie et l'Enfant Jésus avaient trouvé refuge en fuyant le roi Hérode. Un symbole pour ces premiers chrétiens, malgré les menaces islamistes qui pèsent sur eux.

Envoyé spécial en Égypte

A l'ombre de l'imposante forteresse crénelée, une foule ininterrompue piétine dans les sables poussiéreux. Batterie de cuisine sous le bras, tapis sur la tête, elle se plie aux contrôles successifs des forces de sécurité qui enserrent l'enceinte. Plantée en bordure du désert libyque, sur le mont Qosqam, à 330 kilomètres au sud du Caire, la grande muraille de pierres ocre abrite Deir al-Muharraq, le monastère de la Sainte-Vierge. L'un des lieux les plus sacrés pour les Coptes d'Egypte car il constituerait, selon la tradition, l'ultime étape du «voyage de la Sainte Famille» en Egypte. Un épisode fondateur des croyances coptes.

«Il suffit de lire la Bible. Les prophètes Osée ou Isaïe en parlent dans l'Ancien Testament. L'Evangile selon Matthieu aussi. Lève-toi, prends l'enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu'à nouvel ordre, dit l'ange du Seigneur à Joseph», rappelle le père Philoxenos, l'un des 120 moines résidant au Muharraq. «Hérode Ier le Grand, qui craignait la naissance du roi des Juifs, ordonna de tuer tous les enfants de 2 ans, forçant à l'exil, pendant sept ans, la Sainte Famille. Après avoir traversé le Sinaï, puis la région du Delta, l'Enfant Jésus, Joseph et Marie entrèrent en Haute-Egypte. Ils restèrent cachés au Muharraq pendant six mois et dix jours, avant d'entamer leur retour en Palestine, à l'annonce de la mort d'Hérode».

Le gouvernement égyptien a déclaré l'état d'urgence en avril, puis a déconseillé de se rendre aux pèlerinages après les attaques perpétrées contre les chrétiens et ­revendiquées par le groupe Daech

Si une vie monastique est attestée au Muharraq depuis le IVe siècle, le déroulement de ces événements est aujourd'hui soumis à caution par les historiens. Bernard Heyberger, spécialiste des chrétiens d'Orient à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), parle, notamment, de «récits apocryphes», mais les Coptes, eux, suivent, tout au long de l'année, «les pas de la Sainte Famille»: le temps d'un week-end ou lors des «mouled», les pèlerinages sur les sites. Il y aurait une soixantaine de pèlerinages chaque année, répartis sur tout le territoire égyptien. Celui du Muharraq, dans le gouvernorat d'Assiout, est l'un des plus importants.

Chacune de ses éditions, en juin, draine pendant dix jours près de 100.000 personnes, précise le père Maximos, en charge de l'organisation du pèlerinage depuis 1992. «Mais cette année, il y a eu moitié moins de monde, autour de 50.000 pèlerins, en raison des mesures de sécurité inhabituelles qui ont été déployées.» Le gouvernement égyptien a en effet déclaré l'état d'urgence en avril, puis a déconseillé de se rendre aux pèlerinages après les attaques perpétrées contre les chrétiens et revendiquées par le groupe Daech. «Il y a eu le 9 avril, le double attentat de l'église Mar Girgis à Tanta (120 kilomètres au nord du Caire) et de l'église Saint-Marc à Alexandrie (45 morts). Puis, l'attaque d'un bus de pèlerins, le 26 mai dernier à al-Minya (200 kilomètres au sud du Caire), qui se rendait au monastère Saint-Samuel dans le Fayoum», énumère, ému, le père Philoxenos. Des attaques survenues au cœur de la liturgie copte, et alors que le gouvernement égyptien ne cachait plus ses espoirs de voir le «chemin de la Sainte Famille» être inscrit au patrimoine de l'Unesco.

- Crédits photo : Hervé Lequeux / LE FIgaro Magazine

Depuis les premiers barrages aux abords de la nécropole touchant le monastère jusqu'à ceux à l'aplomb de sa vieille porte en bois, les forces de police, aidées de militaires et des Moukhabarat (services de sécurité et de renseignements), multiplient les contrôles. Au-delà, déjà, la foule n'y prête plus aucune attention. Au pied des grandes croix lumineuses frappant le sommet des remparts, c'est un entrelacs de ruelles bordées d'étals dans lesquelles les pèlerins tentent de se frayer un chemin. Les boutiques d'épices font face à celles de vêtements bon marché, de colifichets, de jeux d'enfants ou d'images pieuses. «C'est aussi le bon endroit pour rencontrer des filles», s'amuse Mark Ashraf, 19 ans, venu de la ville voisine de Mallawi. «Ici, nous pouvons nous émanciper de la famille car chacun s'occupe comme il le souhaite. Et nous y retrouvons tous nos amis», poursuit-il.

Une récréation populaire à laquelle la famille Dabah se rend, quant à elle, chaque année. Romani et Imen, parents de quatre enfants sont originaires d'un village proche d'Assiout. Ils tiennent l'un de ces commerces. «Nous vendons des vêtements. Habituellement, nous le faisons dans les villages de la région avec notre charrette. Nous gagnons 1000 livres par mois (le revenu moyen en Egypte est de 1200 livres). Ici, la location de l'emplacement au monastère nous coûte 350 livres pour les dix jours. Nous aimons venir au mouled. Nous allons également à celui de Samalut (gouvernorat de Minya), en novembre. Et c'est important aussi pour la spiritualité», indiquent-ils.

Dans l'enceinte du monastère du Muharraq, l'un des lieux les plus sacrés pour les Coptes d'Egypte, une ambiance de fête foraine permet aux pélerins de mêler ferveur religieuse et liesse populaire au pied des lieux de culte. - Crédits photo : Hervé Lequeux pour le Figaro Magazine

Comme eux, la majorité des pèlerins sont originaires de Haute-Egypte. Les Coptes seraient, en Egypte, entre 7,5 millions et 12 millions, selon les chiffres tenus ici par le gouvernement, là par le patriarcat d'Alexandrie, soit de 10 à 15 % de la population. En Haute-Egypte, ils constitueraient près de 30 % des 20 millions d'habitants. «La Haute-Egypte, c'est le cœur de la chrétienté,s'enthousiasme le père Philoxenos. Et pourtant, c'est sans doute l'unique fois de l'année que ces pèlerins voient un homme en noir. Ces familles préfèrent aller parfois au monastère pendant les mouled plutôt qu'à l'église le dimanche. Leur village ne dispose que rarement de sa propre église. Ce pèlerinage a donc aussi une vertu éducative. Ce sont des gens simples et pauvres, accablés par leur travail. En cela, il y a un lien encore très intime entre leur vie et celle des premiers chrétiens en Egypte. Ils demeurent fidèles au modèle des pères du désert, ascètes et vivant en communauté ou en ermites dans le désert d'Egypte», poursuit-il.

Sans fréquenter assidûment l'église, ces pèlerins n'oublient pas certains traits que l'histoire prête aux Coptes. Ceux qui les lient à la fondation de l'église d'Alexandrie en 42 après J.-C. par l'évangéliste Marc et aux premiers développements du christianisme en Orient. «Copte signifie premiers égyptiens. Nous sommes les descendants des Egyptiens de l'Antiquité», ne manque-t-on pas de nous rappeler sous les grandes bâches du marché, abritant du soleil. «Une manière d'affirmer leur antécédence par rapport aux Arabes musulmans arrivés en Egypte au VIIe siècle», affirme Bernard Heyberger.

Ce pèlerinage est aussi l'occasion de voir un homme d'Eglise. - Crédits photo : Hervé Lequeux / LE FIgaro Magazine

Car les rapports interreligieux s'avèrent parfois conflictuels. Au cours des trois dernières années, l'Institut Tahrir a ainsi comptabilisé 400 cas de violences interreligieuses en Egypte. Et l'organisation Initiative égyptienne pour les droits personnels (Eipr), «au moins 77 épisodes, plus ou moins graves, de violences sectaires dans la région de Minya entre janvier 2011 et août 2016».
Parmi la foule des pèlerins, on évite de parler de ces épisodes de violence. «Parce qu'ils ont peur, mais aussi parce que la figure du martyr est largement intégrée, depuis des siècles, par les Coptes, explique Marc Zekry, un pèlerin originaire de la ville de Minya. Par ailleurs, la Haute-Egypte est aussi le berceau des groupes islamiques comme la Gamaa al-Islamiya. Bien sûr, c'est beaucoup mieux de vivre en Egypte quand on est chrétien qu'en Irak ou en Syrie, mais des histoires aussi sombres, il y en a plein. Surtout, ce qui marque particulièrement les Coptes, ce sont les discriminations».

«Les Coptes sont des citoyens de seconde zone. (...) Pour obtenir un ­papier, par exemple, auprès de l'administration, c'est compliqué»
Père Philoxenos

Les obstacles, notamment en matière administrative ou d'emploi, ponctuent leur quotidien. Le père Philoxenos s'en fait l'écho. «Les Coptes sont des citoyens de seconde zone. La discrimination se matérialise, notamment, dans tous les liens que nous pouvons avoir avec l'Etat. Pour obtenir un papier, par exemple, auprès de l'administration, c'est compliqué. Surtout, un certain nombre d'emplois liés au gouvernement ou à l'armée nous sont impossibles. Il est, par exemple, inimaginable de voir un Copte intégrer les Moukhabarat ou monter en grade au sein de la police.»

Ces difficultés n'empêchent pas de nombreuses familles musulmanes de venir, parfois accompagnées de «leurs voisins chrétiens», au Muharraq pendant le pèlerinage. «Pour la baraka», nous dit-on, mais aussi parce que «Issa (Jésus) tient une place importante dans le Coran». C'est le cas notamment de Saïd, 27 ans. Il tient, avec son frère, une boutique de tatouages qui ne désemplit jamais. Les pèlerins s'y pressent nombreux pour se voir apposer une fine et discrète croix à l'intérieur du poignet, l'un des signes traditionnels de reconnaissance des Coptes. «La petite croix, c'est 10 livres», lance Saïd, aiguille en main. Autour de lui, une myriade de parents tendent leur enfant pour ce rite de passage. «Et désormais, on me demande, surtout les jeunes, de faire de plus gros tatouages. Des visages de la Vierge ou des messages à la gloire de Jésus», continue-t-il. Seule l'apparition d'un prêtre copte vient troubler son travail.

Aussitôt, le vieil homme à la barbe fournie est happé par la foule, qui oscille entre hystérie et respect. Elle le regarde avec dévotion, tente de lui embrasser la main, de le toucher. Des enfants sont portés par-dessus la mêlée pour se faire bénir. Un mot, un geste provoquent la joie des pèlerins. L'attroupement grossit. Hommes, femmes, enfants viennent, en nombre, depuis une grande place accessible par une porte cochère. Celle-ci ouvre sur un vaste terre-plein sur lequel sont installés, à perte de vue, de tranquilles pèlerins. «Il y a ici plusieurs milliers de personnes. Ils viennent passer une ou deux nuits, parfois plus, et dorment à même le sol. D'autres ont pu louer un logement dans les villages alentour ou l'une des rares chambres du monastère», nous explique le père Maximos. Assis sur de larges tapis, autour d'un repas, cohabitant avec moutons et chèvres, ces familles semblent tendre un miroir du Repos pendant la fuite en Egypte, peint par le Caravage. Les traits tirés, assis au milieu de leurs victuailles et objets personnels… Autour, chacun est à son œuvre, sous l'œil sévère des hommes en noir, qui rabrouent, au moindre écart, grands et petits.

Dix jours de fête, mais aussi l'occasion de vénérer les reliques de la Vierge Marie. - Crédits photo : Hervé Lequeux pour le Figaro Magazine

La vie de ces pèlerins est rythmée par de puissants haut-parleurs qui, entre deux appels pour un enfant égaré, déversent des lectures de textes sacrés et des invitations à rejoindre les liturgies se succédant dans la grande église de la Vierge-Marie, qui semble pourtant trop petite pour accueillir tous les fidèles. Bousculant les barrières instables installées pour la contenir, la foule des pèlerins patiente tant bien que mal, mains jointes, en prières.

A l'intérieur, hommes et femmes occupent des bancs séparés. Les trois prêtres procèdent à l'office de l'encens, qu'ils balayent dans un écran de fumée. «Le charbon représente Jésus dans le ventre de la Vierge Marie», nous explique un fidèle. Enfin, délaissant leurs banquettes, les femmes s'avancent vers le prêtre pour une bénédiction. Non loin, au bout d'un petit couloir bordé de bancs, le père Moussa accueille plusieurs dizaines de familles endimanchées. «Je suis le responsable des baptêmes, explique-t-il. Nous en pratiquons toute l'année, mais pendant le pèlerinage, le rythme est beaucoup plus élevé avec 65 baptêmes par jour.» Tandis que ses auxiliaires s'emploient à consigner noms et adresses des familles, le père Moussa prie, petite croix en main, avec la mère. Celle-ci tient dans ses bras le nouveau-né.

Il a pris les traits de l'Enfant Roi, vêtu d'un long linge blanc et d'un bonnet en forme de couronne. Par trois fois, le père Moussa plonge l'enfant dans les fonts baptismaux. «C'est le bain d'éternité. Il symbolise l'inhumation suivie de la résurrection dans le Christ», explique l'homme d'Eglise. Après une brève séance photo, la famille Abanob, qui vient baptiser le jeune Nader, est déjà remplacée par de nouveaux prétendants. «Nous allons aux icônes maintenant, dans l'église al-Azraq», nous avertissent-ils.

Cette église est la raison même du monastère al-Muharraq. Là, où, selon la tradition copte, «la Sainte Famille se serait cachée. L'Enfant sauveur s'est endormi sur cette pierre. Après son ascension, Jésus est revenu ici pour fonder cet autel. Il s'agit donc de la seconde plus vieille église du monde après Bethléem», plastronne le père Philoxenos. Il faut emprunter une longue allée, bordée de jardins potagers et suivre la file des pèlerins, soudainement calme, pour y parvenir. Dans la tiédeur de la pièce, ils touchent chacune des icônes, les embrassent, représentations de saints ou illustrations des étapes de l'exil forcé, avant de faire face à l'autel. Abrité derrière une paroi en bois sculpté, le rituel se répète, dans un silence total, jusqu'à ce que l'armée de bénévoles qui surveillent la scène évacue les lieux jusqu'au lendemain.

Les pèlerins suivent un parcours parmi les icônes, les touchant ou les embrassant.- Crédits photo : Hervé Lequeux / LE FIgaro Magazine

La nuit tombée, le monastère ne dort pas. C'est une fourmilière insomniaque qui s'agite. «Les mouled sont toujours une occasion de distractions parfois débridées (…) et permettent de s'affranchir temporairement des normes de la vie ordinaire. Poussés par la réforme aux accents fondamentalistes de l'Eglise copte, les mouleds s'assagissent toutefois», explique Catherine Mayeur-Jaouen, enseignante à l'Inalco et auteur de Pèlerinages d'Egypte. Histoire de la piété copte et musulmane, XVe-XXe siècles.

Ce soir-là, les enfants courent toujours, au milieu de pèlerins assoupis sur leur frêle paillasse. La plupart des fidèles prolongent toutefois le plaisir, au cœur de cette «kermesse sacrée». Quand certains partent déjà, affaires sous le bras, d'autres profitent d'une promenade embouteillée dans le marché. Les plus assidus occupent toujours les bancs de l'église. Derrière la grande porte, pourtant, qui sépare les fidèles du cours monacal de la vie des moines, le silence semble absolu. Quelques ombres noires apparaissent au clair de lune. Ce sont les moines qui se rendent aux vêpres au son des cloches. Les carillons se mélangent harmonieusement avec l'appel à la prière du muezzin qui résonne depuis les mosquées des villages voisins. «Muharraq ne se résume pas au mouled. Ce n'est même pas le moment le plus spirituel, précise Ladrus, un jeune moine. La plupart des moines n'y participent pas, d'ailleurs. Ils sont plus occupés à prier dans leur cellule. Le dixième jour, tout redeviendra normal.»
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Pourquoi les Coptes égyptiens sont une cible prioritaire des islamistes (10.04.2017)
Par Marc Fromager
Mis à jour le 26/05/2017 à 15h27 | Publié le 10/04/2017 à 16h30

FIGAROVOX/TRIBUNE- 90% des Chrétiens d'Orient sont égyptiens, rappelle Marc Fromager, le directeur de l'AED. L'Egypte est le verrou permettant la jonction entre le Moyen-Orient et l'Afrique, qui permettrait d'établir le califat rêvé des islamistes.

Marc Fromager est directeur de l'AED (Aide à l'Eglise en Détresse), qui soutient les chrétiens en danger partout dans le monde, et particulièrement en Egypte.

Les terribles attentats commis ces deux derniers mois contre les Coptes en Egypte ne sont ni les premiers ni - il faut le craindre - les derniers. Les quarante-quatre morts et la centaine de blessés de Tanta et d'Alexandrie viennent s'ajouter à la longue liste des martyrs de ce pays, une Eglise qui se définit même comme étant l'Eglise des martyrs.

Après l'attentat des Rameaux contre deux églises, le président al-Sissi avait immédiatement décrété trois mois d'état d'urgence. C'est un signe fort envoyé vers la communauté chrétienne mais c'est également l'indication d'une juste évaluation de la situation: l'Egypte est en guerre! Les Frères musulmans, les divers groupes islamistes et, sur le devant de la scène, l'Etat islamique, lui ont déclaré la guerre.

Leur objectif est multiple mais consiste avant tout à prendre le pouvoir en vue de récréer le Califat. Outre les opérations militaires et terroristes pour prendre le contrôle du territoire, leur stratégie passe également par une certaine homogénéisation de la population - elle doit non seulement être musulmane mais également acquise à l'islam radical revendiqué par ces groupes. Cela se traduit par la conversion ou l'exclusion des minorités religieuses, dont bien sûr les chrétiens.

La terreur de l'Etat islamique et des groupes islamistes affidés consiste donc entre autres à éradiquer la présence chrétienne au Moyen-Orient. Sur l'Irak et la Syrie, le projet est déjà bien avancé. C'est maintenant le tour de l'Egypte dont on peut imaginer que les attentats ne font que commencer. Pourquoi l'Egypte et pourquoi maintenant?

La pression supplémentaire - ou enfin réelle - qui s'exerce sur l'Etat islamique en Syrie, mais surtout en Irak, les pousse à accélérer leur investissement sur le terrain égyptien, l'idée ayant toujours été d'opérer la jonction entre le Moyen-Orient et l'Afrique, que ce soit par la Libye - et notre destruction du pays leur a bien rendu service - ou par la Bande sahélo-saharienne. Or, l'Egypte est le verrou qui empêche pour le moment cette jonction.

L'Egypte, réservoir démographique des Chrétiens d'Orient

L'Egypte est également le grand réservoir des chrétiens d'Orient. La plupart des chrétiens en Egypte sont coptes orthodoxes et ils représentent 14 millions de fidèles, soit 15% de la population, malgré le peu de consensus sur ce volume. Le gouvernement estimait il y a encore peu que les chrétiens représentaient entre 2 et 3 % de la population, une manière de minimiser leur présence et donc leur représentativité. Le chiffre de 10% (une moyenne entre 15 et 3%) est souvent retenu mais on se demande bien pourquoi on devrait accepter la farce des chiffres gouvernementaux et ne pas faire confiance aux registres paroissiaux.

90% des chrétiens d'Orient sont donc égyptiens et on comprend mieux pourquoi ils constitueront de plus en plus une cible prioritaire pour l'Etat islamique.

Dans le reste du Moyen-Orient, on arrive péniblement à deux millions de chrétiens. 90% des chrétiens d'Orient sont donc égyptiens et on comprend mieux pourquoi ils constitueront de plus en plus une cible prioritaire pour l'Etat islamique. La stratégie d'éradication va donc consister à effrayer les chrétiens par des attentats, avec comme message clair la conversion ou la valise, mais aussi à les faire réagir pour déclencher une spirale de violence dont ils seront évidemment les perdants.

Malgré le soutien officiel du président al-Sissi et la protection de fait qui est assurée devant la plupart des églises, les chrétiens acceptent de moins en moins l'apparente inefficacité des mesures censées les mettre à l'abri de la terreur. Si les chrétiens excédés finissaient par se révolter contre les autorités égyptiennes, l'Etat islamique aurait fait d'une pierre deux coups: fragiliser le gouvernement égyptien dont il veut récupérer le pouvoir et accélérer la disparition des chrétiens dont la réaction susciterait un surcroît de violence à leur encontre.

Seuls 1,5% des fonctionnaires égyptiens sont chrétiens. Vous avez dix fois moins de chances de trouver du travail lorsque vous êtes chrétien.

On peut donc imaginer que, non seulement ces attentats ne seront pas les derniers mais que la pression à l'encontre des chrétiens en Egypte ira en s'aggravant, si tant est que ce soit possible au vu d'une situation déjà très tendue. Un seul chiffre là encore: seuls 1,5% des fonctionnaires égyptiens sont chrétiens. Sachant que la fonction publique regroupe la plupart des emplois salariés, cela signifie concrètement que vous avez dix fois moins de chances de trouver du travail lorsque vous êtes chrétien.

Mais l'Egypte, citée plus de sept cent fois dans la Bible, lieu de la première Pâque, a aussi servi de refuge à la Sainte Famille et on peut également imaginer qu'une bénédiction spécifique repose sur ce pays. Cette Eglise des martyrs saura puiser dans sa foi éprouvée au long des siècles les ressorts, à la fois pour ne pas tomber dans ce piège de la violence et en même temps, pour témoigner de manière encore plus forte de l'Amour du Christ.

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En Égypte, les violences contre les coptes se multiplient (12.08.2016)
Par Jenna Le Bras
Mis à jour le 12/08/2016 à 19h13 | Publié le 12/08/2016 à 18h29

Depuis la destitution du président islamiste Mohammed Morsi en 2013, les violences sectaires à l'encontre des chrétiens en Égypte se sont intensifiées.

Au Caire

Ce sont des yeux clairs humides qui perlent sur une peau tannée par le soleil du Sud, un long voile noir et des doigts aux phalanges déformées par l'arthrose que l'on triture pendant que le récit se déroule par bribes. «Ils sont entrés chez moi avec des armes automatiques. Ils étaient environ 45. Ils m'ont attaquée et m'ont sortie dehors. Ils m'ont déshabillée. Ils m'ont traînée dans la rue toute nue. Ils ont aussi pillé et brûlé notre maison.» Sohad, 70 ans, habitante d'al-Karam, ville composée de 70 chrétiens pour 15.000 habitants, a subi la violence de ses voisins quand la rumeur s'est propagée que son fils fréquentait une musulmane.

À Alexandrie, une foule de musulmans a délogé des familles et incendié leurs maisons ; à Sohag, la fille d'un paroissien a été égorgée par un homme se revendiquant de Daech

Phénomène rampant depuis plusieurs décennies, portées à leur acmé en 2013, après la destitution du président islamiste Mohammed Morsi, les violences sectaires restent un problème récurrent en Égypte. Ces dernières semaines, elles ont connu une augmentation inquiétante. «Depuis mi-mai, on a relevé au moins 7 incidents très violents», alerte Mina Thabet, spécialiste des droits des minorités à l'Egyptian Comitee for Human Rights.

À Alexandrie, une foule de musulmans a délogé des familles et incendié leurs maisons ; à Sohag, la fille d'un paroissien a été égorgée par un homme se revendiquant de Daech ; à Beni Souef, des foules ont attaqué un père de famille, soupçonné de construire une église clandestinement.
«Nous, chrétiens, nous sentons persécutés. Tout part de rumeurs, une relation amoureuse, une construction d'église… Les gens n'ont pas la culture de la justice, au lieu de se rendre à la police, ils attaquent»
Brahim, paroissien à l'église d'al-Minya

Le 30 juin, anniversaire du coup d'État militaire, la tension est arrivée à son paroxysme avec le meurtre d'un prêtre à el-Arish, dans le Nord-Sinaï, accusé par la branche égyptienne de l'État islamique «d'appeler à la guerre contre l'islam.»

«Les incidents sont quotidiens mais leur nombre est impossible à chiffrer. Les victimes ne veulent pas parler, elles se sentent humiliées et ont peur des représailles», note Mina Thabet.

«Nous, chrétiens, nous sentons persécutés», affirme Brahim, paroissien à l'église d'al-Minya, principale ville chrétienne d'Égypte, composée de 35 % de coptes. «Tout part de rumeurs, une relation amoureuse, une construction d'église… Les gens n'ont pas la culture de la justice, au lieu de se rendre à la police, ils attaquent.»

Sohad et son mari ont été plusieurs fois sommés de se rendre à ce que l'on appelle «des sessions de réconciliation», utilisées comme méthode de résolution des conflits communautaires. «Les anciens du village, les chefs de famille, les dirigeants politiques et religieux se réunissent pour résoudre les conflits plutôt que de se soumettre au système juridique. Prétendument dirigées par des arbitres neutres, les réunions sont souvent supervisées par une représentation majoritairement musulmane», dénonce l'institut de recherches The Tahrir Middle East Institute.

«L'une des solutions est d'admettre le problème et de mettre les persécuteurs en prison. Nous demandons que la loi soit appliquée en dépit de la religion»
L'évêque Makarios du diocèse d'al-Minya

Malgré une enveloppe de 5000 livres égyptiennes offerte pour leur silence, Sohad a préféré rendre son histoire publique. «On ne peut plus rentrer chez nous de toute façon, on a tout perdu, souffle la vieille dame. Je veux qu'on me rende ma dignité et mes droits.»

«Il est important d'être à l'écoute des chrétiens pour contenir leur colère», insiste l'évêque Makarios du diocèse d'al-Minya, principal gouvernorat touché par les violences. «L'une des solutions est d'admettre le problème et de mettre les persécuteurs en prison. Nous demandons que la loi soit appliquée en dépit de la religion.»

«L'État égyptien a perdu de son pouvoir, sa marge de manœuvre est limitée et son agilité à contenir les tensions n'est plus la même»
Georges Fahmi, spécialiste des relations religion-État à l'institut Carnegie

Mais, du côté des musulmans, on s'agace de ces polémiques «montées en épingle dès qu'il s'agit de disputes entre musulmans et chrétiens». «Les violences entre musulmans, on n'en parle jamais, elles sont sûrement bien plus élevées. Des fous et des extrémistes, on en a dans toutes les religions», assure Alaa al-Sharif, imam et professeur à l'université al-Azhar.

Alors que le Parlement examine en ce moment la possibilité de retirer des pièces d'identité la religion des citoyens égyptiens et une meilleure législation encadrant la construction de nouvelles églises, les experts mettent en garde contre la perte de contrôle des autorités sur les relations chrétiens-musulmans dans un contexte de répression très forte. «La violence d'État nourrit la violence civile», assure Mina Thabet. «L'État égyptien a perdu de son pouvoir, sa marge de manœuvre est limitée et son agilité à contenir les tensions n'est plus la même», estime Georges Fahmi, spécialiste des relations religion-État à l'institut Carnegie. «Depuis Nasser, les chrétiens ont toujours été mis en scène à des fins stratégiques», rappelle-t-il.

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Arabie saoudite : le défi de Mohammed Ben Salman, affaiblir le pilier wahhabite du régime (09.11.2017)
Par Georges Malbrunot
Mis à jour le 10/11/2017 à 12h42 | Publié le 09/11/2017 à 19h25

Adepte d'une profonde transformation économique et sociale, le prince héritier saoudien de 32 ans a l'ambition de faire naître une «nouvelle Arabie».

À 32 ans, le jeune prince héritier Mohammed Ben Salman lance deux, voire trois révolutions en même temps, dans un royaume où jusqu'à maintenant ses dirigeants détestaient ce mot. Le fils préféré du roi Salman a l'ambition de faire naître une «nouvelle Arabie». Il a amorcé une profonde transformation économique et sociale, misant sur l'après-pétrole, donnant aux femmes le droit de conduire et aux jeunes celui de se divertir un peu. Il n'a pas hésité à rompre le consensus au sein de la famille régnante, cette loi d'airain qui permettait aux Saoud d'amortir le choc lorsqu'un prince recalé d'un clan important se consolait en recevant un pactole de un ou deux milliards de dollars, en échange de son silence. Mais, de tous les chantiers que l'ambitieux MBS s'est assigné, le plus risqué est probablement celui qui vise à enfanter un «islam moderne, ouvert et modéré».

L'Arabie n'est pas n'importe quel pays musulman. C'est le berceau des lieux les plus saints de l'islam, La Mecque et Médine

L'Arabie n'est pas n'importe quel pays musulman. C'est le berceau des lieux les plus saints de l'islam, La Mecque et Médine. Un pays où depuis 1744 un pacte lie les Saoud aux partisans de Mohammed Abdel Wahhab, chef religieux ultrarigoriste. Cette alliance de l'épée et du Coran demeure la clé de voûte du pouvoir saoudien. Aux al-Saoud - dont la plupart ne sont pas wahhabites - les affaires régaliennes. Aux religieux - quelque 570 oulémas regroupés dans un Grand Conseil - la justice et l'éducation. Ces derniers édictent des fatwas qui s'imposent à la communauté des croyants du royaume. Mais payés par l'État, ils restent inféodés au pouvoir des Saoud.

C'est, ni plus ni moins, ce pacte fondateur de l'Arabie que MBS entend remettre en cause. «Vous ne pensez pas qu'on va passer nos trente prochaines années à se demander si la musique est halal ou si les échecs ne le sont pas parce qu'un ouléma a dit que c'était une invention de Satan! Non, on n'a pas le temps pour ces débats inutiles», tranche un proche de MBS. «On est déjà dans l'après-wahhabisme, constate la chercheuse Fatiha Dazi-Héni. MBS veut garder une société islamique, mais expurger les aspects les plus obscurantistes du contrat social avec les wahhabites, poursuivant d'ailleurs ce qu'avait fait le roi Abdallah, avant sa mort.»

Depuis l'accession de son père au trône en 2015, MBS a déjà rogné les ailes - ou plutôt les bâtons - des mouttawins, les redoutés membres de la police religieuse, vestige archaïque de ce pacte, qui obligent les femmes à être couvertes de l'abaya noire, et les commerçants à baisser leurs rideaux aux heures des cinq sacro-saintes prières quotidiennes.

Modernisation des contenus scolaires

L'autre chantier colossal auquel il devra s'atteler concerne l'éducation. Dans les écoles saoudiennes, ce n'est pas l'islam qui est enseigné mais les principes ultrarigoristes du wahhabisme. Un bourrage de crâne - un tiers du cursus jusqu'au bac est composé de cours religieux - appelant dans les livres scolaires à «combattre» les mécréants, tandis que «la voix des gens du Livre (juifs et chrétiens) (est) blâmée comme la voix des polythéistes». Conscientes du problème, les autorités ont, discrètement, fait appel à la France, pour entamer une modernisation des contenus scolaires, en commençant par les matières scientifiques. Un petit pas, mais pas négligeable. MBS, en monarque absolu qu'il sera lui aussi, a déjà fait emprisonner certains religieux réfractaires à ces réformes. «Il fait le pari que l'establishment religieux préférera se plier et composer pour garder ses privilèges», veut croire un expert.

Dans sa marche vers le pouvoir, le passage sous son autorité de l'ensemble des forces de sécurité est également risqué. Après l'arrestation du prince Mutaïb, patron de cette «Armée des tribus» qu'est la Garde nationale, et la mise à l'écart en juin du prince héritier Mohammed Ben Nayef, à la tête des forces antiterroristes du ministère de l'Intérieur. «Les vieux de la Garde liés au clan Abdallah vont-ils se laisser faire?», s'inquiète un militaire. «On disait déjà ça du ministère de l'Intérieur, mais pour l'instant la reprise en main est sous contrôle», répond Fatiha Dazi-Héni.

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Tractations franco-saoudiennes autour du sort de Saad Hariri (10.11.2017)
Par Georges Malbrunot
Publié le 10/11/2017 à 13h37

Riyad souhaiterait remplacer le premier ministre libanais par un de ses frères. Le conseiller Moyen-Orient d'Emmanuel Macron a été dépêché à Beyrouth.

L'avenir du premier ministre libanais démissionnaire, Saad Hariri, est au centre de toutes les tractations. «À notre connaissance, il est libre de ses mouvements», a réagi vendredi matin sur Europe 1 Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, quelques heures après la visite surprise d'Emmanuel Macron à Riyad, où il a rencontré le nouvel homme fort de l'Arabie, le prince héritier Mohammed Ben Salman (MBS).

De Riyad, le conseiller Moyen-Orient du chef de l'État, Aurélien Le Chevalier, a été dépêché à Beyrouth pour évoquer l'avenir du camp Hariri. Sollicité, l'Élysée a confirmé l'information, soulignant que cette visite était prévue de longue date.

Quelques heures avant l'arrivée du chef de l'État à Riyad, l'ambassadeur de France en Arabie, François Gouyette, avait rencontré Saad Hariri. Selon une source française, «le leader libanais était entouré d'officiels saoudiens pour cet entretien qui n'aurait pas duré très longtemps». La rencontre n'a pas eu lieu à l'Hôtel Ritz Carlton, où sont retenus de nombreux princes et dignitaires saoudiens accusés de corruption par MBS.

Proche du pouvoir saoudien, Saad Hariri n'est pas rentré au Liban depuis sa démission, il y a dix jours, annoncée depuis la capitale saoudienne. Deux responsables du gouvernement libanais ont affirmé jeudi que Saad Hariri était prisonnier à Riyad, et un troisième a confié à l'agence Reuters que les autorités saoudiennes avaient ordonné au Premier ministre de démissionner, et qu'il se trouvait en résidence surveillée.

«Une proposition a été faite à la famille Hariri de désigner Baha, un frère de Saad, pour reprendre le flambeau politique»
Une source française à Beyrouth

Après Saad, Baha Hariri

Désormais, Riyad chercherait à remplacer Saad Hariri par un de ses frères. «Une proposition a été faite à la famille Hariri de désigner Baha, un frère de Saad, pour reprendre le flambeau politique», confie une source française à Beyrouth. Nazek, la veuve de Rafic Hariri, l'ancien premier ministre assassiné en 2005, Bahyia Hariri, la sœur de ce dernier, et Ahmad, un fils de Bahyia qui dirige le Parti libanais Al-Moustaqbal, auraient été conviés à Riyad pour avaliser cette redistribution des cartes. Mais le clan l'aurait refusée.

Visiblement agacé, Nouad Mashnouk, ministre de l'Intérieur et proche de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, a déclaré que le Liban n'était pas «une monnaie d'échange, ni un terrain à vendre».

À la mort de Rafic Hariri en février 2005, c'est son ami Jacques Chirac, alors président de la République, qui, en lien avec Riyad, avait parrainé le conseil de famille pour adouber Saad, comme successeur de son père.

À la surprise générale dans un pays généralement fragmenté, la plupart des hommes politiques libanais - y compris des opposants à Saad Hariri - ont réclamé son retour à Beyrouth. «Involontairement, l'Arabie saoudite a renforcé sa popularité», souligne un observateur joint au téléphone à Beyrouth.

Paris suit avec une grande attention cette affaire. Saad Hariri et son camp - le 14 Mars, opposé à celui pro iranien du 8 Mars derrière le Hezbollah - sont des alliés traditionnels de la France.

L'Arabie veut asphyxier économiquement le Liban
«Le sujet qui nous préoccupe, c'est la stabilité du Liban et qu'il y ait une solution politique qui se mette en place rapidement»
Jean-Yves Le Drian sur Europe 1

Jeudi après-midi, l'Arabie saoudite a appelé ses ressortissants à quitter le Liban. Une menace d'abord politique, les ressortissants saoudiens étant peu nombreux au Pays du cèdre. Certaines sources indiquent que Riyad, exaspéré par l'influence du Hezbollah sur les affaires libanaises, entend mener, en fait, une guerre économique contre le Liban: assécher ses finances, largement dépendantes du Golfe, pour le contraindre à s'écarter du Hezbollah, pro iranien. D'autres sources à Beyrouth redoutent que Riyad active ses relais dans les camps de réfugiés palestiniens pour déstabiliser le pays.
La rencontre Macron-Ben Salman, suivie d'un dîner, a été entourée de la plus grande discrétion. «Le sujet qui nous préoccupe, c'est la stabilité du Liban et qu'il y ait une solution politique qui se mette en place rapidement», a déclaré Jean-Yves Le Drian sur Europe 1.

Depuis Dubaï, jeudi, Emmanuel Macron a fait savoir qu'Hariri n'avait formulé aucune demande pour venir en France. «Mon souhait c'est que tous les responsables politiques libanais puissent vivre librement au Liban, ce qui suppose (…) d'avoir une politique exigeante à l'égard de celles et ceux qui peuvent menacer quelque leader que ce soit», a rappelé le chef de l'État.

Vendredi matin, l'Élysée confiait que le prince Mohammed Ben Salman avait assuré à Emmanuel Macron que Saad Hariri n'était pas assigné à résidence. «MBS a déclaré au président qu'il était lui aussi attaché à la stabilité du Liban, et qu'il ne voulait pas entraîner le Liban dans la guerre», insiste-t-on à l'Élysée.
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