mercredi 2 août 2017

France : politique de Défense

Défense : Macron veut inscrire les opérations extérieures dans une «approche globale» (29.08.2017)
Éric Morvan, un préfet rompu aux arcanes de la police (02.08.2017)
Jean-Marc Falcone : «Plus que des primes, les policiers veulent être respectés» (02.08.2017)
À bord du Mistral pour traquer les mines en mer Rouge (02.08.2017)
Le quotidien des soldats, talon d’Achille des armées (29.07.2017)
1,2 milliard de crédits débloqués pour réchauffer le moral des armées (23.07.2017)
Natacha Polony : «Pas de démocratie sans souveraineté militaire» (21.07.2017)
Longuet sur Castaner : «Macron ne peut sous-traiter une grave crise militaire à un ministre débutant» (21.07.2017)
À Istres, les applaudissements tièdes des militaires pour Emmanuel Macron (21.07.2017)
Après la charge de Castaner contre Villiers, la polémique repart de plus belle (21.07.2017)
La charge de Castaner contre Pierre de Villiers (21.07.2017)
Les conditions de vie dégradées des militaires, épinglées par le Sénat (20.07.2017)
La Défense espère limiter l'impact des coupes budgétaires (20.07.2017)
Macron: «aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté» (20.07.2017)
Le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées, a démissionné (19.07.2017)
Démission du général Pierre de Villiers : entre Macron et les armées, récit d’une crise historique (19.07.2017)
Démission du général Pierre de Villiers : les réponses à vos questions (19.07.2017)
François Lecointre, nouveau chef d’état-major des armées, « un héros, reconnu comme tel » (19.07.2017)
Démission du chef d’état-major Pierre de Villiers, un fait sans précédent depuis 1958 (19.07.2017)
Le budget de la Défense à 2% du PIB en 2025 (19.07.2017)
Yves de Kerdrel: «L'État coupe ses dépenses, mais pas les bonnes» (18.07.2017)
Recadré deux fois par Macron, le chef d’état-major passera-t-il la semaine ? (17.07.2017)
« Le président Macron a entaillé le pacte de confiance avec l’armée » (17.07.2017)
« La défense ne pouvait pas échapper aux réductions budgétaires » (17.07.2017)
Le général de Villiers reçu vendredi par Emmanuel Macron (15.07.2017)
Des députés macronistes critiquent la baisse du budget de la Défense (14.07.2017)
Guillaume Tabard: «L'étonnant coup de gueule du chef des armées» (14.07.2017)
Budget défense : Emmanuel Macron recadre le chef d'État major des armées (14.07.2017)
La Défense sous le choc des réductions budgétaires (13.07.2017)
Général d'armée Pierre de Villiers : «Soyons fiers de nos armées françaises» (13.07.2017)

Voir aussi :
Défense et sécurité (François Chauvancy)
Le Point (Jean Guisnel)
Secret Défense (L'Opinion)
Ligne de Défense (Ouest France)
Blog du Colonel Goya
B2 Bruxelles
Si Vis Pacem
Fauteuil de Colbert
OPEX News
Guerres et Conflits XIXe-XXIe siècles
RP Défense

Défense : Macron veut inscrire les opérations extérieures dans une «approche globale» (29.08.2017)


Publié le 29/08/2017 à 16h50

INFOGRAPHIE - Le président de la République a présenté mardi son premier discours de politique étrangère devant les diplomates français réunis à l'Élysée. Il a placé la lutte contre le terrorisme au cœur de sa diplomatie.

Toutes missions confondues, 30.000 militaires français sont actuellement «en posture opérationnelle», parmi lesquels plus de 10.000 sont déployés hors du territoire national. Aucune annonce du chef de l'État n'était attendue à cet égard mardi dans son discours aux ambassadeurs. Les circonstances ne s'y prêtaient pas, Emmanuel Macron ayant indiqué, déjà à l'époque de la campagne présidentielle, qu'il poursuivrait les engagements militaires majeurs de la France. Par ailleurs, une revue stratégique, dont les travaux doivent aboutir à la fin du mois de septembre, examine actuellement, les grands axes stratégiques des prochaines années.

Il n'empêche, l'action des armées françaises sur leurs principaux «théâtres» d'opérations devrait être touchée par les orientations diplomatiques livrées par le chef de l'État. Ce sera le cas au Moyen-Orient mais surtout en Afrique auxquels Emmanuel Macron a consacré une part importante de son discours qu'il a placé sous l'égide d'une priorité absolue : la lutte contre le «terrorisme islamiste».

Reprendre l'initiative

Sa démarche a été formulée explicitement : à l'extérieur, l'engagement militaire pour la sécurité des Français s'inscrit dans un triptyque, qu'Emmanuel Macron a appelé «les trois D» : défense, développement, diplomatie. Une «approche globale», diraient les spécialistes.

Au Levant, il s'agit de reprendre l'initiative diplomatique, en appui des succès militaires engrangés par la coalition à laquelle la France participe avec l'opération «Chammal» (1200 militaires). Dans cette région, «le retour de la paix est vital pour la France», a insisté le chef de l'État. En Libye et au Sahel, l'objectif est d'«empêcher les groupes terroristes d'avoir des bases arrière». Les priorités de l'opération «Barkhane» (4000 militaires), déployée sur cinq pays du Sahel depuis août 2014, seront «réévaluées à l'aune de la lutte contre le terrorisme», a dit M. Macron sans autre précision.

Le chef de l'État a néanmoins martelé une exigence : «faire plus», tant dans le domaine politique - pour donner enfin corps à l'accord d'Alger - qu'en ce qui concerne le développement. «Nous devons gagner la paix», a dit le président de la République, reprenant l'antienne de l'ex-chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers qui a démissionné avec fracas en juillet. L'approche «multidimensionnelle» inclut le volet migratoire, thème d'un sommet lundi à l'Élysée. Les initiatives consistant à identifier les migrants éligibles pour l'asile en France et en Europe dans des centres implantés au Tchad et au Niger pourraient s'accompagner de «présence militaire sur le terrain pour prévenir d'autres débordements et l'accroissement des flux vers la Libye», a indiqué Emmanuel Macron, lundi soir.

Une décennie au moins

La question des moyens budgétaires de la défense reste lancinante et déterminante. Elle n'a été que très brièvement abordée mardi par le chef de l'État. Et laisse planer nombre d'interrogations pour l'avenir. Défense, développement, diplomatie, cette trinité est censée, théoriquement, entraîner à terme un enchaînement vertueux conduisant des États enfin stabilisés, au Sahel par exemple, à s'assumer plus pleinement. On en est très loin, alors même que l'aide publique au développement - que le chef de l'État veut porter à 0,55 % du PIB en 2022 - passe sous la toise. Une large mobilisation financière serait nécessaire, appuyée par la communauté internationale mais l'engouement, des Européens notamment, reste mesuré.

Au Sahel, les militaires français estiment que leur maintien sera indispensable pour une décennie au moins. Or les incertitudes budgétaires, l'insuffisance des capacités, la pression opérationnelle accrue plombent les perspectives des armées déjà «au taquet». De plus, comment ferait-on si la Centrafrique replongeait dans la spirale du chaos ? Le 12 juillet, dans sa dernière audition parlementaire, le général de Villiers, évoquait, sans citer explicitement le Sahel, «l'alternative d'un désengagement opérationnel inéluctable, par manque de moyens». Ce serait alors, avertissait-il, «accepter de peser de façon moins déterminante sur la protection des Français et laisser à d'autres le soin d'influer sur les grands équilibres internationaux».

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Thématique : Défense  



Éric Morvan, un préfet rompu aux arcanes de la police (02.08.2017)



L'ex-directeur adjoint de cabinet de Bernard Cazeneuve au ministère de l'Intérieur a été nommé à la tête de la police nationale, à la place de Jean-Marc Falcone.

La nomination d'Éric Morvan à la tête de la Direction générale de la police nationale (DGPN) était attendue, pour ne pas dire espérée au sein de la police tant son profil semble épouser les contours d'une institution qu'il connaît sur le bout des doigts. «Archétype du grand commis de l'État», «haut fonctionnaire intègre et à l'écoute», «homme d'expérience et de compétences»: syndicalistes et responsables policiers n'ont pas manqué de propos élogieux pour accueillir le nouveau «patron». Il faut dire que ce serviteur de l'État âgé de 60 ans est rompu à tous les arcanes de la «maison» police, aux opérations qu'elle a menées en période terroriste et aux hommes qui l'animent. Tour à tour chargé dès 2005 des ressources humaines, puis de la direction des finances et du secrétariat général pour l'administration de la préfecture de police de Paris, Éric Morvan a rejoint la Place Beauvau au printemps 2014 en tant que directeur adjoint du cabinet de Bernard Cazeneuve. Venant du Budget, le ministre de l'Intérieur d'alors avait besoin de ce fonctionnaire madré à ses côtés.

«Une vraie culture du dialogue social»

Préfet des Pyrénées-Atlantiques, Éric Morvan prend les rênes de la police nationale à un moment où la menace terroriste est persistante. Et la grogne toujours en gestation. «Éric Morvan, qui dispose d'une vraie culture du dialogue social, a toute la confiance des syndicats qui ont éprouvé son sens de la parole donnée dans les moments difficiles, assure Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie-officiers. Il connaît la machine, nous allons pouvoir entrer dans le vif des sujets.» Sans attendre, Gérard Collomb lui a assigné une feuille de route. Parmi les «réformes d'importance» qui l'attendent figurent la «mise en place de la police de sécurité du quotidien», la recherche d'une «meilleure complémentarité avec les autres acteurs de la sécurité» et la poursuite des «efforts entrepris pour améliorer les moyens matériels et les équipements». Éric Morvan est aussi attendu sur la réforme de la procédure pénale, particulièrement attendue par les enquêteurs. Sa promotion s'intègre dans un vaste mouvement de renouvellement de la hiérarchie policière. Avant lui, Laurent Nuñez, autre préfet très apprécié, avait succédé à Patrick Calvar comme directeur général de la sécurité intérieure (DGSI).

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Jean-Marc Falcone : «Plus que des primes, les policiers veulent être respectés» (02.08.2017)


 Par Christophe Cornevin Mis à jour le 02/08/2017 à 19:49 Publié le 02/08/2017 à 19:06

Jean-Marc Falcone dans son bureau, mercredi à Paris

INTERVIEW EXCLUSIVE - Le patron de la police nationale quitte ses fonctions cet été, laissant la place à Éric Morvan. Après plus de trois ans à la tête de l'institution, il se confie au Figaro.

Après plus de trois ans passés à la tête de la police nationale, Jean-Marc Falcone a été nommé mercredi, en Conseil des ministres, préfet de la région Centre-Val de Loire. À 64 ans, il prendra ses nouvelles fonctions fin août. Celui qui a commandé une institution de 150.000 femmes et hommes, dans les moments les plus intenses, se livre en exclusivité pour Le Figaro.

LE FIGARO. - Lors des attaques terroristes de 2015 et 2016, les forces de l'ordre étaient en première ligne. Comment avez-vous vécu cette période?

Jean-Marc FALCONE. - Comme des mois terribles. Cette succession d'attentats a été très dure pour la police nationale puisque nous avons perdu des policiers en mission ou frappés au hasard, à l'instar de nombreux autres concitoyens. Apprendre qu'un attentat vient ...

À bord du Mistral pour traquer les mines en mer Rouge (02.08.2017)

Par Georges Malbrunot , Service infographie du Figaro Mis à jour le 02/08/2017 à 17:57 Publié le 02/08/2017 à 17:34

Vu depuis la frégate Le Courbet qui le protège, le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Mistral pendant sa mission en mer Rouge.

REPORTAGE - Du détroit de Bab el-Mandab au canal de Suez, la menace des bateaux kamikazes et des engins explosifs est permanente.

«Un boutre a été repéré sur l'avant», annonce le chef de quart. «Il défile vers la gauche.» Vérification faite, l'embarcation est classée «neutre». Dans l'obscurité d'une fin de nuit, le Mistral continue sa route. Il est 5 heures du matin, le navire de guerre français pénètre dans le détroit de Bab el-Mandab en mer Rouge, où l'Afrique et la Péninsule arabique se rejoignent. Un détroit stratégique où transitent chaque jour quelque 4 milliards de barils de pétrole. «C'est l'un des endroits les plus dangereux au monde», avertit le commandant Stanislas de Chargères, le pacha du Mistral, qui a tenu à monter sur la passerelle.


À un nœud, la ...

Le quotidien des soldats, talon d’Achille des armées (29.07.2017)


Les mauvaises conditions de vie des soldats pèsent de plus en plus lourd. Au risque de saper l’élan patriotique qui a suivi les attentats de 2015-2016.

LE MONDE | 29.07.2017 à 06h45 • Mis à jour le 30.07.2017 à 07h50 | Par Nathalie Guibert

Soldats français participant à l’opération « Sentinelle », à Vincennes (Val-de-Marne), le 25 juillet 2016.

Le moral des armées constitue « un point d’attention », selon la langue de bois de la hiérarchie militaire. En clair, le sujet est devenu hautement sensible, et ce avant même la crise sur le budget 2017 qui a provoqué un grand malaise dans l’institution, en poussant le chef d’état-major, Pierre de Villiers, à démissionner, le 19 juillet.

Très valorisées par le pouvoir politique, les opérations extérieures aspirent les moyens disponibles et les énergies positives. Au prix d’un sacrifice de l’arrière, où les mauvaises conditions de vie des soldats pèsent de plus en plus lourd. Elles risquent même, selon des observations convergentes, de saper l’élan patriotique qui a suivi les attentats de 2015-2016 en conduisant de nombreux jeunes à s’engager.

Avant ce 14-Juillet de crise, Le Monde avait recueilli des témoignages de jeunes militaires qui, bien que par nature partiels, illustrent la gravité du problème. Bastien, 22 ans, ne renouvellera pas son CDD dans l’armée de terre, après avoir enchaîné les missions « Vigipirate »/« Sentinelle », qu’il juge « trop frustrantes ». Pierre, 26 ans, cherche à quitter la marine, selon lui « une boutique qui n’avance pas ».

« A force de ne rien faire de la journée, je rumine »

L’opération « Sentinelle », explique Bastien, qui a plus de trois ans de service et six missions intérieures, est en passe d’écœurer les nouveaux engagés. Lever 5 heures, coucher 23 heures, 25 km à 30 km parcourus par jour, cent quinze jours de terrain dans une année, des primes versées avec retard, une incapacité à prévoir qui ronge la vie familiale, des congés annulés… Le rythme, depuis les attentats, a été trop soutenu au regard de l’intérêt de la tâche.

« Deux mois de “Sentinelle”, une formation, encore deux mois, puis une préparation “opération extérieure” hyperraccourcie… On enchaîne, on enchaîne… On n’a plus de vie privée. » Dans son unité, affirme-t-il,...



1,2 milliard de crédits débloqués pour réchauffer le moral des armées (23.07.2017)


Par Christophe Alix — 23 juillet 2017 à 15:32

Après la promesse réitérée d'Emmanuel Macron jeudi de porter à 2 % du PIB le budget de la défense à l'horizon 2025, la ministre des Armées Florence Parly est montée à son tour au front pour tenter de rassurer des militaires encore sous le choc de la démission de leur chef d'état-major Pierre de Villiers.

Il fallait bien mettre un peu de baume au cœur des militaires. La grande muette, qui vient de vivre une séquence douloureuse avec l’annonce des annulations de crédits de 850 millions d’euros pour 2017, à l’origine de la démission deux semaines plus tard du très respecté chef d’état-major des armées Pierre de Villiers, va bénéficier d’un dégel de 1,2 milliard de crédits sur le 1,9 milliard bloqué en 2017. C’est Florence Parly, la ministre des Armées, qui l’annonce dans le Journal du Dimanche, espérant par là montrer aux militaires et à l’opinion publique toute sa détermination à sauvegarder au maximum ses intérêts budgétaires récemment malmenés. «Je suis en discussion pour que des crédits gelés en 2017 soient dégelés. C’est déjà le cas depuis jeudi pour 1,2 milliard d’euros qui nous seront restitués par anticipation dès ce mois-ci», a-t-elle expliqué dans l’hebdomadaire dominical. Ces dégels, qui interviennent normalement en fin d’année, vont donner plus de latitude au ministère et à la Direction générale de l’armement (DGA) dans la gestion de leur trésorerie et le paiement des factures, explique-t-on de source gouvernementale.

«Ils ne constituent pas un cadeau fait aux armées mais le strict respect de la loi de finances initiale», met toutefois en garde le député LR François Cornut-Gentille, rapporteur spécial des crédits de la défense à la commission des finances. Cette procédure permet en effet d’utiliser des crédits «mis en réserve» ou gelés en début d’année puis débloqués ou dégelés ensuite afin que des dépenses déjà engagées puissent être acquittées.

Florence Parly a par ailleurs réaffirmé que les annulations de crédits de 850 millions d’euros décidées pour cette année 2017 et à l’origine de la crise entre l’Elysée et le chef d’état-major des armées n’auraient «pas d’impact sur le fonctionnement des armées en 2017, notamment pour les militaires en opération».

Sabir typique

Lors de son audition par les députés, le général de Villiers avait expliqué qu’il jugeait qu’à cause de nombreux programmes reportés depuis plusieurs années, faute de crédits, le nombre de véhicules blindés sur le terrain était insuffisant pour assurer la sécurité de militaires opérant sur des théâtres d’opération parfois grands comme l’Europe. «Il faut voir le nombre de blindés qui doivent être rapatriés en France pour être détruits ou réparés», avait abondé dans son sens l’ex-députée socialiste du Finistère Patricia Adam, ancienne présidente de la commission de la défense nationale et des forces armées au Palais-Bourbon.

Si Bercy n’avait pas précisé l’affectation de ces annulations de crédit transmis à l’Assemblée nationale, il était néanmoins écrit que le gel de 850 millions ne se ferait pas sur la sécurité mais en décalant «quelques commandes sur du gros matériel, par exemple». Un argumentaire repris par Florence Parly, elle-même ancienne haut fonctionnaire du budget et ancienne secrétaire d’Etat au Budget au début des années 2000 dont elle connaît parfaitement la mécanique. «C’est donc sur les grands programmes d’équipement que les ajustements seront faits par lissage», a-t-elle souligné au JDD dans un sabir typique du vocabulaire de son ancienne administration.

Le général de Villiers avait été vertement recadré par le président Emmanuel Macron à la veille du 14 juillet pour avoir critiqué ces coupes budgétaires devant des députés. Lors d’une audition à huis clos, il avait expliqué, d’après une phrase sortie dans la presse : «Je ne me laisserai pas baiser comme cela.» Après avoir multiplié ces derniers temps ses mises en garde publiques contre une politique budgétaire qui ne permet plus aux armées d’assurer pleinement ses missions dans un contexte géopolitique marqué par l’aggravation des menaces terroristes, ce dernier avait fini par démissionner en début de semaine dernière. Il avait jugé «ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée» qu’il estime approprié pour «la protection des Français».

Saut de géant

Le Président, et chef des armées selon la constitution, a répliqué que ce n’était «pas le rôle» du chef d’état-major de défendre le budget des armées, mais celui de la ministre des Armées. Lors d’un déplacement jeudi dernier sur la base aérienne 125 d’Istres, l’un des maillons de la dissuasion nucléaire, il avait tenté d’apaiser le malaise des troupes en renouvelant son audacieuse promesse de «porter le budget de la défense à 2 % du PIB en 2025». En 2018, a-t-il promis, «le budget des armées sera porté à 34,2 milliards d’euros», soit une rallonge de 1,8 milliard d’euros. Mais pour porter le budget à 2 % du PIB à l’horizon 2025, c’est un saut de géant d’environ 50 milliards d’euros qu’il va falloir accomplir et que la plupart des spécialistes jugent inatteignable au vu des contraintes budgétaires européennes de la France, et avec les règles de calcul actuelles du déficit public.

Dans son interview au JDD, Florence Parly, qui sera reçue mardi à l’Elysée, reprend à son compte la ligne fixée par Emmanuel Macron. En tant que nouveau chef d’état-major, le généralFrançois Lecointre est le «responsable opérationnel» des armées et à ce titre «aura toute latitude pour venir s’exprimer devant les commissions» parlementaires, précise-t-elle. «Mais sur les sujets budgétaires, ajoute-t-elle, c’est au ministre de s’exprimer devant les élus, car ce n’est pas la commission qui prépare le budget mais le gouvernement, comme le prévoit la Constitution.» Malgré toute la diplomatie déployée par la ministre pour tenter de calmer la crise, il n’est pas sûr qu’un dégel de 1,2 milliard opportunément annoncé et qui aurait de toute façon eu lieu suffise pour réchauffer des relations pour le moins refroidies ces dernières semaines entre les militaires et le pouvoir politique.

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Natacha Polony : «Pas de démocratie sans souveraineté militaire» (21.07.2017)


Publié le 21/07/2017 à 15h58

LA CHRONIQUE DE NATACHA POLONY - Ceux qui, depuis des décennies, utilisent le budget de la défense comme variable d'ajustement répondent à deux principes idéologiques. Le premier est un mépris profond pour l'industrie. Le second est une indifférence totale à l'idée de souveraineté.
Le premier devoir de l'État est de protéger les citoyens. C'est à cette condition qu'ils renoncent à une part de leur liberté pour accepter les règles communes. Le pouvoir que confère la Ve République au président élu au suffrage universel, en faisant de lui non seulement le chef des armées mais le seul chef d'État pouvant décider seul d'une opération militaire, a une contrepartie. Elle s'appelle la démocratie. C'est-à-dire le devoir pour le président de respecter à la fois la France et le peuple français. La France comme nation, produit d'une histoire et incarnation géographique et politique de valeurs, et le peuple français comme volonté rassemblée.

La démission du chef d'état-major des armées après le différend qui l'a opposé à Emmanuel Macron sur les questions budgétaires nous rappelle qu'avant de jouer au chef des armées et de prétendre incarner une quelconque verticalité un chef d'État doit s'interroger sur la nature de ce mot, pourtant distillé par le même Emmanuel Macron, dans son discours du 3 juillet devant le Congrès: souveraineté.

Le budget militaire a été divisé par deux en trente ans, à 1.6% du PIB

Nous sommes en guerre. C'est du moins ce que le gouvernement actuel comme le précédent disent avoir bien compris. 250 Français sont morts depuis 2015 sur le territoire de la France, au nom d'une idéologie qui prône notre disparition en tant qu'entité politique et sociale. Certes, la récente campagne présidentielle semblait avoir relégué cette effroyable réalité au rang d'un élément de décor plutôt flou, mais les Français, eux, ne l'ont pas tout à fait oubliée. Et c'est sans doute l'une des raisons principales qui les incitent à accepter un pouvoir vertical, la figure d'un chef qui les protégera et fera perdurer cette nation.

La démission du chef d'état-major des armées, Pierre de Villiers, homme d'une qualité rare, mêlant l'honneur et la vision, est dommageable.

Parmi les promesses de campagne du candidat Macron, censées montrer qu'il avait pleinement conscience de cet enjeu, celle de porter le budget de la défense à 2 % du PIB d'ici à 2025 était la clef de voûte. Vis-à-vis des électeurs, celle d'un service national obligatoire d'un mois, sorte de gadget improbable disparu dans les limbes aussitôt l'élection passée, plutôt qu'un véritable service à la fois civique et militaire d'une durée d'au moins six mois, avec deux mois de classes et la promesse d'une formation décente, suggérait déjà que ces questions relevaient de la pure communication. Mais les militaires, n'ayant aucune envie de voir revenir les appelés, ne s'en étaient pas émus. Le budget, au contraire, est logiquement pour eux le nerf de la guerre. Il faut dire qu'il a été divisé par deux en trente ans, à 1,6 % du PIB, alors que les États-Unis consacrent 3,5 % à leur défense (plus de 600 milliards de dollars), et la Russie 4,5 %. L'Arabie saoudite elle-même a un budget double de celui de la France. Pourquoi? Parce que ces pays entendent ne dépendre de personne pour préserver leurs intérêts vitaux, et avant tout la sécurité de leurs citoyens.

Ceux qui, depuis des décennies, utilisent le budget de la défense comme variable d'ajustement répondent à deux principes idéologiques. Le premier est un mépris profond pour l'industrie - celle de l'armement, qu'on le déplore ou non, est une des rares que la France ait pu sauver - qui explique qu'ils aient laissé détruire plus d'un million d'emplois industriels sur les quinze dernières années alors que ce sont les emplois les plus porteurs de valeur ajoutée. Le second est une indifférence totale à l'idée de souveraineté, qui est pourtant le fondement même de la démocratie.

La souveraineté de la France et de l'Europe vaut plus qu'une manifestation d'autorité d'un président rappelant aux militaires qu'il est le chef

Comme à chaque nouvelle mandature, le budget de la défense est sacrifié à un impératif et un seul, l'unique impératif reconnu par les hauts fonctionnaires de Bercy: celui imposé par la Commission européenne de respecter la règle des 3 %. Un impératif bien plus essentiel pour eux que celui de respecter le mandat accordé par le peuple français. Et puis, pourquoi préserver des armées si coûteuses, une dissuasion nucléaire qui est un gouffre, alors que nous pouvons bénéficier d'une défense commune dans l'Otan et habiller cela du nom de défense européenne?

Après les attentats du 13 novembre 2015, François Hollande avait fini par envisager ce que proposaient depuis plusieurs années quelques esprits lucides: demander que notre budget de défense soit sorti des critères de calcul du déficit, puisque la France remplit depuis des années une mission de service public européen en maintenant une armée qui bénéficie à tous les membres de l'Union. Ce n'est qu'un pas. La France, pour protéger ses concitoyens et remplir le rôle historique qui est le sien, devrait proposer à ses partenaires qu'une Europe indépendante soit la condition de la prolongation des traités. Indépendante, c'est-à-dire maîtrisant sa défense, sans dépendre des États-Unis. Indépendante, c'est-à-dire assumant sa souveraineté numérique. C'est-à-dire, enfin, libre de son approvisionnement énergétique alors que les États-Unis utilisent les sanctions envers la Russie pour obliger les Européens à se tourner vers son gaz de schiste.

La démission du général, Pierre de Villiers, homme d'une qualité rare, mêlant l'honneur et la vision, est dommageable, mais elle est surtout un symptôme. La souveraineté de la France et de l'Europe vaut plus qu'une manifestation d'autorité d'un président rappelant aux militaires qu'il est le chef. Car le président ne tient son autorité que du mandat que lui ont accordé les Français pour traduire leur volonté souveraine et la perpétuation de la France comme nation.

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Longuet sur Castaner : «Macron ne peut sous-traiter une grave crise militaire à un ministre débutant» (21.07.2017)



Publié le 21/07/2017 à 16h30

TRIBUNE - L'ancien ministre de la Défense, sénateur de la Meuse (LR), considère que les propos de Christophe Castaner sur Pierre de Villiers rappellent qu'au fond de la crise il y a soit un manque de savoir-faire gouvernemental, soit un abandon de la parole donnée par le président lors du renouvellement du général à la tête des armées.

La charge du ministre Christophe Castaner est aussi malvenue que dangereuse pour le président Macron. Elle relance une polémique que, dans l'intérêt de tous, il eût été judicieux d'apaiser. C'est le choix inverse qu'opère l'exécutif, et l'on imagine mal que M. Castaner ait fait seul ce choix.

Pourquoi diable le président décide-t-il de nourrir cette crise qui ouvre bien inutilement un fossé entre l'armée, et avec elle l'opinion française dans sa majorité, et l'exécutif, gouvernement et président naturellement solidaires?

Sur le fond, il est certain et parfaitement établi que le niveau d'engagement de nos armées sur le sol national comme dans les Opex exige la mobilisation totale des moyens financiers votés par le Parlement dans le cadre de la loi de finances. Or, l'annonce unilatérale, et manifestement sans débat interne au gouvernement, par M. le Ministre Gérard Darmanin d'une nouvelle réduction de 855 millions d'euros après le gel de près de 2,4 milliards décidé à la fin du mandat de François Hollande remet en cause tout le crédit du ministre de la Défense auprès de ses troupes. Mais pour les troupes, c'est bien le CEMA (chef d'état-major des armées) qui est le garant de la disponibilité des moyens nécessaires aux missions. Sa tâche est d'autant plus difficile que, contrairement à d'autres ministères où les salaires représentent 98 % des budgets - c'est le cas par exemple de l'Éducation nationale -, à la Défense, les «consommables», la maintenance, les investissements représentent, de mémoire, plus de la moitié du budget. Ces postes sont la cible préférée de Bercy, qui juge que les militaires peuvent reporter, différer, diminuer sans limite ou presque ces lignes budgétaires. Or, parce que nos militaires sont engagés, ces trois postes ne peuvent plus - ils l'ont souvent été par le passé - faire l'objet de réduction ou de gel. Mme le Ministre Florence Parly ne s'est pas exprimée, ce qui nous garantit qu'elle n'a pas été écoutée. Édouard Philippe est aussi muet. C'est donc un transfuge de la droite - horresco referens - qui annonce tranquillement la nouvelle, désavouant publiquement un CEMA. Le connaissant bien, je ne puis imaginer une seule seconde qu'il ait accepté cette prolongation en juin dernier sans garanties budgétaires. Je l'ai pratiqué comme major général (sorte de directeur général et directeur financier de nos armées): pas un entretien avec lui qui n'ait été consacré, pour partie, aux moyens matériels dont les soldats ont un absolu besoin. Emmanuel Macron, comme Mme Parly, savait que ce nouvel abattement était impossible, sans doute contraire à l'esprit des conditions qui ont dû présider à la prolongation du CEMA. Premièrement, une clarification s'impose sur les conditions de l'acceptation du mandat.

Le CEMA devient pour En marche ! un bouc émissaire fédérateur

Ensuite le fonctionnement du gouvernement et de sa majorité pose un problème majeur. Quand et dans quelles conditions cet arbitrage meurtrier pour les finances de l'armée a-t-il été rendu? En un mot, qui le savait avant que Darmanin l'annonce? En tous les cas, pas le CEMA, qui se pensait «sanctuarisé», ni sans doute le président En marche! de la commission de la défense. Sinon, il aurait géré autrement l'audition de ce haut militaire. Car fût-il CEMA, tout haut fonctionnaire doit accepter une convocation, et, à cette occasion, doit communiquer la vérité des chiffres et de leurs conséquences aux élus de la nation. Manque d'expérience, amateurisme ou cynisme de la part de la majorité parlementaire, il va falloir dénouer l'écheveau. Car le CEMA devient pour En marche! un bouc émissaire fédérateur. Silencieux, il aurait conduit sans doute les députés de la commission de la défense à interroger les ministres compétents et la crise serait devenue gouvernementale. Franc et direct, Pierre de Villiers sert de paratonnerre et Castaner veut lui faire endosser la responsabilité de la crise, qui pourtant ne procède que du seul changement d'orientation, voulu par le président et annoncé par Darmanin.

Dernier point enfin, la réaction considérée comme excessive du président Macron. Oui, en effet, le recadrage médiatique du 13 juillet a été ressenti par les militaires comme un déni des réalités qu'ils endurent. Il est de toute façon contre-performant pour le chef de l'État qui n'a pas besoin de rappeler qu'il est un «chef», plus que tous les autres Français, le militaire le sait.

À charger l'ancien CEMA, M. Castaner dessert le président en rappelant qu'au fond de la crise il y a, au mieux, un manque de savoir-faire gouvernemental dans la conduite des arbitrages, au pire un abandon de la parole donnée lors du renouvellement il y a quelques semaines du général de Villiers. L'engagement de nos forces mérite, y compris dans un contexte budgétaire difficile, un engagement personnel du président qui ne peut sous-traiter à un ministre débutant une décision et donc son annonce, qui relèvent l'une et l'autre du seul niveau présidentiel.

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À Istres, les applaudissements tièdes des militaires pour Emmanuel Macron (21.07.2017)


Mis à jour le 21/07/2017 à 09h30

REPORTAGE - Après la démission du général Pierre de Villiers, le président de la République s'est rendu jeudi sur la base militaire d'Istres. Dans le même temps, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a vivement critiqué l'ancien chef d'état-major des armées.

De notre envoyé spécial à Istres

Le convoi du président sort de la «zone rouge», ce jeudi 20 juillet. Le périmètre ultraprotégé qui abrite, au sein de la base aérienne BA125, les têtes de missile de la dissuasion nucléaire. Sortant de sa voiture, Emmanuel Macron s'avance à pied sur le tarmac inondé de soleil. Il passe entre les carlingues sombres de deux C135, avions de transport. Il s'approche d'une centaine de militaires, rassemblés pour l'occasion au milieu de la piste. Flanqué du nouveau chef d'état-major des armées, le général François Lecointre, Emmanuel Macron affiche fièrement le nouveau duo de la chaîne de commandement. La ministre des Armées, Florence Parly, suit, quelques mètres derrière.

Le calendrier tombe à point nommé. Cette visite était prévue de longue date. Elle fait partie d'une tournée des lieux stratégiques. Le 4 juillet, le président s'était rendu sur la base de sous-marins de l'Ile-Longue. Sauf que cette nouvelle rencontre revêt cette fois un sens bien particulier, dans le contexte de la démission du général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées (Cema).

Juché sur une petite estrade, le président de la République s'empresse de rassurer des troupes encore sonnées par la crise de ces derniers jours. De les cajoler. De flatter leur fierté. «Je suis très content d'être là. Je tenais à vous remercier pour l'accueil que vous m'avez réservé.» Il insiste sur son «estime», sa «confiance», le rôle fondamental de la mission de ces soldats, qui l'écoutent poliment. Il promet de mieux prendre en considération la place des familles des soldats. Et annonce, pour cet automne, une remise à plat de la «stratégie opérationnelle» des armées.

Pendant l'allocution, les militaires observent de près leur nouveau patron, silhouette longiligne et chevelure blanche. Le général Lecointre se tient debout derrière l'orateur. Il affiche un visage impassible, le regard droit, indéchiffrable. Peut-être fixe-t-il l'avion Awacs avec sa tour de contrôle et les Mirage 2000 qui sont stationnés. «Mon général, lui lance le président, je veux saluer votre exceptionnelle carrière opérationnelle.»Le quatre-étoiles s'est notamment illustré pendant le conflit au Kosovo. Au passage, Macron rend hommage à son prédécesseur: «Le général de Villiers a souhaité passer la main. C'est son choix», enchaîne le président, saluant «un grand soldat».

Des paroles apaisantes, qui ne doivent pas faire illusion. En coulisses, l'exécutif n'a guère apprécié de voir le Cema claquer la porte avec fracas. Quand le général a remis sa démission une première fois, lundi 16 juillet, l'Élysée lui a demandé de bien vouloir patienter «48 heures». Histoire de trouver le nom de son remplaçant. Ce qui a été le cas, le 19 juillet. Mais le communiqué de démission et le mot d'adieu sur Facebook du général Pierre de Villiers ne semblent pas avoir été appréciés. «Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission», s'insurge le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner.

Mécontent, le ministre poursuit sa charge: «Son départ n'a rien à voir avec son audition par la commission de la défense, le 12 juillet, même si Pierre de Villiers aurait pu s'imaginer que ses propos allaient fuiter, à moins de manquer d'expérience.» Et d'ajouter: «C'est son comportement qui a été inacceptable. On n'a jamais vu un Cema s'exprimer via un blog, ou faire du off avec des journalistes ou interpeller les candidats pendant la présidentielle, comme cela a été le cas. Il s'est comporté en poète revendicatif (sic). On aurait aimé entendre sa vision stratégique et capacitaire plus que ses commentaires budgétaires.»

À Istres, en tout cas, le président s'est voulu rassurant, y compris sur la question brûlante du budget des armées. «Je ne laisserai personne dire que tel ou tel choix budgétaire se fait aux dépens de forces, de votre quotidien, de votre sécurité, c'est faux.» Emmanuel Macron ne remet pas en cause, pour autant, les 850 millions de coupes budgétaires prévues pour cette année. Cependant, il assure que la pression sera moindre l'an prochain. Dès 2018, «nous augmenterons notre effort de défense». Le budget montera à «34,2 milliards d'euros». «Cette augmentation dans une année où aucun autre budget que celui des armées ne sera augmenté est inédite», précise le locataire de l'Élysée. Une petite phrase qui ne devrait pas passer inaperçue dans les autres ministères… En voulant rassurer la «grande muette», Emmanuel Macron prend le risque d'allumer d'autres foyers d'inquiétude…

Le discours se termine. Quelques applaudissements sans enthousiasme retentissent. La Marseillaise retentit. Emmanuel Macron salue quelques militaires, puis remonte en voiture. Pendant ce temps, le pupitre du président et les drapeaux officiels sont chargés sur un chariot de l'armée, qui file vers un hangar. Les soldats retournent à leur poste. En quelques instants, la piste s'est vidée. Un militaire glisse: «On ne siffle pas notre chef. C'est notre chef, on le respecte.»

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Après la charge de Castaner contre Villiers, la polémique repart de plus belle (21.07.2017)


Par Marcelo Wesfreid Mis à jour le 21/07/2017 à 13:26 Publié le 21/07/2017 à 13:09
LE SCAN POLITIQUE - Le porte-parole du gouvernement n'a pas mâché ses mots contre le général Pierre de Villiers, qu'il accuse d'avoir «mis en scène sa démission».

Alors que le chef de l'État, en visite hier sur la base aérienne de dissuasion nucléaire d'Istres, essayait tant bien que mal d'apaiser l'ire des militaires, après la démission du général Pierre de Villiers du poste de chef d'état-major des armées (cema), le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner n'a pas mâché ses mots, dans des déclarations au Figaro.

«Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission», déplore Castaner. Manifestement, la lettre d'adieu du général sur Facebook, ainsi que la teneur de son communiqué de départ, n'ont pas été appréciés. L'exécutif avait demandé au général de patienter en silence pendant deux jours avant de rendre public sa décision, afin de lui trouver un remplaçant. Le nom de François Lecointre a été officialisé le mercredi 19 juillet, en conseil des ministres.

«Le départ de Pierre de Villiers n'a rien à voir avec son audition par la commission de la Défense, le 12 juillet, même si Pierre de Villiers aurait pu s'imaginer que ses propos allaient fuiter, à moins de manquer d'expérience», a confié le porte-parole du gouvernement. Et d'ajouter: «C'est son comportement qui a été inacceptable. On n'a jamais vu un chef d'état-major s'exprimer via un blog, ou faire du off avec des journalistes ou interpeller les candidats pendant la présidentielle, comme cela a été le cas. Il s'est comporté en poète revendicatif. On aurait aimé entendre sa vision stratégique et capacitaire plus que ses commentaires budgétaires». Christophe Castaner évoque également «la confiance réciproque» qui a fait défaut dans la relation entre l'ancien Cema et le président de la République.

Les propos cinglants du porte-parole du gouvernement, par ailleurs connu pour sa proximité avec Emmanuel Macron, n'ont pas tardé à faire réagir la classe politique. Le secrétaire général du Front national Nicolas Bay a vivement réagi sur France Info: «Castaner tente de jeter l'opprobre sur le général De Villiers qui à aucun moment n'est sorti de son devoir de réserve.» Même tonalité pour Florian Philippot, interrogé ce matin sur BFMTV: «Le gouvernement continue d'humilier cet homme, ce très grand soldat». Chez les Républicains, l'ancien ministre Thierry Mariani a tweeté des propos «mesquin, indécent, déplacé»

De son côté, le PS n'a pas tardé à réagir dans un communiqué: «Visiblement furieux que personne ne soit venu en appui de sa stratégie d'humiliation publique, l'Elysée envoie «son» porte-parole délivrer le fond de la pensée présidentielle. Le «en même tempisme» est peut-être un mode efficace de conquête du pouvoir. Mais il ne se prête clairement pas à son exercice. Décidément, cet épisode n'aura grandi personne

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La charge de Castaner contre Pierre de Villiers (21.07.2017)


Mis à jour le 21/07/2017 à 09:22

«Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission», s'insurge auprès du Figaro le porte-parole du gouvernement, évoquant un comportement de «poète revendicatif».

En coulisses, l'exécutif n'a guère apprécié de voir le chef d'état-major des armées claquer la porte avec fracas, explique notre journaliste Marcelo Wesfreid. Le communiqué de démission et le mot d'adieu sur Facebook du général Pierre de Villiers ne semblent pas avoir été appréciés. «Le chef d'état-major a été déloyal dans sa communication, il a mis en scène sa démission», s'insurge le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner.

Mécontent, le ministre a poursuivi sa charge, expliquant que Pierre de Villiers s'est comporté «en poète revendicatif».



Les conditions de vie dégradées des militaires, épinglées par le Sénat (20.07.2017)

Par Alexis Feertchak Publié le 20/07/2017 à 20:35
En pleine crise entre les armées et l'exécutif depuis la récente démission du Général de Villiers, un rapport parlementaire de la commission des Finances dénonce l'état des infrastructures militaires, avec des logements «proches de l'insalubrité».

Le dernier rapport de la commission des Finances du Sénat sur le parc immobilier des armées ne devrait pas apaiser la crise incarnée par la démission du Général Pierre de Villiers, ancien chef d'état major des armées, qui reprochait à l'exécutif de nouvelles restrictions budgétaires, à hauteur de 850 millions d'euros. Rapporteur du texte, le sénateur LR d'Ille-et-Vilaine, Dominique de Legge, tire la sonnette d'alarme car «force est de constater que l'état moyen des infrastructures ne cesse de se dégrader».


C'est en particulier le cas des installations qui concernent le quotidien des soldats. «Lorsque les hébergements existent, leur état apparaît souvent extrêmement dégradé, voire proche de l'insalubrité», écrit le sénateur. Un vocabulaire très cru qui résonne avec les critiques émises par le Général Pierre de Villiers devant les députés de la commission de la Défense quand il déclarait: «Je ne pourrai plus regarder mes gars dans les yeux si on réduit encore nos moyens».

Dans le détail, le diagnostic varie considérablement en fonction des différentes installations: bases navales et aéronavales, plateformes aéronautiques, champs de manœuvres, champs de tir, équipements culturels, sportifs, d'enseignement, cimetières, monuments historiques, infrastructures de communication, entrepôts logistiques, immeubles de bureaux et d'habitation, etc. Le patrimoine immobilier des armées s'étend sur près de 275.000 hectares et représente 27% de la valeur totale du parc immobilier de l'État.

‘Des bâtiments entiers inutilisables'

Vitrines technologiques, certains lieux sont plus privilégiés, à l'image des simulateurs de vol ou des hangars destinés à accueillir les avions de transport A400M ou les blindés VBCI. Mais derrière cette façade, «l'intendance ne peut plus suivre». Le découpage des crédits budgétaires est éloquent. «La part des dépenses consacrées aux programmes d'infrastructure majeurs et celle consacrée aux opérations technico-opérationnelles (pistes de base aérienne, quai de port militaire) devraient passer de respectivement 13,5% et 13,8% en 2015 à 32,1% et 22,26% en prévision 2017». Dans le même temps, «la part des dépenses consacrées aux opérations non-opérationnelles (hébergement, restauration, ...) devrait passer de 9,57% à 6,54%».


Des chiffres qui se traduisent amèrement dans la vie quotidienne des soldats, comme le raconte le sénateur Dominique de Legge: «Lors de [mon] déplacement sur la base aérienne d'Orléans, des bâtiments entiers dédiés au logement étaient inutilisables en raison de leur insalubrité résultant d'un défaut de maintenance régulière (...) De même, bien que d'importants travaux aient été entamés, certains dortoirs du lycée militaire d'Autun ou logements du camp du 2e régiment d'infanterie de marine du Mans apparaissent très dégradés et les conditions sanitaires ne correspondent plus aux standards actuels de confort».

Pourtant, les problèmes liés à la condition de vie des militaires ne sont pas insurmontables. «Dans de nombreux cas, un entretien courant suffisant aurait pu permettre d'éviter de telles situations», écrit ainsi l'élu d'Ille-et-Vilaine, qui précise: «Des opérations mineures, telles que l'installation d'un réseau internet sans fil dans l'ensemble des lieux d'hébergement, seraient de nature à améliorer significativement le quotidien des soldats».

Des besoins immobiliers non financés de 2,5 milliards d'ici six ans

La situation dégradée du patrimoine immobilier n'est pas sans conséquence, notamment pour l'attractivité des métiers de la défense et le moral des militaires, déjà entamé en raison de la très forte suractivité auxquels ils sont soumis dans le contexte de lutte contre le terrorisme, à l'extérieur comme à l'intérieur des frontières nationales. Le rapport parlementaire note néanmoins une amélioration de la situation du personnel engagé dans l'opération «Sentinelle», même si la vigilance reste de rigueur: «Leurs conditions d'hébergement demeurent rudimentaires, les travaux réalisés ont permis d'améliorer significativement la situation et d'approcher les normes fixées par l'état-major des armées», avec un espace de 5 m² par militaire et un ratio d'une douche pour 10 soldats.

Le texte de 90 pages, encore provisoire, est également sévère lorsqu'il aborde les questions financières. Premier constat, les armées ne peuvent plus faire reposer leur équilibre budgétaire sur des «ressources exceptionnelles» mais «incertaines» comme la cession de certains terrains et bâtiments, d'autant que le contexte sécuritaire change la donne. Le rapport pose en particulier la question de l'opportunité de la cession du Val-de-Grâce alors que les armées manquent d'une emprise parisienne suffisante.


Quant aux 2% du PIB consacrés au budget de la Défense promis par Emmanuel Macron, ils apporteraient certes de l'«oxygène» à la condition néanmoins que les infrastructures ne soient pas «sacrifiées» au profit de dépenses d'équipements stratégiques jugées prioritaires. Cet objectif du quinquennat n'est donc en rien la panacée pour garantir de bonnes conditions de vie au personnel des forces armées, d'autant plus que «les besoins immobiliers non-financés sont estimés à plus de 2,5 milliards d'euros sur les six années à venir». «La moitié de cette somme était déjà connue lors de l'élaboration de la loi de programmation militaire pour les années 2014-2019, mais avait été écartée pour respecter le cadrage financier», rapporte le sénateur, qui prévient: «Les crédits in fine consommés apparaissent systématiquement supérieurs à l'enveloppe inscrite en loi de finances initiale. Votre rapporteur spécial s'interroge donc sur le caractère volontaire de la sous-budgétisation des dépenses consacrées à l'infrastructure». La question de l'«insincérité», terme employé par la Cour des Comptes dans son dernier rapport annuel sur le dernier budget du quinquennat Hollande, est à mi-mot posée.

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La Défense espère limiter l'impact des coupes budgétaires (20.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec ReutersMis à jour le 20/07/2017 à 21:04 Publié le 20/07/2017 à 21:00

La ministre des Armées, Florence Parly, a assuré ce jeudi que les 850 millions d'euros d'économies demandées à la Défense en 2017 n'auraient pas d'impact sur les opérations militaires en cours. Comme l'a confirmé Emmanuel Macron, le budget de la Défense sera amputé cette année pour permettre à la France de respecter son engagement de ramener son déficit à 3% du PIB.

Une décision à l'origine de la démission du chef d'Etat-major des armées, le général Pierre de Villiers, remplacé mercredi par le général François Lecointre. La Défense pourra ensuite bénéficier l'an prochain d'une augmentation de crédits, avec l'objectif de porter ses ressources à 2% du PIB en 2025, a rappelé le chef de l'Etat jeudi à Istres, dans les Bouches-du-Rhône.

"Je m'engage à ce qu'il n'y ait pas d'impact pour le quotidien de nos armées en 2017 et je m'engage à ce qu'il n'y ait pas d'impact pour nos forces opérationnelles", a déclaré Florence Parly sur TF1.

Selon une source gouvernementale, la ministre espère le déblocage rapide d'une partie d'une réserve de 1,9 milliard d'euros gelée pour l'exercice en cours au titre des régulations annuelles. Parmi les économies pouvant être réalisées, cette même source cite une réduction des versements aux organismes internationaux, qui représentent chaque année plusieurs centaines de millions d'euros.

Outre des économies de gestion, le gouvernement espère aussi bénéficier de la renégociation de certains contrats avec des industriels de l'armement ou décaler certains programmes. "Nous travaillons aujourd'hui sur le lissage d'un certain nombre de paiements ou de livraisons de programmes d'équipement de long terme", a expliqué Florence Parly.


La Direction générale de l'armement (DGA), qui achète pour quelque 10 milliards d'euros de matériels par an et l'état-major des armées sont à l'oeuvre pour identifier les programmes qui seront touchés.

Macron: «aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté» (20.07.2017)

Mis à jour le 20/07/2017 à 15:14


Emmanuel Macron a multiplié, aujourd'hui, les hommages aux militaires, assurant qu'il voulait que les armées aient "les moyens de leurs missions" et soulignant qu'"aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté" en 2018.

"Je veux que vous ayez les moyens de vos missions", a déclaré le chef de l'État dans une adresse prononcée à la base aérienne d'Istres, dans les Bouches-du-Rhône, réaffirmant que le budget de la Défense sera porté à 34,2 milliards d'euros en 2018 et précisant qu'"aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté" cette année-là. Quant aux polémiques sur les économies demandées en 2017 ayant conduit à la démission hier du chef d'état-major Pierre de Villiers, "nous méritons collectivement mieux qu'un tel débat", a dit le président.

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Le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées, a démissionné (19.07.2017)
Par Alain Barluet Mis à jour le 19/07/2017 à 12:48 Publié le 19/07/2017 à 09:28


PORTRAIT - Tancé publiquement par le chef de l'État, il était en désaccord sur les coupes dans le budget de la Défense. Il a annoncé sa démission mercredi matin.

Sa situation devenait intenable. Tancé publiquement à deuxreprises par le chef de l'État, dans les jardins de l'hôtel de Brienne, à la veille du 14 Juillet, et à nouveau dans les colonnes du Journal du dimanche, le général Pierre de Villiers a été contraint de lâcher les rênes de l'état-major des armées (EMA) mercredi matin, alors même qu'il venait d'être prolongé à son poste jusqu'en juillet 2018. Dans un communiqué, il déclare «ne plus être en mesure», «dans les circonstances actuelles», «d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel [il croit] pour garantir la protection de la France et des Français».

Communiqué de presse du général de Villiers publié par LeFigaro : 

Communiqué du général d’armée Pierre de Villiers 19 juillet 2017  
J’assume les responsabilités de chef d’état-major des armées depuis trois ans et demi. Je suis pleinement conscient de l’honneur qui m’est fait, de la confiance qui m’a été accordée et des devoirs qui sont attachés à cette fonction.  
J’ai toujours veillé, depuis ma nomination, à maintenir un modèle d’armée qui garantisse la cohérence entre les menaces qui pèsent sur la France et sur l’Europe, les missions de nos armées qui ne cessent d’augmenter et les moyens capacitaires et budgétaires nécessaires pour les remplir. 
Dans le plus strict respect de la loyauté, qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité.  
Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. Par conséquent, j’ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au Président de la République, qui l’a acceptée. 
J’éprouve une vraie reconnaissance envers nos soldats, nos marins et nos aviateurs avec lesquels j’ai partagé ma vie, pendant quarante-trois années, au service de la nation, en toute sincérité. Je sais pour les connaître qu’ils continueront à assurer la mission aux ordres de mon successeur avec autant de détermination et de fidélité.
Je reste indéfectiblement attaché à mon pays et à ses armées. Ce qui m’importera, jusqu’à mon dernier souffle, c’est le succès des armes de la France.  
                                                                  Général d’armée Pierre de Villiers

Né en juillet 1956 en Vendée, frère de l'homme politique Philippe de Villiers, Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon aura placé ses trois années et demie en tant que chef d'état-major des armées (Cema) sous le signe d'une défense opiniâtre des budgets de la défense. Une cause plus qu'honorable - le pays n'est-il pas «en guerre» contre le terrorisme? - qui aura néanmoins été fatale à son héraut. Pris ces derniers jours dans un maelström politico-médiatique, à la suite de propos tenus à huis clos, le général s'est trouvé confronté à l'autorité d'un jeune président de la République désireux d'affirmer sa prééminence à la tête des armées.

Le général Pierre de Villiers connaît à fond les rouages de la Défense

Saint-Cyrien (promotion capitaine Henri Guilleminot, 1975), issu de l'arme blindée cavalerie, Pierre de Villiers a servi notamment en 1999 au Kosovo - où il a commandé pendant cinq mois le bataillon mécanisé de la brigade Leclerc - et en 2006-2007 en Afghanistan. Il passe ensuite deux ans à Matignon comme chef du cabinet militaire de François Fillon. En mars 2010, le poste de chef de l'état-major du président de la République lui est promis, avant que Nicolas Sarkozy ne revienne brutalement sur sa décision, lui préférant le général Benoît Puga. Pierre de Villiers, pour qui comptent la parole donnée et le respect des formes, en est fort affecté. Sa nomination comme Cema, en février 2014, apparaît comme un juste retour des choses.

Auparavant, c'est lui qui, de 2010 à 2014, aura fait «tourner la boutique», en tant que major-général - numéro deux de l'EMA. Il connaît à fond les rouages de la Défense et doit accompagner la réduction des budgets et des effectifs prévus dans la loi de programmation militaire (LPM). Sans plaisir et avec une grande vigilance. «Le costume est taillé au plus juste», a-t-il coutume de dire, en guise de mise en garde. Et quand le seuil d'alerte est franchi, il monte en ligne…

Ainsi, en mai 2014, l'annonce par Bercy de coupes budgétaires, dans le cadre d'un plan d'économie de 50 milliards d'euros, suscite une démarche rarissime : le Cema et les chefs d'état-major d'armées (terre, air, marine) menacent de démissionner. Une initiative approuvée, sinon encouragée, par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, alors en plein bras de fer avec Michel Sapin, son collègue de l'Économie et des Finances. François Hollande arbitre alors en faveur de la Défense. Cette guérilla rapproche le Cema et le ministre breton. Deux profils et deux styles fort différents, mais qui se retrouvent sur les moyens dus aux armées. Éminemment loyal, le général de Villiers termine systématiquement chacune de ses interventions en célébrant «les armes de la France».

«L'accélération du tempo des engagements et la multiplication des crises mettent notre modèle complet d'armée sous tension et l'usent»

Général Pierre de Villiers

Les attentats terroristes de 2015 bouleversent la donne. Les Français comprennent que la période des «dividendes de la paix», ouverte après la chute du Mur, n'est plus de saison. Impossible de baisser la garde. Le général de Villiers dirige les opérations sur tous les fronts. Avec 30.000 militaires déployés, les armées françaises combattent le djihadisme, au Sahel, au Levant, mais aussi sur territoire national, avec «Sentinelle», un dispositif de 10.000 hommes mis en place en quelques jours, fin janvier 2015. Une actualisation de la LPM, en 2015, et les mesures décidées lors d'un conseil de défense, en avril 2016, mettent fin à la déflation des effectifs et des budgets de la Défense qui prévalait depuis plusieurs décennies.

Le général de Villiers ne cessera néanmoins d'alerter sur la fragilité de cette «remontée en puissance» à peine amorcée et sur la nécessité d'en poursuivre l'effort dans la durée. «L'accélération du tempo des engagements et la multiplication des crises mettent notre modèle complet d'armée sous tension et l'usent», avertit le général de Villiers, dans le quotidien Les Échos, en décembre dernier. «Tout le monde l'a compris : on ne gagne pas une guerre sans effort de guerre», ajoutait-il. Dans le même temps, face au risque de voir s'éterniser l'opération «Barkhane» au Sahel, il prône une démarche de développement et de sécurité globale, car «gagner la guerre ne suffit pas pour gagner la paix».

Le Cema enfourche aussi un autre cheval de bataille: porter à 2 % la part du PIB consacrée à la défense en 2022, contre 1,78 % actuellement. Y renoncer, plaide-t-il devant les parlementaires en février 2017, «ce serait le désengagement opérationnel, rendu inéluctable par le manque de moyens (…), ce serait accepter de peser de façon moins déterminante sur la protection des Français, (…) ce serait laisser à d'autres le soin d'influer sur les grands équilibres internationaux». Pas plus tard que le 14 juillet dernier, dans une chronique publiée dansLe Figaro, il déplorait le «grand écart» entre les missions et les moyens. «Notre liberté d'action souffre déjà, ponctuellement, écrivait-il. C'est le cas, par exemple, à chaque fois qu'une opération doit être différée, voire annulée, faute de moyens disponibles…»

Pierre de Villiers devait théoriquement quitter son poste le 31 juillet

Pour atteindre l'objectif, «l'effort à consentir est globalement de 2 milliards par an», estime-t-il, évaluant à 35 milliards d'euros les besoins des armées en 2018 (contre 32,7 milliards en 2017). L'année prochaine constitue, selon lui, une «marche» décisive à franchir, pour aller de manière réaliste vers les 2 %. Faute d'être entendu, le Cema «en tirera les enseignements», souligne une note de l'EMA. En interne, il n'a pas que des soutiens, certains grands chefs estimant même qu'«il va trop loin».

Pierre de Villiers devait théoriquement quitter son poste le 31 juillet. Emmanuel Macron lui demande de rester un an de plus et lui promet de ne pas amputer le budget de la Défense, relate une bonne source. «Je ne suis pas un lapin de six semaines», a l'habitude de dire le Cema, courtois et posé, mais sachant être direct, notamment lorsqu'il s'agit de dénoncer les chausse-trappes de Bercy.

Le 12 juillet, interrogé par des députés lors d'une audition à huis clos, il exprime sans détour son intention de ne pas «se faire baiser» par les zélotes du Budget. Le propos enflamme le petit monde de la Défense. Visiblement irrité, le chef de l'État ne se privera pas de le faire savoir, sans ménagement, en invoquant le devoir de réserve et cette incontestable réalité: il ne saurait par nature y avoir le moindre désaccord entre le chef de l'État et le Cema. Dont acte.

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Démission du général Pierre de Villiers : les réponses à vos questions (19.07.2017)

Du profil de son successeur, plus « macroncompatible », aux réactions au sein de l’armée, Nathalie Guibert, journaliste au « Monde », fait le point.

LE MONDE | 19.07.2017 à 13h13 • Mis à jour le 19.07.2017 à 17h46


Le général Pierre de Villiers, chef d’Etat-major des armées, a démissionné, mercredi 19 juillet. Les critiques qu’il avait exprimées sur les coupes décidées par Bercy dans l’armée lui avait valu un recadrage public du président de la République. Il est remplacé par François Lecointre.
Nathalie Guibert, journaliste qui suit le secteur de la défense, a répondu à vos questions.

-Nico : Quel est le rôle du chef d’état-major des armées ?

Nathalie Guibert : Le chef d’Etat-major des armées (CEMA) est le conseiller militaire du gouvernement et il est responsable de la préparation et de l’emploi opérationnel des forces armées. Depuis un décret de 2013, il « assiste » le ministre de la défense, et, sous l’autorité du président de la République, « il assure le commandement des opérations militaires ». Ses fonctions, telles qu’elles existent aujourd’hui avec l’autorité sur les trois armées (air, terre, marine) ont été définies par De Gaulle en juillet 1962.

-Bouzink : Connaît-on le successeur ? Des noms ont-ils fuité ? Y a-t-il déjà eu une femme à ce poste ?

Nathalie Guibert : C’est le général François Lecointre, chef du cabinet militaire du premier ministre, qui le remplace. Et non, il n’y a jamais eu de femme au poste de CEMA. Il n’y a qu’une vingtaine d’officiers généraux féminins dans l’armée française. Les trois quarts d’entre elles sont dans la direction générale de l’armement et le service de santé des armées.

-Didop : Quel était le budget de la défense en 2015 et en 2016 ? De quel montant sera-t-il en 2017 ? Quels sont les engagements budgétaires pris par le candidat Macron pour son quinquennat ? Et par rapport au PIB, cela donne quoi ?

Nathalie Guibert : En 2017, le budget de la défense, tel qu’il a été voté, s’élève à 32,7 milliards d’euros (soit 1,78 % du PIB), en augmentation de 600 millions par rapport à 2016. Macron a promis 34,2 milliards pour 2018 et s’est engagé à atteindre 50 milliards d’euros en 2025. Cependant, la défense est confrontée à d’importants gels de crédits et le ministère est très endetté, donc ses objectifs ne sont pas absolument garantis pour l’heure. Le gouvernement a annoncé près d’un milliard d’euros de coupes immédiates dans le budget 2017 et Bercy a gelé 2,7 milliards de crédits.

-Nicothms : Pourrait-on craindre un mouvement d’opposition ou une réaction au sein de l’armée suite à cette démission ?

Nathalie Guibert : La réponse est clairement non quant à une éventuelle opposition. L’armée est extrêmement loyaliste et républicaine. En revanche, la démission de Pierre de Villiers provoque de très nombreuses réactions car il était, depuis trois ans et demi, un chef d’état-major très estimé.
Lire aussi :   Démission du chef d’état-major Pierre de Villiers, un fait sans précédent depuis 1958

-dr : Lorsque l’on dit de l’armée qu’elle est « la grande muette », que cela signifie-t-il concrètement ?

Nathalie Guibert : Cela signifie que l’armée obéit au pouvoir politique et se tient à une certaine réserve sur les sujets politiques. Cependant, non seulement il est du devoir du CEMA d’exprimer les besoins en hommes et en matériel de ses forces, mais il doit aussi délivrer une information sincère au pouvoir législatif. Le 12 juillet, Pierre de Villiers s’est exprimé à huis clos devant la commission de la défense. Ses propos ont fait l’objet d’une fuite.
 Lire aussi :   Démission du général Pierre de Villiers : entre Macron et les armées, récit d’une crise historique

-Simon DM : Quelles ont été les motivations de notre président pour des coupes budgétaires dans l’armée plutôt qu’ailleurs ? Les partis d’opposition sont-ils en net désaccord avec Macron à ce niveau ?

Nathalie Guibert : La communication gouvernementale dit que tous les ministères doivent faire des efforts. Mais le candidat Macron avait pris des engagements pour consolider les décisions prises par son prédécesseur, en 2016, après les attentats terroristes : nouveaux recrutements et équipements supplémentaires pour les armées afin d’assurer les opérations en cours. Les mesures de François Hollande qui coûteront 3 milliards d’euros sur 2017, 2018 et 2019 ne sont donc pas financées.

-Phil16 : En quoi le général Lecointre est-il davantage « Macroncompatible » ? Existe-t-il des sensibilités affichées au sein de l’armée ?

Nathalie Guibert : Par définition, il est « macroncompatible » puisque c’est le président de la République qui le choisit. Cela dit, il se battra aussi pour que les armées aient les moyens de remplir leurs missions, car cela relève de sa responsabilité légale. Le général François Lecointre, 54 ans, était chef du cabinet militaire du premier ministre depuis 2016. Issu des troupes de marine, il a notamment servi au Rwanda pendant l’opération « Turquoise » puis en ex-Yougoslavie durant la guerre (1991-2001).

 Lire aussi :   Emmanuel Macron à contretemps avec l’institution militaire

-Franck : L’armée française est-elle insuffisamment financée ? Comment se situe-t-elle par rapport à celles d’autres pays, comme l’Allemagne et le Royaume Uni ?

Nathalie Guibert : La question est relative. Elle dépend du niveau d’ambitions que se fixent les pays sur la scène internationale. La France est une puissance nucléaire (à la différence de l’Allemagne) et une puissance militaire expéditionnaire qui mène des opérations partout dans le monde (Sahel, Irak, Syrie, défense de l’Outre-mer et des zones économiques exclusives maritimes). Compte tenu de ces ambitions, les armées sont sous-financées. De Villiers disait qu’elles étaient engagées à 130 % de leurs ressources.

-Pragma : Le CEMA poussé à la démission et le poste de délégué général pour l’armement vacant, doit-on s’attendre à une mise au pas des grands subordonnés du ministre des armées, lesquels ne pourraient plus exprimer leur point de vue à des parlementaires ?

Nathalie Guibert : Avec un président « jupitérien », qui ne cesse de répéter « c’est moi le chef », on peut effectivement s’attendre à ce que la hiérarchie militaire soit encore plus prudente dans la façon dont elle s’exprime. Des parlementaires s’inquiètent des risques de « caporalisation » du pouvoir législatif par l’exécutif.

François Lecointre, nouveau chef d’état-major des armées, « un héros, reconnu comme tel » (19.07.2017)


Encensé par Macron, il va succéder à Pierre de Villiers, démissionnaire après avoir émis des réserves sur les économies réclamées aux armées.

LE MONDE | 19.07.2017 à 13h32 • Mis à jour le 19.07.2017 à 19h09
  
François Lecointre a été nommé chef d’état-major des armées, mercredi 19 juillet en conseil des ministres, pour succéder à Pierre de Villiers, qui avait annoncé sa démission quelques heures plus tôt. M. Lecointre est « un héros, reconnu comme tel dans l’armée », a déclaré Emmanuel Macron lors du conseil, selon des propos rapportés par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. A 55 ans, il devra mettre en œuvre la prochaine loi de programmation militaire dans un contexte budgétaire serré.

Issu de l’infanterie de marine, ce saint-cyrien a notamment servi au Rwanda pendant l’opération «Turquoise » au milieu des années 1990, puis en Bosnie-Herzégovine dans le cadre de la force de protection des Nations unies en 1995. Il a également servi en Irak lors de la première guerre du Golfe, ainsi qu’au Djibouti (1991-1993) et en Somalie (1992). Plus récemment, en 2013, il a commandé la mission européenne de formation de l’armée malienne. M. Lecointre avait rejoint Matignon en septembre 2016, où il avait été chef du cabinet militaire de Manuel Valls puis de Bernard Cazeneuve, et enfin d’Edouard Philippe.

Le général Lecointre est également passé à l’état-major de l’armée de terre de 2001 à 2005, avant de prendre la tête du 3e régiment d’infanterie de marine à Vannes pendant deux ans. Il a ensuite intégré le cabinet militaire du ministère de la défense en 2009, avant de commander la 9e brigade d’infanterie de marine. Il retourne à l’état-major de l’armée de terre de 2013-2016, qu’il quitte sous-chef d’état-major pour diriger le cabinet militaire du premier ministre en 2016.


« Une expérience reconnue »

Le général Lecointre prendra ses fonctions jeudi 20 juillet. Il accompagnera le chef de l’Etat et la ministre des armées Florence Parly en déplacement sur la base aérienne 125 d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Dans un communiqué, Florence Parly a salué la nomination d’un « officiel exceptionnel et expérimenté », bénéficiant de « toute sa confiance pour faire face aux nombreux défis qui attendent les armées. » La ministre devrait s’entretenir avec le général dès mercredi.


M. Lecointre est « un officiel général issu de l’armée de terre et qui dispose d’une solide expérience interarmées. C’est un militaire qui a une expérience reconnue des opérations et qui a pu dans sa carrière démontrer cette capacité dans le contexte que nous connaissons aujourd’hui », a également déclaré Christophe Castaner. Le porte-parole du gouvernement a salué « un général jeune dont l’action pourra s’inscrire justement dans la durée, ce qui est important au moment où nous allons actualiser la loi de programmation militaire » qui « doit être discutée et votée en 2018 pour guider les armées dans les années à venir ».

Emmanuel Macron a, lui, évoqué « le parcours » d’un « homme d’exception » : « Le général Lecointre est un héros qui a su combattre, un héros qui a su libérer les soldats français, notamment en 1995 dans la guerre en Bosnie-Herzégovine où nos forces armées étaient mobilisées. Et il a su monter à l’assaut (…) à la baïonnette », a-t-il dit, selon M. Castaner.

En conflit avec Emmanuel Macron

Lors du conseil des ministres, Emmanuel Macron a également « rendu hommage » à Pierre de Villiers, « à la fois dans ses remarquables états de services mais aussi dans sa capacité qu’il a eue à assurer pendant plus de trois ans le commandement opérationnel des armées françaises ».

Pierre de Villiers, 60 ans, qui avait été nommé chef d’état-major des armées en 2014, a annoncé sa démission mercredi matin dans un communiqué, une première dans l’histoire de la Ve République pour un chef d’état-major des armées. Il était en conflit avec le président de la République depuis plusieurs jours au sujet des coupes prévues dans le budget de la défense – environ 850 millions d’euros cette année.


« Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. Par conséquent, j’ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au président de la République, qui l’a acceptée. »

Après les critiques formulées par M. Villiers sur les coupes budgétaires imposées aux armées cette année, Emmanuel Macron avait sèchement tancé le général le 13 juillet, en reprochant à celui-ci d’avoir mis de façon « indigne » une polémique budgétaire « sur la place publique ». « Je suis votre chef », avait lancé M. Macron à destination des militaires présents.


Démission du chef d’état-major Pierre de Villiers, un fait sans précédent depuis 1958 (19.07.2017)


La crise avec le président de la République couvait depuis que le général Pierre de Villiers avait émis des réserves sur les économies réclamées aux armées.

LE MONDE | 19.07.2017 à 09h28 • Mis à jour le 19.07.2017 à 14h53 | Par Nathalie Guibert

La démission du général Pierre de Villiers, officialisée le 19 juillet, est un événement historique. «Aucun chef d’état-major des armées n’a été amené à démissionner » depuis que le poste a pris sa configuration actuelle de plus haut responsable militaire placé sous l’autorité du ministre de la défense, en juillet 1962, explique l’historien Philippe Vial, chercheur au service historique de la défense. « Seuls des chefs d’état-major d’armée ont démissionné sous la Ve République », précise l’universitaire.


Ils sont quatre à ce jour. Le premier est l’amiral André Patou le 28 mars 1970, qui refuse la baisse des moyens de la marine imposée par le ministre de la défense nationale, Michel Debré. Ensuite, ce sont trois chefs de l’armée de terre qui ont choisi de partir prématurément. « Le général Jean Lagarde quitte silencieusement ses fonctions le 30 septembre 1980 pour protester contre l’insuffisance des moyens octroyés », indique Philippe Vial.

Il est suivi par son successeur le général Jean Delaunay, le 9 mars 1983, pour les mêmes raisons. Lui s’est opposé au ministre socialiste Charles Hernu qui prévoyait de réduire de 10 % les effectifs, mais « il avait aussi, plus grave, mis en cause l’efficacité de la dissuasion nucléaire ».

Le troisième est Bruno Cuche, le 1er juillet 2008. Le général démissionne après un dramatique accident de tir à balles réelles lors d’une démonstration au 3e régiment de parachutistes d’infanterie de marine de Carcassonne, qui a blessé seize personnes dont quatre gravement. « Vous êtes des amateurs ! », s’était emporté le président Nicolas Sarkozy.


« Casser la modernisation de l’armée de terre »

Le 31 juillet 1961, le « chef d’état-major général de la défense nationale », Jean Olié, a adressé sa démission au président Charles de Gaulle. Mais, « s’il était la plus haute autorité miliaire, il dépendait du premier ministre, le poste de chef d’état-major des armées n’ayant été créé qu’un an plus tard », précise l’historien Philippe Vial. Le général Olié a officiellement quitté ses fonctions pour des raisons de santé. Elles sont réelles, mais le général, « adversaire résolu du putsch d’Alger, désapprouvait la manière dont était conduite la répression, en particulier les sanctions dont étaient l’objet des officiers qui n’étaient que de simples exécutants ».

En 1956, deux hauts responsables avaient également démissionné, en lien avec la politique algérienne du gouvernement. Le « chef d’état-major général des forces armées » Augustin Guillaume, d’abord, le 28 février. Mais il n’avait alors pas autorité sur les chefs d’armées, le ministre lui-même étant flanqué de trois secrétaires d’Etat à l’air, à la marine et à l’armée de terre. Son départ entraîne celui du chef de l’armée de terre, le général André Zeller.

« Alors que Guy Mollet a obtenu une majorité sur un programme de paix, l’heure est désormais au renforcement massif et immédiat des moyens en Algérie, raconte Philippe Vial. Les deux généraux sont d’accord avec le principe de cette politique, mais s’opposent au calendrier de mise en œuvre qui, selon eux, conduit à casser la modernisation de l’armée de terre, dont les unités doivent abandonner leurs blindés en Europe pour aller crapahuter à pied dans le djebel algérien. »

Le budget de la Défense à 2% du PIB en 2025 (19.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec agencesMis à jour le 19/07/2017 à 13:36 Publié le 19/07/2017 à 13:33
Emmanuel Macron a réitéré ce mercredi son engagement de porter le budget du ministère de la Défense à 2% du PIB à l'horizon 2025, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, à l'issue du conseil des ministres. Le budget de la Défense pour 2018 permettra "de protéger le pays", a précisé le président de la République, d'après Christophe Castaner.
"Le président de la République a réaffirmé son engagement sur la montée progressive du budget des armées jusqu'à atteindre 2025 du PIB en 2025, avec en 2018 une première marche significative", a dit Christophe Castaner à la presse.

Le chef de l'Etat a annoncé la semaine dernière que le budget de la Défense s'élèverait à 34,2 milliards d'euros en 2018, contre 32,7 milliards cette année. Les débats provoqués par les coupes de cette année ont entraîné mercredi la démission du chef d'état-major des armées, Pierre de Villiers.

Yves de Kerdrel: «L'État coupe ses dépenses, mais pas les bonnes» (18.07.2017)


 Par Yves de Kerdrel  Publié le 18/07/2017 à 14:55

FIGAROVOX/CHRONIQUE - Tout semblait bien parti avec la volonté de réduire le déficit budgétaire, mais le gouvernement a manqué de discernement en rabotant les dépenses des ministères régaliens.


Il y a trois semaines, dans ces mêmes colonnes, j'écrivais une lettre ouverte à Édouard Philippe, l'incitant à faire preuve d'audace en matière budgétaire dès l'annonce de ses premières mesures. Et lorsque, dans sa déclaration de politique générale, je l'ai entendu, comme beaucoup d'entre vous, dénoncer notre dette abyssale et notre addiction à la dépense publique, je buvais du petit-lait. Bien sûr il ne s'agissait que d'un discours de la méthode. Mais tout semblait bien parti avec la volonté de réduire le déficit budgétaire, en jouant sur le levier des ...

Recadré deux fois par Macron, le chef d’état-major passera-t-il la semaine ? (17.07.2017)


Modifié le 17/07/2017 à 17:21 | Publié le 17/07/2017 à 17:21

Le président de la République Emmanuel Macron a par deux fois déjà recadré le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers.
Le président de la République Emmanuel Macron a par deux fois déjà recadré le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers. | AFP

Le maintien ou non en poste du chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, agite les milieux militaires, d’autant qu’Emmanuel Macron multiplie depuis plusieurs jours les rappels à l’ordre brutaux à son égard.

Après avoir sèchement recadré le général Pierre de Villiers devant un parterre militaire à la veille du 14 juillet, en lui reprochant, sans le nommer, d’avoir mis de façon « indigne » une polémique budgétaire « sur la place publique », Emmanuel Macron a enfoncé le clou, ce dimanche, en n’excluant pas de lui retirer sa confiance.

« Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change », a asséné le chef de l’État dans les colonnes du JDD, en déclarant dans la foulée que « l’intérêt des armées doit primer sur les intérêts industriels ».

Une crise ouverte

Le président de la République et le général de Villiers, qui doit être reçu vendredi à l’Élysée, « vont prendre une décision ensemble », a tenté de temporiser lundi le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner.

Mais la crise est clairement ouverte entre le chef des armées et le haut gradé, alors même que Pierre de Villiers, 60 ans, venait d’être reconduit dans ses fonctions pour une dernière année.

À l’origine de la colère du chef de l’État, les critiques formulées par le général sur les 850 millions d’euros d’économies réclamées cette année aux armées, dans un contexte de serrage de vis budgétaire global en 2017, avec une baisse prévue de 4,5 milliards d’euros des dépenses de l’État.

« Lettre à un jeune engagé »

« Le grand écart entre les objectifs assignés à nos forces et les moyens alloués n’est plus tenable », a averti le chef d’état-major devant la commission de la Défense à l’Assemblée nationale réunie à huis clos.

Dans une tribune publiée vendredi par Le Figaro, Pierre de Villiers a également appelé à « préserver l’indispensable cohérence entre les menaces, les missions et les moyens » à l’heure où la France est engagée tous azimuts contre le terrorisme, du Sahel (Barkhane) au Moyen-Orient (Chammal) en passant par le territoire national (Sentinelle).

Et dans une « lettre à un jeune engagé », vendredi sur sa page Facebook il semble adresser des messages subliminaux à l’exécutif : « Parce que tout le monde a ses insuffisances, personne ne mérite d’être aveuglément suivi ». La confiance « doit être nourrie jour après jour, pour faire naître l’obéissance active, là où l’adhésion l’emporte sur la contrainte ».

« Doute et méfiance »

Pour les armées, l’arbitrage budgétaire annoncé la semaine passée est d’autant plus dur à digérer que le président Macron avait multiplié les signaux favorables en direction des militaires depuis son arrivée au pouvoir.

Remontée des Champs-Élysées à bord d’un command car puis visite à des blessés de guerre le jour de son investiture, déplacement sur la base militaire française de Gao, au Mali, ou encore, plus récemment, hélitreuillage à bord du sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le Terrible…

Au-delà des symboles, le chef de l’État s’est engagé dès son arrivée à consacrer 2 % du PIB à l’effort de défense d’ici 2025, conformément à ses engagements de campagne.

Dépenses militaires : les 10 pays qui y consacrent le plus d'argent.
Dépenses militaires : les 10 pays qui y consacrent le plus d'argent. Dépenses militaires : les 10 pays qui y consacrent le plus d'argent. | Visactu

Un grand subordonné et serviteur de l’État « humilié »

« Malgré une communication présidentielle qui pouvait laisser espérer une réelle considération envers les militaires, le voile est tombé », critique lundi le général à la retraite François Chauvancy, dans une tribune au Monde. « Un chef qui humilie un grand subordonné et serviteur de l’État laisse aussi place au doute et à la méfiance dans la communauté militaire », estime-t-il encore.

« La défense ne pouvait pas échapper aux réductions budgétaires », juge au contraire dans le même journal le général Jean-Paul Palomeros, ancien chef d’état-major de l’Armée de l’air proche de M. Macron. Et de rappeler que le président a promis d’augmenter le budget défense en 2018, à 34,2 milliards d’euros.

Dans l’attente du dénouement de la crise entre le président et son chef d’état-major des armées, les spéculations allaient bon train autour du nom d’un éventuel successeur.


Parmi les nombreux prétendants potentiels figureraient le chef d’état-major de l’armée de l’air André Lanata, ou encore le général Grégoire de Saint-Quentin, actuel sous-chef d’état-major « opérations » et ancien chef du Commandement des opérations spéciales (COS), selon des sources proches du dossier.

« Le président Macron a entaillé le pacte de confiance avec l’armée » (17.07.2017)

Dans une tribune au « Monde », le général François Chauvancy considère qu’après la crise budgétaire, le divorce pourrait être consommé entre le chef de l’Etat et la communauté militaire.

LE MONDE | 17.07.2017 à 06h43 | Par Général François Chauvancy


Emmanuel Macron et le général de Villiers lors du défilé du 14-Juillet, à Paris.

« Je suis votre chef », a déclaré Emmanuel Macron publiquement, le 13 juillet, en s’adressant indirectement au général de Villiers, chef d’état-major des armées. Ce dernier avait exprimé son mécontentement devant les parlementaires face à des décisions budgétaires défavorables aux armées.

Chacun peut comprendre qu’il faille réduire le déficit budgétaire, dû quand même en partie à un manque de sincérité du gouvernement précédent. Cependant, une limite inacceptable a été franchie. En effet, le budget de la défense s’élève, en 2017, à 32,7 milliards d’euros ; 2,7 milliards d’euros ont été gelés ; 850 millions d’euros devraient maintenant être assurés par les armées au titre du surcoût des opérations extérieures. Le budget 2017 sera réduit de 8 % à 10 % si les décisions sont validées.

Le coût des opérations est au cœur de ce débat. Le budget des armées du temps de paix est un budget de fonctionnement et d’investissement qui permet notamment de former et d’entraîner nos forces pour le temps de guerre. Selon les circonstances, une opération militaire peut être décidée par le politique. Cela crée des coûts exceptionnels mais « qui décide, paie » comme cela est la règle.

N’y-a-t-il pas une profonde contradiction à évoquer l’Europe qui protège, la sécurité des Français comme à Nice ce 14 juillet, alors que les forces armées sont affaiblies budgétairement ? La communication et les discours pourront-ils longtemps dissimuler une réalité et des promesses difficiles à tenir ?

Contrat moral

Pourtant, être chef, en particulier dans les armées, signifie tenir sa parole pour mobiliser et faire adhérer. Ce contrat moral, de confiance, est au cœur même des relations entre le politique et le militaire.

Je peux comprendre que le chef des armées exprime son autorité, que nul n’a d’ailleurs remise en question. Je peux cependant attendre qu’il ne soit pas mis dans la situation de l’affirmer : soit il y a eu tromperie sur cette nouvelle coupe budgétaire,...



« La défense ne pouvait pas échapper aux réductions budgétaires » (17.07.2017)


Dans une tribune au « Monde », le général Paloméros, ex-chef d’état-major de l’armée de l’air (2009-2012), estime qu’il faut repousser les investissements liés aux équipements militaires.

LE MONDE | 17.07.2017 à 06h42 • Mis à jour le 17.07.2017 à 06h54 | Par Jean-Paul Paloméros (général d'armée aérienne, commandant suprême de l'OTAN pour la transformation (2012-2015), chef d'état-major de l'armée de l'a...

image: http://img.lemde.fr/2017/07/17/0/0/5472/3648/534/0/60/0/1ac39d9_4393-h8nd0b.8r9ou5wmi.jpg
Défilé de l’Ecole Nationale des Sous-Officiers d’Active à l’occasion de la fête nationale, sur les Champs-Elysées à Paris, le 14 juillet.

Les tensions créées par les récentes coupes budgétaires sont à l’échelle des efforts demandés aux différents ministères. Il est certain que notre nouveau président aurait préféré lancer rapidement une politique ambitieuse de réinvestissements à même de placer notre pays sur la voie d’une croissance soutenue et durable. Mais l’état de nos finances publiques ne l’autorise pas, compte tenu de la dette abyssale qui ankylose la France et lui fait courir des risques graves si les taux d’intérêts repartaient à la hausse.

Le budget de la défense n’échappe pas à ces réductions auxquelles il devrait cotiser pour environ 850 millions d’euros. Pour absorber cette ponction, les armées ne peuvent réduire leur activité alors que leur niveau d’engagement opérationnel a rarement atteint un tel niveau d’intensité et de durée. La seule solution consiste à repousser des investissements qui portent sur la modernisation de leurs équipements, leur entretien, ou encore les indispensables efforts de recherche et de technologie qui conditionnent l’avenir.

Cette situation n’est malheureusement pas conjoncturelle : les mêmes causes produisant les mêmes effets, cette recette qui privilégie le court terme au long terme a été maintes fois appliquée avec les mêmes conséquences – impacts sur la disponibilité des équipements, sur la chaîne industrielle, sur des centaines de PME sous-traitantes et sur les coûts.

Spirale infernale

Soyons clairs, il n’y a pas de coupe indolore dans un budget tiré au trébuchet, les retards d’investissements se paient un jour ou l’autre, tant en opérations que par les surcoûts qu’ils entraînent; ainsi, la Cour des comptes a dénoncé à de nombreuses reprises les effets retards, à hauteur de plusieurs milliards d’euros, sur des programmes d’armement majeurs générés par des mesures d’économies de court terme. Pour sortir de cette spirale infernale, il n’existe pas de recette miracle mais il serait coupable de se résigner.

Lors de la présentation...



Le général de Villiers reçu vendredi par Emmanuel Macron (15.07.2017)
Mis à jour le 15/07/2017 à 17:03


Le général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées sèchement recadré après ses réserves sur les économies demandées à la défense, sera reçu vendredi par Emmanuel Macron, selon l'agenda du chef de l'Etat communiqué samedi par l'Elysée. Le général de Villiers sera reçu vendredi à 18H00 à l'Elysée par le président de la République. Aucune précision sur l'objet de cette rencontre n'a été donnée.


En pleines festivités du 14 Juillet, le chef de l'Etat a reproché au général, sans jamais le nommer, d'avoir mis de façon "indigne" une polémique budgétaire "sur la place publique" et l'a rappelé au "sens du devoir et de la réserve". Le général avait, dans le huis clos de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, émis de sérieuses réserves au sujet des 850 millions d'euros d'économies réclamées cette année aux armées, jugeant la trajectoire budgétaire "non tenable".



Ce rappel à l'ordre brutal, devant tous les chefs militaires, a jeté un froid et pose la question du maintien de Pierre de Villiers qui, à 61 ans, venait tout juste d'être reconduit pour une dernière année. Le premier ministre Edouard Philippe a assuré vendredi que le militaire pouvait "bien entendu" rester en fonction mais les interrogations subsistent sur son avenir.

Des députés macronistes critiquent la baisse du budget de la Défense (14.07.2017)

Par Tristan Quinault Maupoil Mis à jour le 14/07/2017 à 19:17 Publié le 14/07/2017 à 18:56

Jean-Jacques Bridey, le président (LREM) de la Commission de la défense nationale et des forces armées à l'Assemblée nationale


Le président de la commission de la Défense nationale à l'Assemblée nationale «regrette» que le gouvernement demande 850 millions d'euros d'économies au ministère de la Défense, en 2017. Et ce, malgré la sévère mise au point d'Emmanuel Macron.

La Grande Muette est-elle à l'origine d'un début de fronde au sein de la République en marche? Parfois présentés comme «caporalisés», plusieurs députés macronistes s'élèvent vendredi contre l'intention du gouvernement de réaliser en 2017 l'équivalent de 850 millions d'euros d'économies au ministère de la Défense, avant une hausse promise du budget dès 2018 qui devrait représenter, en 2025, 2% de la richesse nationale.

Le président de la commission de la Défense nationale et des forces armées à l'Assemblée nationale, Jean-Jacques Bridey, a «regretté» vendredi sur RFI les économies réclamées par le ministère des Comptes publics. «C'est un choix. Personnellement, je le regrette, surtout quand je vois l'explication qui a été donnée par Bercy, puisqu'on nous dit qu'il faut faire 4 et quelques milliards d'économies (sur l'ensemble des ministères, NDLR) mais que dans le même temps, on ouvre 1,5 milliard d'ouverture de crédit pour la capitalisation d'Areva», a tancé le député macroniste du Val-de-Marne.

«(...) Nos hommes risquent leur vie tous les jours sur les théâtres d'opération... On leur demande de faire des sacrifices budgétaires, des coupes budgétaires, pour recapitaliser une société qui est certes importante, mais on aurait pu trouver un autre moyen», a encore avancé l'ancien socialiste qui «comprend» la colère du chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers. Pour Jean-Jacques Bridey «il y a nécessité quand même de tenir les 3% (de déficit, NDLR), donc il faut que tous les ministères y compris la Défense» contribuent. «Est-ce que c'est à hauteur de 850 millions? Le débat, maintenant, est clos», a-t-il avancé.

Un proche de Le Drian «révolté»

Jean-Jacques Bridey n'est pas le seul à avoir exprimé ses doutes. Alors même que le président de la République a jugé jeudi soir «pas digne d'étaler certains débats sur la place publique», le député LREM du Finistère Jean-Charles Larsonneur s'est confié vendredi à Ouest France. Les économies demandées à la Défense? «C'est préoccupant!», tance-t-il. «Il faut peut-être arrêter de désarmer les ministères régaliens, comme la Défense, l'Intérieur ou la Justice», martèle l'élu. «En 2008, nos armées comptaient 241 000 hommes et femmes. En 2005 (???), seulement 203 000. Aujourd'hui, nos armées sont sur l'os. On peut s'interroger sur la viabilité de l'ensemble», s'inquiète le parlementaire macroniste. «Il y a quelque chose de choquant à demander aux armées de financer le surcoût des opérations extérieures dans lesquelles elles sont engagées. Comme si on demandait à un salarié de payer ses heures supplémentaires», s'étonne encore le nouveau député.

Même opposition virulente de Gwendal Rouillard, député LREM du Morbihan. «On ne peut dire d'un côté qu'on doit protéger nos concitoyens en raison aujourd'hui de l'état de la menace et dans le même temps au premier coup de rabot budgétaire se planquer et assumer ce genre de décisions. Moi je ne l'assumerai pas», a-t-il dit à l'antenne de BFM Business. Le parlementaire -ex socialiste- se dit «révolté» par la proposition du gouvernement et «demande solennellement» à Bercy de revoir sa copie.


A l'exception du président de la commission, les deux autres députés sont... bretons, la région de Jean-Yves Le Drian, l'ancien ministre de la Défense. Gwendal Rouillard est d'ailleurs très proche de celui qui est maintenant ministre des Affaires étrangères. En 2014, alors que Matignon réfléchissait à une baisse du budget de la Défense, Jean-Yves Le Drian avait sévèrement tapé du poing sur la table avant d'obtenir satisfaction.

Guillaume Tabard: «L'étonnant coup de gueule du chef des armées» (14.07.2017)

http://www.lefigaro.fr/politique/2017/07/14/01002-20170714ARTFIG00196-guillaume-tabard-l-etonnant-coup-de-gueule-du-chef-des-armees.php

Par Guillaume Tabard Mis à jour le 14/07/2017 à 20:10 Publié le 14/07/2017 à 19:47
Le général Pierre de Villiers lors du défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées.

CONTRE-POINT - La formule du général Pierre de Villiers à propos du budget des armées a déclenché la colère d'Emmanuel Macron. Les deux hommes avaient pourtant jusqu'ici d'excellents rapports personnels.

Soucieux de son autorité, Emmanuel Macron a-t-il fait preuve d'autoritarisme ? Inattendue, la soufflante adressée jeudi soir au chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, est spectaculaire.

«Je ne vais pas me faire baiser.» La formule pour le moins fleurie de la plus haute autorité militaire a semble-t-il déclenché l'ire présidentielle. Le général de Villiers parlait des ...

Budget défense : Emmanuel Macron recadre le chef d'État major des armées (14.07.2017)


Confirmé à la tête des Armées jusqu'au 31 juillet 2018 par un décret paru mercredi au Journal officiel, le général de Villiers ne cache pas son exaspération face à la tournure que prennent les arbitrages budgétaires.

Par Edouard de Mareschal
Mis à jour le 14/07/2017 à 11h03 | Publié le 13/07/2017 à 13h36

VIDÉOS - «Je ne vais pas me faire b… comme ça», a lâché mercredi le général Pierre de Villiers devant la commission de Défense, au lendemain de l'annonce d'une coupe de 850 millions d'euros en 2017 pour le budget des armées.

«Son verbe était clair, passionné et ferme», rapporte l'un des participants à l'audition du général Pierre de Villiers mercredi devant la commission de Défense. Effectivement, le cri du coeur du chef d'Etat major des armées ne pouvait être plus clair: «Je ne vais pas me faire b... comme ça», a-t-il tonné face aux députés. Le général a laissé éclater sa colère après lanouvelle coupe de 850 millions d'euros annoncée la veille par Bercy pour 2017. «Je ne pourrai plus regarder mes gars dans les yeux si on réduit encore nos moyens», a-t-il poursuivi devant les élus. Malgré la polémqiue, le chef d'état-major des armées était bien présent ce vendredi matin au côté du président Emmanuel Macron au défilé du 14 Juillet.

Confirmé à la tête des Armées jusqu'au 31 juillet 2018 par un décret paru mercredi au Journal officiel, le général de Villiers ne cache pas son exaspération face à la tournure que prennent les arbitrages budgétaires. «Le ministère de la Défense a été la principale victime des politiques de révision générale des politiques publiques», a-t-il déclaré devant les députés. «On a déjà tout donné, tout donné», a-t-il encore dit. «Beaucoup de jeunes sous-officiers n'arrivent même plus à se loger.» Pour sauvegarder ses crédits, le chef d'Etat major des armées aurait une nouvelle fois mis sa démission dans la balance, selon Les Echos.

20% du plan d'économie supporté par la Défense

Le chef de l'État a vertement recadré jeudi le général qui s'était insurgé devant des députés contre une réduction des moyens des armées en 2017. Emmanuel Macron a considéré qu'il n'était «pas digne d'étaler certains débats sur la place publique» et rappelé les militaires à leur «sens du devoir et de la réserve». «Il a rappelé à certains la nécessaire discipline collective», a commenté la ministre des Armées, Florence Parly, sur RTL. Le président a aussi annoncé une hausse du budget des Armées en 2018, après les coupes d'au moins 850 millions d'euros annoncées mardi pour cette année, et réaffirmé son engagement de porter l'effort de défense à 2% du produit intérieur brut (PIB) en 2025. Le budget des Armées s'élèvera alors à 50 milliards d'euros contre 32,7 milliards en 2017 et les 34,2 milliards annoncés pour l'an prochain.

Vendredi matin, Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la défense de l'Assemblée et conseiller défense d'Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle, a lui aussi regretté le montant des économies réclamées aux armées. «C'est un choix. Personnellement, je le regrette, surtout quand je vois l'explication qui a été donnée par Bercy, puisqu'on nous dit qu'il faut faire 4 et quelques milliards d'économies mais que dans le même temps, on ouvre 1,5 milliard d'ouverture de crédit pour la capitalisation d'Areva», a déclaré Jean-Jacques Bridey sur RFI.


Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a promisd'augmenter le budget de la Défense pour le faire passer à 2% du PIB. Un objectif réaffirmé le 4 juillet dernier par le premier ministre Edouard Philippe ; Dans son discours de politique générale, il annonçait l'application de ce principe dans la loi de programmation militaire dès 2018. Ainsi, la coupe annoncée mardi par Bercy a fait l'effet d'une douche froide dans le monde militaire. Le général de Villiers a donc intensifié son offensive pour sauvegarder son enveloppe. «Le général est attentif au moindre soutien politique», poursuit ce participant à la commission.


La Défense sous le choc des réductions budgétaires (13.07.2017)
Mis à jour le 13/07/2017 à 23:02


La Légion étrangère  sur les Champs-Élysées, mercredi, pendant les répétitions du défilé militaire du 14-Juillet. Crédits photo : NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA/SIPA

Annoncées la veille du 14 Juillet, les 850 millions d'économies réclamées par Bercy aux armées en 2017 suscitent de la colère et de l'inquiétude pour l'avenir. Emmanuel Macron a annoncé un effort pour 2018.

«Douche froide», «coup de Jarnac budgétaire», «double claque»: les formules n'ont pas manqué pour qualifier l'annonce, le 11 juillet, d'une réduction de dépenses de 850 millions d'euros pour la Défense en 2017. Des économies qui concerneront essentiellement les programmes d'équipements, pourtant jugés cruciaux face aux «trous capacitaires» qui se profilent (ravitailleurs vols, navires patrouilleurs, hélicoptères…).

Les armées, déjà mises sous tension par leur engagement tous azimuts contre le terrorisme, auront ainsi à assumer à elles seules 20 % des 4,5 milliards d'économies censées contenir le déficit de l'État en 2017. Dans un contexte de forte menace, la Défense apparaît donc comme le principal ministère concerné par les coupes, devant l'Intérieur (526 millions), les Affaires étrangères (282) et loin devant… Bercy (268 millions). Jeudi soir, intervenant à l'hôtel de Brienne lors de la traditionnelle réception précédant la Fête nationale, Emmanuel Macron a confirmé ces mesures, en y ajoutant un «silence dans les rangs», pour faire taire la grogne. En revanche, le président de la République a voulu faire un geste, en annonçant que le budget serait porté l'an prochain à 34,2 milliards d'euros - contre 32,7 milliards cette année - dont 650 millions pour les opérations extérieures.

L'annonce du gouvernement a été d'autant moins bien vécue par les armées qu'elle est intervenue à quelques jours du 14 Juillet où les forces sont à l'honneur. «Une provocation», n'hésitaient pas à dire certains militaires, légitimement prompts à considérer que, n'étant pas susceptibles de manifester dans les rues, ils se voient une nouvelle fois mis à contribution bien plus qu'à leur tour. La «remontée en puissance» de la Défense, décidée après les attaques terroristes de 2015 et à peine amorcée, pourrait bien rester lettre morte.

Dans une interview à Ouest France, le chef de l'État a réaffirmé jeudi sa promesse de campagne de porter les ressources de la défense à 2 % de la richesse nationale en 2025 - hors pensions et surcoût des opérations extérieures (Opex) -, soit un budget de 50 milliards d'euros. Mais la plupart des observateurs s'interrogent sur la capacité d'atteindre cet objectif, ce qui exigerait plus de 2 milliards d'euros supplémentaires par an. On en est encore assez loin, en dépit des promesses faites jeudi soir.

Les réactions ont été nombreuses. Sonnant la charge, le président (LR) du Sénat, Gérard Larcher, a déploré mercredi des «annulations de crédits d'une ampleur inédite». Pour sa part, l'ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin a estimé que le gouvernement commettrait «une faute» en s'en prenant aux crédits de la Défense. «Nous avons plus de 30 000 hommes engagés dans des opérations (…) extrêmement difficiles, épuisantes, avec des équipes qui n'ont pas toujours les moyens de leur combat», a souligné M. Raffarin. Un général de l'armée de terre s'alarmait récemment: «Deux tiers de nos matériels ont plus de 40 ans (véhicules de l'avant blindé, engins blindés AMX 10RC).» Et il ajoutait: «Chaque régiment ne dispose plus que de 30 % de ses véhicules majeurs, dont beaucoup ne sont pas instantanément disponibles. (…) Nous atteignons les limites du modèle.»

Même dans le camp gouvernemental, les dents grincent. Gwendal Rouillard, député LREM du Morbihan, juge «inacceptables» les propositions de Bercy pour 2017.

«Volonté de revanche»

La non-exécution des budgets, du fait de Bercy, est un phénomène récurrent, soulignent des observateurs. Certains évoquent une «volonté de revanche» du ministère de l'Économie et des Finances, après le quinquennat de François Hollande durant lequel la Défense, sous la houlette de Jean-Yves Le Drian, tenait le haut du pavé. Les contraintes européennes sont également invoquées pour expliquer la nature et le calendrier - jugé «malvenu» - des dernières décisions budgétaires, Paris ne souhaitant pas se mettre en contradiction avec les critères européens de convergence. En novembre 2015, après le Bataclan, François Hollande avait fait prévaloir un «pacte de sécurité» sur le pacte de stabilité, qui impose aux États de l'UE de maintenir leur déficit et leur dette. Cette approche n'est manifestement plus de saison.

L'émoi est fort au sommet de la hiérarchie militaire. Selon des témoins, le chef d'état-major des armées (Cema), le général Pierre de Villiers, a manifesté son mécontentement, mercredi, alors qu'il était interrogé par des parlementaires lors d'une audition à huis clos par la commission de la défense de l'Assemblée nationale.

«Je considère pour ma part qu'il n'est pas digne d'étaler des débats sur la place publique, a vigoureusement déclaré Emmanuel Macron dans son intervention à l'hôtel de Brienne. J'ai pris des engagements, je suis votre chef. Les engagements que je prends devant les concitoyens, devant les armées, je sais les tenir et je n'ai à cet égard besoin de nulle pression, de nul commentaire», a-t-il ajouté. Fermez le ban!

Dans une tribune au Figaro, le Cema insiste sur «la fiertéet la reconnaissance de nos compatriotes pour ce que nos armées font, pour ce qu'elles sont et pour ce qu'elles incarnent». Mais le général de Villiers, qui vient d'être prolongé à son poste jusqu'au 31 juillet 2018, tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme, soulignant que «le grand écart n'est pas tenable» entre un niveau d'engagement très élevé et durable, et la pression budgétaire. Selon le Cema, l'échéance budgétaire de 2018 sera déterminante.

À l'état-major des armées, on estime les besoins de la Défense à 35 milliards pour l'an prochain. Faute de les obtenir, le général de Villiers n'excluait pas d'en tirer les enseignements, c'est-à-dire de déposer son képi, comme il a déjà menacé de le faire dans le passé.

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Général d'armée Pierre de Villiers : «Soyons fiers de nos armées françaises» (13.07.2017)


Par Pierre de Villiers
Mis à jour le 13/07/2017 à 22h00 | Publié le 13/07/2017 à 19h47

TRIBUNE - Le chef d'état-major des armées rend hommage à nos soldats - fantassins, marins et aviateurs. Il souligne le caractère essentiel de leur mission et sa difficulté. Le chef d'état-major des armées rappelle les efforts consentis par les soldats français et leurs familles. Il plaide, enfin, pour le respect scrupuleux des engagements pris à l'égard du budget de la défense nationale.

Aujourd'hui, comme chaque 14 Juillet, le peuple français a rendez-vous avec son armée. L'accueil toujours plus chaleureux qui lui est réservé n'a rien d'anodin. Il nous dit quelque chose de la relation étroite qui existe entre le pays et ceux qui, en son sein, ont pour mission de le protéger. Il témoigne de la fierté et de la reconnaissance de nos compatriotes pour ce que nos armées font, pour ce qu'elles sont et pour ce qu'elles incarnent.

Ce qu'elles font, d'abord. Au quotidien, elles assurent avec constance et détermination, exigence et discrétion, leur difficile mission de protection de la France et des Français, dans un contexte sécuritaire qui s'est considérablement durci ces dernières années. Partout, la paix et la stabilité sont menacées par des adversaires qui ne connaissent plus aucune limite.

La paix est menacée, bien sûr, par le phénomène du terrorisme islamiste radical qui n'a d'autre projet que la destruction et l'anéantissement de toute altérité, en commençant par les plus démunis et les plus faibles. Cette menace ne se limite plus aux seules zones grises ou aux foyers traditionnels de ce fanatisme idéologique. Elle s'étend désormais à des espaces toujours plus vastes, frappant chacun des cinq continents. La France et l'Europe, parce qu'elles portent un projet de paix et de modernité, sont particulièrement visées.

Mais une menace peut en cacher une autre. Certains États-puissances n'hésitent plus désormais à tutoyer la ligne rouge. Soucieux d'étendre leur influence, y compris par l'expansion territoriale, ils mettent en œuvre des stratégies agressives et investissent des champs nouveaux comme le cyberespace et l'espace extra-atmosphérique. Bien que moins immédiate et perceptible, cette menace n'en est pas moins réelle. Elle se traduit, entre autres, par l'augmentation sensible des dépenses de défense à travers le monde. Un signe ne trompe pas: en 2016, les ventes d'armes ont retrouvé leur niveau de la fin de la guerre froide. Les dépenses militaires représentent désormais 1 700 milliards de dollars, soit 2,3 % du PIB mondial.

Face aux dérives potentielles de la puissance, nos forces armées mettent en œuvre la capacité de dissuasion nucléaire. Simultanément, elles participent activement aux mesures de défense et de protection du territoire, aux côtés des forces de sécurité, par les postures permanentes (NDRL: dispositifs militaires) de sûreté aérienne et de sauvegarde maritime et grâce à un dispositif de forces prépositionnées à l'étranger cohérent. Enfin, parce que nous sommes face à un ennemi qui s'appuie sur des sanctuaires, les militaires français sont engagés, avec nos alliés, au plus près des zones refuges des organisations terroristes, principalement dans la bande sahélo-saharienne et au Levant. En parallèle, ils y accompagnent la montée en puissance des forces armées locales. Sur ce chemin, ils savent que gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Ils comprennent que la réouverture d'une école est au moins aussi importante que la destruction d'un objectif.

Les opérations - là-bas et ici - contribuent directement à la sécurité nationale qui repose, avant tout, sur une continuité effective entre sécurité intérieure et défense extérieure. La multiplication accélérée des périls sécuritaires, de toute nature, notamment sur les approches du continent européen, révèle, par contraste, l'existence d'une véritable communauté de destin qui réunit l'ensemble des pays de l'espace euro-méditerranéen et qui appelle une réponse coordonnée.

L'action des hommes et des femmes de nos armées est déterminante. Ils le savent et sont résolus à poursuivre ce combat, malgré les difficultés. Un de nos soldats, héros de notre temps, tombé au Mali au mois d'avril dernier, servait dans un régiment dont la devise est «Je continuerai!». Elle pourrait être celle de nos armées tout entières. Soldats, marins, aviateurs, d'active et de réserve, civils de la défense, sont plus que jamais décidés à faire en sorte que notre pays tienne la position. À faire en sorte d'assurer la protection de la France et des Français avec le même niveau d'exigence et la volonté d'insérer leur action dans une approche globale. À faire en sorte de cultiver l'excellence, y compris dans les domaines technologiques les plus pointus, au prix d'une remise en cause permanente.

Cet état d'esprit est un marquant de l'énergie et de l'équilibre de nos armées. Il nous révèle aussi ce qu'elles sont.

Une force jeune, d'abord, avec une moyenne d'âge de 33 ans. À chacun de mes déplacements sur le terrain, je constate la formidable richesse de cette jeunesse, venue de tous les horizons pour servir. Je le lis dans le regard de ces soldats, que je retrouve au fin fond du Sahel, écrasés par la chaleur du désert et, malgré tout, toujours partants. Je le vois à l'application mise par les pilotes et les mécaniciens dans leur travail de précision sur la base aérienne de Jordanie. Je le sais quand j'écoute le marin embarqué parler avec passion de son métier qui allie endurance et haute technicité. Je le constate chez les sept mille militaires qui patrouillent quotidiennement, à Paris et en province, là où vivent nos compatriotes. Tous supportent, avec courage et désintéressement, les contraintes liées à leur état de militaire et les absences répétées de leurs foyers - parfois jusqu'à 250 jours par an. Cet effort est également celui de leurs familles, qui méritent notre reconnaissance et toute notre attention. Le courage de tous concourt directement au succès de nos armées.

C'est ce même état d'esprit et ce même élan qui transparaît chez ceux qui défilent, aujourd'hui, avec leur unité, sur les Champs-Élysées et partout en France. Je l'affirme: nous avons une belle jeunesse, animée par le sens du service et la volonté de donner un sens à sa vie. Elle sait qu'il faut, pour cela, savoir s'engager sur un chemin exigeant ; et elle le fait.

Cette force jeune est aussi une force en mouvement, qui ne craint pas de sortir de sa zone de confort et de casser la routine pour s'adapter à un environnement sans cesse changeant. Cet ajustement permanent peut être inconfortable, mais il est essentiel. L'équation est simple: s'adapter pour dominer ou se figer et être dominé.

Dans les faits, cette exigence se traduit par la nécessité d'une modernisation régulière de nos capacités, seule voie possible pour espérer préserver notre avantage technologique face à des compétiteurs toujours plus nombreux et toujours plus innovants. Elle se traduit également par la nécessité de rendre notre organisation plus agile et plus efficace. Beaucoup a été fait, ces dernières années. Il faut désormais intensifier l'effort dans le domaine de la condition du personnel où des améliorations sont légitimement attendues. Ce sujet est, pour l'équipe que je forme avec les chefs d'état-major d'armée, derrière notre ministre des armées, Mme Florence Parly, une préoccupation de premier plan. Il s'agit, avant tout, d'une question de juste reconnaissance pour ceux qui ne comptent pas leurs efforts pour faire de nos armées une force prête.

Il est, en effet, plus que jamais nécessaire que nos armées françaises soient aptes à répondre sur toute la largeur du spectre des menaces: sur terre, en mer, dans les airs, dans l'espace et, désormais, dans le cyberespace. Le choix, effectué il y a plus d'un demi-siècle, de disposer d'un modèle d'armée complet répondait à cette nécessité. Il n'a cessé d'être réaffirmé depuis.

Notre modèle est, aujourd'hui, en étroite cohérence avec la situation sécuritaire globale et les ambitions de notre pays. Il l'a prouvé et le prouve encore, au quotidien.

Il répond à la volonté de la France d'être en capacité d'entrer en premier sur un théâtre ou d'être nation-cadre d'une opération multinationale. Il répond également à cette conviction, partagée par tous les militaires, qu'on n'est jamais plus fort qu'à plusieurs. Cette conscience n'est pas nouvelle. La présence d'unités de l'armée américaine à Paris, pour commémorer le centenaire de l'engagement de deux millions d'Américains unissant leurs destinées à celles des soldats français et de leurs alliés, en témoigne. Nous travaillons, aujourd'hui, avec la même détermination, au renforcement des coopérations militaires avec les armées des pays amis et alliés, et en particulier avec les Européens, avec lesquels nous améliorons sans cesse notre interopérabilité.

Pour autant, nos armées sont confrontées, depuis plusieurs années, à une situation de forte tension, sous l'effet combiné d'un niveau d'engagement très élevé qui s'inscrit dans la durée - 30 000  soldats en posture opérationnelle, de jour comme de nuit, depuis plus de deux ans - et d'un contexte budgétaire compliqué. Ce grand écart n'est pas tenable. Notre liberté d'action en souffre déjà, ponctuellement. C'est le cas, par exemple, à chaque fois qu'une opération doit être différée, voire annulée, faute de moyens disponibles.

Pleinement conscient de cette situation, le président de la République, chef des armées, a réaffirmé la nécessité de s'engager sur la voie de la régénération du modèle, avec comme objectif de consacrer 2 % du PIB à la défense, à l'horizon 2025, soit 50 milliards d'euros courants (hors opérations extérieures et hors pensions). Il est important que cette trajectoire qui doit nous conduire vers cet horizon soit initiée, dès 2018, puis respectée dans la durée, pour préserver l'indispensable cohérence entre les menaces, les missions et les moyens. C'est à cette condition que nos armées pourront demeurer ce qu'elles sont et refléter ce qu'elles incarnent.

Je pense pouvoir affirmer, pour vivre au milieu d'elles depuis plus de quarante années, qu'elles sont à l'image du pays. Elles partagent son caractère ; elles rendent compte de sa diversité ; elles incarnent ses valeurs.

Là réside une part essentielle de la motivation des jeunes à nous rejoindre. Ils savent qu'ils vont combattre pour la liberté ; qu'ils vont vivre l'égalité sous l'uniforme ; et que la fraternité sera leur quotidien.

La liberté, d'abord, dont on mesure, aujourd'hui peut-être plus qu'hier, combien elle est fragile et combien il est important de se battre pour la protéger. «Sauvons la liberté, la liberté sauve le reste», écrivait Victor Hugo. Cette conviction est le moteur de l'action des hommes et des femmes de nos armées.

L'égalité, ensuite, parce que sous l'uniforme seul importe le sentiment d'un destin partagé. Face au danger, les différences ne résistent pas bien longtemps. Mais, de retour à la base ou au quartier, l'égalité des chances n'est pas, non plus, un vain mot. Chez nous, chacun se voit offrir l'opportunité de s'élever.

La fraternité, enfin, ce que nous, militaires, appelons esprit de corps, esprit d'équipage ou fraternité d'armes. Dépassant l'individualisme, elle se construit, patiemment, sur les joies partagées et, surtout, sur les épreuves surmontées ensemble. Rien ne résiste à sa force et à son assurance.

C'est, probablement, ce que beaucoup de nos compatriotes ressentent au passage du drapeau qui précède les troupes. Un emblème tissé du fil des épreuves et des ambitions de la Nation. C'est ce qu'il représente que nous saluerons. C'est devant ce qu'il signifie que nous nous inclinerons.

Comme l'a rappelé le président de la République, à Gao, au Mali, le 19 mai dernier: «La sérénité de nos existences, la sécurité de nos enfants, les joies de chaque jour ont un prix, c'est celui (des) sacrifices.» Ceux de nos soldats, de nos marins, de nos aviateurs qui ont mis leur vie au service du succès des armes de la France. Soyons fiers d'eux. Soyons fiers de nos armées françaises.

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