mercredi 12 juillet 2017

Maroc

Maroc: le gouvernement veut s'assurer du développement des régions (13.07.2017)
Au Maroc, début du procès de Nasser Zefzafi, leader de la contestation dans le Rif (10.07.2017)

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Maroc: le gouvernement veut s'assurer du développement des régions (13.07.2017)
Mis à jour le 13/07/2017 à 22:10


Le Premier ministre marocain a promis ce jeudi une tournée de son gouvernement dans les différentes régions du royaume pour y suivre et "accélérer" les projets de développement, une revendication au coeur de la contestation populaire qui secoue le Rif (nord). Cette tournée permettra de "faire le point sur les projets en cours, identifier ce qui bloque éventuellement et en accélérer leur réalisation", a annoncé jeudi Saad Eddine El Othmani à l'ouverture du conseil du gouvernement, dans des propos rapportés par la presse.

Elle devrait débuter dès la semaine prochaine dans la région de Béni Mellal-Khénifra (centre), ainsi que dans "les provinces du sud", terme qui désigne le Sahara occidental sous contrôle marocain.

Saad Eddine El Othmani s'est dit "conscient du fait que plusieurs régions du royaume n'ont pas bénéficié des retombées du développement de ces dernières décennies" et a promis que son gouvernement "oeuvrera à réaliser un développement équitable" partout dans le pays. Le développement est la principale revendication du mouvement de contestation qui secoue depuis neuf mois la province d'Al-Hoceïma (nord), dans la région du Rif.

Pour endiguer la fronde populaire, l'Etat avait relancé un vaste programme de constructions d'infrastructures dans la province mais le roi Mohammed IV a exprimé récemment son mécontentement sur le retard accumulé dans les chantiers. Une partie de la presse marocaine analysait jeudi l'annonce de Saad Eddine El Othmani comme une initiative pour éviter que le contestation dans le Rif "ne fasse tache d'huile" "L'exécutif redouble d'efforts pour éviter que les colères" des habitants du pays face au manque d'infrastructures "ne dégénèrent comme à Al-Hoceïma", commentait ainsi le site Yabiladi.


Sous la pression policière et après une vague d'arrestations fin mai, les manifestations ont finalement cessé depuis deux semaines à Al-Hoceïma, où les militants restent néanmoins mobilisés pour exiger désormais la "libération des prisonniers". Alors que commence la saison estivale et le retour attendu de nombreux Rifains de la diaspora, le ministère du Tourisme a organisé la visite sur place en début de semaine d'une délégation d'artistes pour "promouvoir la destination", a rapporté l'agence officielle MAP. Une délégation de trois parlementaires belges s'étaient par ailleurs rendue sur place en fin de semaine dernière, afin de "mieux comprendre" la situation, selon ses membres, trois élus socialistes.

Au Maroc, début du procès de Nasser Zefzafi, leader de la contestation dans le Rif (10.07.2017)
Des manifestations pacifiques agitent la région du nord depuis plusieurs mois. Accusé d’« atteinte à la sécurité intérieure », le chef du Hirak risque des décennies de prison.

Le Monde.fr avec AFP Le 10.07.2017 à 10h39 • Mis à jour le 10.07.2017 à 11h56

A Rabat, le 11 juin, manifestation de soutien du mouvement de protestation dans le Rif pour la libération de Nasser Zefzafi et contre la corruption des élites marocaines.
A Rabat, le 11 juin, manifestation de soutien du mouvement de protestation dans le Rif pour la libération de Nasser Zefzafi et contre la corruption des élites marocaines.

Le procès de Nasser Zefzafi, leader de la contestation populaire dans le nord du Maroc, débute, lundi 10 juillet à Casablanca, alors que les manifestations ont quasiment cessé. Mais les militants restent mobilisés pour « la libération des prisonniers ».

Emprisonné depuis la fin mai pour avoir interrompu le prêche d’un imam dans sa ville d’Al-Hoceima, Nasser Zefzafi doit passer en milieu de matinée devant les juges de la chambre criminelle de la cour d’appel de Casablanca. Le chef du Hirak (la « mouvance », nom donné localement à la contestation), aux harangues enflammées dénonçant « l’Etat corrompu », fait face à de lourdes charges, notamment « atteinte à la sécurité intérieure » pour lesquelles il encourt plusieurs décennies de prison.


Durcissement des autorités

Depuis la mort atroce de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson broyé accidentellement dans une benne à ordures (???) fin octobre 2016, le chômeur de 39 ans menait la fronde contre le « makhzen » (pouvoir), au nom de sa région natale du Rif.

Pendant près de huit mois, la petite ville d’Al-Hoceima et la localité voisine d’Imzouren ont vibré au rythme de manifestations pacifiques, rassemblant parfois des milliers de personnes, pour le développement d’une région historiquement frondeuse, qu’elles jugent marginalisée et négligée. La relance par l’Etat d’un vaste plan d’investissements et de chantiers d’infrastructures – avec des visites répétées de cohortes de ministres – n’a pas suffi à désamorcer la colère.


Le mois de mai a été marqué par un net durcissement des autorités dans la gestion des manifestations, de plus en plus réprimées par des forces de l’ordre, désormais omniprésentes dans la province.

Dans la foulée de l’arrestation de Nasser Zefzafi, la totalité des leaders et figures connues du Hirak a été interpellée. Les heurts se sont également multipliés, les policiers tentant tous les soirs d’empêcher ou de disperser les rassemblements de soutien aux prisonniers du Hirak. Selon un dernier bilan officiel, 176 personnes ont été placées en détention préventive. Cent vingt sont en cours de jugement, passibles de sévères condamnations allant jusqu’à vingt mois de prison.

« Dépression grave »

Sous la pression, peut-être aussi avec l’approche de la saison estivale, les manifestations ont finalement cessé début juillet. La tension est aussi retombée avec le retrait des policiers de lieux publics emblématiques à Al-Hoceima et Imzouren, une mesure décidée par le roi Mohammed VI en signe d’apaisement, selon les autorités locales.

Mais le mouvement n’a toutefois pas totalement disparu avec la poursuite d’attroupements improvisés de jeunes sur les plages, d’appels sur les réseaux sociaux et de concerts de casseroles ou de klaxons. La libération des détenus est devenue le nouveau leitmotiv des protestataires, qui s’inquiètent en particulier du sort de Sylia Ziani, figure féminine du mouvement, aujourd’hui en «dépression grave» selon ses avocats.


Samedi soir, une manifestation de soutien à la jeune femme de quelques dizaines de personnes a été violemment dispersée à Rabat. Plusieurs personnalités de défense des droits humains et des manifestantes ont été frappées par les policiers, a-t-on pu voir sur des images qui ont fait le tour des médias marocains.

Les autorités ont justifié leur intervention par le « refus d’obtempérer » des manifestants, ainsi que par leur intention « préméditée de provoquer et d’agresser (…) les forces publiques ».

Tortures et mauvais traitements

L’approche « sécuritaire » adoptée par les autorités reste très critiquée par les ONG et la société civile, mais également par une partie de la classe politique. Le patron de l’Istiqlal (parti historique de l’indépendance), Hamid Chabat, a ainsi demandé samedi la remise en liberté de Nasser Zefzafi et de ses codétenus, dont la cause était « pacifique » et les revendications « économiques et sociales ».

A l’image du premier ministre islamiste Saad Eddine Al-Othmani, les principaux partis du pays sont revenus sur leurs accusations de « séparatisme » contre le mouvement de protestation « hirak ». Et le débat fait toujours rage sur les suspicions de tortures et de mauvais traitements qu’auraient subis certains détenus.


La semaine dernière, des fuites dans la presse d’un rapport du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), un organisme officiel, ont été transmises à la justice. Ces expertises médicales ont été catégoriquement démenties par la police. Dimanche, un « comité des familles des détenus » a demandé l’ouverture d’une enquête sur ces allégations de mauvais traitements, et a de nouveau appelé à la libération des détenus, en premier lieu de la jeune Sylia Ziani « dont l’état de santé s’est détérioré ».

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