dimanche 25 février 2018

Le Coran a été trafiqué (Bernard Dick)

Palimpseste (1) : les deux écritures sont en arabe hidjazi ancien
(Capture d’écran d’après https://www.youtube.com/watch?v=TEU6knDtTSc)
Contester le Coran est considéré par l’islam comme le blasphème suprême. Pour tous les musulmans, le Coran a été révélé à Mohammad par l’ange Gabriel puis répandu dans le monde, exactement selon la version révélée, sans ajouts ni retraits, lettre pour lettre, mot pour mot, sourates selon les mêmes séquences, versets selon les mêmes rangs. La croyance dans ce corpus est simpliste et inébranlable : le Coran est incontestablement la parole d’Allah. Elle est la conséquence de répétitions de plusieurs versets : En vérité, c’est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c’est Nous qui en sommes gardien (Le Coran 15 :9), En vérité, c’est Nous qui avons fait descendre sur toi le Coran graduellement. (76 :23). Ainsi, Allah se porte garant de toute « intervention du diable » ou de quiconque susceptible d’ajouter ou de retrancher des éléments du Coran, en l’altérant ou en le déformant (تحريف).

Mais la croyance peut-elle résister éternellement face à la recherche scientifique approfondie des textes anciens ? Quand une vérité éclate au visage des croyants, elle provoque en eux un terrible choc dont ils ne peuvent se remettre. Et ils utilisent la violence sous ses différents aspects jusqu’à jeter l’anathème ou tuer celui qui découvre ces vérités.
La découverte des manuscrits de San’a’, capitale du Yémen
Les manuscrits de textes coraniques découverts à San’a’ en 1972 sont les plus anciens textes du Coran qui nous sont parvenus. Nous ne disposons pas de Coran ancien complet, ni de ceux des compagnons de Mohammad, ni de ceux des califes, ni de celui du calife Othmâne (576-656) réputé pour avoir recensé le Coran. Pourquoi Mohammad n’a-t-il pas recensé lui-même le Coran au moment de la révélation en présence de l’ange Gabriel ? En réalité, assembler les versets du Coran n’était pas dans l’intérêt de Mohammad, surtout quand il fut obligé d’inventer des versets pour disculper sa femme de toute accusation d’adultère ou quand il poussa son fils adoptif Zayd à répudier sa femme Zeynab pour que lui-même puisse épouser celle qui était sa belle-fille. Cela à un point tel que sa femme Aïchas’est trouvée obligée de déclarer « Je ne vois en ton Seigneur que Son empressement [à accepter] tes fantaisies »… Elle ironise sur la révélation, manifestant ainsi ses doutes.
Mohammad était illettré et il ne pouvait retenir qu’une très faible partie de ce que l’ange Gabriel lui aurait révélé.
Toutes les sourates, tous les versets coraniques sont survenus après un événement de la vie quotidienne de la communauté et la révélation est postérieure à l’événement. Le Coran peut donc être considéré comme un recueil historique d’archives.
Les manuscrits de San’a’ ont été découverts par des ouvriers en 1972 lors de la restauration de la Grande Mosquée. Il s’agissait d’une bouillie répugnante de vieux parchemins et de documents en papier (2), de livres endommagés et de feuillets individuels de textes arabes compactés par la pluie et l’humidité, rongés à travers les siècles par les rats et les insectes. Tout a été mis pêle-mêle dans vingt sacs de jute placés sur les marches d’un des minarets de la mosquée. Puis ils sont passés à l’oubli.
Le mécénat du gouvernement allemand
Gerd et Elisabeth Puin de l’Université de la Sarre, tous deux spécialistes de l’étude textuelle du Coran et de la paléographie arabe, ont mené une campagne subventionnée par l’État fédéral allemand pour la restauration d’environ 15.000 fragments de parchemins qui ont été nettoyés, assemblés et microfilmés puis stockés. D’autre part, les Yéménites gardaient profil bas afin de ne pas ébruiter la nature des conclusions. Car si le Coran s’avèrait être un document d’un intérêt historique et non d’inspiration divine absolue, alors toute la lutte islamique des 14 siècles passés deviendrait un non-sens. D’autre part, ils ne voulaient pas divulguer que des Allemands et d’autres étrangers travaillaient sur le Coran.
Dans un article publié par l’Atlantic Monthly en 1999, Gerd Puin dit : « Selon moi, le Coran est une sorte de cocktail de textes qui n’ont pas tous été compris, même à l’époque de Mohammad. Beaucoup d’entre eux peuvent même être plus anciens que l’islam lui-même d’une centaine d’années ».
Le Coran est considéré par l’islam comme étant écrit en arabe mubeen ( مُبين « clair ») alors qu’une phrase sur cinq n’a pas de sens, ce qui laisse aux exégètes des interprétations cacophoniques et le rend pratiquement intraduisible. Notons aussi que le mot même de « coran » vient du syriaque.
Transcription d’un palimpseste d’une page d’une sourate : la demi-page de droite représente l’écriture inférieure gommée et les mots de couleur bleue sont ceux qui ont été remplacés par l’écriture ultérieure figurant sur la demi-page de gauche.
Qu’a-t-on découvert dans l’étude de ces manuscrits coraniques ?
D’abord, l’ordre des versets ne correspond pas à la tradition. Il y a des variations dans les textes et les styles. Les textes sont rédigés en écriture arabe hidjazi primitive.
Ensuite, Élisabeth Puin a démontré en 2008 qu’une partie des papyrus montrait manifestement des traces d’une utilisation antérieure délavée (scriptio inférieure et scriptio supérieure du palimpseste). La superposition de deux textes coraniques de périodes différentes pose un questionnement, d’autant qu’un temps assez long sépare les deux écritures. En effet cette étude a bénéficié de l’analyse au radiocarbone qui prouve que le texte inférieur est antérieur à 671, avec une certitude de 99%.
Si le texte supérieur est presque identique à celui connu actuellement, le texte inférieur comporte une diversion du texte standard. Par exemple : dans la sourate 2, verset 87, le texte inférieur était : wa-qafaynâ ‘alâ âthârihî, ( وكفينا على آثاره) alors que le texte standard est wa-qafaynâ min ba’dihi ( وكفينا من بعده). On relève ainsi, dans l’ensemble de la sourate 2, vingt cinq minimes aberrations mais intrigantes par rapport au texte coranique standard. Dans la sourate 9 : dix huit variations. Dans la sourate 12 : huit variations, la sourate 19 : vingt huit variations, etc …
De telles aberrations ne sont pas surprenantes pour les historiens du texte coranique mais elles sont troublantes pour les croyants car elles s’opposent à la croyance musulmane orthodoxe pour qui le Coran qui nous est parvenu est simplement la parole d’Allah « parfaite, intemporelle et inchangée ». Gerd Puin écrit : « Beaucoup de musulmanscroient qu’entre les deux pages de couverture du Coran se trouvent les paroles inaltérées d’Allah » et « L’étude des fragments de San’a’ permet d’aider à présenter le Coran comme un texte historique analogue à la Bible et qui n’est pas tombé tout droit du ciel ».
Les autorités yéménites ouvertes à la recherche ont été, par la suite, sanctionnées. Le chef du Département des antiquités, embarrassé, a dû défendre devant le parlement sa décision de faire appel à des chercheurs étrangers.
Mais, à ce jour, les manuscrits de San’a’ n’ont pas encore livré tous leurs secrets.
1) Un palimpseste est un manuscrit sur parchemin dont la première écriture a été lavée ou grattée et sur lequel un autre texte a été écrit (du grec ancien παλίμψηστος palimpsêstos, gratté de nouveau).
(2) Le papier est anciennement connu en Chine. Il ne fut introduit en Europe qu’au début du 13e siècle. Les arabes n’ont connu, semble-t-il, le papier qu’en prenant Samarcande en 705 au contact de captifs chinois. S’agit-il, pour les manuscrits de San’a’, de manuscrits de papier ou de papyrus ? Une de nos deux sources indique : paper documents , la seconde parle de papyrus.