mercredi 12 juillet 2017

Bahreïn

Nabil Rajab : « Berlin et Paris, révisez vos liens avec les monarchies du Golfe » (20.12.2016)
A Bahreïn, « l’opposition est prête à un compromis avec la famille royale » (12.09.2016)
A Bahreïn, nouvelle vague de répression (21.06.2016)
Présentation du Bahreïn
Bahreïn et le printemps arabe : silence radio en occident (2011)



A Bahreïn, l’opposant Nabil Rajab condamné à deux ans de prison (10.07.2017)
Le verdict a été prononcé en l’absence de l’opposant chiite, hospitalisé depuis avril. Amnesty International dénonce une « violation flagrante des droits de l’homme ».

Le Monde.fr avec AFP | 10.07.2017 à 16h46 • Mis à jour le 10.07.2017 à 17h27

(photo)
Nabil Rajab, le 28 mai 2011.

L’opposant chiite bahreïni Nabil Rajab a été condamné, lundi 10 juillet, à deux ans de prison pour propagation de fausses nouvelles. Le verdict a été prononcé en l’absence de l’opposant, hospitalisé depuis avril, a affirmé dans un communiqué l’ONG Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD).

M. Rajab, 52 ans, avait été arrêté en juin 2016 et mis en détention provisoire pour avoir « propagé de fausses nouvelles sur la situation intérieure du royaume de Bahreïn de nature à porter atteinte à son statut et à son prestige », selon le communiqué du parquet. Dans une série d’entretiens donnés à des médias occidentaux, Nabil Rajab avait en effet a critiqué la situation des droits humains à Bahreïn, notamment dans une tribune au Monde.


« Violation flagrante des droits de l’homme »

Dans un communiqué reproduit par l’agence de presse officielle BNA (Bahraini News Agency), le parquet a affirmé avoir conduit le procès dans le « respect des droits » de l’opposant, qui a pu bénéficier d’un avocat et qui a la possibilité de se pourvoir en appel. Mais selon l’ONG BIRD, Nabil Rajab n’a pas pu assister à neuf des quatorze audiences de son procès en raison de ses problèmes de santé.


Amnesty International a réagi au verdict en dénonçant, dans un communiqué, une « violation flagrante des droits de l’homme » et en voyant dans ce jugement « un signe de l’intention des autorités de Bahreïn d’aller très loin pour faire taire toute critique ».

Le militant chiite avait été propulsé meneur officieux du Mouvement du 14 février, lancé en 2011 contre la dynastie sunnite des Al-Khalifa pour réclamer une monarchie constitutionnelle. Violemment réprimé en mars 2011, ce mouvement, mené par des opposants au régime, dont de nombreux chiites, majoritaires dans le royaume de 600 000 habitants, se poursuit depuis avec des manifestations sporadiques, et une répression toujours importante des figures de l’opposition.


Victime d’un véritable harcèlement judiciaire depuis 2011, Nabil Rajab est ainsi également poursuivi, dans une autre affaire, pour une série de tweets critiquant l’intervention militaire arabe au Yémen, à laquelle participe Bahreïn.

A Bahreïn, la crainte d’une escalade de violence (06.05.2017)

Pour le défenseur des droits bahreïni Maytham Al-Salman, le procès de l’ayatollah Issa Al-Qassem, la plus haute autorité chiite du pays, qui s’ouvre dimanche, risque d’exacerber les frustrations de la majorité chiite.

LE MONDE | 06.05.2017 à 21h40 • Mis à jour le 07.05.2017 à 11h24 | Par Hélène Sallon

Six ans après la répression du soulèvement bahreïni de 2011, lancé dans le sillage des printemps arabes, la situation des droits humains dans le petit royaume golfien a empiré. Des militants des droits humains, des opposants politiques et des représentants de la communauté chiite — majoritaire dans le pays, dirigé par la famille royale sunnite Al-Khalifa — sont en prison, interdits de sortir du pays ou ont été déchus de leur nationalité.

De passage à Paris, Maytham Al-Salman, défenseur des droits humains au Bahrein Center for Human Rights (BCHR), une organisation membre de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), alerte sur le risque d’une escalade autour du procès de l’ayatollah Issa Al-Qassem, la plus haute autorité chiite du pays, qui s’ouvre dimanche 7 mai.


Six ans après le soulèvement bahreïni, la répression s’est accrue à Bahreïn. Quelles sont les mesures qui vous inquiètent le plus ?

Maytham Al-Salman : Elles sont au nombre de trois. 

La première est la ratification par sa majesté le roi de Bahreïn d’un amendement ouvrant la voie à la tenue de procès militaires pour les civils. Cela est contraire aux engagements internationaux de Bahreïn et aux recommandations de la Commission d’enquête indépendante bahreïnie [BICI, établie après les événements de 2011]. 

La deuxième, ce sont les pleins pouvoirs conférés aux agences de sécurité nationales, également contre les recommandations de la BICI. Elles se sont rendues responsables de violations graves comme la torture.

Enfin, la dernière violation grave est la déchéance de nationalité de la plus haute autorité religieuse chiite, l’ayatollah Issa Al-Qassem, qui est l’un des pères fondateurs de la Constitution de Bahreïn. Les chiites représentent 65 % de la population. Ils vivent cette décision comme une insulte. Depuis le 20 juin 2016, et le décret royal qui a statué pour cette déchéance de nationalité, des centaines de personnes se réunissent devant la maison du cheikh Qassem à Duraz. Depuis trois cents jours, le village est complètement assiégé et ses entrées bloquées par des fils barbelés, des sacs de sable et des patrouilles de police.

Comme l’a pointé Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, ce n’est pas seulement une question de droits de l’homme mais aussi une question géopolitique. Bahreïn est au centre d’une région en proie à des conflits où les alignements et la polarisation confessionnels jouent un rôle majeur. Nous ne voulons pas que Bahreïn devienne un autre Irak, Yémen ou Syrie. La communauté internationale doit aider Bahreïn à retrouver la paix et la stabilité par un dialogue inclusif pour garantir l’égalité de tous les citoyens et la fin des pratiques discriminatoires contre la communauté chiite.

Le risque existe-t-il d’un éclatement de violence à Bahreïn ?

Quand vous emprisonnez et intimidez les modérés, vous ouvrez la voie à l’extrémisme. Quand des modérés comme Nabil Rajab, le cheikh Salman et d’autres sont mis en prison pour leurs idées ; quand 65 % des Bahreïnis sont victimes de discrimination systématique ; quand la répression devient une stratégie de gouvernance, il est naturel que la frustration monte. Les pays où les citoyens ont un haut niveau de frustration ont un fort potentiel de violence. La communauté internationale doit appeler Bahreïn à laisser la société civile œuvrer contre les messages de violence plutôt que de la cibler. La condamnation de l’ayatollah Qassem pourrait occasionner un niveau de violence élevé.
Depuis 2011, le gouvernement a commis des violations sérieuses qui, non seulement affectent la fabrique nationale mais frustrent la majorité des citoyens de façon dangereuse. 

Il est crucial de convaincre le gouvernement de Bahreïn que la voie du dialogue est la seule à même de ramener la stabilité et qu’il est impossible de réduire au silence des milliers de personnes qui ont été licenciées de leur emploi, qui ont vu leurs mosquées détruites, et dont les proches sont en prison. Le gouvernement de Bahreïn doit adopter un processus de justice transitionnelle, ainsi que des mesures législatives et des stratégies qui replacent l’identité bahreïnie au-delà de toutes les autres identités religieuses, tribales ou ethniques.

Vous êtes de longue date engagé dans le dialogue interreligieux à Bahreïn. Etes-vous encore optimiste quant à la possibilité de dépasser ce clivage confessionnel entre sunnites et chiites ?

De nombreuses opportunités existent pour dépasser cette crise. Mais, en réprimant la société civile, en limitant l’espace politique et en censurant totalement les activités civiques, les autorités bahreïnies ne donnent pas aux leaders communautaires la possibilité de jouer un rôle pour réunir à nouveau les Bahreïnis.

Je reste optimiste du fait de l’histoire de Bahreïn. Les Bahreïnis sont en majorité des montagnards, des paysans et des hommes d’affaires qui ne cherchent ni les guerres tribales ni la vengeance. Nombre de Bahreïnis veulent la fin des discriminations et que l’identité nationale s’impose aux autres identités. Bahreïn a historiquement été ouvert aux autres cultures. Manama, la capitale, accueille la majorité des centres culturels chiites, mais aussi des dizaines d’églises, une synagogue, des temples bouddhistes et hindous depuis des décennies. Nous sommes le meilleur modèle de coexistence pacifique de toute la péninsule Arabique et j’ai l’espoir que nous y parvenions à nouveau si le gouvernement arrête de cibler la société civile.

A Bahreïn, trois chiites exécutés pour un attentat contre des policiers (15.01.2017)
Des informations avaient circulé samedi sur l’imminence de ces exécutions et avaient provoqué des manifestations dans plusieurs villages chiites.

LE MONDE | 15.01.2017 à 09h21 • Mis à jour le 15.01.2017 à 16h18
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/01/15/a-bahrein-trois-chiites-executes-pour-un-attentat-contre-des-policiers_5062966_3218.html

Trois Bahreïniens de confession chiite, condamnés à mort pour un attentat ayant coûté la vie en 2014 à trois policiers, ont été exécutés tôt dimanche 15 janvier, a annoncé le parquet de la capitale, Manama, à l’agence officielle BNA. La sentence a été appliquée par un peloton d’exécution.

Des dizaines d’hommes et de femmes sont descendus dans la rue samedi après avoir entendu que les familles des trois chiites condamnés à mort avaient été convoquées pour les voir en prison avant leur mort.

Lundi dernier, la Cour de cassation de Bahreïn avait confirmé trois condamnations à mort et sept peines de prison à vie pour les membres d’un groupe, reconnus coupables du meurtre de trois policiers, dont un officier des Emirats arabes unis, dans un attentat à la bombe en mars 2014.

La contestation chiite sévèrement réprimée en 2011

C’était la première fois qu’un membre des forces de sécurité d’un autre pays du Golfe était tué à Bahreïn, où des militaires et des policiers d’Etats voisins se sont déployés en 2011 pour soutenir la monarchie sunnite face à la contestation animée par la majorité chiite. Depuis, la répression contre les chiites s’intensifie pour museler toute opposition.

Dans ce petit royaume du Golfe adossé à l’Arabie saoudite, des chiites n’hésitent pas à défier les autorités qui mènent une politique de la poigne de fer contre les opposants, régulièrement accusés de « complicité avec l’Iran ».

Un policier a été blessé tard samedi lorsqu’une patrouille a essuyé des tirs de « plusieurs individus » à Bani Jamra, à l’ouest de la capitale Manama, a déclaré le ministère de l’intérieur, en dénonçant un « acte terroriste ».



Brian Dooley, responsable de l’ONG Human Rights Defenders sise à Washington, avait demandé au gouvernement américain, dont une partie de la flotte est basée à Bahreïn, de « mettre en garde son allié du Golfe contre un niveau de répression effrayant et irresponsable susceptible de provoquer la colère et davantage de violence dans une région déjà volatile ».

A Bahreïn, les célébrations de Hanoukka font grincer des dents (06.01.2017)

Une vidéo de la fête des Lumières célébrée par des hommes d’affaires bahreïnis et des juifs américains, le 24 décembre 2016, à Manama a provoqué la colère publique. Notamment chez les chiites.

M le magazine du Monde | 06.01.2017 à 14h15 | Par Laure Stephan (Beyrouth, correspondance)
http://www.lemonde.fr/m-moyen-format/article/2017/01/06/a-bahrein-les-celebrations-de-hanoukka-font-grincer-des-dents_5058816_4497271.html
Les réseaux sociaux ont largement relayé des images de fête de Hanoukka le 24 décembre 2016, à Bahreïn. CAPTURE WEB

Les autorités du royaume de Bahreïn avaient manifestement choisi de garder le silence sur les festivités qui ont rassemblé dans la capitale Manama, le 24 décembre, au premier jour de Hanoukka, des businessmen locaux et une délégation de juifs orthodoxes américains en voyage d’affaires. Pas un mot de l’agence de presse officielle. C’était sans compter sur la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo filmée par un participant : on y voit, mine joyeuse, des hommes en tunique et keffieh danser avec leurs hôtes en costume noir et kippa, accompagnés par des chants hassidiques.
Abondamment relayées par les médias pro-israéliens, ces images ont été fustigées par la presse iranienne. Elles ont aussi, sans surprise, suscité l’ire du mouvement radical palestinien Hamas. À Bahreïn, les pas de danse ont fait grincer des dents au sein d’une opinion majoritairement propalestinienne. Des éditorialistes arabes dénoncent l’esprit militant de la délégation étrangère, mise sur pied par un richissime homme d’affaires américain lié au mouvement Habad-Loubavitch.

Face au tollé, la chambre de commerce, dont plusieurs membres ont participé à la rencontre « à titre privé », a démenti toute implication dans l’organisation de la fête. L’un de ses responsables, Khaled Al-Zayani, a tenté de calmer la colère de ses compatriotes, en affirmant que les Bahreïnis invités avaient été « surpris » par le déroulement de la réception : selon lui, « personne ne s’attendait » à ces célébrations, et surtout, la délégation américaine n’aurait pas parlé de « relations commerciales », mais plaidé à mots couverts pour un rapprochement avec Israël, sujet tabou dans le royaume.

Une députée juive au Conseil de la Choura

En 2015, déjà, le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa avait organisé une cérémonie à l’occasion de la fête juive des Lumières. Une première depuis 1948 et la naissance de l’état d’Israël. L’allumage des bougies de Hanoukka s’était fait au sein même du palais, sans susciter d’hostilité si l’on en croit des articles publiés alors par la presse du royaume. Le monarque avait placé cette célébration, en présence de convives européens, dans le cadre d’une rencontre consacrée au dialogue interreligieux. Il s’était engagé à ce que les juifs bahreïnis – une trentaine de personnes sur une population d’origine bahreïnie estimée à 700 000 personnes – continuent à « vivre tranquillement », en maintenant leurs « coutumes sans aucune crainte ».

Les effectifs de la communauté juive locale, venue d’Irak ou d’Iran dès la fin du XIXe siècle, se sont effondrés depuis 1948. Mais elle conserve une visibilité, avec une députée au Conseil de la Choura. Une Bahreïnie de confession juive a aussi été ambassadrice aux États-Unis, allié-clef, de 2008 à 2013.


De façon plus générale, les autorités cultivent une image de tolérance religieuse. Ainsi ont-elles offert à l’église catholique un terrain destiné à l’édification d’une cathédrale. Une ouverture qui tranche avec les discriminations à l’encontre des chiites, selon des organisations des droits de l’homme. Majoritaires dans le petit archipel du Golfe, ces derniers mènent depuis près de six ans une fronde durement réprimée contre le pouvoir royal sunnite. Les images des récentes festivités, écrit le journal propalestinien Raï Al-Youm, auront réussi le tour de force d’unir les deux communautés musulmanes.


Nabil Rajab : « Berlin et Paris, révisez vos liens avec les monarchies du Golfe » (20.12.2016)


Militant des droits de l’homme à Bahreïn, Nabil Rajab a été arrêté en juin pour avoir dénoncé la participation de son pays à l’intervention au Yémen. Alors que son procès vient d’être repoussé au 28 décembre, il demande aux Européens de revoir leurs relations avec les monarchies du Golfe.

LE MONDE | 20.12.2016 à 06h41 • Mis à jour le 20.12.2016 à 16h09 | Par Nabil Rajab (Militant bahreïni pour les droits de l'homme)

« Quand j’ai écrit une lettre ouverte à l’administration des Etats-Unis, le gouvernement de Bahreïn a porté de nouvelles plaintes contre moi pour atteinte à la réputation du pays » (Photo: le ministre des affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier  et son homologue saoudien  Adel al-Jubeir à Berlin le 25 mai).

Par Nabil Rajab, militant bahreïni pour les droits de l’homme, depuis la prison de Manama

Alors que la tragédie de la crise des réfugiés bat son plein, il apparaît clairement que les conséquences des politiques européennes au Moyen-Orient avant et depuis le « printemps arabe » de 2011, se répandent maintenant en Europe. La France a été activement impliquée dans deux crises prenant place dans la région – la Syrie et la Libye. Pour cette dernière, c’est le gouvernement de Nicolas Sarkozy qui a mené les bombardements contre les forces de Mouammar Kadhafi, aux côtés de la Grande-Bretagne.

La chute du dictateur était méritée, mais les forces occidentales se sont retirées immédiatement après, sans aider la Libye à mettre en place un consensus post-Kadhafi. Les conséquences ont été dévastatrices. S’en est suivi l’essor de l’Etat islamique, issu des conflits en Irak et en Syrie, la pire manifestation d’une idéologie violente qui reçoit encore le soutien de plusieurs Etats du Moyen-Orient.

Les pays européens doivent participer à l’effort visant à remédier à ces problèmes et doivent, pour ce faire, remporter la guerre des idées opposant la démocratie et les droits humains à l’autoritarisme et la violence. Pour soutenir ces concepts au Moyen-Orient, ils doivent être prêts à faire front aux monarchies du golfe Arabo-Persique.

Les Etats du Golfe affirment être des alliés dans la bataille contre l’extrémisme, alors qu’ils ont alimenté la crise. Les alliances occidentales doivent reconsidérer le soutien qu’elles apportent à ces monarchies. La France et l’Allemagne sont maintenant les deux cœurs battants de l’Europe. Elles doivent toutes deux mettre en œuvre leurs valeurs.

J’écris depuis une prison de Bahreïn, où j’attends d’être jugé pour avoir critiqué le bombardement du Yémen par l’Arabie saoudite et pour avoir révélé les actes de torture commis dans les prisons de mon pays. Je risque pour cela...

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/20/berlin-et-paris-revisez-vos-liens-avec-les-monarchies-du-golfe_5051494_3232.html

A Bahreïn, « l’opposition est prête à un compromis avec la famille royale » (12.09.2016)
Vétéran de la gauche bahreïnie, le militant des droits humains Abdel Nabi Al-Ekry appelle la monarchie sunnite des Khalifa à sceller la réconciliation avec l’opposition.

LE MONDE | 12.09.2016 à 18h33 • Mis à jour le 12.09.2016 à 20h50 | Propos recueillis par Hélène Sallon

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image: http://img.lemde.fr/2015/01/01/0/0/4928/3280/534/0/60/0/ill_4548288_2cbc_428404.jpg
Le chef de l'opposition chiite à Bahreïn et secrétaire général de l’association islamique Wefaq, Ali Salman (au centre), le 26 décembre 2014. Il a été arrêté le 28 décembre 2014 après avoir dirigé un rassemblement d’opposition contre les élections du mois de décembre, boycottées par son parti.
Le chef de l'opposition chiite à Bahreïn et secrétaire général de l’association islamique Wefaq, Ali Salman (au centre), le 26 décembre 2014. Il a été arrêté le 28 décembre 2014 après avoir dirigé un rassemblement d’opposition contre les élections du mois de décembre, boycottées par son parti. AFP/MOHAMMED AL-SHAIKH
Vétéran de la gauche, Abdel Nabi Al-Ekry est le seul des vingt membres de la délégation bahreïnie attendus à la session de septembre du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à avoir pu rejoindre Genève, en Suisse.
Peu de temps après qu’il s’était envolé pour l’Europe, les autorités de Manama ont décrété une interdiction de sortie de territoire de tous les membres de la délégation. Depuis le soulèvement de 2011 dans le petit Etat du Golfe, la dynastie sunnite des Khalifa a accru sa répression contre tous les courants de l’opposition, et particulièrement contre les militants issus de la majorité chiite du pays.
De passage à Paris, Abdel Nabi Al-Ekry a appelé la famille régnante à ouvrir le dialogue avec l’opposition.
Quelle est la situation dans le pays, cinq ans après le soulèvement de 2011 ?

Abdel Nabi Al-Ekry : Quatre mille prisonniers politiques sont toujours enfermés depuis 2011 – sur une population de 650 000 personnes –, dont sept sont condamnés à la peine capitale. Des milliers de personnes sont au chômage – 3 500 personnes ont perdu leur emploi dans les entreprises ou institutions gouvernementales – ou en exil. Et nous faisons face à une répression accrue. Cela a commencé avec l’interdiction totale des manifestations de la société civile ou des groupes politiques en octobre 2014.
Lire aussi :   Peine de prison alourdie pour le chef de l’opposition chiite à Bahreïn

Les dignitaires religieux étaient préservés dans une certaine mesure. Aujourd’hui, vingt d’entre eux, chiites, sont en prison, dont le plus important du pays, le cheikh Issa Qassem, dont la citoyenneté a été révoquée en juin. Il est né à Bahreïn, a même été élu dans l’assemblée constituante qui a écrit la Constitution de 1973. C’est ainsi qu’ils agissent avec les chiites qui sont à la pointe de l’opposition. Ils révoquent désormais les autorisations des partis politiques, comme le Wefaq – le parti islamique chiite –, qui avait obtenu 64 % des scrutins aux élections de 2010. Cela sape tout régime politique.
« IL Y A UN CONSENSUS PARMI LES GENS SELON LEQUEL IL FAUT UN CHANGEMENT RADICAL DU SYSTÈME, SANS POUR AUTANT RENVERSER LE RÉGIME »
Ce soulèvement a eu pour impact une participation accrue des femmes et des jeunes, que ce soit au profit du Wefaq ou des autres mouvements politiques. Il y a un consensus parmi les gens selon lequel il faut un changement radical du système, sans pour autant renverser le régime. Le système est injuste, marqué par les discriminations et un manque de libertés. Malgré les sacrifices faits, nous n’allons pas repartir de zéro.
Comment expliquer cette répression accrue de la part des autorités ?

Cela est peut-être le fait des faucons au sein de la famille royale ou peut venir d’une volonté de plaire à l’Arabie saoudite. L’Iran [chiite] n’avait rien à voir avec le soulèvement de 2011, mais le « printemps arabe » a créé une phobie au sein du régime. Bahreïn a joué de la défiance entre l’Iran et l’Arabie saoudite pour obtenir l’intervention des forces du Conseil de coopération du Golfe contre les manifestants à Manama. Il n’y avait pas de réelle volonté de dialogue du régime, si ce n’est pour gagner du temps et apparaître de bonne volonté auprès des Occidentaux. La question se pose désormais de savoir si la vie politique a encore un sens.
« LA QUESTION SE POSE DÉSORMAIS DE SAVOIR SI LA VIE POLITIQUE A ENCORE UN SENS »
En dépit de cette sombre situation, je vois encore des choses positives, comme la solidarité entre les gens, que ce soit face à la crise économique, aux difficultés dans l’accès au logement ou aux services, pour ceux qui ont perdu leur emploi, ou pour les familles des 150 martyrs tombés depuis 2011. On sent une volonté d’aller de l’avant et un certain soutien des instances internationales. Les Etats-Unis sont intervenus auprès de l’Organisation internationale du travail pour que les personnes licenciées soient réintégrées. Désormais, les chiites ne parviennent plus qu’à obtenir des emplois à durée déterminée, même des médecins. Il y a sans aucun doute du confessionnalisme dans l’embauche, on amène des expatriés pour prendre leurs postes.
Les recommandations faites par la commission d’enquête indépendante bahreïnie après les événements de 2011 ont-elles été appliquées ?

L’enquête a abouti à 64 recommandations. Mais ce sont des réformes de façade, et non pas substantielles. Le roi a déclaré que les recommandations avaient été mises en œuvre, mais cela a été contesté par le chef de la commission d’enquête en personne. Il n’y a pas eu, comme promis, de commission nationale avec l’opposition et la société civile.
« TOUT S’EST DÉTÉRIORÉ. IL N’Y A PAS D’INDÉPENDANCE DE LA JUSTICE. LA POLICE NE REND AUCUN COMPTE »
Les compensations pour les victimes sont conditionnées à la présentation d’une attestation du tribunal qui établit que la personne a été tuée par la police, ce qui est impossible à obtenir. Plus d’atrocités encore ont été commises depuis. Nous dénombrons 150 martyrs jusqu’à aujourd’hui. Plus de 300 Bahreïnis ont été déchus de leur nationalité, dont seuls 20 sont des djihadistes. Les autres sont des cyberactivistes, des chercheurs. Il y a plus de prisonniers et de gens partis en exil. Tout s’est détérioré. Il n’y a pas d’indépendance de la justice. La police ne rend aucun compte.
 Lire aussi :   A Bahreïn, nouvelle vague de répression

Avez-vous un soutien de la communauté internationale ?

Les Etats-Unis ont un accord de libre-échange avec Bahreïn et n’ont pris aucune sanction en réponse. Les contrats d’armement se poursuivent. Les déclarations internationales sont parfois complaisantes avec le régime, surtout de la Grande-Bretagne. Bahreïn n’est rien au regard de ce qui se passe à l’échelle de la région. Cela est vu comme une crise de moindre ampleur, gérable. Et Bahreïn joue un rôle important dans l’arc antiterroriste en accueillant la base de la 5e flotte américaine, une base du CentCom [commandement central des Etats-Unis] et une future base navale britannique. La France dit que c’est une chasse gardée britannique.
La situation dans le pays est-elle aggravée par la rivalité entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite ?

Nous sommes au cœur d’une bataille régionale, qui s’amplifie. Notre gouvernement pourrait se tenir à distance de cette crise, mais, au contraire, il alimente le confessionnalisme en ciblant les chiites et en tolérant une campagne de haine contre eux. Cela va encourager l’extrémisme parmi la jeunesse. La majorité chiite perd espoir, ne voit plus de solution face à ce discours toujours plus agressif de la part du gouvernement et des sunnites. La plupart des villages et des routes sont encerclés de barbelés. Les manifestations et les grèves de la faim vont se poursuivre à petite échelle.
 Lire aussi :   A Barheïn, le pouvoir sunnite inamovible


J’espère qu’il y aura des négociations sérieuses entre l’Arabie saoudite et l’Iran, avec le soutien de la Russie et des Etats-Unis, pour éteindre ce feu qui se répand partout. Ce n’est pas sans espoir. La décision revient à la famille royale. L’opposition est prête au compromis, à normaliser la situation avec le gouvernement. On demande seulement la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés et la relance des négociations entre l’opposition et les dirigeants dans le cadre de la monarchie constitutionnelle.

A Bahreïn, nouvelle vague de répression (21.06.2016)
Les mesures visant un religieux et une formation chiites ont suscité la colère de l’Iran. Rétives au dialogue et à l’ouverture, les autorités cherchent à museler les dernières voix dissidentes.

LE MONDE | 21.06.2016 à 12h37 • Mis à jour le 21.06.2016 à 12h38 | Par Laure Stephan (Beyrouth, correspondance)

Lors d’une manifestation de soutien à Issa Qassem, dignitaire religieux déchu de sa nationalité, le 20 juin, à Diraz (Bahreïn).

Nouveau tour de vis à Bahreïn. En quelques jours, le pouvoir a rappelé qu’il n’y avait pas de place pour la critique dans ce petit royaume du golfe Persique, où les dissidents sont dans le collimateur depuis la répression de la révolte antirégime en 2011. Lundi 20 juin, Cheikh Issa Qassem, un éminent dignitaire religieux chiite, a été déchu de sa nationalité. Une semaine plus tôt, les autorités avaient placé sous les verrous l’un des plus célèbres pourfendeurs du régime, le militant Nabil Rajab, et mis au pas la principale formation de l’opposition, le Wifaq, dont les activités ont été suspendues et les fonds gelés.

Pour justifier ses décisions, le pouvoir judiciaire affirme que la sécurité de Bahreïn est en jeu. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme considèrent les tribunaux comme partiaux. Elles estiment aussi que la chape de plomb risque d’aggraver les troubles. Lundi, des manifestations de colère ont eu lieu à Diraz, le fief de Cheikh Issa Qassem, très populaire parmi les chiites, majoritaires dans le pays. Fer de lance de l’opposition, cette communauté accuse la famille royale sunnite Al-Khalifa, soutenue par l’Arabie saoudite, de monopoliser le pouvoir.

Les dernières décisions frappent par la sévérité des charges. Comme Cheikh Issa Qassem, le Wifaq se voit taxé de « nourrir un environnement favorable au terrorisme, à l’extrémisme et à la violence ». Au dignitaire religieux, il est aussi reproché de servir des intérêts étrangers – ceux de l’Iran. Rétives au dialogue interne, les autorités accusent Téhéran d’attiser la contestation.

Washington « préoccupé »

Téhéran a réagi avec virulence à la déchéance de nationalité de Cheikh Issa Qassem, qui fait suite à l’exécution, en Arabie saoudite, d’un autre dignitaire chiite, le cheikh Nimr, au début de l’année : cette « ligne rouge, une fois franchie, va enflammer Bahreïn et toute la région », a mis en garde le général Soleimani. Washington...



Présentation du Bahreïn
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Données générales
Sommaire
Présentation du pays
Éléments d’actualité
Présentation du pays

Nom officiel : Royaume de Bahreïn
Nature du régime : monarchie constitutionnelle
Chef de l’Etat : Sa Majesté Cheikh Hamad bin Issa AL KHALIFA
Données géographiques
Superficie : 760 km² répartis sur 33 îles, dont certaines inhabitées
Capitale : Manama
Villes principales : Muharraq, Riffa, Jidhafs, Hamad Town, Isa Town
Langue officielle : arabe
Monnaie : dinar bahreïnien
Fête nationale : 16 décembre
Données démographiques
Population : 1,30 million d’habitants
Densité : 1 851 hab/km²
Croissance démographique : 2%
Espérance de vie : 77 ans
Taux d’alphabétisation : Pas de données Banque mondiale au-delà de 2010 (93 % (H) 90 % (F)).
Religions : islam, christianisme (nombreuses congrégations pour la population immigrée)
Indice de développement humain (2014) : 0,82 (45ème rang)
(Sources : PNUD 2015)
Données économiques
PIB nominal : 30,4 milliards de dollars
PIB par habitant : 23.392 dollars
Taux de croissance : 3,2 %
Taux de chômage 3,2 %
Taux d’inflation : 1,8 %
Solde budgétaire : -15,1 % du PIB
Dette publique : 63,3 % du PIB
Part du secteur hydrocarbures : 25 % du PIB
Principaux clients : Arabie saoudite 3.6%, Emirats arabes unis 2.4%, Etats-Unis 2.2% (2015)
Principaux fournisseurs : Arabie saoudite 29.1%, Etats-Unis 9.5%, Chine 7.6%, Japon 6.6%, Australie 5.1%, Inde 4.9% (2015)
Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB (2015) :
agriculture : 1 %
industrie : 32%
services : 67%
En 2015, nos exportations s’établissent à 130 millions d’euros. Les importations bahreïniennes s’élèvent à 88 millions d’euros.
(Sources : Fonds monétaire international - FMI, direction générale du Trésor, direction générale des douanes)
Pour plus d’informations sur les relations économiques franco-bahreïniennes : https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/bahrein
Composition du gouvernement
Prince Khalifa ben Salmane Al Khalifa
Premier ministre
Prince Salman ben Hamed Al Khalifa
Prince héritier, vice-commandant suprême et premier vice-premier ministre
Cheikh Mohammed ben Mubarak Al Khalifa
Vice premier-ministre
Cheikh Ali ben Khalifa Al Khalifa
Vice premier-ministre
Jawad ben Salem Al Arrayed
Vice premier ministre
Cheikh Khalid ben Abdulla Al Khalifa
Vice premier-ministre
Mohammed ben Ebrahim Al Mutawa
Ministre des affaires du cabinet
Lt- General Cheikh Rashid ben Abdulla Al Khalifa
Ministre de l’intérieur
Cheikh Khaled ben Ahmed ben Mohammed Al Khalifa
Ministre des affaires étrangères
Cheikh Ahmed ben Mohammed Al Khalifa
Ministre des finances
Dr. Majid ben Ali Al Nuaimi
Ministre de l’éducation
Dr. Abdulhussain ben Ali Mirza
Ministre de l’électricité et de l’eau
Cheikh Khaled ben Ali ben Abdulla Al Khalifa
Ministre de la justice, des affaires islamiques et des donations
Essam ben Abdulla Khalaf
Ministre du travail, des municipalités et de l’urbanisme
Jameel ben Mohammed Ali Humaidan
Ministre du travail et du développement social
Kamal ben Ahmed Mohammed
Ministre du transport et des télécommunications
Bassem ben Yacoub Al Hamer
Ministre du logement
Ghanim ben Fadhel Al Buainain
Ministre du Conseil de la Choura et de la Chambre des représentants
Faeqa bint Saeed Al-Saleh
Ministre de la santé
Major-General Yusuf ben Ahmed ben Hussein Al Jalahma
Ministre de la défense
Zayed ben Rashid Al Zayani
Ministre de l’industrie, du commerce et du tourisme
Ali ben Mohammed Al-Rumaihi
Ministre des Affaires internationales
Cheikh Mohammed ben Khalifa Al Khalifa
Ministre du pétrole
Présence française
Site internet de l’ambassade : https://bh.ambafrance.org/
Section consulaire de France : Manama
Communauté française au Bahreïn (juin 2016) : 1200 Français inscrits
Éléments d’actualité

Politique intérieure

Bahreïn connaît depuis longtemps des tensions politiques et sociales, qui recoupent assez nettement le clivage entre sunnites et chiites. Frontalier de la région du Hassa en Arabie où se trouve l’essentiel de la minorité chiite saoudienne, le royaume a engagé depuis plus d’une décennie un processus d’ouverture démocratique visant à mieux intégrer les chiites dans le jeu politique (adoption par référendum en 2001 d’une charte nationale, mise en place en 2002 d’un conseil consultatif et d’une chambre des députés élue au suffrage universel). Les chiites continuent cependant de dénoncer des actes de discrimination (chômage important, difficultés à l’embauche dans l’administration, restrictions pour l’accès au logement) et jugent les réformes insuffisantes (découpage défavorable des circonscriptions, faibles prérogatives de la Chambre des députés).

La crise que connaît Bahreïn depuis le 14 février 2011 s’est développée en trois temps : d’abord une forte mobilisation de l’opposition chiite entre le 1er février et le 14 mars 2011, suivie d’une violente répression à partir du 14 mars 2011 (Bahreïn a même reçu des renforts militaires des pays du conseil de coopération des Etats arabes du Golfe (CCEAG) et mené une vaste campagne d’arrestations d’opposants) et enfin plusieurs tentatives, successivement avortées, de reprise d’un dialogue politique depuis l’été 2011. A l’automne 2011, une commission d’enquête indépendante (« Bassiouni ») (qui a pris fin en mai 2016) a été mandatée par le Roi afin de déterminer la nature des violations survenues et d’en désigner les responsables. En novembre 2011, elle a remis des recommandations (programme de « réconciliation nationale », identification et sanctions des personnels de sécurité coupables de violations des droits de l’Homme, réintégration des travailleurs licenciés, refonte de la loi sur la presse et les médias) qui devaient constituer la base des négociations en cours entre le régime et les partis d’opposition. Le dialogue national est aujourd’hui dans l’impasse, comme l’a montré le boycott par les formations de l’opposition des élections générales des 22 et 29 novembre 2014 et la dissolution du principal mouvement politique d’opposition Al Wefaq en juillet 2016.

S’agissant des droits de l’Homme, plusieurs décisions de justice et la reprise des exécutions capitales signalent une dégradation de la situation. Depuis mai 2016, l’influence renouvelée des tenants d’une ligne plus répressive a conduit à des déchéances de nationalité, des expulsions et à un durcissement des condamnations. Plus de 200 citoyens bahreïniens ont ainsi été déchus de leur nationalité, dont la plupart ont été reconnus coupables du terrorisme. Le 9 janvier 2017, trois exécutions capitales visant trois Bahreïniens chiites, ont marqué la fin du moratoire de fait des exécutions depuis 2008.
Situation économique

Comparé aux autres pays du CCEAG, Bahreïn présente plusieurs spécificités notables : une faible part des hydrocarbures dans la formation du PIB (24 %, soit 200.000b/j de pétrole) et une stratégie de diversification dynamique autour de trois priorités : l’aluminium, les services financiers et le tourisme, principalement en provenance d’Arabie saoudite. En effet, conscientes du tarissement de leurs ressources en hydrocarbures, les autorités de Manama ont, dès la décennie 1980, mis en œuvre un plan de diversification de l’économie, dont l’une des pierres angulaires a été le développement d’un centre financier à vocation régionale. De plus en plus concurrencée par l’essor des places financières offshore des pays voisins (le DIFC à Dubaï et, à un degré moindre, le QFC au Qatar), la place de Manama a choisi de privilégier deux axes de développement pour se différencier : la finance islamique et un dispositif de régulation et de supervision susceptible d’attirer les acteurs internationaux. A la fin de l’année 2014, le secteur financier regroupait 402 institutions, employant 14 000 personnes et représentant un peu moins de 15% du PIB, soit le niveau le plus élevé parmi les pays du Golfe. Le pays dispose en outre d’un fonds souverain (Mumtalakat) évalué à 7 milliards de dollars environ.

La persistance de tensions politiques non résolues risque toutefois d’affecter la confiance des investisseurs et de faire perdre au royaume son avantage compétitif dans un environnement régional à la fois instable et très concurrentiel. La baisse des cours pétroliers depuis l’été 2014 amplifie les risques d’une croissance ralentie (croissance de 3,4% en 2015 contre 4,5% en 2014). Le gouvernement bahreïnien a ainsi annoncé en janvier 2016 une augmentation de 50% des prix de l’essence et envisage de baisser les subventions sur une série de produits. En effet, les subventions représentent 30% des dépenses publiques alors que les salaires représentent 42% de celles-ci. La source de vulnérabilité la plus importante de l’économie réside toutefois dans la progression rapide de sa dette publique, qui a doublé en quatre ans (43,8% du PIB fin 2014).

Politique étrangère

Les relations avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis
Bahreïn entretient des relations privilégiées avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La première a exercé son protectorat sur l’archipel jusqu’en 1971 tandis que les seconds lui ont accordé en 2001 le statut d’« allié majeur hors OTAN ». Manama accueille le commandement de la Ve flotte américaine et le commandement central des forces navales (USNAVCENT).

Les relations avec les autres pays du Golfe

Le royaume a noué des liens étroits avec l’Arabie saoudite, à laquelle il est relié par un pont-digue de 25 km. Outre l’aide pétrolière qu’elle lui fournit (représentant près de 25% du PIB de Bahreïn), l’Arabie représente l’essentiel (80%) de ses entrées touristiques, ainsi qu’un débouché substantiel (15%) pour sa production d’aluminium.

Le Royaume occupe actuellement une place stratégique au sein du CCEAG, dont elle assure la présidence tournante depuis décembre 2016 et dont le secrétaire général est un Bahreïnien depuis avril 2011. Avec l’Iran, les relations se sont considérablement tendues. La saisie d’une quantité importante d’explosifs le 31 septembre 2015 à Manama a provoqué le rappel de l’ambassadeur bahreïnien à Téhéran le 1er octobre et l’expulsion du chargé d’affaires iranien. En janvier 2016, les autorités de Manama ont suivi Riyad et ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Iran. Malgré les conclusions du rapport Bassiouni (qui exonère Téhéran de toute responsabilité dans les troubles), les autorités du Golfe et les pays du CCEAG accusent les autorités iraniennes et le Hezbollah d’encourager l’agitation que connaît le pays. En retour, l’Iran critique régulièrement la situation à Bahreïn.

Dossiers régionaux
Aux prises avec ses propres difficultés intérieures, Bahreïn est resté discret dans le dossier syrien, même s’il soutient officiellement les initiatives de ses voisins du Golfe.
Bahreïn est engagé dans la lutte contre le terrorisme et membre de la coalition internationale de lutte contre Daech. Le royaume a notamment organisé plusieurs conférences internationales sur les moyens de tarir le financement des organisations terroristes, en 2014 puis en 2015.

Divers
Bahreïn apporte une contribution remarquée aux débats consacrés aux questions de sécurité dans la région du Moyen-Orient en organisant chaque année, depuis 2004, le « Manama Dialogue », un forum international de haut niveau. Le ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, a participé à la dernière édition, en décembre 2016.
Mise à jour : 11.05.17




Bahreïn et le printemps arabe : silence radio en occident (2011)
L'article le dit, il y a eu "intervention militaire des Saoudiens et des Emiratis". Des tanks pour "étouffer une fronde" (sic)?. La censure sur le "printemps arabe" du Bahrein, qui a sévi jusque dans les colonnes du Monde, est illustrée par le cas Amber Lyon. Son documentaire, réalisé pour CNN international, primé, n'a été diffusé qu'une seule fois, à 8h du matin, sur CNN 'Domestic'. http://www.theguardian.com/world/2012/sep/04/cnn-international-documentary-bahrain-arab-spring-repression

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Justine Augier: «Le printemps syrien ne peut être effacé» (22.11.2017) Par  Françoise Dargent Mis à jour le 22/11/2017 à 19h18 | Publié ...