jeudi 27 juillet 2017

Le nouveau califat de Turquie (Erdogan et les Frères musulmans)

Les mariages en Turquie pourraient passer sous le contrôle de muftis (29.08.2017)
Juncker : «La Turquie s'éloigne à pas de géant de l'Europe» (29.08.2017)
Un écrivain, critique du président Erdogan, interpellé en Espagne (20.08.2017)
Turquie : un membre présumé de l'EI tué (19.08.2017)
Loup Bureau : Macron a appelé Erdogan (15.08.2017)
L'appel des journalistes pour la libération de Loup Bureau emprisonné en Turquie (16.08.2017)
Turquie : bannis par Erdogan, ils montent sur scène (11.08.2017)
Turquie : 42 militants de l'EI et kurdes arrêtés (11.08.2017)
La mobilisation s'amplifie pour libérer Loup Bureau, journaliste incarcéré en Turquie (11.08.2017)
Loup Bureau, deux semaines dans les geôles turques : "Un cap a été franchi" (10.08.2017)
La Turquie, «plus grande prison au monde pour les journalistes» (04.08.2017)
Turquie: un journaliste français écroué pour "terrorisme" (02.08.2017)
Turquie : plus d'un millier d'arrestations (31.07.2017)
Liberté de se vêtir : manifestation à Istanbul (30.07.2017)
Comment les journalistes de «Cumhuriyet» se sont défendus au tribunal (28.07.2017)
En Turquie, Erdogan convertit les écoles au « bon djihad » (28.07.2017)
Sept collaborateurs de Cumhuriyet libérés (28.07.2017)
Procès de «Cumhuriyet» : «Le journalisme n’est pas un crime» (24.07.2017)
Murat Belge : «Si Erdogan tire trop sur la corde, beaucoup de ses supporteurs peuvent s’en détacher» (24.07.2017)
En Turquie, le journal « Cumhuriyet » face à la justice (24.07.2017)
Erdogan, le transformiste (23.07.2017)
Turquie : Kilicdaroglu, l'homme qui défie Erdogan (21.07.2017)
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Retrouvez notre direct vidéo sur la Turquie, un an après le coup d’état raté (Le Monde, 13.07.2017)
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En Turquie, la dénonciation au quotidien (30.06.2017)
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En Turquie, le régime d'Erdogan grignote les biens des minorités religieuses (27.06.2017)
Turquie : comment le pouvoir cadenasse la justice (27.06.2017)
Istanbul : le centre culturel Atatürk en voie de démolition (26.06.2017)
La Turquie est-elle devenue une dictature? (20.04.2017)
Jean-François Colosimo : «L'alliance de la Turquie avec Daech est objective» (22.01.2016)

Voir aussi Relations Allemagne-Turquie.

Sébastien de Courtois : « Seule la France peut sortir la Turquie de la crise qu'elle traverse »

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Les mariages en Turquie pourraient passer sous le contrôle de muftis (29.08.2017)



Mis à jour le 29/08/2017 à 17h35 | Publié le 29/08/2017 à 17h28
Dans un texte, qui devrait être soumis au vote parlementaire à la rentrée, le gouvernement du président islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, envisage d'autoriser les religieux à célébrer les mariages civils.

De notre correspondante à Istanbul
Un nouveau projet de loi suscite la polémique en Turquie. Accusé par ses opposants d'éroder les fondements de la République, le gouvernement du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan envisage d'autoriser les religieux à célébrer les mariages civils. «C'est un tournant. À ce jour, seuls les officiers d'état civil en avaient la responsabilité», rappelle l'activiste féministe Feride Eralp. Le texte, qui devrait être soumis au vote parlementaire à la rentrée, entend accorder aux muftis, employés par le Département des affaires religieuses, le Diyanet, le droit de diriger eux aussi les mariages. Les raisons avancées sont avant tout d'ordre pratique. «Ce changement va rendre les mariages officiels plus aisés et les accélérer», se justifie Bekir Bozdag, porte-parole du gouvernement, sur son compte Twitter, en présentant cette mesure comme une réponse à un déficit en fonctionnaires habilités à superviser un mariage. «Ce changement ne s'attaque pas aux principes de la laïcité. Au contraire, il est dans la droite ligne de la laïcité et de l'État de droit», insiste-t-il.

Réislamisation de la société
Mais dans ce pays plus que jamais déchiré entre défenseurs de l'héritage laïc légué par Mustafa Kemal Atatürk et partisans d'une réislamisation de la société, cette nouvelle proposition de loi se retrouve au cœur du débat politique. «Ce n'est pas une surprise que la première action entreprise par le nouveau gouvernement soit une initiative qui inflige un coup à la laïcité», s'est insurgée Candan Yüceer, citée par le journal Hurriyet Daily News, en référence au remaniement ministériel du 19 juillet. Et de rappeler qu'il existe «919 bureaux de mariage dans 81 provinces ainsi que plus de 18.000 “muhtars” (maires de villages) habilités à effectuer une cérémonie religieuse», en doutant de la réalité d'un besoin au sein de la population. Selon une autre parlementaire, également citée par le journal, ce projet de loi constitue une violation du principe de la Constitution, selon lequel «tous les citoyens devraient être traités de manière égale et l'État ne fait aucune discrimination en fonction de la race ou de la religion».
Depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP (le parti de la Justice et du Développement), en 2003, les autorités ont progressivement annulé l'interdiction du port du voile dans les institutions, autorisant les femmes à porter le foulard dans les universités et au Parlement, et ces dernières années, dans la fonction publique et les lycées. Des salles de prière ont également vu le jour sur les campus universitaires. Les partisans de ce changement y voient un rééquilibrage naturel dans une société à majorité musulmane, où le poids des valeurs de la République laïque fondée en 1923 a longtemps étouffé le droit à la diversité. Mais les anti-Erdogan craignent qu'il ne serve, à terme, de prétexte à un modèle à l'iranienne, comme celui instauré par la République islamique, après le renversement du Chah en 1979. «Aujourd'hui, on autorise les muftis à célébrer les mariages. Demain, ce sera au tour des imams. Et ensuite on finira par abolir le mariage civil», s'inquiète une militante, qui préfère taire son nom.

Resistance de la société civile
«Malgré les craintes de certaines femmes, nous n'en sommes pas encore là», tempère Feride Eralp, également membre du Groupe de prévention contre le féminicide. Le projet, rappelle-t-elle, ne concerne que le mariage civil. «Cette proposition de loi ne vise pas à légaliser le mariage religieux. Elle consiste à autoriser des religieux à célébrer des mariages civils», dit-elle. En revanche, précise-t-elle, il y a de quoi s'inquiéter sur «le rôle croissant du Diyanet,l'autorité en charge des affaires religieuses, sur la sphère civile». La famille, observe-t-elle «est en train d'être redéfinie à travers un prisme religieux». En d'autres termes, poursuit-elle, «le conservatisme religieux est en train d'être légitimisé dans la vie de tous les jours». Mais l'activiste turque veut rester confiante envers la capacité de résistance de la société civile: en novembre 2016, un autre projet de loi avait déjà suscité la controverse. Le texte, qui permettait d'annuler la condamnation d'auteurs d'agressions sexuelles sur mineures, au cas où ils épouseraient leurs victimes, avait finalement été retiré à l'issue d'une large mobilisation des associations féminines. À l'époque, des organisations proches de l'AKP, comme Kadem, dirigée par Sümeyye Erdogan, la fille du président turc, avaient elles aussi exprimé leur vive inquiétude à propos de ce texte. «Reste à espérer qu'elles feront à nouveau preuve de solidarité envers la gent féminine», souffle Feride Eralp.

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Juncker : «La Turquie s'éloigne à pas de géant de l'Europe» (29.08.2017)

Mis à jour le 29/08/2017 à 10h50 | Publié le 29/08/2017 à 10h29

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a affirmé aujourd'hui que la Turquie, qui suscite de fortes inquiétudes sur les droits de l'homme et l'Etat de droit, s'éloignait "à pas de géant" de l'Union européenne.

"La Turquie s'éloigne à pas de géant de l'Europe", a-t-il déclaré lors d'un discours devant les ambassadeurs de l'Union européenne. Tout en soulignant qu'il entretenait de "bonnes relations" avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, M. Juncker a déclaré qu'il le "soupçonnait" de vouloir pousser l'Europe "à dire qu'elle veut mettre un terme aux négociations pour pouvoir charger de la responsabilité la seule Union européenne et non pas la Turquie".

Les relations diplomatiques entre Ankara et Bruxelles se sont fortement dégradées depuis le coup d'Etat avorté de juillet 2016 en Turquie. Elles se sont encore tendues après le référendum d'avril qui a renforcé les pouvoirs du président Erdogan.

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Un écrivain, critique du président Erdogan, interpellé en Espagne (20.08.2017)


Allemand d’origine turque, Dogan Akhanli faisait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par Interpol à la demande d’Ankara. Dimanche, il a été placé en libération conditionnelle.

Le Monde.fr avec Reuters | 20.08.2017 à 02h11 • Mis à jour le 20.08.2017 à 14h17

L’écrivain allemand d’origine turque Dogan Akhanli, arrêté à la demande d’Ankara, a bénéficié dimanche 20 août d’une libération conditionnelle. Critique de l’homme fort d’Ankara, Recep Tayyip Erdogan, Dogan Akhanli avait été interpellé, samedi 19 août, à Grenade, en Espagne. Il faisait l’objet d’un mandat émis par Interpol à la demande de la Turquie. Son avocat s’est félicité sur Facebook de la libération de son client. « La bataille valait la peine », écrit Ilias Ulyar, précisant que l’écrivain « est libéré à condition de rester à Madrid ».

Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une « traque ciblée contre les détracteurs du gouvernement turc vivant à l’étranger en Europe », avait déclaré un peu plus tôt l’avocat au magazine allemand Der Spiegel, qui a le premier fait état de cette information.

Un représentant du ministère des affaires étrangères allemand avait fait savoir que Berlin était en contact avec les autorités espagnoles pour exiger d’être impliqué dans la procédure, tout en soulignant qu’aucune extradition ne devait avoir lieu. Tout pays peut émettre une « notice rouge » auprès d’Interpol mais la Turquie va désormais devoir convaincre la justice espagnole du bien-fondé d’une demande d’extradition.

Emprisonné en Turquie dans les années 1980

Cet épisode devrait contribuer encore un peu plus à la dégradation des relations entre Berlin et Ankara, déjà très tendues en raison de la répression engagée dans son pays par le président Erdogan – y compris contre des personnes possédant la nationalité allemande –, depuis qu’il a échappé à une tentative de coup d’Etat en juillet 2016.

Dogan Akhanli, emprisonné dans les années 1980 en Turquie pour ses activités d’opposant, notamment pour avoir dirigé un journal classé à gauche, a fui son pays en 1991. Il vit et travaille à Cologne depuis 1995.

Début août, le journaliste et écrivain turc Hamza Yalçin avait lui aussi été arrêté et placé en détention en Espagne, en application d’un mandat d’arrêt international émis par la Turquie, qui l’accuse d’avoir insulté le président Erdogan et d’être lié à un groupe d’extrême gauche illégal.

Turquie : un membre présumé de l'EI tué (19.08.2017)

Par Le Figaro.fr avec AFP - Mis à jour le 19/08/2017 à 23h19 | Publié le 19/08/2017 à 23h17


Les forces de sécurité turques ont tué un membre présumé du groupe Etat islamique (EI) et en ont arrêté quatre autres, tous soupçonnés d'avoir planifié un "attentat à la bombe", ont annoncé aujourd'hui les autorités.

Le véhicule qui transportait les cinq suspects a été stoppé dans la région méridionale d'Hatay, frontalière de la Syrie, après que des renseignements faisant état de leur "venue dans notre pays pour y commettre un attentat à la bombe" furent parvenus, a déclaré le bureau du gouverneur de la province. Il a ajouté que quatre d'entre eux s'étaient alors rendus aux forces de sécurité, mais que celles-ci avaient dû ouvrir le feu sur le cinquième après qu'il eut tenté de les attaquer.

Identifié comme étant un Syrien, il est par la suite mort à l'hôpital où il avait été transféré, toujours selon le communiqué du bureau du gouverneur. On ignorait dans l'immédiat la nationalité de ses quatre compagnons et si des explosifs avaient été découverts dans le véhicule.

Deux étrangers entrés illégalement en Turquie et également soupçonnés d'appartenir à l'EI ont par ailleurs été arrêtés jeudi à Istanbul, a annoncé samedi l'agence de presse officielle Anadolu. Ces personnes dont la nationalité n'a pas été précisée sont elles aussi accusées d'avoir préparé un attentat et la police a saisi un fusil automatique, deux pistolets et des munitions au cours de l'opération ayant conduit à laur interpellation, selon la même source.

La Turquie a été la cible en 2016 d'une série d'attaques terroristes, attribuées à l'EI ainsi qu'aux séparatistes kurdes du PKK, qui ont fait des centaines de morts, le bilan le plus élevé de son histoire dans ce domaine.



Loup Bureau : Macron a appelé Erdogan (15.08.2017)

  • Par Le Figaro.fr avec Reuters
  • Mis à jour le 15/08/2017 à 16:02
  • Publié le 15/08/2017 à 15:45
Le président de la République Emmanuel Macron s'est entretenu ce mardi avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, au sujet du journaliste français Loup Bureau, détenu en Turquie depuis le début du mois d'août.

Le chef de l'Etat a "exprimé sa préoccupation sur la situation de Loup Bureau, étudiant en journalisme détenu en Turquie et son souhait que notre compatriote puisse être de retour en France le plus vite possible", indique un communiqué de l'Elysée. Le texte précise que les deux dirigeants "ont convenu de se reparler la semaine prochaine" à ce sujet.

Loup Bureau, 27 ans, a été arrêté fin juillet alors qu'il entrait en Turquie au point de passage de Habur, à la frontière avec l'Irak et sous le contrôle des miliciens kurdes syriens des Unités de protection du peuple (YPG). Il était en possession de photographies et d'interviews de combattants kurdes.

Ankara considère les YPG comme une extension des autonomistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui opèrent dans le sud-est de la Turquie et que la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne classent parmi les organisations terroristes.

Etudiant à Bruxelles, Loup Bureau a déjà publié plusieurs reportages. L'un d'entre eux, diffusé sur TV5 Monde, était consacré aux miliciens kurdes des YPG. L'Elysée précise que les deux chefs d'Etat ont aussi évoqué la situation en Syrie.

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L'appel des journalistes pour la libération de Loup Bureau emprisonné en Turquie (16.08.2017)


Par lefigaro.fr Mis à jour le 16/08/2017 à 09:14 Publié le 16/08/2017 à 09:00

Les sociétés de journalistes (SDJ) dont celle du Figaro, du Monde, de Libération, de Radio France et de Mediapart ont signé le texte suivant. Elles demandent la libération de notre confrère Loup Bureau, 27 ans, free-lance détenu en Turquie depuis le 26 mai.

«Alors que la Turquie a multiplié ces dernières semaines l'achat d'espaces publicitaires dans plusieurs médias français et internationaux pour vanter la grande «démocratie» qu'elle est censée être, le régime d'Erdogan multiplie la répression contre les journalistes.

Dernier exemple en date, l'arrestation de Loup Bureau, 27 ans, détenu depuis le 26 juillet. Ce journaliste indépendant a été arrêté à la frontière irakienne en possession de photos (datant de 2013 prises dans le cadre d'un reportage diffusé sur TV5Monde) le montrant avec des combattants kurdes syriens.

Nous, SDJ, demandons sa libération.

Cette détention s'ajoute à celles de Mathias Depardon, arrêté en Turquie début mai et emprisonné durant 30 jours en mai 2017, et d'Olivier Bertrand, détenu pendant trois jours en novembre 2016.
Nous n'oublions bien sûr pas la situation de nos confrères turcs qui exercent leur métier dans des conditions difficiles. Des mandats d'arrêt viennent d'être émis contre 35 d'entre eux. Ils sont accusés d'avoir fomenté le putsch raté de juillet 2016.

Des procès sont par ailleurs actuellement en cours pour une vingtaine de journalistes du plus ancien quotidien turc, Cumhuriyet. La peine maximale encourue est de 43 ans de prison.

Enfin, depuis le 3 août, le journaliste turco-suédois Hamza Yalcin, 59 ans, est emprisonné en Espagne. Très critique à l'égard d'Ankara, il a été arrêté à Barcelone par les autorités espagnoles pour avoir «insulté» Erdogan. La justice doit se prononcer sur une éventuelle extradition.

La Turquie est placée 155e sur 180 par Reporters sans frontière en matière de liberté de la presse.

Plutôt que d'acheter de la publicité dans les journaux français, libérez Loup Bureau!

Les démocraties n'emprisonnent pas les journalistes qui font leur travail.»

La liste des signataires:
TV5Monde - Libération - Le Figaro - France 24 - France 2 - Télérama - Le Monde - Le Point - RTL - Première Lignes - Les Echos - France 3 - Radio France - Mediapart.



Turquie : un Néerlandais disparu retrouvé mort (14.08.2017)

  • Mis à jour le 14/08/2017 à 16:50
Le corps de Joey Hoffman, un Néerlandais de 22 ans disparu le 8 juillet dans le sud de la Turquie, a été retrouvé aujourd'hui après plus d'un mois de recherches, selon le quotidien Hürriyet.

Le jeune homme se trouvait avec son épouse et un ami dans la région de Mersin, où il s'était rendu pour des vacances et pour acheter un terrain, lorsqu'il a disparu. Une équipe de 80 personnes, secondées par des chiens et des drones, a été mise sur pied par les autorités turques afin de le retrouver.


Son corps a été retrouvé aujourd'hui après 37 jours de recherches. Les images montraient son cadavre en train être évacué d'une zone montagneuse aride. Une autopsie était en cours, ajoute Hürriyet, précisant que selon de premières indications son corps ne présentait pas de trace de couteau ou de balle.

Turquie : bannis par Erdogan, ils montent sur scène (11.08.2017)


Mis à jour le 11/08/2017 à 19h18 | Publié le 11/08/2017 à 18h45

REPORTAGE - Au cœur d'Istanbul, un groupe de professeurs, pour la plupart exclus depuis le putsch raté de juillet 2016, a pris le chemin des planches comme ultime forme de résistance.

Ils se faufilent, tout de noir vêtus, jusque sur le devant de la scène. Agrippés à leur texte, le visage traqué par la lumière des spots, ils ont le regard de ceux qui défient la peur avec panache. Pour cette petite dizaine d'universitaires, acteurs d'un soir au centre culturel Caddebostan, au cœur du quartier Kadiköy, le trac n'est qu'une anecdote. Ils ont connu pire: les purges, les intimidations à répétition, les poursuites judiciaires - et même la prison pour certains. «Le théâtre, c'est un peu notre dernière échappatoire», glisse le professeur Özgür Müftüoglu, au chômage forcé depuis un an, avant de monter sur les planches.

«Ces purges, c'est comme du théâtre. C'est tellement irrationnel !» 
Özgür Müftüoglu, professeur au chômage forcé depuis un an

Dans la salle, remplie comme un œuf, le public retient son souffle. La pièce qui se donne ce soir-là est une adaptation libre du Crocodile de Dostoïevski. Cette nouvelle inachevée, rédigée dans la Russie du XIXe siècle, raconte l'histoire tragicomique d'un fonctionnaire soudainement avalé par le reptile - et les mille et un efforts engagés pour tenter de le libérer. Le parallèle avec la Turquie d'aujourd'hui, et ses arrestations en série depuis le putsch raté de juillet 2016, est flagrant. Sur chaque fauteuil en velours rouge, un petit dépliant rappelle que le spectacle fut créé pour la première fois en 1960, à la radio, par Halden Taner. À l'époque, l'illustre dramaturge turc entendait protester contre la purge dont il venait de faire l'objet avec une centaine d'autres professeurs pour s'être opposé à la prise du pouvoir par l'armée. «Cette fois-ci, c'est différent car le coup d'État a été déjoué. Mais notre situation est encore plus absurde, avec quelque 50.000 personnes placées en détention préventive et plus de 100.000 fonctionnaires remerciés - dont environ 5.000 professeurs», précise Özgür Müftüoglu pendant l'entracte. «Ces purges, c'est comme du théâtre. C'est tellement irrationnel !», dit-il.

Son cas est exemplaire. À la rentrée de 2016, il apprend par le Journal officiel son éviction de l'université Marmara, où il enseigne l'économie. L'éminent professeur aux cheveux poivre et sel n'a pourtant rien d'un putschiste. Comme tant d'autres enseignants, il lui est simplement reproché d'avoir signé, au début de la même année, une pétition pour la paix, réclamant la fin des combats entre les forces de sécurité turques et les rebelles kurdes du PKK. Aux yeux du gouvernement islamo-conservateur d'Erdogan, cela en fait un dangereux supporteur du «terrorisme». L'accusation est sévère, passible de lourdes peines de prison. «Soudain, vous vous retrouvez sans travail, au ban de la société, coupé de vos étudiants. Le théâtre nous aide à tenir, il nous occupe l'esprit. Et puis le choix de la scène artistique n'est pas anodin: une façon de résister par la culture, à l'heure où elle est en danger», poursuit-il, inquiet des récentes initiatives d'islamisation des programmes scolaires.
Surgissant des coulisses, un chat se faufile à travers les gradins. Il se frotte à un spectateur, puis s'allonge au pied d'un autre en quémandant des caresses. En Turquie, les félins ont tous les droits - un des nombreux paradoxes de ce pays où la vie d'un homme peut, a contrario, basculer en enfer pour un simple tweet ou un tee-shirt frappé du mot «héros».

«Nous sommes tous, d'une certaine façon, dans le ventre du crocodile. D'ailleurs, nous ne savons plus trop bien ce qui vaut mieux pour nous : être dedans ou dehors»
Özgür Gündem, accusé de propagande au profit du PKK

«Notre quotidien est surréaliste», confirme Özdemir Aktan, un autre acteur en herbe de ce voyage en Absurdie. Ce chirurgien de renom enseignait lui aussi à l'université Marmara avant d'en être limogé du jour au lendemain. Pour lui, le théâtre est une ultime forme de manifestation quand l'appel de la rue est régulièrement freiné par les barrages de police. Ou par la crainte de finir derrière les barreaux: deux enseignants limogés ont récemment été écroués alors qu'ils menaient une grève de la faim sur une place d'Ankara. «Le théâtre, c'est une nouvelle manière de protester pacifiquement lorsqu'on nous traite comme des criminels», insiste le médecin. Sa seule expérience théâtrale remonte à ses années estudiantines. «Je ne prétends pas être un acteur. Mais l'exercice me plaît», sourit-il. Le metteur en scène Orhan Alkaya, seul professionnel de l'équipe, s'est d'ailleurs adapté à ses aspirants comédiens: les répétitions n'ont duré que quinze jours ; les tirades sont lues au lieu d'être jouées ; le décor est épuré. Au fond de la scène, un écran géant se contente de reproduire leur image: reflet éphémère de leur condition kafkaienne…

Le spectacle reprend. Sur scène, face au micro, l'épouse d'Ivan Matveïtch, le fameux fonctionnaire dévoré par le crocodile, est en émoi. Le rôle d'Elena Ivanovna, femme coquette, est interprété par Sebnem Korur Fincanci. Dans la vie de tous les jours, ce médecin légiste est à l'opposé de son personnage: coupe de cheveux gris à la garçonne, lunettes posées sur un visage dépourvu de maquillage. «J'apprécie ce décalage. Cela m'arrache de mon quotidien. Quand je joue, je m'évade dans un monde de fiction, je me concentre sur mon texte. J'oublie les atrocités de mon pays. C'est apaisant, comme une sorte de thérapie», susurre-t-elle à la fin de la pièce. Sebnem Korur Fincanci n'a pas été limogée de l'université, où elle continue à dispenser des cours. Mais en juin 2016, elle s'est retrouvée dix jours en prison pour sa collaboration au journal prokurde Özgür Gündem, accusé de propagande au profit du PKK. Libérée sous condition, elle fait encore l'objet de poursuites judiciaires. Cette fervente militante des droits de l'homme n'est pas indifférente à la métaphore du texte de Dostoïevski. «Nous sommes tous, d'une certaine façon, dans le ventre du crocodile. D'ailleurs, nous ne savons plus trop bien ce qui vaut mieux pour nous: être dedans ou dehors», grimace-t-elle en aparté.

«On ne s'attendait pas à un tel succès. La solidarité est en marche. Ça redonne espoir aux militants démocrates»  
Sebnem Korur Fincanci

Dans la salle, les applaudissements n'en finissent plus. Malgré l'obscurité, on distingue les visages figés d'émotion, les larmes de compassion, les traces de Rimmel sur les joues des femmes. D'un geste de la main, un acteur invite le public à monter sur scène. Les spectateurs s'entassent sous les projecteurs, attrapant un bout de la banderole qui se déroule sous leurs yeux. «L'université est partout. L'art est partout. La paix est partout», y lit-on en langue turque. Une voix enchaîne en écho: «Les crocodiles finiront par partir. Nous resterons!» Le slogan est aussitôt repris en chœur. Au-dessus des têtes, quelques doigts s'élèvent en formant un V victorieux. «On ne s'attendait pas à un tel succès. La solidarité est en marche. Ça redonne espoir aux militants démocrates», souffle Sebnem. Les invitations commencent déjà à pleuvoir: en provenance d'Ankara, d'Izmir ou encore d'Adana. «C'est formidable. Une tournée nous aiderait à véhiculer notre message de paix», s'enthousiasme Özdemir Aktan. Mais il reste prudent: «Je ne serais pas surpris si la pièce finissait par être interdite. Dans la Turquie d'aujourd'hui, toute initiative qui dérange a valeur de crime.»

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Turquie : 42 militants de l'EI et kurdes arrêtés (11.08.2017)


Mis à jour le 11/08/2017 à 10:55 Publié le 11/08/2017 à 10:48

La police turque a interpellé aujourd'hui 42 personnes pour des liens présumés soit avec le groupe djihadiste État islamique (EI), soit avec les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), selon des sources proches des services de sécurité. Vingt-deux sympathisants présumés de l'EI ont été arrêtés dans la province orientale d'Elazig, tandis que les militants kurdes ont été interpellés dans la province méridionale d'Adana, précise l'agence de presse Anatolie.


Selon les autorités d'Ankara, plus de 5000 djihadistes ont été arrêtés ces dernières années sur le territoire turc et 3290 étrangers ont été renvoyés vers leurs pays d'origine. Quelques 38.000 autres se sont vus refuser l'entrer sur le territoire turc pendant la même période.

La mobilisation s'amplifie pour libérer Loup Bureau, journaliste incarcéré en Turquie (11.08.2017)


VIDÉO - L'avocat du journaliste français emprisonné depuis le 26 juillet s'inquiète du silence de Paris et dénonce un projet de transfert.

«Pour le moment, il n'y a pas eu des réactions d'officiels français. Ce qu'on voudrait maintenant, c'est que le gouvernement français signifie au gouvernement turc que la situation n'est pas tolérable, et qu'on ne peut pas emprisonner un individu sur le seul fait qu'il est journaliste.» Par ces mots, Maître Martin Pradel, un des deux avocats qui assurent la défense du journaliste Loup Bureau détenu en Turquie depuis le 26 juillet, dénonce dans L'Obs le silence des autorités dans ce dossier. «Le consul d'Ankara veille à ce que les droits de Loup Bureau (notamment que ses conditions d'incarcération soient conformes et qu'il ait le droit à un traducteur) soient respectés. Mais pour le moment, les autorités turques font des difficultés à faciliter les contacts avec lui», a-t-il ajouté à Télérama.fr. Le ministère des Affaires étrangères indique toutefois suivre la situation «avec la plus grande attention».

Loup Bureau, journaliste indépendant, a notamment collaboré avec les médias TV5 Monde, Arte et Slate. Il avait été interpellé le 26 juillet à la frontière entre l'Irak et la Turquie. Motif invoqué : des photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG (un mouvement considéré comme une organisation «terroriste» par Ankara), issues d'un reportage qu'il avait réalisé en 2013, ont été trouvées en sa possession.

Effet désastreux

Mardi 8 août, Me Pradel a qualifié de décision «scandaleuse» la volonté des autorités turques de transférer le jeune journaliste de 27 ans dans une nouvelle prison située à des centaines de kilomètres de l'actuelle. Il assure que les autorités turques veulent transférer le journaliste de Sirnak, près de la frontière avec l'Irak, vers la ville de Van, plus proche de la frontière avec l'Iran.
«Il y a une première décision qui a été prise, et qui est en attente de confirmation. Elle pourrait être confirmée, et à partir de là Loup Bureau pourra être immédiatement transféré», a-t-il précisé à l'Agence France-Presse. D'après Me Pradel, un tel transfert aurait pour conséquences d'éloigner Loup Bureau de son avocat turc, installé à Sirnak, «à neuf heures de route de Van», alors qu'il est quasiment son seul contact avec le monde extérieur, et rendrait beaucoup plus difficiles les démarches pour sa défense, le journaliste étant «poursuivi par le procureur de Sirnak» et l'affaire «confiée à un juge qui se trouve à Sirnak».

Si le journaliste est transféré à Van, «cela va avoir un effet désastreux, son avocat qui lui rend visite tous les deux jours, ne pourra plus travailler normalement, et lui va se retrouver isolé», déplore Me Pradel, qui dénonce «une atteinte très grave au libre exercice de sa défense». Il assure que le cas de Loup Bureau est différent des deux précédents où deux journalistes français, Olivier Bertrand et Mathias Depardon, avaient été détenus. «Les autorités turques n'avaient pas franchi ce cap d'assimiler un travail strictement journalistique avec du terrorisme», dit-il.

Cellule individuelle

En France, la mobilisation s'organise. Un collectif a lancé un appel dans Libération face à cette accusation «totalement infondée, injustifiée, sinon absurde, tant sur le plan politique qu'idéologique» et à cette arrestation «aussi arbitraire qu'abusive, sinon indigne d'un pays civilisé».

Une pétition, rassemblant plus de 20.000 signatures vendredi 11 août au matin, ainsi qu'une page Facebook (4300 personnes), ont été lancées, tandis que Reporters sans frontières et des syndicats de journalistes français et européens (SNJ, SNJ-CGT, CFDT, EFJ ou IFJ) ont appelé à la libération de Loup Bureau.

Nous savons que la mobilisation en France a sous doute influé sur ses conditions de détention. «Il bénéficie d'une cellule individuelle, a accès à une télévision. La prison a pris la précaution de mettre un gardien anglophone dans le couloir afin d'éviter un isolement linguistique total», a indiqué à Mediapart son père, Loïc Bureau.

Mercredi, les députés et les ministres ont été interpellés sur Twitter, avec le hashtag #FreeLoupTurkey et des visuels appelant à ne pas oublier le jeune journaliste pendant les vacances des parlementaires et du gouvernement. Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a été particulièrement ciblé avec une opération «massive» de tweets.

Certains députés ont fait part de leur soutien: Jean Bothorel (LREM, Lannion), Pieyre-Alexandre Anglade (LREM, Benelux), Erwan Balanant (Modem, Lorient), Olivier Dussopt (Annonay, PS), Loïc Prud'homme (député FI de Gironde), Yves Jégo (UDI, Seine-et-Marne)… Benoît Hamon a aussi appelé à signer la pétition. Didier Reynders , le ministre des affaires étrangères de Belgique, où Loup étudiait, a pris contact avec les autorités françaises pour s'enquérir des démarches entreprises.


Ci-dessous, un reportage de Loup Bureau diffusé en 2014 sur TV5 Monde:

Loup Bureau, deux semaines dans les geôles turques : "Un cap a été franchi" (10.08.2017)
Loup Bureau est retenu arbitrairement en Turquie. (DR)
Le jeune journaliste français est détenu en Turquie depuis le 26 juillet. Son avocat s’inquiète de l’indifférence de la France.

"Participation à une organisation terroriste armée" : c'est le motif de la détention abusive de Loup Bureau par les autorités turques. Le 26 juillet dernier, ce journaliste français indépendant de 27 ans a été interpellé à la frontière entre l’Irak et la Turquie, après que des photos le montrant avec des combattants kurdes syriens des YPG ont été trouvées en sa possession. Celles-ci provenaient en fait d’un reportage qu’il avait réalisé en 2013, sur cette organisation, considérée comme "terroriste" par Ankara.


Mardi 8 août, les autorités turques ont fait part de leur intention de transférer Loup Bureau de sa prison de Sirnak, à celle de Van située à près de neuf heures de route. L'inquiétude de Martin Pradel, son avocat en France, va grandissante. Interview.

Qu’est-ce que les autorités turques reprochent exactement à Loup Bureau ?
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Elles lui reprochent le tournage, le montage et la diffusion d’un reportage datant de 2013, qui a été diffusé sur TV5 Monde. Aux yeux du procureur de la ville de Sirnak, cela est constitutif d’un crime, qui est celui de la participation à une organisation terroriste armée.

Quand on regarde l’acte d’accusation, la seule chose qui lui est reprochée ce n’est pas d’avoir franchi illégalement une frontière ou d’avoir séjourné de manière illégale sur le territoire turc, c’est le reportage de 2013. On ne lui pose que des questions sur ce sujet. On lui demande comment ce reportage a pu être tourné et quels sont ses contacts.

De son côté il n’a de cesse de répondre qu’il est journaliste et qu’il était en zone kurde et syrienne pour la réalisation d’un reportage, et que ça n’avait rien à voir avec un militantisme de sa part. Mais cet argument n’est manifestement pas compris par la justice turque. Le fait qu’il ait évoqué la situation kurde, sans la critiquer – parce qu’il a fait preuve de neutralité – est pris comme une apologie du terrorisme.

Avez-vous bon espoir qu’il puisse être libéré ?

Son inculpation est un très mauvais signe. Jusqu’à présent j’avais eu l’honneur d’être l’avocat de deux autres journalistes qui ont été récemment impliqués par la Turquie dans des faits similaires : c’était Olivier Bertrand et Mathias Depardon. Mais les autorités turques n’avaient pas franchi ce cap d’assimiler un travail strictement journalistique avec du terrorisme.


On est dans une autre dimension par rapport à ce qu’on a vu jusqu’à présent dans ces affaires-là. Il s’agit maintenant d’une détention provisoire. Le seul moyen de le sortir de là serait de dire qu’il n’a pas commis d’infraction, mais ce serait reconnaître qu’il a été retenu de manière arbitraire, donc je vois mal la Turquie agir de la sorte.

Ils peuvent donc tout simplement le condamner, mais c’est un sombre pronostic et je suis déterminé à me battre pour qu’il ne se produise pas. Loup Bureau n’est coupable que d’une chose, c’est d’être journaliste.

Comment Loup fait-il face à cette situation ?

Il est abattu, forcément. Mais je crois qu’il n’a pas tout à fait conscience de la gravité de sa situation sur le plan judiciaire. Il voit qu’il bénéficie d’un soutien important parce que son avocat en Turquie lui en a parlé. Par exemple, une pétition a été lancée et a recueilli plus de 15.000 signatures en 24 heures.

Mais ce qu'on ne lui dit pas, c'est que pour le moment qu’il n’y a pas eu des réactions d’officiels français, parce que cela n’est pas glorieux. Nous ce qu’on voudrait maintenant, c’est que le gouvernement français signifie au gouvernement turc, et par des canaux officiels, que la situation n’est pas tolérable, et qu’on ne peut pas emprisonner un individu sur le seul fait qu’il est journaliste.

Que signifie la décision de le transférer ?

Pour le moment il n’a pas encore été transféré. Mais le problème, c’est que Van se trouve à environ 9 heures de route de Sirnak, où il est actuellement détenu. Loup Bureau est poursuivi par un procureur de Sirnak, il sera jugé à Sirnak, son avocat est à Sirnak et le fait de le transférer à Van, va donc avoir pour effet de rendre beaucoup plus difficile les conditions de sa défense.

Or c’est une chose que nous regardons avec beaucoup d’inquiétude. S’il est transféré à Van, il n’aura plus de contacts avec son avocat en Turquie, celui-là même qui est son seul contact avec l’extérieur. Il ne pourra voir ses juges que dans de mauvaises conditions et nous ne voulons surtout pas de ça.

Quelles sont actuellement ses conditions de détention ?

Ses conditions de détention actuelles ne sont pas formidables, mais elles sont les conditions de détention classiques en Turquie. La prison est plutôt propre, il a une cellule pour lui tout seul. Ce n’est pas gai, mais dans les circonstances actuelles, nous nous insurgeons contre les raisons de cette détention, pas sur les conditions de celle-ci.


Propos recueillis par Paul Veronique


La Turquie, «plus grande prison au monde pour les journalistes» (04.08.2017)


  • Par Alexis Feertchak
  • Mis à jour le 04/08/2017 à 17:45
  • Publié le 04/08/2017 à 17:37
Arrêté le 26 juillet, Loup Bureau vient ajouter son nom à la longue liste des journalistes emprisonnés en Turquie. La liberté de la presse dans le pays est mise à mal, particulièrement depuis le coup d'État manqué contre Recep Tayyip Erdogan.

Moins de deux mois après la libération du photographe Mathias Depardon, un nouveau journaliste français a été arrêté en Turquie. Loup Bureau a été incarcéré dans une prison d'État dans le sud-est du pays. Il est soupçonné d'assistance à une organisation terroriste. «Les dirigeants turcs et le président Erdogan en tête abhorrent les journalistes étrangers trop curieux et n'hésitent pas à les arrêter pour imposer un mur du silence sur la réalité de ce pays, qui est la plus grande prison au monde pour les journalistes», ont déclaré dans un communiqué commun les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes.


● La Turquie, 155e dans le classement 2017 de RSF
Les ONG dénoncent régulièrement les manquements d'Ankara. La Turquie figure à la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse réalisé par Reporter Sans Frontières, derrière la Russie, à la 148e place. «La chasse aux médias critiques menée par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan culmine depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016», écrit RSF. La situation s'est dégradée depuis 2010 après une amélioration au début des années 2000. En 2005, la Turquie occupait ainsi la 98e place.

● Lutte contre le terrorisme et état d'urgence
Dans le discours gouvernemental, les critiques à l'encontre de l'exécutif tombent sous le coup de la «lutte contre le terrorisme», accentuée par l'instauration de l'état d'urgence le 20 juillet 2016. En son article 120, la Constitution dispose que celui-ci permet la suspension «en tout ou en partie» de «l'exercice des droits humains et des libertés fondamentales», notamment de la liberté de la presse.

«En appliquant trop largement les notions de ‘propagande terroriste' et de ‘soutien à une organisation terroriste' (...) et en ayant recours de manière excessive aux dispositions punissant la diffamation, la Turquie s'est engagée dans une voie très dangereuse», déclare Nils Muižnieks, le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe (dont fait partie la Turquie), qui a rendu en février 2017 un rapport alarmant sur le sujet.

Selon le Commissaire, l'instauration de l'état d'urgence confère des «pouvoirs discrétionnaires pratiquement illimités» à l'exécutif, sans avoir ni à produire de preuves ni à attendre de décision judiciaire. Derrière les accusations de terrorisme, sont pointés les séparatistes kurdes du PKK, mais aussi un groupuscule d'extrême gauche, le DHKP-C, et enfin, le mouvement du prédicateur exilé aux États-Unis Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'être à l'origine du putsch manqué.

● Environ 150 journalistes prisonniers

Près de 150 journalistes sont actuellement prisonniers en Turquie. La plate-forme P 24 pour un journalisme indépendant en Turquie évoque le chiffre de 167. L'Association turque des journalistes parle de 159. Le site d'information Bianet recense quant à lui 136 cas. Le président de RSF, Pierre Haski, qui a forgé l'expression de «plus grande prison pour journalistes» pour qualifier la Turquie, estime dans un entretien à la RTBF que ce nombre a décuplé depuis la tentative de coup d'État. Parmi eux, des journalistes étrangers, comme le journaliste germano-turc Deniz Yücel ou, depuis quelques jours, le Français Loup Bureau.

RSF évoque «un triste record mondial». En 2016, selon leur propre bilan, 348 journalistes et blogueurs étaient emprisonnés dans le monde. À elle seule, la Turquie pourrait représenter un peu moins de la moitié de ces arrestations.

● Environ 150 journalistes ont fui le pays

Selon Pierre Haski, 150 journalistes ont fui le pays, à l'image de Can Dündar, l'ancien rédacteur en chef du réputé quotidien kémaliste Cumhuriyet (La République). Arrêté en 2016 pour ses révélations sur des livraisons d'armes turques à des groupes djihadistes en Syrie, le journaliste, qui s'est exilé en Allemagne, ainsi que 16 autres salariés du journal, sont jugés depuis le 24 juillet, certains par contumace. Son épouse est toujours en Turquie, son passeport lui ayant été retiré, comme à des dizaines de journalistes, qui ne peuvent ainsi partir à l'étranger. 750 journalistes se seraient aussi vus retirer leur carte de presse.

● Médias interdits

En 2016, 157 publications ont été suspendues d'après le rapport annuel de l'Association des journalistes de Turquie (TGC). Dans son rapport, le Conseil de l'Europe évoque même le chiffre de 170. Selon la chaîne de télévison privée CNN-Türk, il s'agit essentiellement de médias de province, même si certains, de diffusion nationale, sont aussi concernés.

Au-delà, l'AKP, le parti islamo-conservateur du président, voit son emprise grandir sur les médias. «Le processus s'est appuyé tout à la fois sur la création de nouveaux médias, et sur la prise de contrôle de grands groupes médiatiques», explique Aurélien Denizeau, dans une note de l'IFRI. Selon Mehmet Koksal, de la Fédération européenne des journalistes, l'AKP contrôlerait près de 80% de la sphère médiatique turque.

● Censure sur les sites internet et les réseaux sociaux

L'accès à internet et aux réseaux sociaux est de plus en plus restreint. «Plus de 110.000 sites internet ont été interdits. Les autorités turques détiennent le record de demande de fermeture de Twitter et Facebook», a déclaré Nils Muiznieks sur France Info. Le commissaire du Conseil de l'Europe évoque aussi le «ralentissement du débit» pour empêcher les internautes d'accéder aux pages internet. «C'est grave, conclut-il, car les habitants n'ont plus confiance dans les médias traditionnels et ils utilisent les réseaux sociaux plus que n'importe où ailleurs».

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Turquie: un journaliste français écroué pour "terrorisme" (02.08.2017)

  • Par Le Figaro.fr avec AFP
  • Mis à jour le 02/08/2017 à 18:36
  • Publié le 02/08/2017 à 18:16
Un journaliste indépendant français a été placé en détention hier par les autorités turques qui le soupçonnent d'activités "terroristes" en lien avec des combattants kurdes de Syrie, ont indiqué mercredi des sources judiciaires à l'AFP.

Loup Bureau, qui a notamment collaboré avec la chaîne française TV5 Monde et se présente sur Twitter comme un étudiant en journalisme, avait été interpellé la semaine dernière au poste-frontière de Habur entre l'Irak et la Turquie.

Après avoir passé cinq jours en garde à vue, il a été incarcéré dans la ville de Sirnak, dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, selon les sources judiciaires. Sirnak est située dans la province du même nom, frontalière de l'Irak et de la Syrie.


Une source sécuritaire citée par l'agence progouvernementale Anadolu a affirmé que M. Bureau avait été arrêté après que des photos le montrant en compagnie de combattants kurdes syriens des YPG, qu'Ankara considère comme une extension des séparatistes kurdes de Turquie (PKK), eurent été trouvées en sa possession.

Les YPG et le PKK sont classés organisations "terroristes" par la Turquie qui les combat militairement. Les Etats-Unis soutiennent les YPG contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Bureau a réalisé il y a trois ans un reportage auprès des YPG dans le nord de la Syrie diffusé par TV5 Monde. Le journaliste a publié la vidéo sur sa page personnelle sur le site de partage Vimeo.

"Nous suivons avec la plus grande attention la situation de notre compatriote détenu en Turquie et sommes en relation avec sa famille", a indiqué à l'AFP le ministère français des Affaires étrangères.


Cette affaire rappelle le cas de Mathias Depardon, un photojournaliste français arrêté dans le sud-est de la Turquie en mai et expulsé après un mois de détention et une importante mobilisation.


Turquie : plus d'un millier d'arrestations (31.07.2017)


  • Par Le Figaro.fr avec Reuters
  • Mis à jour le 31/07/2017 à 10:35
  • Publié le 31/07/2017 à 10:29
Les autorités turques ont arrêté la semaine dernière 1.098 personnes soupçonnées de liens avec des organisations interdites ou pour leur implication dans la tentative de coup d'Etat de juillet 2016, a annoncé aujourd'hui le ministère de l'Intérieur.


Dans un communiqué, il précise que 831 d'entre elles sont soupçonnées de liens avec la confrérie du prédicateur Fethullah Gülen qu'Ankara présente comme l'instigateur du putsch manqué et 213 sont accusées d'être liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Quarante-six suspects ont été arrêtés pour des liens supposés avec l'organisation Etat islamique et 8 pour des liens avec des "groupes terroristes d'extrême gauche".

Depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet 2016, les autorités turques ont arrêté quelque 50.000 personnes. Près de 150.000 ont été limogées ou suspendues de leurs fonctions dans l'armée, la fonction publique et dans le secteur privé.

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Liberté de se vêtir : manifestation à Istanbul (30.07.2017)

Plus d'un millier de femmes ont marché dans les rues d'Istanbul pour réclamer le respect au droit de s'habiller comme elles le souhaitent, un mois après qu'une femme ait été agressée à bord d'un bus pour avoir porté un short.


Comment les journalistes de «Cumhuriyet» se sont défendus au tribunal (28.07.2017)

Par LIBERATION — 28 juillet 2017 à 11:39
Manifestation à l'extérieur des bureaux de «Cumhuriyet», à Istanbul, ce mardi. Photo Ozan Kose. AFP

Un tribunal d'Istanbul doit décider vendredi de remettre ou non en liberté provisoire les 17 journalistes du quotidien d'opposition, jugés pour soutien au «terrorisme». Voici des extraits de leurs plaidoiries.

Kadri Gürsel, éditorialiste

«Les journalistes sont des gens curieux par nature, ils peuvent s’entretenir avec tout le monde. Si en plus vous êtes éditorialiste et que vous prenez votre métier au sérieux, c’est votre devoir de vous informer auprès de multiples sources sur tous les sujets importants pour votre pays, de comparer les points de vue, de donner des perspectives complètes à vos lecteurs. Et ça, cela ne peut être considéré comme un délit dans une démocratie. Cela s’appelle du journalisme et le journalisme n’est pas un délit. […]

«On m’accuse d’avoir, dans mes éditoriaux, ciblé ouvertement et directement le président de la République. Mais ce n’est pas un délit ! Au contraire, un bon journaliste doit cibler parfaitement ses critiques pour qu’elles soient compréhensibles. Il n’y a aucune loi qui interdit de critiquer le président de la République, ni aucune tradition qui demande qu’on fasse cela indirectement.»

Akin Atalay, administrateur

«Cumhuriyet n’a pas peur, ne plie pas l’échine et ne se rendra pas. Sa seule activité, c’est le journalisme légal et légitime […] Nadir Nadi, notre dirigeant [historique] avait su dire sa façon de penser aux galonnés qui - avant vous - avaient essayé d’intervenir contre ce journal. Nous ne ferons pas de concession nous non plus et nous en paierons le prix.[…]

«L’acte d’accusation accuse le journal d’avoir changé de ligne éditoriale. Et alors ? De quoi se mêle le parquet ? Ça ne vous regarde pas ! Contrôler la ligne éditoriale des journaux n’est pas de la compétence des procureurs… Allez vous faire voir ! […]

«Préparer un tel acte d’accusation qui ne mériterait que d’être classé au catalogue des textes grotesques, est une insulte tant au droit qu’au tribunal lui-même. C’est un crime contre la notion de justice. […]

«Ce journal que vous essayez de faire plier avec ce genre d’opérations n’est pas n’importe quel journal. C’est le plus vieux journal de ce pays, l’un de ses journaux les plus respectables. Ce journal s’appelle La République, c’est un monument du journalisme. Nous avons payé le prix fort pour devenir ce que nous sommes. Nous lutterons jusqu’à notre dernier souffle pour défendre l’honneur du journalisme, de l’éthique professionnelle, de notre passé fier. Nous serons irréductibles. Grâce à cet héritage et la responsabilité qu’une telle histoire fait peser sur nos épaules, les personnes qui travaillent ici ne peuvent brader les valeurs du journalisme, ils ne peuvent se soumettre à qui que cela soit, ils ne peuvent plier l’échine ni capituler. Ce journal va toujours insister pour informer le peuple, pour transmettre la vérité à l’opinion publique. C’est pour cela que nos confrères ont été assassinés par le passé ou subi des tentatives de lynchage, c’est pour cela qu’on nous a emprisonnés. Mais sachez que nous ne capitulerons pas pour autant.»


Aydın Engin, éditorialiste

«De voir que vous nous avez mis sur le banc des accusés, moi et mes collègues, avec un acte d’accusation de cette nature, me fait honte pour la justice et me fait du mal pour mon pays. C’est tout ce que j’ai à dire.»

Bülent Utku, avocat

«L’arrestation des co-présidents, des députés et des maires du HDP [parti pro-kurde], l’arrestation des deux universitaires qui font la grève de la faim, Erdogan qui traite le président du HDP de "terroriste" l’arrestation des journalistes, tout ça sont des violations du droit le plus élémentaire. C’est cela l’air du temps et les conditions qui nous ont menés là où nous sommes. Je m’oppose à cet air du temps et à ces conditions. Les gens ont le droit au courage. Et j’userai de ce droit jusqu’au bout. Pour les juristes et les journalistes, c’est même un devoir. Qu’ils n’aient pas peur d’user de leur droit au courage. Cumhuriyet est justement un des journaux qui use de ce droit au courage.»

Musa Kart, caricaturiste

«La caricature est en fait un art qui est le fruit d’une période où la pensée libre et indépendante, celle qui pose des questions, commence à s’exprimer. La caricature est par essence incompatible avec la culture de la soumission, avec les structures rigides et grossières basées sur des relations hiérarchisées et faisant l’apologie de la violence. Une caricature efficace comme il se doit, ne peut être dessinée que grâce à une vision libre et courageuse, capable d’aller au-delà des carcans et des idées toutes faites. Les structures hiérarchisées sont incapables de fournir au caricaturiste le strict minimum d’espace dont il a besoin pour sa quête de liberté.


«Les organisations basées sur la violence s’adossent sur des tabous et des icones, l’humour et la caricature, au contraire, sont iconoclastes et brisent les tabous. C’est pour cela que les adversaires de la démocratie n’aiment pas les caricaturistes et c’est aussi pour cela que les caricaturistes n’aiment pas les adeptes de la violence. Par conséquent, accuser un caricaturiste de complicité avec des organisations terroristes et les mettre en prison, c’est faire du mal non seulement à l’art de la caricature, mais au pays tout entier.»


En Turquie, Erdogan convertit les écoles au « bon djihad » (28.07.2017)


Le gouvernement islamo-conservateur a dévoilé, mi-juillet, le nouveau programme scolaire. Exit Darwin ou Atatürk et sa laïcité, remplacés par le putsch raté de juillet 2016 et des cours de religion.

M le magazine du Monde | 28.07.2017 à 14h52 • Mis à jour le 28.07.2017 à 15h09 | Par Marie Jégo (Istanbul, correspondante)

Le concept du « bon djihad » enseigné dans les écoles publiques exalte « l’amour de la patrie ». Ici, les étudiantes d’une école religieuse attendent la venue du président Erdogan, le 26 mai 2017, à Istanbul.

Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne et laïque, n’en reviendrait pas. À partir de la rentrée scolaire, en septembre, le concept de « djihad » sera enseigné dans la plupart des écoles du pays, selon le nouveau programme conçu par le gouvernement islamo-conservateur et rendu public mardi 18 juillet. Il n’est pas question d’apprendre la guerre sainte mais plutôt « le bon djihad », celui qui exalte « l’amour de la patrie », s’est empressé de préciser Ismet Yilmaz, le ministre de l’éducation nationale. « Le djihad existe dans notre religion et il est du devoir du ministère de l’éducation de veiller à ce que ce concept soit enseigné de façon juste et appropriée », a-t-il insisté.

La fin de « l’eurocentrisme »

Une révolution copernicienne à l’envers que ce nouveau cursus. Exit ainsi la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Elle disparaît des manuels, faute de « pertinence », et parce qu’elle dépasse « le niveau de compréhension des élèves », a souligné M. Yilmaz, soucieux de « corriger ce qui a été mal perçu ». Pour le reste, Atatürk perd son leadership dans les manuels au profit du putsch raté du 15 juillet 2016, qui, dorénavant, sera enseigné aux lycéens. La responsabilité des gülenistes (les adeptes du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d’avoir ourdi le coup d’État) et des « forces obscures » (les Occidentaux, sans les nommer) y sera soulignée. C’est la fin de la « vision eurocentrée dispensée, par exemple, dans les cours d’histoire », a déclaré Alpaslan Durmus, le chef du Conseil de l’éducation, le 18 juillet.

Depuis l’accession au pouvoir de son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) en 2002, Recep Tayyip Erdogan s’est efforcé de jeter aux oubliettes les principes de Mustafa Kemal, dit Atatürk, qui défendait un encadrement de la religion tout en privilégiant l’orientation pro-occidentale du pays. Dorénavant,...


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2017/07/28/en-turquie-erdogan-convertit-les-ecoles-au-bon-djihad_5166149_4497186.html#foKAPozpXPKUe1Qu.99


Sept collaborateurs de Cumhuriyet libérés (28.07.2017)

http://lefigaro.fr/flash-actu/2017/07/28/97001-20170728FILWWW00314-sept-collaborateurs-de-cumhuriyet-libere.php

Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 28/07/2017 à 19h50 | Publié le 28/07/2017 à 19h15

Un tribunal turc a ordonné vendredi la remise en liberté provisoire de sept collaborateurs du quotidien d'opposition Cumhuriyet mais a maintenu en détention les principaux journaliste jugés dans le cadre d'un procès emblématique de l'érosion de la liberté de la presse dans le pays.

» Lire aussi - En Turquie, la presse en procès


Le juge a ordonné la libération provisoire de sept accusés, dont le caricaturiste Musa Kart, mais a décidé de maintenir en détention préventive quatre autres, le chroniqueur francophone Kadri Gürsel, le journaliste d'investigation Ahmet Sik, le rédacteur en chef du quotidien Murat Sabuncu et le patron du journal Akin Atalay.

Procès de «Cumhuriyet» : «Le journalisme n’est pas un crime» (24.07.2017)

Par Hala Kodmani — 24 juillet 2017 à 18:58

Devant le tribunal à Istanbul, journalistes et militants se sont rassemblés en soutien des accusés.

Devant le tribunal à Istanbul, journalistes et militants se sont rassemblés en soutien des accusés. Photo Ozan Kose. AFP
  
Le 24 juillet 1908, l’abolition de la censure, premier acte de la mise en place de la monarchie parlementaire sous l’Empire ottoman avait été célébrée à l’époque par les journalistes turcs. Ce lundi 24 juillet 2017, s’est ouvert à Istanbul le procès de dix-sept journalistes et collaborateurs du quotidien Cumhuriyet, l’un des derniers organes de presse indépendants du pays. Une foule immense s’est rassemblée devant le tribunal d’Istanbul pour accueillir les accusés par des applaudissements, des ballons multicolores et des pancartes. «Le journalisme n’est pas un crime» ou «la presse libre ne peut être réduite au silence», pouvait-on lire notamment.

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«Je n’ai malheureusement pas pu entrer dans la salle d’audience qui ne peut accueillir que 150 personnes», nous indique l’écrivain francophone Yigit Bener, traducteur et interprète turc. Les couloirs menant à la salle d’audience étaient également bondés. A l’extérieur, un lâcher de ballons symbolisait «un acte d’accusation aussi volatile et plein d’air que ces baudruches», selon Bener. Les collaborateurs de Cumhuriyet sont accusés d’avoir aidé une ou plusieurs «organisations terroristes», principalement les séparatistes kurdes du PKK et le mouvement du prédicateur exilé aux Etats-Unis, Fethullah Gülen. Celui-ci est désigné par le pouvoir d’Erdogan comme étant le cerveau de la tentative de putsch du 15 juillet de l’année dernière. Des accusations catégoriquement démenties par les journalistes. L’acte d’accusation de 324 pages présente Cumhuriyet comme un journal qui mène une opération visant à faire de la Turquie et d’Erdogan des «cibles» en ayant recours à des procédés de «guerre asymétrique».

«Cumhuriyet n’a pas peur»

Plusieurs journalistes du quotidien, créé en 1924, ont rejeté lundi les accusations «imaginaires et calomnieuses» d’activités «terroristes» pesant contre eux. «Cumhuriyet n’a pas peur, ne se rendra pas, n’abandonnera pas», a déclaré au tribunal le patron du journal Akin Atalay, qui fait partie des accusés. «L’indépendance et la liberté sont l’ADN de ce journal», a-t-il ajouté. Parmi les accusés, onze sont en détention préventive, la plupart depuis près de neuf mois. Depuis l’arrestation de ses piliers, le journal laisse systématiquement un encart vierge là où auraient dû paraître les textes de ses chroniqueurs écroués, comme l’éminent chroniqueur francophone Kadri Gürsel. Au début de l’audience, celui-ci a tourné en dérision les accusations de liens avec la mouvance güléniste au motif qu’il a reçu des SMS ou des appels de partisans du prédicateur. «Si les responsables de l’accusation n’arrivent pas à voir que les SMS sont restés sans réponse et les appels reçus une seule fois, alors ils utilisent leur autorité à mauvais escient», a-t-il dit.

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Le procès ouvert à Istanbul devrait durer une dizaine de jours. Les accusés risquent jusqu’à 43 ans de prison pour les «crimes» qui leur sont reprochés. «Ce procès est une épreuve pour la Turquie»,a estimé l’éditorialiste Aydin Engin, un des accusés comparaissant libres. «Recep Tayyip Erdogan dit que la justice est neutre en Turquie, nous allons voir», a-t-il ajouté.




Murat Belge : «Si Erdogan tire trop sur la corde, beaucoup de ses supporteurs peuvent s’en détacher» (24.07.2017)

— 24 juillet 2017 à 11:12

L'intellectuel turc Murat Belge revient sur la dérive fascisante de la Turquie et les poches de résistance dans le pays.

L’émergence de l’AKP et son arrivée au pouvoir en 2002 a profondément divisé les rangs progressistes, laïcs et de la gauche en Turquie. Les avis étaient diamétralement opposés sur le discours modéré de ce courant de «jeunes réformateurs», mené par des personnalités comme Recep Tayyip Erdogan, Abdullah Gül et Bülent Arinç, qui a fait scission du parti islamiste traditionnel. Au nom des valeurs républicaines et de la laïcité «pure et dure», l’aile dite kémaliste refusait d’accorder le moindre crédit à ces «obscurantistes qui pratiquaient l’art de la dissimulation». D’autres, au contraire, estimaient qu’il n’y avait aucune raison de s’aligner sur les militaires et de ne pas soutenir les ouvertures démocratiques pro-européennes et surtout le processus de paix avec les Kurdes et les voisins.

Le tournant ultrarépressif d’Erdogan et son alliance avec les militaires nationalistes remettent tout en cause et rapprochent aujourd’hui toutes les composantes laïques et progressistes dans une opposition à cette nouvelle donne. A l’heure des bilans et des perspectives, Eray Ak, de la rédaction de Cumhuriyet a interrogé Murat Belge, 74 ans, personnalité emblématique du monde intellectuel et universitaire turc, membre de l’Assemblée des citoyens de Helsinki, analyste politique, éditeur, auteur de plusieurs livres. Il est aussi l’un des fondateurs de la maison d’édition Iletisim (équivalent turc de Maspéro et d’Editions de minuit).


Comment en est-on arrivé-là ? Etait-ce inéluctable ?

Non, ce n’était pas inéluctable. Nul n’aurait pu le prédire. L’AKP avait promis d’accepter la règle de l’alternance électorale. D’essayer de tout faire pour intégrer l’Union européenne. De démocratiser la constitution… Et en effet, on a un peu avancé dans ce sens. Sans doute pas au point de changer structurellement la Turquie, mais assez tout de même pour que le résultat soit positif, ne serait-ce que sur le plan symbolique. Du coup, on peut dire que le concept de takkiya [concept coranique qui permet aux musulmans radicaux de dissimuler leurs véritables croyances, ndlr] est une réalité. Je ne sais pas si c’est vraiment ça qui nous est arrivé, mais toujours est-il que l’ivresse des victoires électorales a dû pousser à changer de cap à 180 degrés, surtout après le processus de la révolte de Gezi Parc.

Ivresse ? Gezi n’a-t-il pas au contraire sapé la confiance en soi du gouvernement ?

Si c’est par peur qu’ils agissent comme ça, alors ils sont bêtes. Car le recours à la violence est toujours une arme à double tranchant. Certains dignitaires de l’AKP de l’époque étaient plus accommodants. Depuis, le discours s’est considérablement durci et c’est Erdogan qui en est le seul responsable. Ceux qui sont aux postes de commande aujourd’hui, estiment que leur maintien au pouvoir dépend de leur capacité à générer de la tension politique et à réprimer.

Etait-ce si imprévisible ?

Il est vrai qu’Erdogan avait dit : «La démocratie c’est un tramway, on monte et on descend là où on veut arriver…» On peut prétendre qu’il avait annoncé la couleur et qu’il n’y a là rien de surprenant de la part d’un islamiste. Mais c’est paradoxal : Erdogan était pourtant prêt à s’ouvrir sur le monde, mais il a abandonné cette vaste vision pour se renfermer dans une idéologie étroitement banale et traditionnelle. Populisme exige, sans doute…

Où situez-vous le point de rupture ?

Au moment où Erdogan s’était publiquement opposé à Israël en 2009, dans la foulée des opérations sur Gaza. Le monde musulman l’avait alors salué comme un héros. Mais depuis, et sachant le poids d’Israël dans le monde occidental, il n’a cessé de se demander ce que cela allait lui coûter. Tout devenait à ses yeux un élément du complot revanchard destiné à anéantir «l’homme providentiel» qu’il pensait être pour la Turquie et le monde musulman. Avec la paranoïa qui est la sienne, quiconque devient un ennemi potentiel ou avéré…

Quid de Gülen ? Erdogan et lui étaient alliés. Qu’est-ce qui les oppose aujourd’hui ?

La lutte pour le pouvoir ! Les pires bagarres ont toujours été celles entre les groupes qui paraissent idéologiquement proches. Erdogan et consorts sont issus de Tariqa Naqshbandiyya, tandis que Fethullah Gülen et les siens de la Jamaat-e-Nūrsi… Ce sont deux confréries distinctes de l’Islam sunnite. C’est leur alliance initiale qui était plutôt exceptionnelle. Aujourd’hui, la rupture est consommée au point que les Gülenistes ont essayé de renverser Erdogan par une tentative de coup d’Etat.

Quelles sont les poches de résistance dans la société ?

La société turque a toujours eu de drôles de ressources. Ce pays est tout de même l’héritier du dernier grand empire musulman, ce savant et complexe alliage d’Orient et d’Occident, qu’on ne peut réduire à une seule de ses composantes. L’AKP est certes un parti islamiste, mais il est aussi porteur des aspirations d’ascension sociale de couches urbaines marginalisées dans l’ancien régime. Les grosses entreprises de construction qui ont poussé comme des champignons en sont un bel exemple. Ces nouveaux riches sont certes Musulmans, mais ne vont à la mosquée que les vendredi… et encore ! Leur priorité n’est certainement pas de transformer la Turquie en une «république musulmane». Si l’AKP est au pouvoir depuis tant d’années, ce n’est pas parce qu’il a réussi à rallier ces masses à sa cause islamiste. C’est un positionnement de classe. Si Erdogan tire trop sur la corde de la polarisation sur le mode de vie, beaucoup de ses supporters peuvent s’en détacher, car leur «islamisme» à eux est de façade. Briser l’échine démocratique de la société n’est pas une tâche si aisée.

Quel est le véritable objectif du gouvernement ?

Se maintenir au pouvoir à tout prix : «L’islam au pouvoir doit y rester, quitte à refuser l’alternance électorale.» Et ça, c’est dangereux. Le pays a besoin de réformes structurelles importantes, mais on n’y arrivera pas en augmentant le nombre d’écoles pour imams ou en purgeant les opposants des universités. Étrangement, le gouvernement ne semble pas en être conscient. Pourtant, l’économie ne peut fonctionner en s’appuyant seulement sur le seul secteur de la construction immobilière.

Les gens ont peur…

Ce n’est pas nouveau. Notre histoire n’est qu’un festival de films d’épouvante ! Avant aussi les gens avaient peur de se faire lyncher ou de voir un beau matin débarquer les policiers chez eux. Certes, le style a changé et les gens ont désormais peur d’un autocrate islamiste. Aujourd’hui, on craint que les policiers aillent en plus saccager les tableaux accrochés aux murs. Nous sommes confrontés à une dérive fascisante qui vient de la rue, encouragée par le pouvoir. Ça peut vite échapper à tout contrôle.

Comment définir ce processus ?

Il s’agit d’une transition vers le fascisme. Je ne dirai pas que le projet du gouvernement est effectivement d’y arriver du jour au lendemain… Mais ça y ressemble fort.

Y a-t-il le moindre espoir ?

Je suis pessimiste sur le court terme. Mais il ne faut pas sous-estimer l’effet de la «marche pour la justice», dont l’apothéose a été la gigantesque manifestation à Istanbul du 8 juillet.  Cela a été un mouvement important, car les gens avaient tendance à se replier sur eux-mêmes. Ils se disent maintenant qu’ils ne sont pas seuls. Et c’est encourageant. Pour autant, inutile d’être trop pessimistes. Toute bonne chose a un prix, et la démocratie aussi. C’est ce prix que nous sommes en train de payer.

Recueilli par Eray Ak (rédaction de Cumhuriyet)



En Turquie, le journal « Cumhuriyet » face à la justice (24.07.2017)


Les 19 journalistes et employés du plus vieux quotidien turc risquent jusqu’à 43 ans de prison pour « soutien au terrorisme ». Leur procès s’est ouvert lundi.

LE MONDE | 24.07.2017 à 06h58 • Mis à jour le 24.07.2017 à 11h54 | Par Marie Jégo (Istanbul, correspondante)

Emblématique du sort fait à la liberté de la presse en Turquie, le procès de dix-neuf journalistes et employés de Cumhuriyet, le plus vieux quotidien du pays, s’est ouvert lundi 24 juillet au palais de justice de Çaglayan, à Istanbul, en présence de nombreux défenseurs des droits de l’homme, venus les soutenir.

Les meilleurs plumes de Turquie – entre autres l’éditorialiste Kadri Gürsel, le caricaturiste Musa Kart, le chroniqueur Aydin Engin, le journaliste d’investigation Ahmet Sik – seront présents sur le banc des accusés. Sur dix-neuf prévenus, douze sont en prison – la plupart depuis près de neuf mois –, six comparaissent libres, et un seul, Can Dündar, l’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, aujourd’hui réfugié en Allemagne, est jugé par contumace.

Tous risquent jusqu’à quarante-trois ans de prison pour avoir soutenu, selon l’acte d’accusation, trois organisations terroristes, soit le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen (accusé d’être le cerveau de la tentative de putsch du 15 juillet 2016), le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le groupuscule d’extrême gauche DHKP-C.

En réalité, les journalistes incriminés n’ont jamais cessé de porter leur plume contre le terrorisme sous toutes ses formes. L’acte d’accusation est fondé sur leurs articles de presse, leurs coups de téléphone, leurs tweets, ainsi que sur quelques-unes de leurs déclarations. Aucune preuve tangible de leur implication dans une organisation terroriste ne figure au dossier.

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« Le bien-être et la paix »

« L’instruction a été bâclée, intentionnellement je dirais, et l’accusation ne tient pas debout. Les accusés n’ont aucun lien avec les organisations terroristes citées. Le parquet a ressorti des conversations téléphoniques très datées et cherche à nous faire croire qu’il s’agit d’une affaire retentissante », résume Abbas Yalcin, l’un des avocats du quotidien.

« Le procès repose sur des charges complètement bidon. Le pouvoir islamo-conservateur cherche à effrayer les intellectuels, les opposants, la jeunesse et tout ce qui reste de l’opposition, afin de semer la terreur », estime Bedri Baykam, artiste peintre et galeriste à Istanbul, acquis aux idées du Parti républicain du peuple (CHP, opposition kémaliste), le parti fondé par Atatürk, dont Cumhuriyet est proche.

Le gouvernement, qui dirige par décrets depuis l’imposition de l’état d’urgence, le 20 juillet 2016, fait fi des critiques. Ce dernier vient d’être prolongé une nouvelle fois pour trois mois, et le président Erdogan a assuré qu’il en sera ainsi jusqu’à ce que la Turquie atteigne « le bien-être et la paix ». Depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, plus de 160 journalistes sont en prison et 150 médias ont été fermés.

« Les journalistes aussi commettent des crimes et, lorsqu’ils agissent ainsi, la justice doit faire le nécessaire. Je tiens à vous dire que ceux que vous décrivez comme des journalistes ont aidé et encouragé le terrorisme », a expliqué le président Erdogan en marge du G20, à Hambourg, en Allemagne, le 7 juillet.

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« La raison a été débranchée »

Les journalistes ne sont pas les seuls incriminés. Depuis le putsch, plus de 150 000 fonctionnaires ont été limogés par vagues successives, et près de 50 000 personnes ont été emprisonnées, autant des supposés gülenistes que des militants de gauche, ainsi qu’une dizaine de députés du parti HDP (prokurde) et une centaine de maires de villes kurdes.

« 2016 a non seulement été consacrée à l’éviction des personnes éduquées – enseignants, universitaires et autres – de la sphère publique, mais on a essayé de faire disparaître la capacité élémentaire de l’être humain à raisonner », dénonce la jeune auteure Ece Temelkuran dans un point de vue publié par le quotidien britannique The Guardian, le 21 juillet.

« La raison a été débranchée », assure Bedri Baykam. La répression confine à l’absurde. Ainsi les Turcs ont-ils appris cette semaine que le port d’un simple tee-shirt pouvait les conduire droit au commissariat.

IL SE TROUVE QUE LA PLUPART DES « HÉROS » ONT ÉTÉ APPRÉHENDÉS SUR DÉNONCIATION, UNE PRATIQUE LARGEMENT ENCOURAGÉE PAR LES AUTORITÉS
Quinze personnes ont été interpellées dans tout le pays pour avoir porté un tee-shirt avec le mot hero inscrit en grosses lettres, les autorités voyant dans cette mode vestimentaire une forme de soutien déguisé aux auteurs du putsch manqué.

La controverse a surgi lorsqu’un des militaires jugés à Mugla (sud-ouest) pour « tentative d’assassinat » sur le président Erdogan a comparu avec le tee-shirt en question.

Mais la plupart des personnes interpellées, dont un couple conduit au commissariat, samedi 22 juillet, à Antalya, ainsi qu’un adolescent appréhendé à Çanakkale (Dardanelles) le même jour, ont assuré ne pas être au courant des dangers que le tee-shirt leur faisait courir. Deux personnes sur les quinze ont néanmoins été maintenues en détention dans l’attente de leur procès pour « propagande terroriste ».
Il se trouve que la plupart des « héros » ont été appréhendés sur dénonciation, une pratique largement encouragée par les autorités. C’est également sur dénonciation que dix militants turcs des droits de l’homme, dont la directrice d’Amnesty International pour la Turquie, Idil Eser, ont été arrêtés, le 5 juillet, sur l’île de Büyükada, ainsi que deux formateurs (un Suédois et un Allemand). Le 18 juillet, six d’entre eux ont été placés en détention, tandis que les quatre autres étaient relâchés et mis sous contrôle judiciaire. Depuis, les quatre ont été de nouveau arrêtés.

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« La peur nous colle à la peau », affirme Hasan (le prénom a été changé), un fonctionnaire qui dit se sentir « en permanence comme un coupable en puissance ». Dans son administration, « c’est devenu la mode de partager sur les réseaux sociaux le plus de photos possible attestant de la présence des fonctionnaires aux grands rassemblements organisés par l’AKP [le parti de M. Erdogan, au pouvoir depuis 2002]. Ces témoignages nous serviront de bouclier, le jour où… »




Erdogan, le transformiste (23.07.2017)

Par Oya Baydar, Ecrivaine, journaliste et Ahmet Insel, Universitaire — 23 juillet 2017 à 20:16

Comment le président turc désireux d’instaurer une société conforme à la vision de l’islam politique s’est abrité derrière la démocratie.

Un islamo-nationaliste maquillé…

En 2003, lorsqu’il devint chef du gouvernement turc, le monde occidental salua en Recep Tayyip Erdogan un leader musulman démocrate. A l’époque, même les libéraux et les socialistes de Turquie accueillaient positivement les avancées ouvrant la voie des négociations d’adhésion avec l’Union européenne, les efforts pour résoudre la «question kurde», et sa politique de paix avec le voisinage. Car pour eux, le principal obstacle à la démocratisation du pays était le régime putschiste de tutelle militaire s’appuyant sur des cadres kémalistes, civils et militaires.

Pourtant, déjà, certains se méfiaient d’Erdogan en raison de ses origines islamistes, le soupçonnant de poursuivre un agenda secret. Aujourd’hui, force est de constater que ces derniers ont eu raison, puisqu’il semble que pour le chef de l’Etat, la démocratie n’était qu’un bouclier servant à contrer les coups de l’armée.

Il a d’ailleurs jeté bas le masque dès 2010, avouant explicitement son ambition de créer une société conforme à la vision de l’islam politique. Depuis, dans ses discours, la démocratie est réduite au seul scrutin majoritaire, et la nation définie comme l’ensemble des Turcs votant pour sa personne.

Les valeurs conservatrices religieuses, d’abord «conseillées» à la population, commencent progressivement à lui être imposées. Le Président n’hésite plus à proclamer sa volonté de former de «nouvelles générations pieuses» : les valeurs de l’islam sunnite sont désormais inscrites dans le cursus scolaire et les étudiants sont canalisés vers les fameuses «écoles d’imams», en nombre croissant.

Une propagande sournoise dénigre le mode de vie occidental laïc. La mentalité patriarcale et les valeurs conservatrices religieuses, en particulier dans le domaine de la famille et du statut de la femme, deviennent hégémoniques.

La question kurde est un autre révélateur de la transformation d’Erdogan : en 2013, il avait initié un processus de paix en espérant attirer à lui le vote kurde. Mais après avoir constaté que la paix profitait plutôt au mouvement kurde et aux forces démocratiques [le HDP, parti de gauche prokurde, a obtenu 13 % des suffrages aux législatives de juin 2015, ndlr], il a repris le chemin de la guerre. En deux ans, cette guerre a dévasté la population civile et ravagé les villes de la région. Le maquillage gouvernemental a coulé, et l’éternelle phobie antikurde du nationalisme turc a refait surface.

Le putsch manqué du 15 juillet 2016 a été le troisième acte de sa métamorphose. Erdogan a confié que cette folle tentative de coup d’Etat était pour lui un «don du ciel». En effet, l’état d’urgence lui a permis d’écraser tous ses opposants.

Transformé en autocrate islamiste, le Président est cependant de plus en plus isolé au sommet de l’Etat : son entourage, qui ne l’appelle plus que «reis» («le chef»), n’ose plus le critiquer, même lorsqu’il s’engage dans une fuite en avant paranoïaque et irrationnelle, motivée, dit-on, par sa crainte d’être victime d’un assassinat. Or, on le sait, la peur est mauvaise conseillère.

… devenu boulimique du pouvoir

Le fondateur du parti de l’AKP déclarait avoir «quitté les habits de l’islam politique» dont il était issu, se définissant comme conservateur et démocrate. C’était après sa première victoire aux élections législatives, en 2002. Erdogan promettait alors la normalisation démocratique de la Turquie, notamment en réalisant l’adhésion à l’UE. Il a effectivement mené des réformes en ce sens, en gros jusqu’au lendemain de l’ouverture des négociations d’adhésion avec l’UE en 2005.

Avec l’assombrissement de la perspective d’adhésion à partir de 2007, le desserrement de l’emprise de l’armée (en partie par des procès iniques), et sa maîtrise progressive de l’appareil d’Etat, le chef populiste et authentiquement populaire de l’AKP a commencé à montrer un visage plus autoritaire. Fort de ses succès électoraux et se voyant comme le nouveau leader du monde arabo-musulman, Erdogan a été saisi d’une ivresse de pouvoir. Les vieilles antiennes islamistes ont refait surface dans son discours : réislamisation de l’espace public et formation d’une jeunesse pieuse.

L’ampleur des protestations du parc Gezi, en juin 2013, a eu l’effet d’une douche froide sur le leader de l’AKP, qui pensait que plus rien ne pouvait lui résister. Il opta pour la répression brutale du mouvement citoyen. Et choisit de polariser les divisions socioculturelles historiques de la Turquie pour consolider sa base partisane. En 2013, les révélations sur la corruption de son entourage (puis de lui-même) l’ont conduit à accélérer sa trajectoire autoritaire.

Elu président de la République en 2014, Erdogan a prétendu qu’avec lui, le régime était devenu de facto présidentiel ; sans convaincre tout le monde, même dans son propre parti. Finalement, la tentative de putsch du 15 juillet 2016 lui facilitera le travail : appuyé par un régime de contre-coup d’Etat extrêmement répressif et retissant l’alliance sunnite-nationaliste antikurde, il a été définitivement consacré comme hyperprésident par la réforme constitutionnelle adoptée à une courte majorité lors du référendum d’avril dernier.

La Turquie est devenue une «autocratie élective», où règne l’arbitraire. Tous les pouvoirs, sans exception, y compris le contrôle de la justice, sont concentrés dans les mains d’une seule personne. Un parti-Etat, l’AKP, est mis en place, avec en son centre le chef qui, pour assurer sa réélection en 2019, affiche une posture islamo-nationaliste agressive, en essayant aussi d’absorber le parti d’extrême droite nationaliste MHP.

Erdogan vient de faire inscrire quatre principes dans les statuts de l’AKP : un seul Etat, une seule nation, une seule patrie et un seul drapeau. Deux autres principes, sans être prononcés, se dessinent : une seule langue (le turc) et une seule religion (l’islam sunnite). Et un seul chef, cela va sans dire.


Oya Baydar Ecrivaine, journaliste , Ahmet Insel Universitaire

Turquie : Kilicdaroglu, l'homme qui défie Erdogan (21.07.2017)


Mis à jour le 21/07/2017 à 18h44 | Publié le 21/07/2017 à 18h38

Après le succès de sa marche, le leader kémaliste veut sauver la démocratie turque à la présidentielle de 2019.

De notre envoyée spéciale à Ankara

Dans son bureau climatisé d'Ankara, lové dans l'enceinte du Parlement turc, il a renfilé son costume sombre et rechaussé ses souliers vernis. «J'ai usé quatre paires de baskets en parcourant 450 kilomètres à pied de la capitale turque à Istanbul», sourit Kemal Kilicdaroglu. Un record pour cet ancien bureaucrate de 68 ans qui dirige le principal parti laïque d'opposition turc, le CHP (Parti républicain du peuple). Depuis le succès de sa «marche pour la justice», qui s'est achevée le 9 juillet sous un soleil de plomb en compagnie de centaines de milliers de personnes, celui qui brillait jusqu'ici par son manque de charisme s'est imposé comme le nouveau visage de la fronde anti-Erdogan. «Nous nous battrons jusqu'au bout pour la démocratie. Nous sommes prêts à en payer le prix», insiste-t-il, la moustache en alerte.

Au lendemain des commémorations du putsch avorté du 15 juillet 2016, le nouveau «Gandhi turc» ne mâche pas ses mots contre le président islamo-conservateur et son Parti de la justice et de la liberté, l'AKP, au pouvoir depuis 2002. «Le coup d'État, que l'opposition avait condamné à l'unanimité, aurait dû ressouder les Turcs et renforcer la démocratie. C'est tout le contraire qui s'est produit : aujourd'hui, la démocratie agonise», martèle-t-il dans son fauteuil noir. Au rez-de-chaussée de l'imposante bâtisse, bombardée la nuit du coup d'État, une exposition revient en images sur le fameux 15 Temmuz (juillet) en célébrant «l'unité nationale». Face à ce trompe-l'œil, Kilicdaroglu dénonce un «coup d'État civil» qui sévit dans le pays depuis la proclamation, le 20 juillet 2016, de l'état d'urgence, maintes fois prolongé. «Le président gouverne par décrets. Des changements ont été imposés dans la Constitution. Les universités sont le théâtre de purges sans précédent. Des membres du Parlement ont été arrêtés», s'insurge-t-il, amer.

Des parlementaires en prison

C'est, justement, la condamnation d'Enis Berberoglu, un député de son parti, à 25 ans de réclusion pour «révélation d'informations confidentielles» sur la livraison d'armes aux rebelles syriens, qui provoque, à la mi-juin, l'appel à marcher jusqu'aux portes de sa prison, à Istanbul. À ceux qui reprochent au leader du CHP de s'être réveillé trop tard, il répond que l'embastillement de son confrère a servi de «déclencheur» et non de «cause». «Certains m'accusent de ne pas avoir réagi dès les résultats controversés du référendum du 16 avril. Mais l'ambiance était trop tendue, la société trop polarisée. On risquait un débordement de violence», se justifie Kilicdaroglu. Il fait là référence au vote sur la réforme constitutionnelle en faveur de l'augmentation des pouvoirs du chef de l'État, passée de justesse à l'issue d'une campagne déséquilibrée, et dont les résultats, dit-il, «ont été manipulés». Nombre de dissidents de gauche déplorent, aussi, son soutien de l'an passé à la levée de l'immunité parlementaire, dont Berberoglu fait aujourd'hui ironiquement les frais. Défendue par l'AKP, cette sanction visait, à l'époque, le parti laïque prokurde, le HDP, dont plusieurs députés, y compris les coleaders de la mouvance, sont aujourd'hui sous les verrous pour «soutien au terrorisme».

Pour l'heure, l'engouement suscité par le récent cortège anti-Erdogan a balayé les anciennes rancœurs

Pour l'heure, l'engouement suscité par le récent cortège anti-Erdogan a balayé les anciennes rancœurs. Des défenseurs de la minorité kurde aux mouvements féministes, en passant par les professeurs limogés et des écrivains de renom comme Asli Erdogan, c'est toute la société civile qui a défilé aux côtés de Kilicdaroglu : une mobilisation inédite depuis les grandes manifestations de Gezi de 2013. «Nous avons marché parce que nous nous opposons au régime d'un seul homme. Nous avons marché pour dénoncer le monopole du pouvoir exécutif sur le judiciaire.» Et après? «Nous devons maintenir la pression», insiste le politicien kémaliste, en dénonçant «l'autoritarisme» du nouvel homme fort du pays. Pour lui, il ne fait aucun doute que le prédicateur Fethüllah Gülen, exilé en Pennsylvanie, était impliqué dans le coup d'État. «En revanche, ce que je déplore, c'est que la purge anti-Gülen ait, depuis, servi de prétexte pour passer sous silence toutes les voix qui s'opposent à l'AKP. Aujourd'hui, les procureurs répondent aux ordres du palais présidentiel. Quant à la presse, elle est contrôlée à 90 % par le gouvernement. Les deux principaux journaux d'opposition, Cumhuriyet et Sozcu, sont dans le collimateur du pouvoir et une partie de leurs collaborateurs sont en prison», dit-il.

Son ambition : faire la lumière sur la responsabilité de l'AKP dans l'accession au pouvoir de la mouvance pro-Gülen à l'époque où Erdogan en avait fait son allié pour asseoir son emprise sur le pays, avant que les deux hommes ne tombent en désamour. «Si j'étais à la place du président, j'aurais immédiatement fait ouvrir une enquête judiciaire contre les personnes ayant favorisé son ascension au sein des institutions. Cela fait des années que nous dénonçons son infiltration au sein de l'armée, des gouvernorats, des universités. Et ce, bien avant le coup d'État. Mais on ne nous a pas laissés parler», regrette-t-il. Le problème, ajoute-t-il, c'est que «personne n'a le courage de s'attaquer ouvertement à Erdogan et de lui dire : vous avez tort».

En attendant, Kilicdaroglu promet des changements à ceux qui voient dans sa mouvance kémaliste un vieux parti rouillé

Lui, il veut oser. Ce mardi 18 juillet, il l'a même invité à relever le défi d'un «duel télévisé». «Si tu n'es pas lâche, si tu n'es pas un despote, si tu n'as pas peur, alors discutons de la tentative de putsch du 15 juillet sur une de tes chaînes et à l'heure de ton choix. Laissons le peuple juger de qui dit la vérité», a-t-il déclaré à son attention lors d'un discours devant son groupe parlementaire. L'ultime objectif? «Faire tomber Erdogan au scrutin présidentiel de 2019», tranche Kilicdaroglu, même s'il n'ambitionne pas, personnellement, de briguer la place. «Je suis contre la candidature d'un chef de parti», dit-il. Mais, sauf élections anticipées, il lui reste encore deux ans pour revenir sur sa décision. Ou pour démissionner du CHP. À moins qu'il ne finisse derrière les barreaux, à l'instar du chef du HDP, Selahattin Demirtas. «Erdogan menace de me poursuivre en justice. Mais je ne céderai pas», prévient-il.

En attendant, Kilicdaroglu promet des changements à ceux qui voient dans sa mouvance kémaliste un vieux parti rouillé. «Si les jeunes veulent nous aider à réformer le parti, je serai le premier à leur ouvrir la porte. Le CHP est le seul parti qui soutienne la démocratie. Nous voulons faire partie du monde civilisé. Nous voulons l'égalité entre les sexes, une justice indépendante, des universités autonomes», dit-il, en souhaitant que la «porte de l'Europe nous reste ouverte». Un nouveau héros est-il né ? Il y a quelques jours, le Musée Koç a exprimé le souhait de récupérer une de ses paires de baskets pour immortaliser la fameuse «marche pour la justice». «J'ai bien sûr accepté», précise l'intéressé.

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La répression s'emballe et s'élargit en Turquie (21.07.2017)


Arrestation au cours d'une manifestation à Ankara, le 14 juillet. - Crédits photo : ADEM ALTAN/AFP

International | Par Delphine Minoui

Mis à jour le 21/07/2017 à 18h51

Le climat de répression n'est pas près de s'arrêter. Il devrait perdurer jusqu'aux élections de 2019 sur fond de musellement de la presse et de propagande pour galvaniser les partisans du président.

Dans la nuit du 15 juillet, un an jour pour jour après le putsch avorté, un étonnant message vocal a surpris Ayla, 25 ans, alors qu'elle téléphonait à sa mère. «En tant que président, je célèbre la démocratie et l'unité nationale, je souhaite le repos aux martyrs et la santé aux héros.»Le discours de Recep Tayyip Erdogan s'était invité sur le portable de l'étudiante turque! L'anecdote aux accents orwelliens en dit long sur l'obsession du pouvoir à faire de ces commémorations une épopée à la gloire du chef de l'État turc. Mais c'est surtout «une blague de mauvais goût», peste la jeune femme. Car derrière les drapeaux rouges et les affiches de propagande qui inondent ces jours-ci les rues d'Ankara, la capitale, se cache une réalité plus amère: celle d'un climat de peur et d'une répression sans merci qui disséminent le pays. Limogeages, convocations au tribunal, arrestations, menaces. Pas un jour ne passe sans son lot de mauvaises nouvelles… «La question ne se pose plus de savoir si on va être arrêté, mais plutôt quand on va être arrêté», ironie un activiste qui préfère taire son nom. «Journalistes, écrivains, simples citoyens, personne n'est épargné!», précise-t-il, en référence à l'ampleur de la purge post-coup d'État qui dépasse, de loin, les cercles putschistes.

Tour de vis

La chape de plomb va de pair avec une stigmatisation croissante des dissidents

À la veille des célébrations, une nouvelle liste de 7000 fonctionnaires suspendus - dont 2300 policiers - est même venue s'ajouter aux quelque 110.000 autres évincés depuis un an. Mardi, six défenseurs des droits de l'homme, dont la directrice d'Amnesty International en Turquie et un militant allemand, ont fait les frais de ce tour de vis. Au terme d'une longue audience, le parquet a réclamé leur maintien en détention jusqu'à leur procès. Arrêtés le 5 juillet avec neuf autres activistes, alors qu'ils participaient à une conférence, près d'Istanbul, ils sont accusés de «commettre un crime au nom d'une organisation terroriste». Ce genre d'accusation qui avait l'habitude de viser les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, l'instigateur présumé du putsch manqué, ou les séparatistes kurdes du PKK, s'élargit désormais à toutes les voix critiques.

La chape de plomb va de pair avec une stigmatisation croissante des dissidents: quand ils ne sont pas accusés de «soutien au terrorisme», ils sont traités d'agents de l'Occident. C'est, aussi, une riposte indirecte au succès de la «marche pour la Justice», lancée à l'initiative du leader du principal parti d'opposition. Tolérée par le pouvoir, mais placée sous haute surveillance, cette parade pacifique a embarrassé les autorités qui avaient misé sur les commémorations du 15 juillet pour mobiliser les foules. «Le climat de répression n'est pas près de s'arrêter. Il va perdurer jusqu'aux élections de 2019 sur fond de musellement de la presse et de propagande pour galvaniser les partisans du président. C'est, semble-t-il, la seule façon avec laquelle le régime d'Erdogan entend assurer sa survie», estime l'expert en relations internationales Ilhan Uzgel, radié de ses fonctions de professeur à l'université d'Ankara pour avoir signé une pétition pour la paix.

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Berlin gèle ses livraisons d'armement à la Turquie (21.07.2017)


Mis à jour le 21/07/2017 à 09:03 

Le gouvernement allemand a décidé de geler des livraisons d'armement prévues à la Turquie, en raison du conflit qui oppose les deux pays au sujet du respect des droits de l'homme, indique vendredi le quotidien Bild. "Le gouvernement gèle toutes les livraisons en cours ou prévues à la Turquie", écrit le journal.

Le bras droit d'Angela Merkel à la chancellerie allemande, Peter Altmaier, n'a voulu ni confirmer ni infirmer ces informations mais n'a pas exclu de nouvelles mesures de rétorsion contre la Turquie, après les sanctions économiques évoquées la veille.


"Nous allons à tout moment examiner si de nouvelles mesures sont nécessaires", a-t-il déclaré à la chaîne de télévision ZDF, soulignant que la "réorientation" de la politique allemande à l'égard d'Ankara était un "processus" sur la durée.

Si le gel des livraisons était confirmé il s'agirait d'une nouvelle escalade entre deux Etats alliés sur le plan militaire au sein de l'Otan. Suite aux purges massives engagées en Turquie après la tentative de putsch de juillet 2016, l'Allemagne a, selon plusieurs médias, déjà bloqué depuis début 2016 onze exportations "d'armes de poing, de munitions ou de composants d'armement" à destination de ce pays, en raison de craintes qu'elles soient utilisées dans le cadre de la répression contre des opposants au régime.

Berlin a frappé hier son partenaire historique au portefeuille en renforçant ses mises en garde concernant les déplacements en Turquie, en pleine saison touristique, et en menaçant de bloquer ses aides aux investissements ou exportations en Turquie.

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A quoi joue la Turquie ? La connivence de fait entre Ankara et EIIL constitue une vraie interrogation

Pascal Lorot : source

A quoi joue la Turquie ? La politique moyen-orientale d’Ankara est aujourd’hui de plus en plus floue. Pilier de l’OTAN en Méditerranée orientale, Ankara avait déjà quelque peu dérouté les chancelleries en raison de son flirt avec Téhéran mais aussi suite à sa rupture brutale en 2010 avec Israël, alors que les deux pays avaient engagé de vrais partenariats stratégiques.

Là, la situation ressort bien plus problématique encore. L’Occident se trouve confronté à un véritable défi qui a un nom : Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) encore appelé, de son nom arabe, Daech. Ce dernier, profitant de l’effondrement de toute autorité en Syrie du Nord mais surtout de l’anarchie régnante en Irak, a réussi à prendre le contrôle d’une partie importante de cette terre mésopotamienne qui fut, rappelons-le, l’un de nos principaux berceaux civilisationnels. Avec pour objectif d’y installer un califat où régnerait un islam des plus rigoureux. Les massacres multiples perpétrés contre les chrétiens et les Yazidis, contre les musulmans modérés également, sans parler de ces décapitations d’Occidentaux orchestrées devant caméras, montrent à quel point EIIL est loin de nos canons du respect de la dignité humaine. L’attraction exercée auprès des jeunes Européens - la plupart d’origine musulmane - par cette organisation symbole, pour reprendre l’expression du philosophe Luc Ferry, de l’émergence d’un véritable “islamonazisme”, est porteuse de lourdes inquiétudes quant à la cohésion et la stabilité de nos sociétés occidentales.

Face à cela, une coalition internationale regroupant Etats-Unis, puissances occidentales et nations moyen-orientales a été constituée pour contenir puis, ensuite, réduire cette pieuvre islamique. Seul pays à manquer à l’appel, la Turquie a adopté une posture des plus ambiguës. Toute à son obsession anti-Assad, Ankara a laissé sur son territoire se constituer en base arrière des mouvements islamistes : apprentis terroristes et armes à destination des mouvements les plus radicaux et anti-occidentaux y transitent avant de rejoindre les zones de combat, tandis que les commandants islamistes viennent s’y reposer ou s’y faire soigner. Sans parler des cargaisons de pétrole syrien et irakien qui y transitent avant d’être vendues, alimentant les caisses de l’Etat islamique.

Alors même que les Kurdes syriens du YPG, sous-équipées mais avec courage, sont seuls à combattre l’Etat islamique à la frontière syroturque, autour de la ville stratégique de Kobané, Ankara leur refuse tout soutien et, pour ce qui est des civils, accueille les réfugiés au compte-gouttes et en traînant les pieds. La crainte turque de voir le Kurdistan syrien conquérir son autonomie (qu’elle a déjà de fait) de Damas, est plus forte pour Erdogan que de voir s’étendre l’influence d’EIIL à l’ensemble de la région.


La connivence de fait entre Ankara et EIIL constitue une vraie interrogation. La montée en puissance d’un islam conservateur – n’hésitant à l’intérieur pas à combattre brutalement ses adversaires politiques –, et la promotion à l’extérieur d’une doctrine “néo-ottomane” en Turquie, éloignent un peu plus encore ce pays de l’Occident et de ses valeurs. La question est aujourd’hui de savoir jusqu’où ira la Turquie.

Turquie/Allemagne: les rapports se dégradent (20.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec AFP Mis à jour le 20/07/2017 à 18:41 Publié le 20/07/2017 à 18:25

La Turquie a dénoncé aujourd'hui les décisions prises par l'Allemagne à son encontre en pleine brouille entre les deux pays. "Nous voulons continuer à voir en l'Allemagne un pays allié et ami. Nos relations ne sauraient être basées sur le chantage et la menace, mais doivent être régies par les normes et principes internationaux", a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

Berlin, excédée par l'interpellation à Istanbul de défenseurs des droits de l'Homme, dont un Allemand, a annoncé aujourd'hui une "réorientation" de sa politique vis-à-vis de la Turquie avec des mesures qui risquent de pénaliser économiquement son partenaire historique.

La première d'entre elles est une mise en garde du ministère des Affaires étrangères pour les voyages en Turquie, destination traditionnellement très prisée des vacanciers allemands.

Le chef de la diplomatie Sigmar Gabriel a accusé Ankara de violations systématiques de l'Etat de droit, affirmant qu'elle ne peuvent "pas rester sans conséquences". Une position qualifiée aussi de "nécessaire et indispensable" par la chancelière Angela Merkel.

Soulignant qu'une "sérieuse crise de confiance", opposait les deux pays, le ministère turc des Affaires étrangères en a imputé la responsabilité à l'Allemagne en l'accusant d'user d'une "approche de deux poids deux mesures à l'égard de notre pays".

Il a affirmé que l'Allemagne exigeait "la libération d'Allemands détenus en Turquie pour des accusations en lien avec le terrorisme" tout en tolérant la présence sur son sol de séparatistes kurdes du PKK et de membres du mouvement guléniste, du nom du prédicateur en exil Fethullah Gülen qu'Ankara accuse d'avoir fomenté le coup d'Etat manqué de juillet 2016, ce qu'il nie.

Le ministère turc a aussi reproché aux autorités allemandes d'avoir empêché plus tôt cette année la tenue de meetings électoraux de la diaspora turque en présence de ministres ou de députés dépêchés par Ankara.

En même temps, Berlin "défend le droit de ses députés de rendre visite quand bon leur semble aux soldats allemands stationnés sur des bases sous notre souveraineté", a ajouté le communiqué.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a pour sa part affirmé que l'Allemagne était devenue "un pays depuis lequel tous les terroristes qui nous sont hostiles (..) déclenchent leurs activités".

Imputant les décisions allemandes à des "considérations électoralistes" à l'approche du scrutin législatif de septembre, il a exhorté Berlin à "agir avec respect et compréhension envers la Turquie afin de maintenir des relations saines" entre les deux pays.

La Turquie ne se pliera pas "aux menaces ou au chantage", a-t-il asséné, dans des déclarations retransmises par les télévisions depuis Chypre-nord, où il effectuait une visite. "Les déclarations agressives de Gabriel n'augurent rien de bon pour l'amitié entre les deux pays et leur coopération dans divers domaines".

Les mesures décidées par Berlin interviennent en réaction à la mise en détention d'un défenseur allemand des droits de l'Homme avec cinq autres militants, dont la directrice d'Amnesty International en Turquie. Au total, neuf Allemands, dont quatre ayant également la nationalité turque, sont actuellement détenus en Turquie.

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Ankara dénonce une «grande irresponsabilité politique» de Berlin (20.07.2017)

Mis à jour le 20/07/2017 à 15:15


La Turquie a vivement dénoncé, aujourd'hui, la "grande irresponsabilité politique" de Berlin, qui a annoncé un renforcement de ses mises en garde pour les voyages dans ce pays après l'incarcération d'un Allemand à Istanbul.


"Envoyer un message aux allemands disant que se rendre en Turquie n'est pas sûr relève d'une grande irresponsabilité politique et nous ne l'acceptons pas", a déclaré lors d'une conférence de presse Ibrahim Kalin, le porte-parole du président Recep Tayyip Erdogan, alors que les tensions entre Ankara et Berlin, déjà vives, connaissent une nouvelle flambée.

"Avec des petits calculs électoraux  tenter de nuire aux relations économiques, tenter d'éveiller des doutes dans l'esprit des investisseurs allemands, c'est inacceptable", a-t-il ajouté.

L'Allemagne, excédée par l'interpellation de défenseurs des droits de l'Homme, dont un Allemand, à Istanbul, a haussé le ton vis-à-vis d'Ankara en annonçant aujourd'hui une réorientation de sa politique, notamment économique, à l'égard de ce partenaire historique.

Kalin a affirmé qu'Ankara était soucieuse de maintenir de bonnes relations avec Berlin, en rappelant l'importance de leurs liens économiques.

"Nous avons toujours eu de bonnes relations avec l'Allemagne, et nous voulons que cela soit le cas. Mais cela doit se faire dans le cadre d'un respect et d'intérêts mutuels", a-t-il dit. "L'Allemagne est pour nous un important partenaire commercial".

Le militant allemand Peter Steudtner avait été arrêté le 5 juillet aux côtés d'autres militants des droits de l'Homme, dont la directrice d'Amnesty International pour la Turquie, Idil Eser, alors qu'il participait en tant qu'instructeur à un séminaire sur une île rattachée à Istanbul.

Il a été accusé d'avoir "commis un crime au nom d'une organisation terroriste", expression qui désigne le plus souvent pour les autorités turques les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, à qui Ankara a imputé le putsch manqué du 15 juillet 2016, et les séparatistes kurdes du PKK.

Arrestations en Turquie: Amnesty manifeste devant l'ambassade à Paris (20.07.2017)

Mis à jour le 20/07/2017 à 13:31


Une cinquantaine de militants d'Amnesty international ont manifesté aujourd'hui devant l'ambassade de Turquie à Paris pour réclamer la libération "immédiate" des défenseurs des droits de l'Homme récemment arrêtés par Ankara, dont deux dirigeants locaux de l'ONG.

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Vêtus de T-shirt jaunes aux couleurs de l'ONG, les manifestants se sont alignés face à l'entrée de l'ambassade, le regard droit et fermé. Une quinzaine d'entre eux, bras tendus, avaient enfilé des menottes en signe de protestation contre la "vague de répression, sans précédent dans l'histoire récente de la Turquie" en cours selon eux depuis le coup d'Etat raté de juillet 2016.

Cécile Coudriou @CecileCoudriou
Nous sommes devant l'ambassade de Turquie, mais ils refusent de recevoir nos 100 000 signatures #freetaner #freeidil
10:38 - 20 Jul 2017

"Nous réclamons la libération immédiate et inconditionnelle de tous les militants des droits de l'Homme arrêtés, dont notre président en Turquie, Taner Kiliç, et notre directrice, Idil Eser", a déclaré sur place à Nicolas Krameyer, responsable du programme "libertés" d'Amnesty France.

La justice turque a ordonné cette semaine l'incarcération de six militants des droits de l'Homme arrêtés début juillet, dont Eser. Ils sont selon Amnesty "accusés d'avoir commis un crime au nom d'une organisation terroriste, sans en être membre".

L'expression "organisation terroriste" désigne le plus souvent pour les autorités turques les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'avoir fomenté le putsch manqué, ou les séparatistes kurdes du PKK. Taner Kiliç avait lui été arrêté début juin.

"Défendre les droits de l'Homme en Turquie expose à des dizaines d'années d'emprisonnement, c'est scandaleux!", a ajouté Krameyer, en soulignant que Mme Eser avait été placée "à l'isolement, dans une cellule de 4 mètres sur 2 et sans accès à ses proches ni à ses traitements médicaux", seul son avocat ayant accès à elle.

Avant de se disperser dans le calme avant midi, sous l'oeil de policiers, les militants ont tenté en vain de déposer à l'ambassade de Turquie une liste de 100.000 signataires des pétitions en ligne lancées par l'ONG pour la libération de ses cadres emprisonnés.

"Notre mobilisation continuera jusqu'à ce que les défenseurs des droits de l'Homme soient tous libérés", a conclu Krameyer.

Le Conseil de l'Europe, dont fait partie la Turquie, a exigé leur libération "immédiate". L'Allemagne, dont un ressortissant a été arrêté en même temps que Mme Eser, a haussé le ton en se déclarant "indignée" et en convoquant l'ambassadeur de Turquie. La France s'est elle déclarée "préoccupée" et a demandé leur "libération rapide".

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La Turquie rejette des critiques de l'Allemagne (20.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 20/07/2017 à 10:56 Publié le 20/07/2017 à 10:43

La Turquie a rejeté aujourd'hui comme "inacceptables" les critiques allemandes après l'arrestation à Istanbul d'un militant des droits de l'Homme allemand, accusant Berlin d'ingérence dans la justice turque.


"Les déclarations des porte-parole allemands sont inacceptables", a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué. Cette réaction survient au lendemain de la convocation par les autorités allemandes de l'ambassadeur de Turquie à Berlin pour protester contre l'incarcération du militant allemand des droits de l'Homme à Istanbul.

"Il est apparu nécessaire que le gouvernement turc comprenne immédiatement et directement l'indignation et l'incompréhension du gouvernement allemand", a déclaré mercredi à la presse le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Schäfer.

Le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a pour sa part prévenu la Turquie qu'elle ne pouvait espérer aucune avancée dans ses négociations d'adhésion à l'UE, actuellement au point mort. Dans le contexte actuel, des progrès "ne sont pas à l'ordre du jour", a-t-il dit.

Le militant allemand, Peter Steudtner, avait été arrêté le 5 juillet aux côtés d'autres militants des droits de l'Homme, dont la directrice d'Amnesty International pour la Turquie, Idil Eser, alors qu'il participait en tant qu'instructeur à un séminaire sur une île rattachée à Istanbul.

Il a été accusé d'avoir "commis un crime au nom d'une organisation terroriste", expression qui désigne le plus souvent pour les autorités turques les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, à qui Ankara a imputé le putsch manqué du 15 juillet 2016, et les séparatistes kurdes du PKK. Berlin a qualifié ces accusations d'"absurdes".

L'Allemagne "réoriente" sa politique à l'égard de la Turquie (20.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 20/07/2017 à 12:19 Publié le 20/07/2017 à 11:57

L'Allemagne a annoncé aujourd'hui une "réorientation" complète de sa politique à l'égard de la Turquie après l'arrestation de militants des droits de l'Homme par Ankara, incluant un renforcement de ses mises en garde pour les voyages dans ce pays.


"Nous devons avoir une réorientation de notre politique à l'égard de la Turquie, nous devons être plus clairs que jusqu'à présent" en disant que les violations des droits de l'Homme "ne peuvent rester sans conséquences", a dit le chef de la diplomatie, Sigmar Gabriel, lors d'une conférence de presse à Berlin.

Dans l'immédiat, le ministère des Affaires étrangères a publié de nouvelles recommandations sur les voyages en Turquie, plus sévères que les précédentes. "Les personnes qui se rendent en Turquie pour des raisons professionnelles ou privées sont invitées à une prudence renforcée et, même pour de courts séjours, à se faire enregistrer auprès des consulats", indique le texte publié sur le site du ministère.

"Ces derniers temps, un certains nombre d'Allemands se sont vu priver de liberté pour des raisons ou pour un durée qui ne sont pas compréhensibles", ajoute-t-il, alors que neuf citoyens allemands, dont certains avec la double nationalité, sont actuellement détenus dans le pays, accusés de soutien au "terrorisme".

Cette mise en garde de Berlin pourrait avoir des conséquences économiques immédiates. L'Allemagne est le principal pourvoyeur de touristes de la Turquie, devant la Russie, et aussi l'un de ses principaux partenaires commerciaux.

Gabriel, membre du parti social-démocrate, a souligné que les décisions avaient été prises de concert avec la chancelière conservatrice Angela Merkel.

Objet du courroux de l'Allemagne : le maintien en détention d'un de ses ressortissants, Peter Steudtner, arrêté le 5 juillet aux côtés d'autres militants des droits de l'Homme, dont la directrice d'Amnesty International pour la Turquie.

Gabriel a accusé le pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan d'être en train "de faire revenir en arrière la roue de l'Histoire" dans son pays avec l'objectif "de réduire au silence toutes les voix critiques".

La réorientation de la politique allemande à l'égard d'Ankara va inclure aussi un réexamen des crédits, garanties ou aides financières qu'apporte Berlin aux exportations ou aux investissements d'entreprises allemandes dans le pays, a indiqué le ministre.

Il a également indiqué que l'Allemagne allait "discuter avec ses partenaires de l'Union européenne" de l'avenir des fonds que perçoit la Turquie dans le cadre du processus de rapprochement avec l'UE.
L'UE a alloué à la Turquie de 2014 à 2020 au total quelque 4,45 milliards d'euros à la Turquie au titre des Fonds européens dits de "pré-adhésion". Ankara négocie depuis des années son adhésion au bloc mais ces discussions sont actuellement au point mort.

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Détention d'un militant : Berlin convoque l'ambassadeur turc (19.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 19/07/2017 à 14:13 Publié le 19/07/2017 à 13:42

Le ministère allemand des Affaires étrangères a convoqué aujourd'hui l'ambassadeur de Turquie à Berlin après le placement en détention hier par Ankara d'un militant allemand des droits de l'homme.
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Le ministère a aussi annoncé que le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, avait décidé d'interrompre ses vacances et qu'il tiendrait demain matin des consultations d'urgence sur les "actions et mesures à entreprendre aux vues de l'intensification dramatique des actions (de répression) turques".

"Il est apparu nécessaire que le gouvernement turc comprenne immédiatement et directement l'indignation et l'incompréhension du gouvernement allemand", a déclaré le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Martin Schäfer.

"Le gouvernement allemand a appelé à la libération immédiate de Peter Steudner, qui n'a pas été autorisé à recevoir d'aide consulaire. Le représentant du gouvernement turc a indiqué que ce message serait immédiatement transmis", précise un communiqué du ministère.

Dix militants turcs des droits de l'homme, dont la directrice d'Amnesty International pour la Turquie, Idil Eser, ont été arrêtés le 5 juillet, aux côtés de deux formateurs étrangers, un Suédois et un Allemand, Peter Steudtner, qui travaille pour divers projets et organisations dans le monde.

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Le président turc bientôt dans le Golfe (18.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec ReutersMis à jour le 18/07/2017 à 09:50 Publié le 18/07/2017 à 09:14

Le président turc Recep Tayyip Erdogan se rendra en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar les 23 et 24 juillet, a annoncé aujourd'hui la présidence turque.

L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l'Egypte ont imposé début juin une série de sanctions au Qatar, accusé de financer les attentats des groupes djihadistes et de complaisance envers l'Iran, le grand rival de la monarchie wahhabite dans la région.

Allié du Qatar dans son différend avec ses voisins du Golfe, Recep Tayyip Erdogan a fait savoir qu'il désapprouvait les exigences émises par les quatre pays pour mettre fin à leurs sanctions.


Le Qatar a accusé hier les Emirats arabes unis d'avoir organisé au mois de mai un piratage de son agence de presse nationale, ce qui aurait contribué à déclencher la crise diplomatique et commerciale entre Doha et ses voisins du Golfe. (Tulay Karadeniz et Orhan Coskun; Danielle Rouquié pour le service français)

Turquie: des militants d'Amnesty restent en prison (18.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 18/07/2017 à 07:22 Publié le 18/07/2017 à 07:16

Un tribunal turc a décidé aujourd'hui de maintenir en prison six militants des droits de l'homme, dont la directrice d'Amnesty International en Turquie, a annoncé l'ONG, dénonçant un "simulacre de justice".

Huit militants turcs des droits de l'homme, dont la directrice d'Amnesty pour la Turquie, Idil Eser, ont été arrêtés le 5 juillet, aux côtés de deux formateurs (un Suédois et un Allemand).


"Six d'entre eux ont été placés en détention et quatre autres relâchés sous contrôle judiciaire", a déclaré Andrew Gardner, chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty. "Ils sont accusés de commettre un crime au nom d'une organisation terroriste, sans en faire partie", a-t-il ajouté.
L'expression "organisation terroriste" désigne le plus souvent pour les autorités turques les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'avoir fomenté le putsch manqué de 15 juillet 2016, ou les séparatistes kurdes du PKK. Les deux formateurs étrangers, qui étaient en Turquie pour animer un atelier numérique, figurent parmi les personnes maintenues en détention.

Les dix militants avaient été présentés lundi à un procureur pour la première fois depuis leur interpellation. Celle-ci est survenue dans un contexte de purges massives depuis la tentative de coup d'Etat. Plus de 50.000 personnes, dont des opposants du président Recep Tayyip Erdogan, des membres d'ONG et des journalistes ont été arrêtés.

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Turquie : l'état d'urgence bientôt prolongé (17.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec ReutersMis à jour le 17/07/2017 à 14:34 Publié le 17/07/2017 à 14:31

Le gouvernement turc a demandé, aujourd'hui, au Parlement de proroger de trois mois l'état d'urgence, entré en vigueur il y a bientôt un an après le coup d'Etat manqué du 15 juillet 2016.


Cette demande devrait être approuvée par le Parlement où la formation du président Recep Tayyip Erdogan, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), dispose d'une majorité comfortable.

Depuis l'imposition de l'état d'urgence le 20 juillet 2016, et sa prorogation régulière, plus de 50.000 personnes ont été arrêtées et 150.000 ont été suspendues de leurs fonctions.

Sept mille policiers, fonctionnaires et universitaires ont en outre été renvoyés la semaine dernière, selon un décret publié vendredi.

Le gouvernement fait valoir que ces purges sont nécessaires pour éradiquer la menace constituée selon lui par les partisans du religieux Fethullah Gülen, le prédicateur musulman accusé par Ankara d'avoir organisé le putsch manqué de la nuit du 15 au 16 juillet 2016. Fethullah Gülen a toujours démenti être à l'origine de ce putsch.

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Erdogan promet d'"arracher la tête des traîtres" (15.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 15/07/2017 à 22:24 Publié le 15/07/2017 à 22:22


Le président turc Recep Tayyip Erdogan a promis aujourd'hui d'"arracher la tête des traîtres" responsables de la tentative de putsch de l'été dernier, imputée par Ankara au prédicateur Fethullah Gülen, qui nie toute implication.


"Avant tout, nous arracherons la tête de ces traîtres", a déclaré Erdogan lors d'une cérémonie marquant l'anniversaire du putsch manqué du 15 juillet 2016, ajoutant qu'il approuverait le rétablissement de la peine capitale en Turquie si le Parlement votait en ce sens.

Turquie : Gülen dénonce le "putsch abject" de 2016 (14.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 14/07/2017 à 21:25 Publié le 14/07/2017 à 21:12



Le prédicateur turc Fethullah Gülen, qui vit aux Etats-Unis et qu'Ankara désigne comme le cerveau du coup d'Etat avorté du 15 juillet 2016, a dénoncé ce vendredi un "putsch abject" et condamné la "chasse aux sorcières" menée par les autorités turques. Dans un communiqué, le prédicateur, bête noire du président turc Recep Tayyip Erdogan, a également condamné la "persécution sans précédent" contre son mouvement "Hizmet" ("Service" en turc).

Des milliers de limogeages en Turquie (14.07.2017)
Par Le Figaro.fr avec ReutersMis à jour le 14/07/2017 à 20:11 Publié le 14/07/2017 à 19:55


Les autorités turques ont limogé des milliers de policiers, fonctionnaires et enseignants à la veille du premier anniversaire du coup d'Etat manqué du 15 juillet 2016, annonce un décret présidentiel publié aujourd'hui. 

Les autorités turques ont toujours accusé le prédicateur Fethullah Gülen, grand adversaire de Recep Tayyip Erdogan, qui vit en exil aux Etats-Unis, d'être l'instigateur de ce coup d'Etat. 

Un an plus tard, près de 50.000 personnes ont été emprisonnées et 150.000 autres ont été limogées ou suspendues de leur fonction, dont un quart des juges et des procureurs.

Un an après, la nouvelle Turquie du «reis» Erdogan (14.07.2017)


Par Camille Guillot Mis à jour le 14/07/2017 à 21:44 Publié le 14/07/2017 à 17:58

Recep Tayyip Erdogan, jeudi à Ankara, pendant un meeting commémorant l'échec du coup d'État des militaires contre lui entre le 15 et le 16 juillet 2016.

Le président Erdogan a utilisé le putsch raté du 15 juillet pour s'arroger les pleins pouvoirs, durcir le régime et plonger le pays dans l'isolement.

À Istanbul


«Nous n'oublions pas le 15 juillet et nos martyrs», peut-on lire sur les immenses affiches déployées aux quatre coins de la ville. Dans tout le pays, le devoir de mémoire s'impose. Pour cette journée fériée - décrétée «Journée de la démocratie et de l'union nationale du 15 juillet» par le gouvernement - des commémorations ont été prévues, majoritairement à Ankara, la capitale, et Istanbul. En plein cœur de la place Taksim, un immense dispositif a été installé: exposition photos, écran géant sur lequel est diffusé un documentaire retraçant la longue nuit du 15 juillet 2016… Des images presque insoutenables pour certains spectateurs qui ne peuvent retenir leurs larmes. La tentative de putsch a ouvert la voie à une sévère reprise en main du régime par ...

Turquie : «Erdogan a utilisé le coup d'État pour renforcer ses propres pouvoirs» (14.07.2017)


Par Guillaume Descours  Publié le 14/07/2017 à 19:42
Le président de la Turquie, Tayyip Erdogan, a déclenché depuis le putsch avorté des purges qui touchent toutes les institutions.

INTERVIEW - Un an après la tentative de putsch, la Turquie ne ressemble plus à un régime démocratique. Entre purges et personnalisation du pouvoir, Erdogan se place en président omniprésent. Décryptage avec Jean Marcou, directeur des Relations internationales de Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, la Turquie s'embrasait alors qu'une partie de l'armée essayait de renverser le pouvoir en place. Le putsch qui a finalement avorté a provoqué la mort de plus 250 personnes. Mais si le pays ne semble pas encore totalement remis de cette tentative de coup d'État, un homme en est sorti renforcé: le président Recep Tayyip Erdogan. Jean Marcou, directeur des Relations internationales de Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie revient pour Le Figaro, sur les conséquences de ce putsch.

LE FIGARO. - Un an après la tentative de coup d'État, comment a évolué la Turquie sur le plan politique?

Jean MARCOU - Depuis le 15 juillet 2016, la Turquie a glissé vers une situation d'autoritarisme extrêmement sévère. Le coup d'État a servi de point de départ à de grandes purges dans pratiquement toutes les institutions, que ce soit l'armée, la police, la justice, l'éducation ou encore la presse. Des purges qui se font presque sans justification ou sous des prétextes douteux. Il y a actuellement un reformatage de l'État et de la société turque qui se combine à un phénomène de transformation politique, avec, notamment une forte centralisation du pouvoir. Tayyip Erdogan a su utiliser le coup d'État à son profit pour renforcer ses propres pouvoirs. Le putsch a désarmé l'opposition et le président turc en a profité pour accélérer certaines réformes en gestation. Il a également personnalisé un peu plus le pouvoir.

La Turquie est-elle encore un pays de droit et qu'en est-il de la liberté d'expression alors que de nombreux médias ont été contraints de fermer?

Formellement, un certain nombre de droits demeure même si certains sont très altérés. En ce qui concerne la liberté d'expression, il y a un fort phénomène d'intimidation de l'opposition. Il reste des journaux d'opposition comme le Cumhuriyet, qui est de tendance kémaliste. Mais beaucoup de journalistes ou d'intellectuels qui ont collaboré avec ce journal ont été arrêtés, placés en garde à vue et pour certains incarcérés. Toutefois cette situation est antérieure au putsch. Le rédacteur en chef Can Dündar, avait été interpellé en 2015 au moment de la révélation de l'affaire de camion du MIT, les services de renseignement turcs. C'est une pratique malheureusement courante en Turquie.

La presse et les médias ne sont pas les seuls touchés par le recul des libertés. Plus de 2000 personnes ont été poursuivies pour «insultes au président». Il y a également eu, dans le cadre de l'état d'urgence, la levée des immunités parlementaires. Un droit pourtant fondamental dans un régime démocratique.

Quel impact le putsch a-t-il eu sur les relations de la Turquie avec les grandes puissances comme l'Europe ou les États-Unis ?

Les relations entre la Turquie et l'Europe ont clairement pâti de la dérive démocratique qui a suivi la tentative de coup d'État. On se rappelle qu'en avril, au moment du référendum sur le renforcement des pouvoirs d'Erdogan, le pays a eu plusieurs conflits notamment avec l'Allemagne, les Pays-Bas ou encore l'Autriche. En effet, cela posait problème que des membres du gouvernement turcs viennent rencontrer la diaspora turque. Plus récemment, Erdogan a voulu organiser des meetings avec ses partisans en marge du G20 qui se tenait à Hambourg. Mais l'Allemagne a refusé.


Avec les États-Unis, c'est un peu différent. Les relations entre les deux pays étaient très dégradées sous l'administration Obama, notamment parce qu'il n'a pas voulu extrader l'opposant Fethullah Gülen, considéré par Erdogan comme un initiateur du putsch. Avec l'élection de Trump, Erdogan a eu de réels espoirs mais ils ne l'ont pas extradé non plus. Cependant, sur les questions humanitaires et de respect de droits, la nouvelle administration est beaucoup moins vigilante, ce qui arrange Tayyip Erdogan.

Pour le futur, peut-on imaginer la Turquie s'enfoncer dans cette situation d'autoritarisme?

Le grand rendez-vous est fixé en 2019. Ce sont les élections présidentielle et législatives qui décideront de l'avenir du pays. Si elles sont favorables à Erdogan, cela lui permettra d'appliquer les réformes prévues par le référendum d'avril dernier. En mai, il est déjà redevenu leader du Parti de la justice et du développement (AKP). Ce qui fait de lui un leader politique en plus d'être le président d'un régime parlementaire.

L'opposition pourra-t-elle faire barrage à la main mise d'Erdogan et de l'AKP? Peut-être. La «marche pour la justice» organisée le 9 juillet a rassemblé plusieurs dizaines de milliers d'opposants. Ça a surpris tout le monde alors qu'on croyait l'opposition fragilisée depuis la tentative de coup d'État. C'est un avertissement auquel vont répondre les partisans d'Erdogan. De grandes manifestations sont déjà prévues pour fêter l'échec du putsch.

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Retrouvez notre direct vidéo sur la Turquie, un an après le coup d’état raté (Le Monde, 13.07.2017)
Le putsch manqué a eu lieu en Turquie le 15 juillet 2016. 
Dans quel état se trouve le pays aujourd’hui ? Marc Semo, journaliste au « Monde », a répondu à vos questions.

Le Monde | 13.07.2017 à 16h10 • Mis à jour le 13.07.2017 à 17h47

Le 15 juillet 2016, un coup d’état militaire secouait la Turquie. Depuis, le gouvernement mène une purge d’une ampleur inégalée, traquant les sympathisants du prédicateur Fethullah Gülen. Pour le président turc, Recep Tayyip Erdogan, ce dernier est le cerveau de ce coup d’état. Quelque 50 000 personnes, notamment des policiers, des magistrats et des enseignants, ont été incarcérées et 150 000 fonctionnaires limogés ou suspendus. Le référendum constitutionnel du 16 avril est venu renforcer les pouvoirs du président.

Que devient le pays depuis un an ? La société est-elle toujours divisée entre pro et anti-Erdogan ? Comment le président impose t-il sa mainmise sur le pays ?
Posez toutes vos questions à notre spécialiste Marc Semo.



Turquie: arrestation du producteur d'un film sur Erdogan (13.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 13/07/2017 à 13:10 Publié le 13/07/2017 à 13:07

Le producteur d'un film biographique sur le président turc sorti en salles en mars, a été arrêté, aujourd'hui, à Istanbul, soupçonné d'appartenir à la confrérie guléniste accusée d'avoir fomenté le putsch manqué de juillet 2016, selon les médias turcs.


Le producteur, Ali Avci, a aussi réalisé récemment un film sur le putsch dont la bande-annonce a fait polémique sur les réseaux sociaux. Intitulé "Uyanis" ("le réveil", en turc), ce film contient des scènes montrant les putschistes tuant la famille du président Recep Tayyip Erdogan, que l'on voit, à la fin de l'extrait, un pistolet sur la tempe.

Avci a été interpellé chez lui, où il se trouvait avec un homme, Fetullah Karabiber, lui-même recherché pour appartenance au réseau guléniste, a rapporté l'agence progouvernementale Anadolu. Karabiber a tenté de fuir pendant que la maison était fouillée, poursuit Anadolu, selon laquelle les deux hommes ont été conduits au commissariat.

Avci avait produit le film "Reis", première oeuvre de fiction sur la vie du président Erdogan sorti en salles en mars. Ce film retraçait le parcours du président, de son enfance dans le quartier populaire de Kasimpasa sur les rives de la Corne d'Or, à Istanbul, à son mandat de maire de la métropole de 1994 à 1998.

La Turquie commémore ce weekend l'échec du putsch visant à renverser le président turc le 15 juillet 2016, imputé au prédicateur Fethullah Gülen auto-exilé aux Etats-Unis et qui nie fermement toute implication.

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Turquie: 44 interpellations lors d'opérations antiterroristes (13.07.2017)

Par Le Figaro.fr avec Reuters. Mis à jour le 13/07/2017 à 13:39 Publié le 13/07/2017 à 13:34

La police turque a interpellé 44 suspects lors d'opérations antiterroristes, parmi lesquels les organisateurs de deux attentats suicide commis en 2016 à Istanbul, a annoncé, aujourd'hui, le gouverneur de la ville.


Ces deux bombes - l'une posée dans une voiture et l'autre fixée à un kamikaze - avaient explosé aux abords du stade de Besiktas dans le centre d'Istanbul, le 10 décembre dernier, faisant 44 morts et 155 blessés.

"L'un des suspects interpellés au cours de l'opération avait effectué des missions de reconnaissance avant l'attentat de décembre 2016 ; il avait sauté de la voiture et pris la fuite peu avant qu'elle n'explose", a dit le gouverneur, Vasip Sahin, à la presse.

Parmi les suspects interpellés figure aussi l'organisateur d'un attentat contre un car de police, qui avait fait 11 morts et 36 blessés en juillet 2016. Les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), émanation du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) avaient revendiqué ces deux attentats.

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Turquie: une manifestation géante contre Erdogan à Istanbul (09.07.2017)

Publié le 09/07/2017 à 21h18

Des centaines de milliers d'opposants au régime en place se sont réunis, ce dimanche, pour marquer la fin d'une marche de 25 jours. Partie d'Ankara le 15 juin, elle avait pour but de protester contre la répression exercée par l'Etat turc depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet 2016.

Le chef de l'opposition turque a bouclé dimanche par un rassemblement de plusieurs centaines de milliers de personnes à Istanbul sa «marche pour la justice», partie d'Ankara le 15 juin, afin de protester contre l'incarcération d'un élu de sa formation. «Nous briserons les murs de la peur», a déclaré à la foule Kemal Kiliçdaroglu, le chef du Parti républicain du peuple (CHP), au terme de 25 jours de marche. «Le dernier jour de notre marche est un nouveau départ».

La foule s'étalait sur une grande esplanade en bord de mer, près de la prison de Maltepe, un quartier d'Istanbul, où est incarcéré Enis Berberoglu, un député CHP condamné à 25 ans de prison pour avoir fourni au journal d'opposition Cumhurriyet des informations confidentielles. Berberoglu est le premier député du CHP à être incarcéré dans le cadre des purges qui ont suivi le putsch avorté contre le président Recep Tayyip Erdogan, il y a un an.

«Nous avons marché pour les députés emprisonnés (...) pour les journalistes incarcérés (...) nous avons marché pour les universitaires limogés»

Kemal Kiliçdaroglu, chef du Parti républicain du peuple (CHP)

Kemal Kiliçdaroglu, qui a parcouru près de 450 km sans insigne partisan et avec «Justice» comme seul mot d'ordre, a rallié une foule croissante tout au long de sa marche, attirant des milliers d'opposants au président Erdogan. Cette initiative, sans précédent en Turquie, est la plus grande manifestation de l'opposition depuis le mouvement contestataire de 2013. Selon le CHP, plus de deux millions de personnes étaient réunies dimanche soir, mais ces chiffres ne pouvaient être vérifiés dans l'immédiat. D'ordinaire, seul le président Erdogan parvient a rallier de telles foules à ses meetings. «Nous avons marché pour la justice, nous avons marché pour le droit des opprimés, nous avons marché pour les députés emprisonnés, nous avons marché pour les journalistes incarcérés, nous avons marché pour les universitaires limogés», a déclaré Kemal Kiliçdaroglu, régulièrement interrompu par les «Droits, loi, justice!» criés par la foule.

50.000 personnes arrêtées depuis un an

L'opposition en Turquie dénonce une dérive autoritaire du chef de l'Etat, notamment depuis le feu vert donné par référendum en avril à un renforcement de ses pouvoirs et depuis les purges effectuées après la tentative de putsch il y a un an: environ 50.000 personnes ont été arrêtées et plus de 100.000, dont des enseignants, des magistrats et des militaires, ont été limogés ou suspendus de leurs fonctions. La police turque a encore arrêté mercredi huit militants des droits de l'Homme, dont la directrice d'Amnesty International Turquie.


Kemal Kiliçdaroglu, le chef du Parti républicain du peuple (CHP), dimanche 9 juillet 2017, à Istanbul. - Crédits photo : Lefteris Pitarakis/AP

Condamnant vigoureusement la tentative de putsch faite le 15 juillet dernier par des militaires, Kemal Kiliçdaroglu a tout autant critiqué les purges opérées dans le cadre de l'état d'urgence instauré dans la foulée, qu'il qualifie de «coup d'Etat civil». «Nous avons marché parce que nous nous opposons au régime d'un seul homme», a-t-il dit dimanche. «Nous avons marché parce que le pouvoir judiciaire est sous le monopole de l'exécutif». Ce responsable politique de 68 ans avait demandé à ce que ne soient brandis au cours de ce rassemblement «que des drapeaux (turcs), des bannières réclamant la justice et des portraits d'Atatürk», le père fondateur de la République turque moderne et laïque.

«Nous avons écrit une légende»
Le gouvernement a considéré cette marche, pourtant autorisée, avec mépris. Le Premier ministre Binali Yildirim a même estimé vendredi qu'elle commençait à «devenir ennuyeuse». «Cela doit prendre fin après le rassemblement», a-t-il dit. Le président Erdogan, quant à lui, a accusé Kemal Kiliçdaroglu de se ranger du côté des «terroristes», et l'a mis en garde contre une possible convocation judiciaire. Jusqu'à 15.000 policiers ont été déployés aux abords du rassemblement pour assurer sa sécurité, selon le gouverneur d'Istanbul.

Parcourant 20 km par jour, Kemal Kilicdaroglu a reçu des soutiens relativement modestes lors des premières étapes de sa marche. Au bout de cinq jours, soit 100 km, un millier de personnes seulement marchaient à ses côtés. Mais la foule a grossi jusqu'à devenir énorme durant les derniers jours. Des membres d'autres partis d'opposition, dont le parti pro-kurde HDP, se sont joints à lui. Les soutiens de Kemal Kiliçdaroglu ont comparé cette initiative à la célèbre «marche du sel» de Gandhi en 1930 contre le pouvoir britannique en Inde. «Nous avons écrit une légende», a répété à plusieurs reprises Kemal Kiliçdaroglu. «Vous avez écrit l'Histoire».

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    Sébastien de Courtois : « Seule la France peut sortir la Turquie de la crise qu'elle traverse » (07.07.2017)
    Par Vianney Passot  Publié le 07/07/2017 à 18:45

    FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - A l'occasion de la sortie de son ouvrage Lettres du Bosphore, Sébastien de Courtois fait le point pour FigaroVox sur la situation de la Turquie. Malgré « la souffrance inouïe qui traverse la société turque », il reste optimiste pour l'avenir de son pays d'adoption.

    Producteur à France Culture, grand voyageur et spécialiste des chrétiens d'Orient, Sébastien de Courtois est l'auteur notamment d'Un thé à Istanbul (Le Passeur, 2014) et de Sur les fleuves de Babylone, nous pleurions (Stock, 2015). Il vient de publier Lettres du Bosphore (éd. Le Passeur, 2017).

    FIGAROVOX.- Après une dizaine d'années en Turquie, vous écrivez un ouvrage à propos de votre pays d'adoption, qui traverse une période pour le moins difficile, politiquement et socialement. Pourquoi ce livre?

    Sébastien DE COURTOIS.- Chaque livre est le prétexte d'une confidence, une confession. Rien n'est anodin. Les Lettres du Bosphore n'échappent pas à cette règle. Mais il y a plusieurs voix, la mienne d'abord puis celle de la Turquie, par le biais de ces dizaines de portraits que je poste au court du récit, comme si nous étions revenus à l'époque de la marine à voile et de l'Orient-Express, un monde si proche et pourtant si difficile à décrypter.

    C'est un livre qui va à rebours des idées reçues sur ce pays, avec de la joie et de la déception. J'essaye de trouver la faille, souvent avec bienveillance, parfois non. Je m'y engouffre, je creuse, j'écris à la manière d'un chroniqueur, comme un passeur qui s'est abîmé dans la culture de l'autre.

    Ce livre est une suite au Thé à Istanbul, sorti en 2014, un ouvrage plus heureux, l'acmé d'une vie en Turquie avec ses amours et ses passions. Je suis frappé par l'accélération du temps vécu, le fait que plus rien n'imprime les esprits, comme si nous étions embarqués collectivement dans un navire sans voile, sans direction. Le temps long de l'écriture permet seul de capter le sens du vent. L'écrivain lutte contre la fluidité. Il s'accroche, il s'enferme, il met en forme l'indicible.

    Votre livre est un recueil de «chroniques romanesques», qui commence en novembre 2015, au moment des élections. Pourquoi avez-vous fait ce choix formel?

    C'est un parcours personnel que je propose, avec l'idée de retrouver le principe des trois unités du théâtre classique, lieu, temps et action : la Turquie, 2015 à 2017, l'évocation d'une chute. Sans tragédie il n'y a pas de littérature. L'expérience que nous vivons en Turquie est unique, chaque jour la vérité devient un peu plus celle du mensonge. Les gens sont perdus. Il convient de rappeler des faits précis, qui seront oubliés, transformés. C'est un combat politique, car tout est politique, notre souffle, nos souffrances comme nos espérances. Je reste attaché aux mots. Rien d'autre ne demeure, c'est là l'immense privilège des gens de plume, tous ceux qui écrivent le savent bien, poètes, historiens et reporters. On l'a vu encore avec ceux qui prennent tant de risques pour nous informer depuis les théâtres de guerre - je pense au journaliste Samuel Forey qui revient de Mossoul par exemple, et à ses compagnons d'infortunes - car même derrière la bonne image, il y a un récit, une histoire à raconter, donc des mots, un bout d'éternité. Si on ne comprend pas cela, on ne peut rien comprendre aux risques pris par tous ceux qui se demandent, dans la fournaise et les bruits d'obus, ce qu'ils font là.

    Écrire le présent, c'est raconter l'histoire avec un grand «H». C'est pour cela que je trouve insupportable la vague actuelle d'anti-journalisme, une honte inacceptable au pays de Montaigne, Descartes et Voltaire. Nous valons mieux que les pisse-vinaigre qui hantent les réseaux sociaux. Et il y a foule. Mais même là, avec un téléphone portable, le «mot» redevient parole, au sens évangélique du terme, celui de la Bonne Nouvelle, à chacun alors de déployer son intelligence et sa sensibilité. Henri Bergson parlait du «souvenir du présent».

    Pourquoi avez-vous choisi de commencer votre récit à cette date?

    Il faut rappeler les fondamentaux. 2015 est un tournant. D'abord politique avec la succession de deux élections législatives majeures, celle du 7 juin puis celle du 1er novembre. Dans les deux cas, l'hégémonie de l'AKP a été bousculée par le succès d'un parti d'origine kurde, le HDP. Un parti qui a su rassembler par son discours novateur et inclusif une part du mécontentement né avec la contestation du parc de Gezi en 2013, ce que les partis traditionnels n'ont pas réussi à faire comme le CHP kémaliste, ou même l'ultranationaliste MHP.

    Avec ces élections, l'AKP perd sa majorité absolue et s'enferme dans une logique que je qualifierais de suicidaire en radicalisant de manière outrancière son discours - la vieille garde présentable de l'AKP ayant été débarquée par Recep Tayip Erdoğan - alors qu'un consensus politique aurait été possible, par le biais d'une coalition.

    Mais à Ankara, comme dans beaucoup d'autres pays à «hommes forts», le pouvoir ne se partage pas. Il se prend, il se garde. À tous les prix, même celui du sang de ses propres concitoyens.

    Vous évoquez aussi un tournant militaire? S'agit-il de la question kurde?

    Oui. Ce tournant est très clair avec la rupture du cessez-le-feu contre le PKK pendant l'été 2015. Les deux camps se sont retrouvés dans cette escalade pour tuer dans l'œuf la réussite politique du HDP. Tant du point de vue de l'AKP qui s'était fait grignoter des sièges indispensables, que pour les durs du PKK qui se sont vus d'un coup ringardisé par la branche politique du mouvement kurde, avec une nouvelle génération de politiciens, comme Selahattin Demirtas - en prison depuis 7 mois - et beaucoup d'autres élus du HDP, accusés de «terrorisme». C'est la résurgence de ce conflit qui a provoqué la guerre des centres-villes pendant l'hiver 2015, dans le sud-est de la Turquie, où le PKK a voulu se créer une sorte de «Kobané» turc afin de susciter une émotion internationale. Résultat: la moitié des centres-villes historiques de Diyarbakir, Nüsaybin et Cizre ont été rasés. Pour l'amoureux des vieilles pierres que je suis, c'est un drame supplémentaire, car c'est la mémoire des peuples qui est par-là même assassinée, sans compter les innombrables infractions aux droits de l'Homme qui ont été enregistrées par la répression épouvantable qu'il y a eue à l'encontre de la population civile.

    Le degré de violence dans le Sud-Est turc est insoupçonné. Une guerre sans pitié, même si encore une fois - faut-il le rappeler! - les belligérants se comprennent et parlent la même langue, le turc. Il s'agit d'une guerre civile. Les Kurdes ne sont pas des étrangers en Turquie! Les deux peuples se connaissent intimement et se côtoient depuis des siècles.

    Qu'en est-il de l'État islamique en Turquie?

    Le gouvernement turc ne fait aucune hiérarchie entre le PKK et l'État islamique. Pour eux, il s'agit de la même chose. Le PKK a été inventé par des forces obscures pour diviser la Turquie, et l'État islamique a été inventé pour diviser l'oumma. Dans le langage turc courant, quand on parle de terörist, il s'agit avant tout des Kurdes, maintenant aussi des partisans de Fetullah Gülen. D'où leur furie, lorsque la coalition internationale arme le YPG en Syrie, présenté comme un petit frère syrien du PKK.

    Face à la menace de l'État islamique, la Turquie a été aveugle - certains diront même que la Turquie a participé à son éclosion, involontairement ou pas. Il faut attendre l'attaque du club Reina dans la nuit du 31 décembre 2016 pour qu'elle réalise qu'il y a des cellules dormantes au cœur de ses villes. Les services turcs évoquent le nombre de 3 000 combattants potentiels, sans compter ceux qui vont revenir un jour de Syrie et d'Irak. Cette attaque du nouvel an a été le premier attentat revendiqué par l'EI en Turquie. Pourquoi? Il a fallu ces 39 morts pour que la Turquie saisisse la nature du danger, sans compter ceux de l'aéroport Atatürk d'Istanbul, le 28 juin, 45 morts, et tant d'autres avant, comme Suruç le 23 juillet 2015, 33 morts, et les 102 morts d'Ankara, le 10 octobre 2015. Il n'y a pas de plaques commémoratives pour eux. En Turquie, les morts de la société civile ne comptent pas. Ils n'existent pas.

    Pensez-vous que la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 soit liée à ces conflits?

    D'abord, nous ne saurons jamais la vérité. Un ami historien turc me rappelait encore qu'il travaillait toujours pour connaître les responsables de la contre-révolution ottomane de… 1909. Au moment de la tentative du coup d'État, j'ai tout de suite eu l'intuition que la guerre kurde et surtout l'implication de la Turquie en Syrie avaient eu des conséquences sur une partie de l'État-major. Pourquoi des officiers supérieurs auraient-ils pris de tels risques? Sinon pour une cause supérieure à leur propre carrière? La question demeure ouverte, au-delà de la seule problématique güleniste, un paravent facile et qui se fissure de toutes parts - le gouvernement turc ayant lui-même reconnu, il y a quelques jours, qu'il y avait d'autres facteurs possibles.

    Il est certain, par contre, que la situation sécuritaire liée à la pénétration de l'EI en Turquie, à la frustration des renversements constants d'alliances depuis des années sur Israël, la Russie, la Syrie, et même à l'encontre du PKK, ont participé à ce mécontentement d'officiers encore marqués par la doctrine d'une armée turque non-interventionniste. Les raisons se mélangent pour un cocktail d'effets, sans raison dominante. Des officiers se révoltent quand ils se sentent trahis. Nous l'avons vu en France avec le putsch des généraux à Alger en avril 1961. La politique a fait le reste, entre manipulations et intérêts personnels des gens en place, rancœurs, jalousie, héroïsme, lutte de clans, au sein même de l'AKP qui est plus divisée qu'on le croit. Une histoire tragiquement humaine au fond.

    Que voulez-vous dire par une politique non-interventionniste?

    La phrase d'Atatürk «Paix à l'intérieur, paix à l'extérieur» a servi de ligne directrice à l'armée turque depuis 1923 : une armée défensive peu portée à l'action extérieure. Elle n'en a pas les moyens. 

    Pendant la Guerre froide, le glacis anatolien devant servir de rempart face à l'URSS. À part Chypre, qui est considérée comme une question nationale, la Turquie n'est intervenue dans son histoire récente qu'en Somalie, Bosnie et en Afghanistan, à chaque fois dans le cadre d'une mission internationale. En Syrie, elle fait cavalier seul. L'obsession étant d'empêcher l'unification des zones kurdes de l'autre côté de la frontière, qu'elle considère comme une menace directe pour son intégrité territoriale.

    À ce propos, la Turquie est en train de changer sa politique d'armement, elle veut son propre hélicoptère, son propre avion militaire, son propre char d'assaut, ses drones et elle parle maintenant de se doter d'un porte-avions. Être membre de l'OTAN n'implique pas une servilité diplomatique. La France en sait quelque chose. Dans le cas syrien, depuis les accords Sykes-Picot, la Turquie s'est toujours sentie légitime pour intervenir dans une bande territoriale de plusieurs dizaines de kilomètres hors de sa frontière, ce qu'elle a longtemps fait dans le nord de l'Irak, contre le PKK, et maintenant en Syrie.

    S'agit-il d'une démarche impériale?

    D'une certaine manière, oui, mais à un niveau plus politique que strictement militaire. Si beaucoup d'anciens empires devenus des État- nations peuvent ressentir cette nostalgie, Recep Tayip Erdoğan est le seul à ma connaissance à l'avoir utilisée à des fins politiques (NDLR : Ouzbékistan avec l'empire de Tamerlan). Ça fonctionne à l'intérieur, avec la fierté retrouvée des «Turcs» par l'ottomania en vogue - une vaste manipulation de l'histoire, car les premiers «modernes» ont été les sultans -, mais à l'extérieur, le fiasco a été total. Dans les Balkans et surtout dans le monde arabe, où les Turcs ont sous-estimé l'empreinte morale négative qu'ils avaient laissée.

    Dur retour à la réalité. D'une politique de «zéro problèmes avec ses voisins», on est passé en quelques années à une méfiance généralisée. C'est ce qui arrive aussi quand on vire les bons diplomates et que l'on arrête de penser.

    À cause d'un excès de langage et d'opportunisme mal placé, la Turquie se retrouve sans voix, plus que jamais isolée sur la scène internationale. Ce qui n'est pas une bonne chose, ni pour eux, ni pour nous. Car nous avons besoin d'une Turquie forte et sûre d'elle-même pour notre propre sécurité.

    Vous êtes revenu sur l'immense changement politique et culturel entamé au début du siècle avec la victoire de l'AKP, le début de la contre-révolution et du démantèlement progressif de la Turquie de Mustafa Kemal, qui a abouti a une situation aujourd'hui terrible. Comment expliquez-vous cette mue? Peut-on dire que la Turquie est soumise à une dictature?

    Je me méfie du mot de «dictature», c'est trop facile, il faut en garder un peu pour la suite des événements. La pièce n'est pas encore complètement jouée. Je n'aime pas ces dérives sémantiques, comme celui de «sultan» qui me semble bien paresseux. Oui, la Turquie de papa est bien finie. Nous ne partageons plus le même socle de valeurs, d'où la difficulté évidemment d'une intégration pleine et entière dans l'Union européenne. Mais c'est aussi à nous, Européens, de monter que nous sommes capable de proposer une autre formule, même si l'idée peut choquer en ce moment, car que nous le voulions ou pas, la Turquie sera toujours notre voisin. Un voisin qu'il vaut mieux avoir avec nous que contre nous.

    Il faut sortir de l'obsession «Erdoğan» qui nous aveugle et nous paralyse. Il faut faire la différence entre le gouvernement turc et la population turque, qui ne se reconnaît pas au moins pour moitié dans sa politique. C'est pour les générations futures que nous travaillons, pas pour ceux qui sont en place maintenant.

    Pourquoi la tension augmente-t-elle maintenant entre la Turquie et l'Europe?

    Parce que l'on parle constamment de rupture des négociations et que le tigre anatolien effraie. À juste titre, si l'on ne prend en compte qu'une photographie actuelle. Je pense que la France a un rôle clé à jouer. Il faut tendre la main au moment où le pays traverse une crise, malgré son aveuglement. En Europe, personne d'autre que nous peut le faire. Nous nous retrouvons tant sur le terrain de l'idée d'indépendance nationale, que sur celui de la culture - 9 lycées francophones, 3 instituts culturels majeurs - qu'économiques, la France étant le 8e investisseur étranger en Turquie.

    L'année prochaine, en 2018, nous allons célébrer les 150 ans du Lycée francophone de Galatasaray, ce serait l'occasion d'une visite présidentielle, afin de réaffirmer par le biais de l'esprit nos liens avec ce pays, qui rappelons-le ont commencé avec François 1er. Je précise que nous ne sommes pas en guerre contre la Turquie. Même plus, la Turquie compte parmi nos alliés, même si sa politique extérieure nous met en danger. La Turquie est plus grande que l'image que certains donnent d'elle aujourd'hui.

    Comment voyez-vous la suite des événements?

    Malgré tout ce que je viens de dire, je reste optimiste. Malgré les journalistes en prison, malgré l'obscurantisme, malgré la souffrance inouïe qui traverse la société turque en ce moment, dans le camp des démocrates, dans celui des minorités religieuse et politique, malgré la violence de la répression, malgré enfin «l'espoir qui a été tué» pour reprendre les mots de Kadri Gürsel, un journaliste en prison. Je suis un passeur, je ne suis pas un procureur. J'ai longtemps écrit sur l'histoire des chrétiens d'Orient en Turquie, à une époque où personne ne s'y intéressait, il faut aussi être capable de tendre la main pour avancer.

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    Turquie: arrestation de 29 suspects de l'EI (07.07.2017)
    Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 07/07/2017 à 12:22 Publié le 07/07/2017 à 12:13

    La police antiterroriste d'Istanbul a arrêté aujourd'hui 29 membres présumés du groupe Etat islamique (EI) qui préparaient un "attentat spectaculaire", ont rapporté les médias turcs.

    Parmi les suspects arrêtés dans la nuit au cours de plusieurs opérations simultanées figurent 22 ressortissants étrangers, a précisé l'agence de presse Dogan, ajoutant que plusieurs appareils électroniques et une arme à feu avaient été saisis.

    Selon le quotidien Hürriyet, les 29 personnes arrêtées, dont plusieurs ont combattu dans des zones de guerre, faisaient partie d'une même cellule qui s'apprêtait à commettre un "attentat spectaculaire".

    La Turquie a été visée depuis deux ans par plusieurs attentats meurtriers attribués ou revendiqués par l'EI, mais les jihadistes n'ont commis aucune attaque sur le sol turc depuis plus de six mois. Le dernier attentat connu de l'EI en Turquie remonte à la nuit du Nouvel An, lorsque 39 personnes, en majorité des étrangers, avaient été tuées dans une discothèque.

    Selon les médias, les autorités turques ont en outre arrêté mercredi six membres présumés de l'EI qui préparaient une attaque contre une marche de l'opposition qui doit tenir un grand meeting à Istanbul dimanche. D'après Hürriyet, la cellule démantelée vendredi tentait par ailleurs de faire passer ses membres étrangers vers des zones de conflit. Le journal ne précise pas s'il s'agit de la Syrie ou de l'Irak.

    La théorie de l'évolution, c'est fini pour les écoliers turcs : Erdogan déploie implacablement son projet néo-ottoman (04.07.2017)
    "un sujet discutable, controversé et trop compliqué" pour le gouvernement, qui préfère en rester à la version du Coran.

    Alexandre Del Valle

    Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.
    Il est notamment l'auteur des livres :
    Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), 
    Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 


    Atlantico : Le gouvernement turc vient de supprimer des programmes scolaires la théorie de l’évolution, jugée contraire aux préceptes du Coran. Comment cette décision vient illustrer ce qu'il se passe actuellement en Turquie? Dans quel cadre général cette réforme vient elle s'inscrire, notamment par rapport au kémalisme ?

    Alexandre Del Valle : Ce qui se passe en Turquie est un véritable changement de civilisation, pour reprendre les termes mêmes utilisés par Recept Erdogan et son premier ministre lors du dernier référendum. C’était une déclaration intéressante car, pour une une fois, celle-ci était franche. Les dirigeants turcs ont montré leur véritable visage : ultranationalistes, anti-occidentales et néo-islamistes. Ils veulent totalement rompre avec la civilisation occidentale, le rationaliste occidentale et la laïcité occidentale, imposée par Atatürk qui est vu de facto comme un traître. C’est le retour d'une Turquie à sa tradition islamique. D’ailleurs, on parle en Turquie de "néo-ottomanisme". C’est quelque chose de tout à fait assumé. L'objectif de la Turquie est de retrouver ses racines, et renouer avec la loi musulmane. C’est un premier pas vers une islamisation progressive du système de l’enseignement. Ce n’est pas la conséquence d’un système ; ce n’est que le début. Ça ne fait que commencer. Ce que je dis depuis 2002, après l’accès d’Erdogan au pouvoir, c’est qu’il se profile une mutation d’une Turquie laïque à une Turquie néo-Ottomane, et post-kémaliste. L’arrivée d’Erdogan, c’est la revanche de tous ceux qui n’avaient pas digéré la laïcité imposée par “l’athé Atatürk”. C’est la revanche des masses musulmanes qui se sentent humiliées, et écrasées.

    Quels sont les autres exemples de réformes permettant de construire cette "nouvelle Turquie" ? L'arrivée de l'AKP au pouvoir en 2002 était elle annonciatrice, dès le départ, d'un tel renversement ?

    De très nombreux juges, enseignants, intellectuels et opposants kémalistes ont été persécutés depuis des années. Les grands journaux kémalistes ont subi des chasses aux sorcières. On a plein d’exemples de personnes qui ont été évincées, pourchassées et remplacées ensuite par leurs homologues islamistes. Ce phénomène loin d'être nouveau, il remonte aux années 2005-2007. 

    Dès 2002, j’annonçais qu’Erdogan était un faux modéré. Que c’était un vrai islamiste, et un proche des frères musulmans. Il fait croire qu’il est modéré pour amadouer les Européens et Américains. Il se fait passer pour un pro-occidental pour en fait renverser les kémalistes. La première phase de la stratégie d’Erdogan est de se dire l’ami de l’Occident pour en utiliser ses règles démocratiques contre ses opposants. Une fois la phase de l’anti-kémaliste passée (ces derniers perdent la présidence en 2008), Erdogan a commencé à révéler sa vraie face, beaucoup moins démocratique et beaucoup plus islamique. La démocratie n’était qu’un moyen, et jamais une fin. 

    Dans un de ses célèbres discours, il annonce que la “démocratie est comme un tramway ; on s’arrête à l’étape que l’on veut”. Aujourd’hui, tout le monde se rend compte de cette réislamisation. Sauf qu’à l’époque, on était taxé de turcophobe si on osait dénoncer cela.

    Quelles sont les réactions de la société turque ? Quels pourraient être, à terme, les conséquences de ces réformes sur la population ?
    La société turque est très divisée, et les réactions seront très mitigées. Il y a trois grandes parties. Il y a des occidentalistes, des démocrates et des classes plutôt aisées à l’Ouest qui votent massivement pour les kémalistes. Le groupe le plus important - à peu près 50 à 60% de la population électorale - est composé des pro-Erdogan. Le troisième groupe est celui des Kurdes, qui ne sont ni kémalistes, ni islamistes.



    La marche turque de l’opposition à Erdogan (04.07.2017)
    Le parti de gauche CHP défile d’Ankara à Istanbul pour mobiliser contre la dérive autocratique du régime.

    LE MONDE | 04.07.2017 à 10h07 | Par Marc Semo (Serdivan (Turquie), envoyé spécial)

    La population salue le passagede Kemal Kiliçdaroglu, le chef du CHP  (au centre), à Izmit, dans la banlieue sud-est d’Istanbul, lors de la Marche pour la justice, dimanche 2 juillet.

    Des centaines de voitures, de camping-cars, d’autobus, de camions de ravitaillement s’entassent sur les bas-côtés de la route, jusque dans les rues du village. On croirait un grand campement nomade. Des tentes ont été installées sur la place de la mairie pour offrir un peu d’ombre aux « marcheurs » dont la plupart reposent à la fraîche, sous les arbres des vergers avoisinants.


    Lancée le 15 juin par le Parti républicain du peuple (CHP), la principale force de l’opposition, la Marche pour la justice, sur les 450 kilomètres de la vieille route nationale reliant Ankara à Istanbul, a ses rituels désormais bien rodés. Le mercure dépasse les 40 °C. Le cortège s’est arrêté dès le milieu de la matinée dans la petite bourgade de Serdivan, avant de repartir en fin d’après-midi pour achever les 20 km de l’étape quotidienne. C’est son rythme depuis le début. Les protestataires, quelques milliers et parfois jusqu’à 10 000 les week-ends, ont déjà parcouru les deux tiers du chemin. Le 9 juillet, ils devraient arriver à leur objectif final : la prison Maltepe, à Istanbul, où est incarcéré le député CHP Enis Berberoglu, condamné à vingt-cinq ans de prison pour violation de secret d’Etat. C’est la première grande manifestation depuis le coup d’Etat militaire raté du 15 juillet 2016 et la proclamation de l’état d’urgence qui a entraîné plus de 40 000 arrestations et le limogeage de 150 000 fonctionnaires. Tous les mouvements de contestation de rue ont été implacablement réprimés.

    « Marquer le coup »

    « Nous voulons briser le mur de la peur », martèle Kemal Kiliçdaroglu, 69 ans, leader du CHP. Tous les jours il est en tête des marcheurs, brandissant une pancarte avec un seul mot : adalet (« justice »). « Je ne suis pas sportif, je n’ai jamais fait de randonnée et je n’aurais imaginé un jour faire une telle marche », explique-t-il dans le mobil-home qui, depuis dix-huit jours, lui sert de quartier général. Au moins une trentaine des 133 députés...


    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/international/article/2017/07/04/la-marche-turque-de-l-opposition-a-erdogan_5155209_3210.html

    En Turquie, la dénonciation au quotidien (30.06.2017)

    Par Delphine Minoui , Renaud Toffier  Publié le 30/06/2017 à 16:35


    VIDÉO - Conséquence indirecte de la censure appliquée contre la presse, la délation gagne la société civile en Turquie. Delphine Minoui, correspondante du Figaro à Istanbul, relate des anecdotes vues ou entendues.
    Comme une police silencieuse, fondue dans la société civile. C'est un voisin qui vous entend critiquer le régime, un client qui juge vos livres de mauvais goût, un passager dans un taxi qui ne partage pas votre humour... Depuis le coup d'état manqué de juillet 2016, un climat de dénonciation s'est lentement installé en Turquie. Extrait de l'émission «Interactions» avec Delphine Minoui, correspondante du Figaro à Istanbul.

    L'émission en intégralité est à (re)voir ici: http://www.lefigaro.fr/international/2017/06/30/01003-20170630ARTFIG00123-tre-opposant-politique-en-russie-en-chine-et-en-turquie.php

    Invité à Hambourg, l'embarrassant M. Erdogan (29.06.2017)

     Par David Philippot Mis à jour le 29/06/2017 à 19:49 Publié le 29/06/2017 à 19:23

    Angela Merkel en compagnie de Recep Tayyip Erdogan à Ankara, jeudi.
    Angela Merkel en compagnie de Recep Tayyip Erdogan à Ankara, jeudi.

    Berlin a rejeté, jeudi, une demande du président turc de s'adresser à ses compatriotes en Allemagne en marge du sommet du G20 la semaine prochaine à Hambourg. Ce qui déclenche la colère d'Ankara.

    La riposte diplomatique fut ferme et rapide. Depuis Moscou, le ministre allemand des Affaires étrangères a opposé une fin de non-recevoir à la demande officielle d'Ankara la veille pour l'organisation, en marge du G20, d'une rencontre entre le président Erdogan avec la diaspora turque. 

    «Nous avons fait savoir à la Turquie qu'une telle manifestation n'est pas possible en Allemagne, conformément à une jurisprudence constitutionnelle», a argumenté hier Sigmar Gabriel. ...

    En Turquie, le régime d'Erdogan grignote les biens des minorités religieuses (27.06.2017)
    Par Thierry Oberlé Mis à jour le 27/06/2017 à 10:07 Publié le 26/06/2017 à 19:31

    Situé près de la ville de Midyat, le monastère de Mor Gabriel est engagé dans une bataille juridique dont l'enjeu est le maintien de son intégralité territoriale

    L'État turc tire profit d'une faille juridique pour placer sous son contrôle des sites appartenant à la communauté chrétienne.

    En Turquie, l'État poursuit sa politique de grignotage des biens des minorités religieuses. Dans le sud-est du pays, il vient de placer sous son contrôle une soixantaine d'églises, de cimetières et de propriétés appartenant à la communauté chrétienne. Le transfert de ces sites sous le terme générique - «lieux de culte» - pourrait permettre à moyen terme de les transformer en mosquées, si tel était le souhait des autorités, ou d'y nommer des imams.

    Cette opération ne marque pas un tournant dans la politique du régime, mais confirme un double discours. Plus ouvert que ses prédécesseurs à la question des droits des minorités chrétiennes (0,1% de la population), Recep Tayyip Erdogan s'est présenté comme l'ordinateur suprême du destin de Mor Gabriel, l'un des plus anciens monastères chrétiens du monde. Dans le même ...

    Turquie : comment le pouvoir cadenasse la justice (27.06.2017)

    Par Delphine Minoui Mis à jour le 26/06/2017 à 20:18 Publié le 26/06/2017 à 19:58

    Depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016, l'imposant palais de justice de Caglayan, à Istanbul, ne désemplit pas.
    ENQUÊTE - Un an après le coup d'État manqué, nombre de magistrats sont sous les verrous et les avocats sous pression.
    Correspondante à Istanbul

    Ils sont une vingtaine d'avocats, robe noire sur les épaules, rassemblés dans l'atrium du tribunal de Caglayan. «Liberté pour la défense!», annonce en turc un autocollant collé sur leurs poitrines. Au-dessus du slogan, trois photos: celles d'Akin Atalay, Bülent Uktu et Mustafa Kemal Güngör, leurs confrères embastillés pour avoir travaillé au journal d'opposition Cumhuriyet, dans le collimateur du pouvoir. En face du sit-in, une muraille de policiers guette le moindre faux pas. Dehors, à quelques mètres de là, les fourgonnettes attendent sur le parking. Triste symbole d'une justice de ...


    ISTANBUL : LE CENTRE CULTUREL ATATÜRK EN VOIE DE DÉMOLITION (26.06.2017)
    Par LIBERATION avec AFP
    — 26 juin 2017 à 11:32

    La façade du centre culturel Atatürk, à Istanbul, le 13 juin.
    Le président Erdogan veut détruire le bâtiment abandonné situé place Taksim pour en faire un opéra. Au mépris de la portée symbolique du lieu.

    La façade du centre culturel Atatürk, à Istanbul, le 13 juin.
    La façade du centre culturel Atatürk, à Istanbul, le 13 juin. Photo Ozan Kose. AFP  
    A Istanbul, dominant l’emblématique place Taksim, une bâtisse aux vitres fracassées et à la façade tapissée d’affiches est appelée à disparaître pour laisser la place à un Opéra digne d’une ville de 18 millions d’habitants. «C’est fini, nous allons l’abattre pour doter Istanbul d’un nouveau bel édifice, a expliqué le président, Recep Tayyip Erdogan, le 12 juin, lors d’un repas de rupture de jeûne avec des artistes. Nous voulons que la ville d’Istanbul ait le centre culturel et artistique qu’elle mérite.» La phrase a suscité des réactions plutôt positives dans le monde des arts, mais a aussi entraîné une controverse, car l’édifice en voie de démolition n’est autre que le centre culturel Atatürk (AKM), nommé en l’honneur du fondateur de la Turquie moderne.

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    Le jardin de Gezi, échappée belle de Taksim

    Tout ce qui touche à l’héritage du père de la République turque déchaîne les passions en Turquie et l’AKM, bien qu’abandonné depuis des années, symbolise une tradition laïque et une conception occidentale de la culture associées à Atatürk, mort en 1937. Depuis son inauguration en 1969, l’AKM, mastodonte à la façade en verre, a connu une histoire mouvementée, voire maudite. Ravagée par un incendie en 1970, la salle de spectacle a été reconstruite et n’a rouvert qu’en 1978. L’AKM a ensuite été le clou de la vie culturelle stambouliote pendant trois décennies, avant d’être fermé en 2008 pour rénovation.

    Mais les travaux n’ont jamais eu lieu et le bâtiment a été livré à l’usure, témoin immobile des tumultes de la scène politique turque. La place Taksim est souvent l’épicentre de leur expression populaire, comme ce fut le cas lors des protestations dites de Gezi en 2013 contre Erdogan, alors Premier ministre, ou les rassemblements de ses partisans en 2016 après un putsch manqué.

    «Spectacles d’un niveau plus élevé»
    La fermeture de l’AKM a eu un impact considérable sur la vie culturelle stambouliote, la plupart des compagnies d’opéra et des troupes de ballet se produisant depuis au Süreyya Operasi, magnifique bâtiment des années 20, mais trop exigu pour accueillir des spectacles de grande ampleur. «On attendait une salle de concert digne de ce nom et l’annonce faite par le président Erdogan nous réjouit», affirme Yesim Gurer Oymak, directrice du festival de musique d’Istanbul, organisé par la Fondation d’Istanbul pour la culture et les arts (IKSV). «De plus en plus d’orchestres internationaux et de grosses productions vont pouvoir venir à Istanbul et des troupes turques vont pouvoir présenter des spectacles d’un niveau plus élevé», ajoute-t-elle.

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    Si le projet venait à se réaliser, il doperait l’attractivité de la place Taksim, en berne depuis les manifestations de 2013 et la série d’attentats qui ont frappé Istanbul l’année dernière.

    L’AKM, à l’architecture parallélépipédique, symbolise pour de nombreux Turcs «l’ancienne Turquie», avant l’avènement en 2002 du Parti islamo-conservateur de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan. Le quotidien progouvernemental Daily Sabah l’a ainsi décrit comme «une verrue à l’architecture terne» et un «sinistre souvenir» des années 60.

    «Symbole de Taksim»
    Mais pour d’autres, l’AKM est le symbole de la République moderne fondée par Atatürk – féru d’opéra – et doit être rénové au lieu d’être démoli. Sami Yilmaztürk, responsable de la branche stambouliote de l’ordre des architectes turcs, considère que la démolition prévue de l’AKM «s’inscrit dans le cadre d’un projet visant à stopper la modernisation et détruire la République».

    Sur la place Taksim, à l’ombre de la coquille vide qu’est devenu le bâtiment, les avis sur le nouveau projet divergent. «Ce bâtiment est le symbole de Taksim. Ils vont défigurer le visage de Taksim, car je ne crois pas qu’on aura mieux avec le nouveau projet», dit Hacer, âgée d’une cinquantaine d’années. Gurer Oynak, rencontré au pied de l’édifice, imagine un possible compromis dans le débat : garder la façade et reconstruire entièrement les autres parties du bâtiment. «L’AKM a laissé une trace importante dans l’identité de cette ville. J’aimerais voir la façade préservée, car elle fait partie de notre mémoire», conclut-il.


    LIBERATION avec AFP

    Istanbul : la police fait usage de balles en caoutchouc pour disperser la Gay pride
    Par LIBERATION, avec AFP — 25 juin 2017 à 18:14

    Des policiers turcs bloquent une rue pour empêcher la tenue de la Marche des fiertés à Istanbul, le 25 juin.
    Des policiers turcs bloquent une rue pour empêcher la tenue de la Marche des fiertés à Istanbul, le 25 juin. Photo : Bulent Kilic. AFP 

    La police turque a fait usage de balles en caoutchouc dimanche pour empêcher une quarantaine de manifestants de tenir la parade annuelle de la «Gay Pride» sur la place Taksim au centre d’Istanbul, au lendemain d’une interdiction de ce rassemblement décidée par les autorités locales. Au moins quatre personnes ont été interpellées, alors que les policiers étaient plus nombreux que les participants.

    Après des menaces de groupes conservateurs et d’extrême droite, les autorités avaient annoncé samedi interdire cette Marche des fiertés LGBTI pour préserver «l’ordre public» et la «sécurité des touristes». Les organisateurs avaient alors annoncé qu’ils maintiendraient l’événement et encore affiché dimanche leur détermination, assurant dans un communiqué : «nous n’avons pas peur, nous sommes là, nous ne changerons pas. Vous avez peur, vous changerez et vous vous y habituerez».

    Avant la manifestation sur la célèbre place Taksim, d’importantes forces de police présentes dans le quartier avaient bouclé plusieurs accès, selon une journaliste de l’AFP.

    La Marche des fiertés d’Istanbul avait rassemblé en 2014 des dizaines de milliers de personnes et constituait l’un des principaux événements LGBT au Moyen-Orient. Elle est interdite depuis 2015 lorsque, selon l’association des LGBTI, les autorités avaient mis en cause la coïncidence de l’événement avec le ramadan. En 2016, l’interdiction avait invoqué des raisons de sécurité alors que le pays était frappé par des attentats meurtriers liés aux jihadistes du groupe Etat islamique ou aux séparatistes kurdes.

    Dans un cas comme dans l’autre, les manifestants avaient bravé ces interdictions et avaient été dispersés violemment par les forces de l’ordre. Cette semaine, onze militants ont été jugés à Istanbul pour avoir bravé l’interdiction de la Gay Pride de 2016, mais ils ont été acquittés. Les années précédentes, ces manifestations s’étaient déroulées sans incidents.

    L’homosexualité n’est pas pénalement réprimée en Turquie, mais l’homophobie y reste largement répandue.


    La Turquie est-elle devenue une dictature? (20.04.2017)


    Par Renaud Toffier  Publié le 20/04/2017 à 18:15

    VIDÉO - Au menu de ce premier numéro de « Interactions », le magazine international et interactif du Figaro, la Turquie après la victoire de Erdogan. Avec nos correspondants à Istanbul, Berlin et Moscou.

    Bienvenue dans le nouveau rendez-vous vidéo du Figaro Live, baptisé «Interactions». Chaque jeudi, rejoignez-nous en direct pour décrypter l'actualité étrangère avec les correspondants du Figaro, et pour voir comment la France est perçue à l'étranger.

    Au menu cette semaine, la Turquie après le referendum de Recep Tayyip Erdogan. Delphine Minoui, Nicolas Barotte et Pierre Avril, nos correspondants à Istanbul, Berlin et Moscou, étaient en direct ce jeudi.

    En fin d'émission, David Chazan, correspondant du Telegraph à Paris, est venu apporter son œil britannique sur notre campagne présidentielle.


    Rendez-vous jeudi prochain, 13h30, pour un nouveau numéro en direct.

    La Turquie bloque l’accès à Twitter, WhatsApp, Facebook et YouTube (04.11.2016)
    Les principaux réseaux sociaux sont largement inaccessibles dans le pays, après l’arrestation d’une dizaine de députés prokurdes.

    Le Monde.fr avec Reuters | 04.11.2016 à 09h55 • Mis à jour le 04.11.2016 à 10h02

    L’accès au réseau social Twitter, à la messagerie WhatsApp et au service de vidéo YouTube a été bloqué en Turquiea annoncé vendredi 4 novembre Turkey Blocks, une organisation spécialisée dans la surveillance de la censure du Web.

    Selon Turkey Blocks, le blocage a été effectué grâce à la technique du throttling qui consiste à ralentir l’accès aux sites jusqu’à les rendre inutilisables. Ce blocage a eu lieu dans la foulée de l’arrestation d’une dizaine de députés appartenant au HDP, le parti prokurde.


    La Turquie bloque régulièrement l’accès aux réseaux sociaux, notamment après les attentats. Depuis la tentative de coup d’Etat qui a visé cet été la présidence de Recep Tayyip Erdogan, ce dernier a engagé une vaste purge de l’armée, de l’éducation nationale, et de la justice, et procédé à de multiples arrestations de journalistes d’opposition.


    Ce 31 octobre, le rédacteur en chef du quotidien Cumhuriyet a été placé en garde à vue, et des mandats d’arrêt ont été émis envers 13 journalistes du quotidien.


    Jean-François Colosimo : «L'alliance de la Turquie avec Daech est objective» (22.01.2016)
    Par Eléonore de Vulpillières Mis à jour le 25/01/2016 à 19:08 Publié le 22/01/2016 à 21:15

    FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Jean-François Colosimo a accordé un entretien-fleuve à FigaroVox au sujet du rôle géopolitique de la Turquie au Proche-Orient. Il déplore le double-jeu d'Erdoğan et la passivité de l'Europe.

    Jean-François Colosimo est écrivain et essayiste. Président du Centre national du livre de 2010 à 2013, il dirige désormais les éditions du Cerf. Son dernier livre, Les Hommes en trop, la malédiction des chrétiens d'Orient, est paru en septembre 2014 aux éditions Fayard. Il a également publié chez Fayard Dieu est américain en 2006 et L'Apocalypse russe en 2008.

    LE FIGARO. - On a appris les bombardements d'un village chrétien de Sharanish au nord de l'Irak, dans le cadre des opérations anti-PKK. Juste après les attentats d'Istanbul, la Turquie avait lancé une campagne de frappes aériennes contre Da'ech en Irak et en Syrie. Quel est son ennemi prioritaire, Da'ech ou les minorités ?

    Jean-François COLOSIMO. - Une vague de bombes qui revêt valeur d'avertissement pour l'État islamique et de gage pour les États-Unis ne saurait épuiser la question du double jeu d'Ankara dans la nouvelle crise d'Orient. Le fait de se vouloir à la fois le champion de l'Otan et le passeur de Da'ech n'engage pas d'autre ennemi prioritaire que soi-même. La Turquie est en lutte contre la Turquie. Elle combat les spectres des massacres sur lesquels elle s'est édifiée. Que les minorités, chrétiennes ou autres, souffrent au passage, c'est leur sort. Car toute l'histoire moderne du pays se conjugue dans ce mouvement de balancier perpétuel entre adversité du dehors et adversité du dedans. Et au regard duquel les changements de régime ne comptent guère.

    Comment s'est opéré le basculement d'une Turquie laïque vers l'intensification de l'emprise de l'islam sur toute la société ? Quel est le sort des minorités ethniques et religieuses ?

    Afin de comprendre la Turquie d'aujourd'hui, il faut, comme il est d'habitude en Orient, s'établir sur le temps long. Plusieurs illusions de perspective menacent en effet une claire vision : qu'il y aurait une permanence en quelque sorte éternelle de la Turquie, qu'il y aurait lieu d'opposer la Turquie laïciste de Mustafa Kemal et la Turquie islamiste de Recep Erdoğan, que l'avenir de la Turquie serait nécessairement assuré.

    La Turquie contemporaine est incompréhensible sans l'Empire ottoman, lequel est lui-même incompréhensible sans l'Empire byzantin qui l'a précédé : comment passe-t-on, à l'âge moderne, d'une mosaïque multi-ethnique et pluri-religieuse à des ensembles nationaux et étatiques cohérents ? Or, la décomposition de l'Empire ottoman, entamé dans les années 1820 avec l'indépendance de la Grèce, n'en finit pas de finir. Depuis la chute du communisme, de Sarajevo à Bagdad, les récents incendies des Balkans et les présents incendies du Levant attestent de sa reprise, de sa poursuite et de son caractère, pour l'heure, inachevé.

    Ce processus historique, déjà long de deux siècles, explique à la fois la naissance et l'agonie de la Turquie moderne. Deux événements relevant de la logique de la Terreur encadrent son surgissement : le premier génocide de l'histoire, commis en 1915 par le mouvement progressiste des Jeunes-Turcs, soit 1 600 000 Arméniens d'Asie mineure anéantis ; la première purification ethnique de l'histoire, entérinée par la Société des Nations en 1923, consécutive à la guerre de révolution nationale menée par Mustafa Kemal et se soldant par l'échange des populations d'Asie mineure, soit 1 500 000 Grecs expulsés du terreau traditionnel de l'hellénisme depuis deux mille cinq cents ans. Une dépopulation qui a été aussi bien, il faut le noter, une déchristianisation.

    La déconstruction impériale que se proposait d'acter le Traité de Sèvres en 1920, en prévoyant entre autres une Grande Arménie et un Grand Kurdistan, laisse la place à la construction de la Grande Turquie, acquise par les armes, qu'endosse le Traité de Versailles en 1923. La Turquie naît ainsi d'un réflexe survivaliste. Elle doit perpétuer sa matrice, continuer à chasser ses ennemis pour exister, sans quoi elle risque de retomber dans la fiction et l'inexistence. L'ennemi extérieur a été battu. Reste à vaincre l'ennemi intérieur. Ou, plutôt, les ennemis, tant ils sont nombreux et tant la fabrique nationaliste ne fonctionne qu'en produisant, à côté du citoyen-modèle, son double démonisé.

    Qui ont été les victimes de cette politique ?

    Dès l'instauration de la République par Kemal, la modernisation et l'occidentalisation se traduisent par l'exclusion. C'est vrai des minorités religieuses non-musulmanes, ce qu'il reste de Grecs, Arméniens, Syriaques, Antiochiens, Juifs, Domnehs (ou Judéo-musulmans), Yézidis, etc. C'est vrai des minorités musulmanes hétérodoxes, Soufis, Alévis, Bektâchîs, etc. C'est vrai des minorités ethniques, Kurdes, Lazes, Zazas, etc. Toute différence est assimilée à une dissidence potentielle. Toute dissidence est assimilée à un acte d'antipatriotisme. Tout antipatriotisme doit être supprimé à la racine. Tout signe distinct de culte, de culture ou de conviction doit être dissous dans une identité unique, un peuple idéal et un citoyen uniforme.

    Cette guerre intérieure, que conduit l'État contre ces peuples réels au nom d'un peuple imaginaire, parcourt le petit siècle d'existence de la Turquie moderne. De 1925 à 1938, elle est dirigée contre les Kurdes à coups de bombes, de gaz et de raids militaires. En 1942, elle prend un tour légal avec la discrimination fiscale des communautés «étrangères», dont les Juifs, et la déportation dans des camps de dix mille réfractaires. De 1945 à 1974, elle s'appuie sur les pogroms populaires, à l'impunité garantie, pour liquider les derniers grands quartiers grecs d'Istanbul et leurs dizaines de milliers d'habitants tandis qu'à partir de 1989, les institutions religieuses arméniennes se trouvent plus que jamais otages d'un chantage à la surenchère négationniste. Avec les putschs de 1960, 1971, 1980, la guerre devient celle de l'armée contre la démocratie. Hors des périodes de juntes, elle est le produit du derin devlet, de «l'État profond», alliance des services secrets, des groupes fascisants et des mafias criminelles qui orchestre répressions sanglantes des manifestations, éliminations physiques des opposants et attentats terroristes frappant les mouvements contestataires: ce qui aboutit par exemple, entre les années 1980 - 2010, à décapiter l'intelligentsia de l'activisme alévi. Mais la guerre classique peut aussi reprendre à tout moment: dite «totale», puis «légale» contre le PKK d'Abdullah Öcalan avec la mise sous état de siège du Sud-Est, le pays kurde, elle présente un bilan de 42 000 morts et 100 000 déplacés à l'intérieur des frontières en vingt ans, de 1984 à 2002.

    La prise de pouvoir d'Erdoğan et de l'AKP va permette un retour de l'islam au sein de l'identité turque. Elle acte en fait une convergence sociologique qui a force d'évidence démographique, accrue par la volonté de revanche des milieux traditionnels marginalisés par le kémalisme, des classes laborieuses délaissées par les partis sécularisés, de la paysannerie menacée par la modernisation mais aussi, dans un premier temps, des minorités tentées de rompre la chape de plomb étatique. La réalité va cependant vite reprendre ses droits : le fondamentalisme sunnite devient la religion constitutive de la «turquité» comme, hier, l'intégrisme laïciste. La couleur de l'idéologie change, mais ni la fabrique, ni la méthode, ni le modèle. Les minorités, abusées, trahies, redeviennent les cibles d'une construction artificielle et imposée. Mais entre-temps, à l'intérieur, la société est divisée puisqu'elle compte une avant-garde artistique et intellectuelle constituée. Et à l'extérieur, la stabilité intermittente issue du Traité de Lausanne cède devant les réalités oubliées du Traité de Sèvres.

    Quelles sont les ambitions géopolitiques de la Turquie dans la région proche-orientale et caucasienne?

    Parallèlement à son entreprise d'islamisation de la société, Erdoğan a voulu établir la Turquie comme puissance internationale conduisant une politique autonome d'influence. La Turquie laïciste et militaire de la Guerre froide, intégrée au bloc occidental, n'est plus qu'un fantôme, servant de leurre à une ambition néo-ottomane. La Turquie veut à nouveau dominer le monde musulman proche-oriental. Or les pays arabes du Levant ont précisément fondé leur indépendance sur le rejet du joug des Turcs-ottomans, considérés comme des intrus politiques et des usurpateurs religieux et les anciennes républiques musulmanes d'URSS restent dans l'orbe de Moscou. C'est la limite de l'exercice.

    Erdoğan a néanmoins voulu jouer sur tous les tableaux : comme protecteur des entités ex-soviétiques turcophones en Asie centrale et sunnites au Caucase ; comme médiateur de la Palestine et de la Syrie au Machrek ; comme allié des populations islamisées d'Albanie, du Kosovo et de Bosnie en Europe ; et même comme défenseur des Ouïghours musulmans en Chine. Le signe le plus probant de sa rupture avec l'Occident étant de s'être posé en adversaire d'Israël, jusque-là l'allié d'Ankara, à l'occasion de ses sorties verbales à Davos ou des expéditions navales présentées comme humanitaires à destination de Gaza.

    Le fil rouge ? Que la Turquie, sortie de l'effondrement de l'Empire ottoman, déportée à l'Ouest par une laïcisation jugée contre-nature, redevienne la première puissance du monde musulman et sunnite.

    Comment comprendre l'emprise d'Erdogan et de l'AKP, un parti islamo-conservateur, sur un pays qui semblait avoir réalisé une entreprise d'européanisation et de laïcisation depuis un siècle ?

    La pointe fine de la société civile, souvent remarquable, issue des anciens milieux cosmopolites d'Istanbul-Constantinople ou d'Izmir-Smyrne, tournée vers l'Europe non pas comme modèle de technicité mais de culture, reste malheureusement inefficace dans l'ordre politique. De surcroît, maladie fréquente dans les pays musulmans de Méditerranée orientale, l'opposition démocratique est éclatée, les forces progressistes étant divisées, notamment à cause de la question des minorités. Enfin, Erdoğan a su mener une guerre souterraine visant à soumettre les pouvoirs qui pouvaient lui résister : militaire, parlementaire, judiciaire, médiatique, et même religieux. L'erreur et la honte de l'Europe sont d'avoir laissé se développer son emprise tyrannique.

    Il faut rappeler l'affaire Ergenekon, du nom d'un réseau supposément composé de militants nationalistes sous la coupe d'officiers militaires et démantelé par le gouvernement islamiste. Entre 2008 et 2010, à la faveur d'une instruction et d'un procès-fleuve, trois cents personnes ont été arrêtées, 194 inculpées, et les condamnations aussi nombreuses ont permis de mettre au pas l'armée et de discréditer l'idéologie républicaine. Il faut rappeler les dizaines et dizaines de journalistes virés sur ordre d'en-haut, emprisonnés pour offenses à la patrie, à l'islam, au chef de l'État. Il faut rappeler les poursuites judiciaires contre l'écrivain Orhan Pamuk qui avait osé évoquer le génocide des Arméniens, contre le pianiste Fazil Say qui avait osé se déclarer athée. Mais aussi la restauration du voile dans l'espace public sous prétexte de liberté de conscience, l'hypertaxation du raki et plus généralement de l'alcool sous prétexte de lutte contre l'alcoolisme, la multiplication des mosquées sous prétexte de la moralisation de la jeunesse, etc.

    Dans le même temps, le mouvement protestataire né à Istanbul après qu'Erdogan a annoncé sa volonté de détruire le Parc Gezi de Taksim, ce bastion alévi, a récemment enflammé la Turquie. La résistance qui existe est ainsi populaire et parcourue par les survivances minoritaires.

    Nous sommes face à un engrenage et une dérive autoritaire qui ne dit pas son nom. Au point que, alors qu'Erdoğan fustige «les nationalismes ethniques et religieux qui menacent la Turquie» (sic), bat le rappel de la pièce de théâtre qu'il avait écrite dans les années 1970 et dans laquelle il dénonçait le complot franc-maçon, juif et communiste, qu'il avance que les musulmans ont découvert l'Amérique avant Christophe Colomb ou que l'hitlérisme a été un facteur de modernisation, qu'il se fait construire un palais de mille pièces à Ankara, c'est son mentor spirituel, l'islamiste Fethullah Gülen, qui dénonce la mainmise et la corruption de l'AKP !

    Or, signe des temps, les dernières élections ont vu pour la première fois des Turcs non-kurdes voter pour des candidats kurdes, en l'occurrence ceux du parti HDP mené par Selahattin Dermitaş. Cela montre que la société entend barrer la route à la révision constitutionnelle grâce à laquelle Erdoğan veut s'attribuer les pleins pouvoirs. C'est dans ce contexte qu'est survenue l'instrumentalisation des attentats attribués à Da'ech.

    Quelle position la Turquie a-t-elle adopté à l'endroit de Da'ech ?

    Le sommet de la politique d'islamisation d'Erdoğan est le soutien implicite de la Turquie à Da'ech, par hostilité au régime d'Assad, aux courants progressistes arabes, et par une alliance objective sur le sunnisme fondamentaliste. La Turquie s'élève enfin contre l'essor de l'identité kurde en Turquie et, de ce point de vue, son alliance avec Da'ech est objective.

    C'est l'État turc qui a déverrouillé l'État islamique en lui offrant un hinterland propice au transport des combattants, à l'approvisionnement en armes, au transfert de devises, au commerce du pétrole. C'est la société turque qui souffre de ce rapprochement insensé. C'est l'Europe qui s'entête à demeurer aveugle à cette connivence mortifère.

    Pour quelle raison cette ambiguïté turque n'est-elle pas dénoncée par les pays qui luttent contre l'État islamique ?

    Parce que l'Europe impotente, sans diplomatie et sans armée a cédé au chantage d'Erdoğan sur l'endiguement supposé des réfugiés. Argent, reconnaissance, soutien, silence : Merkel et Hollande ont tout accordé à Erdoğan. Surtout, l'Union se plie au diktat de la politique ambivalente d'Obama qui privilégie l'axe sunnite, saoudien-qatari-turc, avec pour souci premier de ne pas faire sombrer l'Arabie saoudite dans le chaos.

    Comment une Turquie entrée dans une phase d'islamisation à marche forcée peut-elle encore espérer intégrer une Union européenne laïque ? Pour quelle raison l'UE, depuis 1986, continue-t-elle à fournir des fonds structurels à un État dont il est hautement improbable qu'il entre en son sein ?

    La Turquie, en raison de son héritage byzantin, partagé entre l'Ouest et l'Est, a depuis toujours manifesté une volonté d'association avec l'Occident. Sa tentative d'entrer dans l'UE était liée au fait qu'une Turquie laïciste et moderne voulait être un exemple d'européanisation. Or aujourd'hui s'est opéré un renversement d'alliance vers l'Orient, et de l'occidentalisation à l'islamisation.

    L'entrée de la Turquie dans l'UE semblait cependant peu probable et le paraît encore moins aujourd'hui pour plusieurs raisons : géographiquement, l'Europe s'arrête au Bosphore. Historiquement, l'Europe s'est affirmée à Lépante et à Vienne en arrêtant les Ottomans. Politiquement, la Turquie deviendrait le pays à la fois le plus peuplé et le moins avancé, le plus religieux et le moins démocratique de l'Union. Militairement, elle en porterait les frontières sur des zones de guerre. Mais, surtout, culturellement, philosophiquement, l'État turc, non pas les intellectuels turcs, refuse cette épreuve typiquement européenne du retour critique sur soi et sur l'acceptation d'une mémoire partagée quant au passé, à commencer par le génocide des Arméniens. 

    Mais l'arrimage de la Turquie à l'Europe, sous la forme de partenariat privilégié, doit demeurer un objectif. Il ne passe pas par une amélioration des cadres politiques ou économiques, mais par une libération des mentalités. Ce que veut empêcher Erdoğan.

    L'affrontement russo-turc est-il en passe de se durcir ?

    Erdoğan a osé défier Poutine sans en avoir les moyens et pour complaire aux États-Unis. L'opposition là encore est ancienne, ancrée, pluriséculaire et constitue un invariant de la géopolitique des civilisations. Un des vieux rêves tsaristes était de conquérir l'Empire ottoman afin de restaurer Byzance dont la Russie est issue. En 1915, l'annexion de Constantinople-Istanbul et sa transformation en Tsargrad, nouvelle capitale d'un Empire chrétien d'Orient couvrant des mers froides aux mers chaudes était à l'ordre du jour. Ce conflit renaît aujourd'hui : on aura ainsi vu récemment les Turcs réclamer la Crimée, redevenue russe, comme «terre de leurs ancêtres». Ou le parlement turc débattre du retour de Sainte-Sophie, la plus grande basilique du monde jusqu'à la construction de Saint-Pierre de Rome, transformée en musée sous Atatürk, au statut de mosquée qui avait été le sien sous l'Empire ottoman, tandis que les députés de la Douma votaient une motion en faveur de sa réouverture au culte orthodoxe.

    Moscou est déjà l'alliée d'Assad : il ne lui resterait qu'à appuyer les Kurdes, en profitant par exemple de leurs puissants relais communs en Israël, pour menacer profondément Ankara et embarrasser durablement Washington. Erdoğan a compris trop tardivement que, eu égard à la détermination de Poutine, il avait allumé un incendie.

    Comment expliquer l'incohérence de la politique étrangère de la France au Proche-Orient ? Le pouvoir a-t-il une compréhension des ressorts profonds qui animent les pays de cette région ?

    Ces considérations historico-religieuses échappent totalement au gouvernement français et à l'Union européenne. La France fait preuve d'un manque de compréhension flagrant des ressorts profonds de ce qui se passe au Proche-Orient. Cette incompréhension n'est jamais qu'un signe de plus de l'erreur politique et morale qu'a été le choix d'abandonner le Liban qu'avait été celui de François Mitterrand.

    François Hollande, encore moins avisé, professe pour des raisons gribouilles de dépendance économique, une politique d'inféodation envers les pays théoriciens et fournisseurs de l'islamisme arabe qu'il était prêt à intituler pompeusement «la politique sunnite de la France» si quelques vieux pontes du Quai d'Orsay doués de mémoire ne l'en avaient pas dissuadé.

    La France de François Hollande a substitué à sa traditionnelle politique d'équilibre en Orient une politique hostile à l'Iran et à la Syrie, ignorante des Chiites et indifférente aux chrétiens. Ce n'est pas qu'une faute de Realpolitik, c'est une faute de l'intelligence et du cœur. Ou si l'on préfère, du devoir et de l'honneur.

    Quant à la Turquie proprement dite, au sein de cette «politique sunnite» que dirige Washington, c'est Berlin, liée de manière décisive à Ankara par la finance, l'industrie, l'immigration, qui décide pour Paris.

    Mais cet aveuglement de la gauche au pouvoir est-il si surprenant ? Ce furent les socialistes d'alors, leurs ancêtres en quelque sorte, qui entre 1920 et 1923 encouragèrent les Grecs à reconquérir les rivages du Bosphore et de l'Égée avant de les trahir au profit de Mustafa Kemal, arguant qu'il fallait l'armer car son progressisme avait l'avantage sur le terrain et représentait l'avenir absolu. Et quitte à faire retomber une nouvelle fois Byzance dans l'oubli ! Quel aveuglement sur la force du théologique en politique… Rien de bien neuf sur le fond, donc. Mais les massacres qui se préparent en Orient creuseront de nouveaux charniers qui, pour l'histoire, changeront cette ignorance passive en cynisme délibéré.

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