mercredi 26 juillet 2017

Relations Allemagne-Turquie

    Turquie : Merkel n'exclut pas des sanctions (21.08.2017)
    Le bras de fer se durcit entre Berlin et Ankara (26.07.2017)
    La brouille entre Berlin et Ankara est sévère (21.07.2017)

    Voir aussi : 

    Turquie : Merkel n'exclut pas des sanctions (21.08.2017)



    Mis à jour le 21/08/2017 à 19h14 | Publié le 21/08/2017 à 19h04

    Prête à durcir le ton contre le régime d'Erdogan, la chancelière allemande s'est réjouie de la libération de l'écrivain germano-turc Dogan Akhanli, arrêté en Espagne sur demande du gouvernement d'Ankara.

    L'avocat de Dogan Akhanli a rendu hommage à Angela Merkel. La chancelière a immédiatement «pris une position claire», s'est réjoui Ilias Uyar lundi. Deux jours auparavant, son client, écrivain allemand d'origine turc, opposant au régime de Recep Tayyip Erdogan, avait été interpellé en Espagne à la demande du gouvernement d'Ankara, déclenchant la colère de Berlin. Puis il avait été relâché aussitôt. «On ne doit pas abuser d'organisations internationales comme Interpol», a regretté Angela Merkel dimanche soir en tançant Ankara.

    En campagne électorale, la chancelière est prête à durcir sa ligne politique contre la Turquie. Elle envisage des sanctions. «Nous devons toujours nous en réserver la possibilité», a-t-elle expliqué en soulignant que Berlin avait déjà «sévèrement réagi». L'affaire Akhanli «n'est malheureusement qu'une parmi d'autres», a-t-elle déploré.

    Frapper au portefeuille

    Jusqu'à présent, Recep Tayyip Erdogan a toutefois semblé insensible aux avertissements de Berlin. Ce week-end, il a exhorté les Turcs vivants en Allemagne à ne voter ni pour Angela Merkel le 24 septembre ni pour son adversaire du SPD, Martin Schulz. Samedi, le chef de l'État turc a aussi sermonné le ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, en lui demandant de «surveiller ses limites». «Qui êtes-vous pour parler avec le président de la Turquie?», a-t-il lancé comme s'il parlait à un domestique.

    Les importations allemandes dans la péninsule s'élevaient à 22 milliards d'euros en 2016 et les exportations vers l'Allemagne à 15 milliards d'euros

    Depuis plusieurs semaines, et notamment le retrait des troupes allemandes de la base d'Incirlik, Berlin a décidé de riposter aux provocations de Recep Tayyip Erdogan en frappant au portefeuille. L'Allemagne entend rappeler à la Turquie qu'elle est son principal partenaire commercial et mérite quelques égards. Les importations allemandes dans la péninsule s'élevaient à 22 milliards d'euros en 2016 et les exportations vers l'Allemagne à 15 milliards d'euros.

    Fin juillet, le ministère des Affaires étrangères allemand a adressé une mise en garde «à tous les ressortissants» allemands désireux de voyager en Turquie. La destination touristique était prisée avant la tentative de putsch du 15 juillet 2016. Il a aussi «déconseillé» aux entreprises d'investir dans la péninsule. Du côté de la Chambre de commerce, le message a été entendu. On note une retenue des entrepreneurs, qui «retardent leurs investissements» potentiels. Environ 7000 entreprises allemandes sont installées sur le territoire turc.

    Au sein de la CDU, le président du groupe au Bundestag, Volker Kauder, plaide pour «augmenter la pression». Le gouvernement dispose d'instruments: supprimer les garanties offertes aux investisseurs ou encore freiner le versement d'aides. Les négociations entre l'UE et la Turquie pour élargir les accords douaniers à l'agriculture ou aux services sont ainsi suspendues.

    Les négociations d'adhésion à l'UE au point mort
    Angela Merkel n'a pas indiqué jusqu'où elle pourrait aller pour faire pression sur Ankara. Elle ne s'est pas prononcée sur la fin des négociations d'adhésion à l'Union européenne, l'arme ultime, comme le réclame la CSU, l'allié bavarois de la CDU. Bien qu'elle soit opposée à une adhésion, la chancelière ne veut pas être celle qui ferme définitivement la porte.

    Elle n'est pas la seule à rester prudente. Le SPD, tout en haussant aussi le ton contre Erdogan, ne veut pas non plus franchir ce cap. «Les responsables de l'éloignement de la Turquie de l'Europe se trouvent à Ankara. Erdogan doit être celui qui referme les discussions», a déclaré lundi le député Niels Annen, responsable des questions internationales au SPD. Personne ne veut non plus toucher à l'accord sur les réfugiés conclu en mars 2016. Trois milliards d'euros avaient alors été accordés à la Turquie pour financer des projets d'aide aux réfugiés. Trois milliards d'euros supplémentaires pourront être versés à partir de l'année prochaine. En échange, la Turquie a fermé la route des migrants.

    La rédaction vous conseille :



    Le bras de fer se durcit entre Berlin et Ankara (26.07.2017)


    Mis à jour le 26/07/2017 à 18h30 | Publié le 26/07/2017 à 18h25

    VIDÉO - Malgré les menaces de sanctions économiques brandies par l'Allemagne, la Turquie ne bouge pas d'un iota.

    À Berlin

    Rien ne semble préfigurer un apaisement des relations entre l'Allemagne et la Turquie, au contraire. Mardi encore, le président Recep Tayyip Erdogan a accusé Berlin d'envoyer des espions «s'ébattre dans ses hôtels et diviser le pays», lors d'une réunion de son parti l'AKP, à Ankara. Une pierre de plus dans la série d'échanges musclés entre les deux capitales. «Les tensions étaient dans l'air depuis la répression du coup d'État raté en Turquie en juillet 2016», constate Kristian Brakel, spécialiste du Proche-Orient au DGAP, l'un des principaux instituts allemands de recherche sur les relations extérieures.

    Elles sont montées d'un cran avec le référendum constitutionnel turc. Recep Tayyip Erdogan avait alors qualifié de «méthode nazie» l'interdiction de réunions politiques turques en Allemagne. Il avait interdit dans la foulée la visite de parlementaires allemands sur les bases de l'Otan en Turquie. Peu après, les Allemands découvraient avec consternation que des imams proches de l'AKP étaient chargés d'espionner les Turcs d'Allemagne.

    L'arrestation, la semaine dernière, d'un militant allemand des droits de l'homme, Peter Steudtner, a été la goutte qui a fait déborder le vase. Désormais, neuf ressortissants allemands sont emprisonnés en Turquie, dont le journaliste du quotidien Die Welt Deniz Yücel, détenu depuis février.

    Mesures économiques

    Il n'est pas exclu que la Turquie ait voulu faire de ses prisonniers allemands une «monnaie d'échange» pour négocier l'extradition des opposants turcs réfugiés en Allemagne depuis l'échec du coup d'État, estime Kristian Brakel. Face à une telle manœuvre, «l'Allemagne a sans doute voulu réagir immédiatement». «Notre patience a des limites», a tonné Sigmar Gabriel, le ministre allemand des Affaires étrangères, vendredi devant la presse. L'Allemagne ne peut plus accepter la situation, «c'est une question d'amour-propre», a renchéri le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, sur la chaîne publique ZDF dimanche.

    Sigmar Gabriel a annoncé une série de mesures économiques que le pays serait prêt à prendre devant l'aggravation de la situation, dont la suspension du système de garantie pour les entreprises allemandes en Turquie et le gel des aides.

    Le ministre a également prévenu les touristes allemands du «risque» qu'ils prennent en partant en Turquie. L'alerte n'est pas bénigne : les Allemands y représentent 15 % du tourisme. Déjà, 85 % d'entre eux n'envisagent plus d'y passer leurs vacances, indique un sondage YouGov diffusé mercredi.

    Lettre ouverte aux trois millions de Turcs d'Allemagne

    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a pourtant balayé la menace en sommant l'Allemagne de ne «pas se mêler des affaires intérieures». Son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, a remis de l'huile sur le feu à l'issue de la rencontre entre l'Union européenne et la Turquie mardi à Bruxelles. «Personne ne peut nier que la Turquie est une démocratie», a-t-il commenté en jetant la pierre aux «faux journalistes» qui soutiennent «des organisations terroristes comme le PKK».

    À Bruxelles, la réplique européenne reste très mesurée. «La Turquie reste un pays candidat à l'adhésion à l'Union européenne» et «le dialogue doit continuer», a expliqué la représentante de l'Union européenne pour les relations extérieures, Federica Mogherini.

    «La Turquie reste un pays candidat à l'adhésion à l'Union européenne et le dialogue doit continuer»
    Federica Mogherini, représentante de l'Union européenne pour les relations extérieures

    Malgré ses protestations rhétoriques, le gouvernement allemand reste lui aussi modéré. Mais les «avertissements» allemands ne sont pas pris à la légère par Ankara, dont Berlin est le premier partenaire commercial. Quelque 6000 entreprises allemandes sont présentes en Turquie, indique Volker Treier, président de la Chambre de commerce et d'industrie allemande. Elles ne se retirent pas encore du pays, «mais elles n'augmentent pas non plus leurs investissements», précise-t-il. L'Allemagne peut aussi difficilement claquer la porte d'un pays où travaillent beaucoup des sous-traitants de son industrie automobile.

    De son côté, «la Turquie n'a pas beaucoup de marge de manœuvre parce qu'elle n'a pas de marché alternatif dans la région», remarque Kristian Brakel du DGAP. L'Allemagne est son premier exportateur et deuxième importateur.

    Pour Berlin, il s'agit aussi d'une affaire intérieure : plus de 3 millions de Turcs vivent sur son sol. Sigmar Gabriel leur a adressé dimanche une «lettre ouverte» pour tenter de calmer le jeu et faire la distinction entre le gouvernement Erdogan et son peuple. Selon le sondage YouGov diffusé mercredi, huit Allemands sur dix souhaitent que le gouvernement garde une «attitude ferme» à l'égard d'Ankara.

    La rédaction vous conseille :



    Mis à jour le 21/07/2017 à 19h39 | Publié le 21/07/2017 à 19h02

    VIDÉO - Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, a estimé que les violations des droits de l'homme en Turquie «ne peuvent rester sans conséquences».

    L'Allemagne perd patience. Excédée par la détention prolongée d'un de ses ressortissants, un militant des droits de l'homme, arrêté près d'Istanbul au début du mois de juillet, elle envisage une «réorientation» complète de sa politique à l'égard de la Turquie. «Nous devons être plus clair que jusqu'à présent», en disant que les violations des droits de l'homme «ne peuvent rester sans conséquences», a souligné le chef de la diplomatie, Sigmar Gabriel. «Ces derniers temps, un certain nombre d'Allemands se sont vus priver de liberté pour des raisons ou pour une durée qui ne sont pas compréhensibles», a-t-il ajouté, alors que neuf citoyens allemands, dont certains ont la double nationalité, sont actuellement détenus dans le pays, au motif qu'ils soutiennent le «terrorisme». Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, est allé plus loin : «La Turquie procède désormais à des arrestations arbitraires et ne respecte plus les règles consulaires élémentaires. Cela me rappelle la façon dont les choses se passaient en RDA.»

    Neuf citoyens allemands, dont certains ont la double nationalité, sont actuellement détenus en Turquie, au motif qu'ils soutiennent le « terrorisme »

    Cette réorientation allemande inclut un réexamen des crédits, garanties ou aides financières de Berlin aux exportations et investissements d'entreprises allemandes en Turquie. «Il n'est plus possible de recommander des investissements dans un pays» qui ne respecte pas l'État de droit, a précisé M. Gabriel, qui envisage aussi d'évoquer la question avec ses partenaires européens. Vendredi, Berlin a ainsi annoncé un réexamen de ses livraisons d'armements prévues à Ankara, et des chaînes de télévision ont stoppé la diffusion de publicités sur ce pays.

    Mais Ankara ne veut rien entendre. «Les déclarations allemandes sont inacceptables», déclare le ministre turc des Affaires étrangères dans un communiqué. Pour lui, «elles sont une interférence directe dans la justice turque qui dépasse les limites».

    «Ils ne peuvent pas nous faire peur avec ces menaces», a renchéri vendredi le président Erdogan, dont le pays a fourni à Berlin une liste de plus de 680 entreprises allemandes accusées de soutenir le terrorisme. Selon le quotidien Die Zeit cette liste comprend de grands groupes comme Daimler ou BASF AG.

    La rédaction vous conseille :


    Néonazis, extrême-droite

    Un site néonazi pousse le Web américain à se questionner sur la liberté d'expression (22.08.2017) « Peut-on frapper un néonazi ? » :...