mardi 11 juillet 2017

Irak

Kerbala, cet autre Irak qui prospère grâce à la religion (18.07.2017)
Mossoul: les forces irakiennes auraient exécuté un prisonnier (13.07.2017)
Quatre leçons de la bataille de Mossoul (13.07.2017)
Le casse-tête de l'après-Daech à Mossoul (11.07.2017)
A Mossoul, les luttes de pouvoir et d’influence ont commencé (10.07.2017)
L’après-Etat islamique ne sera pas forcément plus simple» (09.07.2017)
A Mossoul, les forces spéciales irakiennes se préparent à reprendre le dernier carré de l’EI (27.06.2017)

Kerbala, cet autre Irak qui prospère grâce à la religion (18.07.2017)


Par Georges Malbrunot Mis à jour le 18/07/2017 à 20:00 Publié le 18/07/2017 à 19:07

Des fidèles chiites sont rassemblés  pour la prière dans le mausolée  de l'imam Hussein près de la mosquée  Al Abbas (à l'arrière-plan) à Kerbala, en Irak.

REPORTAGE - Venus du monde entier, des millions de pèlerins affluent chaque année dans les mausolées de la ville sainte chiite, bien gérés par des fondations, qui rejettent l'interventionnisme du gouvernement corrompu de Bagdad. Un modèle qui pourrait à terme faire de l'ombre au grand frère iranien, voisin.

Envoyé spécial à Kerbala


À l'intérieur du mausolée tapissé de mosaïques, la foule immense se presse pour toucher du doigt la paroi argentée du tombeau de l'imam Hussein. Manjour, 37 ans, est venu du Gujarat, en Inde, pour pleurer le martyre de son «guide» Hussein, le troisième imam des chiites. Abdolfaz, un Iranien en transe, les mains ouvertes, a fait trente heures de bus depuis la frontière avec l'Azerbaïdjan pour se recueillir sur la dépouille d'Hussein, à côté duquel reposent son fils aîné, Ali al-Akhbar, et les 77 autres martyrs de la bataille de Kerbala ...

Mossoul: les forces irakiennes auraient exécuté un prisonnier (13.07.2017)
Mis à jour le 13/07/2017 à 21:47

Des vidéos censées avoir été filmées dans le secteur de Mossoul semblent montrer l'exécution par les forces de sécurité irakiennes d'un prisonnier et le tabassage brutal d'autres détenus, a indiqué aujourd'hui Human Rights Watch.

Les autorités irakiennes ont annoncé lundi leur victoire contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) après une bataille de près de neuf mois qui a ravagé des pans entiers de la deuxième ville d'Irak, dont la vieille ville, et entraîné une crise humanitaire majeure.

Ces vidéos "semblent montrer des soldats irakiens et des policiers fédéraux battre et exécuter des détenus", a indiqué l'ONG de défense des droits de l'Homme dans un communiqué qui comprend des liens vers les vidéos.

Dans l'une d'elles, des hommes vêtus d'uniforme de l'armée irakienne battent un détenu barbu, le traîne au bord d'un escarpement, le jette dans le vide et lui tire dessus ainsi que sur un corps déjà présent en contrebas. HRW dit avoir localisé le lieu de tournage de la vidéo avec des images satellites mais pas celui des trois autres.

"Dans les dernières semaines de la bataille pour Mossoul, j'étais aux premières loges pour constater que l'armée voulait terminer les opérations au plus vite", a dit Belkis Wille, membre de HRW.
Cela s'accompagnait par "ce qui semble être une baisse de leur respect pour les lois de la guerre", a-t-elle ajouté, appelant le Premier ministre irakien Haider al-Abadi à enquêter sur ces abus présumés.
En mai, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel avait publié un reportage dans lequel un photographe irakien affirmait, photos à l'appui, que des membres de la Force d'intervention rapide (FIR), qui dépendent du ministère irakien de l'Intérieur, avaient "torturé, violé et tué des gens" lors de la bataille de Mossoul sur la base de "vagues soupçons" concernant leurs liens avec l'EI.


Après la publication de l'article, ce ministère avait affirmé avoir ouvert une enquête.


Quatre leçons de la bataille de Mossoul (13.07.2017)
Pour Christophe Ayad, chef du service international du « Monde », la chute de la ville symbole du « califat » de l’EI va changer la donne pour tous les acteurs en présence : djihadistes, militaires, Etat irakien et Occidentaux.


LE MONDE | 13.07.2017 à 12h05 • Mis à jour le 14.07.2017 à 07h11 | Par Christophe Ayad

Un soldat des forces spéciales irakiennes dans la vieille ville de Mossoul, le 10 juillet.

CHRONIQUE. La bataille de Mossoul vient de se terminer, près de neuf mois après avoir commencé. Le bilan humain et matériel est terrible : des milliers de morts civils, 700 000 habitants sans logis, une ville aux deux tiers détruite. Jamais, depuis la seconde guerre mondiale, un combat urbain n’avait fait tant de dégâts ni duré aussi longtemps.

La bataille de Mossoul restera dans l’histoire militaire, dans celle de l’Irak, mais aussi celle du monde arabe et de tout le monde musulman, à cause de sa violence et de son enjeu symbolique : la chute du « califat » de l’organisation Etat islamique (EI), premier Etat à vocation mondiale proclamé par un groupe djihadiste.

Une deuxième bataille s’engage maintenant à Mossoul, celle de la reconstruction et de la réconciliation. Elle sera plus difficile, plus ingrate, plus incertaine aussi, car nombre de ses acteurs ne voient pas l’intérêt de la mener. En attendant, il est temps de tirer quelques leçons.

Pour les djihadistes. C’est dans cette ville qu’est né le « califat » universel d’Abou Bakr Al-Baghdadi, le 29 juin 2014. Et c’est là qu’il a échoué. Ce choix de décréter un Etat, en lui donnant une forme aussi familière que mythologique pour les musulmans, est une rupture majeure dans l’histoire du djihadisme moderne. Pour la première fois, un groupe proposait un Etat fondé sur un territoire, avec ses lois, son gouvernement, son administration.

De tout cela, il ne reste rien car l’EI n’a pas su entrer dans une logique étatique, cherchant sans cesse à repousser ses frontières, attaquant tout le monde et partout, proclamant son désir de renverser tous les régimes arabes « impies », même ceux prêts à s’accommoder.

Fatale erreur que cette soif illimitée de conquêtes ! Elle provoqua la mobilisation de l’Occident, et même des...



Le casse-tête de l'après-Daech à Mossoul (11.07.2017)


Des soldats irakiens célèbrent leur victoire sur Daech, lundi, dans la vieille ville de Mossoul.

Par Georges Malbrunot
Mis à jour le 11/07/2017 à 20h16 | Publié le 11/07/2017 à 19h46

Après l'éviction de l'État islamique, le flou le plus total règne sur la gouvernance d'une ville majoritairement sunnite gangrenée par les milices chiites et l'insécurité.

La gouvernance de Mossoul post-Daech s'apparente à une très complexe équation aux multiples inconnues. L'ex- «capitale» du califat, revenue dans le giron de l'État irakien, sera administrée par un conseil provincial, dirigé par un gouverneur civil. Mais nul ne sait quand les élections dudit conseil auront lieu - probablement pas avant 2018? Qui y participera? Quelles seront ses compétences? Et quelles forces sécuriseront Mossoul et ses environs, peuplés d'une majorité de sunnites, aux côtés de Kurdes et de chrétiens?

Faute d'accord politique sur un partage du pouvoir entre factions, alors que le gouvernement central n'a élaboré aucun plan précis, c'est le flou le plus total. Des responsables américains et irakiens ont bien évoqué l'idée de créer huit zones d'autogouvernance dans et autour de Mossoul. Mais la commission ad hoc ne s'est jamais réunie.

En attendant, l'insécurité règne dans les zones libérées où la police locale et des forces tribales ont été déployées. Chefs de guerre et politiques se sont empressés de combler le vide, recourant aux kidnappings pour affirmer leur présence.

Au-delà du retour de la sécurité et des services publics, comme l'électricité, au profit des 400.000 déplacés se posent de nombreux défis. Le principal est celui de l'inclusivité. Inclusivité dans la gestion politique de la ville, comme dans son maintien de l'ordre.

Ville majoritairement sunnite, Mossoul doit revenir aux sunnites. Faute de quoi, on assistera à un retour de Daech, sous un autre nom, si jamais le gouvernement central, dominé par les chiites, y exerçait de nouveau une quasi-occupation, comme avant l'arrivée des djihadistes en 2014. Problème: le commandant en chef des forces armées, le premier ministre chiite Haidar al-Abadi, compte bien récolter les fruits politiques de sa victoire militaire. Mais il doit composer avec ses alliés encombrants, les Kurdes et les milices chiites, qui ont joué un rôle important dans l'éviction de Daech de Mossoul.

Un pont entre l'Iran et la Syrie

Qui pour assurer la sécurité? Des forces locales, majoritairement sunnites. Mais où les trouver? Les sunnites ont été en grande partie absents de la bataille de Mossoul. Déjà, le gouvernement a interdit aux 4000 «gardes de Ninive», proches de l'ancien gouverneur Atheel Al-Noujaifi et de la Turquie, de s'y déployer. Quant aux 15.000 membres des tribus sunnites entraînés depuis l'hiver par des instructeurs américains, ils paraissent encore incapables de tenir la ville.

Les Kurdes, de leur côté, s'ils ne comptent pas jouer les policiers dans Mossoul, veulent avoir leur mot à dire, ne serait-ce qu'autour des 200.000 Kurdes qui habitaient la ville jusqu'en 2014. Mais les pechmergasne peuvent que remplir un rôle de supplétif pour empêcher le retour de djihadistes.

Dans cet imbroglio, le problème le plus ardu est ailleurs : il concerne la présence des milices chiites dans une ville travaillée par un fort ressentiment envers les chiites. Or, certains leaders de ces milices ont déjà affirmé leur intention d'ouvrir des bureaux dans Mossoul. Le premier ministre Abadi aura-t-il la capacité de s'opposer à leur implantation? Pas sûr, compte tenu de l'influence qu'exercent sur lui les chefs de ses milices, et derrière eux, leur parrain à Téhéran, qui compte faire de Mossoul et sa région un pont entre le territoire iranien et la Syrie voisine.

Compte tenu de l'ampleur des défis, certains réclament la désignation rapide d'un gouverneur militaire de transition. Des candidats piaffent d'impatience, tel l'ancien gouverneur al-Noujaifi, replié depuis 2014 à Erbil. Mais ni Bagdad ni les Mossoulliotes ne sont prêts à voir revenir un «pion turc», accusé d'avoir abandonné sa ville à Daech.

L'aide sous condition de l'Arabie saoudite

Dans ses choix, Haidar al-Abadi devra aussi tenir compte des exigences de ses alliés occidentaux, américains au premier chef. Indésirables pour certains leaders chiites, les 8000 soldats américains, auxquels s'ajoutent des Français et des Britanniques, sont indispensables pour épauler les forces irakiennes dans leurs opérations antiterroristes contre des cellules résilientes que Daech a dissimulées dans ou en périphérie de la ville. Et puis, il y a le défi immense de la reconstruction. Les Occidentaux sont prêts à mettre la main au pot, à condition que dans cette gouvernance chaque communauté y retrouve sa place. L'Arabie saoudite aurait promis 500 millions de dollars, mais à condition que Bagdad prenne le parti de Riyad dans le conflitqui l'oppose au Qatar. Les arrière-pensées ne sont jamais loin.

Au final, la renaissance de Mossoul sera un test de la capacité de l'Irak de rebondir, après plus de dix ans de chaos et de marginalisation des sunnites. Le pire serait un dépeçage de la ville par les milices et autres acteurs extérieurs, sous l'œil impuissant de la communauté internationale. Bref, un retour à la situation d'avant Daech, mais en plus dangereux encore !

La rédaction vous conseille :


A Mossoul, les luttes de pouvoir et d’influence ont commencé (10.07.2017)
Le contrôle de la province au cœur de laquelle se situe la grande cité du nord de l’Irak est l’enjeu d’une lutte d’influence entre des groupes aux allégeances variées.

Le Monde | 10.07.2017 à 10h30 | Par Hélène Sallon (Mossoul (Irak), envoyée spéciale)
image: http://s1.lemde.fr/image/2017/07/10/534x0/5158361_7_4810_a-mossoul-le-9-juillet_a2d42a65f849b65bfa0ca8dbb336115a.jpg

A Mossoul, le 9 juillet.

En avril, depuis le toit d’une luxueuse villa à flanc de colline, dans le quartier Al-Malahin, dans le nord-est de Mossoul, le major général Najim Al-Joubouri scrutait de ses petits yeux verts perçants les quartiers libérés de l’est de la grande ville du nord de l’Irak. A 60 ans, droit dans son uniforme, le chef du commandement des opérations de Ninive savourait le prestige de ce poste-clé ; il lui a été confié en 2015, tant en raison de la carrière militaire qu’il a effectuée depuis l’ère du dictateur Saddam Hussein que du fait qu’il soit originaire d’Al-Qayyarah, une ville située à soixante kilomètres au sud de Mossoul.

Le militaire ne cache pas ses ambitions. « Je veux être le gouverneur militaire de Mossoul. Je peux faire beaucoup pour reconstruire la ville et donner du travail aux gens. Je ne gaspillerai pas une partie de l’argent en pots-de-vin comme le font les politiciens », dit-il dans un anglais hérité de neuf ans passés en Virginie, aux Etats-Unis. Najim Al-Joubouri ne ménage aucune critique contre les responsables politiques « qui attisent le confessionnalisme pour remporter les élections ». Il assure travailler à rétablir des bonnes relations entre la population et les forces de sécurité – elles étaient désastreuses avant 2014.

Face à des autorités locales condamnées à l’impuissance, il invoque son expérience comme maire de Tal Afar de 2005 à 2008, un bastion djihadiste à 80 kilomètres à l’ouest de Mossoul qu’il se targue d’avoir nettoyé d’Al-Qaida, et reconstruit, avec le soutien des Américains. « Je ne craignais personne. On ne pouvait pas me virer ! » Désespérés par l’absence de services publics et l’insécurité qui règne encore dans les quartiers libérés de Mossoul, certains habitants plébiscitent la nomination d’un gouverneur militaire de transition. Mais les noms qu’ils évoquent pour le poste sont plutôt ceux des généraux des forces antiterroristes Abdelwahab Al-Saedi ou Abdelghani Al-Assadi.
Pas...



L’après-Etat islamique ne sera pas forcément plus simple» (09.07.2017)
Par Veronika Dorman et Aude Massiot — 9 juillet 2017 à 20:36

Des policiers et des civils célèbrent la libération de Mossoul, dimanche. Photo Ahmad al-Rubaye. AFP 

L’anthropologue Hosham Dawod souligne que la reconstruction de Mossoul et du pays sera longue et compliquée.

Après presque un an de combats, la reprise de Mossoul à l’organisation Etat islamique (EI) par l’armée irakienne laisse entrevoir un Etat ébranlé, un paysage politique divisé, qui pourrait faire rapidement basculer, de nouveau, le pays dans le chaos, explique Hosham Dawod, chercheur au CNRS et spécialiste de l’Irak.

Qu’est-ce que la reprise de Mossoul signifie pour l’organisation Etat islamique et son avenir ?
C’est une défaite majeure, elle a perdu sa capitale historique et symbolique. On ne peut pas pour autant dire que le jihadisme est terminé. Il se métamorphosera, s’adaptera. Il faudra encore beaucoup de temps pour en venir à bout, à condition d’apporter de bonnes solutions politiques, en Irak et dans la région. C’est ce qui fait défaut aujourd’hui.

L’EI a-t-il été militairement défait dans l’ensemble de l’Irak ?
Il reste certains bastions importants dans le désert, des vallées, des lieux reculés, des bases arrières. Mais l’EI n’a plus de grandes villes en Irak. Ses ressources économiques ont été largement réduites. L’organisation, traquée un peu partout, n’a pas perdu pour autant sa capacité de nuisance et reste redoutable, avec énormément de savoir-faire et des réseaux qui fonctionnent encore, des ressources financières, des armes, et des hommes dévoués, prêts à se donner la mort en tuant le maximum de personnes. Mais après les défaites sur le terrain, l’EI va sûrement être obligé de changer. Jusqu’alors, il était une organisation territoriale, avec la visée de devenir un Etat, doté d’institutions et d’une forme primaire d’administration. Les jihadistes sont de nouveau réduits à une armée de l’ombre. Beaucoup de combattants vont rentrer chez eux, aux Philippines, en Tchétchénie, en Libye, où ils travailleront à développer le terrorisme régional, en projetant le mode opératoire de l’EI, qui n’est pas un réseau avec des branches et un centre de décision international.

La reprise de Mossoul va-t-elle renforcer l’autorité du gouvernement irakien actuel ?
Certainement, mais le pouvoir reste très divisé. Le Premier ministre, Haïdar al-Abadi, avoue que les trois ans de reconquête des 35 % de territoires conquis par l’EI ont été très difficiles, dans un contexte économique dramatique, tandis que la communauté internationale reprochait à Bagdad de mal gérer ses dossiers internes. Malgré tout, l’Irak, qui n’avait plus d’armée, avec des militaires mal formés et corrompus, s’est relevé de ses cendres. Le pays a réussi, avec l’aide de ses alliés, surtout les Etats-Unis, non seulement à regagner la quasi-totalité de son territoire, mais aussi à former une armée très bien entraînée, devenue une des meilleures de la région. Mais les effectifs ne sont pas suffisants.

Que va devenir Mossoul, en grande partie détruite ?
Il y a peu de moyens pour la reconstruction. L’argent n’arrivera pas demain. Et quand bien même, comment l’employer dans cette situation hostile ? Aujourd’hui, Mossoul est libérée, c’est vrai, meurtrie, et gérée par diverses forces, quelquefois en concurrence. Il y a des corps de l’armée irakienne qui ne sont pas toujours bien coordonnés entre eux. La force sunnite sur place essaye parfois de jouer solo, parfois de se rapprocher du gouvernement irakien, ou encore de l’armée turque, ou bien ils n’obéissent qu’aux Américains. Quant au gouvernorat, il est largement discrédité auprès de la population de Mossoul, dont plus de 60 % se trouve à l’extérieur de la ville.

Mais le grand défi aujourd’hui, ce sont les règlements de comptes, dont certains datent d’avant l’EI. Pas un jour sans que l’on ne trouve dans la rue un corps avec les mains ligotées, deux balles dans la tête : des gens soupçonnés d’être des membres de l’EI, ou d’en avoir été complices. Il y a aujourd’hui entre 45 et 50 groupes armés parmi les sunnites, uniquement de Mossoul, soit près de 20 000 à 30 000 personnes lourdement armées. L’après-EI ne sera pas forcément plus simple.

Comment imaginez-vous l’évolution des rapports de force entre Iran et Etats-Unis en Irak ?
Ce sont les deux forces les plus puissantes dans le pays. Sous l’administration Obama, il y a eu un retrait réel des forces américaines, presque une acceptation tacite du rôle iranien dans le pays. Avec Trump, la situation change brutalement et substantiellement. La plupart des généraux dans son administration ont servi en Irak et considèrent avoir beaucoup investi pour constituer une armée irakienne, aujourd’hui malmenée par l’Iran. Ils arrivent donc avec beaucoup de rancœur et vont vouloir jouer un rôle plus important. Mais les Américains ont peu d’alliés politiques sur place, à part les Kurdes, et une relation de «je t’aime moi non plus» avec les sunnites. Haïdar al-Abadi pourrait réussir à concilier les différentes parties impliquées au niveau national. Il cherche encore une formule magique à l’irakienne, ce ne sera pas facile, et très certainement pas pour demain.


Veronika Dorman, Aude Massiot

Mossoul : dans les ruines laissées par Daech (29.06.2017)
Par Luc Mathieu, Envoyé spécial à Mossoul Photos William Daniels — 29 juin 2017 à 20:26

Dans le vieux Mossoul, dimanche. 
Dans le vieux Mossoul, dimanche.  Photo William Daniels pour Libération 

Si la reprise de la mosquée Al-Nouri marque un tournant symbolique du conflit, les combats se poursuivent entre des jihadistes aux abois et une armée épuisée.

Quand le vent se lève, la vieille ville de Mossoul disparaît. Le ciel gris et brûlant, les murs sales des maisons ravagées, la poussière des gravats, plus rien ne se distingue, tout se mêle. Seule ressort parfois la puanteur de cadavres oubliés. Les forces irakiennes ont avancé jeudi et dévoilé un paysage post-apocalyptique. Elles ont gagné quelques centaines de mètres sur l’Etat islamique. Cela paraît peu. Mais dans des venelles d’un mètre et demi de large où chaque pas risque de déclencher une mine artisanale, où chaque porte peut receler un piège, c’est beaucoup. L’avancée est aussi symbolique. Les forces spéciales se sont emparé de ce qu’il reste de la mosquée Al-Nouri et d’Al-Hadba, son minaret penché recouvert de mosaïques, le «bossu» comme le surnomment les Mossouliotes. Les jihadistes l’ont dynamité le 21 juin. Ils ne voulaient pas que les soldats puissent parader et faire des selfies devant le minbar où Abou Bakr Al-Baghdadi, le calife autodésigné, a fait sa seule apparition publique. C’était le 3 juillet 2014, l’Etat islamique était au faîte de sa puissance. Jeudi, l’armée irakienne a commencé à déminer les ruines de l’édifice. «D’ici quatre à cinq jours, nous aurons atteint le Tigre. La victoire est une question de jours. Daech n’est plus qu’un pain de glace qui fond sous le soleil», souffle le général Sami al-Arthy, à la tête de deux divisions des forces spéciales irakiennes.

Dans la poussière de la vieille ville, à côté de son blindé noir frappé d’une tête de mort, Nasser, 23 ans, soldat dans les forces spéciales, ne dit pas autre chose. «Dans dix jours, deux semaines peut-être, c’est réglé. On sent que les hommes de l’Etat islamique n’ont plus le moral, qu’ils ne pensent plus qu’à s’échapper. Ils ne savent plus se battre alors qu’il y a encore trois semaines, ils étaient des combattants redoutables.» La bataille a anéanti le vieux Mossoul. Pas une maison ne semble avoir été épargnée. Des toits se sont écroulés, laissant des blocs de béton pendre comme des guirlandes, seulement retenus par leurs armatures métalliques. Des voitures calcinées aux carcasses tordues disparaissent sous la chaussée. Des cratères creusés par des frappes aériennes ont aspiré camionnettes et bulldozers. Quand les avions de la coalition ne bombardent pas et que les combats cessent, un silence profond se répand, imperméable aux bruits de la vie qui a repris dans les autres quartiers.

Tréteaux de fer
Jeudi, comme à chaque progression de l’armée irakienne, des habitants sont apparus au détour des ruelles. Exténués, sales, regards tristes ou joyeux de croiser des militaires. Ils n’ont que quelques sacs et sont entourés d’enfants. Une vieille femme a les yeux dans le vague. Seuls ses deux fils qui la soutiennent l’empêchent de s’écrouler. Devant une maison écrasée par un bombardement il y a dix jours, un homme reste à côté de deux sacs de plastique noir d’où s’écoule une odeur de mort. «Ce sont les restes de mes parents, on vient de les sortir», dit-il calmement. Un autre attend à ses côtés que les secouristes de la Défense civile extraient le cadavre de son père. Il reste une douzaine de corps sous les décombres.

La bataille de Mossoul n’est pas finie, mais les soldats sont épuisés. Ils marchent lentement, s’accroupissent dès qu’ils le peuvent à l’ombre d’un mur éboulé ou d’un blindé. Ceux des forces spéciales n’ont en réalité jamais cessé de combattre depuis 2014. Ils ont mené les assauts à Samarra, Tikrit, Ramadi, Fallouja, Hit, Baji et désormais Mossoul. Le califat irakien est presque annihilé, mais l’enchaînement des combats les a usés.

Dans la cour d’une maison de la vieille ville au toit à moitié arraché, Ahmed, 29 ans, s’est avachi dans un vieux canapé. Il est 15 heures et la chaleur pèse comme un sac de ciment sur les épaules. Il fait près de 50 degrés. «Le plus dur n’est pas tellement la fatigue physique, mais celle liée à la perte d’amis au combat, dit-il. Si je ne compte que depuis le début de l’offensive dans l’ouest de Mossoul, j’en ai perdu quatorze. Mon frère aussi est mort durant un combat.» Il sort son smartphone et montre les photos où il pose en riant avec chacun d’eux. «Au fond, ma vie se résume à la guerre.» Comme la plupart des autres soldats, Ahmed porte les cicatrices de ces offensives qui n’en finissent pas. Il est sorti il y a un mois de l’hôpital après l’explosion d’un mortier qui l’a blessé aux deux jambes et à un bras. Dans la cour de la maison, l’un de ses copains montre son bras, transpercé par cinq balles qui ont laissé des cercles sombres sur la peau et une longue cicatrice. «J’ai aussi été touché au ventre par un éclat», dit le jeune soldat.

Depuis le début de la bataille de Mossoul, les blessés sont rapidement soignés dans de petits centres d’urgence qui se déplacent au gré de la ligne de front. Ils sont ensuite transférés dans des hôpitaux. Cette semaine, l’un des plus avancés est installé à côté de la mosquée Abou Zyan, à environ 500 mètres de la vieille ville, dans deux anciens ateliers. Il n’y a ni porte ni fenêtre et des machines-outils sont encore installées au fond, trop lourdes sans doute pour être pillées.

Les infirmiers ont installé cinq brancards sur des tréteaux de fer. Les cartons de compresses, seringues et perfusions s’entassent le long des murs. Des grappes de mouches bourdonnent autour de petites flaques de sang. Chaque jour, les blessés se succèdent, emmenés par de vieilles ambulances aux suspensions défoncées qui pilent devant les anciens ateliers. «Les blessures les plus courantes sont dues à des éclats de mortiers, de mines artisanales et de grenades. Il y a aussi des blessures par balle, mais c’est moins fréquent», explique un infirmier. Les cadavres sont enveloppés dans une couverture puis déposés dans des sacs mortuaires. La guerre contre l’Etat islamique a décimé les rangs de l’armée irakienne. Les forces spéciales ont perdu 40 % de leurs effectifs, blessés ou tués, depuis le début des combats, selon le Pentagone.

«Seul Dieu a des yeux»
La guerre ne sera pas pour autant terminée avec la fin de la bataille de Mossoul. Avant même le début des derniers assauts contre la vieille ville, l’Etat islamique a répliqué à sa manière, brutale et rapide. Dans la nuit de dimanche à lundi, une soixantaine de jihadistes ont attaqué deux quartiers de l’ouest de Mossoul, libérés il y a quelques mois, Tanak et Yarmouk. Ils ont investi le premier, avancé vers le second. Les habitants ont fui en quelques heures. Les autorités irakiennes ont d’abord blâmé des «cellules dormantes». La réalité est plus inquiétante. Les jihadistes n’attendaient pas cachés à Mossoul dans des caves ou des maisons abandonnées. Ils venaient de beaucoup plus loin, de Tall Afar, à la frontière syrienne, l’une des dernières villes irakiennes qu’ils contrôlent encore. «Ils ont marché durant une partie du trajet et ont réussi à passer nos lignes. Ils avaient des informateurs qui leur ont dit comment éviter les check-points et parvenir jusqu’à Mossoul. Tout était prêt pour eux quand ils sont arrivés», explique le général Haider Fadhel des forces spéciales. Au moins un soldat a été tué lors de l’assaut. Aucun civil n’aurait perdu la vie, selon l’armée irakienne.

Un jihadiste a été capturé. Il a 11 ans. Les autres ont tous été tués, selon le général. «La plupart avaient des vestes explosives. Nous en avons abattu quelques-uns», affirme-t-il. Le cadavre poussiéreux de l’un d’eux, barbe et cheveux longs, pantalon court, était accroché tête en bas lundi matin au poteau cassé d’un feu tricolore. «Ce sont les habitants qui l’ont mis là, pas nous», expliquait un soldat en faction. Quelques heures plus tard, le corps avait été décroché. Il gisait juste à côté sur un terre-plein. Des enfants lui jetaient des cailloux, lui défonçant le crâne. Des adolescents criaient : «C’est un Pakistanais ! Non, un Afghan !» «C’est un Tadjik», hurlait un autre. Un homme d’une quarantaine d’années répétait : «Seul Dieu a des yeux et sait ce qui s’est passé.»

Le jour même, l’armée s’est déployée dans plusieurs quartiers de l’ouest de Mossoul, à plusieurs kilomètres de la vieille ville et de ses combats. En milieu d’après-midi, une vingtaine de soldats ont investi le quartier de Tal Ruman. Ils frappent aux portes métalliques des maisons. La plupart s’ouvrent. Ils pénètrent dans la cour, le salon, jettent un œil dans la cuisine, montent vers les chambres, observent les portes à l’arrière. «Regardez ce que vous voulez, et partout», dit un propriétaire bedonnant en offrant des graines de tournesol. Les inspections ne durent que quelques minutes. Au coin d’une rue, deux blindés sont arrêtés. Des soldats ouvrent le coffre d’un Humvee noir. Un homme pieds nus en tee-shirt blanc est allongé. Il a une vingtaine d’années et l’air terrifié. Un militaire lui met une claque et le sort en le tirant par une oreille. Le jeune est poussé jusqu’à un commandant qui joue avec une petite barre de fer. «Je n’ai rien fait, je n’ai rien fait», répète l’homme en gardant la tête baissée. «Quoi que tu aies fait, quoi que tu fasses, si jamais c’est pour Daech, tu es mort», crie le commandant. Un peu à l’écart, un soldat aux yeux bleus dit : «On le pousse un peu mais c’est pour lui faire peur. On veut qu’il travaille pour nous.» L’homme est ramené au Humvee où il récupère son sac. Il est libre. Il s’éloigne aussi vite qu’il le peut.


Luc Mathieu Envoyé spécial à Mossoul Photos William Daniels

A Mossoul, les forces spéciales irakiennes se préparent à reprendre le dernier carré de l’EI (27.06.2017)
Les forces antiterroristes s’apprêtent à donner l’assaut sur le secteur de la mosquée Al-Nouri, détruite à l’explosif par les djihadistes.

Le Monde | 27.06.2017 à 12h12 • Mis à jour le 27.06.2017 à 14h52 | Par Hélène Sallon (Mossoul (Irak), envoyée spéciale)

Dans le quartier de Mouchahada, à Mossoul, le 26 juin. Les forces spéciales irakiennes font une reconnaissance par drône de la zone de la mosquée Al-Nouri, qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Dans le quartier de Mouchahada, à Mossoul, le 26 juin. Les forces spéciales irakiennes font une reconnaissance par drône de la zone de la mosquée Al-Nouri, qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Le socle d’Al-Hadba, reconnaissable à ses motifs géométriques, apparaît à plusieurs dizaines de mètres dans le trou que les snipers des forces antiterroristes irakiennes ont creusé dans un mur. C’est tout ce qu’il reste de « la Bossue », ce minaret penché du XIIe siècle emblématique de Mossoul, après que l’organisation Etat islamique (EI) a fait exploser le complexe de la mosquée Al-Nouri, le 21 juin au soir. La destruction de la mosquée, dont seul trône encore le dôme vert, a ôté un peu de sa saveur à l’offensive qui s’annonce contre le dernier carré de l’EI à Mossoul.




Chefs militaires et politiques irakiens s’imaginaient déjà prier là où le « calife » autoproclamé Abou Bakr Al-Baghdadi, a fait sa seule apparition publique en juillet 2014. Les soldats placés en première ligne pensaient immortaliser leur victoire d’un selfie après une bataille longue et meurtrière, débutée en octobre. Mais, la mission reste inchangée : il leur reste à reconquérir à pied chaque immeuble qui les sépare encore de la rive droite du Tigre. Ils ont peut-être échappé au pire. « Quand nos troupes sont arrivées face à la mosquée, Daech a cru, peut-être à cause de la désorganisation dans ses rangs, qu’on y était entrés. A leur radio, on les a entendus dire : “Les rafidin [terme péjoratif désignant les chiites] sont entrés dans la mosquée, faites-la exploser” », raconte le lieutenant-colonel Salam Jassem Hussein, de la première division des forces antiterroristes.

Bataille qui ne veut plus finir

Rentré d’une formation aux Etats-Unis, un grade en plus à l’épaulette, le charismatique officier a retrouvé son bataillon à temps pour participer à l’offensive sur la vieille ville. Après avoir enfoncé les premières défenses ennemies en cinq jours, les troupes d’élite marquent une pause, le temps que l’armée et la police fédérale avancent à la même hauteur sur leurs flancs. Le lieutenant-colonel Salam profite de ce répit pour faire le tour des postes avancés. Après six mois d’absence, il retrouve des compagnons d’armes, le visage marqué par une bataille qui ne veut plus finir. Il constate l’absence de ceux qui, nombreux, ont été tués ou blessés dans les combats et découvre les visages des nouvelles recrues venues les relever.

Dans le quartier de Mouchahada, à Mossoul, le 26 juin. Les forces spéciales irakiennes en observation du secteur de la mosquée Al-Nouri qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Dans le quartier de Mouchahada, à Mossoul, le 26 juin. Les forces spéciales irakiennes en observation du secteur de la mosquée Al-Nouri qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Dans le patio d’une vieille bâtisse ottomane à portée des snipers et des obus de l’EI, de jeunes soldats, les traits fatigués et tendus, l’accueillent, admiratifs. On échange sur le front, puis l’un d’eux prend la parole pour formuler une requête au nom de tous. « Notre position est l’une des plus dangereuses. On a encore perdu deux hommes. On a des soldats expérimentés mais aussi des jeunes recrues qui n’ont eu que six mois de formation et ne savent pas tous bien se servir des armes. Certains sont soutiens de famille ou ont un frère tombé en martyr. On voudrait être postés plus loin du front », demande le soldat.

« Si j’avais assez d’hommes, je ferais davantage tourner les effectifs pour desserrer la pression sur chacun d’entre vous, mais ce n’est plus le cas. C’est une guerre sans commune mesure qui appelle des mesures exceptionnelles. Nous sommes confrontés à une nouvelle forme de bataille. (…) Nous apprenons beaucoup de cette bataille. Même les Américains, les Français, les Italiens viennent ici pour apprendre. Vous devez rester soudés comme une famille », répond le lieutenant-colonel Salam pour remonter le moral des troupes.

L’officier et ses hommes se remettent en chemin. Dans les venelles à angle droit, ils tendent l’oreille à chaque pas qu’ils entendent. Un obus de mortier s’écrase à quelques mètres d’eux. Ils s’engouffrent dans la maison d’une autre compagnie. De jeunes soldats les attendent dans un confort spartiate. Des matelas sont posés à même le sol. Les boîtes en polystyrène des rations de nourriture gisent dans la cour. Il leur manque des ventilateurs et de l’eau fraîche. Ils doivent ramener, à pied, de la base arrière les pacs d’eau et les blocs de glace. On leur promet qu’une voie d’approvisionnement sera bientôt ouverte pour les Humvees, les Jeeps blindées.

Décor lunaire

En lisière de la vieille ville, un bulldozer s’affaire déjà à ouvrir la route. De sa lame, il écarte les carcasses de voiture et les éboulis des maisons bombardées qui bloquent les ruelles. Le lieutenant-colonel Salam a laissé là son véhicule blindé noir pour s’enfoncer à pied dans le dédale de ruelles, escaladant des monticules de débris dans l’odeur putride des corps décomposés de combattants de l’EI et de civils, ou s’engouffrant dans les passages frayés entre les murs des maisons aux patios arborés et aux murs pastel. Dans un décor lunaire de maisons éventrées, d’anciens palaces et édifices religieux se dressent presque intacts.

Des balles sifflent au-dessus des têtes. Une frappe aérienne s’abat non loin dans un fracas. Les hommes rejoignent le sous-sol d’une maison, où un écran retransmet les images en noir et blanc d’un drone. L’engin évolue autour du complexe de la mosquée Al-Nouri. Quinze combattants djihadistes ont été repérés près de la rue Farouk. L’œil de la caméra glisse sur les toits plats de la vieille ville. Le pilonnage pendant trois mois de ces strates superposées d’édifices anciens et de constructions plus récentes, en parpaings grossiers, se voit nettement à l’image.

Des silhouettes apparaissent furtivement, à pied ou à mobylette, avant de disparaître derrière des habitations ou des bâches tirées au-dessus des ruelles. Une frappe est ordonnée. L’image se sature d’un nuage de fumée. « Il n’y a plus de civils dans cette zone et les combattants sont vraiment en petit nombre, dit le lieutenant-colonel Salam, tentant d’imaginer ce qu’il ferait à leur place. Ils n’attaquent pas. Ils attendent qu’on le fasse, ce qui veut dire que c’est fini. Certains attendent même la mort. »

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