mercredi 12 juillet 2017

Radicalisation dans les prisons

Regroupement des détenus islamistes : la contrôleure des prisons dit non (30.06.2015)
Prison : des doutes sur l'efficacité des quartiers pour islamistes (19.03.2015)
Charles Pasqua propose de recréer les travaux forcés pour les islamistes (08.03.2015)
Radicalisation en prison : un plan fourre-tout (18.02.2015)
Prisons : le regroupement des islamistes en question (14.01.2015)
Isolement des djihadistes : l'expérience de Fresnes peine à convaincre (14.01.2015)
La prison de Fresnes teste le regroupement des islamistes radicaux (13.11.2014)
Vers des micros dans les prisons françaises ? (22.10.2014)
Un rapport explosif sur l'islam radical dans les prisons françaises (23.10.2014)
Les deux visages de la radicalisation islamiste en France (16.06.2014)
Le plan Taubira pour réformer les prisons (07.05.2014)


Les prisons pour mineurs saturées (10.07.2017)


Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 10/07/2017 à 18h32 | Publié le 10/07/2017 à 18h28

Avec 851 jeunes incarcérés, le seuil est au plus haut depuis quinze ans.

Un record qui inquiète. Le nombre de mineurs dans les établissements pénitentiaires et les quartiers qui leur sont réservés explosent et, pour certains d'entre eux, ont passé le cap de la surpopulation carcérale. Au 1er juin dernier, 851 mineurs étaient incarcérés en France. «Un seuil qui n'avait plus été atteint depuis quinze ans, avec une hausse de 16,2 % depuis octobre 2016», notent la FSU-PJJ, la CGT-PJJ et le syndicat de la magistrature, dans un communiqué. 

Selon les statistiques de l'administration pénitentiaire, plusieurs établissements présentent un taux d'occupation égal ou supérieur à 100 %, comme les établissements de Quiévrechain, dans la région de Lille, de Baie-Mahault en Guadeloupe, ou de Nanterre, en Île-de-France. À Porcheville - dont les personnels avaient déjà manifesté en mars dernier pour attirer l'attention -, il a même fallu sacrifier aux matelas par terre pour accueillir ces mineurs. Selon les syndicats, les cellules ont également été doublées à Marseille. 

Or, affirme François Lavergne de la CGT-PJJ, «dès que vous passez le seuil de 50 % d'occupation, la situation devient explosive dans ces établissements ou quartiers pour mineurs. Car des places sont toujours sanctuarisées pour accueillir les nouveaux arrivants ou isoler les mineurs qui ont des problèmes avec les groupes. Un taux d'occupation maximum veut dire que tout le volet activités ou scolaire est menacé car les détenus sont trop nombreux pour être suivis». «Ce suivi est encore plus compliqué par le fait qu'il existe une majorité de détention préventive, peu propice à la mise en place de dispositifs au long cours», insiste de son côté Anaïs Vrain, du Syndicat de la magistrature.

Les raisons de cette surpopulation carcérale trouvent leur source dans la sévérité accrue des peines infligées, mais aussi dans le renforcement des lois pénales depuis les attentats de 2015.
«Les juges sont moins enclins à remettre les jeunes dans leur milieu naturel pour tenter une réinsertion et préfèrent les laisser en détention»
Sonia Ollivier de la FSU-PJJ

En moins de trois ans, pas moins de huit lois pénales ont été votées qui touchent aussi les mineurs et renforcent l'arsenal et l'échelle des peines. «À délits comparables, comme le trafic de stupéfiants, les juges vont souvent relâcher les majeurs et incarcérer les mineurs. Vingt grammes de cannabis ne sonnent pas de la même manière pour l'un ou pour l'autre, souligne Sonia Ollivier de la FSU-PJJ. À cela s'ajoute une politique plus sécuritaire pour des mineurs. Les mandats de dépôt sont plus longs que par le passé. Limités à 15 jours, il n'est pas rare qu'ils s'étendent à trois mois désormais. On note une escalade des peines plutôt qu'une graduation, et une révocation plus systématique, par exemple, des sursis avec mise à l'épreuve.» Des délais qui concernent tout de même des délits dont la peine encourue est égale ou supérieure à sept ans. «Les juges sont moins enclins à remettre les jeunes dans leur milieu naturel pour tenter une réinsertion et préfèrent les laisser en détention.»

Le volet de lutte contre le terrorisme joue également, même si aujourd'hui le nombre de mineurs incarcérés à ce titre n'est pas supérieur à la dizaine. 

Le cas des mineurs isolés est aussi à retenir. Selon les syndicats, «le défèrement de ces derniers représente au TGI de Paris 40 % des défèrements de mineurs». 

Enfin, de l'avis général, cette détention croissante des mineurs est aussi liée à la diminution des structures de placement. «25% auraient été supprimées en cinq ans au profit de la création de places dans les établissements pénitentiaires pour mineurs et dans les centres éducatifs fermés, soit un tiers supplémentaire de jeunes enfermés par rapport à 2011», conclut Sonia Ollivier.

La rédaction vous conseille :
Comment sont enfermés les criminels mineurs

Quatre détenus islamistes d'Osny préparaient une nouvelle agression (22.09.2016)


En faisant leur inspection, deux gardiens ont entendu les détenus évoquer leur plan d'attaque (illustration).
 Actualité France

Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 22/09/2016 à 12h20 | Publié le 19/09/2016 à 14h48

INFO LE FIGARO - À peine deux semaines après l'agression de deux surveillants, quatre détenus de l'unité de déradicalisation de la prison du Val-d'Oise ont été transférés après «des menaces».

De justesse. Sans la vigilance des surveillants lors de leur ronde de nuit, vendredi, le scénario qui a conduit à l'agression sauvage de deux personnels il y a quinze jours dans l'unité de déradicalisation de la prison d'Osny, aurait pu se reproduire ce week-end. C'est en faisant en effet leur inspection que deux gardiens ont entendu quatre détenus évoquer leur plan d'attaque. Ces quatre mandats de dépôts terroristes - des retours de Syrie et des individus en lien avec l'Etat islamique - «discutaient entre eux de la manière de dévisser les tiges d'aluminium entourant les bouches d'aération de leurs cellules», apprend-on parmi les personnels de l'établissement pénitentiaire.


Le lendemain matin, au cours d'une fouille de cellule, deux tiges dévissées ont bien été retrouvées dans deux cellules. «Ils n'avaient pas eu encore le temps de les aiguiser. Mais c'est exactement le même mode opératoire qu'il y a deux semaines. Y compris dans le choix de la date du week-end, car les effectifs sont toujours un peu moins nombreux. Cela tend bien à prouver que la première agression n'était pas un acte isolé, mais bien concerté entre les détenus de cette Unité dédiée».

De quoi remettre en question l'évaluation des détenus incarcérés dans l'unité dédiée d'Osny. Selon les évaluations, doivent y être envoyés des individus ayant la meilleure chance d'être déradicalisés. Autrement dit, les moins dangereux. Sur un effectif de 18 il y a encore quinze jours, neuf d'entre eux auraient donc quitté Osny pour être dispersés vers d'autres établissements.

Durant le week-end dernier, les quatre détenus impliqués dans cette nouvelle tentative d'attentat en détention ont été transférés dans différents quartiers d'isolement de région parisienne . «Aujourd'hui, fait remarquer Samuel Déhont, représentant de FO Pénitentiaire Paris, il n'y a plus une seule place disponible en quartier d'isolement ou disciplinaire dans les établissements franciliens. Nous avons d'autres détenus très dangereux qui mériteraient d'y être pour la sécurité de nos établissements», continue-t-il, alors que le blocage de la prison d'Osny par les personnels se poursuivait toujours à la mi-journée. Le directeur de cabinet du ministre de la justice s'est déplacé pour rencontrer les personnels ce matin, en promettant des annonces du Garde des sceaux, mardi matin.

Depuis plusieurs semaines, les personnels d'Osny vivent dans un climat d'insécurité permanent. Outre l'agression des deux surveillants, un surveillant, menacé puis coursé à proximité de son domicile, a dû déménager avec sa famille précipitamment et sous escorte. «Enfin dans l'unité dédiée, les appareils de musculation ont été fixés au sol. Et les miroirs ont été supprimés», souligne le représentant syndical. Lors de la précédente agression, à l'issue des fouilles, il avait été retrouvé des bris de miroir destinés à servir d'arme.

«Une nouvelle population pénale»

Plus globalement, c'est la prise en charge de ces individus en lien avec le terrorisme qui pose problème. 

Ainsi, les quatre mineurs interpellés la semaine dernière seraient actuellement en détention à l'établissement pour mineurs de Porcheville qui accueille une cinquantaine de jeunes délinquants. Une mixité qui, aux yeux de nombre de professionnels, pose question. 

Il en est de même en ce qui concerne la détention des femmes en lien avec le terrorisme. La plupart sont incarcérées en détention classique au quartier femmes de Fleury-Merogis, sans pouvoir être isolées du reste de la détention. «Même si c'est compliqué en termes de transfert pour les auditions avec les magistrats, il va falloir désengorger la région parisienne qui a du mal à faire face à l'afflux de cette nouvelle population pénale. Il faut un vrai effort national de la part des autres établissement», conclut le représentant de FO Pénitentiaire.

La rédaction vous conseille :


L'Administration pénitentiaire face à la poudrière islamiste (08.09.2016)

La maisons d'arrêt des hommes, à Fleury-Mérogis.
 Actualité France
Par Paule Gonzalès et Caroline Piquet
Mis à jour le 08/09/2016 à 19h12 | Publié le 08/09/2016 à 19h02
L'attaque dimanche de deux surveillants par un détenu placé dans l'unité de prévention de la radicalisation de la prison d'Osny révèle les errements de la stratégie actuelle.
«Nos ministres répètent que nous sommes en guerre contre l'islamisme, mais si l'on connaissait avec quelle mollesse l'Administration pénitentiaire la mène, tout le monde serait atterré.» Ce surveillant de prison de la région Rhône-Alpes s'inquiète. Il y a quelques jours, son établissement a reçu de région parisienne un prévenu pour terrorisme particulièrement signalé. «Nous l'avons tout de suite mis à l'isolement. Mais ce n'est pas le cas partout. Et de toute façon, les quartiers d'isolement ne sont jamais complètement étanches.» Un autre détenu a été également transféré de la région parisienne vers la région lyonnaise. Par hélicoptère cette fois-ci, du fait de sa dangerosité. Une débauche de luxe bien inutile: à son arrivée, la direction de la prison n'a rien trouvé de mieux que de l'affecter en détention classique. «Autant dire qu'avec ce traitement VIP, il va briller parmi les autres détenus», souligne ce personnel pénitentiaire. «La population pénitentiaire du Rhône se caractérise par son extrême violence. Il y a un terreau favorable ici pour les gros bonnets de l'islamisme qui mis sous les feux des projecteurs peuvent avoir de l'influence et faire leur marché. Il ne faut pas oublier que Khaled Kelkal vient d'ici.»
Les états-majors sont sur les dents après la «détection de signes inquiétants»
Des propos qui résument les deux plus grosses inquiétudes du milieu pénitentiaire. À commencer par les menaces récurrentes d'agression de personnel sur fond de menace terroriste comme l'attaque de deux surveillants par un détenu placé dans l'unité de prévention de la radicalisation de la maison d'arrêt d'Osny vient de le révéler . «Tous les matins, j'ai connaissance d'une dizaine d'agressions de personnels partout en France. Une majorité sont en lien avec le phénomène de radicalisation», souligne Philippe Campagne, représentant de FO-pénitentiaire. Des établissements comme Toulouse, Béziers, Nîmes, Rennes ou Strasbourg sont aux premières loges d'un risque qui n'a cessé de s'aggraver depuis que l'assassin du couple de policiers de Magnanville en juin dernier a appelé à «planter» les surveillants de prison. Et que dire de la région parisienne. Au moins deux de ses grandes maisons d'arrêt sont concernées. Les états-majors sont sur les dents après la «détection de signes inquiétants». Si un premier drame a éclaté à Osny, c'est en détention classique que prospère la radicalisation violente. «Soit par l'instrumentalisation de détenus qui deviennent les otages des prévenus pour terrorisme qui ne sont pas isolés. Soit parce qu'ils sont désormais suffisamment nombreux pour se restructurer en réseau», souligne ce bon connaisseur du dossier.
Cet été, à Fleury-Mérogis, alors que les deux unités dédiées à la prévention de la radicalisation comptaient 16 individus, ce sont plus d'une centaine d'islamistes qui évoluaient en détention classique. D'où la décision d'en transférer un peu moins d'une dizaine dans des établissements aux quatre coins de la France. Mais cette poudrière née de cette porosité entre les populations radicalisées et la délinquance classique prend également ses racines au sein des unités dédiées. «Il ne faut pas croire qu'elles soient étanches du reste de la détention», peste Jean-François Forget, le secrétaire général du principal syndicat qui, après Osny, a fini par obtenir d'être reçu par la Chancellerie… dans les prochains jours. «Il y a des activités communes avec les autres détenus, c'est aussi le cas des cours de promenades».
Matériels téléphoniques ou clés USB, lors des fouilles
À Fleury, les deux unités dédiées sont un petit quartier situé dans une aile de bâtiment. «Autant dire que les conversations de cellule à cellule et les yoyos (système d'échange d'objets, NDLR) n'ont de cesse». À Fresnes comme à Osny ou Fleury, les fouilles de cellules livrent leurs lots de matériels téléphoniques ou de clés USB. Pour l'Ufap-Unsa comme pour FO-pénitentiaire «il est urgent d'isoler complètement les radicalisées. Mieux vaut un établissement entièrement dédié à ces prévenus. C'est mieux que de vivre sous la menace latente de cette gangrène». Et tous de citer l'exemple de la Grande-Bretagne qui constatant l'échec de la déradicalisation version douce réfléchirait à la création d'établissements spécialisés.
Certaines organisations syndicales commencent à lever un voile pudique sur plusieurs cas de radicalisation au sein des personnels
«Les unités dédiées sont de vrais capharnaüms, dénonce ce syndicaliste. Non seulement, il n'y a aucune classification des différents profils islamistes par degré de dangerosité, mais certaines d'entre elles mélangent allègrement prévenus et condamnés pour terrorisme. Ce qui est parfaitement interdit par la loi.» Pire, à Osny, pour cause de surpopulation carcérale, il serait même arrivé que de nouveaux arrivants aient été momentanément hébergés au sein de ces unités dédiées. Ce phénomène de gangrène ne touche d'ailleurs pas seulement les détenus. Certaines organisations syndicales commencent à lever un voile pudique sur plusieurs cas de radicalisation au sein des personnels. «Nous travaillons sur de l'humain. Comment imaginer que ce qui se passe à l'extérieur n'advienne pas en interne», plaide-t-on. Au lendemain des attentats de janvier 2015, pressé par l'urgence et de mauvaise grâce, la Chancellerie avait concédé la création de quartiers dédiés à Fresnes pour isoler les détenus radicaux. Elle avait alors imposé plusieurs assouplissements à «un schéma qui aurait dû être fondé sur l'isolement», affirme-t-on à FO-pénitentiaire. Il en est de même des activités mises en place et qui relèvent pour beaucoup, des programmes de resocialisation classiques - sports de combat, thérapie animalière. Aujourd'hui, les personnels pénitentiaires attendent de leur tutelle une réflexion plus tournée vers l'action que l'analyse philosophique…
Des détenus soupçonnés d'avoir commandité l'assassinat d'un surveillant
Après l'agression à la prison d'Osny, où un détenu a violemment blessé deux surveillants, une autre affaire secoue la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault). Deux détenus, dont un fiché S pour radicalisation, auraient eu pour projet d'assassiner un surveillant, selon plusieurs sources pénitentiaires. Ils ont été mis en examen mercredi pour «instigation à commettre un assassinat non suivie d'effet» et placés en détention provisoire. Une infraction passible de dix ans de prison et de 150 000 euros d'amende. Les deux détenus, qui contestent les faits, sont soupçonnés d'avoir proposé à un autre prisonnier d'attaquer un surveillant à l'arme blanche en échange de plusieurs milliers d'euros et de stupéfiants. C'est ce détenu qui aurait finalement alerté l'administration pénitentiaire il y a quelques jours. Dans la foulée, une enquête confiée à la SRPJ de Montpellier a été ouverte. Un téléphone a été retrouvé dans la cellule d'un des deux mis en cause. La piste terroriste n'a pas été retenue. «Aucun élément objectif, à l'issue de l'enquête, n'a permis de montrer qu'il s'agissait d'un projet terroriste», a commenté le parquet de Montpellier. Les deux mis en examen, âgés de 32 ans, avaient déjà été condamnés pour des faits de violences. Le détenu fiché S, incarcéré depuis plusieurs mois, «était quelqu'un de discret, correct avec le personnel et qui n'avait jamais fait parler de lui», commente une source pénitentiaire. Selon nos informations, l'un d'eux était sur le point de sortir de prison.

La rédaction vous conseille :
Déradicalisation: quelles sont les réponses en prison?
Prison: les surveillants tirent la sonnette d'alarme
Des failles dans la détection des détenus islamistes radicaux

Surveillants agressés: Bilal T., du djihad raté à la prison d'Osny

Surveillants agressés : Bilal T., du djihad raté à la prison d'Osny (08.09.2016)

http://lefigaro.fr/actualite-france/2016/09/07/01016-20160907ARTFIG00226-surveillants-agresses-bilal-t-du-djihad-rate-a-la-prison-d-osny.php

Le procès de Bilal T. s'est tenu en février dernier. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme.

Par Caroline Piquet

Mis à jour le 08/09/2016 à 10h25 | Publié le 07/09/2016 à 16h32

VIDÉO - Dimanche, au moment de son départ en promenade, l'agresseur présumé, détenu dans l'unité de prévention de la radicalisation, avait blessé deux surveillants avec un couteau artisanal.

Bilal T., qui a blessé dimanche deux surveillants à laprison d'Osny dans le Val-d'Oise, était toujours entendu par les enquêteurs ce mercredi. Depuis ce week-end, le profil de cet homme se dessine peu à peu. Des sources judiciaires le décrivent comme «manipulateur» et «menteur». Car Bilal T. est bien connu de la justice. En mars 2016, il avait été condamné à cinq ans de prison pour avoir voulu rejoindre la Syrie.

Originaire de Trappes, le jeune homme de 24 ans a commencé à se radicaliser au cours de l'été 2014, selon Le Monde. Titulaire d'un CAP de cuisinier, Bilal T. avait vu ses deux frères partir avant lui en Syrie. Début 2015, il croise deux autres jeunes qui souhaitent rallier les terres du djihad. Tous trois décident de partir ensemble. Bilal T. embarque sa compagne et son enfant âgé de deux mois, d'après l'Express. Leur départ est fixé le 17 janvier 2015, dix jours après les attentats de Charlie Hebdo . À bord d'un Renault Scénic, ils traversent l'Europe. Dans leurs bagages, ils ont pris soin de glisser de faux cartons d'invitation à un mariage en Turquie, persuadés que cette technique leur permettra de passer les frontières sans encombre. Mais leur périple s'arrête net le 21 janvier 2015 en Turquie, lorsque la voiture fait plusieurs tonneaux, à 400 kilomètres de la frontière syrienne. Ils sont hospitalisés, puis placés en centre de rétention avant d'être renvoyés vers la France, en mars 2015.

«Heureusement qu'il y a eu l'accident»

En février 2016, tous les quatre comparaissent devant la 16e chambre correctionnelle de Paris. À la barre, la compagne de Bilal T., qui n'est autre que la nièce d'Ahmed Laidouni, un vétéran du djihad, raconte leur rencontre en 2013, leur mariage religieux, leur fils. Elle éprouve des remords: «Comment j'ai pu être assez bête pour vouloir partir là-bas?», lance la jeune femme de 22 ans. «Quelque part, heureusement qu'il y a eu l'accident». Ses propos sont rapportés par Le Monde, qui a assisté à l'audience. Devant les juges, Bilal T. nie avoir voulu rejoindre l'Etat islamique. La mort, en novembre 2014, d'un de ses deux frères en Syrie, l'en aurait dissuadé. Il explique au contraire qu'il a voulu partir pour convaincre son autre frère, Abdelhafid, de rentrer en France. Dans ce cas, pourquoi partir avec femme et enfant ? «C'est difficile à croire, je comprends bien», répond-il.

Le président du tribunal l'interroge aussi sur son avenir. À cette question, Bilal T. répond laconiquement: «Je ne sais pas». «Vous envisagez de quitter à nouveau la France ?», avait insisté le président. «Non», avait assuré le jeune père de famille, selon L'Express. Les juges suivent les réquisitions du parquet et le condamnent à cinq ans de prison, pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes. Incarcéré à la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy dans les Yvelines, il sera finalement transféré à la maison d'arrêt d'Osny dans le Val-d'Oise en 2016.

Une enquête a été ouverte pour «tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste». En dehors de Bilal T., trois autres détenus ont été placés en garde à vue. Les policiers veulent notamment savoir s'ils avaient une éventuelle connaissance d'un projet d'agression. Ils se demandent aussi si Bilal T. avait des liens avec Larossi Abballa, le tueur du couple de policiers de Magnanville le 16 juin 2016. Ce dernier avait, dans une vidéo, incité à exécuter des policiers et... des surveillants pénitentiaires.

La rédaction vous conseille :

Caroline Piquet

Agression à la prison d'Osny : une attaque djihadiste concertée (06.09.2016)


La maison d'arrêt d'Osny, dans le Val d'Oise, où s'est déroulée avant-hier l'agression des personnels pénitentiaires.

Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 06/09/2016 à 07h32 | Publié le 05/09/2016 à 19h37

VIDÉO - Un surveillant a été agressé à l'arme blanche dimanche par un détenu islamiste, aidé par plusieurs complices. Des précisions obtenues par Le Figaro éclairent les circonstances de l'attaque.

Pas un acte isolé mais concerté entre plusieurs détenus... À la prison d'Osny, dans un quartier dédié supposé accueillir les candidats à la déradicalisation, l'agression dimanche de deux surveillants dont l'un gravement atteint fait froid dans le dos. Le détenu auteur des faits, Bilal T., a frappé sa victime à l'aide d'«une lame de 25 cm très fine et très aiguisée qui a transpercé de part en part la gorge du surveillant à 2 mm de la carotide puis est passée à quelques millimètres du poumon», affirme-t-on de sources pénitentiaires. 

Selon ces dernières, l'individu bénéficiait de fortes complicités parmi les autres détenus avec lesquels cette agression aurait été programmée. Les enquêteurs auraient trouvé sur un autre détenu des liens qui font penser que l'idée était de procéder à une «exécution» telle que Daech a l'habitude de les pratiquer. Selon des personnels pénitentiaires, l'auteur de l'agression «aurait badigeonné l'une des portes de cellules du sang du surveillant et aurait levé les mains afin de prier». 

Enfin, un téléphone portable a été retrouvé dans l'une des cellules de cette unité dédiée. Tous ces éléments ont conduit le parquet antiterroriste de Paris à ouvrir une information judiciaire pour terrorisme. D'autant que Bilal T., a toujours été considéré par les magistrats, dès son interpellation, comme un élément dangereux avec des finalités très claires. Il aurait été arrêté en Turquie, il y a plusieurs mois, en route pour la Syrie et serait un prosélyte violent qui n'aurait pas tout à fait sa place dans ces unités dédiées. Celle d'Osny serait particulièrement déstabilisée par l'arrivée de deux individus à forte dangerosité. Par ailleurs, les enquêteurs s'interrogent sur des liens éventuels entre l'auteur de l'agression et Larossi Abballa, le tueur du couple de policiers de Magnanville le 16 juin 2016. Ce dernier avait, dans une vidéo, incité à exécuter des surveillants de prison au même titre que des policiers.

Jean-François Forget, secrétaire général de l'UFAP-UNSa, le principal syndicat de surveillants de prison, ne décolère pas. «Les établissements pénitentiaires sont assis sur une véritable poudrière. Ils comptent 300 détenus prévenus pour faits de terrorisme et un millier en voie de radicalisation. Bien avant l'ouverture de ces unités, l'UFAP a demandé que la sécurité prévale et que ces quartiers soient totalement étanches du reste de la détention. Autrement dit, ces individus ne doivent pas se rencontrer, et il faut qu'il y ait au moins trois surveillants par détenu. Mais l'on préfère mettre en place des programmes qui n'ont ni queue ni tête. Nous sommes fatigués de ce mot de déradicalisation qui ne veut rien dire», s'insurge Jean-François Forget. «À Osny», poursuit-il, «ces détenus reçoivent des massages de masseurs professionnels et des cours d'escrime... De plus, le quartier arrivants de cette maison d'arrêt est tellement débordé par la surpopulation qu'il n'est pas rare que des détenus soient affectés dans l'unité dédiée alors qu'ils n'ont rien à y faire. À l'inverse, les détenus qui sont accueillis dans l'unité dédiée sont régulièrement remis en détention classique puisque les sessions ne durent pas plus de 8 semaines. Certes, depuis dimanche soir, des mesures ont été prises mais pour combien de jours?», s'interroge-t-il.

La rédaction vous conseille :

Par Le figaro.fr et AFP agence
Mis à jour le 05/09/2016 à 17h30 | Publié le 05/09/2016 à 17h22

VIDÉO - Les deux surveillants ont été agressés par un détenu dimanche, au moment de la promenade. L'agresseur a été condamné cette année dans un dossier lié au terrorisme.

Au lendemain de l'agression de deux surveillants pénitentiaires à la maison d'arrêt d'Osny dans le Val-d'Oise, dimanche, le parquet antiterroriste de Paris s'est saisi de l'enquête. L'auteur de l'agression est un détenu placé dans l'unité de prévention de la radicalisation. L'enquête de flagrance est ouverte pour «tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste».


Les faits se sont déroulés au moment de la promenade. «Lors du départ en promenade, le détenu a agressé avec une arme artisanale le surveillant venu le chercher», a précisé dans un communiqué le ministère de la Justice. Le deuxième surveillant, «posté à l'entrée de la cour de promenade, est aussitôt venu secourir son collègue et a lui aussi été blessé».

Les deux agents sont parvenus à s'enfuir et le détenu a été «rapidement maîtrisé» grâce à «une arme non létale», une balle de caoutchouc. Les faits se sont déroulés alors que cinq autres détenus étaient présents et sans qu'ils ne prennent «part à l'action violente».

Le détenu condamné pour terrorisme

Le détenu a été placé en garde à vue pour tentative d'homicide volontaire. Il avait été condamné cette année dans un dossier d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, selon une source judiciaire à l'AFP.

Transportés à l'hôpital, les surveillants sont hors de danger: l'un d'eux a été touché au thorax et à la gorge, son collègue au bras. Il et est sorti de l'hôpital dimanche en fin d'après-midi. Le garde des Sceaux s'est entretenu avec eux et a salué «le sang-froid et le professionnalisme des surveillants et de l'ensemble du personnel de l'administration pénitentiaire», les remerciant «de leur contribution à la sécurité du pays».

Les unités de prévention de la radicalisation critiquées

Critique envers les Unités de prévention de la radicalisation (UPRAD), le syndicat pénitentiaire UFAP-Unsa Justice a demandé «l'arrêt immédiat de cette hérésie» et «la mise en place de structures adaptées et sécurisées», dans un tract national publié lundi sur son site. «Finalement, ce que l'UFAP-Unsa Justice redoutait tant depuis la mise en oeuvre des unités dédiées est arrivé», a regretté le syndicat.

La maison d'arrêt d'Osny a été ouverte en 1990. Elle compte 579 places et 916 détenus au 1er août 2016. Une unité de prévention de radicalisation, qui accueille 18 détenus, tous en cellule individuelle, a été ouverte le 25 janvier 2016, d'après la Chancellerie.


La rédaction vous conseille :


Radicalisme : le rapport pessimiste du contrôleur des prisons (06.07.2016)


Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 06/07/2016 à 17h32 | Publié le 06/07/2016 à 11h57


VIDÉOS - Recrutement difficile de personnes compétentes, tâtonnement dans les programmes, manque de relations avec les magistrats, et phénomène en croissance exponentielle... Pour Adeline Hazan, la direction de l'administration pénitentiaire n'en est qu'aux balbutiements en matière de déradicalisation.

Un bilan inquiétant. Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), est très critique sur les premiers regroupements d'islamistes en prison. Jugeant «insatisfaisantes» les réponses apportées à «un phénomène sans précédent», elle déplore une organisation et une prise en charge par trop balbutiante.

D'emblée, le rapport (voir ci-dessous) dénonce la difficulté de recruter des personnels capables de faire face à cette population particulière que trop souvent ils ne connaissent pas, quand ils n'ignorent pas tout simplement le monde de la prison : «peu de binômes de soutien recrutés ont à ce jour une expérience en milieu pénitentiaire et/ou de la prise en charge des phénomènes de radicalisation». 

«On envoie au front des jeunes qui ne sont pas armés pour cela, n'ont pas les bagages nécessaires et peuvent facilement se faire abuser par des personnes incarcérées dont le fonctionnement n'a rien à voir avec celui des détenus de droit commun. Il s'agit de combattants, de militants pour qui la prison n'a pas le même sens : pour beaucoup, c'est un passage presque obligé qui fait d'une certaine façon partie de leur formation et de leur lutte. Ils ne baisseront pas la garde», poursuit le rapport citant un chercheur.

Manipulation

À cette difficulté d'un personnel aguerri, s'ajoute la question de «programmes disparates et des personnes détenues mal informées». «Comment les programmes sont-ils élaborés? Sur la base de quels travaux scientifiques? Nous n'en avons aucune connaissance et n'avons jamais été consultés, alors que nous sommes sans doute ceux qui connaissent le mieux ces personnes», s'interroge un magistrat auditionné par les contrôleurs. 

Et le rapport de soulever la question de la manipulation: «Je voudrais bien voir à quoi ressembleront ces évaluations. Pour certains détenus que je connais bien, et dont bon nombre sont dans la manipulation, je suis certaine qu'ils vont duper leurs évaluateurs: si l'évaluation est positive, je saurai que ceux qui l'ont produite se sont fait berner», réagit un autre magistrat.

Côté directeurs pénitentiaires, le flottement est tout aussi palpable. «On a défini un contenant, mais pour quel contenu?»: c'est, selon un directeur d'établissement, la question majeure qui s'est posée. «Il ne s'agit pas de mettre ces personnes dans une machine à laver, et de penser qu'elles vont en ressortir plus propres!», a ainsi commenté un responsable de la DAP. D'autant que comme le souligne un autre directeur d'établissement: «On ne sait pas bien qui on a en face de nous, et donc où on va avec eux». Ces personnes «sont dans une logique très opposante à l'idée de s'engager dans une démarche qui les amènerait à s'interroger sur leur engagement».

À cela s'ajoute le manque de communication entre les quatre unités existantes : Osny, Fleury-Mérogis, Fresnes et Lille-Annoeullin qui gène les professionnels qui tâtonnent encore sur les évaluations comme sur les programmes. Des programmes dont la teneur a d'ailleurs souvent été dénoncée au cours de l'année par les personnels pénitentiaires et que le rapport pointe à nouveau. À Osny, «des activités «innovantes» ont été mises en place, comme l'atelier d'escrime thérapeutique, animé par un maître d'armes épaulé d'un ostéopathe : déjà expérimentée avec un public d'auteurs d'infraction à caractère sexuel, cette activité a pour but de faire réfléchir les participants au respect du corps de l'autre».

«À Lille-Annoeullin, on nous a demandé de faire preuve d'imagination, a ainsi expliqué une personne chargée de sa mise en place. Mais nous aurions aimé avoir un cadre plus précis. Que devons-nous faire : de l'accompagnement, du désengagement?» Des activités étaient au stade du projet au moment de la visite des contrôleurs : des ateliers de «peinture spontanée», de «photo-expression», de «modelage», «un ciné-débat», «une activité psycho-corporelle» avec un professeur de yoga, «un atelier graffiti» dans les «cours de promenade», relate le rapport.

Mais ce dernier pose la question que nul n'a encore tranchée même dans des pays plus avancés en la matière que la France : celle de l'opportunité du regroupement.

Premier constat: «l'étanchéité entre les quartiers au sein d'un même établissement pénitentiaire apparaît comme un vœu pieux». Des documents appartenant à un individu détenu dans ces quartiers «ont été retrouvés dans la cellule d'une personne détenue dans une autre division ; un mois après l'installation d'un brouilleur, deux téléphones portables ont été saisis en cellule ; des courriers indiquant la bonne façon de prier ont été interceptés. Des pressions ont été exercées au sein de l'Unité dédiée sur des codétenus au point que ceux-ci ont décidé de ne plus aller en promenade. La vigilance à l'égard d'un intervenant en UD a provoqué l'ouverture d'une enquête interne à la suite de laquelle il a été découvert que cette personne présentait «un fort ancrage dans les milieux prosélytes radicaux». 

«Son autorisation d'entrer en détention a été suspendue», souligne le rapport.

«En vérité, ici tout est fait pour qu'on se radicalise - comme ils disent - davantage, et pour qu'on les déteste»

Un ancien condamné

Certains détenus de ces unités estiment aussi être des «pestiférés». «Soi-disant, c'est pour éviter le prosélytisme, a ainsi déclaré une personne condamnée pour la préparation d'un attentat. Mais on est isolés comme si on était des virus». «Je n'étais pas du tout volontaire, a expliqué un prévenu de vingt ans, détenu depuis un an pour sa participation à une filière de départ pour la Syrie, ils regroupent des profils complètement différents : quelqu'un comme moi et des types qui ont combattu pendant deux ans en Syrie et ont du sang sur les mains», continue-t-il.

D'autres au contraire se félicitent de ce regroupement, qui leur permet, ont-ils dit, «d'être entre nous», ce qui montre bien l'ambiguïté de leur positionnement. «En fait, ça m'arrange, a confié un homme déjà condamné dans le passé et prévenu pour sa participation à un important réseau. J'ai tout ici pour prouver que je ne suis pas un terroriste. En vérité, ici tout est fait pour qu'on se radicalise - comme ils disent - davantage, et pour qu'on les déteste».


Les magistrats ont également quelques réticences face à l'ensemble de ces programmes. Nombre d'entre eux dénoncent la mauvaise communication et l'absence de connection avec le monde pénitentiaire: «Au mois de décembre 2015, précise le rapport, quelques jours avant l'ouverture des premières UD, des juges d'instruction de la section antiterroriste ont reçu, selon les propos tenus devant les contrôleurs, «un listing de personnes que l'AP souhaitait y transférer». «Nous ne comprenions pas les critères qui avaient présidé à la constitution de cette liste. Il nous était donc difficile d'expliquer à certaines des personnes détenues dont nous instruisions le dossier, les raisons de ce changement», relate le rapport tout en notant cependant que depuis mars 2016, il est prévu que «la synthèse de l'évaluation de la personne détenue sera communiquée aux magistrats et versée dans la cote “détention” du dossier d'instruction».

Enfin et surtout, la direction de l'administration pénitentiaire est confrontée à un phénomène de masse face auquel elle fait ce qu'elle peut. «À la fin du mois d'avril 2016, un millier de personnes venues de France ont été «enrôlées» dans les filières djihadistes syro-irakiennes, «incluant une arrivée sur zone». La France représente le «contingent européen sur place» le plus important. 635 personnes sont recensées comme étant présentes en Syrie et en Irak, dont deux tiers de combattants présumés. 171 sont présumées y avoir trouvé la mort. 44 sont revenues sur le territoire national, ce qui place la France au 3e rang européen, après la Grande-Bretagne et l'Allemagne. 147 d'entre elles font l'objet d'une procédure judiciaire ; 97 autres «faute d'éléments suffisants», «sont uniquement suivies dans un cadre administratif de renseignement». 

Enfin 9300 personnes sont signalées «pour radicalisation violente».

Dans sa réponse au rapport d'Adeline Hazan, le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, répond à plusieurs critiques et souligne «qu'à ce jour, aucune décision d'extension de ces unités dédiées n'a été prise. Ce dispositif, très récemment mis en oeuvre, demeure expérimental tant que l'évaluation de sa cohérence, de son opérationnalité et de sa pertinence n'aura pas été conduite».


Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 05/05/2016 à 19h53 | Publié le 05/05/2016 à 19h00

Les prisons françaises comptent 266 détenus inculpés pour des faits de terrorisme, liés, à une écrasante majorité, au djihadisme. Con­frontée à la ra­dicalisation, l'administration pé­nitentiaire multiplie les ini­tiatives pour contrer ce phénomène.

• Des quartiers dédiés

Cinq unités ont été créées. Ouvertes au début de l'année 2016, elles commencent à trouver leurs marques. L'établissement de Lille-Annoeullin est dévolu aux détenus posant les problèmes de sécurité les plus importants, tandis que Fresnes et Fleury font office de centres d'évaluation. À Osny, qui développe les premiers programmes de déradicalisation, on prend conscience que ces derniers ne porteraient leurs fruits que dans des relations contractualisées avec les détenus. Ailleurs, dans les autres établissements, on gère les détenus radicalisés soit par le biais de la mise à l'isolement, soit en les associant en cellule à des détenus à forte personnalité comme à Villepinte. Les premières expérimentations effectuées dans la précipitation ont défrayé la chronique par des projets fantaisistes dénoncés par les syndicats de surveillants.

• De nouvelles fiches d'évaluation

Pour mieux identifier ceux qui pourraient être tentés par la face noire de l'islam, l'administration pénitentiaire propose à ses agents des nouvelles fiches d'évaluation. Soixante-dix questions qui tentent de croiser des critères allant de l'apparence aux antécédents judiciaires, sans oublier les incidents en détention, la pratique religieuse ou encore le rapport aux personnels féminins. Trois profils ont été retenus : les vulnérables, les prosélytes et les dissimulateurs. Le tout a pour ambition de diagnostiquer suffisamment tôt la radicalisation violente.

• L'exemple de Fleury-Mérogis

La plus grande prison d'Europe a ouvert deux unités dédiées : l'une dévolue à l'évaluation, l'autre dotée d'un programme en propre de désembrigadement. C'est une approche pluridisciplinaire qui a été développée avec une forte implication de l'Éducation nationale et des services d'insertion et de probation. Nadine Piquet, la directrice de Fleury-Mérogis, a choisi d'utiliser les outils de la lutte contre la récidive. «Nous travaillons beaucoup sur cette donnée, et sur la problématique du passage à l'acte et de sa prise de conscience. Nous contournons la case religieux. Dire aux détenus “nous allons vous déradicaliser” n'a aucune efficacité», soulignait-elle mardi en marge de la visite du député LR de l'Yonne Guillaume Larrivé.

La rédaction vous conseille :


À la maison d'arrêt de Villepinte, l'astronomie pour lutter contre l'islamisme radical (26.04.2016)

Maison d'arrêt de la Seine Saint Denis à Villepinte. 

Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 26/04/2016 à 21h01 | Publié le 26/04/2016 à 18h10

Malgré les critiques concernant les programmes de déradicalisation dénoncés par les syndicats de surveillants, la directrice entend ainsi «recréer un lien».

Dans le gymnase couvert de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis), une vingtaine de détenus sont sagement penchés sur un travail de découpage qui leur permet de réaliser un cadran solaire en carton. «Le même que vous retrouvez sur tous les bâtiments publics, les églises et les mosquées», glisse Halim Bennadja, qui anime pour l'association Ensemble contre la récidive ce nouveau programme consacré à l'astronomie. Il est censé apporter sa petite pierre à la lutte contre le radicalisme religieux. Sur les tables, de la colle et des ciseaux. Une arme redoutable dans l'univers carcéral. «C'est notre programme le plus chaud», souffle Pierre Botton, qui dirige l'association.

«Recréer un lien»

Parmi les volontaires, des condamnés et des prévenus, des gros calibres de la grande délinquance et des détenus pour faits de terrorisme. «Nous avançons à petits pas, comme on peut», sourit Lea Poplin, la directrice de la maison d'arrêt de Villepinte. Tel «détenu détournait la tête quand il me croisait dans le couloir et refusait de me serrer la main. Ce n'est plus le cas. Notre premier défi est de recréer un lien par tous les moyens», affirme-t-elle, imperméables aux critiques concernant les programmes de déradicalisation dénoncés par les syndicats de surveillants ces dernières semaines. Parmi les détenus, certains sont en détention provisoire depuis 17 mois pour complicité avec des islamistes partis en Syrie et dont certains sont revenus. L'un d'entre eux n'a pas caché être prêt à «se faire sauter», quand il sortira. «Contre des militaires, pas des civils», a-t-il précisé. De quoi faire froid dans le dos quand on sait que poursuivi en correctionnel, il devrait écoper d'une peine qui ne devrait pas excéder cinq ans.

Lea Poplin, directrice de la maison d'arrêt de Villepinte

Sur le mur qui leur fait face, une reproduction d'une carte chinoise du ciel datant de la dynastie Tang au VIIIe siècle, celle du Livre des étoiles de l'astronome persan al-Sufi et à gauche, un extrait de l'Almagest grec. Au cours de quatre sessions d'une heure trente, la cinquantaine de volontaires s'initie aux rudiments de l'astronomie. Au milieu du gymnase ronronne la soufflerie qui permet de soutenir un planétarium gonflable, payé par des mécènes comme Lagardère, M6 ou Ariane Espace. Si le programme se déroule sans encombre, il se déplacera à Meaux-Chauconin, Osny, Bois d'Arcy, Nanterre et Fresnes.

Le médiateur, originaire de Seine-Saint-Denis, comme aussi la plupart des détenus, détaille les constellations, souligne l'étoile du Nord. «Celle qui permet de donner l'heure des prières particulières - celles du soir (NDLR)-», s'exclame fièrement l'un des détenus. Le formateur ne relève pas et continue de distiller son petit précipité de science, s'adaptant à la capacité de concentration d'un public qui excède difficilement les quatre à cinq minutes d'affilée.

Un contexte de surpopulation carcérale

«Nous bénéficions depuis quelques mois d'une recherche-action au même titre que les établissements d'Osny ou de Fleury-Mérogis. Nous attendons le résultat. Mais il est sûr qu'il est difficile de développer des programmes et des activités alors que nous avons franchi les limites de nos capacités d'accueil.» Lea Poplin a bien conscience d'être assise sur une Cocotte-Minute sur le point d'exploser.
Comme tous les établissements de région parisienne, elle doit gérer la problématique des détenus pour faits de terrorisme dans un contexte de surpopulation carcérale jamais atteint jusqu'ici. Ce lundi matin, Villepinte affiche 1048 détenus pour 587 places, dont un quartier mineur de 40 places - le plus important de France après Fleury-Merogis. Bien que la directrice ait pris la décision de doubler 50 cellules individuelles, Villepinte compte 30 matelas par terre. «Depuis l'âge de 15 ans, j'en suis à mon onzième passage en prison. Je n'ai jamais connu une telle situation. On incarcère à tour de bras et on bourre les cellules. C'est à cause des attentats, mais ils ne se rendent pas compte de ce qu'il se passe à l'intérieur», soupire ce détenu.

Pas de quartiers spécifiques

«Nous battons tous nos records», reconnaît la directrice. «Mais vous comprenez, nous ne pouvons pas dire à l'autorité judiciaire que l'hôtel est complet», sourit-elle. À Villepinte, la situation est d'autant plus tendue que 25 % des détenus ont moins de 25 ans et que les deux tiers moins de 30 ans. Par ailleurs, 66 % de la population pénale fait le ramadan. «Ceux qui recrutent pour les départs en Syrie vont plutôt puiser dans le vivier de gens dont la violence est un mode de fonctionnement, assure-t-elle. Mais c'est rarement en prison qu'ils se sont radicalisés.» Une petite quinzaine de ces détenus pour faits de terrorisme sont incarcérés à Villepinte.

«Toute la difficulté, c'est que nous trouvons sur le même plan des vendeurs de drapeaux de Daech et des individus qui ont égorgé 15 personnes en Syrie», poursuit-elle. Contrairement à Fresnes, Villepinte n'a pas fait le choix de quartiers spécifiques. «Nous n'avons pas l'architecture pour cela. Je crois aussi que c'est leur accorder trop d'aura. Je préfère le système de codétenus à forte personnalité, étanches à toute préoccupation religieuse ou capables de leur apporter un contre-discours fort», conclut-elle.

La rédaction vous conseille :

Regroupement des détenus islamistes : la contrôleure des prisons dit non (30.06.2015)


Mis à jour le 30/06/2015 à 06h14 | Publié le 30/06/2015 à 06h09
La contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, se dit "défavorable" au regroupement des détenus islamistes dans le cadre de la lutte contre la radicalisation en prison et pointe le caractère "potentiellement dangereux" de cette mesure.

La contrôleure publie aujourd'hui un rapport d'enquête fouillé sur la prise en charge de la radicalisation islamiste en milieu carcéral et un avis au Journal officiel.

Le premier ministre Manuel Valls avait annoncé en janvieraprès les attentats de Paris sa décision de regrouper les détenus islamistes dans des quartiers dédiés, dans le prolongement d'une expérience menée à Fresnes depuis octobre 2014, pour éviter le prosélytisme religieux radical et favoriser la prise en charge des personnes radicalisées.

Pour mieux comprendre ce phénomène, des contrôleurs se sont rendus, de janvier à avril, dans quatre établissements de la région parisienne - Fresnes, Réau, Osny et Bois-d'Arcy - pressentis pour accueillir des unités de regroupement. Ils y ont interrogé chefs d'établissement, gardiens, détenus mais aussi des magistrats, avocats, sociologues ou membres des services de renseignement.

Dans ses conclusions, la contrôleure générale estime que "le regroupement des détenus radicalisés présente des risques qui ne paraissent pas avoir été pris en compte, notamment la cohabitation de personnes détenues présentant des niveaux d'ancrage très disparates dans le processus de radicalisation".

"Les difficultés d'identification des personnes visées ne sont pas résolues", souligne Adeline Hazan selon qui "la grille d'évaluation de la 'dangerosité' n'est plus adaptée à l'évolution du phénomène".
  
La contrôleure juge ainsi "discutable" le seul critère d'une condamnation pour des faits terroristes retenu à Fresnes, où 22 détenus ont déjà été isolés. Ce critère "ne prend pas en compte les cas d'autres personnes détenues pour d'autres motifs, susceptibles d'être davantage ancrés dans un processus de délinquance", selon Mme Hazan. Et, "depuis 2014", les comportements des islamistes en prison ont changé, souligne le rapport, selon lequel "une consigne de dissimulation semble avoir été donnée pour cesser d'arborer des signes ostensibles de fondamentalisme".

L'expérience de Fresnes "ne démontre pas que cette pratique nouvelle ait eu un effet apaisant sur le reste de la détention. A l'inverse, les personnes regroupée ont pour la plupart confié leur crainte d'être étiquetées durablement islamistes radicaux, et de ne pouvoir se défaire de l'emprise de leurs codétenus", explique la contrôleure. "Ce regroupement sera tout bénéfice pour les recruteurs", juge dans le rapport un fonctionnaire pénitentiaire pour qui, "si on veut vraiment les séparer, il faudrait construire un 'Guantanamo'. Est-ce cela que l'on souhaite?". Car "la question de la suite de leur parcours pénal doit se poser et l'une des difficultés de la mesure, c'est de savoir comment on en sort", souligne la hiérarchie pénitentiaire.

Dispersion plutôt que regroupement

Autre effet induit par ces regroupements en région parisienne, la coupure des détenus avec leur famille dont tous les experts soulignent l'importance pour "les convaincre de changer de voie". Alors, plutôt qu'un regroupement, plusieurs intervenants prônent une "dispersion", une option déjà retenue en Grande-Bretagne ou en Belgique.


Parmi les autres critiques, Adeline Hazan dénonce "l'absence de cadre légal précis" du nouveau régime qui ne peut "faire l'objet d'aucune des voies de recours habituelles". Elle regrette l'absence de "formation particulière" des personnels affectés à ces unités, le manque "d'informations sur les modalités d'encadrement" et "les conditions de détention" qui "laissent craindre "un éventuel glissement vers un isolement de facto de ces personnes. Elle demande enfin "qu'une réflexion soit engagée sur la prise en charge des jeunes de retour des zones de conflit (...) l'incarcération ne (pouvant) pas être le mode de traitement indifférencié d'un phénomène qui touche plusieurs centaines de personnes au degré d'engagement disparate".

Prison : des doutes sur l'efficacité des quartiers pour islamistes (19.03.2015)

À la prison de Fleury-Mérogis (Essonne).

Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 19/03/2015 à 18h54 | Publié le 19/03/2015 à 18h32

Après Fresnes, la prison de Fleury-Mérogis accueillera à son tour en avril  un quartier dévolu aux islamistes. Avocats et magistrats antiterroristes s'interrogent sur l'efficacité du dispositif.

Les critiques pleuvent. Des avocats et certains juges antiterroristes contestent les nouveaux quartiers dévolus aux seuls islamistes dans les établissements pénitentiaires. Selon l'Observatoire international des prisons (OIP), un rapport de l'Inspection des services pénitentiaires du 27 janvier 2015 aurait mis un sérieux bémol à l'expérimentation de Fresnes. Selon ce dernier, cité par l'OIP, «parmi les 22 détenus regroupés au 15 janvier 2015, un seul s'était ainsi fait connaître pour un “incident lié à des faits de prosélytisme” (appel à la prière)». Toujours selon l'OIP, la découverte, dans la cellule de deux détenus écroués pour des faits de droit commun, d'un document de 150 pages «évoquant la création de l'État islamique» et contenant des photos de Syrie, n'a en revanche pas déclenché de dispositif de surveillance ou de suivi spécifique. Il faut dire qu'à l'époque, pour se border juridiquement, le patron de Fresnes s'était fondé sur le strict mandat de dépôt pour terrorisme pour regrouper les détenus.

Nécessaire réversibilité

Enfin, le rapport dénoncerait l'absence de «mécanisme de sortie» de l'unité. Les inspecteurs insisteraient sur la nécessaire réversibilité «en cas d'erreur manifeste et dès lors que le comportement évolue dans le bon sens». Depuis le 1er mars, cependant, une commission pluridisciplinaire a été instaurée pour évaluer les situations.

En rodage à la prison de Fresnes, le système doit s'étendre dès avril à d'autres établissements de région parisienne, à commencer par Fleury-Mérogis. Au lendemain des attentats de janvier dernier, la Chancellerie a dû élaborer en catastrophe un plan, puis un appel d'offres auprès d'associations pour lutter contre la radicalisation en prison. Christiane Taubira qui, à l'automne, s'était montrée très réservée quant à la création des quartiers islamistes à Fresnes, n'a pas pu s'y opposer. À Fresnes, 23 islamistes sont depuis trois mois dans un quartier dédié, les isolant en partie des 2500 détenus. Si l'administration pénitentiaire a noté le retour au calme dans le reste de l'établissement, en revanche la tension demeure dans le quartier réservé. Un magistrat de la section antiterroriste affirme même qu'une prière collective aurait été organisée en cour de promenade.

Surtout, leur regroupement a commencé à poser des problèmes lors de certaines auditions. «J'avais jusque-là de bonnes relations avec un des jeunes prévenus pour terrorisme», raconte ce magistrat. «Mais il est arrivé un matin en disant qu'il ne me parlerait plus car j'étais un juge mécréant! C'est dramatique.» Et de poursuivre: «Nous ne sommes pas en capacité de faire des enquêtes longues pour séparer le bon grain de l'ivraie et de juger, à moyen terme, de la dangerosité de ceux qui cèdent à l'islamisme, pour les isoler des autres. Nous arrêtons vite, sans réellement avoir les moyens de surveiller». Il redoute par ailleurs qu'à l'instar des deux Savoyards de 26 et 27 ans arrêtés début novembre à leur retour de Syrie, écroués à Meaux et Fleury-Mérogis et libérés début mars par le juge des libertés contre l'avis du parquet, les peines soient courtes sans qu'aucun travail de déradicalisation n'ait pu se faire réellement : «Ils seront dehors, sans que l'on sache ce qu'ils sont devenus en détention, s'inquiète le magistrat. Ce sont parfois des petits jeunes que l'on arrête avant leur départ. Ce sont eux qui sont le plus à risque. Pourquoi ne pas réserver l'isolement pour les plus nocifs ?»

Des responsables de prison remontés

Une position que partagent des avocats pénalistes. «Plusieurs de mes clients ont écrit pour être extraits de ces quartiers de regroupement, où ils ont le sentiment de servir de cobaye, assure Me Florian Lastelle, qui suit une dizaine de djihadistes. Ils redoutent d'être stigmatisés alors que beaucoup d'entre eux sont revenus volontairement après avoir été confrontés à une réalité qu'ils n'imaginaient pas. Ils craignent de tomber dans un système religieux mafieux alors qu'ils sont en demande de réponse des institutions et de la République».

Côté pénitentiaire, la réaction est d'autant plus épidermique que les dirigeants d'établissement n'ont d'autre choix que d'appliquer le plan gouvernemental: «La prison n'est pas une colonie de vacances. Si certains ne méritent pas d'y être, pourquoi les incarcérer?», souligne ce responsable d'établissement pénitentiaire, aussi remonté que pragmatique. «Quant à l'isolement, c'est très simple, j'ai douze places, pour 45 détenus radicaux et 70 nouveaux en passe d'être hébergés chez nous», rappelle-t-il. «Le tri par profil n'a rien d'exceptionnel, conclut un autre responsable pénitentiaire de région parisienne. Nous avons appris par d'autres détenus islamistes qui souhaitaient se démarquer que, depuis les parloirs, se préparaient des actions à l'extérieur.»

La rédaction vous conseille :



Charles Pasqua propose de recréer les travaux forcés pour les islamistes (08.03.2015)

L'ancien ministre de l'Intérieur, Charles Pasqua

Par Tristan Quinault-Maupoil
Mis à jour le 08/03/2015 à 17h30 | Publié le 08/03/2015 à 16h28
LE SCAN POLITIQUE/VIDÉO - L'ancien ministre de l'Intérieur estime souhaitable d'isoler les condamnés radicaux sur une île pour leur faire exécuter des travaux forcés.

Charles Pasqua n'a pas la réputation d'être un tiède. Et il le prouve une nouvelle fois. Interrogé sur France 2 dans l'émission «13h15 le dimanche», l'ancien ministre de l'Intérieur a réagi à la volonté du gouvernement de généraliser l'isolement des islamistes radicaux.

Celui qui assure que la menace du terrorisme islamiste «est beaucoup plus radicale» que lorsqu'il était au pouvoir livre quelques commentaires. «Qu'est-ce-que j'apprends moi? Je lis le journal comme tout le monde. J'apprends qu'on va regrouper tous les détenus islamistes dangereux au même endroit», commence l'ancien ministre avant d'ironiser: «Bravooo». «Et c'est où cet endroit? C'est sur le sol de la métropole? Non ce n'est pas sérieux», poursuit Charles Pasqua.

«Tous les moyens dont nous pouvons disposer»

«Qu'on les mette sur une île, qu'on les mette loin, bien entendu», ajoute l'ex-sénateur des Hauts-de-Seine, répondant à la question du journaliste qui demandait s'il fallait un Guantanamo à la française. «On a qu'à recréer les travaux forcés», poursuit l'homme âgé de 88 ans.

«Si on ne veut pas prendre un certain nombre de mesures alors il faut passer la main. Il ne faut pas rester au pouvoir», relève encore Charles Pasqua pour qui la situation «nécessite l'utilisation de tous les moyens dont nous pouvons disposer».

Radicalisation en prison : un plan fourre-tout (18.02.2015)

La prison de Fleury-Mérogis va bénéficier de la création d'un quartier dédié, de «20 à 25 places», pour les détenus concernés par le terrorisme islamiste.
 Actualité France

Par Paule Gonzalès
Mis à jour le 18/02/2015 à 21h27 | Publié le 18/02/2015 à 20h52
Demandé par Matignon après les attentats, ce texte mise sur l'embauche de conseillers d'insertion et de probation.
Un texte un peu fourre-tout qui laissera sur leur faim les tenants d'une politique pénitentiaire dure en matière de lutte contre le terrorisme. La Chancellerie vient de finaliser son «plan pour la lutte contre la radicalisation» en prison qui avait été demandé par Manuel Valls après les attentats de janvier dernier. Il donne la part belle à l'amélioration des conditions de vie, à l'intervention des services d'insertion et de probation et en profite pour combler les manques de personnels dont souffre l'Administration pénitentiaire en matière de sécurité des établissements.
Première mesure spectaculaire, le plan prévoit la création de «cinq quartiers dédiés à Fleury-Mérogis, Lille-Annoeullin, Osny et deux à Fresnes», de «20 à 25 places» - chacun «pour les détenus concernés par le terrorisme islamiste, hors individus les plus radicaux». L'administration a défini «26 établissements ayant vocation à recevoir des détenus radicalisés».
Ces créations s'accompagneront d'une augmentation importante des effectifs. Mais ce sont les services d'insertion et de probation qui seront les mieux dotés. Si le plan prévoit d'embaucher 18 surveillants supplémentaires pour ces quartiers, en revanche ce sont cent éducateurs et psychologues - 74 en 2015 et 26 en 2016 - qui seront nommés dans le but de renforcer les services pénitentiaires d'insertion et de probation à qui l'on a beaucoup reproché le manque de suivi des délinquants-terroristes au moment des attentats. À ces 100 personnes s'ajouteront un directeur et un conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation (CPIP) qui, sans plus de détail, ont vocation à être «référents antiterrorisme Paris pour les magistrats et les services pénitentiaires».
«Par principe, un radical est un gros menteur. Un conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation qui le voit une heure par semaine ne saura rien. Nous, en détention, nous lui opposerons ses visionnages des vidéos de Daech, ses lectures salafistes et ses discussions avec les éléments les plus radicalisés»
Un bon connaisseur de l'univers carcéral
Même le renseignement pénitentiaire - qui dans le plan occupe seulement quatre paragraphes - fait le plein de CPIP. Quarante-quatre officiers de renseignements seront certes recrutés d'ici à 2016 «au profit des maisons centrales, de certains établissements de plus de 600 places et certains établissements parisiens». Dans le même temps, les effectifs augmentent au niveau des délégations interrégionales du renseignement pénitentiaire qui se consacrent essentiellement aux remontées de terrain. Vingt-deux informaticiens seront recrutés pour procéder à des fouilles informatiques. «Pourquoi pas, mais les ordinateurs ne sont pas censés être si nombreux que cela en détention», relativise un proche du dossier qui se félicite toutefois des quatorze analystes veilleurs qui seront également embauchés afin de surveiller les réseaux sociaux. Si la mesure est nécessaire, elle est à mettre en regard au même nombre de CPIP qui seront embauchés «pour appuyer les officiers de renseignement pour les personnes suivies en milieu ouvert». «Par principe, un radical est un gros menteur. Un CPIP qui le voit une heure par semaine ne saura rien. Nous, en détention, nous lui opposerons ses visionnages des vidéos de Daech, ses lectures salafistes et ses discussions avec les éléments les plus radicalisés», note un bon connaisseur de l'univers carcéral.
De même, au niveau de l'administration centrale, sur les trois postes créés pour le bureau du renseignement pénitentiaire en 2015, on compte encore «un directeur pénitentiaire d'insertion et de probation, un conseiller d'insertion et de probation, un coordinateur de la veille sur les réseaux sociaux et les questions informatiques». Une surreprésentation qui laisse perplexe quant à son utilité en matière de renseignement terrain.
«Le tout, c'est que ces personnels dont on a besoin ne nous soient pas enlevés plus tard»
Un chef d'établissement
Dans son volet prévention, le plan propose l'embauche de 60 nouveaux aumôniers pour 181 actuellement. De quoi doubler le budget à 1,23 million d'euros «ce qui représentera 41 % des dépenses d'aumônerie. Ce qui est plus en rapport avec la part des musulmans dans la population carcérale», note la direction pénitentiaire. Cinq programmes de déradicalisation, budgétés à 1 million d'euros, sont également prévus. De quoi permettre d'affiner les outils.
L'Administration pénitentiaire profite des budgets qui ont été débloqués - une enveloppe de 80 millions d'euros en tout - pour combler les manques de personnels, d'infrastructures et d'activités. De quoi, sur ces deux derniers points, accompagner la réforme pénale votée en août dernier sous couvert de lutter contre le terrorisme.
Enfin, en matière de sécurité dans les établissements, 70 surveillants ERIS (unités antiémeutes) et 182 surveillants seront recrutés dont 140 sont spécialisés dans les fouilles de cellules. «C'est très bien même si cela n'a pas grand-chose à voir avec la lutte contre le terrorisme», note un chef d'établissement. «Le tout, c'est que ces personnels dont on a besoin ne nous soient pas enlevés plus tard.» En revanche, rien n'est prévu en matière de création de fichiers ou de sonorisation de cellules, comme certains syndicats pénitentiaires, tel FO direction, l'avaient suggéré.

La rédaction vous conseille :


Prisons : le regroupement des islamistes en question (14.01.2015)

Christiane Taubira à l'Assemblée nationale le 14 janvier.

Par Paule Gonzalès
Publié le 14/01/2015 à 21h36
Poussée par les événements tragiques de la semaine passée et le volontarisme de Manuel Valls, la garde des Sceaux Christiane Taubira prépare la mise en œuvre des mesures annoncées mardi par Matignon.

La chancellerie accélère le mouvement. Poussée par les événements tragiques de la semaine passée et le volontarisme de Manuel Valls, la garde des Sceaux prépare la mise en œuvre des mesures annoncées mardi par Matignon. À commencer par la création de quatre quartiers spéciaux en région parisienne qui devraient regrouper les 152 détenus actuellement incarcérés pour des faits d'association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et suivis par le renseignement pénitentiaire. Cette mesure prend appui sur l'expérience de Fresnes: le principe serait de ne pas laisser ensemble les fondamentalistes et les prosélytes les plus endurcis avec les détenus dont l'administration estime qu'ils peuvent rompre avec le radicalisme religieux. À Fresnes, ces derniers sont au nombre de 22.

De leur propre initiative, les directeurs pénitentiaires ont déjà adopté ce type de mesure en mettant régulièrement à l'isolement ceux qui sont considérés comme des leaders charismatiques. Par ailleurs, des responsables pénitentiaires comme Jimmy Delliste, directeur de la maison d'arrêt de Nanterre et secrétaire général de SNP-FO Direction, estiment nécessaire de distinguer les détenus ayant été sur des terrains d'opération comme la Syrie ou l'Irak. À ce jour, 87 détenus sont liés à une filière djihadiste en France. Il reste à déterminer si les 39 islamistes incarcérés hors de la région parisienne seront transférés dans ces nouveaux quartiers. La question se posera également pour les 13 condamnés répartis actuellement dans 13 maisons centrales.

Cette politique de regroupement se doublera de la mise en place d'un programme baptisé «Recherche et action» qui devra développer des outils d'identification et de prise en charge des détenus radicaux. Une entité, qui sera choisie vendredi, devra établir un premier audit sur l'efficacité du renseignement pénitentiaire et les moyens de détection des détenus à risques. Le but est de cibler à la fois les profils les plus vulnérables comme les plus endurcis qui, souvent en détention, s'avèrent les plus discrets. Dans un second temps, cette entité composée de sociologues, de médecins et de spécialistes des phénomènes de radicalisation devra faire des propositions de prise en charge. Un troisième module serait prévu pour qu'à terme, ces processus de «déradicalisation» soient entièrement réalisés par l'Administration pénitentiaire.

«Fichage» des mineurs

Par ailleurs, vingt imams devraient être nommés chaque année jusqu'en 2017. Enfin, l'accent devrait être mis sur l'éducation de toutes les personnes arrivant en prison : plusieurs heures d'instruction civique leur seront imposées. Pour les moins de 25 ans, des programmes d'enseignement seront mis en place en partenariat avec l'Éducation nationale. Enfin les services d'insertion et de probation seront formés afin de détecter «les signaux faibles» de radicalisation.

Si le plan semble à peu près défini pour le monde carcéral, il l'est beaucoup moins en ce qui concerne la protection judiciaire de la jeunesse. Matignon a annoncé la formation à la détection et à la prise en charge du radicalisme par les personnels. Mais aussi et surtout la création d'une unité de renseignement permettant de centraliser les informations nominatives sur les mineurs pris en charge. En des termes moins choisis, il s'agit de constituer un fichier d'identification. De quoi prendre de court la Chancellerie et la direction de la PJJ, qui mercredi ne semblaient pas très au fait d'un tel dispositif. La mise en place d'un «fichage» des mineurs est en tout cas aux antipodes de la vision actuelle de la place Vendôme sur la question de la justice des plus jeunes. Et il ne serait pas étonnant, qu'une fois l'émotion retombée, Christiane Taubira fasse entendre une voix légèrement discordante sur le sujet.

La rédaction vous conseille :


Isolement des djihadistes : l'expérience de Fresnes peine à convaincre (14.01.2015)

Aujourd'hui, 22 détenus sont regroupés dans une dizaine de cellules, situés au même étage d'une centaine d'autres de détenus.


Par Caroline Piquet
Mis à jour le 14/01/2015 à 16h50 | Publié le 14/01/2015 à 14h20
VIDÉO - Le gouvernement veut étendre un dispositif mis en place à la prison de Fresnes début novembre. Cette décision, qui consiste à isoler les détenus dans des quartiers spécifiques, a été prise trop rapidement, selon les syndicats.

Alors que le premier ministre Manuel Valls souhaite généraliser l'isolement de tous les détenus islamistes radicaux dans les prisons, l'expérience de Fresnes, sur le terrain, peine à convaincre. Depuis le mois d'octobre, le centre pénitentiaire de Fresnes qui accueille 2000 détenus dans le Val-de-Marne teste un nouveau dispositif. L'objectif : endiguer les phénomènes de radicalisation en prison en regroupant les prisonniers les plus radicalisés. Retour sur cette expérimentation, peu satisfaisante selon les syndicats.

Des individus mal identifiés

Actuellement, 22 détenus - des prévenus et des condamnés - participent à cette expérimentation. Ils ont été choisis sur la base de leur dossier pénal en lien avec des affaires de terrorisme. Mais ce test est loin de réunir les détenus les plus radicalisés, expliquent les syndicats. «Un grand nombre d'entre eux sont encore mélangés aux autres, continuant à propager leurs thèses salafistes. Les autres détenus sont donc loin d'être à l'abri», s'exclame Yoan Karar, secrétaire local du syndicat SNP FO de la prison de Fresnes. Le syndicaliste pense que la mise à l'écart de certains détenus hyper radicalisés est volontaire: «Je pense qu'ils ont laissé de côté les plus durs, pour pouvoir présenter à la fin une expérience réussie».

Des détenus partiellement isolés

Le directeur de la prison de Fresnes Stéphane Scotto le dit clairement. Il ne s'agit pas d'un isolement pur et simple, mais bien d'une mise à l'écart. Dans les faits, les individus sont regroupés dans une dizaine de cellules, situées au même étage que d'autres détenus. «Rien ne les sépare vraiment des autres, mis à part les promenades et la douche où ils sont seuls», commente Christopher Dorangeville, secrétaire national de la CGT pénitentiaire. En effet, ils partagent avec les autres détenus toutes les activités, qu'elles soient sportives, socio-éducatives ou professionnelles. «Des moments qui restent propices au prosélytisme», poursuit le syndicaliste.

Un regroupement «dangereux»

Pour les syndicats, le rapprochement de ces détenus est même contre-productif. Au lieu de dissuader la propagation de thèses radicalistes, ce dispositif pourrait les attiser. «Les autres détenus, sensibles à ce genre de discours, vont chercher à rejoindre cette unité d'élites», anticipe le syndicaliste CGT qui redoute la formation d'un groupe encore plus radicalisé. Pour l'heure, aucun incident particulier n'a été relevé. Mais «en regroupant les mêmes profils, on ouvre la porte à la création d'un mouvement collectif plus large et plus dur, avec l'occasion pour ces derniers de croiser leurs réseaux». Et qu'en pensent les principaux concernés? «Ils sont contents d'être ensemble», ironise Yoan Kara, du SNP FO. Pour lui, mieux vaut les isoler complètement sans qu'ils aient de contact entre eux.

Aucune prise en charge particulière

La journée de ces détenus n'a rien de spécial. Ils se lèvent le matin, prennent leur petit déjeuner, participent à des activités la journée, vont se promener, se rendent au parloir... «Rien n'est fait pour les prendre en charge», regrette Christopher Dorangeville. Seul un surveillant supervise l'étage où ils se trouvent et qui comprend en tout une centaine de détenus. Les aumôniers musulmans n'ont pas plus de contact avec eux. «Il faut savoir que le détenu qui cherche à radicaliser les autres s'auto-proclame lui-même Imam. Il refuse de voir un quelconque aumônier», explique-t-il encore. Mardi, les syndicats ont alerté la garde des sceaux Christiane Taubira, en visite à la prison de Fresnes: «Il faut aussi un programme de déradicalisation dans un établissement spécifique, avec une équipe pluridisciplinaire, regroupant des psychiatres, psychologues, imams modérés, etc», a insisté Yoan Karar auprès de la ministre de la Justice. Une recommandation qui va dans le sens des recommandations faites par le député UMP Guillaume Larrivée, auteur d'un rapport publié sur le sujet fin 2014.

Des détenus difficiles à repérer

Il est de plus en plus difficile de détecter les candidats à la radicalisation. «Ils évitent ainsi de changer de codes vestimentaires ou de se faire pousser la barbe, ils ont compris qu'il fallait se faire discrets pour ne pas se faire repérer», reprend Christopher Dorangeville. Quant au renseignement pénitentiaire, il reste insuffisant. «On a une personne pour 2000 détenus à Fresne, c'est impossible d'identifier tous ceux tombés dans la radicalisation», réagit pour sa part Yoan Karar. Pour FO pénitentiaire, il faut davantage de moyens pour détecter et prévenir la radicalisation en prison.

Aucune formation des surveillants pénitentiaires

Dernier problème avec cette expérimentation: l'absence de formation et un manque de moyen humain. D'après Le Parisien ,le directeur de Fresnes a diffusé auprès de son personnel une note de service confidentielle détaillant les signaux de radicalisation, comme le changement de code vestimentaire, le rejet des aumôniers agréés, une forme d'hostilité envers les femmes, etc. «Nous n'en avons pas vu la couleur», réagit Yoan Karar. «On ne sait pas du tout ce qu'il faut faire avec ce genre de détenus en particulier».

Une décision trop hâtive

Pour les syndicats, la décision de généraliser ce dispositif sur l'ensemble du territoire est précipitée. «Alors que le dispositif n'a toujours pas été évalué, on cherche à l'étendre», soupire l'un deux. En effet, aucun rapport, aucune note officielle n'a encore été produite. En visite à la prison de Fresnes mardi, la ministre de la Justice Chritiane Taubira a déclaré qu'une inspection de cette expérimentation serait rapidement effectuée. «Cela ne fait que deux mois qu'on expérimente ce dispositif, je pense qu'il faut se donner le temps de réfléchir et ne pas tomber dans le piège de l'urgence», alerte Christopher Dorangeville de la CGT.


La prison de Fresnes teste le regroupement des islamistes radicaux (13.11.2014)

Un détenu musulman prie dans sa cellule, pendant le ramadan, à la prison de Fleury-Mérogis.
 Actualité France

Par Jean-Marie Guénois
Mis à jour le 13/11/2014 à 21h04 | Publié le 13/11/2014 à 19h40

Les surveillants s'inquiètent de ce que la Place Vendôme qualifie d'expérimentation.
L'administration pénitentiaire réalise actuellement un «test» dans la prison de Fresnes (Val-de-Marne) pour tenter de contenir les visées «prosélytes» de certains détenus de religion musulmane, notamment en les regroupant dans une «unité de vie» relativement isolée.

Cette expérience, montée en toute discrétion il y a trois semaines, a été révélée jeudi à la suite d'un incident survenu vendredi 7 novembre - qui s'est renouvelé lundi 10 novembre - dans le quartier de cette prison regroupant ces détenus.

Pour protester précisément contre cette mesure, douze des vingt détenus concernés ont en effet refusé de réintégrer leurs cellules après la promenade.

La direction de la prison (2500 détenus), soucieuse de ne pas ébruiter l'affaire, a alors choisi de gérer la situation avec les personnels habituels. Ils ont fini par calmer la situation sans faire appel à des unités spécialisées. Mais l'un d'eux a été physiquement agressé. Quatre de ces détenus ont finalement été placés en quartier disciplinaire.

Se concentrer sur l'extrémisme

Interrogée par Le Figaro, la directrice adjointe de l'établissement, Mme Moretti, s'est refusée à tout commentaire. C'est Pierre Rancé, porte-parole du ministère de la Justice, qui a finalement confirmé l'existence de cette expérimentation. Et sa philosophie : «C'est un simple test mené dans un seul établissement pénitentiaire. Il est même possible qu'il soit interrompu la semaine prochaine s'il ne menait à rien. Il s'inscrit dans le cadre général d'une réflexion menée au niveau de l'administration pénitentiaire et du gouvernement. Il ne préjuge donc d'aucune décision. Mais pour réfléchir avec des éléments concrets et non théoriques, il s'agit de savoir si le regroupement de détenus - repérés comme des prosélytes et des recruteurs - serait pertinent en termes d'efficacité mais aussi de sécurité.»

Yoan Karar, secrétaire local du syndicat SNP FO de la prison de Fresnes, est dubitatif: «Il faut faire quelque chose pour éviter des effets de contagion, explique-t-il, mais la méthode employée n'est pas la bonne. Ce regroupement a été monté en catimini sans que le personnel soit consulté et sans moyens supplémentaires. On n'a pas assez de recul pour juger si c'est une bonne ou une mauvaise solution, mais on risque de renforcer le phénomène, car le rapport de forces a changé. Ces éléments ne sont plus disséminés, il y a un effet de groupe.»

Il se passe en effet «quelque chose depuis quelques semaines, ajoute-t-il. On n'avait jamais vu cela à Fresnes en particulier, qui est réputé pour être strict, car les règlements y sont appliqués. On n'avait jamais vu des appels à la prière criés en arabe par les fenêtres et des prières collectives pendant la promenade.» Ce surveillant âgé de 30 ans et qui totalise dix années d'expérience conclut: «Notre rôle est de nous concentrer sur l'extrémisme qui est potentiellement criminel. Il n'est donc pas question pour nous de faire des amalgames entre ces détenus et la religion musulmane, qui est honorable en soi. Mais les prisonniers sont informés comme tout le monde de la situation internationale.»

Son confrère de la CGT, Ahmed El Hoummass, qui travaille dans le même établissement, est plus inquiet encore: «L'administration se trompe. Ce n'est pas du tout une punition pour ces détenus, au contraire. C'est pain bénit pour eux, ils me l'ont dit. Leur rôle est d'endoctriner les autres. Cet isolement entre eux agit comme un véritable centre de perfectionnement. Les uns vont apprendre aux autres comment s'améliorer dans la diffusion du radicalisme. De plus, les vraies têtes pensantes n'apparaissent jamais, ceux-là sont sans histoire. Ce sont les plus vulnérables qui se sont fait repérer comme extrémistes.»

Cet homme de longue expérience prévient: «Ce qu'ils attendent, ce n'est pas un quartier où ils sont ensemble mais un bâtiment complet pour être chez eux… Avec plus de 60 % de détenus de religion musulmane, ce sera ingérable.»

Auteur d'un rapport remarqué sur le sujet, le député UMP Guillaume Larrivé avait préconisé ce genre de mesures, mais à deux conditions qu'il rappelle au Figaro :«Il faut aussi isoler ces détenus extrémistes les uns des autres et les encadrer avec des personnels spécialisés formés à l'antiradicalisation.»

La rédaction vous conseille :

Vers des micros dans les prisons françaises ? (22.10.2014)

Par Jean-Marc Leclerc
Mis à jour le 29/10/2014 à 14h42 | Publié le 22/10/2014 à 18h09

C'est l'une des idées émises par Guillaume Larrivé dans son plan contre la radicalisation islamiste en prison : sonoriser les lieux de détention propices au prosélytisme religieux, des salles de sport aux cours de promenade.

Des micros partout dans les prisons au nom de la lutte anti-djihadistes? Dans son rapport pour un «plan d'action global anti-radicalisation islamiste en prison», le député UMP de l'Yonne, Guillaume Larrivé, n'hésite pas à proposer de «permettre le recours à la sonorisation des locaux de détention».
Selon lui, «les représentants de l'ambassade de Grande-Bretagne en France» lui ont indiqué «que, dans chaque établissement pénitentiaire anglais et gallois, des policiers en charge des questions de terrorisme et de criminalité organisée étaient chargés de recueillir des renseignements, en ayant la possibilité d'effectuer des enquêtes et de recourir, le cas échéant, à la sonorisation des locaux, c'est-à-dire à la captation et à l'enregistrement des conversations qui s'y déroulent.»

Une proposition jugée provocatrice

Sans complexe, le député français préconise donc d'offrir à l'administration pénitentiaire la possibilité de recourir à la «sonorisation des locaux de détention pouvant constituer des lieux propices au prosélytisme radical: salles de culte, bibliothèques, salles de sport, cours de promenade, ateliers, etc.»
Pour mettre en oeuvre «cette nouvelle possibilité d'investigation, les directeurs d'établissement et certains officiers de l'administration pénitentiaire» devraient, dit-il, «se voir reconnaître la qualité d'officier de police judiciaire, et certains personnels de surveillance acquérir la qualité d'agent de police judiciaire.»

Reste que l'actuel ministère de la Justice n'est guère enclin à donner suite à cette proposition considérée, par certains magistrats, comme une «pure provocation». Guillaume Larrivé, lui, assure que «cette évolution rejoint une préconisation déjà formulée en 2013 par Sébastien Huyghe, alors rapporteur pour avis de la commission des lois sur le budget de l'administration pénitentiaire, dans l'avis qu'il avait consacré au thème de la sécurité des établissements pénitentiaires.»


Un rapport explosif sur l'islam radical dans les prisons françaises (23.10.2014)

Prière en cellule à la maison d'arrêt d'Osny, dans le Val-d'Oise, en compagnie d'un aumônier musulman.

Par Jean-Marc Leclerc
Mis à jour le 23/10/2014 à 11h24 | Publié le 22/10/2014 à 17h57

INFO LE FIGARO - Un rapport du député UMP Guillaume Larrivé pointe des centaines d'individus dangereux dans les établissements pénitentiaires, sur un total estimé, selon lui, à «40.000 détenus de culture ou de religion musulmane».

« Alors qu'environ 60 % de la population carcérale en France, c'est-à-dire 40.000 détenus, peuvent être considérés comme de culture ou de religion musulmane, la radicalisation islamiste est aujourd'hui susceptible de concerner plusieurs centaines de détenus. » C'est le constat établi par le député UMP de l'Yonne, Guillaume Larrivé, dans un rapport «pour un plan d'action anti-radicalisation islamiste en prison» dont Le Figaro publie les meilleurs extraits.

L'élu, qui a travaillé sur le budget de l'administration pénitentiaire pour 2015, préconise une thérapie choc: «création d'Unités spécialisées anti-radicalisation (USAR) pour les détenus de retour du djihad», «sonorisation des prisons», «rétablissement des fouilles» et «blocage des portables non autorisés».

Guillaume Larrivé rappelle que, dans les prisons aujourd'hui, les «signes extérieurs de radicalisation ont presque totalement disparu, laissant la place à une radicalisation et à un prosélytisme beaucoup plus discrets et, partant, plus difficiles à repérer.» Il ajoute: «Cette stratégie de dissimulation ou de camouflage est théorisée par certains radicaux sous le nom de Taqyia.»

Les dangers de la loi Taubira

L'élu met en cause la politique de la ministre de la justice, Christiane Taubira: «l'essentiel des marges de manœuvre créées par la loi de finances pour 2015 au sein du budget de l'administration pénitentiaire se trouvent, en réalité, absorbées par la mise en œuvre de la «loi Taubira», c'est-à-dire par la volonté de privilégier une approche de «traitement social» des délinquants, en dehors de l'enceinte pénitentiaire», déplore-t-il.

Et Guillaume Larrivé de mettre en garde: «Votre rapporteur pour avis ne peut que regretter vivement que le gouvernement ait fait le choix de privilégier le maintien en liberté, dans le cadre de la contrainte pénale, de délinquants dont la place est en prison et de procéder à des augmentations des effectifs de conseillers d'insertion et de probation qui ne permettront pas d'assurer un contrôle sérieux des condamnés.»

Selon lui, cette politique se fait «au détriment de la poursuite d'un programme immobilier adapté aux besoins de notre pays et de la sécurisation de nos établissements pénitentiaires.» Les crédits seraient mieux employés, conclut-il, «s'ils étaient affectés à la mise en place d'un véritable plan de lutte contre la radicalisation islamiste dans les prisons qui reste à bâtir. »

La rédaction vous conseille :


Les deux visages de la radicalisation islamiste en France (16.06.2014)

Manifestation à Paris en 2010 au moment du vote de la loi sur la burqa intégrale.
Par Marc Trévidic
Mis à jour le 16/06/2014 à 17h21 | Publié le 16/06/2014 à 08h58

FIGAROVOX/OPINION - Thibault de Montbrial, Marc Trévidic et Jean-Charles Brisard analysent les menaces que les revendications communautaires des musulmans les plus radicaux font peser sur la société française.

Thibault de Montbrial est avocat au barreau de Paris

Marc Trévidic est juge d'instruction antiterroriste au tribunal de grande instance de Paris

Jean- Charles Brisard est consultant international en matière de terrorisme

Si les événements récents ont attiré l'attention sur la gravité de la menace directe représentée par les centaines de djihadistes de retour de Syrie, la multiplication des revendications communautaristes sur notre territoire constitue une facette moins spectaculaire, mais tout aussi inquiétante, de la radicalisation d'une partie de la jeunesse musulmane de France.

Le parcours de Mehdi Nemmouche a focalisé le débat sur la radicalisation en prison, mais il convient de ne pas occulter l'ensemble des autres facteurs et lieux d'expression de cette radicalisation ; si on a beaucoup parlé d'Internet, il est également nécessaire de mentionner les foyers salafistes qui se développent de façon inquiétante sur certaines parties de notre territoire (Yvelines, région toulousaine ou Sud-Est notamment).

Cette radicalisation n'est nullement l'expression d'un «mal-vivre» sociétal de la part d'une communauté parfaitement intégrée, mais l'outil politique d'une frange extrémiste qui livre une guerre idéologique insidieuse sur notre sol.

Son principal vecteur est la revendication politique, arme de destruction massive de nos valeurs et notre fondement républicain.

Il faut entendre les contrevenantes à la loi de 2011 interdisant le voile intégral (souvent converties de fraîche date) expliquer placidement à leurs juges qu'elles considèrent que la charia prime sur la loi de la République française. Il faut écouter les témoignages de ces élus locaux confrontés à des exigences communautaires toujours plus importantes.

Face à ces comportements offensifs, il est essentiel de conserver à l'esprit que la Loi régit les règles de vie au sein de la société. Ce qui relève de l'organisation sociale relève donc par essence du domaine politique. On comprend dès lors que sous le vernis des droits précités, les revendications judiciaires ou administratives en question ont en réalité un caractère politique et comme telles, devraient pouvoir faire l'objet d'un débat sur ce terrain. L'enjeu est majeur.

On mesure ainsi le piège habilement tendu par ceux qui brandissent la discrimination comme anathème pour discréditer à la racine les lanceurs d'alerte sur cet enjeu majeur. De fait, le piège fonctionne, puisque ce débat demeure largement tabou au nom de l'injonction selon laquelle «il ne faut pas stigmatiser», navrante autocensure qui paralyse tant d'acteurs et de responsables publics, à commencer par ceux de la communauté musulmane qui, rechignant à dénoncer et bannir l'instrumentalisation de la religion à des fins de violence politique au nom du même principe, font involontairement le jeu des extrémistes qui sont pourtant les principaux ennemis de l'islam.

La polémique née aux États-Unis de la projection d'un film par le Musée du 11 Septembre sur l'histoire du terrorisme islamiste l'a récemment montré. Des associations musulmanes réclamaient ni plus ni moins la suppression des termes «islamiste» et «djihad». De la réécriture de l'histoire au révisionnisme, il n'y a qu'un pas auquel le musée n'a pas cédé, fût-ce au nom d'une prétendue «stigmatisation».

Il est désormais crucial que tous, aussi bien les magistrats de l'ordre judiciaire ou administratif que les élus de la République, prennent conscience de ce que chacun de ces comportements constitue un test de résistance de la détermination de notre corps social à défendre son système de valeurs. Ceux qui seraient tentés de céder - l'arrêt dit «Baby-Loup» rendu le 19 mars 2013 par la Cour de cassation apparaît à cet égard très inquiétant - au prétexte du caractère apparemment mineur ou anodin de telle ou telle revendication, conforteront les intéressés dans leur conviction de la faiblesse de notre système. Ils se heurteront demain à l'argument du précédent ainsi créé, et à la force du communautarisme que chaque renoncement contribue à renforcer. Face à de tels comportements, Alexis de Tocqueville nous enseigne de toujours «rester forts». La République doit demeurer ce socle commun et intangible qui éteint les feux du fanatisme.

Céder à de telles revendications au nom de l'invocation dévoyée des valeurs, principes et libertés qui sont le résultat de siècles de construction de notre civilisation occidentale, qu'au contraire il nous appartient à tous de défendre, c'est exposer notre société à des bouleversements radicaux susceptibles de remettre en cause notre paix sociale.

Qu'elle déborde sur une dérive terroriste ou qu'elle se contente de revendications politiques, cette radicalisation islamiste constitue une menace réelle que l'on aurait bien tort de sous-estimer par aveuglement ou de minorer par convenance.

Le plan Taubira pour réformer les prisons (07.05.2014)

Christiane Taubira lors d'une visite à la prison de Nanterre, fin avril.


Par Angélique Négroni
Mis à jour le 07/05/2014 à 13h35 | Publié le 07/05/2014 à 13h28

Le 28 avril dernier, le personnel surveillant des prisons a été invité à plancher sur des pistes de travail que leur ont soumis leur administration. Objectif : réformer le fonctionnement des maisons centrales en France. Des pistes de réflexion ont été proposées et sont diversement appréciées.

Faire jardiner les prisonniers dangereux, les mettre en contact avec des animaux pour les calmer et les faire travailler sur des activités de patience comme l'horlogerie ou la marqueterie…. Le 28 avril dernier, le personnel surveillant des prisons a été invité à plancher sur des pistes de travail que leur ont soumis leur administration.

Cette première réunion, qui sera suivie de plusieurs autres avant l'été, est destinée à mettre sur pied un projet en vue de réformer le fonctionnement des maisons centrales en France, comme l'envisage la ministre de la justice, Christiane Taubira.

Fin du régime «des portes ouvertes»

Dévoilé par Le Parisien, ce rapport qui renferme donc diverses suggestions prévoit notamment de créer des maisons centrales en fonction du profil de dangerosité des détenus. Quatre niveaux seraient envisagés avec à chaque fois un encadrement disciplinaire adapté. Il est également prévu de mettre fin au régime «des portes ouvertes», en maison centrale qui permet parfois aux détenus de circuler librement dans les coursives. En parallèle, il s'agirait de développer des activités avec au programme jardinage, horlogerie, marqueterie. Dans le but de calmer les détenus, ces derniers pourraient être mis en contact avec des animaux.

Autre point proposé : l'attractivité du travail en maison centrale par le biais d'une meilleure rémunération. Difficile, la mission entraîne aujourd'hui un turnover important du personnel et, boudée, elle est attribuée aux stagiaires sortis d'école.

À ce jour, le principe d'une réflexion pour améliorer les maisons centrales est favorablement accueilli par les syndicats même si l'Ufap-Unsa-Justice critique la méthode. «Nous aurions préféré partir d'une page blanche plutôt que de travailler dans un cadre défini», souligne son secrétaire général adjoint, Claude Tournel.

Poudre aux yeux

Le contenu de ce rapport est par ailleurs diversement apprécié. Pour Emmanuel Gauthrin, secrétaire général FO-personnel en tenue, l'attribution de catégories décernées aux établissements va dans le bons sens. «On ne peut proposer le même encadrement et les mêmes activités à tous les détenus qui offrent de profils bien différents», dit-il. Ainsi le jardinage qui existe déjà dans certains établissements ne peut être généralisé, la pioche et la pelle ne pouvant être remises entre toutes les mains… Or pour Jimmy Delliste, secrétaire général du SNP-FO-direction, cette annonce est de la poudre aux yeux. «Les établissements sont déjà répertoriés selon des catégories. On met ainsi des profils plus lourds à Moulins et des profils plus légers à Poissy», dit-il en mettant en garde contre la fin des portes ouvertes. «En principe, elles doivent rester closes mais, on le sait, il y a des glissements. C'est le signe sans doute qu‘on ne peut empêcher parfois ce mode de fonctionnement. Annoncer une fermeture pure et dure peut dangereusement augmenter un climat de tension». Un point de vue que ne partage pas son collègue du même syndicat pour le personnel en tenue. «Il faut fermer ces portes et harmoniser le règlement. C'est déstabilisant pour un détenu d'aller d'un centre à l'autre et d'être soumis à des régimes différents», estime Emmanuel Gauthrin qui ajoute: «des détenus veulent aussi garder les portes fermées pour se protéger des autres».

La rédaction vous conseille :

Guerre en Syrie

Syrie: Trump suspend un programme de soutien aux rebelles (20.07.2017) Syrie : 30 civils tués dans des frappes anti-EI (19.07...