mardi 11 juillet 2017

Kenya

Kenya: condamnés à la prison à vie pour l'agression d'une femme "provocante" (19.07.2017)
Kenya: 5 morts pour libérer une otage (13.07.2017)
Au Kenya, sérieuses inquiétudes sur la tenue des élections générales du 8 août (10.07.2017)
Kenya : neuf personnes tuées par des shebab (08.07.2017)
« Dida », le petit candidat musulman qui se rêve président du Kenya (27.06.2017)


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Kenya: condamnés pour l'agression d'une femme "provocante" (19.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 19/07/2017 à 16:35 Publié le 19/07/2017 à 16:31

La justice kényane a condamné aujourd'hui trois hommes à la prison à vie pour avoir déshabillé et agressé sexuellement une femme qu'ils trouvaient vêtue de manière trop provocante.

Le jugement clôt une affaire qui avait fait descendre un millier de personnes dans les rues de Nairobi en 2014 en vêtements moulants pour dénoncer les agressions contre les femmes après la diffusion d'une vidéo de l'attaque.

"Il est important de respecter la dignité d'une femme", a déclaré le juge Francis Andayi en prononçant la sentence.

L'agression avait eu lieu en septembre 2014 dans une station-service des environs de Nairobi. La victime avait été déshabillée de force et agressée sexuellement, son téléphone et son argent lui avaient été volés par la foule, le tout filmé et diffusé sur les réseaux sociaux.

Cette agression s'était inscrite dans une série visant des femmes et avait déclenché une campagne de protestation sous le mot d'ordre #MyDressMyChoice (je m'habille comme je veux).


Les trois agresseurs, Edward Gitau, Nicholas Mwangi et Meshak Mwangi, ont été théoriquement condamnés à la peine de mort mais celle-ci n'est plus appliquée au Kenya et ils devront passer le reste de leurs jours derrière les barreaux.

Kenya: 5 morts pour libérer une otage (13.07.2017)
Mis à jour le 13/07/2017 à 22:07

Des membres présumés des islamistes radicaux shebab ont brièvement enlevé ce jeudi une responsable du gouvernement kényan dans la région côtière de Lamu (est) et une opération pour la libérer s'est soldée par la mort de cinq personnes, a-t-on appris de sources sécuritaires.

Miriam El Maawy, qui dirige le département des travaux publics au sein du ministère kényan des Infrastructures, a été enlevée par des hommes armés sur une route vers 16H00 (13H00 GMT) et rapidement, une opération conjointe de la police et de l'armée a été lancée à sa rescousse, selon un haut responsable de la police kényane qui a souhaité garder l'anonymat. Le véhicule dans lequel les assaillants ont emmené Mme El Maawy serait sorti de route alors qu'il roulait à vive allure vers la frontière somalienne et une fusillade a éclaté entre les kidnappeurs et les forces de sécurité arrivées sur les lieux. Selon le haut responsable policier interrogé par l'AFP, quatre membres des forces de sécurité et le garde du corps de Mme El Maawy ont péri dans l'échange de coups de feu.

Le porte-parole de l'armée kényane Joseph Awuoth n'a de son côté pas souhaité donner de précisions sur le bilan ou les circonstances précises de l'attaque. Il a toutefois confirmé que Mme El Maawy avait été secourue. Cette dernière a été transportée par avion à Nairobi pour y être soignée mais on ignorait jeudi soir si elle souffrait de blessures liées à l'accident lui-même ou à la fusillade. "Nous avons des victimes mais je peux vous confirmer que Mme la Première secrétaire est sauve", a pour sa part déclaré le chef de la police pour la région de Lamu, Larry Kieng. Les shebab, un groupe islamiste somalien affilié à Al-Qaïda, ont multiplié ces dernières semaines les attaques dans la région de Lamu, dans lesquelles plus de 20 policiers et une dizaine de civils ont été tués depuis mai.


Cette recrudescence d'attaques intervient à moins d'un mois d'élections générales au Kenya, que les shebab prennent pour cible notamment en raison de son intervention militaire dans le sud de la Somalie lancée en 2011 aux côtés d'autres contingents d'Afrique de l'Est. Depuis ce déploiement destiné à éradiquer les shebab, le Kenya a été la cible de plusieurs attentats meurtriers, notamment ceux du centre commercial Westgate à Nairobi (septembre 2013 - 67 morts) et de l'université de Garissa (avril 2015 - 148 morts). En 2014, une vague d'attaques armées des shebab avait fait près de 100 morts dans la région de Lamu, entraînant l'effondrement de l'activité touristique dans cette région côtière.

Au Kenya, sérieuses inquiétudes sur la tenue des élections générales du 8 août (10.07.2017)
L’annulation surprise du contrat d’impression des bulletins de vote et le décès brutal du ministre de l’intérieur ont plongé le pays dans l’incertitude.

Par Bruno Meyerfeld (contributeur Le Monde Afrique, Nairobi)

LE MONDE Le 10.07.2017 à 14h34 • Mis à jour le 12.07.2017 à 09h38

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Le président du Kenya, Uhuru Kenyatta, en campagne électorale à Nairobi, le 26 juin 2017.
Est-il encore possible de maintenir les élections générales au Kenya, censées avoir lieu dans moins d’un mois ? La question se pose depuis ce week-end à Nairobi, car une série d’événements imprévus a plongé le pays dans l’incertitude quant à la tenue du scrutin du 8 août.


Vendredi 7 juillet, la Haute Cour de justice a annoncé l’annulation pure et simple d’un contrat passé entre la Commission électorale indépendante (IEBC) et une société de Dubaï, Al-Ghurair, portant sur l’impression des bulletins de vote. La Cour a estimé que l’IEBC n’avait pas suffisamment consulté l’ensemble des candidats avant d’attribuer ce juteux marché de plus de 20 millions d’euros.

Un processus périlleux

La décision est une victoire inespérée pour l’opposition, menée par Raila Odinga à la tête de la coalition Super alliance nationale (NASA). Celle-ci, craignant de possibles fraudes électorales, dénonçait depuis des semaines de supposées collusions entre la société d’impression de Dubaï et Uhuru Kenyatta, le président sortant qui brigue un nouveau mandat, ainsi que sa formation politique du parti Jubilee.

Le jugement est un camouflet pour la Commission électorale. « La décision de la Haute Cour n’est pas claire. Nous ne comprenons pas ce que les juges entendent par un supposé “manque de consultation”, déclare au Monde Andrew Limo, chargé de la communication de l’IEBC. Mais le calendrier est formel. Les bulletins doivent être imprimés le 18 juillet, pas plus tard. »


La Commission se montre confiante. « Reporter le scrutin est un scénario que nous n’envisageons pas pour le moment », assure M. Limo. Pourtant, en l’absence des précieux bulletins, impossible d’affirmer avec certitude que les Kényans pourront bien se rendre aux urnes. Samedi, l’IEBC a annoncé l’organisation d’une réunion de consultation avec l’ensemble des candidats à la présidentielle, et a déclaré faire appel en justice de la décision.

« Il faut deux à trois semaines minimum pour imprimer, vérifier et distribuer les millions de bulletins aux bureaux de vote du pays, note ainsi Nic Cheeseman, professeur à l’université de Birmingham et spécialiste du système électoral kényan. Les prochains jours seront donc cruciaux. Si la Commission électorale perd en appel, celle-ci n’aura plus le temps de sélectionner un autre imprimeur. Ce sera la fin de la présidentielle. Il n’y aura pas d’autre choix que de reporter le scrutin. »

Dimanche, Uhuru Kenyatta s’est montré inflexible, dénonçant une tentative d’« intimidation » de l’opposition et rejetant tout ajournement de l’élection. Mais à peine remis de la décision de la Haute Cour, les responsables politiques ont appris avec stupéfaction, samedi matin, le décès brutal du puissant ministre de l’intérieur, Joseph Nkaissery.


Autoritaire et respecté, cet ancien général, devenu ministre en 2014, était l’une des pièces maîtresses du dispositif de sécurité. « M. Nkaissery est arrivé à un moment très difficile, juste après l’attaque du Westgate de 2013 [67 morts] et alors que le Kenya était frappé par de nombreux attentats, rappelle Rachid Abdi, spécialiste de la Corne de l’Afrique et chercheur à l’International Crisis Group (ICG). Le fait qu’il n’y ait pas eu de nouvelle attaque de grande ampleur depuis deux ans, c’est grâce à lui. Sous son mandat, les forces de sécurité se sont professionnalisées, la coordination et les services de renseignement se sont grandement améliorés. »

« Ce décès prématuré vient aussi à un moment critique pour l’histoire du pays alors que nous approchons des élections générales », a déclaré samedi M. Kenyatta, qui a souhaité « rassurer tous les Kényans sur le fait que notre nation est en sécurité ». Dès samedi, sans attendre, le ministre de l’éducation, Fred Matiang’i, un fidèle du président, a récupéré le portefeuille.


Mais dix ans après les sanglantes violences post-électorales de 2007-2008, chacun craint de voir le Kenya sombrer à nouveau dans le chaos. « Il est de la responsabilité de tout un chacun de garantir le droit de voter en son âme et conscience, et de pouvoir le faire en sécurité », a averti, début juillet, Marietje Schaake, chef de la mission d’observation de l’Union européenne dans le pays pour le scrutin.

Kenya: neuf personnes tuées par des shebab (08.07.2017)
Par Le Figaro.fr avec AFPMis à jour le 08/07/2017 à 11:19 Publié le 08/07/2017 à 11:17

Au moins neuf personnes ont été tuées par des militants jihadistes shebab présumés dans deux villages du sud-est du Kenya proches de la frontière somalienne, ont annoncé samedi les forces de sécurité locales.

Les attaques menées, selon la police, par des shebab se sont déroulées dans les villages de Jima et Pandaguo, dans le comté de Lamu, théâtre fréquent des activités des jihadistes somaliens, affiliés à Al-Qaïda.


"Neuf personnes ont été tuées, certaines par balles, d'autres égorgées", a indiqué sous couvert d'anonymat un responsable de la police locale, en précisant que toutes les victimes étaient des civils, alors qu'habituellement les shebab visent des policiers ou des militaires.

Un haut responsable de la police nationale à Nairobi a confirmé l'incident: "c'est vrai, nous avons eu neuf morts dans l'attaque de ce matin", a indiqué l'officier sans autre détail.

En début de semaine, trois policiers avaient été tués dans l'attaque d'un poste de police à Lamu, attribuée par les autorités aux shebab.

Lors d'une intervention à la télévision à la suite du décès à l'hôpital du ministre de l'Intérieur Joseph Nkaissery, le président Uhuru Kenyatta a évoqué "un regrettable incident ce matin, que nous sommes en train d'évaluer".

En annonçant la nomination du ministre de l'Education Fred Matiangi en intérim au poste de l'Intérieur, le président Kenyatta a souligné qu'il n'y aurait pas de "vide du pouvoir concernant la sécurité" dans le pays.


Le président Kenyatta est candidat à sa propre succession lors d'un scrutin présidentiel prévu le 8 août.

« Dida », le petit candidat musulman qui se rêve président du Kenya (27.06.2017)

Dans un pays à majorité chrétienne, Mohammed Abduba Dida, d’origine somali, se présente au scrutin du 8 août comme le champion de tous les « exclus ».

Par Bruno Meyerfeld (contributeur Le Monde Afrique, Nairobi)


Affiche de campagne de Mohammed Abduba Dida, candidat musulman à la présidentielle kényanne.
La scène se déroule il y a quelques jours à peine, en plein ramadan. Il est 19 heures : l’heure de l’iftar a sonné sur Nairobi. A l’Intercontinental, hôtel chic du centre-ville, on a organisé une soirée de rupture du jeûne. Les chefs de clan somali à la barbe fournie sourient à des jeunes femmes en hijab coloré, tapent dans le dos d’hommes d’affaires en costume brillant. On rit. On blague entre deux coups de fourchette. Dans cette grande salle sans fenêtre, à la moquette couleur sable, le monde musulman kényan goûte à un entre-soi bien sucré.

Affiche de campagne de Mohammed Abduba Dida, candidat musulman à la présidentielle kényanne.

Lui, on l’a mis au premier rang. Bien en évidence. D’une main, il caresse sa barbiche. De l’autre, il salue ses amis, tendant sans restriction sa main baguée d’une pierre. Une oratrice l’interpelle depuis la tribune. « Cher candidat à la présidentielle ! » Salve d’applaudissements. Mohammed Abduba Dida n’en demandait pas tant.

Le peuple contre les élites

« Dida » est en campagne. Mais des huit challengers lancés dans la course à la State House, il est le seul musulman. Le seul aussi d’ethnie somali. Dans un pays à l’écrasante majorité chrétienne, sa candidature détonne. Il le sait. « Mais les Kényans peuvent créer la surprise, confie-t-il. Ils sont fatigués des fausses promesses. Ils veulent des gouvernants efficaces, peu importent leurs origines. »

En ce soir d’iftar, Dida savoure sa popularité en terrain connu. Mais pour le scrutin du 8 août, le « candidat musulman » se refuse à être le représentant de sa seule minorité – 11 % de la population, soit 4 à 5 millions de personnes, dont une bonne moitié de Somali. « La sécheresse, la...


Au Kenya, « les journalistes renoncent à écrire sur certains sujets de peur d’être pris pour cible » (30.05.2017)
Otsieno Namwaya, chercheur chez HRW, explique la dégradation de la liberté de la presse depuis l’accession au pouvoir, en 2013, d’Uhuru Kenyatta.

Propos recueillis par Bruno Meyerfeld (contributeur Le Monde Afrique, Nairobi)

LE MONDE Le 30.05.2017 à 09h04 • Mis à jour le 30.05.2017 à 09h45

Le président Uhuru Kenyatta lors d’un voyage en Somalie, le 22 février 2017.
Le président Uhuru Kenyatta lors d’un voyage en Somalie, le 22 février 2017.

La campagne est lancée. Dimanche 28 mai a été officiellement ouverte la campagne pour les élections générales au Kenya, prévues le 8 août : 19 millions d’électeurs sont appelés aux urnes afin de désigner leur président, leurs parlementaires, gouverneurs et représentants locaux.


L’opposant historique Raila Odinga affrontera le chef de l’Etat sortant Uhuru Kenyatta. Mais les défenseurs des droits humains sont inquiets. Deux ONG, Human Rights Watch (HRW) et ARTICLE 19, publient aujourd’hui un rapport préoccupant sur l’état de la liberté de la presse dans le pays. Intitulé « ‘Not Worth The Risk’: Threats To Free Expression Ahead of Kenya’s 2017 Elections » (« ‘Ça n’en vaut pas la peine’ : la liberté d’expression en danger à l’approche des élections de 2017 au Kenya »), ce texte d’une cinquantaine de pages détaille des cas gaves et nombreux d’intimidation, de harcèlement, d’agressions et de meurtres de journalistes commis au Kenya ces dernières années.

Basé à Nairobi, Otsieno Namwaya est chercheur auprès de HRW. Il pointe les menaces pesant sur les droits humains depuis 2013 et l’arrivée au pouvoir d’Uhuru Kenyatta.

Dans votre rapport, vous faites un constat très sombre de l’état de la liberté de la presse. Quels sont les résultats de votre enquête ?

Otsieno Namwaya A deux mois des élections, l’environnement est en effet extrêmement hostile pour les journalistes et les blogueurs kényans. Ceux qui enquêtent sur la lutte contre le terrorisme, la corruption ou la répartition des terres sont systématiquement menacés, qu’ils écrivent en anglais ou en kiswahili, qu’ils habitent en province ou à Nairobi.

Nous avons documenté des menaces de mort, des arrestations arbitraires et des tabassages en règle contre des journalistes, vraisemblablement ordonnés par les autorités publiques. Au moins deux ont été tués ces dernières années, tel John Kituyi, qui enquêtait sur les poursuites de la Cour pénale internationale [aujourd’hui abandonnées] à l’encontre du vice-président William Ruto. Il a été frappé par des hommes à moto, alors qu’il rentrait chez lui, à Eldoret [vallée du Rift], en 2015.

Nous avons aussi le cas d’une blogueuse anti-corruption de Nairobi, attaquée par un assaillant et qui a failli perdre son œil gauche. Ou le cas d’un reporter d’Eldoret, écrivant sur la répartition des terres : kidnappé, interrogé, menacé, drogué, il a été retrouvé inconscient à plus 40 km de chez lui deux jours plus tard.

Les responsables de ces violences sont-ils jugés et condamnés ?

Absolument pas. L’impunité est la règle. Aucun des cas mentionnés dans le rapport n’a fait l’objet d’une enquête sérieuse de la police. Les journalistes kényans renoncent aujourd’hui à écrire sur certains sujets de peur d’être pris pour cible.

Ainsi, dans le nord du Rift, un photographe, Denis Otieno, a été tué chez lui par des assaillants. Il était menacé après avoir pris des photos de policiers qui avaient tiré et tué sur un chauffeur de moto-taxi de la ville. La famille d’Otieno a porté plainte. Mais la police n’a interrogé personne et l’enquête n’a jamais vraiment débuté.


Quelle est la responsabilité du président Uhuru Kenyatta dans ces atteintes à la liberté de la presse ?

Elle est réelle, même si elle est partagée entre son gouvernement et les autorités locales. Le Kenya avait autrefois une presse relativement libre, surtout comparée aux régimes répressifs de la région comme l’Ethiopie ou le Rwanda. Mais, depuis le début du mandat de Kenyatta, le pays prend une direction très inquiétante. C’est un retour en arrière.

Le gouvernement actuel met une pression énorme sur les médias. Lorsqu’un sujet sensible sort dans la presse, celui-ci n’hésite pas à retirer des pages du journal la publicité publique afin de l’intimider. Et souvent, ça marche. L’autocensure se répand.

Plus généralement, sous le mandat de Kenyatta, la situation des droits humains s’est fortement détériorée avec des cas nombreux d’exactions de la police, d’assassinats extrajudiciaires, d’intimidation des ONG, rapportés notamment par HRW.


Pourtant, Kenyatta était l’un des invités d’honneur du G7 de Taormine, en Italie, et reçu par les leaders du monde entier comme un dirigeant respectable. Aujourd’hui, il est essentiel que les dirigeants étrangers mettent la pression sur Kenyatta afin qu’il garantisse le respect des droits de l’homme et d’élections transparentes.

Guerre en Syrie

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