mardi 11 juillet 2017

Chypre

Chypre: "Il faut inventer d’autres processus de négociation» pour la paix" (07.07.2017)



Chypre: "Il faut inventer d’autres processus de négociation» pour la paix" (07.07.2017)

Chypre: «Il faut inventer d’autres processus de négociation» pour la paix
Par Maïder Gérard — 7 juillet 2017 à 20:43

Chypre (carte BiG)
Chypre (carte BiG) BiG

Depuis plus de quarante ans, l'île est divisée en deux. Vendredi, des négociations pour une réunification, encadrées par l'ONU, ont de nouveau échoué. Gilles Bertrand, spécialiste de la question chypriote, revient sur le conflit.

Ce vendredi, au petit matin, António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a annoncé l’échec de la réunification de Chypre. «Un accord n’était pas possible», a-t-il déclaré depuis la station alpine de Crans-Montana, en Suisse, où avaient lieu les négociations. Divisé depuis 1974 entre la République turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara, et la République de Chypre au sud, l’île n’est pas parvenue à faire la paix. Gilles Bertrand, professeur à Sciences-Po Bordeaux et spécialiste de la question chypriote, revient sur les racines du conflit.

Pourquoi Chypre est-elle divisée en deux ?

Sur l’île, il y avait plusieurs communautés. Une communauté orthodoxe qu’on a appelée Chypriotes grecs et une communauté musulmane qu’on a appelée Chypriotes turcs. Il y avait 80% de Chypriotes grecs et 18% de Chypriotes turcs dans cette colonie britannique qui gagne l’indépendance en 1960. Or la Grèce et la Turquie voulaient chacune s’approprier l’île, ce qui a engendré un conflit local. En 1974, la junte militaire grecque, qui voulait annexer Chypre, a fait un coup d’état. Ils voulaient annexer toute l’île à la Grèce et ils s’en sont pris violemment aux Chypriotes turcs. A cause de cela, et parce qu’ils ont voulu changer l’ordre constitutionnel, la Turquie est intervenue militairement, sur une base légale qui s’appelle le Traité de garantie de 1960. Par ce traité, la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni étaient les garants de l’indépendance chypriote. Le problème, c’est que la Turquie aurait dû intervenir, chasser la junte nationaliste grecque pour rétablir le gouvernement légal puis repartir. Mais ce n’est pas ce qu’elle a fait. Elle a réglé le problème définitivement en divisant l’île en deux. Et c’est comme ça depuis 1974. L’île a été divisée par une intervention militaire unilatérale, ce qui n’est pas légal.

Aujourd’hui, pourquoi les deux nations ne parviennent-elles pas à un accord ?

C’était déjà mal parti parce que les bases de négociations sont mauvaises. C’était une négociation bilatérale entre le président de la république de Chypre et le président de la République de Chypre du Nord, et derrière, il y a les «deux mères patries», selon l’expression consacrée, la Grèce et la Turquie. Ce format-là est un format qui ne fonctionne pas, et pas seulement pour Chypre. Parce que ces gens sont dans un rapport de force, il n’y a aucune confiance et ils ont deux obsessions : la souveraineté et la sécurité.

Or le problème essentiel, c’est de savoir si les Chypriotes grecs et turcs veulent vivre ensemble et ce qu’ils sont prêts à faire pour vivre ensemble. Il faut qu’il y ait une réflexion de fond chez les Chypriotes grecs. Ils doivent se demander ce qu’ils veulent exactement. Est-ce qu’ils veulent la partition ? Ou est-ce qu’ils veulent la réunification mais en faisant des concessions ? Je pense qu’il aurait déjà fallu un premier référendum pour poser une bonne fois pour toutes cette question aux Chypriotes parce que pour l’instant, on n’en sait rien. La guerre d’Algérie, c’était compliqué jusqu’au moment où le Général De Gaulle est arrivé et a décidé de soumettre la question au référendum. Les Français étaient pour l’indépendance de l’Algérie, alors c’est ce qui a été fait. Je ne dis pas que c’était idéal, mais à un moment il faut que ce soit clair.

Quels sont les principaux points de désaccord ?

Les Chypriotes grecs voulaient que toutes les troupes turques partent, jusqu’au dernier soldat, mais les Chypriotes turcs ont dit non. Ils veulent garder une présence minimale sur l’île. La question que ne se posent pas les Chypriotes grecs, c’est pourquoi les Chypriotes turcs ne se sentiraient pas en sécurité en tête-à-tête avec les Chypriotes grecs. Là, il faudrait peut-être remettre à plat la période de conflit intercommunautaire qui a eu lieu de 1963 à 1974. Il y a un peu d’amnésie. Les Chypriotes turcs manquent de confiance envers les Chypriotes grecs. Le côté turc ne pense pas que leur voisin du sud soit tout à fait guéri de son nationalisme.

Après l’absence d’accord d’aujourd’hui, y aura-t-il d’autres négociations à l’avenir ?

Bien sûr qu’ils feront d’autres négociations. Ça peut continuer éternellement sauf si à un moment quelqu’un tape du poing sur la table, comme l’ONU par exemple. Autre hypothèse, les Chypriotes grecs comme turcs font quelque chose, expriment leur opinion, font un printemps chypriote par exemple. Mais je suis très pessimiste, je ne crois guère à l’une ou l’autre hypothèse. Il faut inventer d’autres processus de négociation. Parce que ce processus en cours depuis mai 2015 n’est que la répétition de processus de paix antérieur. Il y a eu une trentaine de négociations comme ça depuis 1964 et à chaque fois on retombe sur les mêmes problèmes. Il faut faire preuve d’innovation, les solutions qui ont échoué dans l’histoire de Chypre ne peuvent pas réussir maintenant.

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