mardi 11 juillet 2017

"J'ai choisi d'être libre, Rescapée du salafisme en France" de Henda Ayari

J'ai décidé d'écrire comme on livre un combat. Ce combat, je le mène en France depuis 2006, date à laquelle j'ai réussi à fuir le mouvement sectaire qui me détruisait peu à peu : le salafisme.

Ce courant religieux fondamentaliste prône un retour à « l'islam des origines » et rejette les valeurs de notre République.

Mon combat, longtemps mené dans l'ombre, est devenu public en 2015, le jour où j'ai publié deux photos de moi sur ma page Facebook. Sur la première, j'ai la vingtaine, je suis vêtue d un immense voile noir, le jilbab, ma tenue habituelle. J'ai l'air perdu. Sur la deuxième photo, toute récente, je porte un pantalon et une petite veste élégante sur un tee-shirt. Je suis tête nue. J'ai l'air heureux.

J'ai accompagné ces deux photos d un long message : j'y explique mon ancienne vie de salafiste, et comment je me suis libérée de cette prison. 

J'ignorais alors que ces photos et ces écrits allaient chambouler ma petite vie tranquille. Ma page Facebook se mua en champ de bataille. Des milliers de personnes se l'appropriaient. La plupart utilisaient mes photos pour s'insurger contre l'extrémisme religieux et l'oppression des femmes, mais d'autres m'insultaient et me menaçaient.

Alors, j'ai décidé de me raconter, sans fard et sans fioritures. De dire mon parcours, mes faiblesses, mes erreurs, mes joies et mes victoires. Parce que mon expérience du salafisme en France, mon voyage au coeur de l'enfer, est celui de trop nombreuses femmes, enfermées dans leurs voiles, niées dans leur féminité, victimes de la violence et de la perversité d une organisation religieuse et sectaire qui les broie. 

C'est d'abord pour elles, ces femmes, mes soeurs, que j'écris, pour qu'elles sachent que la révolte est une solution et qu'il est possible de dénoncer l'hypocrisie et la brutalité qui animent trop souvent les défenseurs de ces intégrismes religieux.

"J'ai choisi d'être libre, Rescapée du salafisme en France" de Henda Ayari, Flammarion.


Voir aussi : 
https://social.shorthand.com/NormandieActu/j2cEzhe5AGP/a-rouen-la-lutte-contre-la-discrimination-feminine-depasse-la-question-du-genre


Portrait. Henda Ayari a décidé, en novembre 2015, d’enlever le voile qu’elle portait depuis l’âge de 21 ans. Ancienne salafiste, la Grand-Quevillaise raconte aujourd’hui son histoire dans un livre.

Dix jours après les attentats du 13 novembre 2015, à Paris, Henda Ayari décide d’enlever le voile qu’elle porte depuis l’âge de 21 ans. Buzz immédiat sur les réseaux sociaux. Rescapée du salafisme, la Grand-Quevillaise, âgée de 40 ans, raconte aujourd’hui son histoire dans un livre, J’ai choisi d’être libre.

Vous êtes née d’une mère tunisienne et d’un père algérien, musulmans non pratiquants, comment êtes-vous tombée dans le salafisme ?

Henda Ayari : « Par étapes, comme peut-être beaucoup de jeunes filles aujourd’hui. À 18 ans, j’ai perdu un être cher, ma cousine. C’est la première fois que j’étais confrontée à la mort. J’étais en pleine période de manque affectif. J’ai grandi avec des failles, des blessures. J’ai commencé à me poser des questions, j’étais en quête de pureté. J’ai tenté de combler mes failles avec l’amour de Dieu. J’ai lu beaucoup d’ouvrages sur l’enfer, le paradis, la prière. J’ai rencontré des filles à la fac qui portaient le voile, je les admirais... »
  
À l’époque, on vous a peut-être dit ce que vous aviez envie d’entendre ?

« Tout à fait. J’avais envie de tomber amoureuse, d’être protégée. Le discours des salafistes était celui que je voulais entendre. Le prince charmant était barbu, comme le prophète Mahomet, qui était bon. J’ai alors rencontré celui qui est devenu mon mari. Tout s’est arrangé avec mes parents pour le mariage. Le piège s’est très vite refermé. J’ai dû arrêter mes études, rester à la maison. Selon les salafistes, cela me permettait d’aller au paradis. Je me suis voilée et j’ai eu mon premier enfant. »

Pendant neuf ans, à Roanne, vous avez vécu enfermée dans la religion ? Qu’est-ce qui aurait pu vous aider à en sortir ?

« Mon mari m’avait affirmé qu’un appartement nous attendait, qu’il avait un travail. J’ai quitté Canteleu. Or il m’avait menti. Nous avons dû vivre dans sa famille, la cohabitation a été très difficile. Puis, enceinte, ils m’ont mise à la rue. Je n’avais pas de travail, pas de compte bancaire, aucun subside. Un jour, j’ai demandé à mon père de m’aider... Il m’a dit de retourner auprès de mon mari. Le poids de la tradition est très lourd chez nous. Pendant neuf ans, j’ai été enfermée, séquestrée, maltraitée. »

Vous avez enlevé votre voile en plusieurs étapes ?

« En 2010, je portais le niqab. Mes enfants m’avaient été retirés parce que j’ai été hospitalisée plusieurs mois et ma belle-mère avait contacté l’Aide sociale à l’enfance. Le premier était en foyer, les deux autres placés dans ma belle famille. J’ai dû retirer le voile pour chercher du travail, sur les conseils de l’assistante sociale. Je l’enlevais pour partir au travail et le remettais en rentrant. Il me protégeait. Quand je n’étais pas voilée, j’avais l’impression que tout le monde avait les yeux braqués sur moi. En 2012, l’État m’a tendu la main que j’attendais et proposé une formation de greffière avec le ministère de la Justice. J’étais tellement fière ! Je me suis dit que le voile ne m’avait pas rendu service. Mais après dix-huit mois, je suis revenue à la case départ [...] Je me suis donc à nouveau protégée. Dix jours après les attentats de Paris, j’ai eu un déclic et j’ai enlevé définitivement mon voile. »

Vous avez mis la nouvelle sur les réseaux sociaux...

« J’ai mis sur Facebook deux photos : une avant et la deuxième sans le voile. Il y a eu plus de 85 000 « like » ! La plupart des commentaires m’encourageaient, d’autres m’insultaient, me menaçaient... Beaucoup de jeunes femmes me contactent sur les réseaux sociaux et me demandent de les aider. »

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire « J’ai choisi d’être libre » ?

« Ce livre a été une thérapie pour moi. J’avais besoin de mettre des mots sur mes maux. J’ai voulu apporter un témoignage utile, donner aux femmes l’espoir de s’en sortir, mais aussi apporter une information utile, préventive, pour aider les jeunes femmes à ne pas tomber dans la doctrine salafiste qui peut conduire au jihad.

Je ne suis pas là pour leur dire de retirer leur voile. Je ne m’en prends pas aux musulmans, ni à l’Islam, mais à tous les extrémismes. Le wahhabo-salafisme est une doctrine récente, sectaire, une société parallèle qui nie la personnalité des femmes et qui gagne du terrain. Mais ce n’est pas l’Islam, qui est une religion de paix. Or pour être en paix à l’intérieur, il faut l’être aussi à l’extérieur, s’adapter au monde qui nous entoure. »

Aujourd’hui, où en êtes-vous avec la religion ?

« Je suis musulmane, croyante. Ma spiritualité est beaucoup plus profonde qu’avant. »

Vous avez créé une association baptisée « Libératrices » ?

« Oui, à Rouen. J’aimerais aider les femmes voilées qui souffrent et qui veulent s’en sortir. Celles à qui le voile convient très bien, aucun souci ! Mais que toutes les femmes aient la liberté de choisir. »

Votre voile ne vous manque plus ?

« Du tout ! Je suis fière d’avoir réussi à passer à travers des épreuves très difficiles : enfant maltraitée, femme maltraitée. J’élève aujourd’hui mes enfants et je lance mon entreprise de bonbons naturels ».

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICIA BUFFET

p.buffet@presse-normande. com

« J’ai choisi d’être libre », d’Henda Ayari, Flammarion, 352 pages.

Association Libératrices, 72 rue de Lessart, 76100 Rouen. Tél. 02 77 41 20 56 ou 06 18 11 33 83. Courriel : liberatrices@gmail. com


Patricia BUFFET




"Rescapée du salafisme en France" : tel est le sous-titre du récit autobiographique de Henda Ayari. A l’orée de la quarantaine, musulmane accomplie et épanouie, elle a décidé de raconter son histoire dans "J’ai choisi d’être libre", afin de prévenir des dangers de l’extrémisme.

Un décryptage vécu du salafisme

Née d’un mariage arrangé entre une Tunisienne et un Algérien, Henda Ayari grandit auprès d’une mère tyrannique et peu aimante. Après avoir réussi à éviter un mariage forcé, la jeune fille se réfugie dans la religion. "En sortant de l’adolescence, on est fragile, nous explique-t-elle. Les jeunes filles sont des proies idéales, elles se voilent de plus en plus jeunes ! Je les vois dans la rue, dans le tramway… Ça m’est arrivé de les aborder pour en savoir un peu plus. Parfois, elles cherchent juste un mari. » Henda épouse Bachir en pensant trouver un port d’attache. Erreur : très vite, elle réalise qu’il lui ment, qu’il est mesquin et malhonnête… Ainsi que tout son entourage, comme l’ami de son mari, très religieux qui lui fait des avances dès que Bachir a le dos tourné. Pas de télévision, pas de cinéma, un rejet de la société française qui ne s’adapte pas aux règles salafistes. En lisant le livre, on réalise à quel point cet extrémisme faussement spirituel est synonyme d’isolement. Et peut ainsi mener au pire. C’est après les attentats de novembre 2015 qu’Henda a choisi de raconter son histoire, afin d’éclairer les consciences. « J'étais une prisonnière qui ignorait qu'elle était en prison. »  écrit-elle dans J’ai choisi d’être libre, co-écrit avec la journaliste Florence Bouillat.

Ici, l’ancienne salafiste s’adresse aussi à celles qui pourraient ne pas comprendre comment on se retrouve pieds et mains liés, en expliquant que sa maternité l’a longtemps empêchée de se libérer. "Le fait d’être enceinte a vraiment refermé le piège sur moi, et j’ai mis près de dix ans à comprendre que j’avais une porte de sortie." Et propose de favoriser le dialogue avant tout : "Dans l’association que j’ai créée, "Libératrices", un imam répond à des questions comme : ‘Est-ce que le voile est obligatoire ?’ ou ‘Qu’est-ce que le salafisme ?’. Certains musulmans s’imaginent qu’il s’agit du véritable islam, mais il faut prouver le contraire."

Endoctrinée, aujourd’hui rescapée du salafisme, elle raconte sa liberté retrouvée

Une profession de foi

Après une enfance peu pratiquante et mal aimée, Henda Ayari explique dans J’ai choisi d’être libre qu’elle s’est raccrochée à la foi au sortir de l’adolescence, parce qu’elle y trouvait des repères. Sa jeunesse lui fait alors envisager l’islam comme un challenge à relever : se conduire et s’habiller de la manière la plus fidèle aux principes fondamentaux de la religion. Entre voilées, on se reconnaît, on se salue… Le communautarisme peut être très réconfortant, d’autant plus lorsqu’il est basé sur des conduites quasiment asociales. Elle est moins guidée par la spiritualité que par la peur de mal faire, alliée au sentiment de supériorité suscité par le fait de respecter mille règles contrairement aux «koufars», aux «mécréants». «Pour moi, le voile catholique et le voile musulman avaient la même signification : la foi et la sagesse, écrit-elle dans son récit. Dans ma famille, aucune femme avait porté le voile. - J'aimerais tant être comme elles, me disais-je. Je ne suis pas une fille perdue, je ne suis pas une prostituée, j'ai envie de leur ressembler. Elles ont l'air heureuses.» Alors qu’elle est déjà très pratiquante, elle rencontre Bachir, qui, sous prétexte d’être un bon musulman, la prive de toute liberté et lui impose de porter le niqab.

Un manifeste girl power

"Je ne sortais pas, je n'avais pas d'amies, je ne savais pas me débrouiller pour les papiers administratifs, je n'avais pas de compte bancaire, j'étais une femme au foyer, et n'avais pas de place ailleurs. J'avais perdu toute confiance en moi" raconte-t-elle dans son récit. Mais, après une décennie passée auprès de son ex-mari psychopathe, Henda a choisi de le quitter, de se « servir de son cerveau ». Et elle s'en est sortie, seule avec 3 enfants à charge, le poing levé. En écrivant ce témoignage, elle veut ouvrir les yeux à d’autres femmes, ou tout simplement les aider à franchir le pas ou à parler de leur expérience. Car sortir du salafisme est bien plus difficile que d’y rentrer. "J’ai quitté un enfer pour un autre, nous confie-t-elle. Il m’a fallu dix ans pour commencer à aller mieux. Je sors seulement la tête de l’eau, à prendre conscience de mes capacités. Quand on choisit de se libérer de tout cela, on se retrouve dans un isolement total, sans revenus, dans la dépression. Seule avec trois enfants, il est difficile de s’organiser pour concilier boulot et école des enfants... J’ai été obligée de faire des crédits même sur la nourriture ! C’était de la survie. Il a fallu du temps pour qu’on me tende la main, et que je puisse enfin reprendre confiance en moi."

C’est pour cette raison qu’Hendaa monté son association "Libératrices", à Rouen, où elle vit. Outre la distribution de colis alimentaires, elle a constitué un réseau d’avocats avec des premiers rendez-vous à titres gratuits. Son témoignage J’ai choisi d’être libre est une thérapie, pour elle comme pour les autres, qu’elles voudraient voir se libérer de l’emprise d’un mari maltraitant. Elle est aussi en train de fonder une société dans les bonbons naturels. Hyperactive… et aussi féministe ? Sans aucun doute. "Pendant longtemps, je n’avais pas envie d’être affiliée au féminisme car je pensais, à tort, que c’était un courant violent, agressif, en opposition avec les hommes. Même si j’ai été en guerre contre eux après ma séparation avec mon ex-mari, il me semble important que la gent masculine croie aux droits des femmes." D’ailleurs, Henda aimerait que son fils aîné, perturbé par son passé familial et avec qui elle n’a plus de contacts aujourd’hui, puisse lire ce livre – afin de mieux comprendre son parcours de combattante.

Désormais libérée de quelconque emprise, consciente que la religion n’est pas synonyme de sacrifices, de violences et de privations, Henda vit aujourd’hui son islam avec sérénité : "Il est en harmonie avec ma vie de femme française, moderne et célibataire : plus spirituel et moins technique. Je ne culpabilise plus et c’est un grand pas ! Je me sens apte à partager ce que l’islam a de meilleur. Je veux porter un message d’espoir, ne pas me poser en victime. Il faut générer de l’énergie positive."

"J'ai choisi d'être libre, Rescapée du salafisme en France" de Henda Ayari, Flammarion.



Elle se définit comme une rescapée. A 39 ans, la franco-tunisienne Henda Ayari raconte son endoctrinement et sa liberté retrouvée.

A 20 ans, elle vivait en France selon la doctrine salafiste et portait un jilbab qui cachait tout son corps. Après un mariage, trois enfants et dix années d'obscurantisme qui l'ont détruite, elle trouve le courage de s'émanciper. Pour devenir une femme musulmane libre.

ELLE. Pourquoi décider de parler à visage découvert ?

Henda Ayari. Parce qu'il y a urgence. Je vois de plus en plus de jeunes femmes en France, enfermées dans leurs longs voiles et dans cette doctrine. Dix jours après les attentats du 13 novembre, j'ai posté sur Facebook des photos de moi en jilbab et d'autres sans voile, en expliquant combien j'étais heureuse d'avoir retrouvé ma liberté. J'ai été sidérée par le nombre de réactions de filles qui vivaient ce que j'ai vécu, et me demandaient de l'aide. Le salafisme est un piège destructeur pour les femmes. Cette idéologie culpabilise, asservit, détruit.

ELLE. Comment s'opère cette destruction ?

Henda Ayari. Des jeunes filles en quête d'amour, de confiance en elles, révoltées contre le statut de la femme objet et contre la société tout court, tombent dans le panneau en croyant que les salafistes vont les protéger. Faux ! Le prétendu respect des femmes prôné par les salafistes est enrobé par des belles paroles. Mon parcours démontre que ce ne sont que mensonges et manipulations mentales, sous couvert d'un pseudo discours religieux destiné à maintenir les femmes sous une dépendance permanente. A les rabaisser à un rôle mineur.

Vous témoignez dans votre récit de l'hypocrisie totale des hommes salafistes envers le sexe...

Henda Ayari. Les « barbus » draguent autant que les autres. Et, sous prétexte d'aider une «sœur», ils attendent souvent une contrepartie sexuelle. J'y ai été confrontée. La polygamie est une vaste hypocrisie. C'est un moyen d'utiliser la femme comme un objet alors que le salafisme prétend la libérer de l'esclavage sexuel de la société «du dehors». J'ai vu tant de gamines mariées à 17 ans, mères d'un enfant à 18, de trois à 25, se retrouver au RSA parce que leur mari salafiste les a quittées pour en choisir une autre. J'en ai vu d'autres, victimes de violences conjugales, être menacées de mort lorsqu'elles veulent partir. Elles ont besoin d'aide.

ELLE. Subissez-vous des menaces ?

Henda Ayari. On dit de moi que je suis une traîtresse. J'ai été insultée sur les réseaux sociaux, j'ai reçu des menaces de mort, j'ai dû déménager. Mais tant d'autres me soutiennent aussi ! Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu'une femme à s'en sortir, j'aurai gagné. Au travers de mon association «Libératrices», je travaille avec des services d'accueil et des avocats, pour offrir à ces femmes des portes de sortie. L'islam, ce n'est pas le salafisme. Le voile n'est pas obligatoire pour être une bonne musulmane. Je crois fermement que les femmes musulmanes doivent prendre la parole. Je suis une rescapée. C'est de ma responsabilité de témoigner.

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Avant son mariage en 1998. © Collection Personnelle de Henda Ayari

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En robe de mariée, en 1998. © Collection Personnelle de Henda Ayari

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En 1999. © Collection Personnelle de Henda Ayari

« J’ai choisi d’être libre », de Henda Ayari, éd. Flammarion (sortie le 2 novembre).

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© Presse

Cet article a été publié dans le magazine ELLE du 28 octobre 2016. Abonnez-vous ici.


Henda Ayari, libérée du salafisme, tout voile dehors (03.11.2016)
Modifié le 03/11/2016 à 10:53 | Publié le 03/11/2016 à 10:53

Henda Ayari : « Je suis un intermédiaire entre ces femmes emprisonnées dans l'obscurantisme et le monde extérieur qui leur fait peur. » | Jonathan Konitz.
Sébastien BAILLY.

Mariée pendant plusieurs années à un salafiste, Henda Ayari a réussi à reprendre une vie normale du côté de Rouen. Elle raconte son histoire dans un livre et lance une association pour venir en aide aux femmes qui veulent s'en sortir.

Le col en fourrure de sa veste est parfumé, le chemisier cintré, les sourcils dessinés au crayon, la pommette saillante. Autour du cou, un pendentif. Des bagues aux doigts. Henda Ayari, 39 ans, est une jeune femme moderne, souriante, énergique. Le regard franc, le verbe haut. Comment imaginer cette femme-là sous le niqab et la coupe d'un mari violent ? C'est pourtant son histoire. Celle qu'elle raconte dans un livre : J'ai choisi de vivre libre. Une descente aux enfers et une rédemption.

Henda a 21 ans lorsqu'un salafiste lui fait la cour. Elle découvre tout juste l'islam, et l'homme lui promet monts et merveilles, une vie de rêve, et le chemin vers le paradis. Se marier serait la moitié de la distance parcourue… « J'étais persuadée que c'était ma destinée », raconte-t-elle. Elle tombe sous le charme, quitte Canteleu, la banlieue de Rouen (Seine-Maritime) où elle a grandi, et l'université de Mont-Saint-Aignan où elle a entamé des études de psychologie.

Elle s'en sortira. Trois enfants plus tard. Désocialisée, désorientée, sans aucune estime d'elle-même. Et répudiée. Car les salafistes se donnent ce droit : répudier leur femme en une phrase, sans besoin de témoin ; se marier, presque aussi simplement, répudier à nouveau, et ainsi de suite, passant de l'une à l'autre selon leur bon vouloir. Une limite : on ne peut pas se remarier avec une femme qu'on aura répudiée trois fois. La femme ne voit le monde qu'intégralement voilée, quand elle sort. Le reste du temps, elle s'occupe des enfants, de la maison, de son mari. Un mari satisfait rapprocherait encore un peu plus de la porte du paradis.

Si Henda raconte aujourd'hui son histoire dans un livre, c'est parce que le 23 novembre 2015, en réaction aux attentats de Paris, elle publie deux photos sur son compte Facebook. Sur la première, elle est en niqab. Sur la seconde, elle est en blouson de cuir, en pantalon. Comme un raccourci symbolique de son parcours. « Je n'ai pas réfléchi, c'était ma manière de dire : « Je ne suis pas comme ces gens-là. » Je pensais à mon ex-mari, salafiste : je voulais absolument me démarquer de ça. »

Des milliers de commentaires s'ensuivent : « Ça a été très très dur. J'ai reçu des attaques, je n'avais pas prévu ce qui allait se passer. » Mais, rapidement, Henda reçoit la proposition d'écrire son histoire. « Je sais qu'il va y avoir des détracteurs, mais aujourd'hui, je suis apaisée, je suis préparée. J'ai toujours eu la volonté de lancer une association pour aider d'autres femmes. Le livre, c'est la porte d'entrée, l'opportunité de lancer cette association. »

« Je n'ai plus peur »

C'est que, sur Facebook, Henda reçoit des dizaines de messages : des jeunes filles, des femmes, partout en France, qui l'appellent au secours. « Que répondre à une femme qui a envie de divorcer, d'enlever son voile et que son mari a menacée de mort ? se demande-t-elle. Elles s'identifient à moi, à mon parcours, du coup elles ont moins peur de m'en parler, plutôt que d'aller voir la police ou une assistante sociale. Elles ont peur d'être jugées, rejetées, elles n'ont pas confiance. Je suis un intermédiaire entre ces femmes emprisonnées dans l'obscurantisme et le monde extérieur qui leur fait peur. »

L'association a un nom : Libératrices. Dans l'esprit de sa fondatrice, il s'agit que les femmes se libèrent elles-mêmes : « Il n'y a qu'elles qui peuvent prendre la décision. Le déclic doit se faire dans leur tête. On est là pour les aider, pour être le tremplin qui leur permet de s'en sortir. »

Henda Arayi est toujours musulmane, mais pour elle, ce qui compte aujourd'hui, c'est « que chacun soit en paix avec soi et avec le monde extérieur ». « Je n'ai rien contre une femme qui a, de son propre chef, choisi de porter le voile, explique-t-elle. Je fais la différence entre le petit voile et le voile salafiste. C'est une bâche, c'est un cercueil. On veut rendre la femme invisible. Elle n'existe plus, à part pour un homme, son mari. Le petit voile, c'est différent, ça peut être spirituel, ça peut être pour la mode, c'est à la femme de savoir ce qu'elle veut. »

Après avoir quitté son mari, Henda a vécu de missions d'intérim, de petits boulots, avant de suivre une formation pour devenir greffière au ministère de la Justice. Elle a depuis lancé sa propre entreprise de vente de confiseries, gagné son indépendance.

Certains lui ont dit qu'elle prenait un risque en publiant son livre. Elle le balaye de quelques mots : «Les gens sont en train d'ouvrir les yeux et de se rendre compte que le salafisme est une vaste escroquerie, de l'hypocrisie aussi. Je n'ai plus peur, je ne peux plus reculer. Je suis très fière d'aller jusqu'au bout, et advienne que pourra !»

À la fin de l'entretien, elle repart à pied, les cheveux détachés, sous le soleil de novembre, à travers Rouen. Libre.


J'ai choisi d'être libre, Henda Ayari, Flammarion, 352 pages.  
Pour contacter l'association Libératrices : liberatrices@gmail.com

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