mardi 11 juillet 2017

Mauritanie

En Mauritanie, l’inaudible « non » au projet de révision de la Constitution (02.08.2017)
Mauritanie : des blessés lors de marches hostiles au référendum (26.07.2017)
Réforme constitutionnelle en Mauritanie : « Un référendum inutile et dangereux » (04.07.2017)

En Mauritanie, l’inaudible « non » au projet de révision de la Constitution (02.08.2017)


La quasi-totalité des partis d’opposition boycottent le référendum portant notamment sur la suppression du Sénat et la modification du drapeau.

Le Monde.fr avec AFP Le 02.08.2017 à 15h00

Quelque 1,4 million de Mauritaniens sont appelés aux urnes, samedi 5 août, pour dire « oui » ou « non » à un projet de révision de la Constitution. Elaboré en septembre et octobre 2016 lors d’un dialogue entre le pouvoir et l’opposition modérée, le projet prévoit la suppression de plusieurs institutions : le Sénat, qui serait remplacé par des conseils régionaux élus, la Haute Cour de justice, le médiateur de la République et le Haut Conseil islamique. Lors du référendum, les électeurs devront aussi se prononcer, dans une urne séparée, sur la modification du drapeau national.


En mars 2017, la révision avait été adoptée par les députés mais rejetée par les sénateurs, pourtant majoritairement favorables au pouvoir. La décision du chef de l’Etat, Mohamed Ould Abdel Aziz, de passer outre au rejet du projet par le Parlement en le soumettant à référendum a provoqué une controverse, l’opposition et des constitutionnalistes contestant la légalité de cette procédure.

Le président, qui a fait campagne dans tout le pays, appelle à un « oui massif » et accuse l’opposition de vouloir « créer le chaos dans le pays ». Il a promis mardi soir de faire des « révélations » dans un meeting de clôture jeudi à Nouakchott, accusant de « corruption » les sénateurs opposés au projet et invitant le peuple à « éliminer cette chambre dangereuse pour l’avenir du pays et de sa démocratie ».

« Battage médiatique »

La majorité des partis de l’opposition boycottent ce référendum, qu’ils jugent « inconstitutionnel ». De ce fait, ils sont exclus du temps d’antenne de la campagne officielle, selon la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la presse. Seule une formation de l’opposition radicale, la Convergence démocratique nationale (CDN), de Mahfoudh Ould Bettah, appelle les électeurs à se rendre aux urnes, pour voter « non ». Tous les autres partis en campagne, de la majorité ou de l’opposition modérée, appellent à voter « oui ».


Résultat : la CDN dénonce une « campagne inégalitaire », le « oui » bénéficiant de la quasi-totalité du temps d’antenne officiel. « Nous menons une campagne difficile et inégalitaire en termes de répartition du temps d’antenne », a déclaré Mahfoudh Ould Bettah à l’AFP mardi soir, estimant à « 1 % seulement » le temps accordé à son parti dans les médias publics. « Nous avons une minute à la télévision officielle et une minute et demie à la radio nationale, alors qu’une centaine de partis politiques prônant le “oui” bénéficient du reste, soit 99 % du temps réglementaire », a-t-il déploré.


« Malgré ce battage médiatique des partisans du “oui”, nous avons la certitude que les Mauritaniens rejetteront ce projet anticonstitutionnel et contraire à leurs choix démocratiques », estime l’opposant, dénonçant un « manque de neutralité de l’administration et de l’armée » et des interdictions de tenir des meetings dans certaines villes. Les résultats du référendum sont attendus en début de semaine prochaine.

Mauritanie: des blessés lors de marches hostiles au référendum (26.07.2017)


Par Le Figaro.fr avec AFP

Mis à jour le 26/07/2017 à 23h13 | Publié le 26/07/2017 à 23h12

La police mauritanienne a durement réprimé ce mercredi soir deux marches organisées à Nouakchott par une coalition opposée au référendum constitutionnel du 5 août et interdites par les autorités, faisant plusieurs blessés, a dénoncé l'opposition.

Les marches étaient organisées dans deux départements de la capitale, Sabkha (sud ouest) et Arafatt (nord), par la nouvelle coalition dite "Coordination de l'opposition démocratique", créée pour faire échec au référendum. La police est intervenue pour disperser les manifestants en faisant usage de bombes lacrymogènes et de matraques, faisant "huit blessés dont quatre graves, dont des dirigeants" de partis et de mouvements qui composent la coalition, a affirmé à l'AFP leur porte-parole, Saleh Ould Henenna. "Nous avons avisé les autorités de notre décision d'organiser notre programme de meetings et de marches, comme le veut la loi, mais le régime despotique fait fi des lois et règlements", s'est insurgé l'opposant.

Un porte-parole de la police joint par l'AFP a affirmé que ces "marches n'étaient pas autorisées par les Walis (gouverneurs) concernés et donc étaient illégales". Les partis qui composent la coalition ont décidé de faire une campagne pour un "boycott actif" du référendum, appelant leurs militants à ne pas aller voter le 5 août, espérant ainsi influer sur le taux de participation et de la sorte faire invalider le vote. Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, qui continue ses meetings à l'intérieur du pays en faveur des amendements constitutionnels proposés a vivement attaqué mercredi l'opposition, estimant qu'elle avait "totalement échoué" et l'accusant de "chercher à créer le chaos dans le pays".

Près d'1,4 million de Mauritaniens sont appelés à se prononcer sur ces changements constitutionnels pour lesquels deux urnes sont prévues: l'une pour les principaux amendements et l'autre pour la modification du drapeau national, selon la Commission électorale. Cette séparation a été introduite à la demande de certaines franges de l'opposition modérée, qui rejette le changement du drapeau, selon des sources politiques. Cette révision a été adoptée le 9 mars par les députés, mais rejetée neuf jours plus tard par les sénateurs, pourtant majoritairement favorables au pouvoir.

La décision du chef de l'Etat de passer outre au rejet du projet par la voie parlementaire en le soumettant à référendum a provoqué une controverse dans le pays, l'opposition et des constitutionnalistes contestant la légalité de cette procédure. Le projet de révision a été élaboré lors d'un dialogue en septembre-octobre entre le pouvoir et l'opposition dite modérée, qui appellent à voter oui.


Outre la suppression du Sénat, qui serait remplacé par des Conseils régionaux élus, le projet prévoit celle de la Haute cour de justice, du médiateur de la République et du Haut conseil islamique. Il propose également d'ajouter sur le drapeau deux bandes rouges, symbolisant le sang versé par les "martyrs de la résistance" à la colonisation française.

Réforme constitutionnelle en Mauritanie : « Un référendum inutile et dangereux » (04.07.2017)
Le président Aziz s’apprête à diviser les Mauritaniens sur le changement du drapeau et autres menus détails, dénonce notre chroniqueur, en évitant les enjeux majeurs.

Par Hamidou Anne (chroniqueur Le Monde Afrique)

Le Monde.fr avec AFP Le 04.07.2017 à 17h37 • Mis à jour le 05.07.2017 à 09h02


Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, à Paris, le 13 avril 2017.
Dans l’un des Etats les plus pauvres au monde, le président mobilise les deniers publics pour un scrutin qui envisage quelques réformes institutionnelles cosmétiques, dont la suppression du Sénat et le changement de drapeau. L’idée du chef de l’Etat étant de rajouter deux bandes rouges aux symboles actuels afin de représenter « le sang versé par les ancêtres et le sang que les générations futures seraient prêtes à verser pour leur pays ». Sans commentaire.

Lire aussi :   Esclavage en Mauritanie : « Les autorités sont dans l’hypocrisie et le déni »

Comment être d’accord avec ceux qui prétextent la pauvreté d’un pays pour ne pas entreprendre d’initiatives en vue de rendre plus performante ses institutions ? L’argument consistant à dire « Pourquoi organiser un référendum alors que les gens ne mangent pas à leur faim ? » m’est insupportable. La démocratie, la vitalité et la sacralité des institutions en vue d’arriver à un Etat de droit ont ceci de supérieur qu’ils n’ont pas de prix mais ont un coût.

Une démarche cavalière

Dans le cas de la Mauritanie, l’obsession du président Aziz pour cette consultation électorale est inutile et dangereuse. Censé être garant de l’unité nationale, le chef de l’Etat contribue davantage à diviser les Mauritaniens sur de menus détails. D’ailleurs, la partie la plus signifiante de l’opposition mauritanienne appelle au boycottage du référendum, dont la tenue n’apportera aucune valeur ajoutée à ce pays exsangue et confronté à des défis politiques et sociaux majeurs.

Tout est mal fait dans cette convocation du corps électoral. Outre le débat sur la légalité de la procédure à travers le recours clivant à l’article 38 de la Constitution, le président mauritanien a fait preuve d’une démarche cavalière au mépris des règles élémentaires du dialogue politique qui régissent la vie démocratique. Le dédain qu’il adresse à son opposition est édifiant. Mais il fait écho à celui qu’il montre à la partie dissidente de sa majorité, notamment ces trente-trois sur cinquante-six sénateurs qui ont voté contre le projet de loi de modification de la Constitution. Tout ceci prouve une nouvelle fois la difficulté qu’éprouve cet ancien putschiste à se convertir à la démocratie et à ses exigences.


Si le président Aziz tient particulièrement à organiser ce scrutin, il est possible de lui donner mille et une idées plus utiles pour le devenir de la Mauritanie que le remplacement du Sénat par des conseils régionaux, la suppression de la Haute Cour de justice ou le changement d’hymne et de drapeau.

Les batailles les plus importantes pour la Mauritanie sont ailleurs. Elles sont par exemple dans la construction d’une nation inclusive dans laquelle, chacun, quelle que soit sa couleur de peau, pourra vivre pleinement sa citoyenneté. L’esclavage est encore une pratique courante dans le pays en dépit de son interdiction formelle. Il est urgent de mettre fin à cette barbarie réelle dans le pays, afin de respecter la simple expression de la dignité humaine.

Plaies béantes

Une autre idée à soumettre au général Aziz serait d’intégrer des questions comme le retour effectif des réfugiés négro-mauritaniens qui vivent pour certains dans des conditions insoutenables sur la partie sénégalaise de la vallée du fleuve Sénégal, frontière naturelle entre les deux pays.

On pourrait aussi suggérer au président mauritanien de réparer les crimes commis par l’Etat mauritanien, notamment contre les vingt-huit militaires noirs exécutés dans des conditions sordides dans la prison d’Inal en 1990. Le président Aziz pourrait aussi proposer l’abolition du délit de blasphème qui a conduit un jeune à la fleur de l’âge, Mohamed Ould Mkheitir, dans les couloirs de la mort.


Le référendum vraisemblablement se tiendra, avec la probabilité d’une victoire du camp présidentiel, mais les plaies du pays resteront béantes avec une forte polarisation des états-majors politiques. Quid du futur, surtout que la majorité brandit l’hypothèse d’un changement constitutionnel en vue de permettre au président actuel de briguer un troisième mandat ? La Mauritanie reste un pays préoccupant et la petite ambition que son leader nourrit pour elle est consternante.

Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.



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