mardi 11 juillet 2017

Le nouveau Mein Kampf : "Les Blancs, les Juifs et nous" (Houria Bouteldja)


Misogynie et condamnation du féminisme, homophobie, éloge du mâle viril qui domine les femelles, théorisation du racisme anti-Blanc et anti-Juif, antisémitisme, apologie de la charia, éloge d'Hitler : on a la totale. 

On comprend bien qu'on ne va pas trouver dans ce livre d'une leader du Parti des Indigènes de la République (PIR), parti raciste qu'il faut bien qualifier d'extrême-droite, des solutions heureuses à tous les maux de la société, si ce n'est des solutions finales qui concerneront les femmes, les blancs, les juifs, les chrétiens, les "pédés" et les défenseurs de couleur, forcément traîtres à leur race, des premiers.

Je ne comprends pas pourquoi cette prêcheuse de haine et d'intolérance qui ferait presque passer Le Pen père pour un enfant de chœur n'est pas mise en examen pour incitation à la haine raciale, voire pour apologie du terrorisme. 

On a eu Mahomet et les califes, on a eu Tamerlan, on a eu l'Empire ottoman, on a eu Hitler, on a eu Staline, on a eu Mao, on en a eu des tas. Mais cela ne nous suffira jamais, faut-il croire. Les folies totalitaires se réveillent en France. Aura-t-on le temps de désarmer la haine et d'éduquer les cœurs et les esprits avant qu'une catastrophe de grande ampleur n'advienne ? Il est urgent d'agir pied à pied contre ceux et celles qui, sous couvert d'antiracisme et de lutte contre les discriminations, conspirent de toutes leurs forces avec la sympathie, la complicité ou le silence coupable de certains médias et hommes politiques, pour engendrer en France une décennie noire comme celle qui a endeuillé l'Algérie dans les années 90.



Liens : 
Face à Finkielkraut dans DPDA, une intervenante pas si neutre

Rappel historique - Mein Kampf chez les leaders terroristes palestiniens :

Admiration of Hitler and Nazism

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A propos de « Les Blancs, les Juifs et nous », Houria Bouteldja (La Fabrique, 2016)

https://www.ensemble-fdg.org/content/propos-de-les-blancs-les-juifs-et-nous-houria-bouteldja-la-fabrique-2016

Porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR), Houria Bouteldja vient de sortir un ouvrage qui oscille entre prise de position personnelle, le Je  étant omniprésent mais aussi manifeste collectif des « Indigènes » comme le souligne le Nous du titre.

Volontairement provocateur, ce qui est dans les habitudes de l'auteure et du PIR en général, ce titre aura atteint son but : faire parler et écrire (et, accessoirement, vendre).

Ivan Segré vient d'en faire une longue analyse1 qui, outre son érudition, a le mérite de faire sourire car il ne manque pas d'humour, même sur des sujets aussi sérieux. Il fait notamment un long et passionnant développement sur le point central du titre, qui se trouve aussi être le centre de l'analyse de HB, pour ne pas dire son obsession : les Juifs.

Pour ma part, je me contenterai d'aborder certains points : la construction d'un Roman décolonial  miroir d'un Roman national qu'affectionne la droite ; l'idée centrale de responsabilité collective du Blanc ; le relativisme culturel camouflé en authenticité indigène pour finir en essayant comprendre à quoi renvoie la haine de Bouteldja pour Sartre..

Le Roman décolonial ou l'Histoire malmenée

Marx nous disait que l'histoire de l'humanité, c'était l'histoire des luttes des classes. Bouteldja nous dit que c'est l'histoire des Blancs asservissant les Autres, les colonisés. Qui est donc le Blanc ? Il est le produit de l'histoire occidentale qui commence en 1492 quand la race blanche s'auto-invente à partir de la traite des Noirs, nous explique-t-elle.

« Ils nous disent 1789. Répondons 1492 ». Loin de moi l'idée de nier l'importance symbolique de l'arrivée de Christophe Colomb sur l'île d'Hispanolia. Mais est-il bien sérieux de faire commencer l'histoire de l'humanité à cette date ? Où est donc passé l'Empire Ottoman ? Et le grand mouvement de conquête de l'Islam ? Et l'empire chinois qui faisait alors jeu égal avec l'Occident ? Et l'Inde ? Disparus.

Du coup, disparu l'esclavage oriental pratiqué dans toute l'Afrique et le Moyen-Orient arabe, toute la Méditerranée. Disparue, la traite arabe dans l'Océan indien. Pourtant, cet esclavage que l'on nomme « oriental », par opposition à l'esclavage transatlantique qui va suivre l'expansion européenne en Amérique, s'est développé à partir du VIe siècle et perdurera jusqu'au milieu du XXe siècle.

En revanche, si l'esclavage de ne fut pas l'apanage des seuls Blancs, la colonisation ne fut-elle pas l'oeuvre des Blancs sur les peuples indigènes ?

Là encore, ce n'est pas si simple car il se trouve que des Blancs ont colonisé des Blancs et que des Non-blancs ont colonisé des Non-Blancs.

Rappelons que le projet nazi de construction d'un monde nouveau passait par la colonisation de l'Est européen, Pologne et Russie en premier lieu, incluant la mise en esclavage des populations de ces régions. Par ailleurs, il y a une grande absente dans l'Histoire racontée par HB : l'Asie. Juste pour mémoire, le Japon a colonisé la Corée dès 1912, a envahi la Chine à partir de 1931, puis tout le reste de l'Asie à partir de 1941, mettant sous sa férule des peuples entiers et laissant derrière lui des millions de morts pour un projet qui présentait bien des traits communs avec le nazisme. Et terrible ironie de l'histoire, les peuples d'Asie avaient salué comme une victoire sur l'Occident, la défaite de la Russie face au Japon en 1905. Ils apprirent dans le sang que l'impérialisme asiatique n'avait rien à envier à celui des Blancs...

Enfin, cette année nous commémorons le centenaire du soulèvement des Irlandais contre la couronne britannique, parfait exemple de colonisation européenne en Europe.

Entendons-nous bien. Le but n'est pas de dire : « c'est Eux qui ont commencé, pas Nous » ou « Y'a pas que nous attention !» Mais si l'on veut analyser et comprendre des phénomènes historiques, l'esclavage, la colonisation, si l'on veut en guérir les séquelles, on ne commence pas par falsifier l'histoire pour la faire coller à un récit décolonial  binaire de Bons (les non-Blancs) et de Méchants (Les Blancs).

Il est d'ailleurs, assez paradoxal de voir combien HB se cale sur une histoire « européocentrée » dans ses repères, 1492 étant pour elle la date pivot. Or de plus en plus se développe une historiographie qui se veut globale, qui décentre le regard pour le faire porter par exemple sur l'Asie, et qui étend à l'ensemble du monde des notions que l'on pensait spécifiques à l'Europe ou l'Occident.2

« Ne prenez pas garde à mon teint noir : c'est le soleil qui m'a brûlée. » (Cantique des Cantiques)

Quant à la supériorité de la « blanchité » (sic), elle est loin d'être l'apanage des Blancs entendus comme les Occidentaux, héritiers de 1492. Là encore, si Bouteldja regardait l'Asie, elle verrait que la peau blanche est le marqueur de classes dominantes parfaitement indigènes. Il en va ainsi en Inde où les castes supérieures sont blanches et où la peau est de plus en plus foncée au fur et à mesure que l'on descend dans l'échelle des castes. Avoir un teint clair y est une véritable obsession. Même phénomène au Japon ou en Chine. Rien de colonial là-dedans. Dans des sociétés fondamentalement paysannes, le teint pâle marque celui qui ne travaille pas dehors3, alors que les paysans portent dans la couleur de leur peau, la dureté de leur vie. La couleur est ici un marqueur social : chassez la lutte des classes, elle revient au galop...

Pour finir, pointons un autre disparu  du Roman décolonial  : le stalinisme. Pas tout à fait innocent quand on sait d'une part, que nombre de mouvements de libération en ont hélas intégré les pires traits, à l'instar du FLN algérien ou, plus récemment de l'ANC sud-africaine, et d'autre part que le stalinisme fut un des premiers, dans les années 50, à travestir son antisémitisme sous le vocable de l'antisionisme.

Responsabilité collective héréditaire

Ce caviardage de l'histoire qui fait du récit décolonial  une fable-miroir du Roman national cher à la droite et l'extrême-droite ne présenterait que peu d'intérêt s'il ne dissimulait autre chose.
« Je vous le concède volontiers, vous n'avez pas choisi d'être blancs. Vous n'êtes pas vraiment coupables. Juste responsables ».

Voici la clé du raisonnement de Bouteldja : la responsabilité collective héréditaire.

Ainsi, les êtres humains ne sont-ils plus responsables de leurs actes, bons ou mauvais, mais ils se voient chargés en bloc de fautes ou de crimes, vrais ou inventés, commis par leurs ancêtres, réels ou supposés. Or, autant il convient de donner une responsabilité collective à des institutions, à une collectivité et a fortiori à un Etat, il est clair qu'étendre cette responsabilité à l'ensemble des individus qui les composent est une dérive dont les conséquences sont incalculables, même si le passé nous en a donné quelques exemples. Ainsi, s'il est du devoir de l'Etat français par la voix de ses plus hautes instances de se confronter à son passé colonialiste et, par exemple, de présenter ses excuses aux peuples qui furent soumis, comme l'ont fait d'autres pays, cette responsabilité ne retombe pas sur chaque citoyen individuellement. Même, insistons sur ce point, même si sa famille, directe ou indirecte fut compromise dans ces actes.

De plus, cette notion de responsabilité collective individuelle, prend en France une teinte spécifique. En effet, contrairement à d'autres pays européens, la France est un pays d'immigration depuis plus d'un siècle et demi. Belges, Italiens, Arméniens, Espagnols, Polonais, Portugais ont massivement précédé l'immigration coloniale puis post-décolonisation des Marocains et Algériens, les gros bataillons de l'Afrique subsaharienne étant finalement récents si l'on prend ces mouvements dans la longue durée.

Dans le récit décolonial de Bouteldja, cette immigration a elle aussi disparu « En Europe (…) le patronat ira en chercher (des bras) au Maghreb, en Afrique Subsaharienne et aux Antilles ».

Disparus de l'histoire, ces immigrés ou réfugiés européens se retrouvent au même banc des accusés que leurs camarades ouvriers, dans la catégorie Blancs : « Au-dessus de moi, il y a les profiteurs blancs. Le peuple blanc propriétaire de la France : prolétaires, fonctionnaires, classes moyennes ».

Plus de classes sociales, plus d'exploiteur ou d'exploités : La blanchité unit le chômeur et le PDG qui l'a licencié. Si c'est le propre même du racisme que de construire de fausses alliances de ce genre, n'est-ce pas justement notre but que de prendre en même temps ces discriminations collectives et de viser à unir, par la lutte des classes, ceux que le capitalisme préfère désunis ?

L'histoire n'est pas finie. Aujourd'hui, à l'immigration post-décolonisation, s'ajoutent les derniers entrants, venus ni d'Europe, ni des anciennes colonies françaises mais d'Asie, Chine ou sous-continent indien pour la plupart. Ce sont les employées chinoises4 des ongleries et des tristes salons de massage ou les Tamouls des arrière-cuisines de restaurants. Bien qu'ils soient absents du récit de Bouteldja, il faudra pourtant les intégrer dans nos raisonnements car ces mouvements de populations ne sont pas prêts de tarir avec par exemple une Chine qui annonce des millions de licenciements.

Si les classes sociales ne sont pas homogènes, si elles sont bel et bien traversées par des différences et des conflits, de genre, de races, mais aussi d'âge, de qualification.... elles n'en tracent pas moins des frontières entre ceux qui possèdent et les autres. Malgré les difficultés rencontrées, nul ne peut nier qu'il existe aujourd'hui une fraction significative de l'émigration post-décolonisation qui appartient sinon aux classes dominantes, du moins aux « classes moyennes supérieures » qui se pensent, à juste titre, comme faisant partie de ces classes dominantes. Le meilleur symbole, et non le seul, c'est la présence au sein de ce gouvernement de trois ministres issus des minorités originaires du Maghreb. Et parmi eux, l'auteur d'une loi visant à détruire le code du travail, Myriam El Khomri5.

Les Indigènes, les Juifs et quelques autres

« La haine raciale, n'est-ce pas un sentiment Blanc ? », nous dit HB. Les tragiques événements qu'a connu fin mars la ville de Béchar6 dans le Sud algérien où des centaines de migrants noirs ont été physiquement attaqués viennent jeter une lumière crue sur cette fable. Ce n'est hélas pas la première fois, à tel point que le journal algérien El Watan7 croit bon d'avertir les lecteurs de ses versions en ligne de la façon suivante : « El Watan a décidé de suspendre provisoirement l’espace réservé aux réactions des lecteurs, en raison de la multiplication de commentaires extrémistes, racistes et insultants. »

Si Bouteldja se gargarise avec Fanon, Malcom X, Baldwin et autres, l'Indigène réellement existant ne semble guère l'intéresser. Un passage de son ouvrage est assez significatif sur cette question.

Bouteldja aime Genet car il a salué la victoire d'Hitler sur la France. « Il y a comme une esthétique dans cette indifférence à Hitler. Elle est vision. Fallait-il être poète pour atteindre cette grâce ? » s'extasie-t-elle. Il aurait fallu poser cette questions aux milliers de tirailleurs sénégalais assassinés, souvent de façon effroyable, en 1940 par les Allemands au mépris des conventions sur les prisonniers de guerre8. Hitler les poursuivait de sa haine depuis l'occupation de la Ruhr en 1923 par les troupes françaises, dont de nombreuses unités africaines. Les nazis fantasmèrent un viol massif des femmes blanches par ces troupes coloniales. Cette affaire sans base aucune fut nommée par les nazis « la honte noire ». Et pendant que Genet frétillait à la victoire d'Hitler, Bouteldja frétillant en écho, il s'est trouvé un Blanc pour refuser de légitimer ces meurtres. C'était le préfet d'Eure-et-Loire, un certain Jean Moulin, qui tenta de se suicider plutôt que d'accuser les tirailleurs de crimes imaginaires. Ce épisode de l'histoire est à mon sens révélateur des vrais sentiments de Bouteldja sur les Indigènes. N'appelle-t-elle pas les Juifs « les tirailleurs sénégalais » de l'impérialisme ?

Comme je l'ai dit, je ne m'étendrai pas sur cette partie de l'ouvrage de Bouteldja finement analysée par Yvan Segré. Juste deux remarques. La première c'est que les premières codifications raciales au sens moderne du terme datent d'avant 1492 et qu'elles concernaient... des Juifs. En effet, nombre d'historiens datent de 1449 les premières mesures de Limpieza de sangre, c'est-à-dire de pureté de sang concernant les juifs convertis de gré ou de force au fur et à mesure de l'avancée de la Reconquista en Espagne. Ces lois, qui ne cesseront de se durcir, visaient à interdire à ceux qui n'étaient pas des vieux chrétiens, c'est-à-dire qui étaient des convertis, certains emplois ou fonctions, alors même qu'en théorie, le baptême est l'unique clé pour entrer dans la communauté chrétienne.

Par ailleurs, Bouteldja serait un peu plus crédible dans sa proclamation d'amour aux Juifs si elle avait un mot de regret même hypocrite pour les assassinats qui, d'Ilan Halimi à l'hyper-cacher en passant par Merah, ont frappé des civils juifs.

Il serait faux d'y voir un oubli de plus : l'idée-force d'une responsabilité collective héréditaire fait de tout Juif un « complice du sionisme » et légitime les assassinats de civils, partout dans le monde. Voilà qui explique les attentats antisémites commis sur notre sol depuis celui contre la synagogue de Copernic en 1980.

Certains Damnés de la Terre sont plus égaux que d'autres...

« Quant à nous, l'antisionisme est notre terre d'asile. Sous son haut patronage, nous résistons à l'intégration par l'antisémitisme tout en poursuivant le combat pour la libération des damnés de la Terre. » Oublions le pathos pompeux et regardons le fond. Qui sont donc ces damnés de la Terre d'aujourdhui ? Les Syriens, bombardés par Assad, affamés par le Hezbollah et les Iraniens ? Elle ne les évoque même pas. Les réfugiés qui fuyant les guerres affluent en Europe quitte à perdre la vie dans cette nouvelle épreuve ? Pas un mot.

Alors, son combat est-il celui des peuples soulevés par les Printemps arabes ? Pas un mot de compassion même convenue pour les Egyptiens ou les Tunisiens devant faire face au terrorisme.

En revanche, Bouteldja nous raconte en se pâmant son émotion devant « l'Indigène arrogant» Ahmadinejad niant l'existence d'homosexuels en Iran : « Il y a des gens qui restent fascinés longtemps devant une œuvre d'art. Là ça m'a fait pareil. Ahmadinejad, mon héros ». Il est assez farce de voir l'Iran classé chez les Indigènes, pays si fier de son empire millénaire et de n'avoir jamais été colonisé. Soyons mauvaise langue : ne serait-ce pas parce qu' Ahmadinejad fut en pointe dans le combat « antisioniste » que Bouteldja a pour lui les yeux de Chimène ? Un Indigène d'honneur en quelque sorte.

Seuls les Palestiniens trouvent grâce à ses yeux. Enfin, presque. Les Palestiniens du camp de Yarmouk en Syrie, assiégés par et l'Etat islamique et par le Hezbollah n'ont pas cette chance. Un Palestinien ou plus largement un Arabe souffrant n'a d'intérêt que s'il est opprimé par Israël, ou a minima par l'impérialisme. Autrement, c'est un détail de l'Histoire qui comme chacun sait, ne fait pas d'omelettes sans briser les œufs.

Dieu, la Famille et la Patrie...

Je ne résiste pas au florilège :

« J'appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l'Algérie, à l'Islam ».

« Le mâle indigène défendra ses intérêts d'homme. Sa résistance sera implacable : « Nous ne sommes pas des pédés ! »

« Le féminisme fait partie des phénomènes européens exportés »

« Il faudra deviner dans la virilité testostéronée du mâle indigène, la part qui résiste à la domination blanche »

«Les hommes, ces héros, les femmes ces Pénélopes loyales ».

« Non, nos hommes ne sont pas des pédés ! » Nous disent-elles. La boucle est bouclée ».

« Qui est cet être humain (...) qui dérobe corps et chevelure aux regards concupiscents ».

« Le combat consiste à faire redescendre ceux qui commettent le sacrilège de s'élever au niveau de Dieu ».

« Jusqu'au début des années 1980, sous les cieux protecteurs de la République française, le sionisme se portait comme un charme et coulait des jours heureux. Il se baladait dans les boulevards ».

Cette apologie de la famille, de la Race, de la Femme, de la virilité, c'est beau comme du Zemmour non ? Pour la dernière phrase, c'est plutôt beau comme du Drumont.

En laissant de côté le goût personnel de Bouteldja pour les hommes virils qui, après tout la regarde, penchant-nous sur sa théorie du féminisme, comme phénomène blanc exporté chez les Indigènes pour les castrer symboliquement quand ce n'est pas physiquement.

« Le droit du travail est-il universel et intemporel, un passage obligé pour prétendre à la libération, à la dignité et au bien-être ? Je ne crois pas ». « Je n'ai jamais demandé un code du travail. Je n'y ai même jamais pensé. Pour moi, le droit du travail, c'est comme du chocolat, un luxe ». J'ai bien entendu remplacé ici féminisme employé par Bouteldja par droit du travail dont nous parlons beaucoup en ce moment.

Qui, prétendant oeuvrer à la libération des plus pauvres, aurait l'outrecuidance de dire que l'amélioration des conditions de travail ce n'est pas pour les pays du Sud ? Que le syndicalisme, c'est l'affaire des Blancs. Et pourtant, le syndicalisme a été « inventé » et s'est développé sous la forme que nous connaissons d'abord en Occident.

Voici 60 ans, la stalinienne Jeannette Vermeersch, épouse de Maurice Thorez, déclarait quand le planning familial fut créé : « La maternité volontaire est un leurre pour les masses populaires et c'est une arme entre les mains de la bourgeoisie contre les lois sociales » et elle ajoutait : « Depuis quand les femmes travailleuses réclameraient le droit d’accéder aux vices de la bourgeoisie ? Jamais ».  Remplacez travailleuses par Indigènes et bourgeoisie par Blanches et le tour est joué...


Rien de nouveau sous le soleil donc.

Vous chercherez en vain chez Bouteldja la moindre phrase d'appui aux luttes des femmes en Algérie, en Tunisie, en Afrique... Quand on écarte le pathos, elle rejoint l'idéologie la plus réactionnaire : « (les Blancs) ont oublié ce qu'ils étaient avant d'avoir été engloutis par la modernité. Ils ne se souviennent plus du temps où ils avaient encore des cultures, des chants, des langues régionales, des traditions. Nous c'est différent. Nous conservons cette mémoire. D'où notre attachement à la famille et à la communauté ». Et de nous gratifier d'une série de Allahou Akbar extatiques...

Qui, écoutant un tel Credo, peut s'étonner que des islamistes aient rejoint les catholiques les plus réactionnaires dans les « Manifs pour tous » au nom de la famille et de la tradition ?

Cet attachement « au clan et à la race », c'est aussi ce qui légitime la répression contre ceux qui osent revendiquer des libertés prétendument occidentales notamment la liberté de penser, de croire... ou de ne plus croire. « Apostats » donc traîtres ils risquent au mieux l'ostracisme, au pire leur vie9. L'individu se voit ainsi assigné à une identité obligatoire. Si l'on suit ce raisonnement, pourquoi reprocher à la Grèce de refuser le multiculturalisme en arguant de son identité chrétienne orthodoxe qu'elle a dû défendre contre l'impérialisme ottoman musulman ? La constitution interdit encore aujourd’hui la construction de mosquées dans ce pays… Et je ne parle pas de l'imbécillité d'un Chevènement justifiant le manque de libertés démocratiques en Russie par les traditions de ce pays !

Sartre, Bouteldja et les Marsiens


Bouteldja voue une haine particulière à Sartre. Le première partie de son ouvrage s'intitule « Fusillez Sartre !». Ce fut le cri de guerre de l'extrême-droite pendant la guerre d'Algérie quand Sartre, dans sa fameuse préface aux Damnés de la Terre de Franz Fanon disait : « Abattre un Européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre ».10

Si la droite hurla, certains à gauche se contentèrent de rire à ces mâles accents meurtriers. Sartre, disaient-ils, essaie de faire oublier qu'il fit partie pendant la Seconde Guerre mondiale, de ces millions d'attentistes, ni salauds ni héros. A l'inverse de ses camarades « ulmards » Jean Cavailles ou Georges Canguihlem passés à la clandestinité ou son rival Raymond Aron qui rallia la France Libre en 1940, Sartre se contenta de vivre, d'écrire et de se faire représenter au théâtre. Pas de compromission honteuse mais pas de quoi pavoiser. En gros, Sartre aura été un de ces résistants de la 25e heure qui sont souvent ensuite les plus intransigeants.

En Algérie, on les appelle les Marsiens. Ce sont les combattants qui se sont réveillés à partir du 19 mars 1962 et qui furent dans les premiers à réclamer vengeance et à crier plus fort que les autres pour faire oublier leur attentisme.

Pourquoi Bouteldja veut-elle fusiller Sartre ? Car il n'a pas été jusqu'au bout : « Pour exterminer le Blanc qui le torture, il aurait fallu que Sartre écrive : Abattre un Israélien, c'est faire d'une pierre deux coups (…) Se résoudre à la défaite ou la mort de l'oppresseur fut-il juif. C'est le pas que Sartre n'a pas su franchir ».
Comme Sartre, Bouteldja fait partie des Marsiens. Entre auto-apitoiement, « Je suis une victime », éructations creuses « L'amour et la paix ont un prix. Il faut le payer », trémolos dans la voix « La parole des colonisés est dense. Elle est puissante. Elle ne ment pas » Bouteldja nous dit ce qu'elle est : une Indigène de salon. Qui clame son amour unique et inconditionnel de l'Algérie, qui pleure tous les jours que Dieu fait son mal du pays... mais qui a son rond de serviette chez Taddei.
Bouteldja fait partie de ces Marsiens de l'extérieur, plus algériens que les Algériens. Une race honnie par ces derniers. Car ils doivent quotidiennement vivre entre un pouvoir agonisant et la peur que revienne la décennie noire. Quand les Algériens voient la momie en fauteuil roulant qui leur sert de président sommer la France de se repentir pour la colonisation en Algérie, tout en ayant un abonnement à l'Hôpital militaire du Val-de-Grâce, c'est la colère et la honte qui les meut. Colère de voir qu'en 50 ans, ce pouvoir prévaricateur qui a confisqué l'indépendance n'a pas été capable de mettre sur pied un système médical digne de ce nom malgré la rente pétrolière, honte de voir leur président n'avoir aucune honte justement. Imagine-t-on Castro ou Giap en traitement au Jefferson Memorial Hospital ?
Mais cette Algérie humiliée n'intéresse pas Bouteldja. Un dernier exemple. Pendant qu'en France se déroulait le honteux débat sur la déchéance de la nationalité des binationaux, l'Algérie préparait une nouvelle constitution prévoyant dans son article 51 l'interdiction de la haute fonction publique et certaines fonctions électives aux binationaux11. Premiers visés, les binationaux français. Très vite des collectifs se sont montés en France pour obtenir l'annulation de cet article qui, non seulement fait d'eux des Algériens de seconde zone, mais aussi prive l'Algérie des richesses de leur formation et de leur expérience et de la possibilité des échanges entre les deux pays. A-t-on vu Bouteldja dans ce combat qui pourtant concerne au premier chef le pays de son cœur ? Je vous laisse deviner la réponse.
Repentez-vous car la fin des temps est proche (Tintin)
Non, l'Indigène fantasmé n'est pas le rédempteur du Blanc.
Passent sur nos écrans de ciné un documentaire « Merci Patron »12 qui met aux prises un ouvrier d'une cinquantaine d'année et le groupe Arnault qui l'a licencié. A la fin nous sommes contents, grâce à Robin des Rois-Fakir, le shérif de Nottingham-Arnault a rendu gorge et Klur, le prolo à l'épais accent picard, a décroché le Graal absolu : un CDI de manutentionnaire chez Carrefour. Cette victoire laisse pourtant un goût amer car pour un de sauvé, combien sur le carreau ?
La situation que nous vivons est sombre. Une partie de la société est entraînée depuis quelques années par une lame de fond conservatrice. Les anciennes solidarités ont éclaté, les nouvelles peinent à voir le jour, c'est peu de le dire.... Cela touche toutes les communautés, les immigrés récents ou anciens comme les autres. Il n'est de voir que le résultat des dernières élections législatives en Turquie et en Tunisie dans l'immigration en France : les partis conservateurs y ont fait un score très nettement supérieur à celui du pays d'origine.
Oui, l'Etat doit reconnaître les crimes qui ont été commis pendant toute la période de la colonisation. Oui, toute sa place doit être donné à ce pan de notre histoire non seulement dans l'enseignement mais dans l'espace public. Le symbolique pèse lourd sur les représentations. Mais au risque de désespérer Billancourt, cela ne changera pas fondamentalement la situation : rappelons que le discours de Chirac sur la participation de la France à la Shoah date de 1995. Est-ce que cela a réduit d'un iota l'antisémitisme ? A regarder régulièrement les réseaux sociaux et au vu des crimes commis encore récemment, on a la réponse. Même chose avec Vichy ou l'analyse du nazisme qui ont progressé à pas de géants dans l'historiographie. Mais cela n'a pas freiné pour autant la progression de l'extrême-droite en France comme en Europe. Non, l'Histoire ne vaccine pas contre les peurs... Ce serait si facile sinon !
Notre société ne souffre pas d’abord d'amnésie mais aussi d'hypermnésie. Cela ne l'aide guère à aller de l'avant. Les historiens doivent faire leur travail, l'Etat doit prendre ses responsabilités, mais il en va des sociétés comme des individus, le ressassement avec tout ce que cela comporte de fantasmes n'aide guère à avancer. L'intégration des millions d'étrangers, immigrés et réfugiés qui sont venus en France ne fut pas une partie de plaisir. Qui se souvient qu'on expulsait les mineurs polonais pendant la Grande Crise directement du carreau de la mine vers les trains ou que le plus grand bidonville de France fut celui de Champigny et qu'il était portugais. A écouter certains, le multiculturalisme c'est en gros manger du couscous en écoutant du djembé, et en avant vers l'avenir radieux ! Je caricature mais il faut être conscient qu'une société multiculturelle doit s’inventer en marchant. Et que sans espoir commun, tourné vers l’avenir, c’est mission presque impossible. 13
Oui, l'universalisme de la IIIe République fut un mensonge car il était tout sauf universel. Mais est-ce à dire que nous devons revenir à nos clans, nos tribus, nos familles ? Que nous devons retrouver la religiosité la plus puérile ? Que nous devons être réactionnaires pour être sauvés ? Que nous devons nous résigner à la concurrence de toutes les forces centrifuges ? Malheureusement cela sonne plutôt comme une guerre de tous contre tous, où les plus faibles et les plus fragiles (c'est-à-dire les plus exploités et les plus opprimés) seront les premières victimes.
« Dans cette grande sécheresse, dans ce grand assèchement, le mirage d’un monde meilleur reflue du séculier au religieux. On réislamise, rechristianise, rejudaïse, par en bas et par en haut. Des prédicateurs thaumaturges évangélisent médiatiquement la modernité. Des religions revanchardes revendiquent des droits immémoriaux.
Les pôles magnétiques perdent le Nord.
Les boussoles ne tournent plus rond.
Les fils à plomb ne tombent plus droit.
Jusqu’où ira ce grand reflux de la conviction vers la foi, de la confiance vers la croyance ? »
Daniel Bensaïd, Jeanne de guerre lasse, Gallimard 1991
Ariane Pérez, le 28 mars 2016.
1Voir ici la totalité du texte d'Ivan Segré https://lundi.am/Une-indigene-au-visage-pale
2Voir ainsi le stimulant essai, même s'il est vigoureusement discuté, de Jack Goody, mort récemment « Le Vol de l'histoire » Gallimard, 2013.http://www.laviedesidees.fr/Le-recit-du-monde.html
3Ce fut vrai en Europe jusqu'à la Révolution industrielle qui, déplaçant les anciens paysans vers les usines, allait leur donner un teint blafard.
4Sur cette nouvelle immigration très féminine voir le rapport de l'INED http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1524#inter2
5Signalons à ce propos les sorties du propre frère du président algérien Bouteflika qui a trouvé le moyen de dénoncer la présence de trois ministres d'origine marocaine dans le gouvernement français comme une preuve de plus de la haine de la France contre l'Algérie. L'unité des Indigènes semble un peu plus compliquée que ne l'entend Bouteldja. http://www.mondafrique.com/alger-colere-apres-promotion-daudrey-azoulay/
7Il faut saluer le courage du journal et des ONG qui se battent contre ce racisme souvent très violent. http://www.elwatan.com/regions/est/actu-est/ouargla-cent-le-racisme-des-algeriens-17-03-2016-316785_221.php
8Voir à ce sujet l'ouvrage de Johann Chapoutot,https://www.puf.com/content/Des_soldats_noirs_face_au_Reich
9Voir à ce sujet le nombre de pays qui punissent de mort l'apostasie : http://www.economist.com/news/middle-east-and-africa/21695542-penalties-...?
10Outre le problème posé par la responsabilité collective induite dans l'appel au meurtre de Sartre, rappelons simplement que dans la réalité, le FLN algérien assassina environ 5 Algériens pour un « colon » européen. Voir à ce propos l'article de Guy Pervillé dans l'ouvrage collectif dirigé par M. Harbi et B. Stora La Guerre d'Algérie, la fin de l'amnésie. Robbert Laffont 2004.
13Voir à ce sujet la dernière partie de l'article de Pierre Rousset consacré aux suites des attentats de Bruxelles. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37572







































Indigènes de la République: Thomas Guénolé démontre le racisme, la misogynie et l'homophobie de Houria Bouteldja

Vendredi soir, dans l'émission "Ce soir (ou jamais !)", le politologue Thomas Guénolé s'est attaqué à "ces anti-racistes devenus racistes". Dans son viseur, Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, présente également en plateau.
"Il y a plein de choses qui ont été dites depuis tout à l'heure donc je ne sais plus où j'en suis." C'est peut-être la seule affirmation avec laquelle on pourrait tomber d'accord avec Houria Bouteljda, lors de son passage sur le plateau de Ce soir (ou jamais !), le 18 mars. Une émission durant laquelle la fondatrice du Parti des Indigènes de la République a eu le plus grand mal à justifier ses prises de positions face au politologue Thomas Guenolé, bien décidé à faire la lumière sur la dérive racialiste d'une partie de la "gauche" anti-raciste. L'émission de Frédéric Taddeï, souvent décriée, a d'ailleurs cet avantage. En laissant à ses invités l'espace et le temps de poser leur réflexion, il permet souvent de faire tomber les masques.
Sur le plateau de France 2, on retrouvait donc Houria Bouteldja et Thomas Guénolé mais aussi la politiste Anastasia Colosimo, l'historien Emmanuel Debono, la vice-présidente de la Licra Sabrina Goldman, la présidente de l’association La brigade des mères Nadia Remadna, la civilisationniste et membre du collectif Marche des femmes pour la dignité Maboula Soumahoro, et le photographe Oliviero Toscani, tous réunis pour tenter de répondre à la question :" Où en est la lutte antiraciste ? A-t-elle échoué ?" Il fallait avant tout se demander ce qu'est devenue cette lutte antiraciste. Un début de réponse a été apporté par l'interpellation de Houria Bouteldja par Thomas Guenolé. 
"Je pense que ce qui a changé, c'est qu'il y a une partie de l'antiracisme, et ça me fait beaucoup de peine de dire ça, qui est devenue raciste ! Je parle de vous madame Bouteldja", entame le politologue. S'en suivent deux minutes d'une démonstration implacable, illustrations à l'appui, du corpus idéologique de la porte-parole du PIR.
Guénolé montre tout d'abord une photographie sur laquelle apparaît Houria Bouteldja, pouce en l'air et sourire aux lèvres, à côté d'une pancarte où on peut lire "Les sionistes au goulag". Il commente : "Ca signifie au sens strict que les juifs favorables à l'existence d'Israël doivent être envoyés dans des camps de concentration".
"La généralisation fondée sur la couleur de la peau, surtout pour un propos négatif, c'est du racisme madame"
Puis, la voix posée, il assène : "Par ailleurs vous êtes raciste madame !et cite un passage du dernier livre de Houria Bouteldja Les blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire (sic) : "La blanchité est une forteresse, tout blanc est bâtisseur de cette forteresse", y écrit la militanteDécryptage de Guénolé : "'Tout blanc', c'est une généralisation fondée sur la couleur de la peau.La généralisation fondée sur la couleur de la peau, surtout pour un propos négatif, c'est du racisme madame".
Guénolé embraye sur la conception de la place de la femme par rapport à l'homme de Houria Bouteldja, dévoilée dans ce même livre avec cette citation : "Si une femme noire est violée par un noir, c'est compréhensible qu'elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire"Et en matière de relations hommes-femmes, Houria Bouteldja, ne fait jamais dans la dentelle. En 2015, elle expliquait que "l'idéologie selon laquelle les couples mixtes, la rencontre entre deux cultures c'est beau, c'est pourri". Réplique de Thomas Guenolé : "Donc les noirs avec les noirs, les Arabes avec les Arabes, les blancs avec les blancs. D'un point de vue technique, pour suivre votre idée, il faudrait faire des lois raciales".
Dernier point cité par le politologue, le regard de Bouteldja sur l'homosexualité, expliqué dans son dernier ouvrage : "Comme chacun sait, la tarlouze n'est pas tout à fait un homme. Ainsi, l'Arabe qui perd sa puissance virile n'est plus un homme".  Face à cet enchaînement implacable, Houria Bouteldja, les yeux rivés sur le sol, la mâchoire serrée, semble comme K.O.
C'est Maboula Soumahoro, membre de la Marche des femmes pour la dignité, association très proche du PIR, qui va venir à son secours. Elle valorise l'apport de Houria Bouteldja sur "les définitions qui sont proposées quand elle parle des indigènes, des femmes indigènes et des blancs. Il est important par honnêteté intellectuelle de parler de cette identité blanche. On ne parle des individus blancs, on parle d'un système qu'on peut dater à la période de l'entrée de l'Occident dans les Amériques qui a amené à la colonisation du continent américain puis africain."
"Les citations sont parfaitement vraies et je les assume."
Puis la réponse de Bouteldja vient. A la démonstration du politologue, elle rétorque : "Je ne vais pas m'étendre puisqu'une partie des citations de monsieur Guénolé sont parfaitement vraies et je les assume. Simplement il va falloir lire le livre pour se faire une idée de la précision avec laquelle j'utilise un certain nombre de concepts". Comme celui de "tarlouze" peut-être, ou du dégoût des couples mixtes sans doute.
Mais, pour saisir le fond idéologique de la porte-parole du PIR, il faut remonter un peu plus haut dans l'émission, lorsque Frédéric Taddeï demande à Bouteldja ce qu'est le racisme d'Etat à ses yeux. La militante n'y fait pas mystère de sa pensée et de son projet de société :
"Il y a le clivage de classe mais aussi le clivage de race. Le clivage de race est un clivage qui n'est pas assumé, ou ne veut pas être vu, au prétexte que la race n'existant pas, on ne peut pas s'attaquer… La race n'existant pas, on ne peut pas la faire exister... Voilà. On crée du racisme en pointant du doigt l'existence des races sociales qui sont en réalité un produit de l'Histoire et du pouvoir".
Le "on" ici, n'est pas un "on" général mais bien le "on" englobant les soutiens du PIR, sa porte-parole en tête, avec un objectif limpide : opérer au sein de la gauche "anti-raciste" la substitution du concept de la lutte des classes à celui de la lutte des races. En racialisant les luttes sociales quitte à "créer du racisme". Finie donc la solidarité de la classe laborieuse et la possibilité pour les exploités de s'unir autour de revendications sociales.Seul le combat racial prévaut. Un projet de société dont l'extrême-droite la plus radicale ne rougirait pas.
Les mots sont posés. L'objectif affiché. Ceux qui soutiennent encore le combat du PIR et de ses émanations ne pourront plus dire "je ne savais pas". 
Didier Leschi : « La portée réactionnaire du discours de la race écrase le combat social »
Dans une tribune au « Monde », l’historien et ancien préfet dénonce les propos de la porte-parole du Parti des indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui maintiennent l’idée de domination et proposent de l’inverser, au lieu de la renverser.

LE MONDE | 24.06.2017 à 07h00 |
Par Didier Leschi (Ancien préfet pour l’égalité des chances en Seine Saint Denis)

Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des indigenes de la République, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 8 mai 2015.

TRIBUNE. L’utilisation de la catégorie de « race », même avec la volonté de défendre ceux qui sont issus des mondes coloniaux, et qui seraient les « indigènes » de l’intérieur opprimés par « les Blancs et leurs alliés juifs », favorise-t-elle le combat pour l’égalité des droits ? C’est ce qu’affirment des militants qui considèrent que l’humanisme de tradition socialiste est un universalisme qui empêcherait de prendre en compte la spécificité des oppressions, militants dont la principale propagandiste est Houria Bouteldja.

Ceux qui prêtent crédit à ses propos ne se basent pas tant sur ses dires ou écrits, mais sur cette idée qu’elle serait aujourd’hui la figure de l’hérétique, du scandaleux qui provoque au nom d’un amour supérieur du réel. Nous serions face à elle comme le furent d’autres censeurs face à Pasolini ou Genet. Par conformisme, nous serions sourds aux innovations d’un discours radical à partir de la réhabilitation de cette idée de la race.

Mais, nous dit-on, l’émancipation qui nous concerne tous est à ce prix. La violence qui serait faite à notre sensibilité, à nos intuitions normatives serait donc un progrès. Or, ces nouveaux damnés de la terre défendent un projet identitaire qui maintient l’idée de domination et propose de l’inverser et non de la renverser au profit de tous. En ce sens, le nouvel acteur social promu est à l’opposé du prolétaire dont le combat émancipera l’ensemble de la société, selon la pensée de Marx.

Bien au contraire, dans cette perspective « indigène », ce qui est réhabilité ce sont les identités, qui valorisent les structures d’appartenance où chaque individu doit d’abord prêter allégeance à ce qui l’enferme. Ainsi, une femme « indigène » devrait définir son identité selon la formule de Houria Bouteldja : « J’appartiens à ma famille, à mon clan, à ma race, à l’Algérie, à l’islam. »


Comment ne pas entendre que...




Affaire Houria Bouteldja : la pétition, hologramme de « l'intellectuel de confort »



Affaire Houria Bouteldja : la pétition, hologramme de « l'intellectuel de confort »
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FIGAROVOX/HUMEUR - Robert Redeker réagit à la tribune de soutien à Houria Bouteldja parue dans Le Monde. Pour lui, certains intellectuels n'hésitent pas à adopter les positions les plus subversives, simplement pour se mettre en avant.




Professeur agrégé de philosophie, Robert Redeker est écrivain. Il a notamment publié Le soldat impossible (éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2014) ; Bienheureuse vieillesse (éd. du Rocher, 2015) et dernièrement L'École fantôme (éd. Desclée De Brouwer, 2016).

Comment peut-on faire profession d'intellectuel, comme Annie Ernaux, signataire la plus prestigieuse de la consternante pétition de soutien à Houria Bouteldja et ses Indigènes de la République, et se jeter à grand renfort de publicité dans les partis pris les plus indéfendables? L'on peut se dire que, puisque l'histoire des intellectuels est tellement remplie d'erreurs, de choix aberrants, voire de fautes, les signataires de la liste d'Ernaux s'amusent à s'inscrire dans une riche tradition.
Raymond Aron stigmatisa «l'opium des intellectuels», en son temps. L'on pouvait espérer qu'avec la disparition du marxisme, leurs successeurs renoueraient avec la raison. Faux espoir. Aujourd'hui - diagnostic que l'on peut établir au spectacle bariolé de Nuit Debout, ce risible marché aux puces des idées fanées, constat confirmé par cette pétition - ils se grisent avec les métastases post-mortem du marxisme. L'opium: ce poison qui endort l'intelligence, «ce poison doux et chaste» comme écrivit Apollinaire, ce poison dont souvent l'effet est de ne voir que de la douceur là où il n'existe que de la violence! Poison irénique:



Les pétitionnaires à la traîne d'Ernaux voient de la douceur dans les écrits d'une idéologue dont les propos et le livre («Les Blancs, les Juifs et nous») manifestent plutôt la violence d'une approche racialiste de la vie collective. Tout lecteur de ce livre relèvera que la rhétorique enflammée de Madame Bouteldja incendie la culture politique qui assure depuis des siècles la cohésion du peuple français. Cet opium conduit les intellectuels qui le prisent à une déréalisation de la violence sous le fallacieux prétexte qu'il s'agirait de la juste expression des malheureux et des opprimés.
Annie Ernaux et ses cosignataires parodient l'engagement intellectuel. L'intellectuel engagé risque sa vie et sa liberté: Alexandre Soljenitsyne en est l'idéal-type. Entre guerre d'Espagne et réseaux de la France Libre, Simone Weil illustra de son immense courage cette catégorie de personnes. La radicale solitude, le rejet qui force à vivre dans l'abjection, l'implacable censure, la clandestinité, la menace de l'assassinat, sont les stigmates de l'intellectuel engagé, marques douloureuses de sa grandeur. Chacun se souvient qu'il y a quelques années, Annie Ernaux se revêtit de la régalienne robe du procureur des bonnes mœurs démocratiques, pour repousser dans l'enfer de l'abjection Richard Millet, sans manquer de faire de lui à son insu, du fait de cette abjection, un intellectuel engagé. Parodie, disons-nous: Madame Ernaux et les signataires de sa liste ne risquent ni l'interdiction professionnelle, ni la misère, ni le silence, ni la prison, ni la mort. Rien, sinon un surcroît de notoriété. Leur confort n'est pas menacé, ils pourront continuer à s'épater eux-mêmes de leur audace, et faire grand bruit de leur magnanimité. De tribune en plateaux audiovisuels, cet engagement de pacotille leur servira à accrocher la lumière. Au contraire, ce fut en prison et au bagne que Soljenitsyne et Gramsci, ces intellectuels engagés non parodiques, authentiques, écrivaient, résistaient à leur abjection par la plume et l'intelligence.



À quoi servent les pétitions chez les intellectuels de confort? D'abord et avant tout, à être vu en bonne compagnie. Elles sont un outil de la promotion sociale dans les milieux littéraires et universitaires. C'est pourquoi, dans chaque pétition, alignés derrière les grands noms - et Annie Ernaux, véritable écrivain de talent, en fait partie -, se rassemble moutonnièrement toute une cohorte de demi-soldes de l'écriture et de jeunes Rastignac de la plume, espérant habituer le public à la circulation de leurs noms. Le politicien matuviste Jean-Luc Mélenchon a multiplié dernièrement son image sur plusieurs tréteaux de France par le moyen des hologrammes, lui offrant l'ubiquité. Pour l'intellectuel aspirant à la renommée, les pétitions jouent le même rôle. «M'as-tu vu sur la liste?», claironne-t-il à ses convives! La pétition est à l'intellectuel, de premier, de deuxième ou de troisième rang, ce que l'hologramme est à Mélenchon. Il s'en servira comme on monnaye un selfie aux côtés d'une vedette: pour avancer ses propres pions. Rien ne paraît aussi vertueux qu'une pétition! Rien ne semble aussi désintéressé! Et rien pourtant ne flatte aussi bien le commerce de l'amour-propre! Le petit trafic d'influence! Rien n'astique autant la vanité. Et rien, en dépit de l'apparence de moralité, ne sert aussi bien les ruses de l'ambition!
Loin d'émaner de la raison, les prises de position de nombreux intellectuels dérivent de passions confuses. C'est le cas de cette pétition. La haine de sa propre culture - cette haine qui empêche de penser juste, comme on joue juste d'un instrument de musique - vient s'ajouter aux mesquins affects évoqués précédemment. Haine de l'histoire de sa patrie, des gens qui l'ont faite, de leurs racines, haine de la nation. Le plus égoïste des désirs motive cette haine: être libre de toute dette, ne rien avoir à donner et à rendre à sa patrie, à ses gens, à son passé. Le Diable se déguise en ange, la haine en générosité. Mais, la haine déguisée en générosité, habile travestissement dont cette pétition fournit un cas d'école, n'est-ce pas exactement que Sartre, le père de l'engagement des intellectuels, appelait «la mauvaise foi»?

La Taqiyya et les règles de la guerre islamique

by Raymond Ibrahim Middle East Quarterly Hiver 2010 Translation of the original text:  How Taqiyya Alters Islam's Rules of ...